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V. Okdhes satellites, broyeurs ou SUCEURS

Il y a quelques ordres dégradés, qui ne comptent que peu d'espèces. Les Anoploures ou Épizoïques, auxquels les Diptères pupipares font un passage, n'ont pas de métamorphoses, et sont toujours privés d'ailes.

Ils comprennent les Poux, qui sont suceurs, et vivent surtout sur les mammifères, et les Ricins, munis de pièces buccales broyeuses, et passant leur vie sur les oiseaux. L'homme peut être atteint par plusieurs poux ; celui de la tête, collant aux cheveux ses œufs allongés, nommés lentes, est fréquent chez les enfants. Les instituteurs devront exiger des parents les soins de propreté nécessaires, et au besoin faire couper les cheveux ras et enduire la tête de l'enfant d'axonge ou d'onguent gris. Un Rici?i infeste les poules dans les poulaillers et s'attache souvent aux bras des femmes qui plument les volailles, mais se détache bientôt.

Les Suceurs ou Puces sont constitués par des insectes qui ont la bouche conformée comme celle des punaises ; deux écailles sur les côtés de la puce représentent des ailes rudimentaires. Les puces ont des métamorphoses complètes; leurs larves sont des vers blancs allongés, sans pattes, ayant sur la tête un tubercule corné, qui leur sert à fendre la coque de l'œuf, comme celui qui se trouve sur le bec des jeunes oiseaux à l'éclosion. Ces larves vivent dans la poussière, les détritus

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divers, rongeant le sang desséché et d'autres matières azotées; elles tombent en grand nombre quand on peigne les longs poils des chats angoras. Ces larves se filent de petites coques de soie, où elles deviennent nymphes. La Puce irritante est propre à l'homme, et pique surtout la peau délicate des femmes et des enfants ; les puces des mammifères et de quelques oiseaux offrent de légères différences spécifiques; celles du chien et du chat peuvent piquer l'homme, mais moins fortement que la Puce irritante, et le quittent volontiers.

Les Thysanoptères ou Thrips sont de petits insectes, presque linéaires, volant sur les fleurs de beaucoup de plantes, dans lesquelles vivent leurs larves rougeâtres ; ils n'ont que des métamorphoses incomplètes. Les pièces de la bouche sontbroyeuses, avec des mandibules très allongées. Il y a quelques espèces très nuisibles aux céréales, au lin, aux plantes de serre, rongeant les organes floraux et parfois les feuilles.

Les Thysanoures, privés d'ailes et sans métamorphoses, sont des insectes broyeurs, les uns sauteurs, les autres coureurs. Nous citerons seulement parmi ces derniers les Lépismes, dont une espèce, le Lépisme du sucre, est fort nuisible. C'est un insecte gris et plat, couvert d'écaillés argentées qui restent aux doigts, ce qui le fait appeler petit poisson d'argent. Il court vivement dans les armoires humides et les garde-manger, rongeant le sucre, les matières sèches, pain, biscuit, etc., les linges empesés à l'amidon. On doit écraser ce lépisme quand on le rencontre.

Bibliographie. — Les instituteurs ont intérêt à connaître les travaux publiés en Franee spécialement sur les insectes utiles et nuisibles. Voici les principaux : Goureau, Le» Insectes nuisibles aux arbres fruitiers, aux céréales, uuc plantes potagères et fourragères, aux forêts et aux arbres d'avenue, à l'homme et aux animaux domestiques, 3 vol. et 2 suppl., Paris, Victor Masson et fils, 1851 a 1807. — Géhin, Notes pour servir à l'histoire des insectes nuisibles à l'agriculture, à P horticulture et à la sylviculture, Metz, 5 brochures, 1856 à 1860. — Menault, les Insectes considères comm-. nuisibles à V agriculture ; moyens de les combattre, Paris, Fuine, Jouvet et C'*, 1866. — Dr Boisduval , Essai sur l'entomologie horticole, ParU, Donnant!, 1867. — H. Miot, les Insectes auxiliaires et les insectes utiles, Paris, librairie agricole, 26, rue Jacob, 1870. — J. Lichlcnstein, Manuel d'entomologie à l'usage des horticulteurs du midi de la France, Montpellier, librairie centrale du Midi, 1872. — V. Rendu, Les Insectes nuisibles à l'agriculture, aux jardins et aux forêts de la France, Paris, Hachette et O, 1876. — Maurice Girard, Les Métamorphoses des insectes, 5e éd., Paris, Hachette et C'*, 1879; Catalogue raisonné des animaux utiles et nuisibles de la France, publié sons les auspices du Ministère de l'Instruction publique, 2 fasc, 2« éd., Paris, Hachette et C'*, 1879. — Une publication mensuelle d'entomologie appliquée, à l'usage des instituteurs, est le Bulletin a'insectologie agricole, 3 fr. par an, Paris, 67, rue Monge, chez M. Hamet, secrétaire de la Société d'agriculture et d'insectologie.

[Maurice Girard.]

INSECTIVORES. — Zoologie, VII. — D'une manière générale, le nom d'Insectivores convient à tous les animaux qui se nourrissent d'insectes ; mais, dans un sens particulier, il a été appliqué à un ordre de mammifères qui se rapprochent à certains égards des chauves-souris ou Chiroptères, tout en différant de ces derniers par la conformation des membres. Chez les Insectivores, en effet, les pattes antérieures ne sont pas transformées en ailes ; elles ressemblent par leur structure aux pattes postérieures et se terminent, comme cellesci, par des doigts, de longueur médiocre, munis d'ongles plus ou moins robustes. En un mot, les Insectivores sont des quadrupèdes qui peuvent cheminer sur le sol à la manière des Carnassiers, des Rongeurs, etc. Ils ont trois sortes de dents, des incisives, des canines et des molaires, dont les dernières sont hérissées de pointes coniques et admirablement faites pour écraser les insectes et les

vermisseaux. Beaucoup d'entre eux sont à demi nocturnes, passent sous terre une partie de leur existence, et tombent, pendant la mauvaise saison, dans un sommeil léthargique. Quelques-uns, comme les Desmans, ont des habitudes aquatiqueset nagent avec une grande facilité.

C'est a l'ordre des Insectivores qu'appartiennent ces petits mammifères, si communs dans nos campagnes, que l'on connaît vulgairement sous le nom de Musettes ou de Musaraignes, et qui, par les formes extérieures, par la nature et les couleurs du pelage, ressemblent beaucoup aux petites espèces du genre Rat. Les musaraignes toutefois se distinguent des souris par leur tête plus effilée et par leurs dents disposées pour couper de la chair et non pour broyer des graines. Leur corps est couvert de poils courts et de leurs flancs suinte une humeur odorante. Elles vivent dans des trous et se nourrissent d'insectes et de vermisseaux. Jamais, quoi qu'on en ait dit, elles n'ont causé, par leurs morsures, de maladies aux bestiaux; ce sont au contraire des petites bètes extrêmement utiles qui méritent la protection des agriculteurs.

Les Taupes sont d'autres Insectivores dont le corps est plus trapu, le museau plus allongé que celui des musaraignes, et dont les pattes de devant sont singulièrement raccourcies, dirigées en dehors, et terminée par des ongles énormes, propres à fouir la terre. A l'aide de ces sortes de pelles, les taupes creusent dans le sol, avec une rapidité extrême, de véritables labyrinthes, avec des chambres de refuge. Comme elles ne sortent presque jamais de ces sombres retraites, le sens de la vue leur est presque entièrement inutile; aussi leurs yeux sont-ils d'une petitesse extrême, parfois même complètement imperceptibles. La Taupe commune, qu'on trouve dans les champs et dans les prairies de l'Europe, et qui est d'un noir de velours, a été pendant longtemps et est même encore, dans beaucoup de contrées, traquée et détruite comme un animal essentiellement malfaisant. Sur certains points seulement des agriculteurs intelligents, loin de faire à la taupe une guerre acharnée, considèrent ce petit Insectivore comme un auxiliaire, chargé de purger les cultures des vers et des larves nuisibles, et se contentent de niveler les taupinières qui déparent les prairies et qui empêchent de faucher au ras du sol.

Enfin nous citerons encore, parmi les Insectivores, les Hérissons, dont le corps est couvert de piquants au lieu de poils, et qui, en fléchissant la tète et les pattes vers le ventre et en contractant les muscles de leur dos, peuvent prendre la forme d'une boule hérissée de pointes, et défier ainsi les dents de leurs ennemis. Les hérissons tiennent par rapport aux porcs-épics, qui sont des Rongeurs, une place analogue à celle que les musaraignes occupent par rapport aux souris. Ils sont représentés en Europe par une seule espèce, dont la chair n'est point bonne à manger et dont la dépouille est aujourd'hui sans usages. Dans l'antiquité, au contraire, les peaux de hérissons étaient fort recherchées et servaient à fabriquer des cardes pour peigner la laine. [E. Oustalet.]

INSTINCT. — Psychologie, IV. — Etym. : du latin instigare ou iristinguere, exciter. — L'instinct serait ainsi, d'après l'étymologie, une sorte d'excitation intérieure qui pousse l'animal ou l'homme à accomplir certains actes, et cela sans l'intervention de l'intelligence et de la volonté. Si en chemin mon pied rencontre une pierre qui me fasse trébucher, mes mains se portent rapidement en avant pour amortir la chute et garantir le visage: un tel mouvement est dit instinctif, car il précède toute réflexion et n'est l'effet d'aucune détermination volontaire.

L'instinct est un principe qui nous est commun avec les bètes ; mais, chez celles-ci, les instincts sont

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plus nombreux, et les actes qu'ils produisent gêné- j ralement plus compliqués. Chez les animaux euxmêmes, à mesure que l'intelligence apparaît, les . instincts sont plus pauvres et semblent perdre j quelque chose de leur infaillibilité. Aussi Frédéric | Cuvier et Flourens ont-ils posé cette loi que dans les animaux l'instinct et l'intelligence sont en raison inverse l'un de l'autre. Pour nous borner, en un sujet aussi vaste, nous considérerons principa- ' lement les instincts qui sont communs à l'homme et aux animaux, et nous énumérerons rapidement les plus importants d'entre eux.

On peut distinguer, avec un éminent psycholo- j gue, M. Garnier, trois classes d'instincts : ceux qui se rapportent à des objets personnels, ceux qui ■se rapportent à nos semblables, ceux qui se rapportent à des objets non personnels.

I. Les premiers ont pour but la conservation et le développement de notre être ; s'il ne s'agit que de la vie physique, on les appelle les appétits. Comme tous les animaux, l'homme cherche instinctivement la nourriture qui lui est propre. Une chenille, destinée à vivre d'une seule plante, voyage sur des milliers de feuilles d'une autre espèce «ans en goûter ; arrivée à celles qui forment sa nourriture naturelle, elle s'y jette aussitôt, et les dévore avec avidité. De même, le nouveau-né dont les yeux ne sont pas encore ouverts se tourne vers le sein nourricier, guidé sans doute, comme l'animal, par l'odorat. Il accomplit dès la première fois, avec une précision parfaite, les mouvements ■8i compliqués de la succion et de la déglutition, j De tous les instincts, c'est celui-là peut-être dont | le caractère vraiment primitif et inné est le moins contestable. Quelques auteurs admettent l'existence d'un instinct de la chasse ; et Bossuet va jusqu'à croire que l'agriculture et l'art pastoral ont été révélés directement à l'homme par son Créateur. Ce qui est certain, c'est que quelques animaux sont naturellement chasseurs, d'autres pasteurs. « Quelques races de fuurmis élèvent et nourrissent dans des sortes d'étables d'autres espèces d'insectes, et principalement des pucerons, qu'elles soignent pour les traire et pour en obtenir un aliment assuré dans les temps de disette, comme nous tenons en domesticité nos vaches, nos chèvres, nos brebis. » (Duméril).

On a rapporté aussi à un instinct spécial l'art de produire le feu. À peine pourrait-on citer une ou deux peuplades sauvages qui ignorent l'art d'allumer du feu en frottant l'un contre l'autre deux morceaux de bois d'espèces différentes. Et pourtant l'animal le plus intelligent est incapable d'en faire autant. « On raconte, dit M. Garnier, l'histoire d'un singe qu'une chaîne trop courte empêchait d'atteindre une noix qu'il convoitait : un valet, en passant près du singe, ayant laissé tomber une serviette, celui-ci s'en empara et s'en servit pour amener à lui l'objet de sa convoitise. Cependant ce même singe, placé en hiver près d'un feu qui s'éteignait, n'eut jamais l'idée de prendre du bois à un monceau voisin et de le jeter dans le feu, quoiqu'il eût vu . plusieurs fois les valets lui en donner l'exemple, «t quoiqu'il fût transi de froid. »

L'instinct plus général de la conservation inspire aux animaux les actes les plus variés, et quelquesuns semblent ne pouvoir s'expliquer que par un véritable raisonnement. Reimarus, G. Leroy, Frédéric Cuvier, Flourens, abondent sur ce point en exemples intéressants. Ainsi, quand un limaçon s'est introduit dans une ruche, les abeilles, pour le faire mourir, l'enduisent tout entier de cette matière gommeusc qui leur sert à boucher les fentes de leur habitation. « On a vu des ours pousser avec leurs pattes, dans le bassin de leur fosse, des gâteaux empoisonnés qu'on leur avait jetés, les agiter dans l'eau, puis les flairer avec attention et ne les manger que quand le poison s'était évaporé.

On a vu un singe prendre la clef de la chambre où il était renfermé, l'enfoncer dans la serrure et ouvrir la porte. Un autre, étant trop petit pour atteindre à la serrure, alla chercher une chaise et s'en fit un marchepied. Un troisième prit une pierre pour casser la noix qu'on lui avait donnée, et, comme celle-ci s'enfonçait dans le sol sous les coups, il la plaça sur une tuile pour la frapper avec plus de succès. » C'est aussi sans doute l'instinct général de conservation qui explique, chez l'homme et chez plusieurs espèces d'animaux, certaines appréhensions naturelles, telles que la crainte de la solitude, des ténèbres. « N'allons pas de ce côté, se disaient deux petits enfants ; il n'y a personne, on pourrait nous faire quelque mal. » De là également les ruses si variées par lesquelles la plupart des animaux non domestiques cherchent à tromper leurs ennemis. On sait que le renard change souvent de terrier, que le cerf, le daim, le chevreuil, le lièvre, vont et reviennent plusieurs fois par le même chemin pour dépister les chiens et les chasseurs, font des bonds considérables, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, pour interrompre leur voie, feignent de rentrer au gîte, et s'en éloignent brusquement. De même, chez l'homme, la ruse semble innée à certains individus et à certaines races.

N'est-ce pas encore à l'instinct de conservation qu'il faut rapporter l'usage où sont quelques espèces vivant en troupes, de placer des sentinelles et de se choisir un chef auquel toute la bande obéit? « Les peuplades de ruminants, de pachydermes, de singes, ont des chefs auxquels le soin de la défense commune est confié par une délégation qui, pour être tacite, n'en est pas moins formelle... Une fois institué, le guide ou chef exige et obtient d ms toutes les circonstances une obéissance absolue, comme s'il personnifiait la peuplade entière et centralisait en soi l'instinct de tous. Aussi avec quelle dignité le vieux singe, par exemple, exerce son emploi d'intelligence directrice ou d'organe directeur 1 L'estime qu'il a su conquérir, exaltant son amour-propre, lui donne une certaine assurance qui manque à ses sujets ; ceux-ci lui font toujours la cour. Les femelles, remarque Brehm, mettent tout leur zèle à débarrasser son pelage des parasites incommodes, et il se prête à cette opération avec une grotesque majesté. En retour, il veille fidèlement au salut commun. Aussi est-il de tous le plus circonspect ; ses yeux errent constamment de côté et d'autre ; sa méfiance s'étend surtout, et il arrive presque toujours à découvrir à temps le danger qui menace la bande. Il exerce le commandement par la voix. De temps en temps, il monte au sommet d'un grand arbre, et du haut de cet observatoire il examine chaque objet d'alentour. Lorsque le résultat de l'examen est satisfaisant, il l'apprend à ses sujets en faisant entendre des sons gutturaux particuliers; en cas de danger il les avertit par un cri spécial. » (Alf. Fouillée.) Il y a évidemment là. outre l'instinct de conservation, la manifestation d'un instinct de sociabilité que nous mentionnerons tout à l'heure. Quant au fait lui-même, il est particulièrement intéressant en ce qu'il éclaire pour nous l'origine des gouvernements humains. La crainte du danger a dû primitivement grouper les hommes autour du plus fort ou du plus habile et lui déléguer l'autorité nécessaire pour veiller au salut de tous.

Mentionnons encore, parmi les instincts se rapportant à des objets personnels, l'amour de la propriété, qui existe aussi bien chez quelques espèces d'animaux que chez l'homme. On sait que le campagnol, le mulot font des magasins, que le renard, le loup amassent des approvisionnements. Il semble même qu'on puisse saisir dans le règne animal quelques indices d'un amour de la propriété foncière : l'aigle, par exemple, a son canton où il ne souffre aucun compétiteur ; le rossignol, le

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rougc-gorge agissent de même; une fois établie sur une montagne, une troupe de chamois expulse tous ceux qui ne sont pas du troupeau.

Nous sommes portés naturellement, non seulement à conserver notre être, mais encore à l'agrandir, à le développer. De là certains instincts plus spécialement propres à l'homme, mais apparaissant aussi chez certains animaux, tels que l'émulation, l'amour du pouvoir, l'amour de la louange.

II. Inclinations qui se rapportent à nos semblables. — Les principales sont l'instinct de société, la sympathie, l'amitié, l'amour, les affections de famille.

L'homme est un être sociable, et l'existence d'un prétendu état de nature qui, selon certains philosophes (Hobbes, Rousseau), aurait précédé celle de la société, est une chimère. Pourquoi l'homme ne serait-il pas poussé d'instinct à vivre avec ses semblables, puisque certains animaux, les abeilles, les fourmis, les castors, les moutons, les chevaux, les bœufs, les éléphants, les chiens, etc., ne vivent qu'en communauté ? Quelques-uns même dépérissent dans la solitude. « On sait depuis longtemps, dit Dugald Stewart, que les bœufs et les vaches n'engraissent pas aussi rapidement lorsqu'ils sont seuls que lorsqu'ils paissent en troupeaux, quand bien même on compenserait leur solitude par de plus gras pâturages. »

La sympathie est très voisine de la sociabilité, et n'en est pour ainsi dire que la conséquence et le prolongement. Le plaisir que nous causent la vue et le commerce de nos semblables nous dispose à une certaine bienveillance à leur égard ; par suite, nous nous réjouissons de leurs joies, nous nous attristons de leurs peines et nous faisons effort pour soulager leurs maux. La sympathie, chez les grandes âmes, fortifiée par le sentiment du devoir ou le sentiment religieux, devient la philanthropie, la charité, et engendre les plus sublimes dévouements.

Sans attribuer aux animaux ni la moralité ni la religiosité, on ne saurait refuser à quelques-uns une sympathie pour ceux de leur espèce, qui va parfois jusqu'au sacrifice de la vie. Les singes ont leurs Décius et leurs Coclès. Brehm a vu en Abyssinie un babouin tenir tète tout seul à une meute de chiens pour leur arracher un jeune de sa bande qu'ils allaient mettre en pièces. « Il y a quelques années, dit M. Darwin, un gardien des Zooiogical Gardois me montra quelques blessures profondes, à peine cicatrisées, que lui avait faites au cou un babouin féroce, pendant qu'il était à côté de lui. Un petit singe américain, grand ami du gardien, vivait dans le même compartiment et avait une peur horrible du babouin. Néanmoins, dès qu'il vit le gardien en péril, il s'élança à son secours et tourmenta tellement le babouin, par ses morsures et par ses cris, que l'homme, après avoir couru de grands risques pour sa vie, put s'échapper. » D'autres faits, plus touchants peut-être, révèlent une sympathie qui ressemble à de la chanté. On cite un pélican, vieux et complètement aveugle, qui depuis longtemps était nourri par ses compagnons. Le même cas a été observé sur des corbeaux indiens et sur un coq domestique. Quant à l'amitié, elle se manifeste souvent chez les animaux entre deux individus d'espèces fort différentes, et parfois naturellement hostiles. M. Darwin a vu un chien • qui ne passait jamais à côté d'un de ses grands amis, un chat malade dans un panier, sans le lécher en passant, le signe le plus certain d'un bon sentiment chez le chien. » « Une lionne, dit Frédéric Cuvier, avait perdu le chien avec lequel elle avait été élevée, et, pour offrir toujours le même spectacle au public, on lui en donna un autre qu'aussitôt elle adopta. Elle n'avait pas paru souffrir de la perte de son compagnon : l'affection qu'elle avait pour lui était très faible, elle le supportait,

elle supporta de même le second. Cette lionne mourut à son tour ; alors le chien nous offrit un tout autre spectacle : il refusa de quitter la loge qu'il avait habitée avec elle ; sa tristesse s'accrut de plus en plus ; le troisième jour, il ne voulut plus manger, et il mourut le septième. »

Nombre d'animaux connaissent l'amour conjugal, qui survit souvent à l'époque de la reproduction. L'attachement réciproque du mâle et de la femelle chez les pigeons est passé en proverbe. Quant à l'affection paternelle et maternelle, il n'est pas rare qu'elle inspire des actes d'un véritable héroïsme. Nous n'en donnerons qu'un exemple. « La vois craintive d'un jeune singe abandonné par sa mère dans sa fuite désordonnée, dit Brehm cité par M. Fouillée, se fit entendre sur un arbre au-dessus de ma tête. Un de mes Indiens y grimpa. Dès que le singe vit cette figure qui lui était étrangère, il jeta les hauts cris, auxquels répondirent bientôt ceux de sa mère qui revenait chercher son petit. Celui-ci poussa alors un cri nouveau tout particulier, qui trouva un nouvel écho chez la mère. Un coup de feu blessa celle-ci ; elle prit immédiatement la fuite, mais les cris de son petit la ramenèrent aussitôt. Un second coup tiré sur elle, mais qui ne l'atteignit point, ne l'empêcha pas de sauter péniblement sur la branche où se tenait son petit, qu'elle mit rapidement sur son dos. Elle allait s'éloigner avec lui, lorsqu'un troisième coup de feur tiré malgré ma défense, l'atteignit mortellement. Elle serra encore son nourrisson dans ses bras pendant les convulsions de l'agonie, et tomba sur le sol en essayant de se sauver. »

III. La troisième classe d'inclinations que nous avons distinguées comprend celles qui se rapportent à des objets non personnels. Tels sont l'amour du bien moral, l'amour du vrai, l'amour du beau, le sentiment religieux. En effet, ces affections ne prétendent pas faire de leurs objets une possession qui leur soit propre. « Nous ne voulons pas, dit M. Garnier, exclure les autres du plaisir que nous causent la vertu, la science, les chefs-d'œuvre de la nature et de l'art; nous les appelons, au contraire, au partage de notre joie, et nous la sentonsdoubler par celle qu'ils éprouvent. »

Nous n'insisterons pas sur ces affections d'ordre supérieur, d'abord parce qu'elles ne nous sont pas... quoiqu'on en ait dit, communes avec les animaux, ensuite parce qu'elles diffèrent assez profon démen selon que se modifie par le développement de la civilisation la conception rationnelle des objets auxquels elles se rapportent.

Il est enfin quelques inclinations complexes qu'à ont aussi leur fondement dans la nature humaine et qu'il est assez difficile de faire rentrer dans l'une des divisions de la classification précédente. Tel est, par exemple, le patriotisme.

Plusieurs théories ont été proposées pour expliquer l'origine de l'instinct, principalement chez les bêtes. Descartes n'y voit qu'un effet purement mécanique et inconscient de la structure des organes : hypothèse insoutenable, car elle fait de l'animal une machine et lui refuse tout principe sensible et affectif. Locke, Coudillac, et surtout Darwin, ramènent l'instinct à l'habitude. Pour eux, les actes, aujourd'hui instinctifs, furent primitivement l'effet de la volonté et de la réflexion. On ne saurait nier que beaucoup d'instincts ne soient des habitudes acquises et devenues à la longue organiques et héréditaires ; mais dans sa généralité absolue, cette doctrine n'irait à rien moins qu'à prêter à des animaux placés fort bas dans l'échelle des êtres une intelligence égale, sinon supérieure, à celle de l'homme. Où auraient-ils appris la géométrie, les ancêtres de ces araignées qui disposent avec une régularité si parfaite les polygones concentriques de leurs toiles? Plusieurs faits analogues semblent absolument réfractaires à la théorie de

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