INSTRUMENTS ARATOIRES - 1039 - "INSTRUMENTS ARATOIRES
qui viennent d'être décrits. Il se termine à la partie postérieure par deux manches ou mancherons par lesquels le laboureur conduit la charrue; à sa partie antérieure est fixé le régulateur, qui n'est pas autre chose qu'une pièce verticale, glissant dans une mortaise, de manière à élever ou abaisser la ligne de tirage, suivant que l'on veut faire pénétrer le soc plus ou moins profondément
daOn distingue deux grandes catégories de char- ! Pour en rendre l'action plus puissante.^ le rouleau rues • les araires, et les charrues à avant-train, est parfois surmonté d'une caisse que 1 on remplit Elles ne sont distinguées les unes des autres que de pierres, dont le poids est variable suivant les par l'absence ou la présence de l'avant-train. Celui- besoins du travail. .
ci se compose de deux roues montées sur un es- Pour achever le travail du rouleau, c est-à-dire sieu. L'extrémité antérieure de l'âge est fixée à ' ameublir complètement le sol, de même que pour l'essieu, et celui-ci porte le régulateur qui devient, extirper les mauvaises herbes, ou pour recouvrir les dans beaucoup de types, plus compliqué que dans semences, on a recours aux herses. On désigne sous l'araire. La charrue à avant-train demande plus . ce nom des châssis munis de dents en bois ou en de tirage que l'araire, mais elle présente l'avan- . fer, droites ou recourbées, parfois tranchantes qui tage d'exiger moins d'habileté de la part du la- attaquent la partie supérieure du sol. Les dents boureur. On construit même aujourd'hui des char- , doivent être disposées de manière à former des rues à avant-train qui, une fois réglées, demeu- raies parallèles, et à ne pas marcher les unes derrent absolument fixes et stables, quelle que soit , rière les autres. Elles doivent être assez espacées la profondeur du labour. pour ne pas s engorger. Enfin 1 attelage doit être
Il serait oiseux d'entrer ici dans la description combiné de telle sorte que 1 instrument marche de tous les types de charrues. Chaque région a, bien parallèlement au sol, que ni 1 avant ni 1 arrière pour ainsi dire, le sien qui a été plus ou moins ne se relève. Il existe beaucoup de modèles de modifié. La plupart des charrues perfectionnées .herses. Celles qui sont aujourd hui particulièrequi sont construites aujourd'hui dérivent de la , ment estimées sont les herses articulées, c est-àcharrue Dombasle, qui vient d'être décrite. Tous les , dire formées de châssis indépendants , rehés^à une travaux de culture ne peuvent pas être faits par une seule charrue, comme on le verra à l'article Labours. Il y a des charrues de défoncement, des charrues de labours profonds, des charrues de labours légers, des charrues tourne-oreilles, des charrues bisocs ou polysocs, etc. ; l'utilité de ces divers instruments sera alors expliquée.
Il faut cependant donner ici quelques explications sur le labourage à la vapeur. Dans ce système de labour, la force motrice n'est plus demandée aux animaux domestiques, mais à la vapeur. Deux puissantes machines à vapeur sont placées à chaque extrémité d'un champ; elles sont munies d'un tambour où s'enroule un câble. Ce câble, quand la machine marche, traîne une charrue à plusieurs socs qui laboure plus ou moins profondément. La charrue est tirée alternativement par chacune des machines ; sous leur action, elle fait la navette d'une extrémité du champ à l'autre. Parfois, on ne se sert que d'une seule machine à vapeur; le mouvement de la charrue est obtenu par une disposition du câble qui tourne autour du champ. Le labourage à vapeur peut rendre des services dans les grandes surfaces planes, surtout quand il s'agit de défrichements ou de défoncements.
Quand il s'agit de retourner la couche superficielle de la terre arable, afin de la débarrasser de mauvaises herbes dont on veut empêcher la maturité, ou d'enlever le chaume d'une céréale coupée, ou encore de préparer le sol pour un labour plus complet, on remplace la charrue par un instrument spécial désigné sous le nom d'extirpateur ou de scarificateur. C'est un bâti monté sur deux ou trois petites roues, portant de petits socs, ou des couteaux à pointe recourbée, qui pénètrent plus ou moins profondément dans le sol. Ces instruments, généralement légers, n'exigent que peu de force. Les sillons ouïes planches formés parla charrue sont constitués le plus souvent par une grande quantité de mottes de terre qu'il est nécessaire de désagréger pour que toutes leurs parties subissent l'action des météores. C'est avec les rouleaux qu'on obtient ce résultat. Autrefois on se servait de rouleaux en bois; leur action était souvent insuffisante. On a quelquefois recours à des rouleaux en pierre ; mais ceux qui rendent le plus de services sont les rouleaux en fonte. Le type le plus estimé est le rouleau dit Crosskill. Il se compose
même barre d'attelage, et travaillant isolément de manière à suivre toutes les irrégularités du sol.
Semailles. — Le plus ordinairement, les semailles des graines sont faites à la main. Pour les céréales, on sème à la volée, c'est-à-dire que le semeur, marchant d'un pas mesuré, jette méthodiquement autour de lui les grains par un mouvement du bras. Pour les légumineuses et plusieurs autres plantes, on sème avec le plantoir, qui n'est autre qu'un piquet de bois, avec lequel on fait dans la terre un trou qui reçoit la graine. Pour les pommes de terre, on sème soit à la charrue, soit à la houe. Avec la charrue, on fait une raie dans laquelle les tubercules sont ensuite placés; avec la houe, on creuse un trou qu'on remplit par un deuxième coup de houe, quand le tubercule est semé.
L'emploi des semoirs mécaniques tend néanmoins à se généraliser. Il est, en effet, prouvé aujourd'hui que le semoir, tout en faisant un travail plus rapide, économise la semence et assure une plus grande vigueur à la végétation de ia plante. Dombasle a inventé, il y a cinquante ans, le semoir dit à brouette. Il se compose d'une trémie dans laquelle on place le grain; cette trémie se termine par un plan incliné sur lequel glisse le grain pour arriver à une roue à godets, qui le jette dans un tube d'où il tombe par terre. Le mouvement est donné à la roue à godets par l'essieu de la brouette. Ce semoir est poussé par un homme.
Les semoirs à cheval sont plus grands et plus compliqués. Sur l'axe de deux roues est placée une longue caisse qui reçoit le grain. Elle est traversée par un arbre muni de disques qui portent des petites cuillers. L'arbre tourne sur lui-même, et les cuillers saisissent le grain, qu'elles font tomber dans des tubes verticaux et articulés qui se terminent près du sol. En avant de chacun de ces tubes, un petit soc ouvre une raie dan* laquelle tombe le grain. La profondeur d'entrure des socs est réglée par des leviers munis de contre-poids. La vitesse de l'arbre qui traverse la trémie, et par suite la quantité de semence répandue sur une surface déterminée, peuvent varier à volonté, à l'aide de pignons dentés qu'on substitue les uns aux autres. ,,
Aux semoirs se rattachent les distributeurs d en ^rais, instruments destinés à répandre sur le soldes engrais pulvérulents, soit après les semailles
soit au printemps. Ils se composent généralement dune caisse traversée par un arbre muni de palettes, dont le jeu fait sortir l'engrais soit par des tubes, soit par des ouvertures à la partie inférieure de la caisse.
Instruments pour les travaux d'entrcti-n des récoltes. — Toutes les plantes cultivées ne demandent pas, pendant leur croissance, les mêmes soins. Il en est qui poussent et se développent presque sans qu' on ait à s'en occuper, du moins dans les années favorables. Pour d'autres, au contraire, il faut faire des travaux de sarclage, de binage, c'est-à dire de nettoiement et d'ameublissement du sol. D'autres enfin demandent que la terre soit relevée au pied de leurs tiges. De cette diversité de besoins, sont nés des instruments spéciaux, les houes ou bineuses, les buttoirs.
Chacun connaît la houe à main, qui est employée pour le travail des vignes, de même que pour le sarclage. C'est une lame tranchante fixée à angle aigu sur un manche. Il y en a plusieurs types variant avec les dimensions de la lame. C'est un travail pénible que de biner à la main les cultures de plantes-racines, d'autant plus qu'il demande à être fait avec une assez grande rapidité. La houe à cheval est destinée à remplacer la houe à la main. Elle est montée sur deux roues, et se compose d'un bâti portant un certain nombre de lames recourbées ou rasettes qui ameublissent la surface du sol, et coupent les mauvaises herbes. Les plus petites houes n'ont qu'une rouelle à la partie antérieure. Les rasettes doivent être mobiles sur les tiges auxquelles elles sont fixées, afin que leur écartement puisse être modifié. Toutes les plantes ne sont pas en effet cultivées sur des lignes également distantes, et la houe doit pouvoir servir pour les diverses natures de récoltes. La houe, qu'on désigne aussi sous le nom de bineuse, doit être conduite avec beaucoup d'habileté, car il suffit de déviations très faibles pour qu'on attaque les olantes cultivées, au lieu des mauvaises herbes.
Les buttoirs servent à relever la terre autour du pied de certaines plantes, notamment les pommes de terre, les choux, le maïs. Ils ont la forme d'une véritable charrue araire, souvent munie d'une petite roue à l'avant de l'âge. Ils se distinguent de la charrue ordinaire en ce qu'ils sont munis de deux versoirs placés dos à dos ; quand le buttoir marche entre deux lignes de plantes, il enlève la terre placée au centre de l'espace, et la rejette à droite et à gauche. Les versoirs sont munis de charnières qui permettent de varier l'écartement de leur partie postérieure, suivant l'espacement des lignes.
Instruments de récolte. — La coupe et la rentrée des récoltes fourragères et des céréales sont aujourd'hui la grande préoccupation des agriculteurs. Ces travaux demandent à être faits rapidement et dans de bonnes conditions.
Les fourrages des prairies naturelles ou artificielles sont le plus souvent coupés à la faux. L'herbe étendue par terre est fanée, c'est-à-dire retournée avec des fourches en bois, jusqu'à sa dessiccation, puis le foin est ramassé avec des râteaux pour être chargé sur les chariots qui l'emportent à la ferme. Toutes ces opérations peuvent être faites aujourd'hui avec des machines parfaitement appropriées au travail qu'on leur demande.
Les faucheuses mécaniques coupent l'herbe. Elles sont presque toutes construites d'après le même type. La faucheuse est montée sur deux roues motrices présentant extérieurement des cannelures pour mieux mordre le sol. Intérieurement ces roues sont garnies d'une couronne dentée; dans chaque couronne s'engrène un pignon. Les deux pignons sont portés par un axe commun, au milieu duquel est un engrenage d'angle qui multiplie la vitesse et la transmet à un plateau manivelle, auquel est fixée la bielle chargée de donner à une
scie son mouvement de va-et-vient. La scie, formée par de larges dents, est portée, latéralement au bâti de la faucheuse, par une barre rigide munie de pointes qui pénètrent dans la réV couper. Le conducteur, placé sur un siègo audessus des roues motrices, tient d'une main les guides des deux chevaux qui traînent la faucheuse et, de l'autre, il peut faire manœuvrer un levier avec lequel il relève ou abaisse la scie pour qu'elle coupe à différentes hauteurs, pour qu'elle passe au-dessus des pierres ou des obstacles présentés par le terrain. La largeur de coupe est de 1 m. 30 environ. En même temps qu'elle fait un travail rapide, régulier, la faucheuse assure une grande économie dans le prix de revient de la coupe des fourrages. La différence est surtout considérable quand on a à couper des récoltes trèa fournies, sur de grandes surfaces.
Les machines destinées à faire le fanage mécaniquement sont formées par un tambour disposé sur l'essieu de deux roues motrices. Ce tambour est armé, sur son pourtour, de longues dents recourbées qui saisissent le foin sur le sol et le projettent en tous sens ; suivant que la faneuse prend le foin par le côté concave ou le côté convexe de ses dents, cette projection se fait plus ou moins énergtquement. Un seul cheval suffit pour traîner l'instrument. La faneuse peut faire le fanage de quatre hectares à peu près par jour.
Les râteaux à cheval destinés à réunir le foin en tas plus ou moins gros, ont à peine besoin d'être décrits. Ils sont formés par de longues dents recourbées, portées sur l'essieu de deux roues. Ces dents sont articulées de manière à agir indépendamment les unes des autres. Le travail du râteau à cheval est très rapide, et il est d'ailleurs excellent. Il peut remplacer une trentaine d'ouvriers. Enfin, récemment, on a imaginé un chargeur automatique qu'on place à l'arrière du chariot, et qui, lorsque celui-ci est en marche, saisit le foin répandu sur le sol ou en meulons, et le fait passer sur la voiture.
La moisson des céréales peut être faite mécaniquement, comme la récolte des fourrages. C'est même sur la construction des machines à moissonner que se sont d'abord portés les efforts des inventeurs. Le problème est plus complexe que pour la fauchaison. Que demande-t-on, en effet, à une moissonneuse? De couper régulièrement les tiges des céréales sans égrener les épis, et de déposer ces tiges sur le sol en javelles, c'est-à-dire en petits tas prêts à être liés pour former des gerbes. Il faut, pour arriver à un travail régulier, une combinaison de mouvements assez compliquée.»
La plupart des moissonneuses sont construites à peu près de la même manière. La machine repose sur une seule roue motrice munie intérieurement d'une couronne dentée. Sur celle-ci engrène un pignon dont l'axe porte une roue d'angle transmettant le mouvement de la roue à une bielle qui agit sur un plateau manivelle pour imprimer à la scie placée latéralement un mouvement rectiligne alternatif. La scie est supportée, comme dans la. faucheuse, par une barre rigide, et derrière elleest fixé un tablier en bois muni d'armaturesmétalliques. Sur l'axe de la roue motrice, un deuxième pignon transmet le mouvement à uneroue à cames qui commande l'appareil javeleur. Celui-ci se compose généralement de deux râteaux, et de deux rabatteurs, passant alternativement sur le tablier, soit pour incliner les tiges sur celui-ci, soit pour les pousser en arrière et les déposer en javelles sur le côté de la piste de la moissonneuse* La vitesse de la scie est généralement de 1 m. 10 à I m. 2(i par seconde. La machine demande deux chevaux. Grâce à des leviers placés sous la main du conducteur, celui-ci peut embrayer ou arrêter la machine, régler la hauteur de coupe, varier le
javelage, de manière à faire un nombre de javelles plus ou moins considérable sur une longueur déterminée, suivant l'état de la récolte.
Les résultats de l'emploi des machines à moissonner sont considérables. Elles donnent la faculté de mettre rapidement les moissons à l'abri des intempéries, elles affranchissent le cultivateur dos exigences des faucheurs, et elles laissent tous les bras disponibles pour le liage et le transport des gerbes. On a même inventé récemment des moissonneuses-lieuses qui livrent la gerbe toute liée.
Quelques types de machines sont construits de manière à pouvoir servir successivement comme faucheuses et comme moissonneuses. A cet effet, on change la scie et quelques pignons pour modifier la vitesse du mouvement, et on adapte un appareil javeleur qui peut ôtre enlevé à volonté. Mais ia plupart de ces machines n'ont eu qu'un succès restreint. Il n'en est pas de même des moissonneuses et des faucheuses à un cheval récemment introduites. Elles sont construites exactement d'après les mêmes principes que les machines à deux chevaux, mais elles ont une plus grande légèreté et elles coupent sur une largeur moindre. Ces machines peuvent rendre des services réels à la petite culture.
Iiaitage des recolla. — Jadis le battage des céréales, c'est-à-dire la séparation du grain et de la paille, se faisait parles moyens les plus primitifs. Les épis, rangés sur une aire, étaient triturés par les pieds des chevaux, ou bien on faisait pasr-dessus un gros rouleau de pierre. Le fléau articulé a succédé, dans le nord et dans le centre de la France, à ce premier système ; il règne encore dans beaucoup de petites exploitations, mais, dans la plupart des fermes un peu importantes, il a été remplacé par la machine à battre.
On distingue deux catégories de machines à battre. La première comprend les machines dites batteries en travers ; ce sont celles qui agissent à la fois sur toute la longueur de la paille. La seconde renferme les batteries en bout, qui soumettent successivement toutes les parties de la paille, présentée par une de ses extrémités, à l'organe batteur. Dans chacune de ces catégories, on distingue plusieurs classes, d'après l'état du grain au moment où il sort de la machine. Tantôt il est rejeté pêle-mêle avec la paille ; tantôt il en est séparé, mais sans être dégagé des balles et menues pailles; tantôt enfin, il est plus ou moins nettoyé et divisé en catégories de grosseur différente.
La première opération consiste à faire arriver les gerbes déliées sous l'appareil batteur. Dans la plupart des machines, les tiges sont posées surune table et poussées par la main do l'ouvrier; parfois le tablier est formé d'une toile ou d'une série de lattes mobiles qui entraînent les tiges. Dans ces derniers temps, quelques constructeurs ont imaginé des appareils spéciaux qui permettent de 'aire l'engrenage automatiquement.
L'organe principal des machines à battre est le batteur. Celui-ci consiste le plus souvent en une sorte de tambour ou cylindre porté par un axe horizontal, tournant très rapidement sur lui-même et dont la surface enveloppante est armée de barres espacées parallèlement, destinées à frapper la paille et à en séparer le grain. Le batteur est généralement en fonte, et les lames ou battes de sa circonférence sont en fer ou en acier. Le contre-batteur consiste en une sorte de caisse curviligne, concentrique au batteur, et dont la surface interne est munie de battes ou cannelée. La paille est froissée dans le passage entre le batteur et le contre-batteur, et les grains que les battes du batteur n'ont pas d'abord atteints sont ainsi séparés. La distance qui sépare ces deux organes est réglée suivant la grosseur de la paille et la nature du grain. En outre, dans les batteuses en travers,
2* PARTIE
le batteur et le contre-batteur ne sont pas rigoureusement parallèles: leurs surfaces sont plus rapprochées du côté des épis. Cette disposition a pour but d'empêcher le froissement excessif de la paille et de lui conserver sa valeur; dans les machines en bout, au contraire, elle est toujours brisée.
En sortant du batteur, les grains so'it chassée au dehors par un ventilateur, dans les machines les plus simples, et la paille tombe sur un plan incliné en dehors de la machine. Dans les batteuses plus complètes, la paille est poussée sur un organe secoueur formé de lattes parallèles, animé par un arbre coudé d'un mouvement de sassement, qui a pour but de la débarrasser de tous les grains qu'elle peut encore renfermer; elle est ainsi conduite à l'extrémité de la machine. Dans ces mêmes batteuses, le grain passe dans un ventilateur qui chasse les menues pailles et les balles; de 15, dans un cribleur qui en achève le nettoyage. Dans les machines les plus complètes, l'opération du criblage se répète par plusieurs nettoyeurs, de telle sorte que le blé est séparé en qualités diverses et qu'il est débarrassé de tous les grains accessoires qu'il peut contenir.
Les machines à battre sont mues soit par un manège, soit par une machine à vapeur. Avec une batteuse à manège bien construite mue par un cheval, on peut battre par heure 40 à 60 gerbes de dix kilog. ; avec une machine mue par un manège à deux chevaux, Cl) à 10U gerbes. Les batteuses à vapeur, pour moyenne culture, peuvent battre, avec une machine de trois chevaux, 100 à 150 gerbes par heure ; avec une force de cinq chevaux, on peut battre 150 à 250 gerbes; avec les batteuses plus fortes, on peut atteindre 3()0 gerbes.
Afin de faire profiter les cultivateurs des avantages de ces grandes machines, il s'est formé dans beaucoup de départements des entreprises de battage a façon. L'entrepreneur promène sa machine à vapeur et sa batteuse de ferme en ferme, et il bat la récolte de chacun pour un prix modéré, qui est, en général, de 75 à UO centimes par hectolitre do grain battu.
On construit aussi des machines spéciales pour le battage des graines fourragères, des colzas; mais leur usage est beaucoup moins répandu.
Instruments pour préparer la nourriture du bétail. — En première ligne se placent les instruments destinés au nettoyage des grains. Les uns servent simplement à nettoyer le grain et à le débarrasser des corps étrangers qui y sont mêlés; ce sont les tarares. Les autres, appelés trieurs, séparent le grain en qualités différentes, et le purgent de toutes les impuretés qu'il renferme. Ces divers instruments servent surtout pour la préparation des grains de semence.
Les tarares se composent généralement d'un volant à ailettes, mû par une manivelle et surmonté par une trémie. Le mouvement du volant produit une ventilation énergique qui agit sur le grain, et chasse la poussière, les balles et les corps légers. Leur travail est, comme on le voit, des plus simples.
Dans les cylindres ou cribles trieurs, lo grain passe sur des toiles métalliques portant des trous de différentes grandeurs, et disposés de manière à faire tomber le grain dans des caisses spéciales pour les diverses sortes.
Les moulins agricoles sont destinés à transformer le grain en farine. Leur usage est peu répandu. 11 faut toutefois faire une exception pour les petits moulins à bras destinés à préparer la farine d'orge qui entre, en de larges proportions, dans la ration des animaux soumis à l'engraissement.
Quant aux instruments destinés d'une manière absolument spéciale à préparer la nourriture du bétail, l'agriculteur n'a que l'embarras du choix.
INTELLIGENCE
Les principaux instruments employés sont :
Les concasseurs de grains, formes par des cylindres cannelés entre lesquels on fait passer les graines, pour les briser grossièrement, afin qu'elles soient plus facilement absorbées par les animaux domestiques ;
Les aplatisseurs d'avoine, destinés à briser la pellicule souvent dure de l'avoine, avant que ce grain soit donné aux cbevaux;
Les coupe-racines, dont le nom indique suffisamment l'usage ; ils servent à débiter en tranches minces les carottes, navets, betteraves, etc.; ils sont généralement composés d'une trémie ouverte sur un côté; un disque muni de couteaux affleure, en tournant, cette ouverture, et coupe les racines qui dépassent par leur propre poids ;
Les hache-paille, employés pour diviser en petits morceaux la paille qu'on mélange aux autres aliments du bétail; ils sont formés d'un bâti portant un tiroir horizontal dans lequel sont placées les tiges. Ce tiroir se termine par deux cylindres entre lesquels celles-ci sont forcées à passer, pour arriver devant les couteaux d'un disque tournant qui coupe la paille en morceaux de 2 ou 3 centimètres ou davantage, au gré du cultivateur. Il y a beaucoup de modèles construits d'après ce principe. Le hache-paille est un instrument d'une grande utilité dans une exploitation rurale ;
Les laveurs, destinés à nettoyer les racines ou tubercules qu'on donne au bétail. Ils sont formés d'une caisse cylindrique à claire-voie, légèrement inclinée, mobile autour de son axe, et plongeant à moitié dans un baquet rempli d'eau. Les racines sont introduites par une extrémité dans le laveur, et elles sortent à l'autre extrémité.
Il faut encore signaler, dans cette catégorie, les appareils pour la cuisson des racines, pommes de terre, etc. Ces appareils sont généralement très simples, sauf dans les grandes exploitations ayant des machines à vapeur, qui cuisent à la vapeur les aliments du bétail.
Instruments pour travaux divers. — En dehors des catégories qui viennent d'être décrites, il existe quelques instruments ou machines dont l'usage se répand de plus en plus. Il en est deux qui doivent être particulièrement signalés, la bascule et la presse a fourrages.
Quand on entre dans une ferme, on peut tout de suite porter un premier jugement sur celui qui la dirige, par la présence ou l'absence d'une bascule, destinée à peser les voitures chargées qui entrent ou qui sortent, à juger le poids des animaux domestiques. La bascule est formée généralement par un bâti en maçonnerie, portant un système de leviers sur lequel repose un tablier mobile : lorsque le tablier est chargé, la charge agit sur les leviers comme dans une bascule ordinaire, et son poids est indiqué sur un bras de romaine.
Les presses à fourrages sont formées par des caisses à fond mobile faisant fonction de piston, de manière à comprimer le fourrage mis dans la caisse. Par des dispositions spéciales et variables suivant les systèmes, la botte de fourrage arrivée au maximum de compression est serrée par des liens qui la maintiennent au volume auquel elle a été réduite. On construit des presses à fourrages propres à donner une haute densité au foin, et de simples botteleuses qui forment seulement des bottes d'un poids déterminé.
Soins à donner aux machines. — L'entretien des machines et des instruments en assure la durée. Trop souvent les cultivateurs oublient ces soins d'entretien, et ils se plaignent d'avoir à renouveler souvent un matériel parfois coûteux.
L'entretien des machines agricoles ne demande pas beaucoup de peine. Le cultivateur doit se
souvenir que rien n'est plus nuisible a un métal, et surtout au fer, que l'humidité. Il aura donc soin de ne pas exposer ses instruments à l'action de la pluie, en dehors des cas de nécessité. Il est bon d'ailleurs de graisser, de temps en temps, môme les grandes pièces de machines au repos. Quant aux organes subissant des frottements, ils doivent toujours être huilés avec le plus grand soin. Le bon fonctionnement d'une machine, même dis plus simples, dépend souvent de son état de propreté ; la rouille en est le pire ennemi.
| Henry Sagnier.]
INTELLIGENCE. — Psychologie, V. — Etym. : du latin intelligere, comprendre. — L'intelligence est la faculté de penser. Penser est un de ces termes à la fois si généraux et si clairs qu'il est inutile d'essayer de les définir. L'acte de la pensée, sous quelque forme et dans quelque circonstance qu'il se produise, est un phénomène d'une nature toute spéciale, nettement caractérisé, que l'on ne peut confondre avec aucun autre phénomène. On peut être et l'on est souvent embarrassé pour déterminer le point précis où commence la pensée, pour savoir ce qu'elle serait sans la parole, ou pour tracer la limite entre l'instinct chez l'animal et l'intelligence chez l'homme, entre la pensée de l'enfant et celle de l'adulte, ou encore pour dire quelle est rigoureusement la part de l'intelligence et celle des autres facultés dans certains faits de conscience qui sont multiples et complexes. Mais la difficulté que présentent toutes ces questions tient précisément à, cette complexité, à cette indécision des divers éléments qui s'y mêlent et dont il faudrait pouvoir faire le départ pour résoudre le problème. Dès qu'il s'agit au contraire d'observer la pensée dans ses manifestations normales, les plus humbles ou les plus élevées, tout le monde est d'accord pour les reconnaître en quelque sorte à première vue, tout le monde convient qu'affirmer ou nier, que croire ou douter, que se souvenir ou prévoir, c'est penser; que louer ou blâmer, constater ou imaginer, dire vrai ou dire faux, c'est encore penser; que percevoir, concevoir, raisonner, déduire, induire, comparer, comprendre et se faire comprendre enfin, ce sont autant de manières de penser, autant d'actes d'intelligence.
Si, au lieu de se borner à cette définition, on recherche en quoi consiste essentiellement l'acte même de la pensée, on arrive à cette formule identique à la précédente, quoique un peu moins générale dans l'expression : L'intelligence est la faculté de juger. Le jugement n'est pas absolument le seul phénomène de la pensée, mais il en est l'acte par excellence, l'acte à la fois le plus simple, le plus normal et le plus complet ; non seulement il résume et resserre en soi tous les éléments de la pensée, mais il en fait un tout vivant, il leur donne une âme, un sens, une unité logique. — V. Jugement.
Si l'intelligence ou le pouvoir pensant a pour opération fondamentale le jugement, c'est par la diversité des différentes sortes de jugements que se distingueront le plus naturellement les divers modes d'action de l'intelligence, et la classification des facultés intellectuelles sera sous un autre nom la classification des jugements. Autant il y a de classes distinctes de jugements, autant il y aura de chefs sous lesquels on pourrra les grouper, c'està-dire de facultés intellectuelles, car une faculté n'est autre chose que le nom sous lequel on résume et on classe un ordre de faits psychologiques.
Nous indiquons au mot Jugement les principales classifications proposées par les divers systèmes de philosophie, avec la division des facultés intellectuelles qui y correspond. Aucune de ces classifications ne satisfait complètement l'esprit, parce que toutes ont quelque chose d'arbitraire ou toift, au moins d'artificiel. Il n'est pas nécessaire, du
INTELLIGENCE
INTELLIGENCE
reste, d'adopter rigoureusement l'une ou l'autre et de s'en faire une sorte d'article de foi. L'important pour tous, et principalement pour les instituteurs, est d'entendre les termes dont on se sert constamment en cette matière, d'en connaître le sens précis et de ne les employer que dans ce sens. Quant aux points controversés, et ce sont les plus nombreux, il ne faut pas prétendre les résoudre à moins d'études tout à fait spéciales et approfondies ; encore doit-on ajouter que ceux-là mêmes qui ont fait ces études n'arrivent pas toujours à tomber d'accord ni sur les mots ni sur les choses de ce domaine.
Sous ces réserves et uniquement pour présenter avec un certain ordre nos observations sur les facultés intellectuelles, nous choisissons parmi les classifications en usage celle qui distingue trois grandes formes d'activité intellectuelle dans l'homme à l'état adulte et civilisé : l'intuition, la conception et le raisonnement.
'L'intuition, comme le mot l'indique (du latin intueri, voir), c'est la vue immédiate, sans effort, sans intermédiaire, sans travail préparatoire. Par elle, l'esprit aperçoit la réalité comme existant en dehors de lui et se manifestant tout entière et tout d'un coup : moyennant une seule condition, l'attention, les phénomènes d'ordre intuitif apparaissent dans leur pleine lucidité en quelque sorte spontanément ; c'est qu'ils ne dépendent pas de nous : ils résultent d'un objet réel, distinct de notre esprit, et qui, pour ainsi dire, se montre luimême à nos regards. Supprimez l'objet, l'intuition cesse. Faites-le reparaître, elle recommence.
La conception a bien encore, à un certain degré, la spontanéité et la promptitude, mais elle n'a pas la vérité certaine, la ferme et indubitable solidité de l'intuition. Concevoir, ce n'est plus percevoir un objet ; c'est se le représenter, c'est le placer soi-même, par un effort ou par un jeu de l'esprit, devant les yeux de son imagination. On se figure qu'il existe, on le crée, on peut le façonner à son gré. La conception est, si l'on peut ainsi dire, une intuition artificielle. Elle n'a plus besoin de la présence réelle de son objet ; c'est son triomphe de se déployer en l'absence de toute réalité : où rien n'existe, elle enfante des mondes, si elle le veut; faculté merveilleuse d'invention et de fécondité, mais faculté trompeuse qui nous verse avec une égale abondance l'erreur et la vérité.
Le raisonnement enfin se distingue des deux modes précédents : il n'a pas la prompte et soudaine clarté de l'intuition, mais il en a toute la sûreté ; ses résultats sont autrement, mais aussi certains que ceux de l'intuition. 11 ne nous fait apparaître d'un coup rien de réel, ni d'imaginaire ; il nous fait lentement, laborieusement, graduellement découvrir l'une après l'autre les diverses parties de la vérité. Par là même, il se sépare bien de la conception. S'il n'en a pas la vivacité inépuisable, il n'en a pas non plus la légèreté inconsistante. Prenant son point de départ dans des vérités certaines, il procède suivant une marche certaine aussi et aboutit à des conséquences non moins certaines ; il a pour résultat une évidence non plus immédiate, comme celle des vérités intuitives, mais médiate et néanmoins de valeur absolument identique.
Ces trois formes principales de la pensée peuvent à leur tour se subdiviser d'après l'objet auquel elles s'appliquent.
L'intuition peut s'appliquer à toutes les réalités ; les unes sont finies, relatives, contingentes; les autres absolues et nécessaires.
1° L'intuition du fini ou intuition expérimentale se fait par la perception. Les facultés de perception sont celles qui nous font connaître les êtres et les choses appartenant au monde de ^expérience, pouvant être connus par une expé-
rience directe : il y en a de deux sortes, les uns d'ordre matériel, les autres d'ordre spirituel. L'expérience dans le domaine matériel se produit par la perception externe, les cinq sens. L'expérience dans le domaine spirituel ou supra-sensible se fait par la perception interne, qui révèle l'âme à ellemême dans la conscience.
2° L'intuition de l'absolu ou intuition rationnelle porte un nom spécial : on l'appelle la raison; elle nous fait apercevoir, en nous repliant en quelque sorte au fond de notre esprit, non pas les phénomènes d'ordre expérimental, mais les lois et les principes régulateurs de notre intelligence elle-même et en particulier de l'expérience. Elle nous fait apparaître avec la souveraine clarté de l'évidence immédiate les idées éternelles, immuables, nécessaires, absolues, qui sont, peut-on dire, le point de départ et le terme de toutes nos pensées, sans lesquelles il n'y a pas d'intelligence humaine, qui dans leur expression populaire constituent le bon sens, le sens commun, et dans leurs formes plus savantes les axiomes, et les vérités premières.
La conception peut s'appliquer : ou à des objets qui ont été réels et ont cessé de l'être actuellement : elle s'appelle alors la mémoire; ou à des objets qui n'ont jamais existé, mais qui auraient pu exister: c'est Vimagination; ou à des objets qui ne peuvent exister que dans l'esprit humain qui les isole artificiellement : c'est l'abstraction et la généralisation, qui s'attachent aux idées abstraites et générales, à ces produits factices de la pensée humaine que la scolastique appelait des « êtres de raison », des « universaux», des « concepts »; ou enfin, à des rapports d'idées ou d'images: c'est l'association des idées.
Le raisonnement, enfin , s'exerce en deux sent différents : tantôt, il part de principes généraux et en tire des applications ou vérités particulières : c'est alors le raisonnement déductif; tantôt, au contraire, il part de faits particuliers et, s'élevant de plus en plus, en conclut des lois générales: on le nomme alors raisonnement inauctif. Le premier fonde les sciences exactes dont les mathématiques sont le type ; le second les sciences expérimentales, physiques, naturelles, historiques et morales.
On a proposé de désigner ces trois groupes de facultés sous les noms de facultés d'ordre primaire, d'ordre secmd'iire, et d'ordre tertiaire, pour bien marquer qu'elles diffèrent non seulement par leur objet, mais par le degré de travail mental qu'elles supposent : percevoir est l'opération la plus élémentaire, concevoir présuppose des perceptions déjà acquises et soumises par l'esprit à une certaine transformation artificielle, raisonner enfin est impossible sans la pleine possession des deux précédentes facultés et sans un effort méthodique de l'esprit pour en coordonner les produits suivant certaines règles.
TABLEAU DES FACULTCI lNTBLLECTUELLEi
du uni : j externe : sens.
perception j interne : conscience.
de l'absolu : !dées à ^'T' ■ ■ . 1 jugements à priori.
! raison /idée de Dieu/
C du passé : mémoire.
du possible : imagination.
des idées ! abstraction.
uc ucca | généralisation.
' j . j association des idées.
i des raPP°rts j association des images. ( du général au particulier : raisonnement ) déductif.
I du particulier au général : raisonnement [ inductif.
(immédiate et certaine) intuition
(immédiate et incertaine) conception
(médiate et
certaine)
raisonnement
On demandera peut-être pourquoi nous ne faisons pas entrer dans cette liste trois ou quatre
INTELLIGENCE