‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 108 sur 534 · LE VIEUX SERGENT · texte numérisé non relu

LE VIEUX SERGENT

Près du rouet de sa fille chérie,

Le vieux sergent se distrait de ses maux.

Et, d'une main que la balle a meurtrie,

Berce en riant deux petits-fils jumeaux.

Assis tranquille au seuil du toit champêtre,

Son seul refuge après tant de combats,

Il dit parfois : « Ce n'est pas tout de naître ;

Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

Mais qu'entend-il ! le tambour qui résonne ;

Il voit au loin passer un bataillon ;

Le sang remonte à son front qui grisonne ;

Le vieux coursier a senti l'aiguillon.

Hélas! soudain tristement il s'écrie :

« C'est un drapeau que je ne connais pas.

Ah ! si jamais vous vengez la patrie,

Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »

» Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,

Aux bords du Rhin, à Jemmapes, ù Fleurus

Ces paysans, fils delà République,

Sur la frontière à sa voix accourus.

Pieds nus, sans pain, sourds aux lâches alarmes,

Tous à la gloire allaient d'un même pas.

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Le Rhin lui seul peut retremper nos armes. Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas 1

» De quel éclat brillaient dans la bataille Ces habits bleus par la victoire usésl La Liberté mêlait à la mitraille Des fers rompus et des sceptres brisés. Les nations, reines par nos conquêtes, Ceignaient de fleurs le front de nos soldats. Heureux celui qui mourut dans ces fêtes! Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas!

» Tant de vertu trop tôt fut obscurcie :

Pour s'anoblir nos chefs sortent des rangs ;

Par la cartouche encor toute noircie,

Leur bouche est prête à flatter les tyrans.

LaLiberté déserte avec ses armes.

D'un trône à l'autre ils vont offrir leurs bras;

A notre gloire on mesure nos larmes.

Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas ! »

Sa fille alors, interrompant sa plainte,

Tout en filant, lui chante à demi-voix

Ces airs proscrits qui. les frappant de crainte,

Ont en sursaut réveillé tous les rois.

« Peuple, à ton tour, que ces chants te réveillent :

Il en est temps ! » dit-il aussi tout bas.

Puis il répète à ses fils qui sommeillent :

«Dieu, mesenfants, vous donne un beau trépas !»

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