‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 32 sur 547 · AMOUR-PROPRE · texte numérisé non relu

AMOUR-PROPRE

doit se renouveler chaque année, par de nouveaux appels à la charité, s'est élevé à 80000 ou 90000 francs; la Société compte de 100 à 120 enfants placés en pension, et une centaine d'autres en apprentissage.

AMITIÉ. — V. Ca?narades.

AMMAN (Jean Conrad). — Né à Schaffhouse en 1669, mort en 1724, Amman exerçait la médecine à Amsterdam. Ayant entrepris l'éducation de quelques enfants sourds-muets de la ville, il obtint des résultats qui encouragèrent ses efforts et lui firent rapidement une brillante réputation. Il paraît avoir ignoré longtemps les recherches et les essais de ses contemporains, Pierre de Ponce, Wallis, Van Helmont, et n'avoir agi que d'après ses propres inspirations. Néanmoins la méthode qu'il a exposée dans une Dissertation sur la parole se rapproche sensiblement de la leur. Comme eux, comme Van Helmont surtout, il fait de la prononciation artificielle la base de son système et le point d'appui de tout enseignement qui s'adresse aux sourds-muets. « Faisons de chaque élève un nouvel habitant du monde où nous vivons » ; car c'est les rendre à la vie, ces pauvres créatures, que de leur donner la voix, « cette émanation de l'esprit immortel de vie que Dieu souffle dans le corps de l'homme en le créant. » Pour Amman, l'homme privé de la parole diffère peu de l'animal : préjugé qui peut-être le porta à insister trop sur le mécanisme vocal au détriment du développement des facultés. L'un des premiers encore, il essaya de suppléer à l'ouïe par la vue en habituant les élèves à lire sur les lèvres, c'est-à-dire à observer le mouvement des lèvres de la personne qui parle. Sa méthode fut professée à Livonie par Jacques Wild et le pasteur Niederoff, mais on ne lui connaît point de continuateur dans son pays. [S. Maire ]

AMOROS Y ONDEANA (don Francisco).— Amoros y Ondeano, né en Espagne le 19 février 1770, entra au service à l'âge de 9 ans, en qualité de fils de militaire et y fit ses études. Sous-lieutenant à 21 ans, il assista au siège d'Oran, en Afrique, où il obtint le grade de lieutenant. Il se distingua dans les campagnes de 1792 et de 1793, devint secrétaire du ministre de la guerre en 1796, et, en 1803, il fut chargé de la direction d'un Institut militaire établi à Madrid pour réformer l'éducation publique en Espagne et y faire adopter la méthode de Pestalozzi. En 1807, il fut choisi pour présider à l'éducation de l'infant d'Espagne, don François de Paule. Arrêté à la suite de la révolution du 19 mars 1808, il fut relâché, puis, chargé de plusieurs missions importantes, devint ministre de l'intérieur et enfin ministre de la police. Forcé de fuir en France après le rétablissement du roi Ferdinand VII, il offrit ses services à Napoléon et, à partir de 1815, il ne s'occupa plus que de l'instruction publique et surtout de la gymnastique. Nommé membre de la Société pour l'instruction élémentaire de Paris, il publia un Mémoire sur la méthode d'éducation de Pestalozzi, et un autre sur la méthode d'éducation physique et gymnastique qu'il avait établie à Madrid. Ces deux rapports lui attirèrent des sympathies qui lui permirent d'ouvrir avec quelque succès des cours de gymnastique dans la capitale. Ces cours furent bientôt suivis par de nombreux élèves, et les résultats qui furent obtenus donnèrent à Amoros l'appui de M. Chabrol*, alors préfet de la Seine;. Secondé par ce magistrat, Amoros, le 5 décembre 1818, obtint du ministre de la guerre que des détachements des trois régiments du génie suivissent les cours de gymnastique : ce fut le commencement du gymnase normal militaire, dont il fut nommé directeur le 4 novembre 1819; ce gymnase militaire était situé place Dupleix, entre' le Champ de Mars et la barrière de Grenelle. Le 2.S juillet 1820, le comte Siméon, ministre de l'intérieur, décida la création

d'un gymnase civil normal dont Amoros eut aussi la direction. Ces deux gymnases formèrent un grand nombre de professeurs habiles, qui répandirent dans toute l'Europe la méthode de leur maître. Depuis cette époque, Amoros ne cessa de per fectionner son enseignement et chercha à l'introduire dans le plus d'établissements possibles. II mourut à Paris, le 8 août 1848.

Amoros est le fondateur en France de la gymnastique rationnelle. Sa méthode consiste en exercices gradués propres à développer harmoniquement les organes. Mais ce qui la distingue surtout, c'est que ces exercices physiques eux-mêmes doivent contribuer au développement des facultés morales. Amoros « avait imaginé d'assujettir tous les mouvements de ses élèves au rhythme, ce qui d'abord maintient l'ordre et la régularité. Le rhythme est marqué par des chants dont les paroles expriment les sentiments les plus élevés qui puissent remplir un cœur humain, le respect et l'adoration envers Dieu, l'amour du chef de l'Etat, le dévoûment à la patrie, etc. De plus, un jury, formé à tour de rôle par les jeunes gens les plus distingués, prononce sur tous les cas de discipline ; et l'habitude de considérer le côté moral des actions favorise, au delà de ce qu'on pourrait croire, le développement des sentiments honnêtes et généreux que renferme le cœur de tous les jeunes gens. » (Rapport de la Société élémentaire.)

Pour stimuler les élèves et constater les résultats physiques et moraux obtenus par la méthode, on remettait à chaque élève une feuille physiologique indiquant ses qualités physiques et morales au commencement du cours et les améliorations obtenues après chaque mois d'exercices. Cette feuille était comme un miroir où se reflétaient le corps et l'âme de chaque élève à mesure qu'il augmentait sa force physique et ses qualités morales. La méthode d' Amoros étant surtout pratique, c'est dans ses cours ou ceux de ses élèves qu'il faut l'étudier; cependant il l'a exposée avec clarté dans un ouvrage en 2 volumes in-18, avec album de 60 planches (Encyclopédie Roret), intitulé : Nouveau manuel d'éducation physique, gymnastique et morale. Ce manuel doit être étudié par toutes les personnes qui s'occupent de l'enseignement de la gymnastique. [A. Demkès.]

AMOUR-PROPRE. — L'amour-propre, ainsi que l'indique la composition du mot, est le sentiment qui nous fait aimer notre propre personne. Au xvne siècle, on entendait ce mot dans son sens étymologique le plus large : il signifiait l'amour de soi, par opposition à l'amour du prochain et h l'amour de Dieu. Depuis lors, il a pris une acception plus restreinte et désigne non pas tout instinct égoïste, mais cet instinct plus délicat qui nous fait rechercher l'estime ou les éloges de nos semblables.

Dans le premier sens, l'amour de soi n'est vicieux que s'il va jusqu'à Yégoïsme *.

Dans le second, qui est le sens ordinaire, l'amourpropre est un sentiment qu'il faut non extirper, mais contenir en de justes limites. L'écueil à craindre, c'est qu'il ne dégénère en vanité : et assurément, il n'y a pas loin de l'un à l'autre ; mais en soi l'amour-propre est plus qu'un sentiment légitime : c'est presque la marque et la condition d'une certaine élévation d'esprit. On ne ferait pas l'éloge d'une personne en disant qu'elle est dénuée de tout amour-propre.

Ce sentiment tient une trop grande place dans la nature humaine pour que l'éducation ne se soit pas préoccupée du parti à en tirer et des moyens de le régler. L'amour-propre n'est nulle part plus manifeste que chez les enfants ; il trouve, en effet, libre carrière à son développement dans l'imagination et les illusions du jeune âge, tandis que plus.

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