‹ Dictionnaire de musique théorique et historique (volume 3)Chapitre 9 sur 112 · PRÉFACE. XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XI

tenant d'une main forte et sévère cette limite désirarable, et en y installant, pour ainsi dire, une forte garde, il eût moins enchaîné l'inspiration, s'il n'avait cru devoir lier aussi étroitement la musique renaissante au cadavre de la musique antique. Peutêtre la musique purement expressive serait-elle née plus tôt, si les hommes éminents qui ont illustré et dirigé la marche de la musique pendant ces dix siècles avaient été, au départ, plus maîtres de choisir leur chemin, et avaient pu s'orienter à leur gré. Qui sait si cette marche n'eût été plus libre et plus hardie? Josquin des Prés, tant d'autres, et Palestrina, obéissant à leur voix intérieure, guidés par ce génie qui les éclairait, mais chargés de moins d'entraves, et éprouvant moins de résistance, n'auraient-ils pas porté plus haut leur essor, et, dans ce vol plus rapide et plus élevé, n'auraient-ils pas vu l'horizon s'agrandir autour d'eux? Devançant et raprochant l'avenir, ils auraient jeté une lumière plus vive sur la route que suivaient leurs contemporains, et sur les sentiers bat* tus par les musiciens vulgaires. Car il ne suffit pas que le peuple chante, il faut que des hommes habiles et doués de Dieu se mettent à la tête de l'art et lui impriment une direction vigoureuse pour qu'il s'écarte à temps des ornières banales où le chant populaire s'embourbe volontiers. Sans quoi la musique reste en l'état où nous la voyons encore aujourd'hui dans certains pays, éloignés des grands centres do

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