‹ Dictionnaire de musique (volume 2)Chapitre 158 sur 364 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

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HOMOPHONIA = HOMOPHONIE , s. f. — Nom grec du chant exécuté par plusieurs voix à l'unisson.

HORAE REGULARES. — Heures fixes auxquelles on exécute dans les couvents et dans les églises capitulaires certains chants de pratique.

HYDRAULOS. — (Voy. Greci antichi).

HYMENEON = H AMENÉE , s. m. — Chanson nuptiale des Grecs.

HYMEOS. — Chanson des anciens meuniers de la Grèce.

HYMNI SALIARES. — (Voy. l'article Romani).

HYPOCRITICOS. — Partie de la musique grecque qui se rapportait à la danse et à la mimique.

HYPOCHREMA. — Chanson de danse exécutée en l'honneur d'Apollon.

HYPOTHOROS. — Chant exécuté par les Grecs à l'époque de l'accouplement des chevaux.

UCÏNTÎ = IACINTHIES. — Fêtes annuelles célébrées a Amiclas, sur le territoire lacédémonien, en l'honneur d'Apollon , dans lesquelles on faisait entendre le son des flûtes et de certains instruments à cordes.

IAMBICOM = IAMBIQUE , adj. — Nom d'un acte ou d'une partie principale d'un morceau de musique vocale, exécuté dans les luttes musicales des jeux publics.

IAMBUS = ÏAMBE, s. m. — (Voyez Métro).

IDEA = IDÉE ,s.f. — On appelle , en musique et dans les arts en général , idée, ce que , dans un langage plus exact , on nomme pensée. Quoi qu'il en soit , la pensée ou idée mu-

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sicale est ordinairement un trait de chant qui se présente à l'esprit du compositeur, avec tous les accessoires qu'il comporte : on voit par là qu'il y a beaucoup d'espèces d'idées différentes selon le genre d'effets, soit simples, soit composés , qu'on se propose. On doit aussi distinguer les idées en idées principales et en idées secondaires. Les premières sont propres à faire la base ouïe fond d'une composition; les autres , destinées au développement de Vidée principale.

Il faut de l'art et de l'expérience pour discerner si une idée est de l'une ou de l'autre de ces espèces; il n'en faut pas moins pour reconnaître à quel genre une idée est propre, savoir si c'est au style libre ou au style sévère, et pour être en état de la développer selon les règles de chacun d'eux.

ILLUSIONE = ILLUSION, s. f. — Induction volontaire des sens extérieurs et intérieurs qui mène à l'erreur : apparence trompeuse qui agit si puissamment sur nos sem qu'on la prend pour une chose réelle, quoique l'on connaisse l'erreur dans laquelle nos sens sont induits.

Ainsi, par exemple, un charbon allumé que l'on tourne rapidement par un mouvement circulaire, ressemble à un cercle de feu.

Quelques écrivains ont essayé de rendre l'opéra ridicule à cause de ses invraisemblances, en disant qu'on ne chante pas au moment de se donner la mort, ou de se quereller, etc. Il faut cependant distinguer la vérité d'art de la vérité de nature. Supposons que l'opéra forme un tout parfait sous le rapport de la poésie, de la musique et de l'exécution, on ne pourra lui refuser une vérité intrinsèque, résultant de la conséquence d'un travail d'art qui donne à la copie un charme que la nature n'a pas accordé à l'original, et qui devient pour ainsi dire une vérité surnaturelle. On ne trouve dans la nature ni des airs cadencés, ni des chants avec accom pagnements ; on ne trouve pas davantage des vers de Virgile

ou l'Apollon du Belvédère. Un travail parfait d'art est une œuvre de l'esprit humain, et, dans ce sens, c'est aussi un travail de nature , élevant les objets les plus ordinaires à une plus haute signification, à une dignité plus sublime.

11 est certain que le plus grand effet de l'art dépend de l'illusion musicale. Le compositeur qui veut faire agir l'illusion sur les autres, doit d'abord en sentir lui-même toute la puissance, c'est-à-dire que" l'illusion doit subjuguer auparavant son esprit par de vives images, et son cœur par des effets correspondants. Et ce sont ces images, ces idées et ces sentiments qui , appuyés sur des objets réels de la nature, ou se rapportant à des objets fictifs, doivent ensuite produire l'illusion sur l'esprit et le cœur des auditeurs.

IMBOCCATURA = EMBOUCHURE, s. f. — La partie des instruments à vent que l'on met contre les lèvres ou dans la bouche, pour en jouer. Chaque instrument à vent a son embouchure particulière. Celles de la trompette , du cor, du trombone , du basson , du serpent , sont de même nature , dans des proportions différentes : ces embouchures ressemblent assez à un petit entonnoir. La flûte s'embouche par un trou ovale fait à l'instrument même , le flageolet par un bec , la clarinette par un bec qui porte une anche; le hautbois, le cor anglais , le basson , ont une anche pour embouchure.

Comme c'est de la manière de gouverner Y embouchure que dépend la qualité du son , on dit qu'un corniste , un flûtiste , etc. , a une belle embouchure quand il tire de beaux sons de son instrument.

IMITAZtONE = IMITATION, s. f. — Cicéron dit « Omnis motus animi suum quendamanatura habet vuitum et sonum et gestum. Si tous ces sentiments ont des tons qui leur sont propres, et si le compositeur peut se servir de ces tons pour exprimer les sentiments, la musique, quoique bornée dans ses imitations, n'est pas moins un artimitatif, attendu que la nature lui présente ses modèles avec les moyens pour

les reproduire. Aristote, Rousseau et plusieurs autres auteurs ont adopté ce principe. Voici comment s'exprime à ce sujet le philosophe de Genève :

« L'imitation de la peinture est toujours froide , parce qu'elle manque de cette succession d'idées et d'impressions qui échauffe l'ame par degrés, et que tout est dit au premier coup d'oeil. La puissance imitative de cet art , avec beaucoup d'objets apparents , se borne en effet à de très faibles représentations. C'est un des grands avantages du musicien de pouvoir peindre les choses qu'on ne saurait entendre, tandis qu'il est impossible au peintre de peindre celles qu'on ne saurait voir; et le plus grand prodige d'un art qui n'a d'activité que par ses mouvements, est d'en pouvoir former jusqu'à l'image du repos. Le sommeil, le calme de la nuit, la solitude et le silence même entrent dans le nombre des tableaux de la musique. Quelquefois le bruit produit l'effet du silence, et le silence l'effet du bruit; comme quand un homme s'endort à une lecture égale et monotone, et s'éveille à l'instant qu'on se tait; et il en est de même pour d'autres effets. Mais l'art a des substitutions plus fertiles et bien plus fines que celle-ci : il sait exciter par un sens des émotions semblables à celles qu'on peut exciter par un autre; et, comme le rapport ne peut être sensible que l'impression ne soit forte, la peinture , dénuée de cette force, rend difficilement à la musique les imitations que celle-ci tire d'elle. Que toute la nature soit endormie , celui qui la contemple ne dort pas; et l'art du musicien consiste à substituer à l'image insensible de l'objet celle des mouvements que sa présence excite dans l'esprit du spectateur : il ne présente pas directement la chose, mais il réveille dans notre ame le même sentiment qu'on éprouve en la voyant.

» Aussi , bien que le peintre n'ait rien à tirer de la partition du musicien, l'habile musicien ne sortira point sans fruit de l'atelier du peintre. Non seulement il agitera la mer à son

gré , excitera les flammes d'un incendie , fera couler les ruisseaux, tomber la pluie et grossir les torrents ; mais il augmentera l'horreur d'un désert affreux, rembrunira les murs d'une prison souterraine , calmera l'orage , rendra Pair tranquille , le ciel serein, et répandra, de l'orchestre, une fraîcheur nouvelle sur les bocages. »

Outre l'imitation de la belle nature, il y en a encore une autre qui consiste à suivre l'exemple d'autres compositeurs , en les prenant pour modèle. En cela on distingue l'imitation libre et l'imitation servile; l'imitateur servile peut être un homme de talent, tandis que l'imitateur libre peut suivre les inspirations et les élans de son génie.

L'imitation , qu'on appelle aussi fuga impropria, irregularis, dans son sens technique, est la répétition immédiate d'un chant fait par une autre voix. Les imitations les plus usitées sont les suivantes :

1. L'imitation à t' octave, supérieure ou inférieure (imitatio in hyper diapason, veihypodiapason). Voyez-en un exemple à la fig. 71.

2. L'imitation à l'unisson ( imitalio in unisono, vel imitatio homoptona ) , en élevant d'une octave la voix grave représentée par l'exemple de la fig. 71.

3. L'imitation à la quinte , supérieure ou inférieure ( imit. in hyperdiapente, vel hypodiapente) , comme à la fig. 72.

L\. L'imitation à la quarte, supérieure ou inférieure [imit. in hyperdiatessaron vet hypodiatessaron). Voyez lig. 73.

5. L'imitation à la tierce, supérieure ou inférieure {imit. in hyper ditonos vel hypoditonos). Fig. ll\.

G. L'imitation à la sixte, supérieure ou inférieure (imit. in hexacordo superiori vet inferiori). Fig. 75.

7. L'imitation à la seconde, supérieure ou inférieure (imit. in secunda superiori vet inferiori). Fig. 16.

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8. L'imitation à la septième, supérieure ou inférieure (imit. in heptacordo super iori vel inferiori). Fig. 77.

Dans ces différentes imitations, si la partie qui imite exécute le chant de la même manière que la précédente, on l'appelle imitation par mouvement semblable (imit. œqualis motus); mais si l'imitation se pratique de manière à ce que les intervalles de la partie précédente , qui étaient descendants , se fassent en montant et vice versa, alors on l'appellera imitation par mouvement contraire (imit. motus inœqualis, ainsi qu'on le voit à la figure 78. Quand une partie suit l'autre en rétrogradant, c'est une imitation rétrograde (imit. per motum retrogradum , vel imit. cancrizans ) . Voyez fig. 79. Si cette imitation se fait en outre par mouvement contraire , on la nomme imitation rétrograde par mouvement contraire ( imit. cancrizans motu contrario). Fig. 80.

Les parties ne se répondent pas toujours par des notes de la même figure. On en augmente souvent ou on en diminue la valeur dans la réplique; dans le premier cas ( iig. 81 ) , on l'appelle imitation par augmentation ( imit. per augmentationem ) , et dans le second cas ( fig. 82 ) , imitation par diminution ( imit. per diminutionem). Lorsque les parties s'entresuivent par des temps opposés , c'est-à-dire quand l'une commence sur le temps fort de la mesure et que l'autre y répond soudain sur le temps faible, et ainsi réciproquement , c'est une imitation à contre-temps ou par syncope (fig. 83). Enfin, l'imitation canonique ou rigoureuse ou liée, est celle qui imite exactement non seulement les figures des notes, mais encore la succession des intervalles, différemment de l'imitation libre ou métrique qui n'imite que les figures des notes (Voy. fig. 8/i).

IMMAGINAZJOINU = IMAGINA TICN,* /'. (V. Fantasia).

IMMUTAUILIS. — (Voy. Accentus ccciesiastici).

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IMPARI = IMPAIR, adj. (Voy. Tempo).

IMPASTARE = EMPATER, v. a. — Empâter tes sons, c'est les unir, les marier avec une moelleuse suavité , en observant de suivre exactement le rhythme , les modes, le chant et les diverses modifications de piano et de forte , de sorte que le groupe harmonique semble n'être produit que par une seule voix ou un seul instrument.

IMPERFECTIO. — C'était dans l'ancienne musique la soustraction de la troisième partie de la valeur dune note.

IMPROVVISARE = IMPROVISER, v. n.— C'est composer et exécuter impromptu un morceau de musique vocale ou instrumentale.

La musique étant une langue naturelle, parfaitement régulière et conforme à notre organisation, il est plus facile d'improviser dans ce langage que dans celui dont les mots sont de convention. Pour improviser cependant avec succès en musique, il convient d'être profondément initié aux ressources de l'art, et surtout à toutes les espèces de contrepoint ; il faut en outre être maître absolu de l'instrument sur lequel on improvise, posséder une ame qui s'exalte aisément, et une grande présence d'esprit, afin qu'il y ait de l'unité dans les pensées qui composent un morceau créé de cette manière (Voy. Contrappunto alla Mente).

IN BATTERE = EN FRAPPANT ( Thesis ). — C'est cette partie de la mesure où l'on baisse la main ou le pied et où l'on frappe pour marquer la mesure. ( Voy. Battere. )

INCAVALCATURA, s. f. = CROISEMENT, s. m.— C'est la manière d'exécuter sur le piano certains passages en croisant les mains l'une au dessus de l'autre.

Croisement ( en italien Incrociamento ). Se dit aussi lorsqu'une partie supérieure descend plus bas que la partie inférieure la plus près, ou monte plus haut que la partie supérieure.

IN CHI AVE **» A LA CLÉ. — ( Voy. Bemolle , Diesis ).

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INCISORE DI NOTE == GRAVEUR, EUSE DE MUSIQUE, s. de deux g. — Celui ou celle qui fait profession de graver de la musique.

La musique se grave sur des planches d'étain ou de cuivre, et les principaux instruments dont se sert le graveur sont des poinçons et des burins. Chacun de ces poinçons porte à son extrémité, et gravé en relief, un signe musical quelconque , tel qu'une tête de note noire ou blanche , une clé , un dièse, un bémol, un A, un B, un 2 , un S , etc. Le nombre des poinçons égale par conséquent celui des caractères de la musique, des lettres de l'alphabet et des chiffres.

Le graveur doit commencer d'abord par lire le manuscrit du compositeur, ou le parcourir simplement, pour marquer au crayon la division de ses pages, et les ajuster de manière que l'exécutant ne soit obligé de tourner le feuillet qu'à la fin d'un morceau ou pendant un silence ; observation qui devient inutile s'il s'agit d'une partition. Cette première opération faite, il prend la planche et trace , avec une règle de fer et une patte , les lignes et les portées , en donnant à ces dernières, de l'une à l'autre, un espace plus ou moins grand, selon la nature de la musique à graver. Il dessine légèrement, à la pointe du burin , les diverses phrases , les divisions des mesures telles qu'elles devront être disposées sur les portées, sans omettre le moindre signe : à l'égard des notes, il se borne à marquer avec des oies places que leurs têtes doivent occuper.

Ce croquis terminé , le graveur prend tour à tour chaque poinçon, le pose juste sur la ligne ou l'espace, et lui fait marquer son empreinte en le frappant sur l'autre bout avec un petit marteau : il ne quitte pas le poinçon qu'il tient, qu'il n'ait gravé tous les caractères de son espèce qui sont dans la page ; ainsi il frappera successivement toutes les clés , les dièses et les bémols qui doivent les armer, toutes les têtes noires, toutes les têtes blanches, tous les soupirs, tous les demi-soupirs, tous les dièses, tous les bémols, tous les bé-

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carres , tous les points . tous les /', tous les ft\ tous les /; , tous les pp , etc. Quand la planche ne présente plus rien à frapper au poinçon , le graveur prend le burin pour tracer les queues des blanches et des noires , les crochets des croches, les liaisons et autres lignes déliées. Il se sert d'une onglette pour marquer Jes barres qui réunissent un groupe de croches ou de doubles croches , les reprises , les barres d'abréviation, les barres finales, et tous les traits fortement prononcés. Les paroles placées sous la musique vocale se gravent de suite, en échangeant de poinçon à mesure qu'une nouvelle lettre se présente.

Lorsqu'un ouvrage n'a pas de succès , on fait polir le revers des planches pour les graver une seconde fois, et l'on bâtonne la première gravure pour prévenir les méprises de l'imprimeur : le revers étant foulé et refoulé par la presse . ne pourrait plus donner des épreuves.

Après toutes ces opérations , le graveur plane la planche au marteau , la polit avec le brunissoir pour enlever les aspérités laissées par le poinçon et le burin , et la livre à l'imprimeur pour en tirer des exemplaires. On a soin de signaler les fautes qu'elle peut renfermer : le graveur les corrige en repoussant par derrière la note ou le signe défectueux , de manière à l'effacer entièrement , et il établit sur cette surface repolie le signe , la note ou le groupe de notes que le texte manuscrit réclame. La planche ne se brisant pas, et ces corrections pouvant se renouveler à chaque tirage , il est aisé d'obtenir, au moyen de la gravure , des éditions absolument exemptes de toute espèce de fautes.

INCOMPOSTO=INCOMPOSÉ, adj.— Un intervalle incomposé, que les anciens auteurs appellent aussi diasystèmatique, est celui qui ne peut se résoudre en intervalles plus petits, et n'a point d'autre élément que lui-même. Nous n'avons dans notre système qu'un seul intervalle incomposé , c'est-àdire le demi-ton.

INCONCINNI. — (Voy. Concinni.)

INCORDARE, INGORDATURA == MONTER DE CORDES un instrument de musique. —C'est y mettre des cordes et proportionner leur grosseur à la grandeur et à la qualité particulière de l'instrument ; car c'est de la force de ses cordes que dépend en général la beauté du son, de même que de la gradation juste et proportionnée de leur force dépend surtout l'égalité de tous les sons. En mettant quelques cordes nouvelles à un instrument, on doit faire attention à ce qu'elles soient d'une égale force des précédentes, autrement l'instrument perdra une partie de la beauté et de l'égalité de ses sons.

INCORRETTO = INCORRECT, adj.—Ow appelle composition musicale incorrecte celle qui pèche contre les règles grammaticales de l'art.

INDIA = INDE ( notice historique sur la musique de 1' ). — Le système musical de l'Inde naquit absolument comme il devait naître, et comme on peut facilement se l'imaginer, même sans avoir lu l'histoire. L'éducation que reçoivent les Indiens tend plutôt à exalter l'imagination qu'à éclairer l'intelligence; aussi montrent-ils une inclination toute particulière à symboliser et à personnifier tout ce qui regarde le spiritualisme , ainsi que le font tous les Orientaux sortis de l'état de barbarie. Il semble que les Indiens surpassent sous ce rapport les autres peuples asiatiques, car ceux qui habitent les bords du Gange, et qui n'ont pas été réformés par le mahométisme, forment les nations les plus paisibles, on pourrait dire même les plus passives , les plus molles et les plus efféminées. Il ne faut donc pas s'étonner qu'ils aient un sentiment très délicat en musique , mais il faut encore moins s'étonner de ce que, contrariés dans leur éducation parle climat , la religion et la constitution politique , ils ont embarrassé les premiers éléments de la musique de tant d'inven-

tions bizarres , qu'il leur est devenu fort difficile de se tirer du cercle magique où ils se sont égarés. Ainsi ils suivirent , pour diviser les principaux modes de la musique , les divisions des saisons et celles du jour. Chaque Mode est un esprit céleste ou grand herva; chacun de ces musiciens aériens est allié ou marié à cinq*nymphes ou rajini, et il est père de huit petits génies. Ce mariage de ces grands herva produit ce que les mortels appellent harmonie , et la mélodie n'est autre chose que la succession des générations nées de ces alliances.

Les Indiens pensent que la musique est originairement un don d'une divinité bienfaisante , comme les Egyptiens croient l'avoir reçue d'Osiris et d'Hermès, et les Grecs de Minerve, d'Apollon et de Mercure. Ainsi ils sont persuadés que la vina ou lyre indienne vient immédiatement du ciel, et que c'est un don de la déesse Serasvvati, et qu'elle fut ensuite perfectionnée par un célèbre musicien nommé Nared, qui pour cela fut divinisé. L'union et l'affinité de la musique avec l'astronomie se trouvent particulièrement dans l'analogie de leurs rapports fondamentaux. Il existe une si grande ressemblance entre le système musical et astronomique des Indiens et celui des Egyptiens et des Chinois , qu'on peut logiquement leur attribuer une commune origine, ou penser que ces sciences passèrent par tradition de l'un de ces peuples aux deux autres. La forme du gouvernement étant la théocratie, la connaissance de la musique , de toutes les autres sciences, et de tous les arts , n'est par conséquent réservée qu'aux prêtres. C'est pourquoi la musique est liée étroitement à la religion et soumise à des lois consacrées et immuables , de sorte que le moindre changement qu'on voudrait y apporter serait considéré comme une profanation du rite sacré.

Une autre cause empêche encore que la musique indienne puisse sortir de l'enfance , c'est la division de la nation en plusieurs tribus, division qui fait, ainsi que l'affirme sir

William Jones , que chaque royaume et chaque province de l'Inde a, comme les diverses provinces de l'ancienne Grèce, son genre particulier de mélodie.

La gamme des Indiens ne procède pas, comme celle des anciens Grecs, par tétracordes, mais par octaves, comme la nôtre. La fig. 85 en contient plusieurs tirées du livre intitulé Soma. On voit cependant que ces gammes sont défectueuses , si , comme le dit encore Jones , les blanches seules constituent les sons stables et immuables , et que toutes les autres notes ne sont que des notes ajoutées ou des variations, fruit du goût ou de l'art de l'exécutant; ainsi la plus grande partie de leurs gammes ne contiennent que cinq ou six tons stables, et ressemblent par là à l'ancienne gamme chinoise et écossaise, ou à l'ancienne gamme enharmonique des Grecs, dont Plutarque fait mention, et forment un pentacorde avec l'omission de deux sons dans l'octave (Voyez fig. 86). Ces gammes si simples peuvent être considérées comme les premiers essais d'un peuple qui aime le chant, mais qui n'a pas encore un système d'acoustique complet, et dont les instruments de musique sont trop imparfaits pour produire autre chose que les premiers sons d'après la nature. On pourrait peut-être expliquer le saut de tierce de l'ancienne gamme enharmonique des Grecs, par l'imparfaite construction des premiers instruments à vent, opinion qui semble confirmée par la manière de placer la main sur quelques uns de nos plus anciens et de nos plus imparfaits iustruments à vent, comme le flageolet, le chalumeau , etc. Il est certain que chez tous les peuples le perfectionnement des instruments contribue beaucoup au perfectionnement des gammes et à l'amélioration de la manière de chanter.

Les Indiens ne connaissent pas notre harmonie. Leurs di verses espèces de musique pratique sont les rectahs, teranas, tuppas et raagnies : les deux premiers portent le cachet d'un chant facile et régulier.

Les instruments de musique en usage chez les Indiens sont destinés ou à la religion ou aux divertissements. Les plus simples instruments dont les br aminés font usage dans leurs temples sont le song et le gautha. Le premier est un buccin dans lequel ils soufflent de toute leur force pour appeler le peuple; l'autre , qui sert au même objet, est une petite clochette en bronze , ornée d'une tête et de deux ailes , que les bramines font résonner soir et matin dans les vestibules du temple avant de commencer les sacrifices. Quelquefois on entend aussi le buccin dans les bazars et les marchés; mais alors ce sont les fakirs qui annoncent ainsi leur arrivée.

Un instrument d'origine indienne , et usité seulement dans les contrées habitées par les anciens Hindous, est le capiiu ou irin. Il se compose de deux calebasses d'inégale grosseur, qu'on a fait sécher, et auxquelles on a retranché un quart de leur grosseur. Ces deux calebasses sont jointes par un long tube de bois , sur lequel sont tendues plusieurs cordes de fil de coton gommées et deux cordes d'acier; les deux calebasses sont unies au tube qui leur porte les sons au moyen d'autres morceaux de bois également creux. Du reste, on accorde cet instrument comme nos instruments à cordes; les cordes cependant , presque toujours au nombre de quatre , ne reposent pas sur un chevalet. Le pennak est peu différent du bin.

Le tamboura est un instrument magnifique chargé de dorures, de peintures et de beaucoup d'autres ornements précieux. C'est un objet de luxe , et les riches Indiens ont soin de l'exposer aux yeux des étrangers en le plaçant dans la principale pièce de leur habitation, comme l'un de leurs plus beaux meubles. Le soin qu'apportent les Indiens à orner cet instrument pourrait faire croire qu'ils en tirent des sons délicieux , et l'on se tromperait grandement. Assis sur un tapis ou sur un morceau de toile blanche , ils restent des heures entières dans la même position . chantant un air monotone et

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pinçant de temps en temps l'une des quatre cordes de cet instrument. Voilà en quoi consiste le plaisir qu'ils en reçoivent.

L'instrument appelé sitar est presque semblable à notre guitare ; ce qui fait croire à quelques personnes que la guitare est d'origine indienne. Le saranyuy, instrument fort commun dans l'Hindostan, a beaucoup de rapport avec notre violoncelle , bien qu'il soit plus petit et qu'il ait un plus grand nombre de cordes. La douceur des sons de cet instrument le rend plus propre que les autres à accompagner la voix Les Indiens s'en servent aussi pour toutes leurs danses. Le sannda est une espèce de violon qui appartient presque exclusivement au peuple. Les sons que l'on tire avec un archet des quelques cordes de coton , répondent à la simplicité de l'instrument, fabriqué et joué sans règles par des gens grossiers et qui n'ont pas la plus petite connaissance de la musique. Vomeni a été certainement inventé dans l'Inde, car il se compose d'une noix de coco dont on a retranché les deux tiers et que l'on a recouverte d'une peau très mince • un manche de bois est attaché à cette espèce de timbale sur laquelle sont tendues quelques cordes d'un bout à l'autre ; les sons de Vomeni ont quelque ressemblance avec ceux du'sartnda et ceux ùu saranyuy , mais ils sont plus doux. Vumi consiste dans une noix de coco ouverte, à laquelle est attache un bâton de bambou et une seule corde ; on le joue avec un archet, pour l'ordinaire chargé d'ornements.

Vhauk est un énorme tambour dont on ne peut faire usage sans la permission du semmidar du district, permission qu'on n'obtient que dans certaines fêtes et en payant une somme déterminée. Dans les jours de grandes cérémonies , on 1 orne de plumes et de crins qui en accroissent de beaucoup le volume. Vhula est une autre espèce de tambour, ma,s plus petit que le précédent; on le bat avec la mata sur la partie inférieure. Il rend un son sourd qui sert d'accompa-

gneraent à toute espèce de musique. Le mirdeng ou khoie , bien qu'il soit généralement considéré comme un instrument sacré, parce que, dans toutes les fêtes religieuses, il est joué par les fakirs et autres personnes dévotes, est cependant très souvent employé par le peuple dans ses divertissements. Il consiste dans un vase de terre cuite dont les deux extrémités sont couvertes d'une peau tendue de la même manière que celles de nos tambours, avec cette seule différence que la peau inférieure est plus large et rend un son plus grave que l'autre. Le thobia est composé de deux tambours , l'un de terre et l'autre de bois, et tous les deux couverts de peaux que l'exécutant frappe avec ses doigts. Chaque timbale donne des sons différents dont la réunion produit une musique passable. Le tikora est aussi composé de deux tambours d'inégale grandeur ; celui qui le joue est ordinairement assis par terre, mais, dans les cérémonies publiques, cet instrument est porté par des chameaux qui font partie du cortège. Le domp est un grand tambour de forme octogone sur lequel on frappe seulement avec la main droite. Le djugo ou djumpa a un son particulier. C'est une espèce de bourdonnement produit par le frottement d'un nœud de petite corde placé à l'extrémité d'une baguette, sur une peau tendue sur un cylindre de terre cuite. Ce cylindre est composé de deux parties qui se réunissent, chacune desquelles est couverte d'une peau qu'on peut resserrer ou lâcher à volonté, au moyen d'une corde qui entoure l'instrument. Pendant que d'une main le musicien frotte sa longue baguette sur une des peaux , il en frappe de l'autre main la partie supérieure. Un autre instrument fort singulier et d'origine vraiment indienne , est le surmonglah dont le son est fort doux et fort agréable. Le musicien ne fait que toucher avec les doigts de la main droite ou de la main gauche de longs morceaux de bambous fendus aux deux extrémités et unis ensemble par quelques petites cordes qui les traversent.

Le fer*,< est un des plus anciens instruments des Hindous Il est à penser qn'iis en font usage dans leurs cérémon^ rt ug.euses, ear beaucoup de leurs anciennes idoles sont repré sentees avec cet instrument. P

Parmi les instruments à vent le ramsinga est le plus re nwquaMe. C'est une grande trompette composée de qoa e beS de meta, très mince qui entrent les nns dans les an s et son ordinairement enduits d'un beau vernis ronge. Il fau que cela, qui enjoué ait la poitrine très forte ponf n , ^ une variété de sons, très agréable à l'oreille onlfL . entend de loin. U y a des fakir, «ni „„ • ' ? °D leS

¥ „ , . J jamrs qm en jouent parfaitement

Le baunk, tant ponr la forme que pour la qualité du son peut être comparé à notre trompette. Il est L 0mme"e' rarnsrnga peint en ronge. Entre les autres espèces deTom

cvmbou. Le suranae est semblable à notre clarinette mais

es Indiens en jouent très mal. te tabri est la cornemûs^de

uos bergers Cet instrument se fait avec un fruit sec do on

1^ entuTenrr * "" "*« ** tUb6S de *■*»> 1 un en haut et les deux autres en bas. Ces derniers ont nl„

«oh ; trous. Le mnsicien souille dans le tube supé^u eîen" utoo.be les sons avec beaucoup d'expression en bouchan un ou plusieurs des trous des tubes inférieurs. Cet instrumen en très ; commun sur la côte de Coromandel. Le bansy ressemble parlement à notre flûte à bec, mais les Indiens ent^m d une mamere différente ; au lieu de le placer entre les 2 es pour yfcnre entrer le souffle, lis se le mettent au»! " Le cnshma, dans lequel on souffle aussi avec le nez res semble a notre flageolet; i, a un son doux et mélanco iquT e son diapason est divisé en demi-tons ; les Indiens o u aussi plusieurs autres espèces de flûtes

go?sesereve;rbreUX iDStrU"lentS ' leS Indiens et '<* "ongols se servent encore, pour la guerre, du doie et du tam-

eZl ? tambours monss ' et du *- - «,

qui consiste en deux couvercles de métal que Ton frappe l'un contre l'autre.

Il y a dans l'Inde des chanteurs qui parcourent les rues et s'arrêtent aux portes des maisons en chantant les amours et les hauts faits de leurs dieux. Ils accompagnent souvent leurs chants du son de quelque instrument. Ils sont vêtus à peu près comme les Musulmans , et ont ordinairement une besace dans laquelle ils mettent le riz, les fruits et tout ce qu'ils reçoivent de leurs auditeurs.

Les chants des baïadères ou danseuses , sont accompagnées par la vina, par le dote et le tamtam, et par des flûtes de diverses grandeurs qu'on appelle nagassaron, cama, otou, bilan, cojcl, tourti (espèce de chalumeau), mataian et taL Ce dernier instrument , qui a un son un peu criard , indique la mesure et le rhythme.

Pour les funérailles et pour les annonces, les Indiens se servent de la tare, sorte de trompette qui a un son sourd. Ils ont des charlatans appelés pandaro?is, qui jouent aussi d'une espèce de violon.

La musique en usage aujourd'hui dans toutes les parties de l'Inde soumises à la domination de l'Angleterre, ne diffère point de celle qu'on cultive en Europe. Calcutta, particulièrement, a été visité par des artistes distingués, chanteurs et instrumentistes. L'orchestre du théâtre de cette ville , en 1834, était composé de plusieurs violons, d'une contrebasse, de deux violoncelles, deux bassons, deux flûtes, deux clarinettes, deux cors, deux trompettes et timbales. Les chanteurs les plus distingués étaient le D. Wilson , MM. Bianchi et Lacy, et mesdames Cooke, Kelly et Williams. Ils étaient sous la direction de M. Delmar. Des concerts y ont été donnés quelquefois par des étrangers , mais le plus souvent par des Anglais.

On joue à Calcutta beaucoup de quatuors et surtout ceux de Havdn. Les choeurs sont accompagnés par l'orgue. L'Aile-

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