AIMER
Il disait qu'il m'aimait d'une amour sans seconde. Il me disait des mois les plus gentils du monde , Des choses que jamais rien ne peut égaler, Et dont toutes les fois que je l'entends parler, La douceur me chatouille, et là dedans remue Certain je ne sais quoi dont je suis tout émue-
( L'Ecole des femmes. )
Chose étrange d'aimer, et que pour ces traîtresses Les hommes soient sujets à de telles faiblesses ! Tout le monde connaît leur imperfection ; Ce n'est qu'extravagance et qu'indiscrétion; Leur esprit est méchant et leur âme fragile; Il n'est rien de plus faible et de plus imbécile, Rien de plus infidèle ; et malgré tout cela, Dans le monde on fait tout pour ces animaux-là.
{Idem.)
Non lu ne m'aimes pas. Et si, je fais tout ce que je pis pour ça. Je t'achète, sans reproche, des rubans à tous lesmarciers qui passont ; je me rompis le cou à taller dénicher des maries; je fais ^ouer pour toi les vielleux quand ce vient ta fêle : et tout <;a comme si je me frappais la tête contre un mur. Vois-tu, ça nest ni biau ni honnête de n'aimer pas les gens qui nous aimont.
Quand ça est, case voit; et l'en fait mille petites sin-
geries aux parsonnes , quand en les aime du bon du cœur. Regarde la grosse Thomasse , comme aile est assotée du jeune Robain : aile est toujou autour de li à l'agacer, et ne le laisse jamais en repos. Toujou aile li fait queuque niche, ou li baille queuque taloche en passant ; et l'autre jour qu'il était assis sur un escabiau , aile fut le tirer de dessous li , et le fit choir tout de son long par taire. Jarni! vlà où l'en voit les gens qui aimont ! 3Iais toi , tu ne me dis jamais mot , t'es toujou là comme une vraie souche de bois; et je passerais vingt fois devant toi, que tu ne te grouillerais pas pour me bailler le moindre coup, ou me dire la moindre chose. Ventreguienne! ça n'est pas bian après tout; et t'es trop froide pour les gens.
( Le Festin de Pierre. ) ALLIAXCES.
Les alliances avec plus grand que soi sont sujettes toujours à de fâcheux inconvénients. Je ne veux point qu'un gendre puisse à ma fille reprocher ses parents, et qu'elle ait des enfants qui aient honte de m'appeler leur grandmaman. S il fallait qu'elle me vînt visiter en équipage de grande dame, et quelle manquât par mégarde de saluer quelqu'un du quartier, on ne manquerait pas aussitôt de dire cent sottises : « Voyez-vous , dirait-on , cette madame » la marquise qui fait tant la glorieuse? C'est la fille de » M. Jourdain, qui était trop heureuse, étant petite, de » jouer à la madame avec nous. Elle n'a pas toujours été • si relevée que la voilà, et ses deux grands-pères ven-
» daient du drap auprès de la porte Saint-Innocent. Ils ont » amassé du bien à leurs enfants , qu'ils payent maintenant » peut-être bien cher en l'autre monde ; et Ion ne devient » guère si riche à être honnêtes gens. » Je ne veux point tous ces caquets ; et je veux un homme , en un mot , qui m'ait obligation de ma fille , et à qui je puisse dire : Mettez-vous là, mon gendre, et dînez avec moi.
( Le Bourgeois gentilhomme. )