NOURRICE
Ah! nourrice de mon cœur, je suis ravi de cette rencontre ; et votre vue est la rhubarbe , la casse et le séné, qui purgent toute la mélancolie de mon âme.
Ah ! nourrice , charmante nourrice , ma médecine est la trés-humble esclave de votre nourricerie , et je voudrais bien être le petit poupon fortuné qui tétât le lait de vos bonnes grâces.
( Le Médecin malgré lui. ) NOURRITURE.
Un bon repas vous serait nécessaire;
Et votre cœur sans doute en deviendrait plus fort
Pour pouvoir résister aux attaques du sort.
J'en juge par moi-même, et la moindre disgrâce,
Lorsque je suis à jeun , me saisit , me terrasse ;
Mais quand j'ai bien mangé, mon âme est ferme à tout,
Et les plus grands revers n'en viendront pas à bout.
Croyez-moi, bourrez vous , et, sans réserve aucune,
Contre les coups que peut vous porter la fortune ;
Et pour fermer chez vous l'entrée à la douleur, De vingt verres de vin entourez votre cœur.
( Sganarelle. )