FLATTERIE
Pour gagner les hommes , il n'est point de meilleure voie que de se parer à leurs yeux de leurs inclinations ; que de donner dans leurs maximes , encenser leurs défauts , et applaudir à ce qu'ils font. On n'a que faire d'avoir peur de trop charger la complaisance ; et la manière dont on les joue a beau être visible, les plus fins sont toujours de grandes dupes du côté de la flatterie ; et il n'y a rien de si impertinent et de si ridicule qu'on ne fasse avaler, lorsqu'on l'assaisonne en louanges. La sincérité souffre un peu à ce métier ; mais quand on a besoin des hommes , il faut bien s'ajuster à eux; et puisque on ne saurait les gagner que par-là , ce n'est pas la faute de ceux qui flattent , mais la faute de ceux qui veulent être flattés.
C L'Avare. )
. . . Vos ris complaisants Tirent de son esprit tous ces traits médisants. Son humeur satirique est sans cesse nourrie Par le coupable encens de votre flatterie; Et son cœur à railler trouverait moins d'appas S il avait observé qu'on ne 1 applaudît pas. C'est ainsi qu'aux flatteurs on doit partout se prendre Des vices où l'on voit les humains se répandre.
( Le Misanthrope. )
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