‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 2)Chapitre 499 sur 547 · GIRARD (LE PÈRE) — 1182 — GIRAULT-DUVIVIER · texte numérisé non relu

GIRARD (LE PÈRE) — 1182 — GIRAULT-DUVIVIER

sin, la croix de chevalier de la Légion d'honneur avait été décernée au Père Girard. En 1844, quand parut à Paris son livre sur V Enseignement régulier de la tangue maternelle, qui devait servir d'introduction au Cours éducatif et pratique destiné à l'enseignement élémentaire, l'Académie française, sur le rapport de son secrétaire perpétuel M. Villemain, accorda à ce volume préliminaire, qui offrait comme la philosophie de ce grand ouvrage, et une sorte de pédagogie populaire et chrétienne, le prix Monthyon de 6 000 francs. Au commencement de l'année suivante, une distinction nouvelle était accordée au P. Girard, nommé membre correspondant de l'Institut par l'Académie des sciences morales et politiques. Pendant ce temps, la publication des volumes dont se compose la partie pratique du Cours éducatif de langue maternelle allait son train, grâce aux soins de MM. Rapet*et Micher,qui avaient bien voulu se charger de l'approprier aux écoles françaises. Le dernier parut en 1846, à la veille de l'orage qui précéda et accompagna la chute du Sonderbund en Suisse et la révolution de Février en France.

Quoique la politique ne fût pas son affaire, le Père Girard avait vu venir la tempête et avait même essayé de la conjurer en arrachant à un haut magistrat de son canton, l'avoyer Déglise, la promesse formelle de se prononcer contre le Sonderbund. Mais le lendemain, cédant à des suggestions d'une nature moins désintéressée, ce haut magistrat ne tint pas sa parole, et le patriotique vieillard eut alors la douleur de voir s'abattre sur son pays les désastres de 1847, puis les proscriptions et les confiscations dont le régime précédent avait légué le triste exemple au radicalisme. « C'est là la justice des révolutions, dont Dieu veuille préserver tous les peuples de la terre, » disait le Père Girard dans sa réponse à ses admirateurs toscans, qui avaient cru devoir le féliciter de la chute du régime du Sonderbund et de l'expulsion des jésuites.

Quoique également hostile à tous les extrêmes, et bien qu'il lui eût été facile de se retrancher derrière son grand âge, le Père Girard ne crut pas devoir refuser ses services au gouvernement radical dans l'organisation de l'instruction publique. Il accepta même l'honneur de présider la commission chargée d'élaborer une nouvelle loi sur la matière. Mais il chercha en vain à maintenir le collège et le lycée de Fribourg sur leurs bases traditionnelles, en opposition au projet d'école cantonale plus approprié aux circonstances et aux besoins du temps et qui pour ces motifs fut adopté par le Grand Conseil.

Après la publication du dernier volume de son Cours de langue, que le Père Girard appelait « l'idéal de sa vie, le vœu de son cœur, sa dette sacrée envers la jeunesse, » l'illustre cordelier pouvait considérer sa carrière terrestre comme terminée et dire avec Siméon : « Seigneur, laisse aller en paix ton serviteur. » Sa forte constitution, quoique déjà ébranlée par un rhumatisme goutteux qui l'avait fait beaucoup souffrir, lutta longtemps contre le mal qui paralysa ses membres pondant les deux dernières années de sa vie et voila même un instant sa belle intelligence. Il recouvra sa lucidité au dernier moment, et reprit assez de force pour réunir ses confrères autour de son lit de douleur et prendre congé d'eux par quelques paroles pieuses, prononcées dans cette langue latine qu'il avait toujours aimée et qu'il écrivait avecune concision et une pureté à rendrejaloux les latinistes de son ordre à Rome. Il expira le 6 mars 1850, à huit heures et demie du matin.

Une heure après, le Grand Conseil fribourgeois, qui était réuni ce jour-là, décrétait que le Père Girard avaii bien mérité do la patrie et que son portrait serait placé dans toutes les écoles. On

décida plus tard qu'une statue lui serait élevée par souscription sur la principale place de la ville. Cette statue, due au ciseau de Volmar, de Berne, a été inaugurée solennellement le 23 juillet 1860.

[Alexandre Daguet.J

V. à l'article Grammaire une appréciation du Cours éducatif de langue maternelle.

GIRAUD (Charles-Joseph-Barthélemy). — Jurisconsulte français, né à Pernes (Vaucluse) le 20 février 1802, mort à Paris le 13 juillet 1881. Nommé en 1830 professeur suppléant à la Faculté de droit d'Aix, et en 1835 professeur titulaire de droit administratif à la même faculté, il devint en 1842 inspecteur général du droit, et membre de l'Académie des sciences morales et politiques ; à partir de 1845, il fit partie du Conseil royal de l'Université. En janvier 1848, il avait accepté les fonctions de vice-recteur de Paris : il donna sa démission le 25 février, au lendemain de la proclamation de la République. Lorsque M. de Parieu quitta le ministère de l'instruction publique, ce fut M. Giraud qui lui succéda (24 janvier 1 851) . Il ne garda son portefeuille que trois mois à peine, et se retira le 10 avril pour être remplacé par M. de Crouseilhes. A la retraite de celui-ci, il redevint ministre (26 octobre), mais pour quelques semaines seulement : les événements du 2 décembre l'obligèrent à se retirer de nouveau. Il accepta toutefois de faire partie de la Commission consultative, au lendemain du coup d'Etat, et fut compris dans la première composition du Conseil d'Etat. N'ayant pu se résoudre à donner son ap. probation à la confiscation des biens de la famille d'Orléans, il quitta le Conseil d'Etat en août 1852, pour rentrer dans l'enseignement. Il occupa d'abord une chaire de droit romain à la faculté de Paris, qu'il échangea quelques années plus tard pour la chaire de droit des gens. Il fut nommé en outre inspcteur général de l'enseignement supérieur, ordre des lettres, puis inspecteur général du droit. En mars 1852, il avait été appelé par M. Fortoul à faire partie du Conseil supérieur de l'instruction publique, et il resta jusqu'à sa mort un des membres les plus actifs et les plus éminents de cette assemblée. Voici en quels termes M.Jules Ferry appréciait le rôle de M. Giraud au Conseil supérieur depuis sa réorganisation en 1880 : « M. Giraud était un homme de 1830 : c'est dire qu'il fut un libre esprit, un libéral, un universitaire. Universitaire, il le fut en quelque sorte par essence. Sa vie s'est en réalité confondue avec l'existence et les vicissitudes de l'Université elle-, même pendant cinquante ans. Quand la reconstitution du Conseil supérieur eut assuré l'émancipation de ce grand corps et rendu l'Université aux universitaires, M. Giraud reconnut sans peine et salua avec joie l'Université d'autrefois, celle que sa jeunesse avait, de 1830 à 1850, aimée et servie. Elu par l'Académie des sciences morales et politiques, il vint siéger dans cette haute assemblée. Vous savez quelles lumières, quels trésors d'expérience il y apporta, quel esprit conciliant et ferme, aimable et solide, avec ces fortes traditions de légiste qui faisaient de lui un défenseur éloquent et convaincu des droits de l'Etat. »

M. Giraud a laissé de nombreux ouvrages de droit, d'histoire et de littérature.

G 1RAULT-DU VIVIER (Charles-Pierre).— Grammairien français, né à Paris le 13 juillet 1765, mort le 11 mars 1832. Girault-Duvivier avait exercé d'abord la profession d'avocat ; ruiné par la Révolution, il entra dans une maison de banque, dont il devint l'associé. Le soin de l'éducation de ses filles le conduisit à s'occuper de questions grammaticales, et après avoir employé plusieurs années à amasser les matériaux nécessaires, il publia sa célèbre Grammaire des grammaires, ou analyse raisonnée des meilleurs fraités

GIRONDE

sur la grammaire française: Paris, 1811, 2 vol. in-folio. Cet ouvrage eut beaucoup de succès, et reçut l'approbation de 1* Académie, ainsi que le Traité sur les participes, publié en 1815.

Girault-Duvivicr n'est pas un novateur ; il s'honore au contraire de rester fidèle à la tradition, o En composant cet ouvrage, dit-il dans sa préface, je n'ai pas eu la présomption d'établir des principes nouveaux, ni de vouloir infirmer de mon autorité ceux qui ont été posés, soit par les anciens grammairiens, soit par les nombreux philologues modernes qui ont enfanté et enfantent tous les jours de nouvelles méthodes, de nouveaux systèmes ; je me suis renfermé dans un rôle plus modeste: j'ai cherché à réunir en un seul corps d'ouvrage tout ce qui a été dit par les meilleurs grammairiens et par l'Académie, sur les questions les plus délicates de la langue française. J'ai indiqué avec une scrupuleuse exactitude les sources où j'ai puisé ; j'ai mis en parallèle les opinions des différents auteurs, mais j'ai laissé aux lecteurs le droit de se ranger à tel ou tel avis, lorsque la question restait indécise ou que la solution n'en était ni indiquée par l'analogie ni donnée par l'usage le plus généralement adopté.

» J'ai cru devoir adopter, ajoute-t-il, la marche suivie par les anciens grammairiens, soit pour les grandes divisions de la grammaire et de la syntaxe, soit pour les dénominations données aux différentes parties du discours, aux différents temps des verbes. Je n'ai point voulu créer, je n'ai point eu l'intention d'être auteur, j'ai donc dû me servir des termes les plus généralement employés et les plus usités. J'ai laissé aux idéologues et aux métaphysiciens le soin de démontrer ce qu'ils trouvent de vicieux ou de faux dans les anciens termes, et la gloire d'en proposer de nouveaux ; j'ai suivi les sentiers battus par les anciens maîtres, bien sûr de ne pas m'égarer et de n'égarer personne avec moi sur leurs traces. »

La Grammaire des grammaires n'est pas un livre qui puisse être utilisé dans l'enseignement primaire; mais elle demeure un répertoire utile à consulter pour la solution de certaines difficultés grammaticales.

GIROD (de l'Ain). — V. au Supplément.

GIRONDE (Département de la). — Le premier département de la France par l'étendue de sa superficie, qui est de 9 740 kilomètres carrés, et le cinquième par sa population, qui était en 1870 de 73S 242 habitants. En 1866 la population était de 701 855 : l'accroissement pendant la période décennale 1866-1876 a été de 3J 387 habitants, soit 4,5 0/0.

Densité moyenne de la population par kilomètre carré en 1876 : 75 habitants.

Six arrondissements, formant six circonscriptions d'inspection primaire : l'arrondissement de Bordeaux est divisé en deux circonscriptions, dont l'une comprend la ville, l'autre la partie rurale ; les arrondissements de Bazas, Libourne et la Béole ont chacun un inspecteur, ceux de Blaye et Lesparre sont réunis en une seule circonscription d'inspection primaire. Il y a dans le département 48 cantons et 552 communes.

Population d'âge scolaire. — En 1812 on comptait dans la Gironde 75 048 enfants de 6 à 13 ans (35 706 garçons, 30 342 filles), soit 10,7 enfants d'âge scolaire par 100 habitants.

En 1876 on y comptait 77 286 enfants de 6 à 13 ans (39 058 garçons et 32 228 filles), soit 10,5 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. A cette date le département de la Gironde se trouvait, ainsi au-dessous de la moyenne générale, qui était pour toute la France de 12,2 enfants d'âge scolaire par 100 habitants.

1. État de l'instruction primaire avant 17S0. — V. Guyenne et Gascogne.

2. Développement de linstruction primaire depuis 1789 et état actuel. — Nombre des écoles.

— Le taDleau ci-dessous indique 1 accroissement des écoles primaires depuis les dernières années de l'Empire, mais surtout depuis la Restauration, j premier régime à partir duquel nous possédions : des indications statistiques officielles relatives à ce département, jusqu'à nos jours':

Écoles École» To«.t publiques libres 18*13 (d'après l'almanacli de l'université impériale) 309

1821 (d'après l'almanach de l'université rovale) 356

1829 (d'apr. la statistique ofûc11»).. 453

On remarquera que, en 1834, le nombre des écoles libres était de beaucoup supérieur à celui des écoles publiques, et qu'en 1850 les écoles publiques avaient à peine pris le dessus. Mais cette supériorité n'existait que du côté des écoles et point du côté des élèves, car dès 1834 on trouvait dans les écoles publiques 20 135 élèves contre 14 887 dans les écoles libres, et en 1850 27 191 élèves dans les écoles publiques et 17 163 seulement dans les écoles libres.

En 1837, sur un total de 880 écoles, on comptait 243 écoles de garçons, 312 écoles mixtes et 325 écoles spéciales aux filles. En 1876-77, la proportion était 414 écoles de garçons, 11/ écoles mixtes, 603 écoles de filles. En 1880-81, les chiffres sont : 451 écoles spéciales aux garçons, 621 écoles spéciales aux filles, et 120 écoles mixtes. L'ensemble des écoles de garçons et mixtes n'égale pas le nombre des écoles spéciales aux filles, et cependant ces dernières n'existent pas partout où la loi de 1867 les prescrit, comme on le verra ci-dessous.

Sur les 552 communes du département, 451 possédaient (en 1881) au moins une école primaire ; 10;) communes étaient réunies légalement à d'autres communes pour l'entretien d'une école; une seule commune n'en possédait pas (Tizac de Galgon, arrondissement de Libourne, population de 409 habitants).

Trente-deux communes de 500 habitants et audessus étaient dépourvues d'une école publique de filles, savoir : 4 dans l'arrondissement de Bordeaux, 6 dans celui de Bazas, 7 dans celui de Lesparre, 5 dans celui de Blaye, 4 dans celui de la Réole, et 6 dans celui de Libourne.

Division des écoles publiques et libi'es en écoles laïques et écoles congréganistes.

Écoles laïques Écoles congréganistes

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