‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire (volume 2)Chapitre 20 sur 459 · INVASIONS · texte numérisé non relu

INVASIONS

propositions elliptiques (pour fnites paix, prenez courage) que des interjections proprement dites, il nous restera peu de cliose à dire des interjections. Deux seulement, liélas et dame, nécessitent quelques explications.

Hélas! que nos aïeux écrivaient en deux mots : /«? .' las ! est composé de l'interjection hé ! et de l'adjectif las, qui signifiait malheureux dans notre vieille langue. On disait au xiii'^ siècle : «T.ette mère est lasse de la mort de son fils; Hé! las que je suis ! >i Ce n'est qu'au xv" siècle que les deux mots se soudèrent et qu'hélas devint inséparable. En même temps /as perdait son énergie primitive et passait du sens do douleur à celui de fatigue, comme cela est arrivé pour les mots gdne et ennui qui signifiaient à l'origine toiirment et haine.

L'interjection dame ! (qu'il ne faut pas confon'lre avec le substantif féminin dame) est l'abréviation de Datyie-Dieu, exclamation de l'ancien français, qui signifie Seignew-Dieu! [Dvmine-Deus.) On trouve à chaque page dans les textes du moyen âge : « Que Dame-Dieu nous aide ! » Dume-Dieu, et simplement dame, s'employait comme interjection ; et l'exclamation Ali! dame, qui pour nous a perdu aujourd'hui toute signification, revient à dire : Ah ! Seigneur. Nous retrouvons encore ce mot dame dans les noms géographiques Dammartin, Dampierre, etc., qui signifient le sire Martin, le sîVe Pierre,

Les termes .employés dans le langage familier et dans le style comique, tels que : corbleu, diantre, jarni, morbleu, etc., ne sont que des jurements et des blasphèmes aujourd'hui défigurés. Corbleu est pour corps (le Dieu; diantre pour diable; j'anii ou jarnidieu pour je renie Dieu, etc.

Modèles d'exercices. — 1" Lire aux élèves le morceau suivant en leur faisant remarquer les interjections.

Le Grondeur.

M. Grichard, Bourreau! me feras-tu toujours frapper deux heures à la porte?

Liiliue. Monsieur, je travaillais au jardin; au premier coup-- de marteau, j'ai couru si vite que je suis tombé en chemin.

M. Grichard. Je voudrais que tu te fusses rompu le cou. double chien ; que ne laisses-tu la porte ouverte ?

Lolive. Hé ! monsieur, vous me grondâtes hier à cause qu'elle l'était; quand elle est ouverte, vous vous fâchez; quand elle est fermée, vous vous fâchez aussi : je ne sais plus comment faire.

M. Gricliard. Comment faire? comment faire ? infâme !.. .

Lolive. Oli çà, monsieur, quand vous serez sorti, voulez-vous que je laisse la porte ouverte ?

M. Grichard. Non !

Lolive. Voulez-vous que je la tienne fermée?

M. Gricliard. Non.

Lolive. Si faut-il, monsieur....

M. Grichard. Encore! Tu raisonneras, ivrogne?

Lolive, Morbleu 1 j'enrage d'avoir raison.

Af. Grichard. Te tairas-tu?

Lolive. Monsieur, je me ferais hacher. Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée : choisissez, comment la voulez-vous?

lis. Grichard. Je te l'ai dit mille fois, coquin ! Je la veux.... je la.... Mais voyez ce maraud-là! Est-ce à un valet à me venir faire des questions? Si je te prends, traître ! je te montrerai bien comment je la veux.... As-tu baJayé l'escalier?

Lolive. Oui, monsieur, depuis le haut jusqu'en bas.

M. Grichard. Et la cour?

Lolive. Si vous y trouvez ordure comme cela, je veux perdre mes gages.

M. Grichard. Tu n'as pas fait boire la mule ?

Lolirc. Ah ! monsi&ur, demandez-le aux voisinsqui m'ont vu passer.

M. Grichard. Lui as-tu donné l'avoine?

Lolive. Oui, monsieur, Guillaume y était présent.

M. Grichard. Mais tu n'as point porté ces bouteilles de quinquina où je t'ai dit?

Lolive. Pardonnez-moi, monsieur, et j'ai rapporté les vides.

A/. Grichard. Et mes lettres, les as-tu portées à la poste, Iiein ?

Lolive. Peste I monsieur, je n'ai eu garde d'y manquer.

M. Grichard. Je t'ai défendu cent fois de racler ton maudit violon ; cependant j'ai entendu ce matin

Lolive. Ce matin ? Ne vous souvient-il pas que vous me le mîtes hier en mille pièces ?

M. Grichard. Je gagerais que ces deux voies de bois sont encore....

Lolire. Elles sont logées, monsieur. Vraiment, depuis cela, j'ai aidé Guillaume à mettre dans le grenier une charretée de foin, j'ai arrosé tous les arbres du jardin, j'ai nettoyé les allées, j'ai bêché trois planches, et j'achevais l'autre quand vous avez frappe.

M. Grichard. Oh ! ... il faut que je chasse ce coquin-là ; jamais valet ne m'a fait enrager comme ce-

lui-ci;ilme ferait mourir de chagrin Hors d'ici!

(Brueys.) 1° Dicter ou écrire au tableau le même morceau, en remplaçant les interjections par des tirets ; lesélèves mettront les interjections convenables.

3° Dicter ou écrire au tableau le même morceau et faire expliquer aux élèves le sens et l'origine dechaque interjection. [J. Dussouchet.j

INVASIONS. — Histoire générale, XXXIX-XL ; Histoire de France, XXXVIII-XL. — Le nom d'mvasion pourrait s'appliquer à tout envahissement d'un pays par une armée étrangère ; mais on le réserve d'ordinaire, en histoire, à l'entrée en masse d'un peuple encore barbare sur le territoire d'unpeuple plus civilisé. En outre, abstraction faite du degré relatif de civilisation des peuples en jeu, une même nation appellera volontiers guerres à.'invasion celles où son propre territoire a été envahi, et guerres de conqui'te, campagnes, expéditions, celles où elle a joué elle-même le rôle d'envahisseur. Ainsi, dans l'histoire de France, on parle de la campagne d'Egypte en 1798, de la campagne de Russie en ISl'i, et de Yinvasion des alliés en 1814. Les peuples latins désignent sous le nom A' invasion des barbares la prise de possession de l'empire romain par les hordes germaniques, tandis qu'en Allemagne cet événement s'appelle la grande migration des peuples.

Les principales invasions que mentionne lliistoire universelle sont, par ordre chronologique : L'invasion des Hyc.sos ou Hyk-shos ( « rois pasteurs ») en Egypte, vers le vingt-troisième siècle avant notre ère (.V. Egi/vte, p. 65'2) ;

L'invasion des Scythes ou Kimmériens dans l'Asie occidentale, de 634 à C27 (V. Assyrie, Médie, Perse);

Les diverses invasions des Gaulois en Italie, en Grèce, en Asie-Mineure (V. Gaule, p. 848) ;

Celle des Cimbres et des Teutons, à la fin du second siècle avant notre ère (V. Home);

La grande invasion des Barbares, aux quatrième et cinquième siècles (V. Barbares et Rome) ;1

L'invasion arabe, aux septième et huitième siècles (V. Arabes et Khalifes) ;

L'invasion 7iormande' on Scandinave, en Angleterre, en France, en Italie, à partir du septième siècle jusqu'au milieu du onzième (V. Normands et Scandinaves);

Les deux invasions des Mongols sous Gengis- Khan et ses successeurs, au treizième siècle, et

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snus Tamerlan, à la fin du quatorzième siècle (V. Mnivjoh).

INVr.Sf rUlN. — V. Componiion.

IINVUM'IOiNS. — Histoire générale, XXXVII. — On demandait à Newton comment il était arrive il formuler la grande loi de la gi-avitation qui régit notre globe, notre système solaire, l'univers entier? — (( En y pensant, » répondit-il avec une noble simplicité. Ce mot, qui donne le secretdc la plus superbe découverte peut-être qu'ait faite notre espèce, s'applique également à la plupart, sinon h la totalité des inventions ; non pas que toutes soient le produit d'une longue réflexion, solentune déduction logiquement poursuivie de faits et de principes déjà connus — ces découvertes par la voie théorique sont beaucoup plus rares que celles que l'on doit au hasard, comme on dit — mais le hasard n'a jamais rien montré aux hommes inintelligents ; pour transformer l'accident en acquisition durable, il a toujours fallu qu'un esprit avisé analysât, raisonnât le pourquoi, le comment, dégageât le principe général du fait particulier. L'histoire des inventions et des découvertes n'est autre que l'histoire de la pensée s'appliquant h mieux connaître la constitution de l'univers en son ensemble et dans ses détails, par l'emploi des connaissances acquises, par la meilleure adaptation de l'homme à son milieu, et du milieu Ji Ihorame. A mesure que cette adaptation s'accomplit, l'homme progresse etse perfectionne, il se modilie lui-même à mesure qu'il transforme ia nature ambiante. Dans nos pays civilisés, ces changements qui se poursuivent depuis qu'il y a une histoire, et qui avaient commencé longtemps auparavant, ont agi d'une manière déjà puissante sur la constitution chimique du sol, sur le régime hydrographique, sur le climat. L'homme, qui a bouleversé le pays qu'il habite, avait commencé, la langue le dit elle-même, par être un sauvage, unebête fauve, certainement la plus féroce de toutes. Il n'avait à l'origine que des besoins tout à fait restreints, les seuls, d'ailleurs, qu'il pût satisfaire. Nos désirs portant tous sur quelque diminution de peine, de fatigue et de temps, tendent, par conséquent, à une augmentation de force, de ressources et de loisirs, à un accroissement de vie, aune augmentation quantitative et qualitative dans la valeurde l'homme. Notre existence est tout autrement mobile, féconde en impressions variées et en sentiments profonds que celle de nos premiers ancêtres. Il est vrai que nous employons notre puissance accrue, notre intelligence mieux armée à former de nouveaux souhaits plus vastes qui provoqueront des efforts plus puissants, des réalisations plus considérables. Notre puissance augmente et aussi nos inquiétudes, et le désir toujours inassouvi du mieux, et encore du mieux, qui n'est l'ennemi da bien que par exception, quoiqu'on dise le proverbe.

C'est le moment de rappeler la distinction qu'on a faite depuis longtemps entre les inventions et les découvertes. Les découvertes sont plus spécialement la simple constatation de faits, de lois, ou de principes inconnus jusque-là, en histoire, en géographie, dans les sciences en général. Les inventions impliquent le plus souvent une mise au point nouvelle, une transformi^on, une adaptation de la part de l'homme. Ainsi, la découverte des propriétés merveilleuses de la pierre aimantée rendit possible l'invention jde la boussole, qui permit aux navigateurs de perdre les côtes de vue, de se lancer dans la haute mer, et de mettre le cap vers des contrées encore inconnues. Les découvertes de nos physiciens et de nos chimistes donnent aux industriels et aux mécaniciens le moyen de faire une multitude d'Inventions dans le domaine pratique ; les découvertes de nos mathématiciens, les hautes analyses de nos géomètres sont mises à profit de mille et mille manières par les opticiens et

ingénieurs. Rarement les inventions sontimaginées de toutes pièces; elles sont le plus souvent de simples modifications aux procédés en vogue, auxquels on donne des applications Inédites, et que l'on simplifie ou l'on complique pour de nouveaux usages. On a remarqué qu'il y a des époques plus fécondes en Inventions que les autres. Ainsi, notre génération et celles qui l'ont procédée, à partir de la publication de la grande Encyclopédie, ont fait déjà une œuvre immense, et, sans exagération aucune, sont en train de renouveler la face du monde. Il est facile de s'expliquer l'intermittence de ces époques de transformation, qui sont le contre-coup des Impulsions religieuses et philosophiques, morales et scientifiques se produisant de période en période. Quand une idée, quand une théorie générale est lancée dans le monde, les intelligences éveillées la transportent chacune dans la sphère d'activité qui lui est propre, l'y établissent, l'y développent, l'y maintiennent, jusqu'à ce qu'une conception nouvelle amène d'autres changements. La série de ces révolutions partielles dans le temps et dans l'espace n'est autre que la grande évolution de l'humanité. Les idées ont aussi leur évolution partielle; comme les plantes, elles germent, frondoient, fleurissent, fructifient, et leur semence reproduit des sujets similaires, mais cependant distincts et nouveaux. Voilà pourquoi des inventions analogues surgissent, à peu près au même instant, dans plusieurs cervelles, et l'inventeur qui tarde trop à publier sa découverte s'en voit dépouiller l'honneur par un rival plus pressé. Cette remarque a donné lieu au paradoxe que les inventeurs ne trouvaient pas leur invention, mais que l'Invention allait trouver son inventeur. La vérité est que les idées nouvelles viennent en leur temps, parce qu'elles sont la production des idées antérieures, le résultat des développements de la science.

Ce serait s'engager dans un dédale que de vouloir énumérer les inventions qui ont été faites depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours; un volume, des volumes n'y suffiraient pas ; sans parler de l'impossibilité matérielle de fournir des dates authentiques, des renseignements certains sur plusieurs d'entre elles qui ne sont pas des moins importantes. L'histoire des inventions est une science par elle-même. Précise en ce qui touche aux temps modernes, elle est vague pour le moyen âge, incertaine pour l'antiquité, obscure pour les temps préhistoriques. Son étude ne date que d'hier, et n'aurait pu être abordée utilement avant les travaux de nos derniers géologues. Nous indiquerons les lignes principales de cette histoire aussi exactement que le permettent nos connaissances actuelles; nous en tenant principalement à la genèse même, à la filiation des Inventions, et à leurs relations mutuelles. Nous renvoyons aux articles spéciaux du Dictionnaire pour les détails relatifs aux inventions les plus importantes, telles que Vimprimei'ie, la /joussote, la poudre à canon, la mac/une à vapeur, le télégraphe, etc.

La classificatloii la plus simple et la plus pratique nous parait être celle des inventions: 1° par leur objet, ou par les besoins auxquels elles doivent satisfaire, 2" par les moteurs ou par la nature de la force qu'elles emploient.

I. — La nécessité est la mère des inventions, dit un proverbe dont l'expérience journalière prouve la justesse. N'était le besoin qui nous presse, nous nous endormirions dans la jouissance et dans l'oisiveté. Il est certain que la même cause qui aujourd'hui nous fait perfectionner les découvertes antérieures les a inspirées sous une forme barbare dans les temps primitifs. Les besoins les plus urgents sont les plus efficaces à réveiller l'intelligence engourdie. Les besoins moindres ne se font sentir que lorsque ceux de premier ordre

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sont déjà satisfaits. Nul mobile n'a été plus puissant que la faim il créer des ressources nouvelles, et à modifier peu à peu l'ordre de choses précédemment établi. L'Iiomme, un omnivore, a commencé par demander à la chasse la presque totalité de sa subsistance. Il tuait pour manger. Ses armes ont pu à l'origine n'être que celles du gorille et de l'orang-outang : tantôt une pierre, tantôt une massue dans ses poings robustes. Ce fut une véritable inspiration de génie quand il emmancha sa pierre au bout d'un bâton l'ourclm, se faisant ainsi un instrument qui fut le premier casse-tête, le premier marteau, la première hache, la première lance, le premier cpieu, le premier javelot, le premier hoyau. D'abord, il avait pris ces pierres pour faire poids ; il fut amené à les prendre pour leur dureté, ensuite pour leur tranchant; il en vint à tailler les silex qui devaient lui donner toutes sortes d'instruments l'un après l'autre : couteaux, poignards, épingles, aiguilles, grattoirs, ràcloirs, limes et scies, pointes aiguës et barbelées de plusieurs modèles. De ces pointes remplaçant les os et les arêtes de poissons, il arma les flèches qu'il venait d'inventer après avoir reconnu l'élasticité de certains bois et les profits qu'on en pouvait tirer en courbant une branche, en la sous-tendant de boyaux tordus. Plus tard, il se mit ;\ polir les pierres les plus dures, du grain le plus fin, le plus serré, et même à les percer, k les forer. On trouva des minerais plus durs, plus résistants et plus lourds que la pierre ; par exemple le cuivre natif dont on fit des armes redoutables.

En taillant les silex, en les frappant l'un contre l'autre, on avait vu des étincelles jaillir, et l'on devina que cette étincelle est de même nature que l'éclair qui sillonne la nuée ; çà et laces étincelles avaient fait jaillir la flamme aux entours, ce qui ne manqua pas de remplir l'homme d'effroi. Combien de siècles, combien d'âges se passèrent avant qu'il se soit familiarisé avec les feux de la foudre, des cratères, des sources de gaz, de naplite, de pétrole, avec les divers usages de l'eau qui sourdait des fontaines thermales dans les pays volcaniques? C'est ce qu'il est encore impossible de dire. Enfin se fit la découverte des découvertes, l'inven.ion des inventions. L'homme se rendit compte des matières qui sont plus facilement comi)UStibles que les autres, il les disposa liabilement dans le voi.sinage des cailloux qu'il heurtait et dont il tirait des étincelles : ce fut le briquet. Il fit bien plus. A défaut de pyrites, il frotta des morceaux de bois sec les uns contre les autres, fit tourner rapidement la pointe d'un bois dur dans le trou d'un bois mou. Au prix d'efforts énergiques, habiles et persévérants, que nous avons encore l'occasion d'admirer chez plusieurs peuplades contemporaines , on voyait le bois s'éciiaulïer peu à peu, se charbonner, une fumée s'élever; au milieu de la tache noire apparaissait un point rouge, première lueur qui bientôt gagnait en étendue et en intensité ; encore un moment, le bois craquait et la flamme surgissait vive et vermeille. Seul de tous les êtres animés, l'homme a conquis le feu, seul il sait l'entretenir. Nous sommes en droit de dire qu'au point de vue pratique, c'est l'usage du feu qui met une ligne de démarcation aussi nette et tranchée entre l'homme et la bêle qu'il est possible de le désirer. Ceux qui ont fait du sujet une élude spéciale n'hésitent pas à affirmer que s'il était vrai, comme quelquesuns prétendent, sans raison suffisante, nous semblet-il, qu'il existe, ou qu'il existait tout récemment encore, des hordes assez arriérées pour ignorer l'usage du feu, ces hordes n'auraient eu d'humain que la figure. M. Tyler, le savant auteur de la Civilisation primitive, a recherché les diverses manières employées par les sauvages pour faire le feu et montré qu'elles ont pu, qu'elles ont dû donner naissance i plusieurs instruments et pro-

cédés mécaniques dont on ignorait jusque-là l'origine : tarière, vilebrequin, baratte, archet, mortier et pilon, etc. La meule antique dans laquelle on broyait le grain est un de ces appareils dérivés. Sur la meule gisante, qui restait immobile, tournait la meule roulante emmanchée sur un axe. L'allumette chimique devait faire tomber ces procédés divers en rapide désuétude. Les trois choses que le monde sauvage envie le plus à notre civilisation sont : l'allumette ou bâtonnet à feu, l'eau de feu, l'arme à feu.

Le feu ayant été ainsi obtenu à grand'peine, il fallait le conserver. Il est telle peuplade nomade chez laquelle les femmes portent au moindre de leurs voyages un tison qu'elles ravivent fréquemment en le faisant tournoyer dans l'air. Les tribus mieux assises entretiennent des foyers constamment allumés autour desquels se rassemblent les chefs et les guerriers. Ces prytanées sont les sanctuaires nationaux d'où les colonies emportent de précieux brandons dans leurs nouvelles demeures, où les chefs de famille vont au nouvel an prendre des charbons pour allumer leur foyer domestique. C'est ainsi que nous voyons le feu à l'origine des institutions nationales et familiales. Tant est vraie la légende des Grecs, d'après laquelle Prométhée ou Vulcain aurait été le créateur de l'homme : en d'autres termes, c'est au feu et à tout ce qu'il a produit et amené que notre humanité, celle des civilisés ou demi-civilisés, doit son existence.

Jusque-là, on avait mangé cru; dorénavant, les viandes furent rôties ou bouillies ; fréquemment on torréfia le grain avant de le passer à la meule. On inventa le procédé pour la fabrication du pain, on découvrit les propriétés des levains ; on eut du pain levé, des boissons fermentées.

L'art culinaire prit alors naissance. Les premiers vases avaient été des coquilles, des gourdes, de grosses noix, et autres fruits creux et dessécliés, des pailles et des roseaux étroitement tressés. Bientôt, on tira parti de la plasticité et de l'imperméabilité de l'argile pour en enduire les roseaux tressés qui servaient de parois aux premières huttes, qui formaient les premières corbeilles qu'on transforma ainsi en cruches, et qu'on songea plus tard à durcir en les brûlant. Nos collections ont encore quelques débris de ces anciens brocs, dans lesquels des joncs et des carex, encore engagés dans la pâte, nous font surprendre les secrets de la fabrication primitive. Telles furent les origines de la céramique, art humble et bien modeste à ses débuts, mais qui a rendu à notre espèce d'incalculables services ; donnant à peu de frais une matière qui se prêtait sans effort à toutes les fantaisies des doigts qui la pétrissent, et remplaçait en une foule de circonstances le bois, la pierre et les métaux. Les vases de toute espèce restèrent généralement lourds et irréguliers tant qu'on n'eut pas trouvé la roue, avec laquelle l'art du potier entra dans la période artistique. Ce n'est pas tout: avec l'aigile on construisit des fourneaux qui concentraient la chaleur à un degré que les foyers ordinaires n'eussent jamais pu atteindre; et dans ces fourneaux, on obtint la fusion des substances jusque-là réfractaires, qui livrèrent des vernis, des verres, des faïences, auxquelles les Chinois ajoutèrent la porcelaine. Ils permirent de procéder à la fusion des minerais : on obtint à l'état pur des métaux tels que le plomb, l'étain, le cuivre, l'argent, l'or; et enfin les alliages déterminés, tels que le laiton, le bronze, vrai métal précieux. La facilité de les obtenir, non pas seulement en lingots, mais aussi en lames minces, flexibles, malléables, élastiques, susceptibles d'un beau poli, et relativement très légères, les fit rechercher pour l'ornementation. Lf s premiers guerriers étaient jaloux, plus encore que les femmes d'aujourd'hui, de se parer de chaînes, de diadèmes, de bracelets, de chevilles,

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û<: pectoraux, de torqiids et cnllioi's, d'agrafes et fibules. L'absence bien constatée de tout oxyde de for dans les fouilles où l'on trouve déjà de nombreux objets en bronze, a fait supposer que l'invention du bronze a précédé d'un long temps l'invention du fi^r, supposition que confirment certaines traditions relatées par les auteurs classiques. Cependant, il se peut qu'on ait tout au moins exagéré la période qui s'est écoulée entre les deux découvertes. M. de Morlillot explique la rareté relative des objets de fer dans les tombes, par la considération que ce métal, si facilement attaqué par la rouille, devait être tenu en bien moindre estime que le bronze et ne trouvait pas sa place dans les cercueils des chefs, des riches et des puissants, qui avaient seuls l'honneur de reposer dans des tumulus. Toujours est-il que le fer a été employé en Egypte, déji du temps des premières dynasties, et qu'on a même retrouvé dans la chambre secrète d'une pyramide uu morceau de fer qui y avait été oublié.

On a lieu de croire que le fer a été inventé dans l'intérieur de l'Afrique, où se trouvent des minerais le plus facilement réductibles, et où cette fabrication s'effectue par des procédés simples et bien entendus qui se sont transmis de génération en génération. Les perfectionnements successifs apportés au travail du foret du bronze, des armes offensives et défensives, provoquèrent maint bouleversement, mainte révolution dans l'histoire des empires, firent gagner mainte bataille, élever maint royaume sur les ruines d un antre royaume. Plus d'un historien attribue les victoires des Romains à la supériorité de leur cpée, plus courte, mais mieux coupante et mieux irempéo que celles qu'on leur opposait. Parce que le fer a été le grand instrument de meurtre, n'oublions pas qu'il a fait le soc et le coutre, et que la charrue a nourri et fait vivre plus de millions d'hommes que la guerre n'en a tué. C'est au fer que nous sommes redevables de l'agriculture.

La passion avec laquelle on se jeta sur la possession des métaux précieux, surtout ceux qui avaient été travaillés et frappés en médailles à l'empi-einte d'un dieu, d'un grand personnage ou d'un potentat, la faciliié avec laquelle on échangeait ces petites pièces contre des denrées et des marchandises incomparablement plus lourdes et plus difficiles à transporter, donna naissance au commerce, au trafic de l'or et de l'argent monnayés.

La vanité personnelle autant que la nécessité de se protéger contre les morsures du froid et de la chaleur, les piqûres des insectes et des épines, firent recourir aux vêtures, qui d'abord furent très succinctes : des herbes, des feuillages, des couches de cette même argile dont on enduisait les parois des masures et des corbeilles à contenir l'eau. Longtemps on convoita les dépouilles des animaux, brillantes écailles protectrices, toisons légères, chaudes fourrures, beaux plumages ; mais le cuir sur lequel elles sont implantées se dessèche bientôt après la mort de l'animal, durcit et se raccornit, quand il ne pourrit pas. Avant de prendre possession de ces trésors convoités, il fallait inventer les moyens de nettoyer le cuir, de lui rendre sa souplesse sans nuire à sa durabilité ; ce qu'on fit par les procédés primitifs de tannage, de mégisserie et de parcheminerie, qui, dans toutes leurs diversités, avaient cela de commun qu'ils étaient longs, fatigants et dispendieux. Un dos premiers résultats de la chimie régénérée, presque créée par Lavoisier et par ses émules et disciples, fut d'opérer une révolution dans cette fabrication.

Les écorces qui, conjointement aux peaux de bêtes, couvraient les toits des huttes, firent surgir tine industrie parallèle à la tannerie. Certaines écorces, qui s'y prêtent bien mieux que d'autres, furent nettoyées, rouies, battues, triturées, tra-

vaillées jusqu'à ce que le lacis de fibres eût été dépouillé de ses concrétions. Quelques-unes des étoffes ainsi préparées par les insulaires dos mers du Sud peuvent rivaliser avec nos plus belles mousselines. C'est ainsi qu'on travailla le papyrus, prototype de notre papier. C'est ainsi que nos premiers livres furent écrits sur du liber, et nos premiers a bou(|uins » sur l'écorce du hêtre (en allemand Buchet des forêts de la Germanie.

Mais revenons aux claies qu'on fabriquait en entre-croisant les branches souples de saule ou d'osier, les branches droites et flexibles de tout autre arbre, les pailles et roseaux. Les plus lourdes et solides, accrochées à des pieux de distance en distance, formaient les toits et les parois; les plus légères servaient de portes qu'on plaçait, déplaçait replaçait, à volonté; de plus petits clayons, transportés avec la personne, servaient de manteaux, de coiffures. On a i-emarqué que les couvre-chefs affectent oouvent une ressemblance marquée avec le genre do toiture usitée dans le pays. Insensiblement, on étendit, on développa le procéilé dont il s'agit; on croisa des lanières de peaux et de fourrures, qui s'enroulèrent étroitement autour des surfaces de plus en plus petites. En rapprochant les mailles, on eut des tissus qui excluaient complètement l'eau, la lumière et même l'air; en les écartant, on eut des filets. Le tressage donna naissance à l'industrie du tricot, dont la mécanique vient de s'emparer. Le croisage des fils est à l'origine de tous les systèmes de tisser^nderie qui, transformés par le génie de Jacquart, ont pris un développement dont s'enorgueillit notre siècle. Toutes les ressources de la science ont été mises h la disposition du tissage et des filatures mécaniques, des teintureries et imprimeries sur étoffes. Les lentes quenouilles, les fuseaux solitaires, dont nos anthropologues retrouvent les pesons dans les plus anciens palafittes, sont remplacés dans nos fabriques par des milliers de broches mues simultanément par la vapeur et avec une rapidité qui les rend invisibles. Les riches couleurs qu'on applique sur ces tissus délicats, on ne les tire plus péniblement du suc de quelques fruits, de quelques bois, de quelques herbes, d'insectes ou de mollusques écrasés, cochenilles ou murex, mais des houilles qu'on distille par tonnes. Comme nous sommes loin de l'époque à laquelle les hommes, désireux de passer pour rouges, jaunes ou bleus, s'enduisaient d'ocro ou de marne ! Alors, ils s'ornaient de dessins, de représentations variées de plantes et d'animaux, de marques indiquant le rang, le titre, la fonction, qu'ils étaient obligés de se graver sur la peau. Ces ponctions, ces tatouages ont été, pensons-nous, la première écriture. I^uis la représentation directe des objets fit place h des figurations conventionnelles que, peu à peu, on abrégea jusqu'à les rendre méconnaissables ; mais grâce à l'habitude, grâce à la persistance des traditions, leur signification resta comprise; on écrivit en rébus. L'écriture hiéroglyphique, se faisant de plus en plus cursive, donna naissance à nos alphabets.

De bonne heure, quelques dessins, des mots magiques, des mots de reproches, les noms des rois, des gouverneurs, des propriétaires, furent gravés sur des cachets. Coins et matrices, pour être ensuite reproduits sur l'argile molle, sur la cire, sur les monnaies et médailles, sur des plaques de métal, môme sur le front des criminels. On multipliait de la sorte les impressions et estampages. Les Romains avaient laissé à Mayence, la ville où naquit Gutenberg, de nombreuses tuiles avec des mots y estampés. Les monastères bouddhistes distribuaient à foison aux pèlerins des prières et formules sacrées parfaitement imprimées sur du papier et dos étoffes. Les Chinois gravaient des volumes entiers sur des planches de bois; en Eu-

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rope, on fabriquait des cartes à jouer par les procé dés dits xylographiques, avant qu'on eut imajïiné de se servir des caractères mobiles, un pour chaque lettre. Cette simplification, qu'on s'étonne presque de n'avoir pas vu se produire bien des siècles auparavant, donna une impulsion puissante à l'esprit humain. Elle généralisa l'instruction, la rendit accessible aux masses; une ère nouvelle commença pour l'humanité. Aujourd'hui, au moyen des clichages au plâtre, au plomb, au carton-pàte, b. la galvanoplastie, on reproduit indéfiniment les caractères d'impression. Les matrices sont ellesmêmes moulées et reproduites en autant d'exemplaires qu'on peut le désirer.

L'indication des principaux moyens par lesquels les hommes se sont efforcés de satisfaire leurs besoins de toute nature est loin d'être complète. Ainsi, nous n'avons encore rien dit des inventions qui ont été faites pour l'agrément purement intellectuel et artistique. On n'avait pas été sans remarquer que les boucliers frappés rendaient des sorts éclatants, et les calebasses vides des sons sourds. Une peau fut tendue par hasard sur un pot de terre vide, et les tambourins et taraboukas se trouvèrent inventés. De bonne heure, on avait taillé dos roseaux en syringes ; on faisait montre de tibias humains accommodés en flûtes. Avec une outre pleine d'air, enmanchée d'une de ces flûtes, on eut la cornemuse ; avec plusieurs flûtes combinant leurs timbres divers, on eut l'orgue. On soufflait dans des cornes, dans des conques et grands coquillages, qui plus tard se transformèrent en trompettes retantissantes. Les archers avaient observé que, tandis que leur flèche partait en sifflant, le boyau tordu qui leur servait de corde émettait des sons aigus ; ils eurent l'idée de tendre plusieurs de ces cordes sur une planche creuse — ou sur une carapace de tortue, comme dit la légende — et l'oreille se délecta désormais aux doux sons de la lyre et de la cithare. 11 leur prit la fantaisie de racler ces cordes tendues avec une autre corde tendue, celle de leur arc, et ils inventèrent le violon. Ils multiplièrent le nombre des cordes, les disposèrent suivant certaines grosseurs, certaines longueurs, et ils obtinrent la harpe, maîtresse de plusieurs octaves. La harpe donna naissance à l'épinette, au clavecin, au piano moderne.

11. — Eli classant par groupes la majorité des principales inventions, en indiquant leur connexité, leur filiation tantôt prouvée, tantôt seulement présumée, nous n'avons pas achevé notre tâche. Il nous reste à indiquer à quelles forces nos arts et nos industries ont eu recours, quels moteurs ils ont employés, quels perfectionnements ceux-ci leur ont apportés.

Chacun sait que l'homme n'a d'abord employé à ses différents ouvrages que la force de ses bras, que l'adresse do ses doigts. A l'origine le travail était essentiellement personnel ; mais dès que le groupe social se fut étendu et compliqué, les labeurs durs, fatigants ou simplement lourds et ennuyeux, furent réservés aux esclaves et plus tard aux serfs. Aristote ne croyait pas possible que les pierres meulières pussent tourner seules, que les navettes pussent flier.seules. Cependant on inventa des manèges auxquels des animaux domestiques furent attelés au lieu et place des hsnimes ; les norias ou puits à roue furent une des premières inventions de ce genre. Ce fut un bien grand esprit que celui qui imagina de faire tourner une roue par la rivière elle-même, de manière à lui faire déverser son eau dans les champs riverains, draguer elle-même les impuretés de son lit, ou bien encore mettre en mouvement le mécanisme d'un moulin. De là à nos turbines verticales et horizontales il y avait loin, mais le principe était trouvé, et de progrès en progrès on inventa la presse hydraulique. Aujourd'hui, on utilise en grand les chutes

d'eau dont une seule peut équivaloir au travail utile do quelques milliers d'hommes. On parle déjà d'utiliser la chute du Niagara comme on a utilisé celles du Rliône à Bellegarde, de la Sarine à Fribourg ; d'utiliser la force énorme du flux et du reflux. Mais relatons ce qui est réalisé et non pas ce qui pourra l'être un jour.

La force du vent a été mise à contribution pour la propulsion de nos navires à voiles et des ailes de moulins, pour l'assèchement des eaux. En divers endroits de la Chine, nous racontent les voyageurs, le vent est utilisé pour la traction des brouettes et des chars sur les grandes routes. L'air comprimé a déjà accompli l'œuvre immense des percements du Mont Cenis et du Gothard, et va bientôt aborder le Simplon. La science de l'aérostation qui, à ses premiers débuts, excita un enthousiasme immense et bien légitime, n'est encore que dans la phase des études préliminaires, et il ne parait pas qu'on doive entrer de quelque temps encore dans la période des grandes réalisations. En revanche, letéléphoneetlephonographesont venus récemment nous éblouir par l'étalage de merveilles auxquelles nous ne nous attendions pas.

Les machines à vapeur nous donnent la combinaison de l'air, de l'eau et du feu comme moteurs. C'est par millions que se comptent maintenant les chevaux-vapeur qui travaillent nuit et jour pour le compte de l'homme, faisant tous les travaux les plus rudes comme les plus délicats, mettant en oeuvre des machines-outils, qui forent, percent, clouent, liment, laminent, divisent ou assemblent, agrègent et désagrègent, compriment, détendent, scient, même le fer, et rabotent, môme l'acier, travaillant nuit et jour, ne buvant que de l'eau, ne mangeant que de la houille, devenue ainsi mille fois plus précieuse à l'humanité que l'or, dont, le cas échéant, il serait facile de se passer, tandis que toute notre industrie s'arrêterait incontinent si la houille venait à disparaître soudain. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans les divisions et subdivisions de cet immense sujet: machines à vapeur fixes ou locomobiles,à basse, à haute pression, terrestres, fluviales, steamers à aubes, à hélices, etc. La vapeur a révolutionné l'industrie et la locomotion ; elle tâte déjà l'agriculture sur plusieurs points, et en plusieurs endroits ; elle ne manquera pasde la transformer profondément dans un avenir plus ou moins rapproché. Elle modifie les conditions matérielles du travail et de l'industrie aussi radicalement que la poudre a déjà changé l'aspect politique des nations dans les deux mondes. La poudre a été longtemps trop précieuse pour servir à autre chose qu'à tuer les hommes ; mais à mesure que sa composition et ses propriétés ont été étudiées et que sa théorie générale a été mieux comprise, on a fabriqué des poudres de raine, des fulmi-cotons, des nitro-glycérines. et plus récemment des dynamites dont on se sert maintenant pour faire sauter les écueils, faire tomber des montagnes, ouvrir de larges voies à travers les rochers.

Les forces que la physique et la chimie ont en quelque sorte fait éclore grandissent à vue d'œil; à mesure que nous avançons dans leur connaissance, leur puissance et leur grandeur semblent s'accroître. La chimie proprement dite a fait merveille dans ces dernières années. L'immense consommation de combustible faite par nos machines a appelé l'attention sur les houilles, leur production, leur constitution. Les mines de combustiT ble se sont trouvées être en même temps des mines de gaz, d'huiles diverses, de goudrons, d'acides désinfectants, de matières colorantes; l'éclairage public et privé, le chaufl'ago se sont perfectionnés du coup. La fabrication des aciers a totalement changé de face, et bientôt un excellent acier ne coûtera plus que ce que coûte aujourd'hui une

IRRIGATIONS

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fonte m(^'diocre. De nouveaux métaux ont été découverts, parmi lesquels l'aluminium s'est fait immédiatement une place h part. Les découvertes dans le domaine de la science pure sont bientôt suivies par des inventions corollaires dans le domaine industriel. Les reclierclies sur les électroaimants, sur l'électricité statique et dynamique, ont précédé l'établissement des lignes télégraphiques, la création d'industries pour l'exploitation de la galvanoplastie, de la galvaiiograpliie, de la lumière électro-magnétique, pour la dorure, l'argenture et la nickelure par l'électricité. L'électricité s'est trouvée installée partout, môme dans la thérapeutique. Grâce à son action si rapide, si délicate et subtile, on a pu construire des appareils mesurant des modifications de la température des corps, et notamment de l'air, qui eussent été insensibles aux anciens thermomètres. Tout ce qui servait à peser, à chiffrer, à évaluer, a pris un degré de précision qui nous semble admirable aujourd'hui, mais qui demain paraîtra sans doute imparfait. Après les t;nomons, les clepsydres, les sabliers, les bougies graduées; après les horloges et les montres qui ont donné successivement l'heure juste, les minutes, les secondes, on a voulu plus de précision, et nos navigateurs ont des chronomètres qui varient à peine de quelques secondes dans l'année, et nos astronomes ont des appareils qui mesurent un espace de temps aussi court que le millième d'une seconde; ils ont des plaques photographiques sur lesquelles se dessinent et, au besoin, se gravent les paysages de la Lune, la coujonction du Soleil et de Vénus. Par l'analyse des rayons qu'ils recueillent dans leurs télescopes, ils discernent quels sont les métaux, quels sont les éléments qui constituent une étoile lointaine.

Et la raison de tous ces progrès rapides qui ont été accomplis dans ces derniers temps, c'est que la géométrie devient le grand instrument d'investigation. Bon gré mal gré, notre esprit se plie à la méthode mathématique, et l'on commence à comprendre qu'il n'y a d'invention féconde que celle qui est précédée d'une étude patiente et dune observation consciencieuse. [Elle Reclus.]

IRLANDE. — V. Angleterre.

lllUl«ATIO>S. — Agriculture, IV. — Les irrigations constituent des opérations qui ont pour but de répandre méthodiquement sur les terres cultivées une certaine quantité d'eau, afin de donner aux plantes l'humidité qui leur est nécessaire pour croître et se développer.

La nécessité de l'eau pour la végétation n'a pas besoin d'être démontrée. Que l'on sème des graines dans un sol absolument sec, elles n'y germeront pas ; qu'un champ ne reçoive aucune goutte d'eau pendant la période de la végétation, etil ne donnera aucune récolte. D'un autre coté, l'excès d'humidité est nuisible à la végétation ; quand les pluies sont trop abondantes, les plantes ne poussent pas. Il en est de môme dans les terres naturellement saturées d'eau, soit par leur situation, soit à raison de la nature de leur sous-sol. On peut voir au mot Drainage les opérations par lesquelles on se débarrasse, dans beaucoup de cas, de l'excès d'eau.

Il était naturel que la pratique de l'irrigation prît d'abord de l'extension dans les climats sucs et chauds où l'eau manque tr<Jp souvent. La plus liante antiquité nous a laissé le souvenir et les traces des irrigations faites par les peuples de l'Orient, les Assyriens, les Arabes, etc. De là, les travaux d'irrigation se sont répandus d'abord en Grèce et en Italie, puis en Espagne sui-tout au moment de la conquête par les Maures. Peu à peu, ils ont été pratiqués dans les autres parties de I Europe, plus ou moins, suivant les nécessités du climat, des diverses cultures, etc. En ce qui concerne particulièrement la France, les travaux d'irrigation ont été principalement exécutés, dans les

provinces méridionales d'une part par suite du climat, et d'autre part, dans les régions monlagneusos où les eaux sont plus abondantes et plus faciles b. capter.

L'irrigation a un double luit. Elle sert d'abord à donner aux plantes l'humidité qui leur est nécessaire pour se développer. La plante exhale sans cesse, mais surtout sous l'influence de la chaleur et de la lumière, une grande quantité de vapeur d'eau. Quand le sol ne lui fournit pas cette quantité d'eau indispensable, la plante végète misérablement, elle languit et finit par mourir. Les premières expériences sur la transpiration des plantes sont dues .'i Haies ; il a constaté, par l'expéi'ience et par le calcul, que les choux plantés sur un hectare de terre peuvent perdre, par transpiration, jusqu'à 20,000 kilog. d'eau pendant une journée de douze heures. L'activité des fonctions de la plante dépend de la régularité de cette transpiration.

D'un autre côté, les eaux employées aux irrigations renferment toujours soit en suspension, soit en dissolution, une proportion notable de raalières utiles à la végétation. Les substances tenues en suspension ..sont déposées sur le sol cultivé, du moins en grande partie, pendant qu'il est recouvert d'eau ; quant \ celles qui sont en dissolution, elles sont introduites dans la terre végétale par l'eau qui y pénttre. Il en résulte que, tout en se gardant des exagérations par lesquelles on a dit quelquefois que l'irrigation équivaut à une bonne fumure, on peut considérer certaines eaux d'irrigation comme pouvant fournir i la terre une proportion notable des principes que la fumure lui apporterait. Cela est vrai surtout quand il s'agit des irrigations faites avec les eaux d'cgout et certaines eaux provenant des usines et chargées de matières nombreuses qui enrichissent le sol, tandis que ces eaux, dirigées immédiatement sur les rivières, ne pourraient que les polluer et détruire le poisson qu'elles renferment.

Les eaux employées il l'irrigation ont des origines diverses. Mais on peut les placer dans quatre catégories :

1" Les eaux de source ou de ruisseau. Le propriétaire du sol a le droit de capter les sources qui sortent de terre sur son fonds, et de les employer à sa convenance. Il peut donc les employer à des irrigations. Il en est de môme des eaux des ruisseaux qui traversent les propriétés, mais on est obligé de les rendre à la sortie de celles-ci.

2° Les eaux de rivière arrosant les terrains submersibles. Sur les bords de la plupart des rivières, surfout dans les pays de plaines, les terres du fond de la vallée sont souvent couvertes par les eaux quand le niveau monte et surtout quand il y a des débordements. C est là une irrigation naturelle, mais souvent il est difficile de se débarrasser de l'excès d'eau qui peut être nuisible.

:i° Les eaux des canaux. Le périmètre des terres qui peuvent être arrosées par les eaux d'une rivière est très limité. Le cours de celle-ci va toujours en descendant, de sorte qu'on ne pourrait utiliser la plus grande partie de ses eaux qu'en les élevant artificiellement. Pour parer à cet inconvénient, on construit des canaux d'irrigation. Un canal d'irrigation est une rivière artificielle qui dérive les eaux d'un point déterminé, et dont le tracé est creusé avec une faible pente en s'écartant de la rivière d'où il part, et en suivant la ligne de faîte des terres à irriguer. Il lui faut souvent coniourner des obstacles, traverser des bas-fonds sur des remblais ou même des aqueducs, de manière à embrasser le périmètre le plus étendu qu'il est possible d'atteindre. Parfois il revient, sur un point plus bas, à la rivière d'où il part; d'autres fois, il déverse dans une autre rivière l'excédant de ses eaux qui n'a pas été utilisé. Les canaux d'arrosage sont donc des entreprises considérables : le plus

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souvent ils sont exécutés par l'État ou par des compagnies concessionnaires ; ce n'est que dans de rares circonstances qu'ils peuvent être faits par des particuliers.

Les eaux des canaux de navigation sont parfois utilisées, sur leur parcours, pour des travaux d'irrigation.

4° Les eaux élevées arlificiellement. L'eau des puits peut être employée pour les irrigations. Il faut avoir recours, dans ce cas, à des machines élévatoires. Aujourd'hui, dans un certain nombre de grandes exploitations, on emploie, à cet efl'ct, des pompes puissantes mues par de grandes machines i vapeur. Mais le plus souvent on élève l'eau avec une noria mise en mouvement par un manège à chevaux ou à mules. La noria est une machine dont l'origine remonte i l'antiquité; elle consiste en une grande roue placée au-dessus du puits, sur laquelle s'enroule une longue corde ou chaîne qui descend dans celui-ci; sur cette chaîne .■^ont fixés des vases en terre qui se remplissent au fond du puits et déversent en haut leur contenu, en tournant sur la roue, dans une rigole qui aboutit à \in réservoir. L'antique noria a été perfectionnée par les constructeurs modernes, et il y en a aujourd'hui d'excellents modèles. D'autres fois, on emploie, pour l'élévation artificielle des eaux, des turbines, des roues hydrauliques, des vis d'Archimède, etc.

Les machines élévatoires peuvent aussi servir à élever l'eau des rivières, pour l'amener sur les terres hautes.

Enfin h cette catégorie appartiennent encore les irrigations faites avec les eaux des puits artésiens. Ces eaux sont recueillies dans des réservoirs analogues à ceux adoptés pour emmagasiner les eaux de source, et elles sont répariies sur les terres suivant les besoins de la culture.

Dans les régions méridionales, les irrigations sont appliquées au plus grand nombre des cultures. Elles sont adoptées pour les céréales, les cultures arbustives, les légumineuses, les plantes potagères, comme pour les prairies naturelles ou arlilicielles. Dans le centre de la Frajice, au contraire, sauf quelques cas particuliers où on les emploie dans les cultures potagères, les irrigations sont presque exclusivement réservées aux prairies naturelles. Et même, dans le raidi, ce n'est souvent qu'i titre exceptionnel que les irrigations sont faites sur les céréales et les cultures arbustives, dans les années particulièrement sèches; elles sont presi|uc toujours réservées aux plantes potagères et fourragères. Il en résulte que, le plus souvent, quand on parle d'irrigation, on s'occupe des irrigations des prairies.

Le terme générique d'irrigations est réservé à l'ensemble de l'opération. On désigne sous le nom d'arrosage l'opération partielle qui consiste h faire couler l'eau sur le sol pendant un temps déterminé. Ainsi, si, pendant une saison, on couvre deux ou trois fois une prairie d'eau, on dit que l'irrigation lie cette prairie comporte deux ou trois arrosages.

Suivant la saison dans laquelle les irrigations sont faites, on distingue entre les irrigations d'été l't les irrigations d'hiver. Les irrigations d'été se t'ont du 1" avril au 30 septembre ; quant aux irrigations d'hiver, elles se pratiquent depuis la fin du mois d'octobre jusqu'au printemps Dans quelques pays, on emploie ces deux modes d'irrigation simultanément. C'est ainsi que, dans le Limousin par exemple, les prairies sont arrosées pendant l'hiver et au printemps, puis pendant l'été, après la fauchaison, pour activer la pousse des regains. Ailleurs, au contraire, les irrigations sont exclusivement des irrigations d'été. Dans la Provence, les canaux d'arrosage chôment à partir du 1" octobre, et ils ne donnent l'eau qu'après le i" avril. D'une manière générale, les irrigations d'hiver sont surtout des irrigations fertilisantes ; l'eau couvre le sol

pondant longtemps, et elle s'y dépouille des subs tances qu'elle peut renfermer. Quant aux irrigations d'été, elles agissent surtout physiquement ; elles fournissent aux plantes l'énorme quantité d'eau nécessaire à leur évaporation, et elles en activent la végétation.

Pratique îles irrignlions. — Après ces indications sur les manières de se procurer l'eau et sur les diverses sortes d'irrigations, il faut insister sur la pratique des irrigations, d'abord pour les terres arables, puis pour les prairies.

Il convient d'abord d'indiquer la quantité d'eau nécessaire pour les irrigations, suivant les circonstances. Dans le midi, il est admis comme une règle que la quantité d'eau nécessaire à un hectare, pour une irrigation d'été complète, doit correspondre à un litre par seconde pendant la saison des arrosages, c'est-i-dire pendant les six mois d'avril h septembre inclusivement; c'est donc une quantité totale de 15,550 mètres cubes d'eau environ qu'un hectare doit recevoir. C'est sur cette règle que sont fixées les concessions d'eau faites aux canaux d'irrigation et que sont déterminés les périmètres que ces canaux peuvent arroser. Mais cette quantité totale d'eau n'est pas donnée en une seule fois ni d'une manière continue. Elle est répartie sur la surface en un nombre d'arrosages plus ou moins considérable, à intervalles plus ou moins longs, suivant la nature des cultures, les règles locales et les usages, etc. Pour régler chaque arrosage, on se sert, sur les rigoles de répartition de l'eau, de vannes d'un débit déterminé, que l'on ouvre pendant un temps qui varie suivant la quantité d'eau qu'il .s'agit de donner h la terre. Quant aux irrigations d'hiver, les quantités d'eau qui y sont employées sont beaucoup plus considérables ; les exemples sont nombreux où, pendant les mois d'hiver, on donne au sol plus de 50 litres d'eau par seconde et par hectare; la proportion atteint même parfois 150 litres.

Il est certain que la quantité d'eau à employer doit varier, d'une manière générale, suivant les climats, la nature du sol et les plantes que l'on cultive. Elle dépend beaucoup des circonstances. Dans los cultures potagères, on va souvent jusqu'au double et même au triple des quantités qui viennent d'être indiquées; on a même cité des exemples où il a été employé des quantités encore plus considérables.

Quelquefois, on n'a qu'une faible quantité d'eau i sa dispositioii. Dansées circonstances, on la répartit au mieux des intérêts des cultures, d'après la saison, la nature des terres, leur perméabilité et les autres conditions particulières.

Le sol doit être aménagé d'une manière spéciale pour les irrigations. Les travaux préliminaires varient suivant la disposition du sol ; ils ne seront pas les mêmes s'il est à peu près plan, ou s'il est en pente assez prononcée.

Irriga/iim des terres cultivées. — Les méthodes d'irrigation des terres arables sont assez nombreuses, mais elles peuvent être ramenées h trois ou quatre types principaux qui, dans la pratique, sont assez souvent combinés ensemble.

1° Irrigation par déversement. — On entoure le champ (dans ce qui va suivre, nous supposerons toujours qu'il s'agit d'un champ unique, ce qui est dit d'un champ pouvant s'appliquer ix un ensemble de cultures) par des rigoles communiquant à leur point le plus élevé avec le canal ou le fossé d'amenée de l'eau. La rigole de la partie inférieure est dite rigole docolature; elle serti l'évacuatioa des eaux excédantes après l'irrigation. Pour arroser, on dirige, à l'aide de vannes mobiles ou de pierres, l'eau dans une des rigoles, et on en ferme l'extrémité avec une vanne ou par un bourrelet en terre. L'eau, montant rapidement dans cette rigole, se déverse quand son niveau a atteint le bord de

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celle-ci, et elle so répand en nappe dans le cliamp. Une grande partie est absorbée par la terre, avant | d'arriver h la rigole de colature ou d asséclienient il la partie inférieure. L'eau en excès s'échappe par

'^°Pom''r.ue l'irrigation par déversement fonctionne régulièrement, il importe que le cliamp naît qu'une faible déclivité, et en outre que le bord di, la rigole d'arrosage soit bien horizontal, pour que l'eau ne s'écoulo pas plus sur un point que sur l'autre ; on obtient cette horizontalité, au besoin, nar quelques remblais faits avec un peu do terre rapportée. 11 est inutile d'insister sur la nécessite d'aplanir, avant l'arrosage, le sol, pour que 1 eau ne s'arrête ni ne séjourne dans des parties lormant vallon. 11 y a en outre, quand le sol est sablonneux, h veiller à ce que le déversement de l'eau ne se fasse pas avec une trop grande rapidité ; il se produirait, dans ce cas, dos ravinements qu U est essentiel d'éviter.

La même méthode peut être appliquée de manière il arroser un champ par parties. On sépare alors celles-ci par de petits bourrelets, et on leur distribue successivement Peau, d'après les règles qui viennent d'être indiquées. . .

Quand on n'a à sa disposition qu une quantité d'eau limitée, on arrête le déversement lorsque l'eau a couvert les trois quarts ou les quatre cinquièmes du champ ; la partie inférieure s'arrose par approche et par imbibition, et il ne s'échappe qu'une très faible quantité d'eau dans la rigole de colature. ^ 1 j

2" Irrigation par submersion. — Cette méthode ressemble i laprécédsnte par la disposition générale des rigoles d'arrosage. Mais le champ est entouré, en outre, par des bourrelets qui retiennent l'eau. Celle-ci est ainsi retenue à la surface, et elle y demeure pendant un certain temps. Quand on juge que la submersion est snffisammeni prolongée, on pratique une saignée dans le bourrelet k la partie basse du champ, et l'eau qui n'a pas été absorbée par le sol s'écoule dans la rigole de co-

Cette manière de faire évite quelques-uns des détails de la méthode précédente ; mais elle peut ofl'rir des inconvénients au point de vue des fonctions des plantes qu'on maintient complètement sous l'eau, et du limon qui peut se déposer sur les feuilles, lorsque les eaux en sont chargées.

3» Irrigation par raies. — Elle consiste à diviser le champ en sillons larges ou planches de 1 mètre à l'°,50 de largeur, dirigées h peu près dans le sons de la plus grande pente, et à tracer la rigole principale d'arrosage perpendiculairement à ces raies, à la partie supérieure du champ. L'eau est dirigée de la rigole dans ces raies, et elle y séjourne un certain temps. Elle pénètre dans la terre des planches par infiltration ou imbibition. Quand on juge celle-ci suffisante, on fait écouler l'excédant de l'eau dans une rigole de colature.

Ce système est celui qui est le plus fréquemment adopté pour les irrigations des céréales, des cultures maraîchères ou potagères, des jardins. Il donne presque toujours d'excellents résultats, et il présente l'avantage d'éviter l'action directe de l'eau sur les tiges et les organes foliacés de plantes souvent délicates.

Dans tous ces systèmes, un point sur lequel il faut insister, c'est qu'il est indispensable d'assurer l'écoulement régulier des eaux après l'arrosage. Autant la pratique des irrigations est utile quand elle est oien organisée, autant elle peut devenir dangereuse quand l'excès (les eaux nu s'écoule pas et reste sur le sol. Il faut que celui-ci se ressuie rapidement ; autrement les plantes cultivées pourrissent ou végètent mal, et elles sont remplacées par de mauvaises herbes qui aiment les eaux stagnantes.

[niijatioti des pi-airks. — Quand les prairies font partie d'une exploitation sur laquelle les irrigations d'été sont praticiuées, elles peuvent être arrosées suivant l'une des méthodes qui viennent d'être indiciuées. Mais quand on établit des irrigations spéciales pour les prairies, comme c'est le plus souvent le cas dans une grande partie de la France, on a recours, surtout pour les irrigations d'hiver, h des méthodes spéciales.

Le plus souvent, pour l'arrosage spécial des prairies, les eaux dont on peut disposer sont des eaux de ruisseaux, de torrents et surtout de sources. C'est au propriétaire ou à l'exploitant à les aménager pour en tirer le plus grand profit A cet effet, des réservoirs sont construits à la partie supérieure des terres, et des rigoles ou canaux partent de ce réservoir pour amener l'eau aux prairies h arroser. Ces rigoles sont fermées par des bondes qui permettent de prendre au réservoir la quantité d'eau qui est nécessaire. Des agriculteurs intelligents savent même, sans avoir de sources, se procurer de l'eau en créant des réservoirs et on y amenant par des fossés les eaux pluviales provenant des fonds supérieurs. Ailleurs, on emmagasine dans le même but des eaux provenant des terres drainées. L'eau étant procurée, d'une manière ou d'une autre, et étant amenée par un fossé à la partie supérieure d'une prairie, nous allons indiquer quelles sont les différentes méthodes adoptées pour l'y distribuer avantageusement.

1° Irrigations par les rigoles de niveau. — Cette méthode s'applique surtout aux prairies en pente. Elle consiste à faire dans la prairie, transversalement à la pente, une série de rigoles tracées de manière à conserver toujours le même niveau, et suivant les sinuosités du terrain. Lorsque l'eau remplit une de ces rigoles, elle se déverse par son bord inférieur et se répand en nappe sur l'herbe en aval, jusqu'à ce qu'elle atteigne la rigole inférieure, qui forme une nouvelle nappe qu'elle déverse en dessous, et ainsi de suite jusqu'au bas de la prairie. Sur ces artères principales s'embranchent de petites rigoles qui se dirigent h droite et à gauche, sans issue, de manière h faciliter la formation des nappes.

Par cette méthode, les diverses parties de la prairie sont arrosées successivement, et l'eau en excédant s'échappe par un canal de colature, où elle peut être employée pour arroser une autre prairie. Pour égoutter la prairie, quand ,1e sol n'estH pas suffisamment perméable, on pratique quelques saignées dans les rigoles secondaires, et elles se vident assez facilement.

Ce système demande une grande surveillance de la part de l'irrigateur, pour maintenir l'eau à un niveau convenable dans les rigoles, pour l'empêcher de séjourner dans les vallonnements du sol, et pour couvrir d'une manière à peu près uniforme toutes les parties do la prairie.

2° Irrigations par razes ou par rigoles rectilignes inclinées. — Ce système diffère du précédent on ce que, pour la construction des rigoles de distribution,' on ne s'astreint pas à suivre les lignes de niveau. Elles sont prises sur les rigoles principales qui suivent les lignes de plus grande pente, et elles s'en écartent en ligne droite, plus larges k leur commencement qu'à leur extrémité. Au bas de la praii'ie, comme précédemment, sont tracées les rigoles de colature.

Dans ce système, l'eau court dans les rigoles avec une assez grande rapidité; c'est pourquoi on lui donne quelquefois le nom de système de rigoles à eau courante. Quant à la répartition des ri<'oles de distribution et des rigoles d'arrosage, elîo peut varier dans des proportions très grandes suiviint la configuration du terrain, la peine, etc. :i" Irrigations par planches en ados. — C'est la méthode généralement adoptée pour les prairies

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en terrain plat ou dont l'inclinaison n'atteint pas 5 cent, pour 1 mètre.

Le canal d'amenée de l'eau longeant un des côtés de la prairie, celle-ci est divisée en planches bombées plus ou moins larges ; le plus souvent la largeur des planches est de 8 mètres ; elle est quelquefois de ii mètres, et elle atteint parfois 20 mètres. Le relief de ces planches est, en général, de 20 cent, pour les planches étroites; il peut atteindre bO cent, pour les planches les plus larges. Un canal de distribution de l'eau est tracé sur la ligne de faite de chaque planche. Lorsque ce canal est rempli, l'eau se déverse à droite et à gauche, pour atteindre des rigoles de colature creusées entre les planclies. Ces rigoles de colature aboutissent toutes à un fossé de colature qui court h la partie inférieure do la prairie. Quand on veut faire des arrosages abondants, on ferme l'extrémité des rigoles de colature, de manière à maintenir pendant le temps nécessaire l'eau sur les planches.

Ce système est particulièrement avantageux dans les sols argileux et de nature de glaise, parce qu'il assure l'égouttement régulier de toute l'eau qui n'est pas absorbée par le sol. Le renouvelleruent de l'eau est d'ailleurs rapide et complet, et il n'y a jamais danger de stagnation ni de ses multiples inconvénients. C'est le système qui a été adopté dans les célèbres prairies du Milanais soumises ^ux irrigations d'hiver connues sous le nom de marciles.

i° Irrigations en terrasses. — Sur les coteaux rapides, on dispose parfois le sol en terrasses successives soutenues par des murs en pierres sèches. Pour arroser ces terrasses, on crée des rigoles de distribution d'eau h la partie supérieure, et des rigoles de colature à la partie inférieure; l'iirigation se fait alors par déversement, comme il a été dit plus haut.

Quelle que soit la méthode d'irrigation adoptée, elle exige, comme on l'a vu, des travaux importants : creusement de fossés et de rigoles, terrassements parfois considérables, etc. En cmtre, il est de la plus haute importance que les fossés et les rigoles soient toujours en bon état d'entretien ; que leurs bords soient protégés contre l'érosion de l'eau, qu'ils soient refaits en cas de détérioration par un courant trop violent; que les rigoles soient périodiquement débarrassées des dépôts limoneux qui pourraient finir par les obstruer. Tous ces travaux exigent des dépenses, mais ces dépenses sont largement récupérées par le produit des irrigations.

E/fets ries inii/ations. — Le premier effet des irrigations est d'augmenter, dans des proportions très considérables, le produit de la terre. A quelque culture que l'on applique les arrosages, les effets sont toujours les mêmes; mais ils sont surtout manifestes pour les cultures maraîchères et pour les prairies.

En ce qui concerne les cultures maraîchères, l'emploi de l'eau permet, dans le midi, d'obtenir, dans la même année, une succession ininterrompue de récoltes sur un sol qui n'en porterait aucune s'il n'était pas arrosé.

Quant aux prairies, les irrigations d'hiver ont pour résultat d'assurer une fauchaison abondante, et de mettre la production fourragère absolument à l'abri des sécheresses qui, au printemps, empêchent souvent la pousse de l'herbe. Ces mêmes prairies, arrosées après la première coupe, donnent un regain très abondant, et, si la saison est propice, elles peuvent encore fournir une troisième et une quatrième coupe. Dans le midi, sous la double influence de la chaleur, d'irrigations abondantes, et aussi de fumures copieuses, les prairies peuvent donner plus de 10,00o kilog. de fourrage sec par an, et les luzernes atteignent un produit qui dépasse quelquefois 15,000 kilog.

Il est, en effet, absolument nécessaire, pour maintenir et accroître la production des prairies arrosées, de leur donner des engrais en assez grande abondance. Plus la vie végétale est active, et plus elle enlève au sol de principes utiles. Les eaux d'arrosage ne peuvent, le plus souvent, que lui en rendre une faible portion. Le rôle de la fumure est de combler cette lacune. La loi de la restitution est générale en agriculture, et elle trouve aussi bien son application dans les cultures irriguées que dans toutes les autres.

L'augmentation de production des terres irriguées amène naturellement un accroissement proportionnel dans leur valeur locative aussi bien ([ue dans leur valeur vénale. L'application des irrigations sur des terres suffit toujours pour en doubler et en tripler la valeur, souvent pour la quintupler, et parfois même pour la décupler. Les exemples de cette plus-value sont multiples, et ils se rencontrent presque tous les jours. C'est surtout dans le midi qu'ils sont frappants; dans la Provence, par exemple, les terres soumises à l'irrigation ont dix fois la valeur des terres non arrosées; c'est que, sous ce climat si sec, les premières donnent d'admirables récoltes, tandis que les secondes ne donnent presque rien.

Il n'est pas étonnant qu'en présence de ces faits, l'eau employée aux irrigations ait parfois une valeur vénale considérable. Les compagnies propriétaires des canaux d'arrosage, dans les départements méridionaux, font souvent payer l'eau très cher. Néanmoins les cultivateurs la recherchent avec ardeur, et on demande de tous côtés la création de nouveaux canaux. C'est là, en effet, une œuvre de la plus haute utilité, non seulement au point de vue de la production agricole, mais au point de vue plus élevé du développement de la richesse générale du pays.

Iirigatioiis avec les eaux industrielles. — Jusqu'ici il n'a été parlé que des irrigations faites avec les eaux naturelles. Dans certaines circonstances spéciales, on peut se servir avec avantage des eaux provenant de certaines usines, et qui sont chargées de substances pouvant être particulièrement propices à la végétation.

C'est ainsi que les eaux provenant des féculeries, des distilleries, des sucreries, les eaux de lavage des laines dans les fabriques de drap, etc., peuvent être employées aux irrigations avec un grand profit. Ces eaux, quand elles sont dirigées dans les rivières, les polluent, tandis que, dirigées sur les prairies, elles en accroissent notablement la production.

Dans la plupart des cas, les résidus des usines doivent, pour produire un effet utile, être étendus d'une grande quantité d'eau. En effet, si ces eaux sont trop chargées de certains sels, ceux-ci peuvent avoir une influence néfaste sur la végétation. En outre, il est important de les employer sur des terres suffisamment perméables pour les absorber sa«s que la surface retienne un excès nuisible de sels contenus dans ces eaux.

Irrigritions avec les eaiu iFéyout. — Les eaux d'égout sont un des fléaux des grandes villes, qui ne peuvent s'en débarrasser qu'en les rejetant dans les rivières voisines, au grand détriment de la salubrité publique. Des expériences nombreuses faites en Angleterre, en Italie et en France, ont démontré que le meilleur système pour utiliser les eaux d'égout et les épurer, sans perdre les principes fertilisants qu'elles renferment en grandes quantités, est de les employer à des irrigations.

L'eau des égouts filtre ii travers le sol qu'elle arrose, et elle s'y débarrasse de ses impuretés, pour en sortir à l'état de limpidité complète. C'est ce qui ressort des expériences faites par la ville de .Paris dans la presqu'île de Gennevilliers. Les irrigations par les eaux d'égout y ont donné les

IRRIGATIONS

ISRAELITES

])lus reniai'ciuables résultats, tant pour la production fourraKÙrc que pour les cultures maraîchères. Mallioureusement, il est difficile de trouver des surfaces assez considérable? pour utiliser do cette manière la quantité énorme d'eaux d'égout que produisent les grandes villes.

Oii a parfois émis dos craintes relativement à la qualité des produits venus dans des cliamps arrosés avec des eaux d'égout. Les faits ont démontré que ces craintes étaient chimériques : les légumes et les fourrages qu'ils produisent ne présentent aucune différejice avec ceux venus dans les conditions ordinaires.

Dessèchciiietits. — Les travaux d'irrigation se trouvent parfois liés à des travaux d'assainissement ou de dessèchement de terrains marécageux ou môme complètement inondés. Quand ces terrains occupent de vastes surfaces, il y a lieu, pour les dessécher, de se livrer h de grands travaux qu'il est impossible d'indiquer ici. Mais quand ils sont limités à des portions de domaines, aux rives d'un petit cours d'eau, l'exploitant ou le propriétaire peuvent les entreprendre assez facilement. Souvent, s'il s'agit de terres rendues marécageuses par le passage d'un ruisseau, il suffira de creuser un peu le lit de celui-ci, et de le resserrer par des remblais peu élevés sur chaque rive, pour ressuyer les terres voisines. Mais quand il s'agit de terres rendues marécageuses par des sources, il faut creuser des rigoles et des fossés pour donner issue aux eaux par de véritables ruisseaux créés de main d'homme. Le drainage * peut aussi rendre des services dans de semblables circonstances. Mais, dans tous les cas, il est essentiel de donner un écoulement facile à l'eau.

A ces travaux se rattachent ceux du dessalage des terres conquises sur la mer ou voisines de celle-ci. Quand le sol est de nature assez compacte, deux ou trois irrigations suffisent souvent pour le dessaler pour toujours. Mais il n'en est pas de même pour les sols perméables, ou h sous-sol perméable, comme il en existe beaucoup sur les bords de la Méditerranée, notamment dans la Camargue. Dans ce cas, l'eau salée renfermée dans le sous-sol tend h remonter, par capillarité, pour remplacer l'eau des couches superficielles, au fur et à mesure qu'elle s'évapore. Le sel remonte en même temps, et forme à la surface des efllorescences faciles i reconnaître. On ne peut dans ces natures de terre, du moins jusqu'ici, que se débarrasser ^ temporairement de cette salure, par de fortes irrigations d'hiver.

Colmatage. — On désigne sous ce nom une opération qui a pour but de former sur un terrain naturellement stérile une couciie de terre susceptible d'être soumise à la culture et de donner des produits. Cette pratique, originaire d'Italie, a donné, dans diverses circonstances, en France, d'excellents résultats. Elloxonsiste à amener sur ces terrains, à l'aide de canaux spéciaux, les eaux limoneuses des rivières, et à les y faire séjourner pendant quelque temps, pour qu'elles y déposent la plus grande partie de leur limon. Les terres à colmater sont entourées do digues, de manière à retenir les eaux. Quand l'action de celles-ci est achevée, on les fait évacuer, avec une faible vitesse, par la partie la plus basse.

Le meilleur moment pour employer les eaux au colmatage est celui des grandes crues, car c'est alors que les eaux renferment la plus grande proportion do matières limoneuses. La rapidité avec laquelle le colmatage se fait dépend de la nature des eaux, ainsi que des proportions de limon qu'elles renferment.

Suhmersion des vignes. — La dernière application des eaux dont nous ayons k parler est leur **?/ ^ la submersion des vignes, suivant le procède imaginé par M. Faucon pour détruire le ii' Ta-.tie.

phylloxéra *. La submersion des vignes se fait à l'autonuie, après les vendanges, ou au commencement de l'hiver. Elle doit durer au moins de trente i quarante-cinq jours, et le vignoble doit être complètement maintenu sous l'eau, depuis le commencement de l'opération jusqu'il la fin.

L'efficacité de la submersion est aujourd'hui démontrée par une pratique de près de dix ans. Mais il est nécessaire que le sous-sol ne soit pas perméable à l'excès ; dans ce cas, l'eau ne pourrait pas être maintenue d'une manière assez complète sur la vigne. Cette pratique a trouvé des applications assez nombreuses dans le Midi et dans le Bordelais.

Des fumures dans les terres irriguées. — C'est une idée assez généralement répandue que l'irrigation peut dispenser de l'emploi des engrais. C'est une erreur contre laquelle on doit réagir, quand il s'agit d'irrigations faites avec des eaux qui ne sont pas chargées de matières fertilisantes.

En effet, l'irrigation a pour effet d'activer la puissance de la végétation et d'augmenter la quantité des produits récoltés. Sous cette influence, les plantes empruntent au sol une plus grande quantité de principes utiles. Il y a donc appauvrissement de celui-ci, et cet appauvrissement n'est que faiblement compensé par ce que l'eau apporte, surtout dans les irrigations d'été. Il est donc indispimsable de faire au sol, par des engrais, la restitution nécessaire pour qu'il puisse donner de nouvelles récoltes. [Henry Sagnier.]

ISLANDE. — V. Sca7idinaves (Ktnts).

ISRAÉLITES. — Histoire .générale, IV. — L'histoire des Israélites est surtout celle de leurs idées morales et religieuses. Manifestées d'abord dans un petit pays de l'Orient, au sein d'une famille de pasteurs nomades, ces idées sont, après bien des crises, devenues celles d'un peuple, puis se sont répandues dans l'humanité Pour les comprendre dans leur développement primitif, il faut donc étudier le milieu où elles se sont produites, les circonstances qui les ont contrariées et le peuple qui s'en est fait le propagateur. Nous verrons ce peuple naître, grandir et disparaître politiquement; mais ses idées lui survivent et deviennent le patrimoine de l'humanité.

GÉoGri \PHiE DK L* PALESTINE. — La Palestine, où ont vécu les Israélites, a été le berceau de nos religions européennes; elle porte différents noms qui résument toute son histoire : Terre de Canaan, Terre Promise, Terre d'Israël, Terre Sainte, Judée. Située sur le bord oriental de la Méditerranée, elle avait pour limites au nord la Phénicie, le Liban et le territoire de Damas; il l'est, elle s'étendait jusqu'au désort, et, au sud, sa frontière partait de la mec Morte et suivait le torrent d'Egypte jusqu'à la Méditerranée.

La Palestine est un pays de montagnes. Le Liban ou Mont Blanc forme deux chaîries principales, le Liijan proprement dit, et VAntilihan qui pénétrait seul dans la terre d'Israël et dont les principaux sommets sont : le Ného, où mourut Moïse ; le Thahor, célèbre par la victoire de la pr!i])liétcsse Déborah et, selon saint Jérôme, par la transliguration de Jésus ; le Carmel, renommé par sa fertilité et aussi par la retraite qu'y fit le prophète Elle ; le Gell/oë, où périrent SaUl et ses fil» ; enfin les monts .S/071 et Moria/i et la Montagne d"S Oliviers, compris dans l'enceinte môme de Jérusalem.

Entre ces montagnes coule le Jourdain, seul fleuve du pays, qtii prend sa source au nord dans la groitcde /'anéas, traverse les lacs de Mé-om et Ac^'lihêriade, et se jette dans la Mer Morte Cette mer, appelée aussi Lne Asphaltile, était autrefois une' riante vallée où se trouvaient les villes de Sodoine et de Comorrhe, déli'uitos à l'époque d'Abraham. V* .

La fertilité de la Palestine était trjÈs grande ; 67 •

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dans ses plaines arrosées par la fonte des neiges et les pluies du printemps et de l'automne, les céréales et les fruits croissaient en abondance. Les pâturages et les bestiaux y étaient nombreux : le lait et lu miel y coulaient, dit la Bible dans son langage figuré.

Anciens habitants.— La Palestine était habitée, déjà avant l'arrivée des Israélites, par des peuples restés célèbres. Au nord, les Phéniciens, les plus grands commerçants de l'antiquité, les inventeurs de l'alphabet; leur capitale fut d'abord Sidon et ensuite Tijr. Au nord-est, les Syriens, qui avaient pour capitale Dainns. Au sud les P/iilisti?is, les Muabitcs, les Madianitts, les Idumcens, les Ammonites et enfin les Amalécites, ennemis héréditaires des Hébreux. Les habitants primitifs du pays, les Replinhn, d'une taille gigantesque et d'un aspect terrible, étaient établis sur les deux rives du Jourdain. Ils avaient été subjugués, déjà avant l'époque d'Abraliam, par les Conanéein, émigrés des environs du golfe Persique, et par les Philistins, venus de Crète. Les Cananéens étaient divisés en plusieurs tribus, contre lesquelles les Israélites eurent surtout à lutter.

Religions cananéennes. — Comme les grands peuples de la Haute-Asie et de l'Egypte, les populations palestiniennes étaient idolâtres. Les astres étaient leurs divinités préférées. Dieux de la vie et du plaisir, le Soleil {Banl, Adunis, c'est-àdire le Maître) et la Lune {Banla, Astarlé, c'est-àdire la Maitreii-e, la Heine du ciel) étaient les plus populaires. Moloch (le Roi) était adoré par le meurtre des enfants, brûlés à ses pieds; Baaiphégor était le dieu impur des Moabites.et Dngon, moitié homme, moitié poisson, celui des Philistins. Le culte avait lieu sur les hauteurs, dans des bosquets consacrés ; des fêtes funèbres ou joyeuses célébraient périodiquement Adonis mort ou ressuscité, c'est-à-dire le soleil que l'hiver éloigne ou que le printemps ramène. Les prêtresses s'arrachaient les cheveux, les prêtres se lacéraient le corps et les fidèles se jetaient dans les excès les plus odieux. On consultait les mouvements des serpents, la forme des nuages, les tressaillements des victimes qu'on sacrifiait. On demandait, avant d'agir, les avis des pythonisses ou des ohoth, sorte de sorciers qui prétendaient avoir la puissance de faire parler les morts.

Au milieu de ces excès, tout sentiment moral avait disparu. La probité était méconnue ; le travail, méprisé; la vie humaine, comptée pour rien ; les devoirs de la famille, ignorés absolument. Les femmes, regardées comme des êtres inférieurs, étaient prises et renvoyées sans égard ni pour les liens de la parenté, ni pour les lois du mariage. En un mot, la dépravation était universelle et c'était la religion qui l'entretenait.

Traditions isr.\élites primitives. — Environ seize siècles avant notre ère, un peuple de pasteurs, les Hébreux ou Israélites, qui comptait environ trois millions d'individus, quittait l'Egypte, conduit par un homme extraordinaire, Moïse, fils d'Amram, et se dirigeait vers la Palestine, où ses premiers ancêtres avaient habité et dont il allait revendiquer l'héritage par les armes. Cette migration de pasteurs devait avoir sur l'iuinianité entière une influence considérable. Ces tribus en efl'et portaient avec elles des idées religieuses qui étaient la négation formelle des dogmes dégradants de la Palestine et de tout le monde ancien, et qui devaient être le salut moral des hommes dans un avenir encore lointain.

Les Israélites n'adoraient pas la nature; ils la croyaient au contraire l'œuvre d'une force intelligente suprême, d'un Dieu unique qui « dès le principe avait crée le ciel, la terre, » les astres et. tous les êtres. Après la création. Dieu, selon les croyances Israélites, continue à gouverner l'u-

nivers; il y maintient l'ordre et le bien. L'espèce humaine est son œuvre de prédilection ; faite à l'image divine, elle a le devoir et le droit de remplir et de dompter la terre. Pendant la création qui, suivant les traditions hébraïques, a duré six périodes, Dieu lui-même a travaillé ; à son imitation, l'homme doit travailler six jours et se reposer le septième, comme signe de sa haute dignité.

Les Israélites croyaient aussi par tradition à l'unité des hommes, à la sainteté du mariage et de la vie humaine, à la liberté et à la responsabilité. Adam, c'est-à-dire la terre, le so!, et Eve, c'est-àdire la vie, sont nos premiers parents à tous. Eve est de la même chair qu'Adam, c'est-à-dire son égale, son épouse. Libres d'obéir ou de désobéir à Dieu, sauf à être récompensés' ou punis, ils ont, par leur faute, perdu, pour eux et leurs descendants, le bonheur dont ils jouissaient; leur fils, Cain, meurtrier de son frère Abel, a été poursuivi par la justice divine et n'a plus trouvé de repos nulle part. De même, après plusieurs siècles, quand un déluge universel est venu désoler la terre, c'était en punition de la perversité générale. Noé, le seul juste de son temps, échappe au fléau, et ce sont ses descendants, issus de ses trois fils, Sern, Cham et Japhet, qui repeuplent le monde. Une curieuse table de leurs migrations, conservée par les Israélites, semblait le témoignage que, malgré la dispersion des hommes et la diversité des langues, les peuples ont une origine commune.

Les Israélites ne prétendaient pas être arrivés d'un coup à des traditions religieuses si pures ; ils conservaient le souvenir de plusieurs ancêtres mésopotamiens qui étaient idolâtres, et ils faisaient remonter à .4i)Y//iom,fils de Tharé,la première manifestation de leurs croyances. Abraham (c'est-à dire le Père élevé) avait quitté son pays pour se soustraire aux influences païennes, s'était établi en Palestine et s'y était fait une grande place par ses vertus. Il paraît avoir reconnu de bonne heure l'existence d'un Etre suprême ; c'est là sa vocation religieuse, féconde en bienfaits pour les hommes. Son Dieu, en efl'et, qui l'inspire dans de fréquentes visions, se montre à lui tout à la fois comme le protecteur et comme le justicier suprême des hommes; il est toujours prêta pardonner en faveur des justes, mais il n'hésite pas à frapper les méchants endurcis ; il est, par exemple, l'auteur de la catastrophe terrible dans laquelle ont péri Sodonie et Goinorrlie, à cause de leurs crimes odieux ; il apprend donc à Abraham à repousser les mœurs immorales et les sacrifices humains des Palestiniens barbares, et s'il accepte des ofl'randes et des prières, il veut par dessus tout que ses adorateurs marchent dans le chemin de la charité, de la justice et du droit.

Cette religion fut léguée par Abraham à son fils Isaac et par Isaac à son fils Jacob. Isaac, homme très modeste, laisse peu de souvenirs. Jacob, au contraire, a une existence fort remplie. Après avoir eu des torts envers son frère aîné Esaù, dont il sut plus tard obtenir le pardon ; après avoir travaillé vingt années, subi de grands malheurs qui ne purent abattre son courage, et mérité le beau nom d'Israël, c'est-à-dire lutteur divi?i, Jacob laissa, avec sa bénédiction, l'idée religieuse de sa famille à ses douze fils et à leur descendance, dont un concours extraordinaire de circonstances ne tarda pas à faire un peuple puissant.

Epopée égvptienne. — Jvsepli, un des fils d'Israël, avait été vendu comme esclave par ses frères qui le haïssaient ; mais, grâce à son intelligence, il devint, dans l'Egypte où il avait été conduit et qu'il sauva de la famine, premier ministre du Pharaon ou souverain de ce pays. Oublieux des injures, il fit du bien à ses frères et les établit dans la fertile province de Gessen. Les Israélites s'y multiplièrent rapidement après la mort de Joseph,

ISRAELITES

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«rontinuèrenl;\ vivre en pasteurs, etrestèrcnt séparés de la grande nution au sein do laquelle ils avaient été amenés. L'hostilité se déclara bientôt rentre eux. Un prince, probablement Ramsès II, qui no se souvenait pas des services de Joseph et qui se préoccupait des embarras dont les Israélites pouvaient être la cause en cas de guerre, essaya de les affaiblir par un travail excessif et par des cruautés odieuses. 11 ordonna que leurs petits garçons fussent étouffés on naissant ou jetés dans le Nil. Ces desseins abominables échouèrent ; une mère Israélite, Joi-ated, osa désobéir au tyran ; elle cacha d'abord son fils, et l'exposa ensuite sur le fleuve. La fille même du Pharaon le recueillit, l'adopta plus tard et lui donna le nom de Moïse, c'est-à-dire sauvé des eaux.

Initié à la civilisation égyptienne, le jeune Moïse apprend en môme temps les traditions religieuses de ses frères et s'indigne des cruautés dont ils sont les victimes. Un jour, il prend ouvertement leur parti ; obligé de fuir pour échapper à la mort, il gagne le désert de Madian , dans la presqu'île Arabique, près du Sinai ; il est accueilli par un prêtre, nommé Jethro, dont il épouse la fille et garde les troupeaux. Dans cette vie paisible, Moiso pense à ses frères et au Dieu de ses ancêtres. Comme autrefois Abraham, Isaac et Jacob, mais avec une inspiration plus haute, il a des visions dans lesquelles la Divinité se révèle à lui et lui montre son devoir : ses frères souffrent, il faut qu'il les délivre; c'est en vain qu'il hésite, se méfie de lui-même et de ses frères, dégénérés par la servitude; son Dieu, qui se nomme Jahvêh {Je SUIS celui qui suis), c'est-à-dire le Dieu de la justice éternelle, le soutiendra dans la lutte. IVIoise se sépare donc de sa famille, et, secondé par son frère aîné Aaro7i, homme très éloquent, il vient demander au Pharaon Ménephta, fils de Ramsès, la liberté pour les Hébreux.

Le roi d'Egypte refuse, et Moïse commence contre lui une longue lutte dont le pays est troublé profondément ; les traditions Israélites en tracent un tableau grandiose où la poésie vient se mêler à l'histoire. Des catastrophes nombreuses frappent successivement l'Egypte ; c'est la voix de Moïse qui les appelle; c'est le doigt de Dieu qui les accomplit. Le Pharaon cède enfin en se voyant lui-même terriblement atteint: pendant la nuit du U au 15 du mois d'Abib (germinal), alors que les Israélites, avertis et préparés au départ, célèbrent le repas de la Pdgue (passage de l'esclavage à la liberté), tous les premiers-nés égyptiens et les animaux sacrés, c'est-à-dire les prêtres et les divinités, sont frappés de mort. Les Israélites quittent en toute hâte ce pays où ils avaient résidé près de quatre siècles. Poursuivies par le roi, les tribus fugitives arrivent, sous la conduite do Aloise, à l.i poijite occidentale de la mer Rouge, du côté où se trouve aujourd'hui Suez Un vent d est très violent, venu de V Etemel, dit la Bible, avait divisé les flots ; les Israélites les traversent de nuit, à l'insu des Esyptiens, qui le matin veulent les suivre, sont surpris par le retour ûÇf eaux, et engloutis. Un cantique enthousiaste célèbre cette merveilleuse délivrance, et chante le Dieu gui a déployé sa force ; qui a précipité dans la mer chevaux et cavaliers. Il existe sur la servitude des Israélites et sur leur exode quelques rares documents égypti(wis, desquels il résuhe, comme de la tradition Israélite, que la tyrannie du Pharaon a provoqué une révoltedestravailleursopprimés; c'estlà certainement une des plus glorieuses luttes d'émancipation qu'ait enregistrées l'histoire de l'humanité. Les Ishaélites dans le désert. — L'épopée commencée on Egypte continue au delà de la

mer Les Israélites sont au milieu des plaines du binai où Moïse avait passé les années du son cxU, ils manquent d'eau, iU ont faim; une peu-

plade arabe, les Amalécites, vient les attaquer. Moïse les soutient ; Josué, son disciple, bat l'ennemi; la Providence leur fait trouver la nourriture dont ils ont besoin ; leur libérateur institue des chefs qui les jugent, et il leur apporte, au nom de Dieu, leur loi fondamentale, le Décalor/ue. C'était environ trois mois après la sortie d'Egypte ; les Israélites étaient au pied du Sinaï, où Moïse avait eu sa première vision; il en gravit la cime que des nuages entourent et d'où partent des éclairs et le bruit du tonnerre, et le peuple est témoin de la promulgation du décalogue. Le décalogue pose devant 1rs Hébreux les principes premiers de toute société; il est la plus haute et la plus précise expression de la vérité morale et sociale.

Moïse descend du Sinaï portant deux tables do pierre sur lesquelles le décalogue était gravé ; il voit le peuple adorant un veau d'or, image de l'Apis égyptien. Indigné, il brise les deux tables, châtie les coupables, et, pour empêcher le retour de semblables folies, fait construire un sanctuaire où le vrai Dieu seul devait recevoir un culte, et promulgue des lois civiles et religieuses d'une grande sagesse. Mais un peuple ne se fait pas en un jour ; Moïse l'éprouve bientôt. Les Israélites, qui craignent les géants de la Palestine, refusent d'avancer; ils erreront donc quarante ans dans le désert, et la conquête sera réseivée à une autre génération, plus digne du la liberté. Cette longue expiation est fertile en révoltes intérieures et en hostilités de la part des peuples voisins. Moïse triomphe de toutes les difficultés, et s'il ne lui est pas donné d'entrer en Palestine, il établit du moins deux tribus et demie à l'est du Jourdain, et meurt en confiant à Josué la direction de la conquête. Il laissait dans sa doctrine un éternel monument de sa gloire.

Loi DE Moïse. — Les Israélites n'avaient eu jusqu'à Moïse d'autres règles de conduite que les traditions patriarcales ; malgré leur élévation sous certains rapports, ces traditions étaient loin d'être parfaites; il fallait donc les compléter tant au point de vue religieux qu'au point de vue social. et en développer les tendances morales. Tel fut le but de la législation de Moise.

Dogme. — Le Dieu que Moïse enseigne n'est pas une divinité nationale; c'est le Créateur de l'univers, le juge de toute la terre, le maître des esprits de toute chair; il est éternel, infini, incorporel ; voilà pourquoi on n'en peut faire aucune image. Il est unique ; c'est un Dieu jaloux, dit figurément la Bible pour indiquer qu'il ne souffre ni le mensonge, ni l'injustice ; mais si élevé qu'il soit, ce Dieu est la providence universelle des êtres; il n'est pas un Dieu de vengeance; il châtie, parce qu'il est juste, mais paternellement, parce qu'il est bon. Ainsi compris. Dieu devait remplir la vie entière du peuple hébreu ; il est la source de l'autorité et de la justice sociale ; la terre lui appartient. Le gouvernement est donc une théocratie, si l'on entend par ce mot, non point le pouvoir sacerdotal, mais la puissance impersonnelle d'une loi suprême à laquelle tout le monde est soumis, et qui est considérée par tous comme l'expression immuable de la volonté divine ; cette loi auguste, c'est le décalogue.

Loi poliiiijue. — Chez les patriarches, le père était l'unique représentant de Dieu ; il gouvernait la famille et présidait au culte. Moise ne réunit pas ces deux autorités en une seule main pour la direction du peuple ; il les sépare de son vivant, et maintient cette séparation dans sa loi. Le gouvernement politique appartient à un chef suprême, le Suffète i,Jugc), nommé par les Anciens d'/sraël, et plus tard à un roi. Ce chef décide les cas difficiles avec le grand-prètre, mais sans lui être subordonué ; il n'est soumis qu'à la loi seule ; c'est lui

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qui commande les armées. La guerre devait être conduite avec liunianité; l'extermination des Cananéens n'a été qu'un fait exceptionnel, dont la cause était l'immoralité horrible des cultes palestiniens.

A côté du sufl'èto ou du roi se trouvait parfois une assemblée de soixante-dix hommes, choisis par les anciens ; chaque tribu avait son prince, chaque ville son conseil d'anciens, ses juges inférieurs et ses officiers de police. Quand l'intérêt public l'exigeait, tous ces chefs se réunissaient en assemblée générale de la nation, sous la présidence du sufifète ou du roi ; on regardait leurs décisions comme inspirées par l'Esprit divin.

La justice se rendait aussi au nom de Dieu ; on ' ne prononçait aucune peine qu'après une enquête publique et sur la déclaration de deux témoins qui avaient vu le fait; les condamnations capitales étaient fort rares. Le principe général de la législation pénale Israélite était la loi du talion : ceil pour ail, dent pour dent, etc., qui, d'après l'interprétation pharisienne. ne consistait pas à prendre au coupable un œil ou une dent en punition du mal qu'il avait commis, mais qui obligeait à rendre à l'ofi'ensé, par une compensation pécuniaire, la valeur approximative du membre dont on l'avait privé, ou, en général, du tort qu'on lui avait fait subir .

Propriété. Famille. Esclavage. — Si Dieu est le maître unique, tous les citoyens sont égaux; il n'y a ni patriciens, ni plébéiens, et la loi est la même pour tous, même pour les étrangers. Les grandes fortunes sont rendues presque impossibles par la constitution spéciale de la propriété. La terre, qui appartient h Dieu, ne peut être vendue que temporairement; tous les cinquante ans, le Jubilé la fait rentrer en possession des vendeurs ou de leurs héritiers, et l'égalité est rétablie. Dans la famille, comme dans la société, l'égalité est la loi fondamentale. Le mariage est une institution sacrée, moralement obligatoire, h laquelle les époux sont appelés avec les mômes devoirs. 11 est vrai que la polygamie et le divorce sont tolérés, mais ils sont entourés de restrictions, parce qu'ils sont contraires à l'esprit de la loi et aux vieilles traditions Israélites. Les femmes des patriarches, Sara, Kebecca, Rachel, Léa, gui ont fonilé la maison (l'Israël, sont représentées comme ayant exercé la plus grande influence sur leurs maris. Les enfants sont aussi égaux entre eux; Moïse abolit l'ancien droit d'aînesse des patriarches, et en réduit le privilège à une double portion d'héritage. 11 n'est pas jusqu'à l'esclavage dans lequel on ne retrouve chez les Hébreux ce même esprit de justice et d'égalité. Moïse n'a pu l'abolir; il l'a transformé. L'esclave hébreu est payé pour son service et recouvre sa liberté après six années; l'esclave étranger ne peut être maltraité impunément. Fugitif, il n'est pas rendu à son maître; blessé gravement, il est de droit émancipé, et celui qui le tue est puni de mort. Le sabbat, institution sociale grandiose, fait participer les maîtres au travail et les serviteurs au repos hebdomadah-e.

Culte. — Dans l'ordre religieux, les prêtres cl les lévites étaient les représentants de la Divinité devant le peuple et ceux du peuple devant Dieu. Ils avaient la direction du culte, dont le but était d'éloigner le peuple des immoralités idolâtres, de rappeler les grands faits de l'histoire nationale, et par dessus tout d'inspirer le respect de la loi cl l'amour de Dieu. Le culte domestique comprenait, entre autres actes, la circoncision, l'instruction des enfants, des règlements sur la pureté personnelle et la nourriture, et la pratique du sabbat; le culte public consistait en sacrifices, et eu fêtes solennelles dont les principales étaient celles de Pùfjue (sortie d'Egypte], des Semaines (moisson),

des Tentes (séjour dans le désert et récolte), du Souvenir et des Expiations (pardon des fautes). Par opposition aux cultes palestiniens, célébrés dans des bosquets sur les montagnes, le culte d'Israël ne pouvait s'accomplir que dans le sanctuaire où se trouvait l'arche sainte, contenant les deux tables du décalogue.

Les lévites remplissaient les offices inférieurs du culte ; les prêtres, descendants d'Aaron, entretenaient les autels, convoquaient et bénissaient le peuple, et soignaient certaines maladies; leur naissance et leur moralité devaient être irréprochables; ils se mariaient. Leurs seules possessions étaient les villes où ils demeuraient; leurs seules ressources, une partie des sacrifices et les dons volontaires. Au-dessus deux était le grand pontife, qui, malgré sa haute situation, n'avait aucune autorité dogmatique ni aucun pouvoir social exceptionnel. Aaron et son fils, les deux premiers grands prêtres, avaient été installés par Moïse; dans la suite, leurs successeurs reçoivent l'investiture de la main des rois. Les prêtres et les lévites devaient nécessairement étudier et enseigner la loi; mais cela ne constituait pas pour eux, comme dans l'Inde et l'Egypte, un privilège exclusif : Vous èles tous piètres, tous saints, dit la Parole sacrée: le premier Israélite venu, s'il se sentait inspire, pouvait se vouer à l'étude des livres saints, devenir pTO/)/.è(e, et acquérir ainsi au point de vue religieux et moral la plus grande autorité.

Morale. — La constitution politique des Hébreux et leurs prescripiions religieuses étaient fondées sur une morale qui peut se résumer en deux mots : Aimer I ieu de tout son cœw et de toute son ôme, et son prochain comme soi-même. Cette belle morale apprend à l'homme le respect de soimême, l'observation de la justice, la pratique de la charité et les vertus de la famille. L'homme est créé à l'image de Dieu; voilà pourquoi il est appelé à être saint comme Dieu est saint. Comme Dieu, il doit repousser le mensonge et l'injustice sous quelque forme que ce soit. La superstition, la déloyauté, la fraude sont des abominations devant le Seigneur, et le travail honnête est une loi pour tous. La soumission aux autorités légales, le respect des vieillards, sont de stricts devoirs de justice ; la piélé filiale est une venu essentielle ; pour un enfant Israélite, le plus grand des malheurs, c'est d'être privé de la dernière benediciion paternelle.

Mais la morale de Moïse ne se contente pas de devoirs négatifs. Tous les hommes, descendus des mêmes parents, doivent se traiter en frères. Prêts sans intérêts, protection des veuves et des orphelins, égards de toute nature envers les gens salariés et envers les pauvres, bienfaits envers les étrangers et les ennemis, enfin touchante bonté s'éiendant aux animaux eux mêmes, voilà comment la morale de Moïse entend la chanté.

Bien que le Pentateuque contienne de nombreuses allusions à une vie d'outre- tombe, sa morale, surtout sociale et politique, ne formule pas le dogme de l'immortalité de l'âme, q"> "« fut enseigné aux Hébreux que bien plus tai-d. Pour maintenir son peuple dans le bien. Moïse use d'un moyen qui n'a rien de dogmatique; U fait appel aux sentiments puissants de la famille et montre « que Dieu compte aux enfants l'iniquité des pères jusqu'à la troisième et à la quatrième génération, mais qu il use de bonté jusqu'à la millième envers ceux qui lui obéissent.» C'était dire qu'une solidarité impossible a briser existe entie toutes les génération- passées, présentes et futures; que les suites des bonnes et des mauvaises actions se perpétuent à travers es siècles, et que, par conséquent, pour assurer la prospérité de l'avenir, il faut dans le présent Être lidcle à la vertu et au bien.

ISRAÉLITES

ISRAELITES

Telles sont les principales lois politiques, religieuses et morilles des Hébreux ; elles enseignent l'unité et la spiritualité de Dieu, l'égalité, la justice, l'amour et la charité universelles.

CoNQuÈTn DE LA Palestine. — Josué, appelé par Moïse au gouvernement des Hébrcui, devait conquérir la Palestine; il ne perd pas de temps; il fait célébrer la Pàque et, en peu do jours, il passe le Jourdain et s'empare de Jéricho, ville forte qui défendait l'entrée du pays. Les chants nationaux des Hébreux expriment la rapidité de cette marche foudroyante, en nous montrant le lleuve qui recule et les murs do la ville qui s'écroulent devant les vainqueurs. Effrayés de ces succès, les Gabaoïiitos, Cananéens du sud, deviennent par ruse les alliés des Israélites et, attaqués par leurs compatriotes, ils appellent Josué b. leur aide. En une nuit, Josué arrive, surprend l'armée cananéenne campée autour de Gabaoa et, après une longue journée de combat, la met on complète déroute. Dans le cantique qu'il compose pour célébrer cette victoire, il présente poétiquement le soleil et la lune comme « s'étant arrêtés à son gré pour éclairer le combat » (Munk, Pak'sHw, p. TU). La défaite des Cananéens du nord n'est pas aussi prompte; Josué parvient pourtant à les battre, et, maître de trente et une provinces, il les distribue aux Israélites, en leur laissant le soin de conquérir peu h peu le reste du pays. Il meurt sans avoir désigné de successeur.

Les SuffètEs on Juges. — L'anarcbie ne tarda pas h régner et les cultes immoraux des Cananéens i séduire les Israélites abandonnés à eux-mêmes. Un sanctuaire, rival de celui du vrai Dieu établi à Silo, est élevé dans le nord de la Palestine. La guerre civile éclate, et la tribu de Benjamin y i st presque détruite. Au milieu de ces désordres, des héros s'élèvent et, sous le titre de suffètes, gouvernent leurs frères, au nom de Dieu. Oihoniel délivre les Israélites de la domination du roi de Mésopotamie ; Ehod, de celle du roi de Moab ; Samgar, de celle des Philistins; Déhom, prophéte^se et suffète, de celle des Cananéens du nord; Gédéon bat les Madianites et, après sa victoire, refuse la royauté. ALimélech, son fils, l'usurpe et l'exerce pendant trois années, au bout desquelles sa cruauté excite une révolte où il périt. Thola et Jaïr ne sont que d'obscurs sufTètes ; Jephté au contraire est célèbre par la défaite qu'il inflige aux Ammonites et par le vœu imprudent qu'il prononce au sujet de sa fille. Simion, renommé par sa force extraordinaire, fait, sans résultat sérieux, une longue guerre aux Philistins, qui s'emparent de lui par trahison. Héli, grand-prêtre et sufîète, a moins de succès encore; ses deux fils sont battus et l'arche sainte est prise ; mais Samuel, qu'il avait élevé et qui lui succède, réussit enfin à imposer la paix k ces belliqueux ennemis d'Israël. Juge et prophète, Samuel rétablit l'ordre, relève le culte, et fonde, pour instruire les jeunes prophètes, une confié' ie qui devait rendre d'immenses services. Malheureusement ses fils, associés à ses fonctions, manquent d'intégrité, et le peuple demande un roi. C'est en vain que Samuel expose les inconvénients de tout genre dont le pouvoir héréditaire est la source, et pi'édit aux Israélites qu'ils gémiront un jour de leur résolution ; il est obligé de céder, et fait choix, pour occuper le trône, d'un jeune benjamite nommé Saiil.

Les premiers uois (1095). — Contestée d'abord, la royauté de Saiil fut bientôt unanimement reconnue, grâce à ses victoires et à celles de son fils Jonathan sur les Ammonites, les Philistins, les Moabites, les Iduméens, les Syriens. Mais il n'écoute pas les inspirations de Samuel au sujet des Amalécites, ennemis irréconciliables des Hébreux, et le prophète désigne secrètement pour la royauté le jeune David, fils d'Isaie de Bethléem. Cette

rupture jette le roi dans une mélancolie profonde, (!t pour la dissiper on a recours au talent musical de David. Le jeune homme se distingue bientôt par son courage; il tue le géant Goliath, bat les Philistins et devient le gendre du roi. Mais la jalousie de SaOl l'oblige h s'exiler pendant de longues années, et ce n'est qu'après la mort du roi et de Jonathan, tués dans une bataille livrée aux Philistins, et après le meurtre d'isbosoth, autre fils de Saiil, que David est reconnu roi par toute la nation (lOâô).

Sur le trône, David déploie les plus sérieuses qualités ; il conquiert Jérusalem, restée jusqu'alors au pouvoir des Jébusites, et en fait sa capitale. Puis il soumet les Philistins et, docile aux inspirations des prophètes Gad et Nathan, il donne au culte une première organisation; il s'allie avec Hiram, roi de Tyr, et traite avec générosité la famille de Jonathan. Dans la suite, une faute grave qu'il commet et les désordres de ses fils, dont l'un, Absalon, son favori, se révolte contre lui, remplissent sa vieillesse de douleur. Son fils Salomon lui succède.

Satomon, qui ne fut pas un guerrier comme son père, se rend dès le début très populaire par sa rare sagacité. Il construit un temple colossal et plusieurs villes; ses expéditions commerciales avec les Phéniciens, ses écrits de mor.ile et d'histoire naturelle (ces derniers ne nous sont pas parvenus) , et son faste oriental portèrent partout sa réputation. Mais tant de luxe ne pouvait que mécontenter le peuple et surtout les prophètes, déji froissés par les nombreux mariages du roi avec des femmes idolâtres. Aussi de graves symptômes de révolte éclatèrent-ils bientôt, et le roi, en mourant, ne transmit-il à son fils Roboam qu'une autorité fortement ébranlée (973).

Le schisme des dix tribus. —Rnboam commence son règne en refusant avec arrogance la diminution des impôts; dix tribus l'abandonnent, et il reste roi de Juda et de Benjamin. Il se livre à l'idolâtrie et administre si mal ses Etats qu'il ne peut empêcher Sésonchis, roi dlîgypte, d'entrer en vainqueur i\ Jérusalem. Jéroboam, ancien officier de Salomon, nommé roi d'Israël par les dix tribus révoltées, n'est ni plus sage ni plus heureux ; afin d'éloigner ses sujets du sanctuaire, il fait élever deux veaux d'or et abolit la loi mosaïque; vers la fin de son règne, Abinni, fils et successeur de Roboam, lui inflige une sanglante défaite. Aza règne avec gloi -e en Juda, d où il fait disparaître les cultes cananéens, pendant que Nadab, fils de Jéroboam, périt assassiné par B'iusa. Cet usurpateur ose s'attaquer au roi de Juda, qui venait de repnusser les Ethiopiens; il est battu aussi. Ela, son fils, tombe sous les coups d'un autre assassin, et la guerre civile éclate en Israël. L'armée donne la royauté ;\ son général Orni-i, qui bâtit Samarie, en fait sa capitale, et laisse le trône ;\ son Mis .-Ic/ia*, peu d'années avant l'avènement de Josaphat, fils d'Asa, au trône de Juda. ,

Ces deux princes d'un caractère si opposé s allient étroitement. Josaphat poursuit l'idolâtrie et s'occupe de l'instruction du peuple. Achab au contraire, poussé par la reine Jésabel, princesse phénicienne, et malgré l'énergique opposition du prophète Elle, fait régner en Israël le culte immoral d'Astarté. Brave et généreux cependant, il bat deux fois les Syriens, et, malgré le concours de Josaphat, il périt dans une troisième guerre qu'il entreprend contre eux. Ackanas etJornm, ses deux fils, restent les alliés de Josaphat, qui fait avec ce dernier une campagne contre les Moabites et termine sa belle carrière par d'utiles réformes dans l'administration de la justice. Le fils du pieux Josaphat, nommé Joram comme son beau-frère le roi d'Israël, suit l'impulsion idolâtre et cruelle de sa femme Athajie, fille de Jésabel; il fait périr ses frères, voit l'en-

ISRAELITES

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nemi cnvnhir ses États et tuer ses propres enfants ; il meurt apros quatre ans d'un règne honteux. Achasias, son seul fils survivant, lui succède, et à peine sur le trône ce malheureux prince périt, avec son oncle le roi Joram, sous les coups de Jéhu, général Israélite. Les deux trônes d'Israël et de Juda sont vacants à la fois (884).

Fin du royaume d'Israël. — Athalie et Jéhu s'emparent des deux royaumes ; l'une massacre les enfants d'Achasias, ses petits-fllsj l'autre, toute la race d'Achab. Athalie favorise ardemment le culte de Baal, que Jéhu, docile à l'influence d'Elisée Ig prophète, poursuit au contraire avec sévérité. Après six ans d'un règne odieux, l'usurpatrice est mise à mort et remplacée par Joas, un de ses petitsonfants, sauvé de la mort par le grand prêtre Joiada, Bon oncle.

Pendant que Jéhu laisse affaiblir son royaume par les Syriens, Joas, sous la tutelle de Joïada, maintient l'ordre et la religion dans le sien ; mais à la mort du grand-prêtre, il devient idolâtre et fait lapider Zacharie, le fils de son sauveur ; il périt lui-même assassiné. Joachaz, fils de Jéhu, ne réussit pas à tenir les Syriens en échec, mais son fils Joas les met en déroute et bat Amasias, roi de Juda, qui meurt assassiné, comme son père. Pendant un demi-siècle, l'ordre et la prospérité renaissent dans les deux Etats, sous les règnes à'Osias et de Jotham, fils et petit-fils d'Amasias, et sous celui de Jéroboam II, fils de Joas d'Israël ; dans les deux Etats, le prophétisme, représenté par Jonas, Amos, Joël et Osée, exerce une haute influence morale; mais bientôt les crimes des rois amènent d'irréparables malheurs.

Zacharie, fils de Jéroboam II, est assassiné par Sellum; Sellum, par Menahem, et Phaceia, fils du meurtrier, par Pékah, un de ses officiers. Pékah est vainqueur à'Achaz, fils de Jotham, roi de Juda, mais il est vaincu par Tiglat-Phalasar, roi d'Assyrie, et assassiné à son tour par Oser. L'anarchie est affreuse ; Tiglat en profite pour s'emparer d'une partie du royaume, et ce n'est qu'en devenant son vassal qu'Osée monte sur le trône. Achaz régnait alors en Juda ; c'était lui qui avait, malgré les conseils du prophète Isaîe, appelé Tiglat pour repousser l'usurpateur Pékah. Plus impie que les rois d'Israël eux-mêmes, Achaz élève des autels à Baal, consacre un de ses fils à Moloch, et laisse dévaster honteusement ses Etats. A sa mort, il est privé de la sépulture royale. Ezéchias, qui lui succéda, vit au début de son règne la ruine du royaume d'Israël. Osée, qui s'était révolté contre son puissant suzerain, Salraanasar, successeur de Tiglat, fut jeté en prison ; Samarie fut prise et le peuple Israélite emmené en captivité en Assyrie

Les derniers rois de Juda. — Grâce à la sagesse d^Ezéchias, le royaume de Juda jouissait alors d'une grande prospérité; s'inspirant des conseils des prophètes Isaïe et Miellée, Ezéchias avait aboli les cultes phéniciens et rouvert le temple. Les Philistins sont repoussés, et le terrible Sennachérib, roi d'Assyrie, qui était venu mettre le siège devant Jérusalem, est obligé de se retirer précipitamment, après avoir vu presque toute son armée détruite par la peste, cette terrible messagère de Dieu, comme l'appelle la Bible. Les derniers événements de ce règne presque constamment heureux furent une grave maladie du roi, que le prophète Isaîe soigna et guérit, une alliance impolitique avec les Babyloniens, et la fondation dune académie de savants, qui réunit les monuments de la littérature Israélite et assura le développement religieux de l'avenir.

Manassé fut pendant quarante-cinq ans un des plus mauvais rois de Juda; une chronique incertaine affirme qu'il revint à de meilleurs sentiments. Son fils Amon, qui suit ses mauvais exemples,

périt assassiné au bout de deux ans; Josias, fils d'Amon, marche au contraire sur les traces d'Ezéchias. Jéré/tv'e, Sophome et la prophétesse Hulda le conseillent; la loi de Moise, dont on retrouve un antique exemplaire, est remise en honneur. Mais toute cette prospérité est arrêtée par de grands malheurs qui, en peu d'années, amènent la ruine complète de Juda. Placé entre les deux souverains puissants d'Egypte et de Chaldée, Josias eut le tort d'intervenir dans leurs iiuerelles; il voulut arrêter Néchao qui marchait contre Cabylone, et périt à la bataille de Mageddo; son fils cadet, Joachas, fut élu roi par le peuple, mais le vainqueur l'exila en Egypte et mit sur le trône Jo'iacliim, le fils aîné de Josias. Joïakim ne fut qu'un tyran odieux et un prince inhabile; malgré Jérémie qu'il persécute et malgré la délaite de Néchao, il se révolte contre le roi de Babylone, et meurt presque aussitôt. Jéchonias, son fils, subit les conséquences de cette faute ; c'est en vain qu'il se rend k discrétion à Nabuchodonosor, il est exilé à Babylone avec 10,000 Juifs, et remplacé par son oncle Sédécias. Après quelques années de calme relatif, le nouveau roi, oublieux de l'expérience du passé, se déclare indépendant. Nabuchodonosor revient, prend Jérusalem après dix-huit mois de siège, fait égorger la famille royale et crever les j eux îi Sédécias, qui est envoyé à Babylone. Le temple est brûlé et la ville détruite de fond en comble.

Un assez grand nombre d'habitants notables du pays furent emmenés en Chaldée ; mais les vainqueurs laissèrent quelques laboureurs dont la surveillance fut confiée à un gouverneur Israélite, nommé Guéd'ilin,' qui, peu après son installation, fut traîtreusement assassiné. Ce meurtre causa la ruine complète du malheureux pays, dont presque tous les habitants furent envoyés à Babylone ; il n'y resta qu'une population pauvre et ignorante, mélange de Juifs, de Samaritains et de Cananéens idolâtres (588). Comme le royaume d'Israël, celui de Juda périt par la faute de ses rois ; mais il devait bientôt se relever, grâce aux principes de morale et de religion enseignés par les prophètes.

Les prophètes et la littérature sacrée d'Israël. — On se trompe généralement sur les prophètes; leur mission n'était pas de faire des miracles et do prédire l'avenir, mais de moraliser et d'instruire le peuple, et c'est par là seulement qu'ils étaient considérés comme les envoyés de Dieu. Au point de vue politique, ils sont les conseillers libres des rois ; mais on doit les regarder plutôt comme des orateurs religieux; ils détournent le peuple de l'idolâtrie, et surveillent le culte, qu'ils considèrent comme un moyen do moralisation. Censeurs courageux des mœurs publiques, les prophètes n'hésitent pas à risquer leurs jours pour arrêter l'immoralité des princes et dos classes riches ; ils prennent le parti des pauvres et des faibles, protègent les étrangers, et mettent au-dessus de tout la justice et la charité. C'est par la pratique de ces vertus qu'arrivera l'ère messianique, qui fera disparaître les haines et les guerres, et unira les hommes dans un amour universel.

La littérature des Hébreux contient leur histoire et leurs doctrines; elle se compose de livres historiques et de livres poétiques, dans lesquels l'histoire et la poésie sont mêlées étroitement. Le plus important de tous, le Pentatetigue, a conservé les traditions sur les premiers temps du monde et raconte l'histoire des Hébreux jusqu'à la mort de Moïse. Le livre de Josué est le récit de la conquête ; celui des Juges paraît n'avoir pour but que de montrer les avantages du pouvoir héréditaire. Le lirre de Ruik, qui se rapport^ au même tenips, est une gracieuse idylle qui nous apprend l'origine de la race rojale de David et nous offre dans tout son charme le tableau de la charité. Les deux livres de Saynuel et les deux livres des Rois racontent les

ISUAKLITES

ISRAÉLITES

i„ cai-.i An riivid de Salomon et l'histoire ;S^.tS-^.KledeU.™^t.I^d.^

S[!;f,^r'K.S"::" S^^t ruraux îe livres d'Ezra (B.v/ra,s-) e.i âe Micnie Ihîsi nue celui de Daniel, qui est écrit moitié en 2l ald6cn, moitié en hébreu, continuent 1 histoire eénéralo des Israélites après le r.dour de la captifitén.ant au livre d'E.W-.r, il raconte un evcnemenV'pàrticuUer des annales juives sous la monar-

""LoriTet- poétiques des Hébreux n'ont pas moins dHmportance que leur littérature lustonquo. Les "''•oi'e.L. et VEcclé.iast. contiennent des marines de morale; l'un se termine par un remarquable tableau des vertus do la femme 1 au re empreint d'un scepticisme décourageant énonce Dourtant le dogme de l'immortalité. Le lune ae TobZ un poème grandiose qui nous montre es malheurs d'un juste et nous enseigne à accepter les décrets de la sagesse suprême que nous ne pouvons toujours comprendre. .

^ Les Psaumes, sublimes poésies 1^'^"!^ . ^o"» comme le cri de l'àme humaine : pat"»"^"^'^' vengeance, repentir, humilité, amour de Dieu vertu; Création, Providence, miséricorde et justice divines, tout y est d-anté dans, un magnifique langage. Sous une forme plus simple, e Ca Mue hs Cantiques a une grande portée-, cest Ih^nne pastoral de deux jeunes fiances «^tro^emen «ms et dont l'amour contraste avec les abus de la po-

Les prophètes, hommes politiques, moralistes et orateurs inspirés, tiennent une place considérable dans la littérature Israélite. Ceux dont les œuvres nous restent sont, avant la captivité, •/«"f"-/»'",'': livre est une parabole; Obadia, Amos Joël. Usée, hnïe et Michée, tous deux apôtres de la paix et de la réconciliation universelles ; Nahum Sophome, Habacuc; Jérémie qui prédit et voit la ""ne de Juda et dont les Lamentations. sont de touchantes élégies. Pendant la captivité, Ezéchiel a des visions

réaliser ces espérances: la Babylonie fut cnnqiusc mr eux et le roi Cyrus, devenu le chef d'un immense empire, autorisa par un édit tous les Hébreux de ses Etats h retourner dans leur patrie et Tyrobàtir leur temple (5:!G). Ceux de Juda,cest- -i-âire les Judéens ou Juifs, partirent ^ peu près seuls sous la conduite de Zorobabel, arrièrepetit -fils du roi Jéchonias, et, s'établirent dans la Palestine, qui désormais prit d eux le nom de Judée La construction du temple, retardée pat les intrigues des Samaritains, ne fut achevée que sous e règne do Darius, fils d'Hystaspe; sous celui de Xerxès (Assuérus), prince fantasque, les Juifs, grâce à Esther, jeune Israélite appelée au trône, et i son oncle Mardochée, échappèrent h. la destruciion préparée pour eux par Aman, premier mi-

"'urdemi-sièclo s'écoula, et le nouvel Etat juif, entravé d'ailleurs par les événements qui s étaient nasses en Perse, végétait sous la direction aristoeratiTue des grànds'-prètres oublieux de leurs de- Soirs B-™ (Esdras;, autorisé par Artaxeixès Longue-Main à conduire en Palestine itne seconde colonie de Juifs, vint porter remède à la situation 458). Ezra, qui appartenait h la classe des scribes était aussi pieux que savant; il fut secondé dans son œuvre par W/,^»;. échanson du roi qui avait obtenu un peu plus tard les pouvoirs [es plus étendus, et par les derniers prophètes La rupture avec le paganisme fut consommée, et la foi de Moise remise en vigueur. Des synagogues, •éunions laïques, où la prière était faite et la loi ue et expliquée 'au peuple par les scribes, furent éUbUes danl le pays. Enfin un grand conseil nadonal suprême, U Grande Synagogue, composé des savants les plus distingués, fut institué avec la miss"on particulière de veiller au maintien des traditions et à l'étude de la loi; c'est à cette énott^e et par l'impulsion d'Ezra et de Nehemie que' fut commence^e la collection des livres sa-

"ts années qui suivent ^sont paisibles pour la

élégies. Pendant la captivité, fc'r.c/.ie/ a des vis.oi^s ^^?^ "™'=;. ' est toujours gouverné par les

dont les allégories portent ""^^™P''<=."'^\"5; " nds-prètre^ investis de l'autorité politique, au

babylonienne; après le retour de '«"'''/^S^f^. ^1^"^^ P^a «^ ,^„^, fonctions religieuses.

Xacharie et Malachie sont les dermers orateurs &'^,''"'Î^X'"",^lude de la loi par le peuple, dans

prophétiques. ....;,•„

Ecrits dans une langue enthousiaste et poétique, les livres sacrés des Hébreux n'ont qu un but : montrer un Dieu unique qui est la justice luhnie et dont l'action incessante se manifeste dans le monde physique comme dans la conscience et dans l'histoire des hommes. On n'est pas d accord sur les auteurs qui les ont écrits et sur l'époque de leur rédaction ; mais il est impossible de méconnaître la vérité et la hauteur de la pensée religieuse et morale, qui, de cette grande littérature, a fait le livre par excellence de l'huinanite, la liibte.

Les Juifs sous les Badvloniens et les Perses. Les synagogues. — Pendant les dernières années du royaume du Juda et après la prise de Jérusalem les rois de Babylone. avaient emmené en captivité un grand nombre d'Hébreux, parmi lesquels se trouvaient des hommes distingues, tels que Daniel, ses trois compagnons et le prophète Ezéchiel. Bien traités par les vaiiuiueurs, les exiles obtinrent de hautes positions politiques et purent vivre sous leurs propres lois religieuses. Les prophètes remplacent les prêtres désormais sans fonctions; Ezéchiel, et sans doute aussi 1 auteur inconnu de la deuxième partie du. livre d Isaie, réunissent autour d'eux les anciens et le peuple, et président aux assemblées de prières ; ils sont aidés dans leur tâche par des hommes pieux et savants, des scribes, qui copient les livres saints, et les Hébreux, maintenus ainsi dans leurs traditions religieuses et consolés, entrevoient leur libérai ion prochaine. . ,, ■ »

C'étaient les Mèdes et les Perses qui allaient

Par contre, l'étude de la loi par le Pe^P «- dans les synagogues, prend de our en jour pl"s d imnortance et il se forme ainsi, au sein des classes Soou lairès un parti, celui des Assidéens ou des ^"ri qui se donne pour tâche de conserver, en déot de "classes supérieures, les traditions rehge"^ es de la natioi? dans toute le"'; 'ntégr.té Sons le nontificat de Jacklus, les Juifs passent fans tiUlëde la domination des Perses sous relie d'Alexandre le Grand i •)■!-').

DoMiNATmN GRECQUE. - Alexandre est très bien-

veUlTpmir les Juifs et '« P^'firSv'rTe't" su"ch tour sous les rois d'Egypte et de byrie, ses suc cesTurs. sVus le premier P/o«mae nous renconrons en Judée un grand-prêtre ce ebre le pet.tfik de Jaddus S mon le Juste, qui tut un des derniers membres d.. la Grande Synagogue. Pendrnîe poTtificat d'iVc^a^a^ frère et succes^^^^^^^^^ Simon le Pentatcuque est traduit en grec a Vlexandrie où vivait une nombreuse colonie de h ?fs ceuè traduction, attribuée à Tl savants envoyés de Jérusalem et dite, pour ce motif, Version dis septante, fait connaître la Bible au monde niien (284 i '-'■"); elle fut continuée dans la su te et outre les livres canoniques, reconnus comme sacrés par les Juifs, on y inséra d autres ouvrTws dont les principaux sont : les livres de roi ec de Ju'iitt; romans historiques, les livres io 1. ^nnhmce et de VEcelésiasti<]ue. recueils de In ^nceretTes'^deux livres des ^ackabé^v^^ des graves événements arrives en Judée sous ic règne d'Antiochus Epiphane.

La Judée, après plusieurs pontificats sans gloire

ISRAELITES

ISRAELITES

mais non sans troublps. était passée définitivement sous la suzeraineté des rois de Syrie. Les grands-prôtres, de plus en plus oublieux do leurs devoirs, s'occupent d'intrigues de cour. Oiàas III, grand-prêtre pieux, est supplanté par son frère Jaso}}, quiaclièto le poiitiflcatct qui, à son tour, est trahi de la même façon par son plus jeune frère, Ménélas. Resté maître du pouvoir, par l'appui à.' Antioc/nis Epiphane , Ménélas fait vendre les trésors du temple pour payer sa dette, et assassiner son frère aîné, Onias III, resté à Antioche. Il ose revenir à Jérusalem, où bientôt la guerre éclate entre lui et Jason, Antioclius, arrivé au secours de son protégé, massacre une première fois le peuple innocent de ces querelles et, l'année suivante, ordonne de nouveaux pillages et de nouvelles tueries. Un grand nombre de Juifs sont vendus comme esclaves; le temple est souillé ■ et le culte proscrit; mais l'enseignement des scribes avait lentement porté des fruits, et le peuple juif, atteint dans sa patrie et sa religion, se soulève contre Antiocims (167).

Gouvernement national des Machabées. — Ce fut un simple prêtre, Matathia':, de la famille Asmonéenne, qui leva avec ses cinq fils l'étendard de la révolte ; aidé par quelques patriotes, il tint la campagne pendant trois mois, et mourut. Le plus vaillant de ses fils, Juda dit Machahèe (Martel), défait successivement tous les généraux syriens envoyés contre lui, reste maître de la Judée au bout de trois ans, rouvre et purifie le temple et, après de nouvelles victoires, meurt héroïquement sur le champ de bataille. Joiiaihnn et Simon, ses frères, continuent la lutte avec l'appui des Romains, et le dernier reçoit de Démétrius, roi de Syrie, les titres de grand-prêtre et de prince des Juifs, titres qu'une assemblée nationale lui confirme. Comme Jonathan, Simon péril assassiné, et Ihjrcaii, son fils, qui lui succède, proclame l'indépendance de la Judée, que la Syrie, affaiblie par ses querelles intérieures, est obligée de reconnaître.

La victoire définitive des Machabées eut pour conséquence la réorganisation du pays. LaGran.de Synagogue, qui n'existait plus, fut remplacée par un sénat électif, le Sanhédrin, composé de soixante et onze membres, qui réunissait les hommes les plus instruits de la nation, à quelque classe qu'ils appartinssent. Le grand-prêtre n'en était le président que s'il avait les capacités nécessaires. Audessous de ce conseil, à qui étaient réservées les affaires d'intérêt majeur, on institua de petits sa?iliédiins de vingt-trois membres qui jugeaient les affaires criminelles ordinaires, et de t' ihunaux de trois juges pour les contestations civiles. Ecoles et sectes juives. — Pour avoir amené avec tant de rapidité cette restauration politique, il fallait que l'enseignement des scribes eût profondément pénétré dans le peuple; en effet, les écoles diverses qui s'étaient formées cbez les Juifs avaient fini par exercer une grande influence. Les Saitducéens, qui constituaient l'une de ces écoles, comprenaient les familles pontificales et les classes riches ; ils s'attachaient servilement à la lettre dans l'interprétation du Pentateuque, ils n'acceptaient pas les traditions orales, et repoussaient les dogmes de l'immortalité de l'âme et de l'avènement messianique. Egoïstes et orgueilleux, et très durs dans l'application des lois pénales, ils étaient fort impopulaires. Les Pharisiens sont opposés en tout aux Sadducéens. Continuateurs des Assidéens et partisans de la tradition, ils sont les représentants de la démocratie et de l'esprit laïque ; leur interprétation, qui est large, facilite l'exécution de la loi et en assure le maintien, bien qu'elle descende parfois à de trop minutieux détails réglementaires. Ils enseignent les grands dogmes de la Providence, de la liberté, de l'immor-

talité et du messianisme. Comme leur morale était irréprochable et leur douceur au pouvoir très grande, ils étaient aimés du peuple et avaient une grande autorité ; aussi y avait-il parmi eux des faux- frères, que le Talnmd appelle pharisiens leints et que l'Evangile nomme sépulcres Ijlanchis. Une troisième secte, celle des Esséniens, tenait des Pharisiens presque toutes ses doctrines, à cela près quelle admettait bien moins la Providence que la prédestination. Livrés au mysticisme, les Esséniens prétendaient faire des miracles et avoir puissance sur les esprits infernaux; réunis hors des villes, ils renonçaient \ la propriété individuelle, évitaient de se marier, priaient, travaillaient et mangeaient en commun. Ils avaient des mystères qu'on n'était admis h connaître qu'après un long noviciat. Ces différentes sectes étaient nées en Judée: en figypte aussi, il s était formé une autre grande école; certains de ses membres, les Tliéi apeutes, dont les Esséniens avaient imité l'association, vivaient dans la solitude et la contemplation. D'autres, les Juifs hellénistes d'Alexandrie, désireux d'amener le triomphe de leur foi religieuse sur le paganisme expirant, s'efforçaient de concilier la philosophie grecque avec les vérités dogmatiques du judaïsme, et ils croyaient y arriver en faisant de la Parole créatricp, du Ve^ he divin de la Bible, une sorte d'intermédiaire entre Dieu et le monde, et en l'identifiant avec le Logos des philosophes platoniciens. L'un des derniers et des plus illustres représentants de cette école fut, un siècle plus tard, Philon, surnommé le Platon juif. Ce mouvement inquiet des esprits annonçait une grande crise religieuse prochaine ; elle allait se produire en môme temps que la ruine politique de la Judée.

Domination romaine. Ruine de la Judée. — Hyrcan, fils et successeur de Sicnon Machabée, occupa le trùne et le pontificat pendant trente ans ; les Iduméens et les Samaritains furent soumis, et l'alliance conclue avec Rome par Jonathan et Simon fut renouvelée. Mais la fin de ce règne heureux fut troublée par les querelles des Pharisiens et des Sadducéens, tour à tour protégés par le prince. Arisiob'ile, son fils aîné, qui prit le titre de roi, et Alexandre Jannée, son deuxième fils. Sont d'horribles tyrans; le dernier mérite le nom d'assassin. Après une courte régence de sa veuve Aleiandra, ses deux fils se disputent le pouvoir ; Htjrcan, l'aîné, est battu et devient grand-prêtre ; Aristohule, le cadet, est élu roi malgré les Pharisiens. Le trrand Pompée, alors à Damas, intervient, s'empare de Jérusalent et donne à. l'Iduméen Antipater le pouvoir dont Hyrcan ne conserve que l'apparence. La Judée est désormais dépendante de Kome (G3).

Antipater. habile et rusé, ne gouverne guère que dans l'intérêt de sa propre famille ; nommé procurateur de la Judée, il confie Ji ses deux fils de hautes positions dans l'Etat. Hérode, le plus jeune, est l'héritier de l'ambition et de l'habileté paternelles ; il épouse Marianne, petite-fille d'Hyrcan, et devient le favori du triumvir Antoine. Chassé de Jérusalem, il y revient accompagné de légions et avec le titre de roi qui lui avait été décerné à Rome par le Sénat, et affermit son pouvoir par le meurtre des membres de la famille Asmonéenne et du Grand Sanhédrin. Bientôt la reine Marianna elle-même et ses propres fils deviennent ses victimes ; enfin, après avoir fait élever des constructions splendides, il meurt au milieu d'horribles souffrances et de l'exécration universelle.

La Palestine, déjà gravement troublée par les luttes des patriotes, les Zélateurs, et du parti romain, est partagée, h la mort d'Hérode, entre ses trois fils survivants, et peu après la Judée, enlevée

ISRAELITES

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ù Arcliélaiis, l'un d'eux, qui s'était attiré la liaiue publi(|UO, est réduite gm province romaine. Le pouvoir dos proconsuls pèse lourdement sur le nia]lieure\i\ pays privé de son indépendance ; un de ces ma;;istrats, Ponce-Pilate, mécontente gravement le peuple; c'est sous son gouvernement c|u'eut liini le procès et la condamnation de Jésus, mis en croix par ses ordres, sur les accusations des grands et des prêtres membres du parti sadducéen et inféodes il la poUtir|ue de Rome (v7-;i(J).

Sous Ciiligula, les Juils refusent d'adorer le fou qui était le maître du monde, et sont l'objet de cruelles persécutions, que l'empereur Claude fait cesser. Agri/ip'i, petit -fils d'Hérode, favori de Claude, est nommé roi de la Judée, qui prospère sous son règne trop court, mais qui retombe bientôt sous l'administration directe de Rome. C'en est fait désormais de toute paix. Les querelles violentes des Juifs, des Samaritains et des Grecs, les brigandages commis impunément au milieu do l'anarchie, les insolences des soldats romains et surtout la rapacité inouïe des proconsuls excitent des révoltes journalières; enfin, sous l'administration du féroce Florus, il éclate une insurrection générale.

Les Zéhtteiirs en prennent la direction, et dès les premiers temps remportent de grands avantages sur les Romains, qui sont refoulés hors du pays. Néron confie à Vespusien le soin d'apaiser la révolte. Accompagné de son fils Titus, ce général vient. avec une armée formidable, mettre le siège devant Jotapat. Cette forteresse, défendue par un jeune prêtre qui fut plus tard l'historien FliiviusJosèphe, tomba au pouvoir des Romains après une vaillante résistance. Vespasicn, élu empereur, laissa le commandement à Thus, qui vint mettre le siège devant Jérusalem en proie à la plus affreuse discorde. Ne pouvant s'emparer de la ville par la force, Titus essaya de la prendre par la famine. Après une héroïque résistance, Jérusalem fut prise et le temple brûlé. Massada, forteresse près de la Mer Morte, ne se rendit pas aux vainqueurs; ses défenseurs se tuèrent tous de leurs propres mains avec leurs femmes et leurs enfants. Environ! 100(100 Juifs avaient péri dans la lutte; plus de 600 000 furent vendus ou réservés aux jeux du cirque (12).

Les Juifs n'étaient pourtant pas encore écrasés comme peuple, et leur doctrine restait debout. Au plus fort de la tyrannie d'Hérode, les écoles avaient continué à se développer; nous voyons fleurira cette époque chez les Pharisiens deux grands docteurs, Hillet et Schamaï, qui représentent des tendances opposées. Schamaï, dans son interprétation rigoureuse des textes bibliques, se rapproche des Sadducéens. Hillel au contraire fait la part des circonstances et admet, dans l'intérêt même de la loi, la nécessité d'en abroger certaines dispositions. Sa réponse à un païen, qui lui demandait le résumé de la loi, est restée célèbre : Ce rjue tu n'aimer pas pour tiii, dit-il, ne le fuis pas à autrui; c'est là toute la loi; le reste n'en. est que le commentaire. Pendant le siège de Jérusalem, un autre docteur éminent, Johanan ben Zacia'i, avait quitté secrètement la ville et obtenu de Vespasien la permission de fonder une école à Jamnia, dans l'ancien territoire des Philistins. Cette école resta pour les Juifs un foyer ardent de patriotisme et de religion ; aussi les persécutions éprouvées sous Domitien, et les succès momentanés obtenus sous Trajan, leur firent-ils concevoir plus que jamais l'espérance d'un libérateur messianique. Sous l'empereur Adrien, qui avait d'abord favorisé, puis proscrit leur religion, ils font une dernière et terrible tentative pour recouvrer leur indépendance. Jérusalem n'était guère détruite que depuis un demi-siècle, lorsqu'un vaillant guerrier, Barcochl.ah, se souleva, prit le titre de roi, et se vit entouré d'une armée considérable. Akiba ben Joseph, illustre rabbin.

chef des écoles Israélites, lui donna l'appui do son autorité et crut voir on lui le Messie annoncé par les prophètes. En peu de temps, Barcochbah fut maître du pays, et, pour dompter cette redoutable rébellion, Adrien fut obligé d'envoyer en Judée Jules Sévère, son meilleur général. Jérusalem est bientôt reprise et de nouveau rasée ; mais Bcthar, forteresse où liarcochbah s'était enfermé, n'est emportée qu'après trois ans d'un siège horrible. Barcochbah mourut les armes à la main, Akiba dans les tortures, et environ GOO 000 Juifs furent massacrés (135).

Désormais la Judée n'est plus qu'un désert ; son existence politique est finie ; mais le mouvement dogmatique qui s'était produit dans son sein et les diverses doctrines religieuses qui y avaient pris naissance devaient régénérer le monde et le conquérir aux vérités éternelles du Sinai. — Pour l'histoire du peuple juif après sa dispersion définitive, V. Juifs. [E.-A. Astruc]

ITALIE (GÉonnAPniE). — Géographie générale, XIIL — 1. Géographie physique. — Situation, limites. — L'Italie est une contrée de l'Europe méridionale, comprise entre les Alpes, au nord, et la Méditerranée, au sud. Des mers secondaires dépendant de celle-ci la limitent de tous les autres côtés: la mer Ionienne et la mer Adriatique, à l'est ; la mer Tyrrhénienne, et le golfe de Gênes ou mer de Ligurie. à l'ouest.

En latitude, l'Italie est comprise entre .38° et •47° de lat. N. : elle appartient donc essentiellement i la zone tempérée ; en longitude, elle va de 4° à 10° h l'est de Paris.

Forme, caps et golfes du littoral. — Sa direction générale est au S.-O., sur une longueur de 1000 kil. en ligne droite. Sa largeur moyenne est d'environ 200 kil. Elle a la forme caractéristique d'une botte, dont les caps Gargano, sur la mer Adriatique, Leuca et Spartivcnto, sur la mer Ionienne, indiquent respectivement l'éperon, le talon et la pointe. Entre ces deux derniers se creuse le golfe de Tarente. Du coté de la mer Tyrrhénienne, le littoral est découpé ; les principaux golfes qu'il forme sont ceux de GaCte, de Naples et de Salcrnc. La partie septentrionale de l'Adriatique, entre l'Italie et la péninsule d'Isirie, porte le nom de golfes de Venise et de Trieste.

Iles. — Âu-devant des rivages, qui abritent des ports nombreux, l'Italie se complète parde grandes iles; au sud, laSicile, séparée du conlinentpar ledétroit de Messine ; à l'ouest, laSardaigne et la Corse, cette dernière appartenant i la France depuis un siècle. Les iles plus petites sont : l'île d'Elbe, entre la Corse et la Toscane ; au devant des golfes do Gaete et de Naples, l'archipel des î.es Ponza, Ischia, Procida et Capri ; enfin , l'archipel volcanique des Lipari, au nord de la Sicile.

Superficie et population. — L'Italie avec ses dépendances a une superficie de 300000 kil. carrés environ, les trois cinquièmes de la France, et est peuplée de près de 28 millions d'habitants, les trois quarts de notre population actuelle. Cela correspond en moyenne i !i4 habitants par kil. carré. Notre population spécifique n'est que de "0.

OiioGiiAPHiE. — Les Alpes. — Les Alpes forment la plus haute chaîne de montagnes et en grande partie la limite septentrionale de l'Italie. Entre cette contrée et la France, la frontière suit presque constamment la ligne de faîte depuis le col de Tende, au nord-est de Nice, jusqu'au Mont Blanc, en passant successivement par le Mont Viso et le Mont Cenis. C'est encore la crête, passant par le Saint-Bernard, le Mont Cervin ou Matterhorn, et le Mont Rose, qui sépare la Suisse de l'Italie, entre le Mont Blanc et le Saint-Gothard. Mais h partir de ce point, la Suisse garde la haute vallée du Tessin, et le Tyrol autrichien comprend lu cours supérieur de l'.\dige et de la Brenta. Parmi

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les pics qui jalonnent cette panio âe la frontière, U faut citer la Bernina, entre la source de l'Inn et l'Adda, l'Orteler et l'Adamcllo, entre celui-ci et l'Adige. La frontière suit ensuite les Alpes Cadoriques, puis Carniques. depuis la Drenta jusqu'au col de Tarvis, sur la route de Venise h Vienne, et descend de là ;i l'Adriatique par une ligne conventionnelle courant entre l'Isonzo et le Tagliamento, deux petits tributaires du golfe de Venise.

Les Apennins. — Les. Apennins, moins élevés que les Alpes, forment l'ossature de la péiiinsule. Courant d'abord de l'O. ;\ l'E. à une petite distance de la Méditerranée, depuis le col de Tende jusqu'à l'extrémité du golfe de Gênes, ils se recourbent ensuite au S.-Ë. en se tenant plus près de l'Adriatique que de la mer Tyrrliénienne. Depuis le col de Tende jusqu'à la source du Tibre, \ Apennin septeulrionat est peu élevé (1000 à 150(1 m.). Entre la source du Tibre et la latitude de Rome environ, VApennm central est au contraire beaucoup plus haut en même temps que plus large. C'est là que s'élève le Gron Snsso il'italin, sa cime maîtresse, qui atteint piès de -3000 mètres et domine l'épais rempart des Abruzzes. A partir des sources opposées du Vulturne, affluent du golfe de Gaéte, et du Sangro. tributaire do l'Adriatique, VApennin méridional s'abaisse rapidement et se partage en deux branches : la plus orientale et en même temps la plus faible traverse la terre d'Otrante et finit au cap Leuca ; la plus occidentale forme la charpente de la montagneuse Calabre et se termine au détroit de Messine.

Parallèlement à la chaîne principale des Apennins et au littoral de la mer Tyrrliénienne, le sol se relève en bourrelets moins prononces, qui portent successivement le nom d'Alpes Apouannes, Sub-Apennin toscan, montagnes de la Sabine, et obligent les affluents de la mer Tyrrhénienne, l'Arno, rOmbrone, le Tibre, à couler parallèlement au rivage, avant de s'ouvrir un passage qui leur permette d'y aboutir. Plus au sud, les monts de l'ancien pays des Volsques, entre Rome et Capoue, impriment la même direction au Garigliano.

Volcans. — Seul sur le continent européen, le mont Vésuvi', près de Naples, donne encore de temps en temps le spectacle d'une éruption ; mais d'un bout à l'autre de la péninsule abondent les cratères des volcans éteints, où dorment aujourd'hui des lacs charmants, qui sont un des principaux attraits de ce pays si pittoresque.

La Sicile a l'Etna, dont la cime, haute de plus 3000 mètres, se couvre de neige, en même temps qu'elle vomit la lave. Le Stromtjnti, dans les îles Lipari, est aussi de temps en temps en ignition.

Entre le Vésuve et l'Etna, la Calabre a été fréquemment agitée par de terribles tremblements de terre. Le dernier, celui de 185", coûta la vie à 10000 personnes; celui de 1783 renversa 100 villes ou villages et fit périr plus de 30 000 âmes.

Autres montagnes. — La Sardaigne et l'île d'Elbe sont montagneuses comme leur voisine la Corse. En Sicile, l'Etna forme le point culminant, mais ne se rattache pas à l'ossature montagneuse qui partage 1 île en trois versants, dont celui du S.-O. est le plus étendu, celui du nord le plus étroit. Dans l'Italie septentrionale, le Monferrat, qui étale ses pentes sur la rive droite du Pô, en face de Turin, se rattache au sud à l'Apennin de Ligurie.

Hydrographie. — Versant de l'Adriatique. — Les .\lpes Carniques et Cadoriques n'envoient au golfe de Venise que des torrents rapides, dont le Tagliamentù et la Piave sont les plus célèbres. Puis vient la Brenta, qui passe à Padoue et finit dans les lagunes de Venise.

L'Adige, né dans le Tyrol, descend rapidement

au sud jusqu'à Vérone, et tourne ensuite à l'ouest pour finir entre Chioggia et les bouches du Pô.

Le Pô. — Celui-ci, qui est le fleuve le plus considérable de l'Italie, par sa longueur, l'étendue de son bassin et l'abondance de ses eaux, commence au Mont Viso et coule de l'O. à l'E. à travers le Piémont, la Lombardie, la Vénétie. C'est par sa rive gauche qu'il reçoit dos Alpes ses affluents les plus considérables. Il se grossit, à Turin, de la Doire Hipuaire qui descend de Suse et du Mont Genèvre ; entre Turin et Casai, de la Doire Bottée, qui descend du .Mont Blanc par le val d'Aoste ; puis de la Sésia, qui vient du Mont Rose. Ensuite commencent les grandes rivières, qui se débarrassent, dans les lacs qu'elles traversent, des alluvions qu'elles ont arrachées aux flancs des Alpes : le Tessi?i, qu'alimentent les neiges du Saint-Gothard, et qui, après avoir traversé le lac Majeur, sépare le Piémont, à l'ouest, de la Lombardie, à l'est, passe à Pavie et se réunit au Pô, un peu en aval de cette ville; VAdrta, qui sort des glaciers de l'Orteler, arrose la Valteline, traverse le lue de Cime, en sort à Lecco, passe à Lodi, et tombe dans le Pô entre Plaisance et Crémone ; VOglio, qui traverse le val Camonica, puis le lac d'Iséo ; le Mincio, qui sort du lac île Garde, forme les marais enveloppant la place-forte de Mantoue, et sépare la Lombardie de la Vénétie.

Sur la rive droite, les affluents du Pô sont bien moins considérables. Le principal est le Tannro, qui descend du col de Tende et se grossit à Alexandrie de la Bormida. Puis viennent : la Scriiia, dont la vallée sert de débouché au port de Gênes vers Alexandrie et Milan, et qui passe à Tortone ; la Trebbie. qui tombe dans le Pô à quelque distance au-dessus de Plaisance ; la Seccliia, dont le confluent fait face à celui du Mincie ; le Panaro, le lieno qui passe à Bologne. Ces deux derniers se réunissent au Pô près de Ferrare, là où le fleuve se partage en plusieurs branches, dont le cours indécis se promène entre Venise et Ravenne.

De tous les fleuves qui débouchent dans la Méditerranée ou les mers en dépendant, le Pô est, après le Danube, celui qui porte à la mer le plus de débris. Chargé d'alluvions, il exhausse sans cesse son lit et court au-dessus de la vallée qu'il arrose, entre des digues qu'on est obligé de renforcer et de surélever, pour protéger les campagnes environnantes et les villes assises sur ses bords contre le danger des inondations. Malheureusement, ces obstacles sont souvent impuissants h conjurer le fléau, et le fleuve non seulement se crée de nouveaux passages en recouvrant et dévastant des campagnes fertiles, mais abandonne à l'état de marécages fiévreux celles où il coulait précédemment. Ses apports continuels forment dans la mer un promontoire toujours grandissant (80 m. par an), ou sont entraînés par les courants de l'Adriatique pour former des cordons littoraux parallèles au rivage, et qui séparent de la pleine mer les lagunes de Venise et celles de Cumaccliio, au nord de Ravenne. Cette dernière ville, qui fut autrefois un port florissant, est aujourd'hui à plusieurs kilomètres de l'Adriatique, moins loin toutefois encore qu'Adrio, qui lai a donné son nom.

Au sud du Pô, l'Apennin central n'envoie à la mer Adriatique que des torrents courts et rapides. Nous avons déjà nommé le Sangro ; plus loin coule VOfanto, sur les bords duquel les Romains perdirent la bataille de Cannes.

Bassin de la mi-r Tyrrhénierme. — Du côté de la mer Tyrrhénienne, la Toscane verse VAriio, le fleuve de Florence et de Pise, et VOmbrone; Rome envoie le Tiér/»; le golfe de Gaéte reçoit le G'irigliuno et le Vulturne, au bord duquel est assise Capoue.

Sans être un fleuve aussi considérable que le Rhône ou le Pô, le Tibre est sujet à de fortes crues

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ijui ravagent la ville de Rome et ses environs. A l'ctat ordinaire, il roule deux fois moins d'eau que la Seine, mais en revanche il ne descend jamais aussi bas que ce dernier cours d'eau.

L'ics. — lîn dehors des lacs dont les eaux se déversent dans le Pô, l'Italie renferme un certain nombre de lacs assez étendus, entre Rome et l'Ioronco notamment. Les plus importants sont cru\ de Péioiise ou de Trasitiiè-ic, de Bulséna et de lin rriuno.

liÉGioNS PHVsiouES. — Par sa disposition orographiquo, l'Italie est partagée en régions bien distinctes. Le long du golfe de Gènes, les Apennins enferment un littoral étroit: c'est la Liijurie, pays essentiellement maritime en même temps qu'il jouit d'un des plus heureux climats du monde, grâce à son exposition méridionale, et au mur de montagnes qui l'abrite du vent froid du nord.

Le bassin du Pô forme une deuxième région bien distincte. Dans l'antiquité, il n'était pas considéré connue faisant partie de l'Italie, et s'appelait Gaule Cii'a/pi7ie, du nom des Gaulois qui l'avaient peuplé. C'était le Rubicon, petit torrent descendu de l'Apennin vers l'Adriatique, qui formait sa limite au sud. Dans cette région, le Pô forme la division principale par la largeur de son lit, et la difficulté qu'offre généralement son passage. Dans le haut de son bassin, le Piému7it s'étend sur ses deux rives au pied des montagnes {d'où son nom), jus qu'au contrefort des Apennins qui s'abaisse au nord vers Plaisance. Mais au delà du Tessin, quand le fleuve s'est grossi de ce puissant affluent, la J.ombarilie occupe seulement la rive gauche, jus qu'au lac de Garde où commence la Venétie. Le pays situé sur la rive droite du Pô depuis le Piémont jusqu'à l'Adriatique porte aujourd'hui le nom A'Emilie, d'après l'ancienne voie Emilienne, que suit à peu près le chemin de fer entre Plaisance et Rimini. C'est la route la plus directe pour aller de Milan à l'extrémité de la péninsule par les bords de l'Adriatique. De l'autre côté des Apennins, la Toscane, anciennement VElrur ' occupe les bassins de l'Arno et de l'Ombrone. Celui du 'fibre se partage entre l'Omhrie et le Lalium ou pays de Rome. A l'est de l'Ombrie, les Marches occupent la région comprise entre l'Apennin et l'Adriatique. A l'est du Latium, les Aliriizzes, l'antique Samnium, occupent la région la plus élevée de la péninsule. Quel contraste entre ce pays sévère et la riante Campayiie (aujourd'liui la Terre de Labour) qui lui confine au sud autour de Naples ! La Calabre, qui occupe la péninsule dirigée vers la Sicile, est de nouveau toute couverte de montagnes, tandis que la Fouille (l'ancienne Apulie) ne porte du côté du canal d'Otrante que des plages sablonneuses dominées par les grands plateaux stériles des tavoliere, que parcourent les troupeaux de brebis. Entre la Pouille et la Calabre se creuse le golfe de Tarente, sur les bords duquel les Grecs fondèrent autrefois une foule de cités opulentes, Sybaris,Héraclée, Tarente et plusieurs autres. Aujourd'liui la vie s'en est retirée, et la Bnsilicate est une des régions les plus arriérées de la péninsule.

Climat. — Par sa latitude, l'Italie appartient à la zone tempérée par excellence, puisqu'elle est à égale distancîe du pôle et de léquateur. Les mers qui baignent ses rivages contribuent en outre à la garantir des extrêmes du chaud et du froid, en même temps que les montagnes créent une diversité d'altitudes et d'expositions propres aux productions les plus différentes. Quoique en descendant vers le midi on se rapproche de plus en plus, dans la Sicile par exemple, du climat et des productions de l'Afrique, les endroits bien abrités du nord de l'Italie, tels que les îles Borromées, sur le lac Majeur, et les bords du lac de Corne, voient

abritée par le rempart des Alpes contre les vents du nord, on peut dire que l'Italie, d'un bout à l'autre, jouit d'un printemps perpétuel. Kn revanche, la fièvre y sévit sur beaucoup de points. Dans la plaine du Pô, couverte de rivières souvent inondées, dans les Maremmes de Toscane, qui avoisinent l'embouchure de l'Arno et de l'Ombrone, dans les marais Pontins, entre Rome et Gaëte, autour de Ravenne, le long des côtes de Sicile, sur tous les points en général où les eaux douces sont arrêtées dans leur écoulement vers la mer, le mauvais air (mùlaria) exerce ses ravages, et la fièvre existe h l'état d'épidémie permanente. Par un contraste dont on est surpris, les lagunes de Venise et do Comacchio, remplies par le flot salé, échappent à ce fléau. Le voisinage des forêts est un élément de salubrité, et les plantations d'eucalyptus sont en ce moment poussées .avec vigueur comme un sûr moyeu d'assainissement.

II. Géographie agi'icole et industrielle. — Fertilité de l'Italie. — L'Italie est un pays d'agriculture plutôt que d'industrie. Où trouver ailleurs des campagnes plus fertiles que celles de la vallée du Pô, qui depuis des milliers d'années ne cesse de produire, grâce aux irrigations qui renouvellent et enrichissent sans cesse le sol de tous les débris arr.ac!iés aux montagnes. Dans la plaine, ce ne sont que rizières, champs de blé ou de mais, prairies qui donnent jusqu'à huit coupes dans une année. Tout autour des champs courent les ruisseaux d'irrigation à l'ombre des mûriers, des érables, des ormeaux qui portent, suspendus à leurs rameaux, les pampres grimpants de la vigne. Malgré les désastres dos guerres et des inondations, tant de fois répétés depuis des milliers d'années, le paysan ne se lasse jamais de remettre en culture ce sol généreux. Les collines bordant la plaine sont couvertes de vignes et de mûriers, et des champs péniblement défrichés couvrent les flancsdes montagnes partout où le laboureur peut arrêter un peu de terre végétale le long delà pente rapide.

La Toscane, cultivée comme un jardin, la Romagne sur le versant opposé des Apennins, ne sont pas moins fertiles. Et que dire de la Campanie, dont le sol, formé de cendres volcaniques, tire sa fertilité du soleil qui l'échauffé et du voisinage des volcans qui l'ont tant de fois bouleversé'? De même, sur les pentes de l'Etna, un vieux châtaignier peut abriter jusqu'à cent cavaliers sous son ombrage. La Sicile fut autrefois le grenier de Romo. Mais les ravages causés par les guerres, qui ont tant de fois désolé cette île, et les déboisements qui en ont rendu le climat plus sec, ont singulièrement diminué cette prospérité.

Irviç/ations. — Les irrigations, si indispensables sous le soleil de l'Italie, y sont parfaitement entendues. Parmi les canaux créés dans ce but, on doit citer le canal Cavour, de construction récente, qui, dérivé du Pô à Chivasso, arrose les campagnes de Verceil et de Novare et la Lomelline, entre la Sésia et le Tessin. Les canaux qui entourent Milan, ceux du val de Chiana, en Toscane, des environs de Fcrrare et de Rovigo vers les bouches du Pô, ne sont pas moins remarquables.

Pboductions 1-rincipales. — Céréales, léguines,etc. — La principale culture alimentaire est celle du blé, dont on évaluait récemment la production à 50 millions d'hectolitres. C'est la moitié de la récolte de la France, et cette quantité ne saurait suffire à nourrir une population qui est les .3/4 de celle de notre pays. Le mais fournit 30 millions d'hectolitres, et sa farine bouillie, consommée sous le nom de polejitn, forme la principale nourriture d'une grande partie des paysans. Le riz, dont on récolte il millions d'hectolitres, est exporté en assez grande quantité. A ces ressources s'ajoutent celles des céréales de second ordre, seigle, orge, avoine.

mûrir les orangers à la latitude de Lyon. Bien | cultivées surtout dans les montagnes, les légumes

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secs, les cliàtaignes. C'est dans le Piémont et sur les Apennins qu'on trouve le plus grand nombre de châtaigniers. L'Italie produit aussi, grâce à son climat, beaucoup de primeurs, des oranges, des citrons, des amandes, qui viennent surtout de la Sicile et du pays napolitain.

Trûtipeaux. — Le Piémont, la Lombardie, l'Emilie possèdent des troupeaux de bœufs et de vaches. Ce sont celles-ci qui fournissent le beurre du Milanais, le fromage parmesan et le sfracchino. Dans les pays marécageux de la Toscane et des anciens États pontificaux, le bœuf fait place au buffle. Les Apennins méridionaux et la Pouille nourrissent de nombreux troupeaux de moutons et de porcs, dont le nombre ne saurait être mis en parallèle néanmoins avec ceux de la France ou de l'Allemagne. La Calabre élève de petits chevaux de race arabe , remarquables par leur énergie; mais c'est dans la Vénétie qu'on trouve les chevaux les plus forts.

Huiles et vhi^-. — Les huiles d'olives et les vins constituentune des grandes ressources de l'Italie.La vigne et l'olivier réussissent d'un bout à l'autre de la péninsule, sauf sur les terres trop élevées, et l'on récolte .3 millions d'hectolitres d'huiles, en grande partie exportées au dehors, et neuf ou dix fois autant de vins. Les huiles les plus estimées sont celles de Toscane; les vins les plus célèbres sont les vins liquoreux de Sicile, le Marsala, le Syracuse, qui sont surtout expédiés en Angleterre, en France ou en Allemagne; puis les vins de l'Emilie, ceux du Monferrat, de la Toscane, ou des environs de Naples, où ils puisent sur les cendres volcaniques un goût de terroir tout particulier.

Cultures industrielles. — En fait de cultures industrielles, le chanvre et le lin occupent le premier rang. Le premier ne couvre pas moins de 133 000 hectares, dans la partie méridionale du versant méditerranéen, et surtout dans l'Emilie, qui, à elle seule, fournit plus de la moitié de la production totale, 500 000 quintaux. Lo lin couvre SO 000 hectares, et ne donne que le quart de la production du chanvre. C'est surtout la Lombardie qui le produit.

Quant au coton, que la Sicile et le midi du royaume de Naples sont aptes à produire, la culture en est en décroissance depuis que l'.imérique a recommencé à en fournir les manufactures européennes.

Soie. — L'Italie est au contraire un grand pays producteur de soie. Dans certaines années elle aurait même dépassé la Chine sous ce rapport. Indépendamment de ce que le pays consomme dans ses fabriques de soieries, il exporte en une seule année jusqu'à 3 600 000 kilogr. de soies grèges ou filées.

liichesses minérales. — L'île d'Elbe contient une masse énorme de minerai de fer d'excellente qualité. On en exporte annuellement 200 000 tonnes de là ou de l'île do Sardaigne. Cette dernière possède les riches mines de zinc de Mntfidano, de découverte récente, et des gîics de plomb dont Texploitation remonte sans doute aux Phéniciens. On troui/e en outre du cuivre en Vénétie.

La Toscane possède une richesse toute spéciale, les soffioni, qui laissent dégager l'acide borique. La Sicile approvisionne l'Europe entière de soufre dont on envoie raffiner une grande partie à Marseille. Les îles d'origine volcinique sont riches en produits chimiques, qu'on recueille sur place dans les Lipari. C'est aussi de là que viennent toutes les pierres ponces demandées par le commerce. Comme la Grèce, l'Italie est riche en beaux marbres. Le plus recherché par les sculpteurs est celui de Carrare, sur le versant sud des Apennins, entre la Toscane et la Ligurie. Puis viennent les marbres de Gènes et des Alpes. Près du lac Majeur, le granit est assez commun pour qu'on sus-

pende les fils télégraphiques à des piliers de cette pierre plutôt qu'à des poteaux de bois ou de fer. C'est à l'abondance et à la richesse des matériaux de construction qu'on doit en partie la splendeur des églises et des palais de Milan, de Gènes, bâtis tout en marbre. La ville do Pouzzoles, près de Naples, a donné son nom à la pouzzolane, terre d'origine volcanique, qui forme un excellent ciment.

Industrie. — L'industrie proprement dite est peu développée en Italie à cause de l'absence de la houille et de la rareté des capitaux. Pour cette double raison, l'établissement d'une filature de coton, par exemple, coûterait moitié plus en Italie qu'elle ne coûte en Angleterre, et les frais de fabrication seraient plus considérables. C'est dans le nord de l'Italie, sur les rivières descendant des montagnes, et fournissant la force motrice à bon marché, que se concenlrent surtout les usines. Textiles. — La filature du coton occupe à elle seule plus de 50 000 ouvriers dans la Lombardie autour de Milan, et près de Gênes. Le tissage se fait généralement dans les campagnes de Toscane, ou dans le royaume de Naples, et occupe 60000 personnes. Lecco, Bergame, Brescia, Milan, Gênes, Bologne fabriquent aussi les toiles de chanvre ou de lin, dont la filature se fait surtout à la main, ainsi du reste qu'une partie du tissage.

Côme, Lecco et les cités voisines ont encore la spécialité do la fabrication des soieries; Gênes, celle des velours.

Quant aux draps, ils se fabriquent surtout dans le Piémont, en Toscane, et près de Naples. L'Italie ne trouve pas du reste dans ses troupeaux une quantité de laine suffisante ; elle en importe de la Plata, et beaucoup de draps ou de tissus, d'Angleterre ou d'jillemagne.

Industries diverses. — L'Italie a donné son nom aux pâtes alimentaires, faites avec la farine des blés durs. Entre Gènes et Savone, on trouve une centaine de fabriques de vermicelle, et qui n'a entendu vanter le fameux macaroni de Naples, les délices du lazzarone?

C'est aussi en Italie, et surtout en Toscane, qu'on tresse les plus belles pailles pour la chapellerie. A elle seule cette industrie exporte pour 30 millions de produits.

Venise n'a plus, comme autrefois, le monopolede la fabrication des cristaux, mais elle produit encore beaucoup de ces verroteries de couleur, qu'on porte comme objets d'échange en Afrique, en Chine ou aux colonies, et en même temps des cristaux de luxe. C'est aussi en Italie qu'on a inventé la fabrication de la faïence, à laquelle Faenza a donné son nom. Aujourd'hui, cette industrie a passé dans d'autres pays. Toutefois Florence et Milan produisent encore de la céramique. Florence fabrique aussi des camées, des mosaïques et une foule d'objets de luxe rentrant dans l'aptitude artistique des Italiens. Les bijoux de corail de Naples, l'or filigrane de Venise ou do Gènes, appartiennent au même genre de produits. Les terres cuites de Naples se rapprochent de la statuaire, pour laquelle les Italiens ont tant d'aptitude. Milan est renommée pour sa carrosserie, Brescia pour ses armes. C'est en Lombardie que se trouvent le petit nombre de forges italiennes. Grâce à la qualité des minerais, elles produisent d'excellentes fontes. On ne trouve d'ateliers de construction qu'autour des grandes villes comme Naples ou Gênes.

Milan et Turin fabriquent des produits chimiques; et l'on trouve sur divers points de nombreuses papeteries, favorisées par la force motrice des cours d'eau et l'abondance du chanvre et autres matières premières.

Savone a donné son nom aux savons, mais cotte industrie n'y a plus guère d'importance. L'Italie a des côtes fort étendues par rapport à

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sa superlicio; aussi sa marine a-t-elle pris, depuis l'unification du pays, un grand développement. Les cliantiers de construction maritime ont une grande activité sur le littoral de Gènes et aux environs de Naples. On se livre aussi à une pêche active sur les rivages. Le thon, la sépia, le corail sont les principaux produits de cette industrie dans la mer Tyrriiénienne, et sur les eûtes de Sicile et de Sardaigne. Du coté de l'Adriatique, les lagunes de Comacchio constituent de véritables réservoirs pour retenir et élever le poisson.

CoMMEiicii. — De 1862 à 187C, le commerce extérieur de l'Italie a passé de 1500 millions à 3700 millions; les exportations notamment ont doublé dans cet intervalle. C'est avec la l'rance, l'Angleterre, l'Autriche que se font le plus de transactions.

Flotta. — La flotte de commerce comprend 3500 navires ou barques, dont le tonnage, un peu supérieur à celui de la marine fraiiiçaise, s'élève à près de 1 200 000 tonneaux.

Ports principaux. — Les principaux ports de commerce sont, en première ligne. Gènes, qui dispute h Marseille le commerce de la Suisse et de l'Allemagne occidentale sur la Méditerranée. La Spezzia est le grand arsenal militaire du royaume, grâce à sa situation naturellement très forte. Livourne a pris la place qu'occupait l'ise au moyen âge, lorsque l'état de l'Arno et la taille des navires lui permettaient d'être, un port. Ciuittu-Veccliia a de même remplacé pour Rome le port d'Ostie envahi par les envasements du Tibre. A'a/jte et Messine se disputent aujourd'hui le premier rang après Gênes. Le dernier est une étape importante sur la route de Marseille à Alexandrie, au canal de Suez et danstout le Levant. Paterme est un autre grand port; les produits de la Sicile peuvent du reste être embarqués sur une foule de points différents, rappelant de bien loin les anciennes cités si prospères de l'antiquité; Cotane, Syiacuse, Port Empéiloctf près de Girgenti (l'ancienne Agrigente), Trapani sont les principaux de ees ports.

Du côté de l'Adriatique, Venise occupe le premier rang. Elle a perdu la prépondérance dont elle jouissait au moyen âge lorsque sa flotte ét.it maîtresse de la Méditerranée, et sa diplomatie la plus écoutée dans les conseils de l'Europe. Trieste lui a enlevé le commerce de l'Autriche; mais le viaduc qui la réunit par une voie ferrée à la terre ferme lui ouvre de nombreux débouchés en Lombardie, dans le Tyrol et l'Allemagne occidentale par le Brenner. A/icône jouit de l'avantage d'un col de montagne qui la met en communication relativement facile avec le versant occidental des Apennins, l'Ombrie, la Toscane et le Latium. Plus au midi, Brindisi est le port avancé de l'Europe vers l'Orient, tant que les chemins de fer ne traversent pas la Turquie et ne mettent pas Constantinople ou Salonique en communication du-ecte et ininterrompue avec l'Europe occidentale.

C/iennns de fer. — Les chemins de fer sont moins nombreux en Italie qu'en France. Le réseau n'y est guère que le tiers de celui de notre pays. C'est dans le bassin du Pô que les mailles en sont le plus serrées. Par le Mont Cenis, le Piémont est relié âla France; la Lombardie le sera bientôt à la Suisse par le Saint-Gothard. Le Brenner, le premier passage des Alpes franchi par une voie ferrée, rattache la Vénétie au Tyrol. Parmi les voies de la péninsule méridionale, la principale à, signaler est celle qui suit l'Adriatique depûîs Rimini jusqu'à Otrante, en continuant ainsi h ligne qui borde la voie Emilienne et réunit Plaisance,. Parme, Mûdène, Bologne, tj'est actuellement une des grandes voies du trafic international. Sur le versant opposé, le t;olfe de Gênes est bordé par une voie littorale qui se continue au sud jusqu'à Civitta-Vecchia, et relie ensuite Rome et Naples, comme au nord elle

rattache Gênes \s. Marseille. La ligne qui re'ie Bologne â Florence à travers les Apennins est la grande artère intérieure de l'Italie, rattachant ensemble Milan, 'Venise, Florence, Rome et Naples. Bologne est par suite le grand centre de jonction des voies ferrées de la péninsule.

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