Chapitre IV. — Des revenus de la caisse des écoles et de ses dépenses
Art. 6. Le revenu de la caisse des écoles se compose :
i° Des versements faits par les membres honoraires fondateurs, par les membres sociétaires et par les dames patronnesses ;
2° Des dons et legs faits à ladite caisse et du produit de quêtes ;
3° Des subventions allouées par le conseil municipal ;
4° Des secours alloués par leConseil général et par le ministre de l'instruction publique.
Ces fonds sont versés dans la caisse du receveur municipal, qui est chargé par la loi du 10 avril 1867 de faire gratuitement le service de la caisse.
Art. 7. La caisse des écoles peut recevoir des dons en nature, tels que livres, papiers, plumes, vêtements et objets alimentaires destinés aux enfants indigents.
Art. 8. Les règles delà comptabilité communale sont applicables à la comptabilité de la caisse des écoles. Le budget et le compte de la caisse des écoles sont, en conséquence, soumis au conseil municipal comme les budgets et comptes des autres établissements de bienfaisance.
Aucune dépense ne peut être faite sans l'avis du comité. Toutefois, lorsqu'il s'agit de dons en nature, le maire peut procéder immédiatement à la distribution des objets donnés, à charge par lui d'en rendre compte au comité, à sa première réunion. »
La circulaire du 7 octobre 1868 a indiqué un modèle de budget pour les caisses des écoles.
Ces œuvres ne sont pas dispensées de payer l'impôt qui frappe toutes les quittances au-dessus de 10 francs. [E. de Resbecq.]
2. Historique, — Le premier exemple que nous connaissions d'une caisse des écoles organisée sous ce nom avec un caractère bien précis date de trente ans. En 1849, quelques compagnies de la garde nationale des quartiers qui forment aujourd hui le deuxième arrondissement de Paris eurent l'heureuse pensée d'encourager l'éducation et l'instruction des enfants pauvres de leur quartier et de
constituer par des cotisations un premier fonds au moyen duquel on pût récompenser le travail des élèves et venir en aide à leurs familles.
Treize ans plus tard, en 1862, une initiative semblable fut prise avec un succès égal dans le dixneuvième arrondissement. Ce sont certainement ces deux exemples, et peut-être quelques autres plus obscurs venus de la province, qui déterminèrent MM. Duruy et Charles Robert à généraliser l'institution en l'introduisant dans la loi du 10 avril 1867, expliquée par la circulaire du 12 mai.
Dès la fin de l'année 1867, une note du Bulletin administratif f/u ministère signalait un grand nombre de fondations notamment dans les départements voisins de Paris et dans ceux de la Lorraine.
Le département des Vosges tenait le premier rang.; il avait créé une caisse des écoles dans chacun de ses trente cantons. Ce résultat était dû au zèle intelligent d'un inspecteur d'académie dont le souvenir est resté cher à tous les amis de l'instruction primaire, M. Malgras qui, déjà deux ans auparavant, avait fait établir une caisse générale ou départementale. Ces fondations se recommandaient en outre par une organisation très pratique et plus libérale peut-être que partout ailleurs. Tout en laissant, comme il convient, la prédominance à l'élément administratif dans le conseil de patronage et d'administration de ces caisses cantonales, M. Malgras y introduisait les membres du Conseil général et du conseil d'arrondissement, les délégués cantonaux et communaux, l'instituteur du cheflieu ; il y admettait facultativement des dames patronesses ; il laissait à chaque commission le soin de nommer son président et son vice-président. Le but de la caisse cantonale, très largement tracé, était cependant bien défini et restait complètement scolaire; il était fixé par les cinq articles suivants des statuts :
1° Encourager la fréquentation des écoles du jour et du soir;
2° Etablir des concours cantonaux ;
3° Fournir des objets classiques et des vêtements aux enfants pauvres fréquentant régulièrement les
4° Fonder des bourses ou portions de bourses dans les établissements d'instruction publique ;
5° Accorder des indemnités ou des avances b des candidats aux examens d'instruction primaire.
Le mouvement en faveur des caisses des écoles se ralentit un peu dans les dernières années de l'Empire; les événements de 1870 désorganisèrent un grand nombre de ces institutions locales, celles surtout qui n'avaient que des ressources précaires. Mais, depuis 1873, le nombre s'en accroît rapidement et l'institution paraît désormais assurée.
Il n'existe malheureusement pas encore de statistique générale des caisses des écoles pour toute la France. Nous donnons dans l'article consacré à chaque département les renseignements que nous avons pu recueillir sur le nombre et l'organisation de ses caisses scolaires. Nous n'avons ici qu'à y joindre une observation générale, c'est qu'une extrême variété de formes, une diversité complète d'organisation est l'essence même de cette institution et la première condition de son succès. Ici, elle est strictement scolaire et primaire ; ailleurs, elle vient en aide au bureau de bienfaisance, à l'orphelinat, à l'hospice. Ici elle ne suit les enfants que depuis leur entrée jusqu'à leur sortie de l'école ; là, elle les prend au berceau et les met en apprentissage. Les moyens d'action varient plus encore : primes, bourses, prix, livres, vêtements, livrets de caisse d'épargne, toutes les ressources les plus ingénieuses qu'ont pu suggérer l'amour des enfants, l'expérience de l'enseignement, la pratique de la bienfaisance, la connaissance des vrais besoins et aussi des défauts propres à la population indigente : tout a été combiné, réuni,
GALASANZ
modifié de mille manières pour donner un encouragement efficace au travail et à la régularité chez l'enfant, à l'ordre et à l'économie chez les parents, au zèle et à la vigilance chez l'instituteur.
Dans une étude approfondie et pleine d'intérêt qu'a publiée le Manuel général (1873, noi 43-4<>), M. Brouard a retracé l'historique des caisses des écoles du département de la Seine et indiqué les grands principes de leur organisation. Le dernier rapport de M. Gréard sur l'enseignement primaire à Paris constate que tous les arrondissements, sauf le seizième, sont aujourd'hui pourvus d'une caisse <les écoles; les arrondissements de Saint-Denis et de Sceaux sont ou vont être très prochainement sur le même pied que la capitale.
CALASANZ (José de). — Célèbre pédagogue espagnol, fondateur des écoles pies en Italie. Il naquit le 11 septembre 1556 à Peralta (Catalogne). Entré dans les ordres contre le gré de sa famille, il se rendit à Rome en 1592. Là, il s'occupa de différentes œuvres de charité et il s'aperçut bientôt de la grande démoralisation qui régnait dans la Ville éternelle. Ayant remarqué que cette corruption provenait en grande partie de ce qu'on laissait les enfants croupir dans l'ignorance, l'oisiveté et le vagabondage, il résolut de s'occuper de la jeunesse abandonnée. Pour cela, il entra dans la congrégation récemment fondée par César de Bus *, il adressa d'abord les exhortations les plus touchantes aux parents pour qu'ils envoyassent leurs enfants à l'école, mais ils alléguaient leur indigence, puis aux maîtres qui demandaient pour un surcroît de travail un supplément de traitement, puis au sénat pour qu'il accordât un subside, mais l'état du trésor ne le permettait pas ; enfin, aux jésuites et aux dominicains qui déclaraient que leurs écoles n'étaient pas faites pour recevoir cette classe d'enfants. Pénétré de douleur en voyant l'iusuccès de ses efforts, Calasanz traversait un jour une place publique sur laquelle étaient réunis un grand nombre d'enfants dont les jeux et le langage révélaient le triste état moral; ce spectacle le décida à réaliser lui-même ce qu'il n'avait pu obtenir de personne, et il ouvrit à Rome, en 1597, la première école publique et gratuite dans un des plus pauvres quartiers transtévérins, avec l'aide du curé et de deux autres ecclésiastiques. Dès la première semaine, il réunit cent enfants qui reçurent des livres, des vêtements au besoin, la nourriture, et l'instruction consistant dans l'étude de la religion, la lecture, l'écriture, le calcul et la grammaire. L'œuvre réussit rapidement; d'autres prêtres s'associèrent à ses efforts ; au bout de trois années les écoles pies (pieuses), comme il les nomma, comptaient plus de 700 élèves; en 1614, Calasanz acheta un palais où il réunit 1200 écoliers; parmi eux se trouvaient une vingtaine d'enfants juifs que Calasanz accueillait avec joie. En même temps, il organisa en congrégation les instituteurs qu'il employait.
Un bref papal du 6 mars 1G17 institua la « Congrégation Pauline des pauvres de la Mère de Dieu des écoles pies », et en 1621 la congrégation fut transformée, par Grégoire XV, en un ordre religieux, celui des Piaristes, dont José de Calasanz devint le général.
Les Écoles pies (pieuses) se répandirent rapidement en Italie, en Allemagne, en Itohême et en Pologne ; leur renommée s'accrut tellement que Philippe III, roi d'Espagne, offrit à Calasanz un évêché dans son royaume et que Paul V voulut le nommer cardinal; mais Calasanz refusa ces honneurs et continua à vivre au milieu de ses chers élèves dans la simplicité et la charité, ne dédaignant pas de s'astreindre aux travaux les plus humbles, enseignant lui-même à lire aux enfants pauvres, taillant les plumes, balayant les salles d'école. Les tribulations ne manquèrent pas à cet
homme de bien ; deux fois, sous Clément VIII et sous Paul V, les Éceles pies furent soumises à. l'enquête la plus sévère et, sur la fin de sa vie, il fut même suspendu de ses fonctions. Ses écoles tombèrent en décadence, l'ordre fut aboli par Innocent X en 16^6. Calasanzio mourut le 25 août 164R, à. l'âge de 92 ans dont 52 passés à instruire les enfants pauvres et à leur donner tout ce qu'il possédait : Benoît XÏV le mit au rang des bienheureux en 1748 et Clément XIII le canonisa en 1767. Calasanz n'a pas laissé d'écrits. Ses idées sur l'éducation se trouvent formulées dans la règle de l'institut qu'il avait fondé et dans les circulaires qu'il écrivit, comme général de l'ordre. Voici quelques-uns de ses aphorismes pédagogiques :
1. Tel maître, tels écoliers. — Sachez apprécier votre vocation. — Le bien temporel et spirituel de la jeunesse est entre vos mains.
2. Soyez des pères au milieu de vos élevés. — Ne travaillez pas pour un salaire, mais pour le Seigneur.
3. Celui qui veut diriger les enfants doit être maître de ses passions.
4. La conscience d'avoir fait du bien vaut mieux que tous les trésors du monde.
5. L'éducateur n'est pas seulement responsable pour lui seul, mais encore pour la jeunesse qui lui est confiée.
6. Soyez toujours remplis de l'esprit de Dieu, et vos élèves profiteront de vos leçons.
7. Cultivez votre intelligence, mais n'oubliez pas en même temps de faire des progrès dans la Yie spirituelle.
8. Vivre dans la mollesse est indigne d'un éducateur. Celui qui recherche une bonne table et une couche moelleuse néglige sa véritable vocation ; il devient charnel lorsqu'il devrait être spirituel.
CALCUL. — 1 . Législation. — France. — Le calcul fait partie des matières obligatoires de l'enseignement primaire (L. 15 mars 1850, art. 23). Dans les écoles l'enseignement du calcul sera dégagé de toute théorie trop abstraite. Le maître se bornera aux principes indispensables pour la pratique des opérations et s'attachera à faire résoudre beaucoup de problèmes relatifs à des questions usuelles et au système décimal des poids et mesures (Règl. mod. 17 août 1751).
L'enseignement des salles d'asile comprend les premiers principes du calcul verbal. (Dec, 21 mars 1855, art. 2.) Dans ces établissements l'enseignement du calcul comprend la connaissance des nombres simples, leur représentation par des chiffres arabes, l'addition, la soustraction enseignées à l'aide du boulier-compteur, la table de multiplication apprise de mémoire à l'aide des chants, l'explication des poids et mesures donnée à l'aide de solides ou de tableaux (arr. 22 mars 1855, art. 11).
Le calcul est enseigné dans les écoles normales primaires (Décr. 2 juillet 1866, art. 1er) ; et des exercices pratiques de calcul font partie des épreuves de l'examen d'admission dans ces établissements (arr. 31 décembre lfc67, art. 3, § 4). — V. Arithmétique.
pays étrangers. — Le calcul figure au nombre des matières obligatoires d'enseignementdans tous les pays où l'instruction primaire est organisée. On le confond quelquefois dans les programmes avec V arithmétique. Le calcul élémentaire se bornant aux exercices de numération parlée est généralement recommandé dans les classes de commençants ; quelques pays, notamment les États- Unis, donnent au calcul mental des développements considérables, et en font un des exercices principaux des classes moyennes et supérieures. Ces mêmes pays, et aussi l'Autriche, attachent une grande importance à renseignement et à la pra-