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AU LC6TCUR,
^ Chaque jour le goût de la musique se répand et se ^ popularise ; cet art est devenu une des plus vives jouisè^ sances des nations civilisées ; dans les deux mondes, toutes "^ les classes de la société subissent son influence. Chez divers peuples, la musique fait déjà partie intégrante de > l'éducation publique; et, le jour arrivera bientôt peut ^ être, où, plus puissante que la diplomatie, elle trouvera ^ le secret de les concilier, de les unir. ^ Aussi, depuis plusieurs années surtout, cet art a été l'objet des travaux et des recherches de beaucoup d'écrivains, et a fait éclore un assez grand nombre de traités spéciaux, de recueils biographiques, d'histoires générales c^'^t particulières. Mais ce qui manquait encore, croyons- V nous, c'était un dictionnaire de musique bien conçu, bien ^ exécuté, précis et pourtant complet ; en un mot, une en- ^ eyclopédie musicalQqui résumât toutes les connaissances acquises, tous les faits importants, et qui fut au niveau "^ des progrès de l'époque.
Cependant des hommes d'un grand mérite se sont occupés successivement de travaux de ce genre, et, bien qu'ils ne soient pas arrivés à des résultais tout h fait satisfaisants, leurs tentatives ne méritent pas moins d'être signalées avec éloges. Le Flamand Jean Tinctor a publié le premier dictionnaire de musique qui ait vu le jour depuis l'invention de l'imprimerie. Cet ouvrage, qui parut en 1470, à l'époque de la renaissance des lettres, sous le titre Terminorum musicœ defimforium, a joui pendant longtemps d'une grande estime dans le monde musical ; mais il est aujourd'hui sans valeur, sans intérêt. Ainsi que son titre l'indique, c'est tout simplement^ une série de définitions : on y chercherait vainement une critique élevée, des détails intéressants, des faits
historiques de quelque importance : au reste, il n'en pouvait être autrement à l'époque où Tinctor écrivait ; les communications intellectuelles entre les divers peuples étaient encore trop rares pour qu'il pût réunir tous les éléments nécessaires à la construction d'un vaste monument.
Dans le siècle dernier, un de nos écrivains les plus célèbres, Jean- Jacques Rousseau, a interrompu ses méditations sociales et ses études littéraires pour nous donner un dictionnaire de musique : mais cet excursion dans le domaine de l'esthétique musicale n'a pas été heureuse ; son œuvre fourmille de fautes et d'erreurs ; et ceci n'est pas seulement notre opinion personnelle, c'est aussi celle des critiques les plus éclairés et des juges les plus compétents.
D'autres productions du môme genre ont été publiées depuis avec plus de succès ; quelques-unes même, et à leur tête il faut placer le Dictionnaire de mtcsique par Castil-Blaze, sont dues à des esprits éminents : mais on ne saurait nier que nos connaissances musicales ont singulièrement progressé depuis leur apparition ; aussi sontelles devenues incomplètes, surtout sous le rapport historique.
L'ouvrage qui laisse peut-être le moins à désirer est le Dictionnaire de LichtenthaL Aidé des travaux les plus récents de l'Italie et de l'Allemagne, des ouvrages des Kock, des Marpurg, des Forkel, des Martini, le docteur Lichtenthal a donné la meilleur encyclopédie musicale qui ait encore paru. Riche de documents précieux, vivifié par des recherches immenses, son livre offre à la fois un vif intérêt aux artistes et aux amateurs ; cependant, il faut le dire, le Dictionnaire de Lichtenthal présente de notables imperfections : son style laisse parfois à désirer sous le rapport de l'élégance; les diverses parties de son ouvrage manquent de proportion, et par une contradiction étrange, on y voit traités avec beaucoup d'étendue des sujets d'un intérêt médiocre, tandis que des matières plus importantes y sont à peine effleurées; enfin, l'auteur a négligé une foule de documents, de dé-
couvertes modernes, dont l'exhibition aurait donné plus de prix à son travail. II y a donc à prendre et à laisser dans le Dictiœinaire de Lichtenthal : c'est un excellent guide que l'on peut suivre souvent; mais à la condition *de modifier ce qui est diffus, et de développer ce qui est incomplet.
Après avoir fait la critique des productions de nos devanciers, nous allons dire en peu de mots comment nous avon^ entendu notre publication.
Les articles purement didactiques sont traités d'une manière claire, succincte et concise. On conçoit, en effet, que dans les limites où nous avons dû nous renfermer, nous n'ayons pu donner, sur chaque matière, un traité ex professa. D'ailleurs, il ne faut pas oublier que ce dictionnaire n'est pas fait uniquement pour les artistes, pour les véritables connaisseurs ; mais qu'il est aussi destiné aux gens du monde : en un mot, nous avons voulu le rendre accessible à toutes les intelligences ; pour atteindre ce but, nous avons dû nous borner & des notions élémentaires. Ceux des lecteurs qui voudraient approfondir les sujets que nous n'avons fait qu'esquisser ici pourront recourir aux ouvrages spéciaux.
Quant aux articles historiques, nous nous sommes livrés à de longues et nombreuses recherches pour donner tout l'intérêt possible à- cette partie de notre travail, et la mettre en harmonie avec les d^ouvertes de ce siècle.
Ainsi on y trouvera la désignation de tous les instruments, tant anciens que modernes, avec le nom de leur inventeur, la date de leur construction, toutes les fois que ces dates ont été conservées.
On y rencontrera également le nom des anciens luthiers, l'école d'où ils sortent, le lieu de leur naissance, et l'indication du pays et de l'époque où ils travaillaient.
Les savants ouvrages que possèdent l'Italie et l'Allemagne nous ont été d'une grande utilité sous ce double rapport ; mais ces productions étrangères ne sont pas les seules que nous ayons consultées avec fruit : les écrits si solides et si ingénieux de M. Castil-Blaze, et notam-
ment son Histoire de V Opéra; V Histoire de la musique en Italie, par le comte Orloff ; les Esquisses sur la musique^ par Laborde ; le Dictionnaire des mtisidens^ par Choron et Payolle.
Lf^s travaux érudits de M. Fétis, Biographie des musiciens et Histoire de la musique ; V Or gano graphie y de M. le marquis de Pontécoulant ; les ouvrages didactiques ou historiques de M. Berton, Baillot, Clément, Berlioz, Halévy, Gewaert, Gustave Chouquet : tous ces écrits, et bien d^autres encore , nous ont fourni de précieux maté* riaux.
Nous avons aussi compulsé avec soin les journaux spéciaux de musique, qui se publient en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre, Les livres de voyages les plus récents ont été également, de notre part, l'objet d'un sérieux examen pour tout ce qui &e rattache à notre spécialité.
EscuDiER frères.