FEMMES
.... La femme est, comme on dit, Un certain animal difficile à connaître ,
Et de qui la nature est fort encline au mal :
Et comme un animal est toujours animal,
Et ne sera jamais qu'animal, quand sa vie
Durerait cent mille ans ; aussi , sans repartie ,
La femme est toujours femme , et jamais ne sera
Que femme tant qu'entier le monde durera ;
D'où vient qu'un certain Grec dit que sa tête passe
Pour un sable mouvant. Car goûtez bien de grâce
Ce raisonnement-ci, lequel est des plus forts :
Ainsi que la tête est comme le chef du corps ,
Et que le corps sans chef est pire qu'une bête ,
Si le chef n'est pas bien d'accord avec la tête,
Que tout ne soit pas bien réglé par ses compas ,
Nous voyons arriver de certains embarras ;
La partie brutale alors veut prendre empire
Dessus la sensilive ; et l'on voit que l'un tire
A dia, l'autre à hurhaut ; l'un demande du mou,
L'autre du dur ; enfin tout va sans savoir où :
Pour montrer qu'ici-bas, ainsi qu'on l'interprète,
La tête d'une femme est une girouette
Au haut d'une maison , qui tourne au premier vent :
C'est pourquoi le cousin Aristote souvent
La compare à la mer; d'où vient qu'on dit qu'au monde
On ne peut rien trouver de si stable que l'onde.
Or, par comparaison , car la comparaison
Nous fait distinctement comprendre une raison ,
Et nous aimons bien mieux , nous autres gens d'étude,
Une comparaison qu'une similitude :
Par comparaison donc, mon maître, s'il vous plaît,
Comme on voit que la mer quand l'orage s'accroît ,
Vient à se courroucer; le vent souffle et ravage, Les flots contre les flots font un remû-ménage Horrible ; et le vaisseau , malgré le nautonnier, Va tantôt à la cave et tantôt au grenier : Ainsi quand une femme a sa tête fantasque , On voit une tempête en forme de bourrasque ,
Qui veut compétiter par de certains propos ;
Et lors un certain vent , qui , par de certains flots,
De certaine façon, ainsi qu'un banc de sable
Quand Les femmes enfin ne valent pas le diable.
Il faut apprendre à vivre à ce sexe volage,
Et lui faire sentir que l'on a du courage.
Qui souffre ses mépris les veut bien recevoir.
Si nous avions l'esprit de nous faire valoir,
Les femmes n'auraient pas la parole si baute.
Oh! quelles nous sont bien fiéres par notre faute!
Je veux être pendu , si nous ne les verrions
Sauter à notre cou plus que nous ne voudrions,
Sans tous ces vils devoirs dont la plupart des hommes
Les gâtent tous les jours dans le siècle où nous sommes.
( Idem. )
Oh! la grande fatigue que d'avoir une femme! et qu'Aristote a bien raison , quand il dit qu'une femme est pire qu'un démon !
( Le Médecin malgré lui. )
. . . Comme c'est le sort qui nous donne une femme ; Je dis que l'on doit faire ainsi qu'au jeu de dés , Où , s'il ne vous vient pas ce que vous demandez , Il faut jouer d'adresse , et d'une âme réduite Corriger le hasard par la bonne conduite.
( L'Ecole des femmes. )
Pensez-vous qu'à choisir de deux choses prescrites, Je n'aimasse pas mieux être ce que vous dites , Que de me voir mari de ces femmes de bien Dont la mauvaise humeur fait un procès sur rien? Ces dragons de vertu, ces honnêtes diablesses, Se retranchant toujours sur leurs sages prouesses, Qui , pour un petit tort qu'elles ne vous font pas , Prennent droit de traiter les gens du haut en bas , Et veulent, sur le pied de nous être fidèles, Que nous soyons tenus à tout endurer d'elles ?
( Idem. )
Toute personne simple aux leçons est docile ; Et , si du bon chemin on la fait écarter, Deux mots incontinent l'y peuvent rejeter. Mais une femme habile est bien une autre bête ; Notre sort ne dépend que de sa seule tête ; De ce qu'elle s'y met rien ne la fait gauchir, Et nos enseignements ne font là que blanchir.
Son bel esprit lui sert à railler nos maximes, A se faire souvent des vertus de ses crimes , Et trouver, pour venir à ses coupables fins, Des détours à duper l'adresse des plus fins. Pour se parer du coup en vain on se fatigue ; Une femme d'esprit est un diable en intrigue ; Et dés que son caprice a prononcé tout bas L'arrêt de notre honneur, il faut passer le pas.
( L'Ecole des feinmes. )
Mais comment voulez-vous , après tout , qu'une béte Puisse jamais savoir ce que c'est qu'être honnête ? Outre qu il est assez ennuyeux, que je croi, D'avoir toute sa vie une bête avec soi , Pensez-vous le bien prendre , et que sur votre idée La sûreté d'un front puisse être bien fondée ? Une femme d esprit peut trahir son devoir, Mais il faut pour le moins qu'elle ose le vouloir ; Et la stupide au sien peut manquer d'ordinaire, Sans en avoir l'envie et sans penser le faire.
(Idem.)
Je veux m'abandonner à la foi de ma femme.
( L'Ecole îles mari>. )
Le sexe aime à jouir d'un peu de liberté : On le retient fort mal par tant d'austérité ;
Et les soins défiants , les verrous et les grilles , Ne font pas la vertu des femmes ni des filles : C'est 1 honneur qui les doit tenir dans le devoir, Non la sévérité que nous leur faisons voir. C'est une étrange chose, à vous parler sans feinte, Qu'une femme qui n'est sage que par contrainte ; En vain sur tous ses pas nous prétendons régner, Je trouve que le cœur est ce qu'il faut gagner ; Et je ne tiendrais moi, quelque soin qu'on se donne, Mon honneur guère sûr aux mains d une personne A qui, dans les désirs qui pourraient l'assaillir, Il ne manquerait rien qu'un moyen de faillir.
( Idem. )
. . . Une femme Aisément d'un mari peut bien surprendre lame.
( Tartufe. )
Que le cœur d'une femme est mal connu de vous ! Et que vous savez peu ce qu'il veut faire entendre, Lorsque si faiblement on le voit se défendre ! Toujours notre pudeur combat, dans ces moments, Ce qu'on peut nous donner de tendres sentiments. Quelque raison qu'on trouve à l'amour qui nous dompte, On trouve à l'avouer toujours un peu de honte. On s'en défend d'abord; mais de l'air qu'on s'y prend On fait connaître assez que notre cœur se rend ;
Qu'à nos vœux, par honneur , notre bouche s'oppose, Et que de tels refus promettent toute chose.
Tartufe. ) FEMMES GALAXTES.
. . . Des cœurs pleins de fausses tendresses, De ces femmes aux beaux et louables talents , Qui savent accabler leurs maris de caresses Pour leur faire avaler l'usage des galants.
( Amphitryon. )
Les femmes aiment surtout les dépenses qu'on fait pour elles ; et les fréquentes sérénades , et vos bouquets continuels , ce superbe feud'artiGce qu'elle trouva sur l'eau , le diamaut qu'elle a reçu de votre part , et le cadeau que vous lui préparez , tout cela lui parle bien mieux en faveur de votre amour, que toutes les paroles que vous auriez pu lui dire vous-même.
( Le Bourgeois gentilhomme.) FEMMES SAVANTES.
Je consens qu'une femme ait des clartés de tout, 3Iais je ne lui veux point la passion choquante De se rendre savante aûn d'être savante ; Et j'aime que souvent, aux questions qu'on fait, Elle sache ignorer les choses qu'elle sait:
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De son étude enfin je veux qu'elle se cache , Et qu'elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache, Sans citer les auteurs, sans dire de grands mots, Et clouer de l'esprit à ses moindres propos.
( Les Femmes savantes. )
Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes ,
Qu'une femme étudie et sache tant de choses.
Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfants,
Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens ,
Et régler la dépense avec économie,
Doit être son étude et sa philosophie.
Nos pères sur ce point étaient gens bien sensés
Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez,
Quand la capacité de son esprit se hausse
A connaître un pourpoint d'avec un haut-de-chausse.
Les leurs ne lisaient point, mais elles vivaient bien ;
Leurs ménages étaient tout leur docte entretien;
Et leurs livres , un dé, du fil et des aiguilles,
Dont elles travaillaient au trousseau de leurs filles.
Les femmes d'à présent sont bien loin de ces mœurs ;
Elles veulent écrire et devenir auteurs ,
Nulle science n'est pour elles trop profonde ,
Et céans beaucoup plus qu'en aucun lieu du monde.
Les secrets les plus hauts s'y laissent concevoir,
Et l'on sait tout chez moi , hors ce qu'il faut savoir.
On y sait comme vont lune , étoile polaire ,
Yénus, Saturne, Mars, dont je n'ai point affaire;
Et dans ce vain savoir, qu'on va chercher si loin , On ne sait comme va mon pot dont j'ai besoin. Mes gens à la science aspirent pour vous plaire, Et tous ne font rien moins que ce qu'ils ont à faire ; Raisonner est remploi de toute ma maison , Et le raisonnement en bannit la raison. L'un me brûle mon rôt en lisant quelque histoire ; L'autre rêve à des vers quand je demande à boire ; Enfin , je vois par eux votre exemple suivi , Et j'ai des serviteurs et ne suis point servi.
( Les Femmes savaates. ) FEMME IMPÉRIEUSE.
Du nom de philosophe elle fait grand mystère ,
Mais elle n'en est pas pour cela moins colère ;
Et sa morale , faite à mépriser le bien ,
Sur 1 aigreur de sa bile opère comme rien.
Pour peu que l'on s'oppose à ce que veut sa tète ,
On en a pour huit jours d'effroyable tempête.
Elle me fait trembler dès qu'elle prend son ton ;
Je ne sais où me mettre , et c'est un vrai dragon ;
Et cependant, avec toute sa diablerie,
Il faut que je l'appelle et mon cœur et ma mie.
{Idem.) FÉRAILLEUR
Ah ! tète ! ah ! ventre ! que ne le trouvé-je à celte heure
avec tout son secours ! que ne paraît-il à mes yeux au milieu de trente personnes! que ne les vois-je fondre sur moi les armes à la main ! Comment , marauds , vous avez la hardiesse de vous attaquer à moi ! Allons . morbleu , tue ! point de quartier, donnons, ferme, poussons. Bon pied, bon œil. Ah! coquins! ah canaille! vous en voulez parlà ; je vous en ferai tâter votre soûl. Soutenez, marauds, soutenez. Allons ,à celte botte, à cette autre; à celle-ci, à celle-là. Comment vous reculez ! pied-ferme, morbleu , pied-ferme! Voila qui vous apprendra à vous oser jouera moi.
( Les Fourberies de Scapin. )