Tome II. — De l'éducation de l'homme (Keilhau
Eo-its divers, de moindre étendue et datant de la même époque : De l'essence et de la destination de l'hon,me, et de la possibilité de réaliser cette destination dans la vie; — Les fiançailles; — Promenade au milieu de janvier, patinage et
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dl3I —
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?dissades ; — Le petit enfant, ou l 'importance de a première enfance ; — Sur la vie des enfants ; — La connaissance des formes et des figures, et sa signification supérieure ; — L'enseignement de la géographie.
La nouvelle année 1836 exige le renouvellement de la vie (Burgdorf, 1836).
Tome III. (La plupart des morceaux contenus dans ce troisième tome ont paru à l'origine dans le journal Venez, vivons pour nos enfants, de 1837 à 1840.) — Réflexions à l'occasion de la nouvelle année.
Plan d'un établissement pour la culture du besoin d'activité créatrice.
La vie de l'enfant. La première activité de l'enfant.
La balle, premier jouet de l'enfant.
La semence et V enfant: comparaison.
Le jeu et l'enfant.
La sphère et le cube comme second jouet de l'enfant.
Premier aperçu des jeux ou des moyens pour la culture du besoin d'occupation des enfants.
Le troisième jeu de l'enfant, et une berceuse (chanson).
Le développement ultérieur de l'enfant et la suite du jeu de la balle.
Le quatrième jeu de l'enfant.
Second aperçu des jeux.
Le cinquième don.
Les jeux de mouvement.
Conférence faite à Dresde en 1839 devant la reine.
Frédéric Frœbel, ses principes, son but, ses moyens d'éducation, dans leurs rapports avec les besoins et les aspirations de l'époque, exposés par lui-même.
Les jardins des enfants dans le jardin d'enfants.
Comment Lina apprend à écrire et à lire.
Esprit de la méthode d'éducation fondée sur te développement.
Le goût des enfants pour le dessin.
Indications sur le pliage du papier.
Les bâtonnets.
La fête du 28 juin 1840 (fête de Gutenberg, et fête d'inauguration du premier jardin d'enfants allemand) .
Plan pour la création d'un jardin d'enfants et aperçu des frais.
Appel pour la fondation de sociétés d'éducation, et stututs d'une de ces sociétés (Keilhau, févr. 1845).
Plan de l'établissement pour la formation d'institutrices de la première enfance (Keilhau, octobre 1847).
L'école intermédiaire (Marienthal, mai 1852).
Discours prononcé à l'inauguration du premier jardin d'enfants à Hambourg (1850).
La fête d'enfants sur l'Altenstein (1850).
Description du matériel employé dans le jardin d'enfants [fragment d'une lettre écrite par Frœbel dans les derniers temps de sa vie) .
Aux écrits contenus dans ces trois volumes, il faut ajouter le recueil des Chansons de la mère (Mut ter- und Koselieder), publié àBlankenburg en 1843, et un autre recueil qui parut la môme année sous le titre de Cent chansons pour les jeux de balle exécutés dans le jardin d'enfants de Blankenburg ; musique de R. Kohi. — Une seconde édition des Mutter- und Koselieder a été donnée par Wichard Lange, Berlin, 1866, Enslin.
A consulter. — Middbmdorpf : Die Kinder g ârten, ein Bedûrfniss der Zeit, Grundlage einigender Érziehung ; Blankenburg, 1848 (une nouvelle édition remaniée a été publiée à Hambourg en 1861 par Wichard Lange sous ce titre : Wilhelm Middendorff ùber die Kindergârten) ; Frôbeîs Ausgang ans dem Leben, Liebenstein, 1852; — Christian Lahgbth.il (frère de H. Langetbal et l'un des six premiers élèves de l'institut de Keilhau ) : Keilhau in seinen Anfângen, léna, 1867 ; — Karl Froebbl (l'un des fils de Christophe Frœbel) : Hochschulen fur Mâdchen und Kindergârten als Glieder ciner vollstândigen Bildungsanstalt, welche Erziehung, Familie und Unterricht der Schule verbindet ; Hambourg, 1850, Niemeyer (c'est cette brochure qui provoqua l'arrêté d'interdiction du ministre von Raumer contre les jardins d'enfants); Mittheilungen ùber Friedrich Frôbel et Drei undankbare Neffen, articles publiés dans la Kindergartenzeitung ; — Wichard Largb, Zum \erstândnisse Friedrich Frôbels, Hambourg, 1850, Hoffmann und Campe, 2 livraisons; — Dibstbrweg : Friedrich Frôbel, article publié dans le Jahrbuch fur Lehrer und Schulfreunde, année 1851, Berlin. D'autres articles de Diesterweg sur Frœbel se trouvent dans d'autres volumes de cet annuaire et dans diverses livraisons des Rheinische Blâtter ; — M"" de Markxholtz : Gesammelte Beitrâge zum Verstândniss der FrôbeVschen Erziehungsidee; 2 vol., Cassel, 1876 et 1877, Wigand. Le premier volume, qui porte le sous-titre Erinnerungen an Friedrich Frôbel, est consacré aux souvenirs personnels de Mme de Marenholtz sur Frœbel ; le second volume contient huit études sur divers points de la doctrine frœbelienne ; — Brpno Harschmarr : Friedrich Frôbel; die Entwicklung ssiner Erziehungsidee in seinem Leben, nach authentischen Quellen dargestellt, Eisenach, 1874, Bacmeister. — Rudolf Bbrpby : Erinnerungen an Friedrich Frôbel, Côthen, 1880, Schettler.
[J. Guillaume.] FUSIL. — V. Militaires (Exercices).
GALIN (Pierre). — Né à Bordeaux le 16 décembre 1786, mort à Paris le 30 août 1822. Ses Î>arents, pauvres artisans, étaient hors d'état de ui faire donner de l'instruction : ce fut un instituteur de Bordeaux qui l'éleva. Il dirigea d'abord par goût ses études vers les mathématiques. Maître d'études dans un établissement d'instruction pendant quelque temps, il obtint ensuite au lycée une place de professeur de mathématiques élémentaires, puis enfin il fut nommé professeuradjoint à l'institution des sourds-muets de Bordeaux.
Indépendamment de ses travaux sur les mathématiques, dit son biographe A. Paris, il s'était livré avec ardeur à l'étude de tous les systèmes de philosophie anciens et modernes, et il est aisé de voir dans ses écrits que les théories
nébuleuses d'outre-Rhin, ni même la transaction de l'école écossaise entre le spiritualisme pur et la doctrine de la simple sensation, n'auraient pas trouvé en lui un adepte. 11 avait étudié et approfondi tous les auteurs qui ont traité de l'économie politique, et ses réflexions ont été consignées dans quelques fragments qu'on a retrouvés après sa mort.
C'est dans cet état d'esprit, au milieu de ces fortes études, qu'il eut l'idée, pour se délasser, d'apprendre la musique sans maître II essaya vainement de comprendre les traités élémentaires de musique qu'il avait à sa disposition, et de se servir d'un instrument. Il se mit alors à réfléchir et à observer par lui-môme. Considérant la musique comme une langue qui doit avoir son alphabet et sa grammaire, il chercha à en démêler les éléments, et finit par les trouver en
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faisant l'analyso des airs populaires qu'il connaissait.
Autant qu'on en peut juger par ce qu'il en a dit lui-même et par le témoignage de ses élèves, il commença par séparer nettement l'un de l'autre les deux éléments de la musique, Yintonation et le rythme ou la mesure. S'occupant d'abord de l'intonation, il constata ce fait capital que les éléments de la musique, les lettres de l'alphabet musical, ne sont pas les sons, mais les intervalles qui les séparent; et qu'en musique, comme partout ailleurs, il n'y a rien d'absolu, il n'y a que des relations, des rapports.
L'alphabet de la musique, la gamme, est donc formé d'un certain nombre d'intervalles à apprendre avant tout.
En comparant entre elles des phrases musicales, Galin parvint à étudier les principaux de ces intervalles, à trouver les fonctions désignées par les mots tonique, dominante, médiante, sensible, etc., caractéristiques de toute mélodie musicale. Il en tira par une série de comparaisons et de déductions logiques toute une théorie de la musique.
D'autre part, en revenant sur le rythme, en remarquant dans toutes les mélodies le retour périodique d'un son plus intense ou tout au moins plus accentué que les autres, il découvrit la division des airs, au point de vue de la durée, en ce qu'on nomme des mesures, et la subdivision de celles-ci en durées égales : il en déduisit une théorie complète de la mesure ou du rythme.
Ayant ainsi établi un corps de doctrines fortement et logiquement liées, il put comprendre le langage si obscur des traités de musique qu'il avait essayé tout d'abord de prendre pour guides : puis il songea naturellement h faire profiter les autres des découvertes qu'il avait faites si péniblement. Après avoir constitué la théorie musicale, il chercha une méthode d'enseignement et des procédés pédagogiques : il les trouva (nous les indiquerons tout à l'heure), et se mit à professer la musique, d'abord à Bordeaux.
C'est à ce moment de son existence qu'avant de composer un traité de musique élémentaire, auquel il comptait consacrer plusieurs années et qu'une mort prématurée l'empêcha même de commencer, il publia à Bordeaux, en 1818, le beau livre intitulé : Exposition d'une nouvelle méthode pour l'enseignement de la musique.
Il vint ensuite à Paris pour y faire connaître la méthode d'enseignement qu'il avait créée de toutes pièces, s'installa dans une maison de la rue Notre-Dame-des-Victoires, et y fit des cours qui restèrent longtemps sans éclat. Gomme tous les inventeurs, il avait beaucoup d'illusions sur la propagation rapide de ses idées, et de plus, s'il avait beaucoup de savoir, il manquait entièrement de savoir-faire. Pour un disciple comme A. Paris*, qui comprit pleinement son génie, respecta ses idées, et sauva plus tard sa méthode d'un oubli au moins momentané, il trouva des élèves médiocres, et surtout quelques plagiaires, dont les actes abreuvèrent d'amertume le reste de sa courte vie .
Cependant son nom commençait à être connu : un journaliste influent de l'époque, F. Bodin, avait pris connaissance de sa méthode et en avait fait des comptes rendus pour le Constitutionnel et le Journal des Débats, lorsque Galin fut dénoncé comme un homme professant les opinions les plus dangereuses en politique, et les comptes rendus ne furent pas publiés.
Atteint depuis longtemps d'une maladie organique, sa frêle constitution ruinée par des travaux incessants, il se vit contester même la propriété de ses procédés d'enseignement : le chagrin
hâta les progrès de la maladie, et il s'éteignit ainsi le .;0 août 1822 dans une obscurité à peu près complète.
Heureusement pour sa mémoire, l'un de ses élèves, A. Paris, voyant qu'après sa mort aucun de ses autres disciples ne songeait à continuer sérieusement son œuvre, reprit la méthode de Galin, la propagea, la compléta avec l'aide de M. et Mme E. Chevé*, de sorte qu'elle est actuellement connue et appliquée sous le nom de Méthode musicale Galin-Paris-Chevé,
Cette méthode est contenue en grande partie dans le seul livre qu'ait écrit Galin, {Exposition d'une nouvelle méthode pour l'enseignement de la musique.
Ce livre, nous l'avons dit, fut publié à Bordeaux en 1818. En 1835, A. Paris et ses élèves firent à, Lyon une 2m0 édition (la première étant épuisée), mais elle ne fut pas mise dans le commerce. En 1862, une 3me édition faite par E. Chevé fut publiée à la librairie sociétaire, 6, rue de Beaune : elle reproduit l'édition originale, avec une table alphabétique et analytique des matières, et une notice biographique sur P. Galin faite par A. Paris et où nous avons puisé la plupart des renseignements et indications qui précèdent. Cette 3me édition est la dernière qui ait été faite jusqu'ici : on la trouve dans toutes les librairies musicales, en particulier chez M. A. Chevé, fils d'E. Chevé, qui a continué la propagation de la Méthode Galin-Paris-Chevé, 36, rue Vivienne, Paris.
Il nous reste à donner une analyse de ce livre et de la méthode qu'il renferme.
C'est un livre de pédagogie et, à ce titre, il devait figurer dans ce Dictionnaire. Nous pensons même qu'il y doit occuper une place d'honneur ; car, à notre avis, c'est un véritable monument de pédagogie.
Ecrit dans un style simple et sans aucune espèce de prétention littéraire, c'est un modèle de logique, de netteté et de précision qui rappelle le Discours de la méthode de Descartes : ceux qui voudront le lire avec attention ne trouveront pas la comparaison exagérée. Le seul reproche qu'on pourrait lui adresser, c'est de manquer de divisions et de subdivisions, ce qui en rend la lecture un peu difficile : à cela près, c'est un chef-d'œuvre d'exposition scientifique.
L'idée même du livre est définie par l'auteur dans les lignes suivantes : « J'entends par une exposition analytique, un livre tel qu'un homme de sens pût y apprendre la musique tout seul s'il y était condamné, et que, tous nos musiciens venant à se perdre dans une nuit, leur art ne fût pas néanmoins perdu pour le genre humain. » Quant au mode d'exposition adopté, il est très simple. L'auteur s'adresse aux maîtres et non aux élèves: il indique les idées successives qu'il faut faire entrer d'après lui dans l'esprit des élèves, les épreuves successives et variées auxquelles il faut les soumettre pour leur faire chercher et découvrir eux-mêmes les vérités qu'on veut leur enseigner : c'est vraiment la méthode expérimentale ou d'induction appliquée pour la première fois à l'enseignement d'un art. A ce point de vue, le livre est vivant et présente un grand intérêt.
On y trouve exposées deux choses qui se complètent h merveille : une théorie de la musiqu e et un ensemble de procédés d'enseignement.
La théorie est fondée sur les bases suivantes :
La musique est une langue : les lettres de son alphabet sont les intervalles musicaux, renfermés dans ce qu'on nomme la gamme, ou plutôt les gammes ou modes, car il y en a deux principaux : le mode majeur et le mode mineur.
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En étudiant d'abord le modo majeur, on constate expérimentalement : 1° l'égalité des secondes majeures : 2° l'égalité des secondes mineures mi-fa, si-ut. La comparaison des intervalles par superposition, le problème qui consiste à reproduire les mûmes successions d'intervalles en prenant le point de départ à des hauteurs différentes, conduit à la définition des dièses et des bémols, à la génération des divers tons, à la théorie des modulations sans changement de mode.
L'étude du mode mineur se fait par comparai- Bon avec celle du mode majeur ; puis on combine les modulations par changement de ton avec celles par changement de mode.
A ce moment seulement Galin, qui s'est servi pour son exposition simplement d'une portée muette et d'une baguette ou bien de signes très simples tels que des lettres ouïes chiffres, explique les principes de la notation ordinaire de la musique, le mécanisme des clefs nécessité par l'imperfection des instruments à sons fixes comparés à la voix omnitone, des notions sur le tempérament, et sur la théorie des instruments.
La théorie ;de la mélodie au point de vue de Yintonation est ainsi complète. Galin y joint quelques notions sur les éléments de Yharoionie en les rattachant logiquement à ce qui précède ; mais il n'y a là, dans son livre, que des indications précieuses sans doute, mais incomplètes, qu'E. Chevé a développées plus tard complètement dans son traité d'harmonie.
Galin expose ensuite la théorie du rythme ou de la mesure. Elle est fondée sur les deux bases suivantes : 1 ° au point de vue de la mesure du temps en musique il y a trois idées à exprimer : celle d'un son articulé, celle d'un son prolongé, celle d'un silence plus ou moins long; 2° notre oreille ne peut apprécier avec quelque exactitude que la division par 2 ou par 3 d'une durée déterminée, de ce qu on appelle en musique un temps.
De là, la division des airs en mesures à 2 ou à 3 temps (la mesure dite à 4 temps n'est pour Galin qu'une double mesure à 2 temps), les divisions et subdivisions des temps en 2 ou en 3 parvies, ce qui engendre les quarts, les sixièmes, les neuvièmes, les douzièmes de temps, et enfin une classification complète, d'une admirable simplicité, de toutes les mesures possibles de la durée en musique.
Toutes ces théories, Galin insiste avec raison sur ce point à chaque instant, sont indépendantes de la nature des signes écrits à l'aide desquels les idées musicales sont représentées. Pour Tintonation, Galin indique indifféremment l'emploi des mots ut, ré, mi, fa, sol, la, si, ou bien les lettres cd e fg a b, ou enfin les chiffres 1 2 3 4 5 G 7, proposés déjà par J.-J. Rousseau: la seule condition qui doive être, d'après lui, imposée à ces signes, c'est que chacun d'eux représente une seule idée, et toujours la môme. Cependant il témoigne en plusieurs endroits de sa préférence pour les chiffres, notation qu'il perfectionna, en indiquant les points au-dessus et au-dessous des chiffres pour exprimer les octaves supérieures et inférieures, d'une manière beaucoup plus complète et systématique que ne l'avait fait Rousseau, et les barres transversales, en forme d'accent aigu pour les dièses, et d'accent grave pour les bémols.
Pour les signes de mesure, Galin indique, pour représenter le son articulé, un signe quelconque : lettre, chiffre ou point noir à queue (tel que ce qu'on nomme la noire dans l'écriture ordinaire de la musique) ; pour la prolongation des sons un point noir sans queue ; pour les silences, un zéro. Pour les divisions des temps, il pose cette règle absolue : réunir toujours les diverses parties d'un temps en groupes désignés nettement à l'œil
par un trait horizontal tracé au-dessus des signes. Pour les subdivisions il emploie des traits supplémentaires au-dessous du trait indiquant les divisions, et indiquant nettement eux-mêmes si la subdivision est binaire ou ternair», ou mixte. L'ensemble de ces règles et de ces groupements de signes constitue ce que Galin a appelé le chro* nomériste, l'un des plus beaux et des plus puissants procédés pédagogiques qui aient jamais été imaginés.
Il nous reste, pour compléter l'exposé des procédés d'enseignement inventés par Galin, à indiquer comment il enseignait l'intonation sans l'emploi de signes écrits. Il employait à cet effet un procédé auquel il donnait le nom de méloplaste. C'était une portée muette de 5 lignes noires avec 4 interlignes blancs, prolongée en haut et en bas par 2 petites lignes noires supplémentaires : le tout était dessiné sur un tableau. Armé d'une baguette à bout arrondi, il posait le bout de la baguette sur les divers barreaux blancs ou noirs d^ cette échelle, et figurait ainsi les peints noirs qui représentent les notes sur les portées de l'écriture musicale ordinaire. Il se servait ainsi en quelque sorte d'une seule note mobile sur une portée fixe. On conçoit l'avantage d'un pareil procédé : l'élève, dit Galin, ne voit jamais qu'une chose à la fois, qui est la baguette sur tel barreau; il ne la voit pbus aux endroits qu'elle a quittés, et il ne la ^5it pas encore à ceux où elle n'est pas arrivée. Ainsi son attention est tout attirée vers un point unique : première condition d'une étude réfléchie.
« Il n'y a donc ici qu'une note, mais elle est mobile ; il n'y a donc plus qu'une clef, mais elle est mobile aussi. Cette clef est de convenir, à chaque leçon, sur quel barreau l'on veut poser Vut tonique, premier degré de la gamme ; c'est d'après sa position que les autres notes prennent rang sur l'échelle. L'heureux effet de cette habitude sera que l'élève n'attribue pas des noms invariables à chaque barreau, qu'il ne les dénomme que par leurs intervalles respectifs, et que, par conséquent, il connaisse toutes les clefs, sans qu'il lui en coûte pour cela ni plus de temps ni plus de peine. »
Nous avons tenu à faire cette citation en terminant, d'abord parce qu'elle explique nettement l'idée de Galin, et ensuite parce qu'elle donnera au lecteur une idée de son style.
[E. Mercadier.]
GALL. — Franz-Joseph Gall, né à ïieffenbronn, près de Pforzheim, dans le grand-duché de Bade, le 9 mars 1758, est célèbre dans la science comme le créateur de la phrénologie. Il étudia la médecine à Strasbourg et à Vienne, et commença à l'exercer dans cette dernière ville. Mais ses premières publications sur la crânioscopie inquiétèrent l'opinion publique et la cour, et le forcèrent à quitter Vienne. Il alla s'établir à Berlin, où il ouvrit un cours de phrénologie. Malgré l'accueil très favorable que l'on fit à ses leçons, on le voit, en 1805, quitter Berlin et passer deux années à parcourir l'Allemagne. Au cours de ses voyages il fit de nombreux prosélytes et gagna d'illustres partisans à sa doctrine : il entassa surtout une énorme quantité d'observations et d'expériences qui lui permirent de compléter son système et d'en faire une sorte de physiologie philosophique construite de toutes pièces. En 1807 il alla se fixer à Paris, qui était à cette époque le séjour des plus éminents anatomistes et un ardent foyer de controverse scientifique. Il y compléta ses études eu mettant à contribution les musées et les cabinets anatomiques, les hôpitaux et les asiles d'aliénés, les collections de statues, de portraits et de bustes. Son disciple, SpurzheimM'aidait dans ses recherches et dans la propagation de sa doctrine. Il
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ouvrit à l'Athénée un cours public qui obtint la plus grande vogue et mit à la mode la crànioscopie. Toutefois ce succès restait borné au public profane : le monde scientifique ne fit qu'un accueil très réservé à la science nouvelle. En 1808, un mémoire rédigé par Gall en collaboration avec Spurzheim et présenté à l'Institut, fut examiné par une commission dont les principaux membres étaient Cuvier, Pinel, Portai et Sébastien. Le rapport, rédigé par Cuvier, ne daigna même pas aborder la critique de la phrénologie. Au bout d'une dizaine d'années l'engouement décrut, la vogue abandonna le savant allemand ; le journal qu'il avait fondé n'eut plus de lecteurs, et les dernières publications de Gall ne réussirent pas à réveiller l'attention.
Voici, telles que Gall tes a lui-même résumées, les propositions fondamentales de sa doctrine (Voir son Traité sur les fonctions du cerveau) :
1° Les qualités morales et les facultés intellectuelles sont innées.
2° L'exercice et la manifestation de ces facultés et qualités dépend de l'organisation.
3° Le cerveau est l'organe de tous les penchants, de tous les sentiments et de toutes les facultés.
4° Le cerveau est composé d'autant d'organes particuliers qu'il y a de penchants, de sentiments, de facultés qui diffèrent essentiellement entre eux.
5° La forme de la tête et du crâne, qui répète dans la plupart des cas la forme du cerveau, suggère des moyens pour découvrir les qualités et les facultés fondamentales.
Il y a deux choses dans la doctrine que résument ces cinq propositions. Il y a une philosophie, et il y a une physiologie cérébrale.
Pour ce qui est de la philosophie, elle consiste dans le plus pur matérialisme, et la conséquence pratique qui en découle est l'irresponsabilité absolue. L'homme est, sa vie durant et sans remède, ce que l'a fait son organisation cérébrale ; ses actes sont souverainement commandés par la forme de sa cervelle. Le voleur ne peut pas plus s'empêcher de voler, ni l'assassin de tuer, que le juge ne peut s'abstenir de condamner l'un et l'autre. Cette philosophie, à coup sûr, n'était pas nouvelle. Elle date du jour, bien lointain, où l'homme s'est avisé qu'il possède des organes, et que sa pensée est étroitement assujettie à la constitution et à la vie des organes. Née avant Gall, elle lui a survécu ; les prétendues découvertes du père de la phrénologie ne lui ont apporté aucune force réelle, pas plus que la ruine du système de Gall ne lui a rien enlevé, aux yeux de ses partisans, de son antique autorité.
Quant à l'élément proprement scientifique, à la physiologie du cerveau, les recherches modernes n'en ont pas laissé debout un seul point. Des cinq propositions, une seule, la troisième, n'a pas été contestée. Il est vrai qu'elle n'appartient pas à Gall. Tout le monde savait avant lui que le cerveau est l'organe de la pensée dans tous ses modes.
Le point de départ de Gall, son mode d'enquête, tel qu'il est énoncé dans la cinquième proposition, est faux, et cette erreur a entaché tout le système d'un vice radical. Il est établi aujourdHmi que la forme de la surface extérieure du crâne ne répond pas à la surface extérieure du cerveau. La boîte osseuse ne reproduit nullement au dehors les saillies ou les dépressions de la masse cérébrale. C'était pourtant sur cet axiome du parallélisme rigoureux du crâne et du cerveau que l'aventureux savant avait construit tout I édifice de sa doctrine, La phrénologie reposait sur la crânioscopie. Le procédé d'investigation consistait à palper les crânes, puis à étudier les caractères : par une étonnante hardiesse d'hypothèse, l'observateur n'hésitait pas a conclure de l'un a l'autre. Le sujet observé était, par exemple, une cuisi-
nière de Munich, qui changeait de maîtres tous les mois ; rien de moins mystérieux que ce goût pour le changement : elle avait « la bosse des localités », la même qui fait les explorateurs et les voyageurs. Comment n'être pas convaincu, lorsque Gall ajoute qu'il retrouva cette bosse sur le front « d'une demoiselle qui se fit enlever par un officier»? Le portrait de Thomas à Kempis est, paraît-il, remarquable par l'exiguité de l'occiput; or, si l'on considère, avec Gall, que le cervelet est l'organe de l'amour physique, on n'est plus surpris d'apprendre qu'un saint dont l'occiput était si mesquin « se soit armé d'un tison pour repousser les avances d'une jeune fille remplie d'attraits ». L'ingénieux Allemand avait une manière à lui d'étudier les caractères. Il rassemblait dans son logis (c'est lui-même qui le raconte) des gens des basses classes, des cochers, des portefaix, etc. ; il les faisait boire à outrance, et, lorsqu'ils étaient ivres, il les induisait à quelque dispute et les observait attentivement. Après quoi, il ne manquait pas de palper leurs têtes et d'y trouver les raisons suffisantes des penchants que l'alcool avait si bien mis au jour.
On pourrait, au premier abord, s'étonner qu'une doctrine appuyée sur des expériences qui ressemblent si bien à des mystifications, ait trouvé tant de partisans et fait, en son temps, un bruit dont l'écho vient à peine de s'éteindre. Ce succès paradoxal tient à l'audace même du révélateur, qui offrit au monde un système parfaitement complet et d'une séduisante simplicité. La carte du cerveau fut plus minutieusement dressée que celle de l'Europe. Tous les penchants connus, et quelques autres encore, y trouvèrent leur place. Notre langue s'enrichit alors de maint vocable étrange, la combativité, la conscienciosité , la destructivité, Yamativité, la concentrativité, la merveillosité, etc. Le progrès ne se bornait pas à l'étude du cerveau et à l'analyse de l'esprit. Il s'étendait à toutes choses, particulièrement aux sciences sociales, où il introduisait une clarté et une rigueur admirables. C'est ainsi que Gall appliquait la phrénologie à l'homme a considéré comme objet d'éducation et considéré comme objet de punition ». Plus de tâtonnements, plus de méprises possibles. Pour ce qui est de l'éducation, par exemple, des inspecteurs primaires, d'un genre assurément nouveau, auraient visité les écoles, non pour interroger les enfants, méthode lente et infidèle, mais pour palper les crânes, pour trier les têtes, négliger celles dont la construction révèle l'impuissance, et désigner à la sollicitude de l'Etat les cerveaux conformés pour le génie. D'autre part le magistrat aurait possédé, dans la phrénologie, une méthode d'enquête bien supérieure à la vieille routine judiciaire. Les témoins peuvent mentir, ou se tromper, ou se contredire. Seules, les bosses du crâne sont des témoins irrécusables, supérieurs à Terreur et inaccessibles à la corruption. Il suffit de les interroger habilement pour qu'elles parlent le plus clair langage et racontent à la justice ' phrénologique l'histoire du prévenu et de son crime.
La science, disons-nous, a renversé ce frêle échafaudage, et aucune des localisations de Gall n'a survécu à l'examen. Donnons deux exemples. Il est prouvé aujourd'hui que le cervelet, où le fondateur de la phrénologie avait localisé les passions physiques, est un organe moteur, dont le rôle principal est de coordonner les mouvements de la locomotion. De même, il est avéré maintenant que la troisième circonvolution frontale gauche est le siège de la faculté du langage, tandis que Gall plaçait cette même faculté dans les régions orbitaires du cerveau, et ainsi de tout le reste.
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Mais ici se pose une question. Si les applications étaient fausses et enfantines, le principe du moins ne reste-t-il pas vrai? Si la carte phrénologique de Gall et Spurzheim n'était qu'une mystification, la théorie des localisations cérébrales n'est-elle pas une vérité ?
A considérer l'idée que le savant allemand se faisait des localisations, et si l'on songe qu'il n'a eu en vue qu'une topographie intellectuelle, une détermination du siège des facultés morales du cerveau et nullement de ses facultés motrices ou sensitives, la réponse n'est pas douteuse. Jusqu'ici toute prétention de ce genre a échoué. Les fonctions psychiques se présentent à l'observation scientifique comme un tout indissoluble, dont aucune partie ne se peut isoler ; toute lésion partielle du cerveau, quand elle altère l'intelligence, l'atteint tout entière, dans toutes ses manifestations. Une exception unique est à signaler. C'est celle qu'a révélée la belle découverte de Broca, qui a précisé, comme nous le disions plus haut, l'organe de la parole articulée. Il semble que la faculté du langage puisse seule se séparer du reste des fonctions intellectuelles ; elle peut s'altérer et même disparaître alors que l'intelligence reste intacte. Il est possible que l'investigation clinique et l'expérimentation amènent la science à d'autres localisations psychiques : il n'existe pas de loi de la science qui s'y oppose à prioiH, et une telle espérance est, après tout, fort légitime. Il n'en reste pas moins incontestable que jusqu'ici la seule conquête définitive de la phrénologie est la localisation du langage, et qu'efle n'appartient pas à Gall.
Mais si la science n'a pu percer le mystère qui enveloppe les fonctions morales, si elle ignore encore jusqu'à leur siège exact, il en est tout autrement des fonctions motrices du cerveau. Ici la théorie des localisations est sortie du domaine des hypothèses pour passer dans celui des certitudes, et même dans la pratique. Elle guide le trépan du chirurgien, lorsqu'il ouvre un abcès du cerveau qui a momentanément aboli les mouvements d'une région déterminée du corps. On connaît les centres moteurs du membre inférieur, des membres supérieur et inférieur réunis, du membre supérieur seul, des muscles de la face, des muscles de la respiration. Des cartes cérébrales modernes indiquent ces conquêtes définitives. Auprès des cartes de Gall, elles donnent un peu l'idée de la carte africaine comparée à celle de l'Europe : peu de régions sont explorées, les indications sont rares. Elles manquent de cette superbe précision, de cette simplicité hardie qui frappe le profane et remue un instant le public ignorant. Mais ici du moins rien n'est livré à la fantaisie. Deux procédés d'investigation ont concouru à ces découvertes. Le premier est l'expérimentation sur les animaux ; le second est l'observation clinique des troubles morbides du cerveau humain, observation contrôlée par l'autopsio. Pas à pas, sans jamais se laisser aller à l'hypothèse, la science a lentement avancé dans cette obscure exploration, revenant fréquemment sur chaque résultat, le révisant à la lumière delà pratique. Ces recherches patientes ont déjà porté leurs fruits. Mais il est permis d'affirmer qu'elles en porteront d'autres plus nombreux et plus magnifiques. Le cerveau humain est aujourd'hui l'objet des explorations les plus attentives ; le monde savant a compris que cette région de l'organisme avait à livrer les secrets les plus intéressants de la physiologie, et il a entrepris de les lui arracher un à un. Le microscope à la main, les physiologistes de tous les pays examinent l'organe libre à fibre et en démêlent patiemment l'inextricable réseau.
Quel que soit le résultat que l'avenir réserve à ces longs travaux, il est juste de reconnaître que
Gall en a été le promoteur. Le premier il porta la main sur l'arche sainte. Il tenta de démonter pièce à pièce les rouages de la merveilleuse machine. Il échoua pour n'avoir mis au service de sa conception qu'une science de fantaisie et des procédés puérils. Mais il ouvrit la voie où marche d'un pas prudent et ferme la science contemporaine. [Elie Pécaut.]
GALLAUDET (Thomas-Hopkinsj. — Gallaudet, premier instituteur des sourds-muets aux Etats- Unis, est né à Philadelphie en 1787, et mort en 1851. Il descendait d'une famille protestante française qui avait émigré en Amérique après la révocation de l'édit de Nantes. Il fit ses études à Yale Collège, aborda ensuite le droit, rentra comme professeur à Yale Collège (1808), puis entreprit la commission pour une grande maison de commerce de New-York. En 1811, il se fit recevoir membre de l'église de Hartford (Connecticut), et en 1814 obtint l'autorisation de prêcher. Ce fut vers cette époque qu'il s'intéressa au triste sort d'une petite fille sourde-muette et qu'il forma avec le père de cette enfant le projet de fonder à Hartford une institution pour les sourds- muets. Un comité fut constitué pour réunir des souscriptions, et Gallaudet vint à Paris afin de s'initier à la méthode de l'abbé Sicard. En juillet 18 10, il retourna en Amérique, emmenant avec lui Laurent Clerc, un des meilleurs professeurs do l'institution de Paris; et après deux ans d'efforts pour organiser une association permanente, réunir des fonds et préparer des maîtres, il put ouvrir son établissement avec sept élèves, le 15 avril 1817, à Hartford. Gallaudet en resta directeur jusqu'en 1830. Des raisons de santé l'obligèrent alors à résigner ses fonctions ; mais il ne cessa de s'intéresser à l'œuvre jusqu'à sa mort, et aida ' toujours de ses conseils maîtres et directeurs.
Il s'occupa aussi d'éducation en général, et publia plusieurs ouvrages pour l'enseignement de l'enfance, entre autres Le premier livre de la Mère. Bien qu'il reconnût en principe l'avantage de l'enseignement mutuel, base du système de Bell et de Lancaster, il combattit l'idée qui s'était répandue en Amérique, de 1820 à 1830, que des moniteurs jeunes et inexpérimentés pouvaient tenir complètement la place du maître. Il fut aussi toujours opposé à l'établissement d'écoles enfantines telles qu'elles étaient comprises et conduites alors. Mais il encouragea la création d'écoles professionnelles, et s'efforça de faire valoir les avantages de l'extension de l'éducation physique dans les institutions de tous les degrés. Il démontra dans ses Lettres d'un père, publiées en 1828, la nécessité de fonder des écoles spéciales pour former des maîtres et des maîtresses, et fit même des cours dans la première école normale d'instituteurs établie aux Etats-Unis en 1 839. Gallaudet prit aussi un grand intérêt au mouvement qui se fit en faveur des high schools de 1826 à 1840, et fut un des premiers à appeler l'attention sur l'éducation des femmes et surtout sur l'avantage de les employer dans l'enseignement.
Gallaudet collabora aux Annales de l'Education et au Joiirnnl des écoles du Connecticut, et publia en 1829 le Manuel de l'instituteur.
Lorsqu'il mourut, il était depuis 1838 aumônier de l'hospiee des aliénés du Connecticut.
Les sourds-muets ses élèves lui ont érigé un monument dans la cour de l'établissement do Hartford.
GAHAT. — V. au Supplément.
GAUD (Département du). — Superficie : 5S36 Kilomètres carrés. Population en 1876 : 428 SOi habitants (au lieu de 429741 en 1860). Densité moyenne-do la population par kilomètre carré : 73 habitants. Quatre arrondissements, formant autant de circonscriptions d'inspection primaire
GARD
GARD
Nîmes, Alais, Uzès, Le Vigan; 40 cantons, 349
Population d'âge scolaire. — En 1872 on comptait dans le Gard 46 999 enfants de 6 à 13 ans (24051 garçons, 22 948 filles), soit 11,2 enfants d'âge scolaire par 100 habitants.
En 1876 on y comptait 47 948 enfants de 6 à 13 ans ('23854 garçons et 23644 filles), soit 11,3 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. A cette date le département du Gard se trouvait ainsi au-dessous de la moyenne générale, qui était pour toute la France de 12,2 enfants d'âge scolaire par IliO habitants.
1 . État de l'instruction publique avant 1789. — Aussi loin qu'on remonte dans notre histoire nationale, dès les temps de la domination romaine, on trouve sur le territoire qui forme aujourd'hui le département du Gard des écoles remarquables.
Un des orateurs les plus célèbres du Ier siècle de 1ère chrétienne, le maître de Quintilien, Domitius Afer, sortait de l'école de Nîmes. On enseignait dans cette école la grammaire, la philosophie, on y étudiait les deux grandes langues du temps, le grec et le latin.
Quand la société antique se trouva transformée à la fois par l'avènement du christianisme et l'invasion des barbares, des écoles se fondèrent à Nîmes dans l'esprit nouveau, et il est facile d'en suivre la succession à travers les âges. Au vu® siècle, une école monastique se rencontre dans la Valsainte, au monastère de Saint-Baudile. Au xmc siècle, un document signale une école capitulaire, placée sous l'autorité d'un chanoine préce nteur ou capiscol, caput scholx. Au xive siècle, l'école est une véritable maîtrise, installée dans les bâtiments mêmes de l'ôvéché par Gaucelme de Deaux. A côté des écoles ecclésiastiques se trouvaient aussi des écoles municipales sous la direction des consuls. En 1367 on voit un clerc des écoles et un pédagogue ou régent. Ce sont évidemment les maîtres placés à la tête des écoles communales. Toutes ces écoles paraissent avoir été de l'ordre primaire.
En même temps existait l'enseignement secondaire et supérieur. Même bien avant le xive siècle, on trouve des écoles publiques de grammaire et de philosophie. Le droit civil et le droit canonique ont des chaires. Au xvie siècle apparaît le collège de Nîmes. Dès 1536, les consuls avaient fait des démarches pour obtenir de François Ier la création d'un collège et université des arts, et en 1539, par des lettres datées de Fontainebleau, ce monarque fit droit à leur demande. Il accordait aux recteurs, aux maîtres, aux écoliers, aux bedeaux et autres officiers et suppôts de cette université les mêmes franchises et privilèges que ceux dont jouissaient les universités de Paris, Poitiers, Toulouse et autres du royaume.
Ce collège prit bientôt un grand accroissement et des professeurs distingués y furent appelés. Il eut la protection spéciale de François Ier et de sa sœur, Marguerite de Navarre. Les troubles de religion entravèrent la prospérité du collège, sans pourtant l'arrêter. L'influence de la Réforme, par suite des événements, y devint prépondérante. Parmi les chefs du collège, à la fin du xvie siècle, on remarque Jean de Serres, de Villeneuve de Berg en Vivarais, de la même famille et de la même ville que le fameux agronome, Olivier de Serres. Jean de Serres, ministre protestant, écrivain fécond, reçut de Henri II le titre d'historiographe de France. Il fut appelé en 1578 par la ville de Nîmes pour être recteur et principal de son collège des arts.
Au commencement du xvn« siècle, après la pacification générale due à Henri IV et consacrée pour le dehors par la paix de Vervins, pour l'in-
térieur par l'édit de Nantes, on voit les jésuites apparaître à Nîmes. Ils veulent ouvrir des écoles publiques, mais le conseil de ville le leur défend (1609). En 1632, sous Richelieu, la chambre de l'édit de Castres ordonne le partage entre les catholiques et les protestants des collèges de Castres, Nîmes et Montauban. Cet arrêt reçut son exécution en 1634, et les jésuites obtinrent la moitié du collège et la régence. Ce fut le 20 janvier 1634 qu'ils entrèrent en possession; ils finirent par rester seuls. Quand au xvme siècle ils furent supprimés, en 1762, la ville de Nîmes pour les remplacer s'adressa aux bénédictins, mais cette négociation n'aboutit pas. La ville alors s'adressa aux pères de la doctrine chrétienne, qui gardèrent le collège jusqu'à la Révolution. Après avoir été école centrale, le collège fut rétabli sous le nom de lycée par décret du 7 mai 1803. Il est aujourd'hui lycée de 2e classe avec 550 élèves.
La ville d'Alais, la seconde du département par son importance, avait comme Nîmes, avant 1789, des établissements remarquables d'instruction secondaire ou primaire. Dès 1604, on trouve à Alais un collège relevant du conseil de ville. Ce collège souffre de la concurrence d'autres maîtres enseignant par la ville. Le conseil, prenant fait et cause pour son collège, défend aux maîtres rivaux d'enseigner. Moins heureux que celui de Nîmes, le collège d'Alais ne put traverser les époques troublées du commencement du xvn* siècle. Il disparut. Le collège actuel date du xvme siècle. Il s'ouvrit en 1733 sous le patronage des évêques. Mais il se distingua bientôt par une circonstance toute particulière. Sous l'épiscopat de M. de Bausset, , si connu comme cardinal et par ses travaux sur Bossuet et Fénelon, le ministre de la marine se trouva être le maréchal de Castries, qui portait le titre de comte d'Alais. Le ministre, pressé par le prélat, dota sa ville comtale d'une école de marine (1786). Dans les considérants de la décision ministérielle on déclarait qu'aucune localité n'était plus appropriée qu'Alais à préparer au service maritime les enfants de la région méridionale. L'école fut installée sur un grand pied. Elle a eu l'honneur de compter comme professeur ou examinateur l'illustre Monge. M. de Villèle, le célèbre ministre de la Restauration, a été un de ses élèves. La Révolution fit passer le collège d'Alais des mains des ecclésiastiques b. celles des laïques. Il put se maintenir jusqu'en 1794. Sous le Directoire, quand les écoles centrales furent organisées, Alais se mit en concurrence avec Nîmes et faillit l'emporter. Le conseil des Cinq Cents lui attribua l'école, mais le conseil des Anciens la donna à Nîmes. Le collège alors resta fermé et fut employé à divers usages. L'enseignement ne fut plus donné de 1794 à 1803 que par quelques maîtres libres. En 1803, une école secondaire communale fut installée dans les bâtiments du collège. Des démarches actives furent même faites, mais sans succès, pour l'érection d'un lycée. A la Restauration, ce fut l'école de marine qu'on prétendit rétablir (1816), mais Angoulême l'emporta : Alais avait eu l'école à cause du comte d'Alais, Angoulême l'eut à cause du duc d'Angoulême. Le collège ne devint que collège communal. De nos jours, en septembre 1867, sous le ministère de M. Duruy, il a revêtu un caractère nouveau et particulier : il est collège d'enseignement secondaire spécial et compte plus de 200 élèves.
Sous le rapport de l'instruction primaire, il faut signaler à Alais, dès 1707, des écoles chrétiennes. Deux frères sont envoyés cette année par le fondateur, l'abbé de La Salle, qui lui-même vint à, Alais et y séjourna quelque temps. Les frères sa maintinrent même jusqu'aux derniers jours de
GARD
GARD
1793. Ils furent alors remplacés par des instituteurs laïques auxquels se mêlèrent des instituteurs libres. En 1820, sous la restauration, les écoles chrétiennes furent rétablies.
La ville de Bagnols présente des souvenirs intéressants sur l'instruction publique avant et depuis 1789. Ces souvenirs se rattachent à celui du prince de Conti, le frère du grand Condé et de Mme de Longueville, si connue pour son rôle dans la Fronde. Dès 1660, le prince de Conti autorise les missionnaires de Saint-Joseph ou joséphites à s'installer à Bagnols. Il parait à Bagnols alors une sorte d'école primaire dirigée par des carmes. La concurrence des joséphites la fit tomber et ceuxci, après une longue prospérité, purent en 1781 bâtir le collège actuel, édifice considérable encore, malgré sa vétusté. Ils l'appelèrent collège de Conti. La Révolution amena en 1790 la dispersion des joséphites. Le collège servit successivement ou à la fois de local pour les réunions politiques, de prison, d'atelier pour la fabrication des sabres et des piques. En 1797, rendu à l'instruction, il devint une école primaire qui fut déclarée secondaire communale en 1807. En 1819, l'établissement reprit le nom de collège. En 1828, on voulut en faire un séminaire et une seconde fois il fut fermé. Enfin il s'est rouvert en 1830 et se maintient depuis en qualité de collège communal. Il compte environ 80 élèves.
L'histoire de l'enseignement primaire dans le département du Gard présente les mêmes traits que partout ailleurs. Dans le passé on aperçoit les nombreux vestiges d'écoles laïques ou congréganistes, et les archives des communes, étudiées avec soin, donnent lieu souvent à de très curieuses et très intéressantes découvertes. Il n'en est pas moins vrai que dans l'immense majorité des villages, l'instruction populaire était tout à fait en souffrance. II suffit de causer avec les vieillards de la génération présente pour avoir l'idée la plus triste de nos écoles avant la loi célèbre de 1833 et l'organisation par M. Guizot de l'enseignement populaire. A voir l'état où, après tant de progrès, sont encore un trop grand nombre d'entre elles, il est trop aisé de juger ce qu'elles devaient être auparavant.
2. Développement de l'instruction primaire depuis 1789 et état actuel. — Nombre des écoles. — Le tableau ci-dessous indique l'accroissement des écoles primaires depuis les dernières années de l'empire, mais surtout depuis la Restauration, premier régime à partir duquel nous possédons des statistiques officielles relatives à ce département, jusqu'à nos jours :
Écoles Écoles T , .
publique» libres 10tal i813 d'après l'almanach de l'université royale 364
1821 d'après l'almanach de l'université impériale 399
1829 d'après la statistique offic"0.. 395
En 1876-77, les 906 écoles du Gard formaient 1371 classes; en 1880-81 les 954 écoles du département forment ensemble 1 513 classes. Il y a donc entre les deux dates augmentation de 48 écoles seulement, mais de 142 classes, ce qui montre que la tâche des maîtres a été allégée par le dédoublement d'une centaine de classes trop nombreuses.
En 1837, sur un total de 700 écoles, on comptait 301 écoles de garçons, 162 écoles mixtes et 237 ccoles spéciales aux filles. En 1876-77, la proporlre Partie.
tion était 322 écoles de garçons, 205 écoles mixtes, 379 écoles de filles. En 1880-81, les chiffres sont : 322 écoles spéciales aux garçons, 212 écoles mixtes, 420 écoles spéciales aux filles.
Situation scolaire des communes. — Sur les 349 communes du département, 342 possédaient (en 1881) au moins une école primaire : 2 étaient réunies à d'autres communes pour l'entretien d'une école : 5 communes en étaient complètement dépourvues. Ce sont les communes de: Puechredon, 50 habitants; Bragassargue, 95 habitants; Liouc, 115 habitants ; Conqueyrac, 121 habitants ; Fressac, 111 habitants, toutes dans l'arrondissement du Vigan. 11 communes de 500 habitants et au-dessus ne possédaient pas d'écoles publiques de filles, savoir 8 dans l'arrondissement d'Alais et 3 dans celui d'Uzès.
Division des écoles publiques et litres en écoles laïques et écoles congréganistes.
Écoles
laïques de filles
Écoles congréganistes de garçons def)U
garçons
Total
Ot
mixtes
ou mixtes
Les 417 écoles laïques de garçons ou mixtes se divisent en 390 écoles publiques et 27 écoles libres, les 117 écoles congréganistes de garçons ou mixtes se divisent en 90 écoles publiques et 27 écoles libres : on voit par ces chiffres que les congréganistes n'occupent guère que 18 à 19 p. 1U0 des écoles publiques de garçons ou mixtes. Mais comme ces écoles sont généralement situées dans les localités les plus importantes, ie nombre de leurs élèves, 7 965, représente 31,6 p. 100 de la population totale de ces deux catégories d'écoles. Les laïques n'ont la majorité dans les écoles de filles du Gard que grâce à l'appoint que leur fournit l'enseignement libre. En effet, sur 215 écoles laïques de filles, il n'y en a que 131 publiques, tandis qu'on en trouve 143 dans les 205 écoles congréganistes. De même que pour les écoles de garçons ou mixtes, et pour les mêmes causes, la proportion des élèves des écoles de filles congréganistes dépasse la proportion du nombre de leurs écoles. Les écoles de filles congréganistes représentent 52 p. 100 des écoles publiques de filles, le nombre de leurs élèves représente 62 p. 100 de la population de ces écoles.
Ce qui a nui beaucoup jusqu'à ce jour à la prospérité des écoles laïques dans le Gard, c'est leur division en catholiques et protestantes. Là où la population aurait été suffisante à la prospérité d'une bonne école mixte quant au culte, deux écoles confessionnelles végètent, o II y a toujours en moyenne trois écoles par commune », dit l'inspecteur d'académie du Gard dans son rapport au Conseil général (session d'août 1881). La loi du 28 mars 1882, en supprimant l'enseignement religieux dans les écoles publiques, modifiera sans doute cet état de choses, que les états de situation de 1881 nous présentent de la façon suivante:
Division des écoles sous le rapport des cultes.
Arrondissement de Nîmes.
mixtes publiq. : cathol. 91, protest. 55, quant au culte 39 libres : — 32, — 35, — »
Ecoles
Arrondissement d'Alais.
■ , ( publiques: caihol. 124, protest. 87, mixt tcoles ) libres: — 47, — 31, —
tes
GARD
GARD
le. les
Arrondissement d*l
publiques: cathol. 157, protesl. 23, mixte* 17 libres: — 14, — 4, — »
Arrondissement du Vigan.
x , {publiques: catliol. 71, protest. 40, mixtes 50 Ecoles I libres1: - H, - M, - *
Nombre total d'élèves, et nombre de* élèves gratuits dans les écoles primaires de toute nature.
1832 'année civile;