‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 114 sur 534 · A C.N GRAVE ÉCOLIER · texte numérisé non relu

A C.N GRAVE ÉCOLIER

Monsieur l'écolier sérieux, Vous m'aimez encor, je l'espère !

Levez un moment vos grands yeux ; Fermons ce gros livre ennuyeux, Et souriez à votre père.

Il est beau d'être un raisonneur, De tout lire et de tout entendre, De remporter les prix d'honneur !. . .

C'est, je crois, un plus grand bonheur D'être un enfant aimable et tendre.

Lorsqu'on a fait tout son devoir, Que la main est lasse d'écrire, Quand le père est rentré le soir, Avec les sœurs, il faut savoir Jouer, causer... même un peu rire.

LYRIQUE (GENRE

Vous verrez chez les vieux auteurs, Expliqués au long dans vos classes, Que la muse, à ses sectateurs, Ordonne, en quittant les hauteurs, D'aller sacrifier aux Grâces.

Autres temps, autres conseillers!

Dans le savant siècle où nous sommes,

On voit déjà les écoliers

Avec l'algèbre familiers,

Aussi maussades que les hommes.

Chez moi, qu'il n'en soit pas ainsi:

Contre les pédants je réclame;

Je suis poète, dieu merci !

Et j'ai pour principal souci,

Mes enfants, de vous faire une âme.

Avant de savoir l'allemand, La physique et le latin même, Aimez! c'est le commencement; Aimez sans honte et vaillamment, Aimez tous ceux qu'il faut qu'on aime !

Mais il est trop peu généreux D'aimer tout bas et bouche close.

A ceux que l'on veut rendre heureux, Des souhaits que l'on fait pour eux Il faut dire au moins quelque chose.

Les vrais bons cœurs sont transparents; On y voit toutes leurs tendresses.

Ah ! chers petits indifférents, Gâtez un peu vos vieux parents ; Leur bonheur est dans vos caresses !

C'est beaucoup d'avoir la bonté:

Montrez-la bien, qu'on en jouisse !

Il faut que, dès avant l'été, En fleurs de grâce et de gaîté Votre bon cœur s'épanouisse.

Voyez ! dans le meilleur terrain, Parmi les blés hauts et superbes, C'est Dieu qui mêle de sa main Le bluet d'azur au bon grain, Le pavot rouge à l'or des gerbes.

Vous, ainsi, savants, mais joyeux, Charmez la maison paternelle :

Quand on a le sourire aux yeux, A la lèvre un mot gracieux, La vertu même en est plus belle.

Victor de Laprade.

Midi, roi des étés, épandu sur la plaine, Tombe en nappe d'argent des hauteurs du ciel bleu. Tout se tait. L'air flamboie et brûle sans haleine : La terre est assoupie en sa robe de feu.

L'étendue est immense et les champs n'ont point

[d'ombre.

Et la source est tarie où buvaient les troupeaux ; La lointaine forêt, dont la lisière est sombre, Dort là-bas, immobile, en un pesant repos.

Seuls, les grands blés mûris, tels qu'une mer dorée, Se déroulent au loin, dédaigneux du sommeil : Pacifiques enfants de la terre sacrée, Ils épuisent sans peur la coupe du soleil.

Parfois, comme un soupir de leur âme brûlante, Du sein des épis lourds qui murmurent entre eux, Une ondulation majestueuse et lente S'éveille, et va mourir à l'horizon poudreux.

Non loin, quelques bœufs blancs, couchés parmi

[les herbes, Bavent avec lenteur sur leurs fanons épais, Et suivent de leurs yeux languissants et superbes Le songe intérieur qu'ils n'achèvent jamais.

1245 — LYRIQUE (GENRE

Homme, si, le cœur plein de joie ou d'amertume, Tu passais vers midi dans les chnmps radieux, . Fuis ! la nature est vide et le soleil consume : I Rien n'est vivant ici, rien n'est triste ou joyeux.

Mais si, désabusé des larmes et du rire, Altéré de l'oubli de ce monde agité, Tu veux, ne sachant plus pardonner ou maudire, Goûter une suprême et morne volupté,

Viens, le soleil te parle en lumières sublimes; Dans sa flamme implacable absorbe-toi sans fin ; Et retourne, à pas lents, vers les cités infimes, Le cœur trempé sept fois dans le néant divin. Leco.nte de Lisle.

le vase brisé.

Le vase où meurt cette verveine D'un coup d'éventail fut fêlé.

Le coup dut effleurer à peine, Aucun bruit ne l'a révélé.

Mais la légère meurtrissure, Mordant le cristal chaque jour, D'une marche invisible et sûre En a fait lentement le tour.

Son eau fraîche a fui goutte à goutte, ' Le suc des fleurs s'est épuisé.

Personne encore ne s'en doute; N'y touchez pas, il est brisé !

Souvent aussi la main qu'on aime, Effleurant le cœur, le meurtrit ; Puis le cœur se fend de lui-même,] La fleur de son amour périt.

Toujours intact aux yeux du monde, Il sent croître et pleurer tout bas Sa blessure fine et profonde; Il est brisé, n'y touchez pas !

Sully-Prud'homme (Stunces et poèmes).

La petite chaise.

Ils avaient perdu leur enfant.

Je fus les voir : du pauvre père Je serrai la main en pleurant, Sans oser regarder la mère.

Et lorsque je pus lui parler, Tandis qu'il cachait son visage :

« Je ne viens pas vous consoler, Mais reprenez un peu courage ;

Vers Dieu l'ange a pris son essor.

— Oui, me dit-il ; mais, triste chose ! Notre ange, avant-hier encor, Jouait, souriait, était rose ;

Et maintenant, fit-il plus bas, Il est froid sous la terre humide...

L'herbe pousse déjà là-bas...

Et la petite chaise est vide. »

Louis Ratisbonse.

La lettre.

Sonnet.

La lettre qui m'arrive est de noir entourée : Elle annonce la mort, et j'hésite à l'ouvrir. Mon âme n'est jamais tranquille et rassurée A cette voix qui dit: « Quelqu'un vient de mourir ! »

Ami, vieillard, enfant, fille ou femme adorée, Quel est le corps glacé qu'un marbre va couvrir"^ Sous quel toit la douleur est-elle encor entrée? Qui va porter le deuil, et quels cœurs vont souffrir Je devrais le savoir ! mais l'heure est trop remplie. De délais en délais, l'âme en soi se replie : On remettait hier, on oublie aujourd'hui.

A l'ami de vingt ans on ajourne un sourire, Et la lettre de mort un matin vient vous dire : «Vous ne le verrez plus jamais!... l'nezpour lui I » Eugène Manuel.

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