DEMANDE EN MARIAGE
Il ne faut pas tant de beurre pour faire un quarteron. Si tu veux tu seras ma femme , je serai ton mari ; et nous serons tous deux mari et femme.
( George Dandin. ) DÉPIT.
. . . Ardez le beau museau , Pour nous donner envie encore de sa peau!
Moi, j'aurais de l'amour pour ta chienne de face? Moi, je te chercherais ? Ma foi, l'on t'en fricasse Des filles comme nous.
( Le Dépit amoureux.) DÉSESPOIR.
Tout s'arme contre moi ; pour moi de tous cdtés Je vois coups de bâton et gibets apprêtés- Aussi , pour être en paix dans ce désordre extrême ; Je me vais d'un rocher précipiter moi-même, Si , dans le désespoir dont mon cœur est outré, Je puis en rencontrer d'assez haut à mon gré.
( Le Dépit amoureux. ) DÉSESPOIR DE L AMOUR.
Si Psyché n'est à moi, je ne suis plus l'Amour. Oui, je romprai mon arc, je briserai mes flèches , J'éteindrai jusqu'à mon flambeau, Je laisserai languir la nature au tombeau.
( Psyché. ) DÉSOEUVRÉ.
C'est un homme qui ne saurait me revenir ; et depuis que je l'ai vu , trois quarts d heure durant , cracher dans
un puits pour faire des ronds , je n'ai pu jamais prendre bonne opinion de lui.
( Le Misanthrope. ) DÉSINTÉRESSEMENT.
.... L'argent dont on voit tant de gens faire cas, Pour un vrai philosophe a d'indignes appas ; Et le mépris du bien et des grandeurs frivoles Ne doit point éclater dans les seules paroles.
Tous les biens de ce monde ont pour moi peu d'appas , De leur éclat trompeur je ne m'éblouis pas, Et si je me résous à recevoir du père Cette donation qu'il a voulu me faire, Ce n'est, à dire vrai, que parce que je crains Que tout ce bien ne tombe en de méchantes mains ; Qu'il ne trouve des gens qui, l'ayant en partage , En fassent dans le monde un criminel usage, Et ne s en servent pas ainsi que j'ai dessein , Pour la gloire du ciel et le bien du prochain.
( Tartufe. ) DETTES.
. . ■ C'est un siècle étrange que le nôtre ! J'en suis confus ; jamais tant d'amour pour le bien , Et jamais tant de peine à retirer le sien.
Les dettes, aujourd'hui, quelque soin qu'on emploie, Sont comme les enfants que l'on conçoit en joie, Et dont avecque peine on fait l'accouchement. L'argent dans notre bourse entre agréablement ; Mais le terme venu que nous devons le rendre . C'est lors que les douleurs commencent à nous prendre.
( L'Étourdi. ) DÉVOTS.
De tous vos façonniers on n'est point les esclaves; Il est de faux dévots ainsi que de faux braves : Et comme on ne voit pas qu'où l'honneur les conduit, Les vrais braves soient ceux crui font beaucoup de bruit ; Les bons et vrais dévots qu'on doit suivre à la trace, j\e sont pas ceux aussi qui font tant de grimace.
( Tartufe. )
. . • Comme je ne vois nul genre de héros
Qui soit plus à priser que les parfaits dévots,
Aucune chose au monde et plus noble et plus belle
Que la sainte ferveur d'un véritable zélé ;
Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux
Que le dehors plâtré d'un zélé spécieux,
Que ces francs charlatans , que ces dévots de place,
De qui la sacrilège et pompeuse grimace
Abuse impunément et se joue à leur gré
De ce qu'ont les mortels de plus saint et sacré ;
Ces gens qui , par une âme à l'intérêt soumise ,
Font de dévotion métier et marchandise ,
Et veulent acheter crédit et dignités
A prix de faux clins d'yeux et d'élans affectés;
Ces gens, dis-je , qu'on voit dune ardeur non commune
Par le chemin du ciel courir à la fortune;
Qui , brûlants et priants, demandent chaque jour,
Et prêchent la retraite au milieu de la cour ;
Qui savent ajuster leur zèle avec leurs vices ;
Sont prompts, vindicatifs, sans foi , pleins d'artifices,
Et pour perdre quelqu un couvrent insolemment
De l'intérêt du ciel leur fier ressentiment;
D'autant plus dangereux dans leur âpre colère,
Qu'ils prennent contre nous des armes qu'on révère,
Et que leur passion , dont on leur sait bon gré,
Veut nous assassiner avec un fer sacré.
De ce faux caractère on en voit trop paraître.
Mais les dévols de cœur sont aisés à connaître. Ce titre par aucun ne leur est débattu; Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu ; On ne voit point en eux ce faste insupportable , Et leur dévotion est humaine et traitable : Ils ne censurent point toutes nos actions , Ils trouvent trop d'orgueil dans ces corrections ; Et laissant la fierté des paroles aux autres , C'est par leurs actions qu'ils réforment les nôtres. L'apparence du mal a chez eux peu d'appui, Et leur âme est portée à juger bien d'autrui. Point de cabale en eux , point d'intrigues à suivre ;
On les voit, pour tous soins, se mêler de bien vivre. Jamais contre un pécheur ils n'ont d'acharnement , Ils attachent leur haine au péché seulement , Et ne veulent point prendre avec un zèle extrême, Le> intérêts du ciel plus qu'il ne veut lui-même. Voilà mes gens , voilà comme il faut en user, Voilà l'exemple enfin qu'il se faut proposer.
( Tartufe. )
Ah ! pour être dévot , je n'en suis pas moins homme.
( Idem. ) DISCRÉTiOX.
Votre honneur avec moi ne court point de hasard,
Et n'a nulle disgrâce à craindre de ma part.
Tous ces galants de cour, dont les femmes sont folles ,
Sont bruyants dans leurs faits et vains dans leurs paroles;
De leurs progrés sans cesse on les voit se targuer;
Ils n'ont point de faveur qu'ils n'aillent divulguer;
Et leur langue indiscrète en qui l'on se confie,
Déshonore l'autel où leur cœur sacrifie.
Mais les gens comme nous brûlent d'un feu discret ,
Avec qui , pour toujours , on est sûr du secret.
Le soin que nous prenons de notre renommée
Répond de toute chose à la personne aimée ;
Et c'est en nous qu on trouve , acceptant notre cœur,
De l'amour sans scandale , et du plaisir sans peur.
{Idem.)