LÉGISLATION
France. — Le rapport présenté à la Constituante par Talleyrand ne prescrit d'autre enseignement de l'histoire, pour les élèves de l'école primaire, que « des exemples d'actions vertueuses qui les toucheront de plus près; avec le nom de citoyen vertueux on citera celui du pays qui l'a vu naître. » L'instituteur doit leur faire connaître en outre oc les principes de la Constitution. » L'enseignement historique proprement dit est réservé aux élèves des écoles de district : « on offrira à leur mémoire l'histoire des peuples libres, Thistoire de France , ou plutôt des Français, quand il en existera une. » Cet enseignement doit être distribué de la manière suivante entre les trois cours, de deux années chacun, que comportent ces écoles : « Dans le cours de grammaire, on enseignera aux enfants l'histoire sacrée, la mythologie. On leur fera apprendre par cœur la Déclaration des droits de l'homme ; la morale sera mise en action par le développement des faits historiques, par l'application des droits de l'homme. Dans le cours d'humanités, les jeunes élèves étudieront la Constitution. Tous apprendront l'acte constitutionnel dans l'espace de deux ans. Ils étudieront l'histoire grecque et romaine. Dans le cours de rhétorique et logique réunies, on enseignera les époques principales de l'histoire de France. On s'attachera à faire connaître surtout les révolutions arrivées dans le gouvernement du .peuple français. On fera comparer les principes des gouvernements anciens avec la Constitution française ; on fera aussi l'application des principes de la morale à la Constitution, a
Condorcet ne donne aucune place à l'histoire, ni dans les écoles primaires, ni dans les écoles secondaires. Il se contente de demander que l'instituteur « forme les jeunes "gens aux vertus civiques et morales» ; dans les écoles secondaires, a on donnera des développements sur les points les plus importants de la morale et de la science sociale, avec l'explication des principales lois. » Les études historiques ne figurent que dans le programme des instituts : il y aura, dans la classe des « sciences morales et politiques», un professeur « de géographie et d'histoire philosophique des peuples. »
Dans le plan de Romme, qui divise les écoles nationales en trois degrés, il y a un enseignement historique spécial à chaque degré : pour les premières écoles, « Traits et anecdotes de la Révolution » ; pour les secondes écoles, « Notions historiques de la Révolution » ; pour les troisièmes écoles, « Histoire morale, politique, industrielle, commerciale des peuples, pour perfectionner notre industrie et nos ressources par leurs arts. » La liste des livres élémentaires dont la rédaction fut mise au concours par le Comité d'instruction publique ne contient pas de manuel historique. Mais ce Comité avait entrepris lui-même la rédaction d'un Recueil des traits de vertu civique ou Recueil des belles actions, qui devait servir de livre de lecture dans les écoles primaires, et qui fut publié sous la forme d'un journal.
Le décret du 27 brumaire an III prescrit d'en-
seigner aux élèves des écoles primaires « les éléments de la géographie et de l'histoire des peuples libres. On fera apprendre le recueil des actions héroïques et des chants de triomphe. »
Avec la loi du 3 brumaire an IV, l'histoire disparaît du programme de l'école primaire pour n'y rentrer qu'en 1833.
Il sera intéressant de citer à ce sujet l'opinion de Volney, s'adressant en ventôse an III aux élèves de l'école normale, auxquels il avait été chargé de faire un cours sur la science historique :
or J'ai déjà indiqué, dit-il, que sous aucun rapport l'étude de l'histoire ne me paraissait convenir aux enfants, parce que les faits dont elle se compose exigent une expérience déjà acquise et une maturité de jugement incompatible avec leur âge; que par conséquent elle devait être bannie des écoles primaires, avec d'autant plus de raison que la très grande majorité des citoyens y est destinée aux métiers et aux arts, dont elle doit tirer sa subsistance, et dont la pratique, absorbant tout son temps, lui fera oublier et lui rendra nécessairement inutile toute notion pure* ment savante et spéculative : j'ajoute qu'obligée de croire sur parole et sur autorité magistrale, elle y pourrait contracter des erreurs et des préjugés dont l'influence s'étendrait sur toute la vie. Ce qu'on peut se permettre d'histoire avec les enfants, et j'étends ce nom à tous les hommes simples et sans instruction, doit se réduire à la morale, c'est-à-dire aux préceptes de conduite à leur usage ; et, parce que ces préceptes, tirés des faits et des exemples, deviennent plus saillants, l'on peut se permettre d'employer des anecdotes et des récits d'actions vertueuses, surtout si l'on en use sobrement. »
Si nous passons à la loi de 1833, nous voyons que l'histoire n'y figure pas encore parmi les matières de l'instruction primaire élémentaire, mais seulement parmi celles de l'instruction primaire supérieure, qui doit comprendre nécessairement « les éléments de l'histoire et de la géographie, et surtout de l'histoire et de la géographie de France. » Un programme détaillé pour l'enseignement de l'histoire générale et de l'histoire nationale dans les écoles normales fut élaboré en 1838 par le Conseil royal : il laissait peu de choses à désirer, sauf que l'histoire contemporaine en était exclue.
La loi de 1860 n'osa pas rayer complètement l'histoire des programmes : elle se contenta de la reléguer, ainsi que la géographie, dans les matières simplement facultatives. La loi du 10 avril 1867, réparant cette mesure rétrograde, ordonna que « les éléments de l'histoire et de la géographie de la France seraient ajoutés aux matières obligatoires de l'enseignement primaire. » Enfin, la loi du 28 mars 1882, énumérant les branches d'enseignement qui constituent l'enseignement primaire, y place « l'histoire, particulièrement celle de la France jusqu'à nos jours. »
Les programmes de l'enseignement de l'histoire dans les écoles primaires publiques et dans les écoles normales ont été fixés par les arrêtés du 22 juillet 1882 et du 3 août 1881. Nous les donnons ci-dessous, n'ayant pu les donner à leur place dans la IIe Partie :
Ecoles primaires.
CLASSE EKFANTINE.
Anecdotes, récits, biographies tirés de l'histoire nationale. Explications d'images.
COURS ÉLÉMENTAIRE
Récits et entretiens familiers sur les plus grands personnages et les faits principaux de
HISTOIRE
HISTOIRE
l'histoire nationale, jusqu'au commencement de ' la guerre de Cent ans.
COURS MOYEN
Cours élémentaire d'histoire de France, insistant exclusivement sur les faits essentiels depuis la guerre de Cent ans.
Exemple de répartition trimestrielle.
1" trimestre de 1328 à 1610.
2° — de 1610 à 1789.
3e — de 1789 à nos jours.
4* — Hevision.
COURS SUPÉRIEUR
Notions très sommaires d'histoire générale pour l'antiquité, l'Egypte, les Juifs, la Grèce, Rome ; pour le moyen âge et les temps modernes, grands événements étudiés surtout dans leurs rapports avec l'histoire de France.
Révision méthodique de l'histoire de France ; étude plus approfondie de la période moderne.
Ecoles normales.