ENTREMETTEUSE
Je viens m'entremettre d'affaires; me rendre servïable aux gens, et profiter, du mieux qu il m'est possible, des petits talents que je puis avoir. Dans ce monde , il faut vivre d'adresse , et aux personnes comme moi le ciel n'a donné d'autres rentes que lintrigue et que 1 industrie.
Me voit-on mêler de choses dont je ne vienne à bout? J'ai surtout pour les mariages un talent merveilleux. Il n'est point de partis au monde que je ne trouve , en peu de temps, le moyen d'accoupler ; et je crois, si je me l'étais mis en tête, que je marierais le Grand-Turc avec la république de Venise.
( L'Avare. ) ÉPOUX.
. . . Est-il au monde une autre ville.-. Où l'on ait des maris si patients qu'ici? Est-ce qu'on n'en voit pas de toutes les espèces, Qui sont accommodés chez eux de toutes pièces?
L'un amasse du bien dont sa femme fait part
A ceux qui prennent soin de le faire cornard ;
L'autre un peu plus heureux , mais non pas plus infâme
Voit faire tous les jours des présents à sa femme ,
Et d'aucun soin jaloux n'a l'esprit combattu ,
Parce qu'elle lui dit que c'est pour sa vertu.
L'un fait beaucoup de bruit qui ne lui sert de guéres :
L'autre en toute douceur laisse aller les affaires,
Et voyant arriver chez lui le damoiseau ,
Prend fort honnêtement ses gants et son manteau.
L'une de son galant , en adroite femelle,
Fait fausse confidence à son époux fidèle ,
Qui dort en sûreté sur un pareil appas,
Et le plaint, ce galant, des soins qu il ne perd pas:
L'autre, pour se purger de sa magnificence ,
Dit qu'elle gagne au jeu l'argent qu'elle dépense;
Et le mari benêt, sans songer à quel jeu ,
Sur le bien qu elle fait rend des grâces à Dieu.
Enfin ce sont partout des sujets de satire,
Et comme spectateur ne puis-je pas en rire?
( L'Ecole des femmes. )
Tous ces blondins sont agréables, et débitent fort bien leur fait : mais la plupart sont gueux comme des rats ; et il vaut mieux prendre un vieux mari qui donne beaucoup de bien. J'avoue que les sens ne trouvent pas si bien leur compte du côté que je dis , et qu'il y a quelques petits dégoûts à essuyer avec un tel époux : mais cela n'est pas
pour durer ; et sa mort , croyez-moi , vous mettra bientôt en état d'en prendre un plus aimable qui réparera toutes choses.
Vous ne l'épouserez qu'aux conditions de vous laisser veuve bientôt ; et ce doit être là un des articles du contrat. Il serait bien impertinent de ne pas mourir dans trois mois.
( L'Avare. ) ÉQUIVOQUES.
Ce langage est à la mode.
Tant pis pour ceux qui le font, et qui se tuent tout le jour à parler ce jargon obscur. La belle chose de faire entrer aux conversations de vieilles équivoques ramassées parmi les boues des halles et de la place IMaubert ! La jolie façon de plaisanter, et qu'un homme montre d'esprit lorsqu'il vient vous dire : Madame . vous êtes dans la place Royale, et tout le monde vous voit de trois lieues de Paris , car chacun vous voit de bon œil! à cause que Bonneuil est un village à trois lieues d ici. Gela n'est-il pas bien galant et bien spirituel? Et ceux qui trouvent ces belles rencontres, n'ont-ils pas lieu de s'en glorifier ?
( Critique de l'Ecole des femmes. ) ESCLAVE.
Sotte condition que celle d un esclave ! de ne vivre ja-
mais pour soi, et d'être toujours tout entier aux passions d un maître: de n'être réglé que par ses humeurs, et de se voir réduit à faire ses propres affaires de tous les soucis qu'il peut prendre !
( Le Sicilien. )