PROGRAMME DU COURS
Ve partie : Météorologie générale.
I-IV. — La météorologie, sa place dans les sciences, son utilité. — L'atmosphère, sa composition, éléments constants ou variables qu'elle contient : son action sur les températures du globe. — Températures de l'air suivant l'altitude et suivant les saisons. — Températures à la surface du sol ; leur distribution suivant la latitude et dans le cours des saisons. — Circulation générale de l'atmosphère et des mers ; leurs causes ; leur influence réciproque sur les températures des continents. — Lignes isothermes. — V. Atmosphère, Air, Poussières de L'atmosphère, Chaleur, Rayonnementjem-
MÉTIERS
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nerature, Thermomètre, Baromètres, Courant, Humidité, Hygrométrie, Gel, Gelée blanche, Givre.
V-VI. — Perturbations de l'atmosphère, vents, tourbillons et tempêtes. — Origine et mode de progression des vents et tempêtes. — Influence des vents sur l'état du ciel et sur la température de l'air et du sol. — V. Vents, Tempêtes, Baromètre.
VII-X. —Météores aqueux; nuages, pluie, neige, grêle. Relations qui existent entre la pluie et la circulation générale de l'atmosphère ; répartition générale des pluies à la surface du globe. — Relations qui existent entre les pluies et les vents, tourbillons ou tempêtes; distribution des pluies à la surface de la France. — Influence de la position du lieu, de son altitude et des circonstances locales. — Quantité d'eau tombée par jour de pluie, fréquence des pluies et nébulosité du ciel suivant les saisons. — V. Nuage?, Pluie, Neige, Baromètre.
XI-XII. — Electricité atmosphérique ; orages, éclair, foudre, tonnerre ; paratonnerre. — Magnétisme terrestre. — V. Electricité, Orages, Foudre, Paratonnerre, Magnétisme.
XIII. — Phénomènes optiques de l'atmosphère ; aurores boréales, arc-en-ciel, halos; météores, météorites, bolides, aérolithes. — V. Météores, Aèrolithes, Phénomènes optiques de l'atmosphère.
IIe partie: Météorologie agricole.
XIV-XIX. Influence de l'eau sur la végétation ; pluies, irrigations. — Influence de la chaleur sur la végétation ; chaleur atmosphérique, chaleur solaire ; durée des cultures. — Influence de la lumière sur la végétation ; qualité des récoltes. — Climats, régions agricoles ; limites des cultures. — V. Climats, Régions agricoles, Pluies, Irrigations, Inondations.
XX. — Avertissements météorologiques. — Pronostics du temps. — V. Prévision du temps, Météorognosie, Baromètre. [Marié-Davy.l
MÉTIERS. — Connaissances usuelles, XI. — Il est difficile de tracer une ligne de démarcation précise entre les métiers et la grande industrie. On peut dire que les premiers sont ceux auxquels les ouvriers travaillent individuellement ou en trèspetits groupes, oùils n'emploientque des outils relativement simples et dans lesquels leur force musculaire est généralement le seul moteur. Dans la grande industrie, au contraire, la force musculaire de l'ouvrier ne compte plus; sa puissance directrice elle-même perd chaque jour de son importance, à mesure que les grandes machinesoutils se perfectionnent et se spécialisent.
Ce n'est pas ici le lieu de chercher à évaluer d'avance les conquêtes que l'industrie est encore appelée à faire sur le domaine des anciens métiers, ni d'apprécier leur influence probable sur le bonheur humain. En tout cas l'étude et la pratique des métiers resteront les seuls moyens de cultiver une faculté humaine importante, jusqu'ici négligée dans l'éducation générale, nous voulons dire l'habileté manuelle ; c'est grâce à la possession de cette faculté autant qu'à des conceptions théoriques ou empiriques que les inventeurs ont fait les grandes découvertes industrielles, et c'est vraisemblablement elle aussi qui sera le facteur principal des progrès de détail réservés à l'avenir.
C'est afin d'attirer l'attention sur le développement de cette faculté, que nous allons présenter quelques considérations sur les principaux métiers.
L'impossibilité de tout dire à la fois, le besoin de suivre un ordre déterminé, de rapprocli<r les travaux qui ont entre eux des rapports de diverse nature, tout cela nécessite une classification, et. ici comme ailleurs, trouver une bonne classification, c'osl avoir fait la majeure partie de la besogne.
La classification qui séduit tout d'abord consiste à diviser les métiers d'après la nature des besoins qu'ils sont destinés à satisfaire : alimentation, vêtement, logement. Son inconvénient est de laisser de côté un certain nombre de métiers préparatoires à ceux de cuisinier, de tailleur et de maçon, et d'éloigner les uns des autres des travaux analogues. Du reste aucune classification n'est parfaite, et la classification dite naturelle est un idéal dont on se rapproche sans doute, mais qu'on ne peut atteindre. Nous préférerons donc une classification qui fasse mieux comprendre les relations, les analogies des divers métiers, leur dépendance réciproque, les progrès que peut introduire dans l'un l'imitation des procédés employés dans un autre. Celle que nous adoptons a pour point de départ la nature des modifications que l'on fait subir aux matériaux. Ces modifications sont de deux sortes : chimiques ou géométriques. De là deux grandes classes.
La première comprend la cuisine, la conservation des aliments, les industries accessoires ou préparatoires aux métiers du vêtement et du logement, telles que la préparation des fibres textiles, la tannerie, la teinture, la fabrication des produits chimiques.
La seconde peut être subdivisée en trois, d'après le nombre des dimensions dominantes des objets fabriqués ou employés comme matières immédiates.
Dans la première subdivision se place la filature des fibres textiles, de la laine, de la soie, h corderie, le tréfilage des métaux; citons, parmi les industries qui s'y rattachent encore, la fabrication des clous, des épingles, des aiguilles, des chaînes.
La seconde comprend les tissus, tricots, travaux au crochet, toile et réseaux métalliques, la confection des vêtements, et en général le travail du papier, du carton, des étoffes, des cuirs, des lames métalliques.
Dans la troisième, nous placerons à part la culture, l'action de l'ouvrier n'étant qu'une aide accessoire ou une direction des effets naturels, et prendrons pour type : le modelage, d'où dérivent la poterie, la briqueterie, la verrerie, la forge, la fonderie ; et la sculpture, comprenant le travail du bois, des blocs métalliques, de la pierre, les divers genres de gravure. Un grand nombre des métiers que nous avons cités se sont plus ou moins complètement transformés en grandes industries, et des articles spéciaux leur ont été consacrés dans ce Dictionnaire. Nous nous contenterons, dans les quelques considérations que nous allons présenter ici, d'indiquer ce qui ne le serait pas ailleurs.
A. MÉTIERS QUI FONT SUBIR AUX MATIÈRES PRE- MIÈRES une modification CHi.MioiE. — Les animaux mangent leur nourriture telle que la nature la leur fournit, et pour un certain nombre d'entre eux le travail de la digestion absorbe une partie notable de leur énergie. Une découverte qui a transformé les conditions de la vie humaine a démontré que l'action du feu remplaçait une partie du travail d'assimilation, qu'un aliment cuit se digérait plus facilement que le même aliment cru ; et la saveur de cet aliment a paru meilleure, observation probablement connexe avec la première. Les innombrables expériences qui ont suivi cette découverte ont fondé l'art de la cuisine. Cet art en est arrivé aujourd'hui à comprendre une certaine quantité de préceptes pratiques qui devraient trouver leur place dans tout bon enseignement. La cuisine, dont la boulangerie, la pâtisserie, la préparation des conserves, ne sont que des branches, devient déjà souvent, comme ces dernières, une grande industrie. Les manutentions militaires, la compagnie anglaise du pain aéré emploient des machines, des fours continus dirigés par des
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mécaniciens plutôt que par des baulangerg. Dans les grands hôtels des capitales, les casernes, les prisons, le cuisinier emploie aux divers degrés les appareils perfectionnés des industries chimiques. Tandis que le procédé d'Appert, fondé sur la destruction par la chaleur des germes de fermentation contenus dans les aliments enfermés dans des vases hermétiquement clos, ne s'applique guère que sur une grande échelle, toutes les ménagères de la campagne et les petits marchands des villes salent et fument la viande, sèchent des légumes, des champignons, des fruits.
Des métiers préparatoires cités dans notre première classe, il n'y a guère que la préparation, teillage, rouissage du lin et du chanvre, le lavage de la laine qui occupent des travailleurs isolés ; tous les autres sont complètement conquis à la grande industrie.
B. MÉTIERS QUI FONT SUBIR AUX MATIÈRES PRE- MIÈRES UN CHANGEMENT DANS LA FORME GÉOMÉTRIQUE.
— I. Objets où le travail ne porte que sur une seule dimension. — Chi pourrait en dire autant de la plupart des métiers de cette classe : la quenouille et le fuseau sont tombés en désuétude; on voit encore le cordier, entouré de chanvre et marchant à reculons, arracher de sa ceinture les fibrilles qui composeront le brin, mais ce n'est plus toujours un malheureux enfant qui tourne la roue : les ports militaires ont des cordcries comparables aux filatures, sauf la dimension de l'objet fabriqué. Le bijoutier emploie encore la filière aux trous diminuant graduellement pour obtenir le fil d'or ou d'argent dont il ne peut avoir d'avance toutes les dimensions désirables, mais l'industrie seule fournit le fil de fer, de cuivre, de laiton. A l'aide d'un marteau qu'il manie avec une rapidité prodigieuse, le cloutier antique détache d'une baguette de fer rougie un clou irrégulier, pendant que la machine coupe à froid le fil de fer, en façonne sans bruit et par simple pression la tête aux formes géométriques. La chaîne de grosses dimensions rentrerait plutôt dans notre dernière division ; celle de taille moyenne seule se fabrique à la main à froid ; à l'industrie encore appartiennent les chaînes à forme compliquées et celles de petites dimensions, qui atteignent leur minimum sur les fusées des montres et des chronomètres.
IL Objets où le travail porte sur deux dimensions. — La seconde division est le vrai domaine des métiers proprement dits, sinon complètement en ce qui concerne la fabrication des matériaux à deux dimensions, au moins quant à leur utilisation. Après que l'industrie a fourni le papier *, le carton , les étoffes de toute espèce , le cuir *, les lames métalliques, c'est l'ouvrier qui, guidé par des principes géométriques, les découpe à l'aide de procédés analogues. Le problème général est celui-ci : étant donnée une surface déterminée, une partie du corps humain par exemple, la recouvrir de portions de diverses surfaces développables. Le cas le plus simple est évidemment l'emploi immédiat des surfaces planes elles-mêmes, comme pour la plupart des cartonnages. Mais ordinairement le plan doit être plus ou moins déformé, et modifié avec une précision qui varie suivant le but à atteindre. De plus, à leur flexibilité les matériaux employés ajoutent une certaine somme d'élasticité ou de malléabilité qui facilite le problème. Les étoffes, les toiles métalliques aux mailles carrées peuvent dans certaines limites s'allonger ou se raccourcir dans le sens des diagonales ei prendre la forme de surfaces assez compliquées ; les lames d'argent, de cuivre, de fer peuvent à l'aide d'un martelage, qui les allonge surtout dans le sens perpendiculaire à la panne du marteau, être repoussées, et prendre les formes les plus variées. L'industrie obtient sans choc, par des pressions successives, des effets encore plus surprenants et
réussit, entre des poinçons et des matrices parfaitement adaptées, à étendre ou à contracter des lames que les moyens anciens eussent déchirées ou froissées. Les tricots, les travaux au crochet, le filet, sont relativement peu annexés à la grande industrie, et offrent à l'ouvrière les ressources les plus variées ; les mailles sont formées par un seul fil dont les tours successifs viennent se lier aux précédents d'une manière plus ou moins intime; la possibilité de fixer plusieurs points nouveaux à un seul ancien, ou inversement, d'augmenter ou de diminuer, permet de donner au tissu toutes les formes, tous les ornements imaginables ; de plus, le fil, dans les deux premiers tissus surtout, n'est pas tendu, reste arrondi, ce qui leur donne beaucoup d'élasticité et les rend spécialement propres à la confection des vêtements qui doivent s'appliquer exactement, tels que les bas, les gants, etc.
Quels que soient la nature de la surface plane déformée et le rôle qu'elle doit remplir, il est rare qu'un seul morceau puisse suffire à l'exécution de l'objet demandé. Les procédés pour joindre les divers morceaux offrent de l'analogie dans tous les métiers que nous plaçons dans cette seconde classe. Citons, en première ligne, la soudure autogène qui permet de réunir en une seule deux lames de plomb dont les bords sont juxtaposés, en fondant successivement leurs divers points à la flamme du chalumeau. L'usage de flammes puissantes et de petites dimensions permet d'étendre ce procédé à d'autres métaux ou tout au moins d'employer pour le laiton, par exemple, des soudures qui diffèrent à peine par leur fusibilité, leur couleur, leurs diverses propriétés, du métal qu'elles ont à joindre. Le ferblantier, le plombier emploient des soudures tout à fait différentes des métaux à unir, et leur travail a l'analogie la plus proche avec celui du cartonnier, du relieur, de l'ébéniste ; la colle forte, la colle de pâte remplacent les alliages fusibles ; les mêmes précautions sont h prendre pour le rapprochement des surfaces à unir, pour le nettoyage parfait qui assurera leur adhérence à la substance interposée.
La couture des étoffes, des peaux, du cuir fut sans doute l'un des premiers métiers. L'aiguille rudimentaire, os pointu ou arête de poisson percée, se retrouve dans les anciens restes de la civilisation primitive ; l'aiguille moderne, merveille de perfection et de bon marché, type de ce que peuvent accomplir les forces industrielles, est l'instrument inévitable de toutes les ménagères. Nous devons renvoyer pour les détails sur ce sujet aux traités spéciaux, bien qu'une partie théorique des plus intéressantes y soit toujours négligée ; c'est cependant grâce à l'intuition de cette théorie que le métier si minutieux de couturière a subi dans ces vingt dernières années une transformation complète par l'introduction de la machine à coudre. Tout a dû être méthodiquement calculé, longueur, tension, résistance des fils, distance des points successifs. A l'aiguille qui passe tout entière à travers l'étoffe, entraînant un bout de fil limité, on a substitué l'aiguille entrant en partie dans l'étoffe et y laissant un fil illimité dont chaque point se bouclait avec le précédent ; la machine fondée sur ce principe, employant un seul fil d'une longueur triple de la couture effectuée, forme le point de chaînette décousable, ce qui est tantôt un inconvénient, tantôt un avantage. Une deuxième sorte de machine, dont le travail n'avait aucune analogie avec celui que la couturière effectue à la main, produisit à l'aide de deux aiguilles et de deux fils indéfinis un point difficilement décousable, qui compte encore des amateurs ; mais la machine à navette, inventée^ simultanément par Singer et par Howe, paraît le der-
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nier mot du progrès, détails à part. Deux fils de longueur é<j;ale à la couture s'entrelacent à chaque point. L/un, indéfini, est conduit par boucles successives à travers l'étoffe par une aiguille semblable à celle de la machine à point de chaînette ; l'autre, enroulé sur une petite bobine placée dans la navette, traverse à chaque point la boucle formée par l'autre fil ; tous deux se serrent en même temps, et le résultat est un point presque identique à celui des selliers et des cordonniers. Ces derniers cousent avec deux fils imprégnés de poix agglutinante, portant aux extrémités, au lieu dvaiguille, une soie de sanglier raide et suffisante pour introduire le fil dans un trou percé d'avance avec une alêne.
Le rivetage, employé à joindre les cuirs, les lames métalliques, est analogue à la couture ; le fil de fer ou le rivet a ses deux extrémités élargies par choc ou pression, la jonction est parfaite. Ajoutons, comme mode de jonction des lames métalliques, le bouclage des ferblantiers, l'assemblage à queue des chaudronniers, lesquels donnent, après que la pièce est soudée ou brasée, un résultat d'une solidité absolue.
III. Objets où le travail porte sur les trois dimensions. — Dans cette dernière section, nous ne citons que pour mémoire le métier de cultivateur et ses nombreuses variétés. Il ne façonne pas directement la matière ; il vient en aide aux forces naturelles des êtres organisés, en dirige l'action en intervenant sans cesse dans la lutte pour l'existence qui est le fait dominant de la vie animale et végétale ; il entrave ou arrête le développement des espèces les moins utiles ou nuisibles, facilite le développement de celles qui lui servent.
Le travail de la matière, quand ses trois dimensions sont d'égale importance, peut se rapporter à deux types, le modelage et la sculpture. Ce sont bien les deux premiers efforts de l'humanité, et, quelque grand que puisse être dans l'avenir le rôle de la machine, le modelage et la sculpture sont des domaines d'où la main ne sera jamais chassée. Si, dans leurs manifestations les plus élevées, ces travaux appartiennent à l'art, plusieurs métiers proprement dits s'y rattachent. La poterie, la briqueterie donnent toutes les formes aux diverses argiles que des cuissons convenables transforment en véritables pierres.
Le verrier modèle à son gré le verre amené par la chaleur à l'état pâteux, le forgeron agit sur le fer ramolli; mais, moins favorisé que le verrier, il n'obtient de résultats qu'à l'aide des chocs du marteau. Il n'appartient qu'aux puissances de la grande industrie de modeler les métaux chauds ou froids comme des matières plastiques. Les médailles, les monnaies se coupent sans bruit à l'emporte-pièce, et la plus fine gravure y est non frappée, mais imprimée par de formidables presses aux mouvements déterminés de la manière la plus exacte. La fonderie elle-même se rattache de loin au modelage, soit par la fabrication de moules à l'aide du sable, de l'argile, soit par la pression que ceux-ci exercent sur la matière amenée par la fusion au maximum de plasticité.
La taille de la pierre est à la sculpture ce que l'art du briquetier est au modelage. La scie pour les pierres tendres, le burin et le marteau pour toutes, sont les instruments à l'aide desquels l'ouvrier applique sa force musculaire et son adresse. Le graveur sur métal, 6ur bois, conserve presque toujours l'outillage individuel ; la molette tournant rapidement est indispensable au lapidaire, au graveur sur pierre, et commence à pénétrer, transformée, dans le façonnage du bois et des métaux. De la sculpture dérivent les travaux plus géométriques du charpentier, du menuisier, du tourneur, du mécanicien. En général lessurfaces qu'ils
produisent peuvent être considérées comme engendrées par des lignes droites, des cercles; d'où I n~a-.; d'appareils tantôt rudimentaires, tantôt compliqués, spécialement propres à produire ces surfaces, rabot, tour, foret.
Par les procèdes employés pour joindre les diverses pièces d'un même objet, les métiers de cette section se rapprochent de ceux de la précédente. Les clous, les chevilles, les vis sont les analogues des rivets ; les assemblages du charpentier, du menuisier ne sont que des modifications de ceux employés dans le travail des lames minces. Les colles diverses, les soudures y jouent le même rôle.
A la fin de notre rapide promenade à travers les métiers, nous trouvons la construction des édifices, depuis la plus humble masure jusqu'au palais. Dans la jonction des masses pesantes de pierre, de métal ou de bois qui les composent, on s'arrange autant que possible pour que ces matériaux restent en équilibre sous la simple action de la pesanteur, abstraction faite des mortiers, des ciments considérés comme agglutinants ; et, quand c'est impossible, il faut avoir recours aux puissants liens de fer qui seuls peuvent longtemps résister à un effort continu. Les mortiers, les ciments ne servent qu'à combler les vides, ou à résister à des actions temporaires notablement inférieures à celle de la pesanteur. Leur rôle diffère donc essentiellement de celui des colles et des soudures.
A cette courte revue des métiers, sous le rapport technique, il y aurait à ajouter quelques notions sur l'histoire de leur naissance, de leur développement ; mais, à ce point de vue, à défaut d'une nomenclature avec dates précises dont il serait impossible de retrouver les éléments, on trouvera tout ce qui est nécessaire dans les articles Industrie et Invention. [Paul Robin.]
.MEXIQUE. — Histoire générale, XVII-XXVI. — I. Temps primitif*. — L'histoire des premiers habitants du Mexique est tout à fait inconnue. C'est seulement à partir du vr* ou du vne siècle de notre ère que l'on constate en cette contrée l'existence d un corps de nation et d'un gouvernement à peu près régulier. Les Toltèques, peuplade venue du Xord (et qui paraît originaire de l'Asie), envahirent vers l'an o44 (s'il faut en croire les traditions du pays) le haut plateau d'Anahuac. Ils y établirent le culte du dieu Quetzalcohuatl, comme l'attestent les pyramides de Cholula, de Papantla et de Téotihuacan. Leur domination fit place, au xe ou xie siècle, à celle des Chichimèques, des Tlascalais, des Acolhuis, nations plus grossières, qui se disputèrent longtemps le pays, mais finirent par se policer au contact des vaincus. Le Mexique subit encore, du xie au xuie siècle, une troisième invasion, celle des Aztèques. Ces derniers venus, vaincus d'abord et asservis par les Acolhuis, construisirent, après avoir recouvré leur indépendance, la ville de ïenochtitlan (que les Européens ont appelée Mexico, de Mexi ou Mexitli, ancien chef divinisé des Aztèques). A partir de cette époque (1325), ils ne cessèrent d'étendre leur empire. Le plus puissant et le plus redouté de leurs rois paraît avoir été Montézuma, qui vivait au commencement du xvie siècle. A ce moment, si l'on ne tient pas compte du petit Etat de Tlascala, qui formait une sorte de république, l'immense région comprise entre la Californie et l'Amérique centrale constituait une monarchie féodale, dont le chef ne régnait qu'à condition de respecter les privilèges de ses vassaux. La noblesse possédait presque toutes les terres et n'avait d'autre métier que celui des armes. La plèbe vivait dans le servage: des terres communes (cal- . lui étaient assignées dans chaque province pour sa subsistance. Les prêtres, fort nombreux, attachés auj temples [teocallij des divinités mexi-
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caincs (dont la principale était Mexi ou Huitzilopotli, personnification du soleil), sacrifiaient souvent des victimes humaines. Mais, en dehors de ces pratiques sanguinaires, les mœurs de la nation étaient assez douces. Les Aztèques cultivaient la terre avec soin. De nombreuses routes leur facilitaient les relations commerciales, mais ils ne possédaient pas de bêtes de somme. L'or et l'arjent abondaient dans leur pays, mais s'ils excellaient à en confectionner des objets d'art, ils n'at-aient pas l'idée d'en faire des moyens d'échange. Ils avaient du goût pour les sciences mathématiques, pour l'astronomie, et avaient dressé un calendrier plus parfait que celui des anciens Romains. Enfin, leurs aptitudes artistiques nous sont révélées par leurs délicates poteries et par ceux de leurs monuments religieux (pyramides tronquées, tombeaux, etc.), qui ont échappé au vandalisme fanatique des conquérants (ruines de Palenqué, d'Ytzalan, etc.).
II. Conquête du Mexique par les Espagnols. — Dès 1515. Velasquez, gouverneur espagnol de Cuba, avait fait explorer par Hernandez de Cordova la presqu'île du Yucatan. Un peu plus tard, un autre de ses lieutenants, Grijalva, s'avança jusqu'à Guajaca et put apercevoir les bannières blanches de Montézuma. Mais la conquête du Mexique ne commença qu'en 1519. Elle fut l'œuvre de Fernand Cortez, gentilhomme ambitieux et hardi, qui, envoyé par Velasquez, puis rappelé, refusa d'obéir, brûla ses vaisseaux et commença par fonder la ville de la Vera-Cruz. Il n'avait avec lui que 653 soldats (dont 13 armés de mousquets et 32 d'arquebuses), 16 chevaux et 10 petits canons de campagne. Mais, bien secondé par une jeune fille du pays, qui lui servait d'interprète, et. profitant de la terreur inspirée par les armes à feu aux indigènes, qui le prenaient pour le dieu Quetzalcohuatl, il poussa rapidement jusqu'au centre de l'empire. Comme il détruisait partout les temples, brisait les idoles et imposait de force le christianisme, les prêtres de Cholula essayèrent de l'attirer dans un piège, pour le massacrer, lui et ses hommes. Cortez se vengea en saccageant, cette ville, dont il fit égorger presque toute la population. L'Etat de Tlascala s'était soumis à lui. Plusieurs caciques, vassaux de Montézuma, étaient aussi devenus ses auxiliaires. Le roi de Mexico voulut éloigner les étrangers par dg riches présents, qui ne firent que surexciter leur convoitise. Obligé de recevoir pompeusement Cortez, ce malheureux souverain devint bientô: son prisonnier. Le conquérant dut, il est vrai, en mai 15'20, quitter la capitale pour marcher contre Narvaez, que Velasquez avait envoyé contre lui, et que, du reste, il ne tarda pas à faire passer sous ses ordres. En son absence, son lieutenant Alvarado avait fait périr les principaux chefs de la noblesse mexicaine. Un soulèvement national s'était produit. Cortez, rentré à Mexico, vit tomber Mon- .ézuma. tué par les insurgés, et se trouva dans une situation si critique qu'il crut devoir se retirer — de nuit — avec sa petite troupe, pour aller demander des renforts à ses alliés (1er juillet). Moins de six mois après, il était de retour avec deux cent mille auxiliaires. Guatimozin, successeur de Montézuma, ayant refusé de traiter avec lui, le siège de Mexico fut régulièrement entrepris fmai 1521). Il dura plus de 80 jours et amena la prise et la destruction presque totale de la ville (13 août). Plus de cent mille habitants avaient péri. Les Espagnols recueillirent des richesses immenses. Guatimozin fut pris et, comme il refusait d'indiquer l'endroit où était caché le trésor de son prédécesseur, on l'étendit sur des charbons ardents avec un de ses ministres. Ce dernier poussant des gémissements : Et moi, dit le roi, suis-je donc $:irun lit de roses? Bientôt, du reste,
Cortez fit mettre à mort Guatimozin et la plupart des caciques mexicains. Il est juste de dire qu'il fit rebâtir Mexico et qu'il n'épargna rien pour attirer dans la Nouvelle-Espagne (ainsi qu'il appelait sa conquête) la civilisation européenne. La prise de possession de l'empire des Aztèques par les Espagnols fut complétée par les expéditions heureuses que l'audacieux aventurier envoya ou conduisit jusque dans le Guatemala et le Honduras (1521- 15-25). Plus tard, il fit explorer et parcourut luimême les côtes occidentales du Mexique et particulièrement la presqu'île de Californie (1533-153C). Mais après avoir enrichi Charles-Quint en lui donnant, comme il disait, plus de provinces que ses ancêtres ne lui avaient laissé de villes, il éprouva toute l'ingratitude de ce prince, qui lui retira le gouvernement de la Nouvelle-Espagne. Il mourut à Séville, presque oublié, en 1547.
III. Le Mexique sous la domination espagnole. — Pendant près de trois siècles, le Mexique a été soumis à un joug de fer et presque stérilisé par un despotisme religieux et administratif dont il se ressent encore cruellement de nos jours. Les vicerois (dont le premier fut Mendoza, nommé en 1536), étaient, il est vrai, révocables ; le pouvoir judiciaire, attribué à l'aucliencia ou tribunal suprême, leur échappait; le Conseil des bides,' siégeant à Séville, avait sur eux un droit de contrôle; enfin il leur était défendu de prendre femme dans la Nouvelle- Espagne et d'y acquérir des terres. Ils n'en exerçaient pas moins, vu l'éloignement de la métropole et l'impossibilité d'une surveillance exacte, une autorité presque arbitraire, dont ils n'usaient en général que pour s'enrichir par tous les moyens. Au-dessous d'eux, douze intendants procédaient à peu près de même dans les provinces (Potosi, Sonora, Durango, Guadalaxara, Yucatan, Mexico, Oaxaca, Vera-Cruz, Michoacan, Puebla, Zacatecas et Guanaxuato). Dans les villes, les pouvoirs, d'abord électifs, des alcades et regidores d'une part, des ayuntamientos (ou conseils municipaux) de l'autre, ne tardèrent pas à être usurpés par legouvernement central. Non contente des revenus énormes qu'elle tirait des mines d'or et d'argent, presque inépuisables, du Mexique, l'Espagne s'attribua dans cette colonie le monopole de l'importation et de 1 exportation. Elle y interdit ou restreignit singulièrement certaines cultures qui auraient enrichi ce pays (celles du cacao, du café, de l'indigo, par exemple). Quant aux colons, ils avaient commencé par décimer, comme à plaisir, la population indigène. Charles-Quint, il est vrai, garantit aux Mexicains, par une loi, la liberté personnelle. Les neuf dixièmes des indigènes n'en demeurèrentpas moins, jusqu'à la fin du xvmc siècle, serfs de la glèbe. Les chrétiens purs ou espagnols exerçaient seuls les fonctions publiques et, presque seuls, possédaient les terres. Les bastes ou métis étaient artisans. Au point de vue religieux, l'Inquisition régnait au Mexique comme en Espagne. Un clergé fanatique, astucieux et peu instruit, disposait d'immenses richesses et maintenait la nation dans une ignorance telle que, sur plus de 4 millions d'habitants que comptait la colonie au commencement de ce siècle, trois ou quatre cent mille à peine savaient lire et écrire.
IV. Guerre de l'indépendance. — Les métis, qui formaient la classe la plus énergique de la population, aspiraient depuis longtemps à l'indépendance. Les Indiens étaient prêts à les soutenir. L'usurpation de Joseph Bonaparte en Espagne (18JS) servit de prétexte aux patriotes mexicains pour se soulever. Le curé Hidalgo, qui, en 1810, donna le signal de la guerre de l'Indépendance, fut battu et fusillé (1811). Morelos, qui réunit un Congrès et fit voter une constitution (1812), n'eut pas un sort plus heureux. Mina, qui prit les armes en 1815, fut également mis à mort. Mais la révolu-
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tion espagnole de 1820 eut son contre-coup au Mexique. Le général Augustin Iturbide, après s'être insurgé contre le vice-roi Apodaca (février 1821). le força de quitter le pays. Il finit par se faire proclamer empereur par un congrès (1822;. Mais, violemment attaqué par plusieurs de ses lieutenants (Vittoria, Gucrrero, Santa-Anna), il dut abdiquer (1« mai 1823) et faire place à la république. L année suivante, il reparut en armes au Mexique, mais fut presque aussitôt pris et fusillé (i9 juillet 1824). Vittoria, qui venait de faire adopter (janvier; par le Congrès une constitution semblable à celle des Etats-Unis (moins le principe de la tolérance religieuse), fut le premier président de la fédération mexicaine. Il lui fallut, pour satisfaire au vœu national, expulser une grande partie des Espagnols qui étaient restés dans le pays. L'affranchissement de l'ancienne colonie fut complété par la défaite et la capture du général Barradas, lieutenant de Ferdinand VII (1829).
V. Guerres civiles et intervention française. — Malheureusement, le Mexique était mal préparé par le régime oppressif qu'il avait si longtemps subi à l'exercice régulier du gouvernement républicain. Le peuple n'avait presque pas conscience de ses droits. Les généraux n'avaient d'autre souci que de s'emparer du pouvoir. Les principes de l'unitarisme et du fédéralisme, la liberté et la religion, n'ont guère été, dans ce pays, depuis 1824 jusqu'à nos jours, que des prétextes à coups d'Etat. Jusqu'en 1855 le parti unitaire et rétrograde a eu presque constamment le dessus, grâce à Santa-Anna qui, parvenu au pouvoir après plusieurs révolutions militaires (1833) et renversé vainement quatre fois, a exercé plus de vingt ans sur son pays la plus déplorable influence. C'est sous son administration que le Texas s'est déclaré indépendant (1836;. L'annexion de cette contrée aux Etats-Unis (1845) amena (1846-1848) une guerre funeste au Mexique, qui dut céder à ses puissants voisins non seulement le territoire en litige, mais le Nouveau-Mexique et la Califorsie (1848). Après la chute définitive de Santa-Anna, la fédération étant rétablie, le président Comonfort (1856) essaya sans succès de réconcilier les partis. La guerre civile sévit pendant plusieurs années avec une nouvelle violence. Enfin, après le court passage au pouvoir du général Miramon, champion de l'aristocratie et de l'Eglise (1859-1860), les libéraux venaient de triompher avec Ortega et Juarez, et ce dernier venait de prendre possession de la présidence (18G1), lorsque le Mexique eut à repousser l'invasion étrangère. L'Angleterre, 1 Espagne et la France, au nom de leurs nationaux, dont les intérêts avaient été lésés par le gouvernement toujours obéré de Mexico, occupèrent de concert la Vera-Cruz. De ces trois puissances, les deux premières, ayant reçu satisfaction, se retirèrent après la convention de la Soledad (1862). Mais la France, ou plutôt Napoléon III, qui exigeait le payement intégral d'une créance usuraire et qui se proposait de conquérir tout le pays pour y rétablir la monarchie, persista dans son action. L'échec du général Lorenccz devant Puebla (5 mai 1862) ne l'arrêta pas. En février 1863, le général Forey, à. la tête de 35,000 hommes, reprit l'offensive. Cette fois, Puebla, rempart de Mexico, dut capituler, après deux mois du siège (mai), et les Français entrèrent dans la capitale du Mexique (10 juin;, pendant que Juarez, sans désespérer, se retirait vers le nord. Bientôt, sous la pression d<;s vainqueurs, la constitution fut renversée, l'empire proclamé et la couronne offerte à l'archiduc Maximilien d'Autriche. Ce prince, qui vint s'établir à Mexico en juin 1864, n'eut jamais pour lui que quelques traîtres, appartenant pour la plupart à l'Eglise et au parti de la réactu)Ô, et qui, dès 1866, le trouvant sans doute trop libéral,
se retournèrent presque tous contre lui (conspiration de Santa-Anna). Le gros de la nation le haïssait et soutenait moralement Juarez, dont les guérillas tenaient encore une grande partie du pays. Quand Napoléon III, reconnaissant enfin la faute qu'il avait commise, et sommé par les Etats- Unis de rendre le Mexique à lui-même, annonça l'intention de rappeler ses troupes, Maximilien, qui ne put le faire revenir sur sa détermination, se montra d'abord disposé à abdiquer (déc. 1866). Mais, cédant aux instances et aux promesses d'une partie du clergé, il se décida finalement à défendre seul sa couronne. En février 1867. l'armée française, sous les ordres de Bazaine, se retira. Les troupes républicaines réoccupèrent aussitôt presque tout le Mexique. Maximilien était allé s'enfermer à Queretaro (13 mars,. Deux mois après, la trahison de Lopez le livra au général Escobedo, qui l'assiégeait (15 mai). Il ne tarda guère à être jugé, condamné à mort par un conseil de guerre, et fusillé (19 juin) en même temps que les généraux Miramon et Mejia, qui, jusqu'au bout, étaient demeurés ses partisans.
VI. Le Mexique depuis la mort de Maximilien. — Le 15 juillet 1867, Juarez rentra triomphalement à Mexico. Béélu président en octobre, il s'appliqua à effacer les traces de l'invasion, fit voter l'amnistie de 1869 et s'efforça par des lois sages (sur la presse, sur le jury, etc.) et par des entreprises utiles (chemins de fer, lignes télégraphiques, etc.) d habituer le pays au régime de la liberté et aux travaux de la paix. Malheureusement, de nouvelles insurrections se produisirent. Juarez, maintenu à la présidence en octobre 1871, luttait énergiquement contre les rebelles, quand une mort subite l'arrêta dans son œuvre réparatrice (juillet 1872). Son successeur, Lerdo de ïejada, a fait voter en 1873 des lois destinées à affranchir la société civile de l'autorité ecclésiastique. Vivement attaqué par le clergé, qui n'a pas hésité à fomenter des troubles graves dans plusieurs Etats, il a été renversé, après une longue lutte, par le général Porfirio Diaz (1876). Mais ce dernier, qui est devenu président en avril 1877, appartient au même parti que son prédécesseur et semble devoir continuer la politique de Juarez et de Lerdo de Tejada. [A. Debidour.]
MIASMES. — V. Contagion et Humi
MILIEU. — Hygiène, IV et V. — En hygiène, on appelle milieu l'ensemble des circonstances extérieures qui influencent le développement et le fonctionnement des organes; qui modifient l'homme au point de vue physique, intellectuel et moral. Toutefois l'hygiène étudie surtout en détail les modifications physiques.
Nous allons embrasser, en traitant ce sujet, tout ce que nous aurions pu éparpiller aux mots Atmosphère, Eau, Electricité, S'il, etc.; mais nous renvoyons pour certains détails spéciaux aux mots Climat, Epidémies, Contagion, Maisons, Profession.
L'aih. — Air libre. — Le corps de l'homme est soumis, au niveau de la mer, à une pression d'environ 18 000 kilogrammes. Cette pression se trouvant également répartie à l'intérieur et à l'extérieur, nous n'en avons pas conscience et elle n'entrave pas nos mouvements. Les poissons supportent, pour la même raison, des pressions cet ! fois plus considérables, sans rien perdre de leur agilité.
Si nous descendons au fond d'une mine, la pression augmente; elle diminue lorsque nous nous clivons au-dessus du niveau de la mer. Des expériences récentes permettentd'expliqner l'influence de la pression sur le sang. Quand elle augmente, lo sang contient plus d'oxygène et la' proportion d'acide carbonique est sensiblement diminuée. Quand la pression diminue, on constato un ap-
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pauvrissement en oxygène et en acide carbonique.
Il est rare que l'on séjourne assez profondément dans l'intérieur de la terre pour que l'accroissement de pression barométrique modifie puissamment les fonctions. On se trouve d'ailleurs soumis à d'autres causes perturbatrices beaucoup plus importantes, viciation de l'air, humidité, absence de lumière, qui compliquent les résultats. La même pression, produite artificiellement, à la surface, ne produirait qu'une certaine accélération des fonctions vitales.
Les habitants des montagnes et des hauts plateaux, soumis à une faible pression atmosphérique, ont le sang moins oxygéné que les habitants des plaines basses. Cette condition entraîne une diminution dans la force musculaire. Ils ont besoin d'un excédent de nourriture réparatrice pour accomplir le même travail que l'homme de la plaine.
Sur les lieux élevés, la phtisie est rare, mais le poumon et le foie se congestionnent facilement ; les fièvres des marais offrent moins de fréquence et de gravité que dans les lieux bas.
L'air des montagnes produit certainement sur les voyageurs et les nouveaux venus une action excitante, tonique, mais il faut tenir compte du changement de régime, de milieu, d'habitudes. Les montagnards, en France, ne présentent pas une mortalité moindre que les gens des plaines et des vallées. C'est d'ailleurs dans cet air, dont on vante par routine les qualités, que vivent, sur divers points du globe, à diverses hauteurs, les êtres dégénérés que l'on nomme crétins. Un exercice suffisant, la vie au grand air, des habitudes régulières aguerrissent le montagnard, mais il faut attendre de nouvelles études pour attribuer une influence bienfaisante au séjour des montagnes. On sait déjà qu'il ne faut pas y envoyer les malades atteints de phtisie aiguë ou d'autres affections du poumon, ceux qui souffrent du cerveau ou du cœur. Les personnes qui s'en trouvent le mieux sont celles d'un tempérament lymphatique, débilitées par l'anémie, le séjour des grandes villes, l'hypocondrie. Mais les bons résultats obtenus ne dépendent pas, probablement, de l'air des montagnes, de sa moindre pression, mais de sa pureté, et surtout du changement d'habitudes de ceux qui vont y chercher la santé.
En Europe, il y a au plus 20 000 individus vivant à une altitude de 1200 mètres. Les religieux du Saint-Gothard, qui résident à 2075 mètres, ceux du Petit Saint-Bernard, à 2250 mètres, succombent, au bout de peu d'années, à la phtisie amenée graduellement par l'appauvrissement du sang.
L'effet produit varie d'ailleurs beaucoup avec la latitude. Ainsi on trouve dans les Andes des villes florissantes à des hauteurs de 2600 à 4000 mètres. Potosi, la ville la plus élevée du globe (40C0 mètres) compte plus de 20 000 habitants.
Lorsqu'on s'élève rapidement dans l'atmosphère, en gravissant une montagne, l'effort musculaire fait perdre graduellement au sang une portion de son oxygène qui n'est pas renouvelée. Les accidents nommés mal des montagnes, fatigue, douleurs articulaires, fréquence du pouls, palpitations, soif, nausées, commencent à se faire sentir, en Europe, vers 4000 mètres, mais, dans les pays où la limite des neiges perpétuelles est bien plus reculée, l'air étant moins froid, on consomme moins d'oxygène pour arriver à cette hauteur, et les accidents sont retardés.
L'air en mouvement ou vent agit sur l'homme par son action mécanique, par ses qualités météorologiques, par les matières qu'il transporte.
Les bouffées de vent modéré produisent sur la peau un effet comparable à celui des vagues, elles agissent mécaniquement, compriment les vaisseaux capillaires superficiels et favorisent la cir-
culation. Le bain d'air peut donc être tonique. Si le vent est rapide, il cause une compression qui peut devenir douloureuse et susciter une réaction trop vive du sang refoulé.
La vitesse de l'air augmente l'effet de ses propriétés météorologiques, surtout en raison de sa température et de son humidité. L'air froid en repos nous impressionne bien moins que s'il est agité, car alors de nouvelles molécules se mettent à chaque instant en contact avec l'épiderme pour lui enlever de la chaleur. Si le vent est humide, ie refroidissement de la peau est encore plus sensible, car la vapeur d'eau est meilleur conducteur do la chaleur que l'air. L'air chaud et immobile nous semble étouffant parce que les parties en contact avec ia peau se saturent d'humidité et s'opposent dès lors à la transpiration pulmonaire et cutanée, c-ources de froid que nous favorisons par une ventilation artificielle.
Les vents acquièrent certaines qualités suivant les pays qu'ils traversent. Ainsi en France les vents qui nous arrivent du nord-est, après avoir parcouru la Sibérie, la Russie et une partie de l'Allemagne, sont froids et secs ; les vents du sud et du sud-est, soufflant de l'intérieur de l'Afrique, se chargent de vapeurs en traversant la Méditerranée et nous apportent un air chaud et humide dont l'influence déprimante est manifeste. Les vents d'ouest, qui arrivent de l'Atlantique, dans la direction du courant marin chaud nommé Gulf-Stream, sont chargés de vapeurs qui se condensent en pluie s'ils rencontrent un courant d'air froid. La présence des montagnes change la direction, la sécheresse et l'humidité des vents. Ainsi un courant chaud et humide, passant sur un sommet glacé, y perdra sa vapeur d'eau et son calorique ; il descendra froid et sec dans la plaine.
L'air en mouvement entraîne souvent des poussières, des miasmes, des émanations dangereuses. Au voisinage des marais le vent dissémine les germes des fièvres intermittentes. Un rideau d'arbres suffit pour empêcher cet effet pernicieux des vents locaux.
Air tojifiné. — L'air qui a servi à la respiration ou qui est demeuré quelque temps en contact avec notre corps est empoisonné. 11 n'y a de santé parfaite qu'à l'air libre ou continuellement renouvelé. L'air confiné est une des principales causes d'affaiblissement, de maladies et d'abâtardissement. Voilà des vérités qu'il faudrait avoir toujours présentes à l'esprit.
On peut respirer, sans éprouver de gêne sensible, une atmosphère chargée artificiellement d'un centième d'acide carbonique pur. Mais quand l'air d'une chambre se trouve chargé, par la respiration, de la même proportion d'acide carbonique dégagé par les poumons et par la peau, on y éprouve un malaise qui devient bientôt intolérable. C'est que les poumons et la peau ne versent pas seulement dans l'air do l'acide carbonique formé aux dépens de son oxygène, ces organes exhalent en même temps plusieurs substances azotées, putrescibles, qui infectent rapidement le milieu où elles se dégagent. Le danger de l'air confiné provient surtout de leur présence, mais l'accumulation d'acide carbonique complique toujours l'asphyxie, ou plutôt l'emprisonnement causé par l'air confiné.
Un animal renfermé dans un espace clos dans lequel on entretient l'arrivée d'un courant d'oxygène, meurt lorsque sa présence a produit une quantité d'acide carbonique assez considérable pour s'opposer à la sortie de l'acide carbonique du sang. Miis si on absorbe à mesure l'acide carbonique exhalé, l'animal meurt néanmoins dans le milieu artificiel bien pourvu d'oxygène, si l'atmosphère non renouvelée laisse accumuler les matières azotées.
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C'est donc la présence de matières organiques d'origine animale qui rend spécialement dangereux l'air confiné. Pour constituer Y encombrement au point de vue de l'hygiène, c cst-à-dire un danger sérieux, il n'est pas nécessaire que le nombre de personnes rassemblées dans le même local soit considérable, il suffit qu'il y ait disproportion entre le nombre de ces personnes et la quantité d'air pur dont elles disposent. Un seul homme dans une petite chambre peut produire l'encombrement et succomber aux effets de l'air confiné. Les animaux agissent comme l'homme.
L'encombrement ne se manifeste pas d'ordinaire par l'apparition soudaine de maladies graves comme le typhus, mais sous son influence les maladies communes deviennent plus nombreuses, puis prennent graduellement un caractère grave et épidémique. Cependant le typhus peut éclater d'emblée lorsque l'air est rapidement empoisonné par le miasme humain. On ne connaît pas la nature de ce poison, on ne peut attribuer les accidents morbides à la seule présence d'organismes microscopiques, agents de putréfaction dans notre corps et partout ailleurs, mais sa présence se révèle toujours par des symptômes que le médecin classe aujourd'hui sans hésiter.
L'air confiné n'agit pas toujours en provoquant une maladie aiguë. Son action peut être lente et miner graduellement la santé jusqu'à produire la phtisie pulmonaire. Les observations suivies dans les casernes, à bord des navires et dans les locaux encombrés, concordent à démontrer que la phtisie, le fléau qui fait le plus de victimes, peut provenir uniquement du manque d'air pur. De plus, l'agent virulent de la phtisie est transmissibie et communicable, de sorte qu'une fois répandu dans une caserne, un navire, une prison, une maison particulière, un atelier, toutes les personnes qui respirent cet air empoisonné sont sous le coup de la maladie, et les plus faibles, les prédisposées sont les premières victimes. Ainsi le miasme humain suffit pour causer par infection la phtisie pulmonaire, dont le produit morbide, le tubercule, peut ensuite se propager par contagion.
On ne saurait trop insister dans les leçons d'hygiène sur l'importance capitale du milieu en ce qui concerne l'air respirable. L'air pur est aussi nécessaire, plus nécessaire même que l'aliment, car on peut vivre plusieurs jours sans manger, et il suffit de séjourner quelques heures dans l'air confiné, empoisonné par le miasme humain, pour mourir sur place ou pour contracter le germe de maladies mortelles. Il faut absolument vaincre à ce sujet l'indifférence ; le seul moyen, c'est d'éclairer sur le danger. Il ne suffit pas de dire : « Respirez un air pur; » on doit discuter, prouver, intéresser, émouvoir. Répétez en toute occasion cette phrase de J. -J.Rousseau : « L'haleine de l'homme est mortelle à l'homme, » afin que l'on comprenne l'importance de la ventilation constante et du nettoyage fréquent de tout ce qu'a touché le miasme humain : linge, vêtements, literie, meubles, murailles. Un milieu d'air pur est un milieu de santé et de longévité.
La luiuèke. — L'homme n'a pas seulement besoin d'air libre et pur, il lui faut, comme à la plante, la lumière qui modifie les phénomènes de la vie. Placez des œufs de grenouille dans deux vases pleins d'eau, l'un transparent, l'autre opaque ; dans le premier ils se développeront normalement, dans le second il n'y aura que des rudiments d'embryons. Des têtards placés au soleil dans les mêmes conditions se développent d'une façon très différente. Les plantes s'étiolent et meurent dans l'obscurité : les fleurs, les fruits sont de la lumière vivante.
Allez dans les crèches, dans les salles d'asile, dans les écoles des grandes villes et contemplez ces
frêles créatures, chétifs descendants d'une génération débile. Voyez-le, ce petit : membres grêles, démarche hésitante, mouvements indécis, chairs flasques, peau terne d'un jaune cendré, cou long et maigre, tête trop forte en apparence parce que le corps est en retard, pommettes saillantes, nez pincé, lèvres minces et pâles, oreilles plates et transparentes, œil enfoncé dans un cercle bleuâtre, expression anxieuse, physionomie de vieillard. Cet enfant a vécu dans un mauvais milieu, privé d'air et de lumière. De l'air! du grand soleil ! de libres ébats sur l'herbe! voilà le salut. Avec cela vous en ferez un enfant rose et joufflu, un peu diable, il le faut, mais cœur d'or, car le fond est bon quand le corps est sain. Puis, quand il sera fort, vers les dix ans, vous pourrez l'envoyer à l'école, à la condition qu'il y trouve en abondance l'exercice, l'air et la lumière.
Ce n'est pas seulement l'enfant du travailleur, du prolétaire, qui s'atrophie dans une atmosphère sombre et confinée. La postérité de ceux que l'on appelle « les heureux de la terre » n'est pas mieux partagée. L'avantage est même parfois du côté de l'enfant pauvre. La rue ou le chemin lui appartiennent et il peut, de temps à autre, y jouer en liberté. Mais dans les classes aisées, l'éducation première commence par supprimer tout ce dont l'enfant a le plus besoin. Les appartements sont bien clos, assombris par des tentures, et Bébé doit comprendre, avant son premier mot et son premier pas, que l'immobilité est l'apanage des enfants bien élevés. Aussi Bébé est sage, mais à quel prix! sauf une peau de satin et de fines petites manières, on dirait le frère jumeau de celui que nous contemplions tout à l'heure. Les parents disent qu'il est délicat, mignon, mais pour nous, l'un et l'autre sont d'innocentes victimes de l'ignorance, de l'insouciance, des préjugés. Plaignonsles également, car ces corps débiles ne peuvent servir de demeure à des âmes bien trempées: en étiolant le corps, on atrophie et pervertit l'intelligence. De l'air! de la lumière!
Nous renvoyons au mot Vue pour ce qui concerne 1 influence de la lumière sur ce sens et sur ses organes.
Les eacx. — Nous n'avons à envisager l'eau que dans ses rapports avec le milieu dont elle modifie les propriétés.
Eaux en mouvement. — La vapeur d'eau répandue dans l'atmosphère fait varier notablement l'influence de celle-ci sur l'homme en rendant l'air plus ou moins conducteur de la chaleur, plus ou moins apte à s'incorporer la transpiration pulmonaire et cutanée. Lorsqu'elle se condense sous forme de brouillard, de pluie, de neige, elle apporte aussi dans le milieu ambiant des perturbations importantes qui affectent plus ou moins les fonctions, la santé. Les pluies assainissent l'atmosphère en faisant retomber les poussières, elles lavent aussi les arbres, les routes, les rues, les toits des maisons, mais elles forment, en bien des endroits, des flaques d'eau qui deviennent, en été, une source de danger, et elles entretiennent les marais, véritables foyers de maladies. L'alternance de pluies et de sécheresse pendant la saison chaude développe souvent, dans des régions exemptes de marécages, le dégagement de miasmes et l'apparition de fièvres intermittentes.
L'air marin est plus pur que celui des continents, il contient du sel et d'autres substances actives en petite quantité. Lorsque 1 on peut éviter l'encombrement et combattre les effets de l'humidité par des vêtements et une nourriture convenable, le séjour sur la mer ne parait pas être une cause spéciale de maladies. L'atmosphère maritime est mémo favorable aux individus affaiblis, étiolés, atteints de maladies chroniques du système nerveux ; mais il faut tenir compte des
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effets tout puissants d'un bon régime, du changement d'habitudes, de la distraction, etc.
L'évaporation de l'eau des rivières et des fleuves est une cause appréciable de refroidissement ; de plus elle modifie localement l'état hygrométrique de l'air et produit des brouillards insalubres. Ces cours d'eau entraînent une grande quantité d'immondices et nettoient les parties hautes de leur lit, mais ils déposent sur leurs bords, près des remous, et surtout dans les parties basses, un limon riche en matières putrescibles et en germes dangereux; aussi la navigation fluviale, dans les pays chauds, est-elle beaucoup plus dangereuse que la navigation maritime. Il y a des pays où le bord des fleuves et surtout leurs deltas sont des milieux meurtriers.
L'homme contribue puissamment, par son séjour et par son industrie, à souiller et à infecter les eaux courantes.
Dans l'eau infectée les poissons meurent en se putréfiant. Le cresson caractérise les eaux très salubres. Dans les eaux corrompues, les algues perdent leurs couleurs vertes et se réduisent aux plus petites dimensions.
Eaux stagnantes. — Il reste encore beaucoup à faire pour préciser l'effet des eaux stagnantes et leur rôle dans la production ou la propagation de certaines maladies. Mais l'observation la plus superficielle suffit pour établir que le voisinage des marais, des terres alternativement sèches et mouillées, est insalubre dans tous les pays. La présence d'eaux stagnantes à la surface du sol, ou même à une petite profondeur, modifie le milieu d'une manière toujours défavorable et souvent terrible. 11 se produit une sorte A' empoisonnement spécial qui débilite et ouvre la porte à tous les germes spécifiques de maladies : fièvres paludéennes, dyssenterie, fièvre jaune, etc. Il se peut d'ailleurs que l'eau serve en outre de véhicule à ces germes pour les introduire dans l'organisme.
Ce qu'il importe de constater dans l'état actuel de nos connaissances, c'est la coïncidence fatale de certaines altérations générales de la vitalité, et de certaines maladies, avec la présence des eaux stagnantes.
Les précautions à prendre pour en diminuer ou en annuler l'action sont les suivantes : Ouvrir aux eaux dormantes des lits profonds en pente ou en assurer l'écoulement par le drainage du sol. Eviter de séjourner dans le voisinage. Faire bouillir l'eau avant de l'employer comme boisson. La clarifier dans de grands réservoirs par le repos, puis par l'addition de 5 centigrammes d'alun par litre. Ce dernier moyen ne constitue qu'une ressource extrême, car l'alun, même à cette dose, ne serait sans doute pas inoffensif après un long usage d'eau ainsi modifiée. Nous ne mentionnons le filtrage qu'en dernier lieu, parce que les bons filtres sont rares et deviennent promptement inutiles. Le seul qui offre des garanties sérieuses est le filtre à la braise récemment éteinte, renouvelée chaque jour. Notons d'ailleurs que le meilleur filtre clarifie l'eau sans la purifier entièrement, et que certains germes suspects passent au travers des appareils dont on dispose dans la pratique journalière.
Le sol. — Les qualités du milieu résultent de l'ensemble des modifications causées par l'air, les eaux et le sol. Celui-ci agit de diverses manières : par son étendue, son élévation, sa constitution, la nature et l'état de la surface.
La constitution géologique d'un lieu exerce une influence considérable sur la végétation et sur la santé des habitants. Sur les terrains granitiques, les eaux sont potables et s'écoulent facilement, l'air local est sec, la végétation suffisante, conditions qui constituent d ordinaire un sol salubre.
Les schistes ardoisiers offrent des caractères à peu près semblables, mais moins décidés. Les terrains calcaires se laissent entamer par les eaux sans leur permettre de filtrer à travers leur masse, de sorte qu'il s'y forme des marécages ou des couches stagnantes souterraines : les eaux chargées de calcaires sont potables, mais de qualité inférieure. La craie, plus poreuse que le cal caire, laisse filtrer les eaux, de sorte que, si elle ne repose pas sur un lit imperméable d'argile, le sol est généralement sec et salubre. Les sables peuvent constituer de bons et de mauvais sols. Le sable pur, en masses épaisses, donne aux eaux un écoulement facile, et, à moins qu'il ne recouvre une couche argileuse, les miasmes paludéens ne sont pas à craindre. Mais si le terrain sablonneux consiste, comme dans les Landes, en un mélange de grains siliceux et de matières organiques, les pluies peuvent y développer des miasmes, des effluves dangereux, surtout lorsque le sous-sol est imperméable. De plus les sables chargés de chaux et de magnésie rendent les eaux impropres aux usages domestiques.
Les plus mauvais terrains sont d'ordinaire ceux où dominent l'argile, les conglomérats, les alluvions. Les eaux coulent difficilement à leur surface, s'y infiltrent plus difficilement encore, de sorte qu'il s'y forme des marécages et des couches stagnantes souterraines.
Généralement les sols cultivés depuis longtemps sont salubres. Les besoins de la culture ont obligé à les améliorer, et la végétation active empêche l'accumulation de l'humidité ainsi que la production de principes nuisibles.
La nature de la surface du sol, sa couleur^ la présence ou l'absence de végétation naturelle ou cultivée, modifient l'absorption et la radiation du calorique et par là la température locale. Les sables s'échauffent plus que les argiles ; le calcaire réfléchit la chaleur solaire ; les terres noires l'absorbent; les plantations, les forêts, entretiennent la fraîcheur et l'humidité. Les terres riches en humus absorbent une grande quantité d'eau et leur humidité engendre facilement des effluves ; de plus, il s'y forme souvent de vastes nappes souterraines dont la présence est un danger.
On voit par cet exposé succinct que les propriétés d'un lieu quelconque résultent d'une foule d'éléments dont il est assez dificile d'apprécier séparément la valeur et que compliquent les circonstances de climat, de saisons, etc. Il est avéré que certaines localités donnent lieu à des endémies ou maladies limitées à une population restreinte. De plus, le sol joue un rôle considérable dans la production du germe de plusieurs maladies épidémiques, et surtout du choléra et de la fièvre typhoïde. Le sol semble nécessaire à la formation de certains principes morbides, entre autres celui des fièvres paludéennes. Cependant ils se développent aussi dans un milieu artificiel, comme la cale d'un vaisseau mal entretenu. M<fis dans cet égout du navire, on retrouve tous les éléments d'un terrain marécageux imprégné de matières organiques en décomposition.
Ces indications générales suffisent pour donner une idée des qualités hygiéniques d'une localité. L'humidité étant le plus grand fléau, on s'attachera partout à modifier, à assainir les terrains inondés, marécageux, imperméables. Le dessèchement des étangs et des marais, la canalisation des eaux mal encaissées, le drainage, les amendements, la culture, les plantations appropriées, suffisent presque toujours pour assainir une localité. Les admirables résultats obtenus depuis un demi-siècle doivent servir d'exemple et d'encouragement, d'autant plus que toute opération de ce genre produit, avec une amélioration hygiénique, une plus-value
MINÉRALOGIE
MINERALOGIE
considérable des terrains modifiés par l'industrie humaine.
Dans toutes les régions suffisamment peuplées, l'homme peut lutter avantageusement contre les défauts naturels du milieu. Quelques générations meurent à la peine, et lèguent à leurs descendants une terre propice. Dans les régions plus favorisées, il suffit d'un peu de peine pour recueillir le fruit de son travail et se faire un milieu salubre. Les grands travaux publics y contribuent pour une large part ; mais chacun doit agir dans son petit domaine, dans son champ, autour de sa maison, pour que l'air, les eaux, le sol, concourent à lui assurer ces biens inestimables : santé, bien-être, longévité. [Dr Saffray.]
MINERALOGIE, MINÉRAUX. — On appelle minéraux tous les corps de la nature qui existent sans avoir la vie, et sans présenter les organes qui l'entretiennent. La minéralogie est la science qui étudie les minéraux, h'ur composition, leurs propriétés, leur manière d'être, leurs gisements, leur importance, le rôle qu'ils jouent dans la nature, leurs applications aux arts, à 'l'agriculture, à l'industrie. C'est une science naturelle, et l'une des plus anciennes au point de vue de l'observation. Théophraste et Pline avaient déjà réuni dans l'antiquité des notions souvent un peu vagues, mais aussi précises que le permettait l'état général des connaissances de leur temps. Les découvertes de la géologie archéologique nous montrent que l'homme a trouvé dans les pierres ses premiers outils de labourage, ses premières armes et sa première parure. L'homme a plus tard appris à extraire et à travailler les métaux. Aussi n'a-t-il apppécié d'abord les pierres que pour leur couleur et leur dureté, surtout pour leur résistance au choc Puis il a cherché les matières minérales qui pouvaient lui procurer le cuivre, le fer, le zinc, i'étain, l'argent, qui lui étaient devenus nécessaires. L'or, ne se rencontrant qu'à l'état métallique, fut un des premiers métaux employés. Aussitôt qu'il y eut une chimie, cette science apporta son concours à la minéralogie. Aujourd'hui encore la minéralogie est une science naturelle en tant qu'elle s'occupe d'êtres de la nature; mais ses méthodes d'investigation sont empruntées à la chimie, à la physique et même à la géométrie.
Les minéraux se distinguent d'abord les uns des autres par leur composition chimique ; on ne pourra pas confondre ensemble, évidemment, le carbonare de fer et le sulfate de chaux. La qualité de la matière dont est composé un minéral a donc avant tout de l'importance. Mais la chimie enseigne que tous les corps ont une composition définie, et qu'en outre deux corps peuvent avoir des propriétés très différentes, lorsque leurs éléments, tout en étant identiques au point de vue de la qualité, ne se trouvent pas combinés dans les mêmes proportions. Il faut donc tenir compte de la quantité comme de la qualité. L'analyse chimique permet de résoudre ce double problème.
Les données de la chimie sont loin de suffire à la connaissance des corps. Tous les composés inorganiques , lorsqu'ils prennent l'état solide , peuvent revêtir une forme régulière, et se présenter à l'état de cristaux (V. Cristal). Ce n'est pas tout : la forme cristalline extérieure d'un corps correspond à une disposition intérieure symétrique, à un arrangement déterminé de ses parties constituantes. L'orientation des plus petites parties d'un cristal est régulière et toujours la même duns une môme direction ; elle constitue la structure cristalline; elle règle le nombre et l'inclinaison relative des plans superficiels, elle est en harmonie également avec les phénomènes physiques auxquels donne lieu dans le cristal l'action des forces de la nature, chaleur, lumière, électricité. Dans un cristal du système cubique, la vitesse do
la lumière, la dilatation, la propagation delà chaleur restent constamment égales à elles-mêmes dans toutes les directions. Dans les cristaux qui présentent des facettes disposées symétriquement par 4 ou par un des multiples de ce nombre autour d'une direction et d'une seule, et dont le type est un prisme droit à base carrée, la vitesse de la lumière reste la même autour de cette direction unique, la dilatation est aussi constante, ainsi que la distance à laquelle une source de chaleur transmet une même température. Toutes ces propriétésatteignent au contraire leur maximum de différence suivant la direction de principale symétrie cristallographique. Les cristaux dont le type est un hexagone régulier ou un rhomboèdre dans lequel on observe 3, 6, quelquefois 9 ou même 12 faces symétriques autour d'une seule direction, rentrent au point de vue physique dans le cas précédent. Dans les cristaux des autres systèmes, il y a toujours trois directions rectangulaires entre elles, que les physiciens appellent principales, où la vitesse de la lumière, la dilatation par la chaleur, la facilité avec laquelle se propagent les changements de température, présentent le maximum et le minimum de leurs différences extrêmes, et une valeur intermédiaire.
Nous ne pourrions, sans être obligé d'entrer dans de trop longs développements, montrer comment ces directions sont les seules où l'action d'une force donne lieu à une réaction qui lui reste parallèle.
Nous nous contenterons de dire qu'elles coïncident avec les axes cristallographiques dans les cristauxdu prisme droit à baserhombique; que dans les cristaux du prisme oblique à base rectangulaire ou rhombique, l'une d'entre elles est perpendiculaire au plan de symétrie; et que dans les cristaux du prisme doublement oblique, elles n'ont ni les unes -ni les autres de position qu'on sache déterminer jusqu'ici par rapport aux arêtes visibles d'un cristal.
Sans nous étendre beaucoup sur ces phénomènes physiques, nous devons dire que, si on taille dans un cristal du système quadratique (prisme droit à base carrée) ou du système hexagonal ou rhomboédrique, une plaque ayant ses deux faces parallèles entre elles et perpendiculaires à l'axe de principale symétrie, et qu'on interpose cette plaque entre deux niçois en croix, on observe des anneaux colorés circulaires traversés par une croix noire. (On appelle nicol un rhomboèdre de spath d'Islande, carbonate de chaux, qui a été coupé en deux moitiés qu'on recolle ensuite avec du baume de Canada, et qui ne laisse plus passer qu'un des deux rayons polarisés auxquels donne lieu un rayon de lumière naturelle en traversant le cristal.) La symétrie des couleurs autour du centre est en harmonie avec celle des facettes que présente le cristal d'où la plaque a été tirée.
Toutes les autres propriétés des cristaux sont aussi en harmonie les unes avec les autres en même temps qu'avec celles dont il vient d'être question, et par exemple celle de la dureté, celle du clivage, Dans un cristal la dureté peut varier d'une direction à une autre ; mais dans les cristaux qui possèdent une direction de principale symétrie, elle reste la même pour toutes les directions du plan perpendiculaire à cette ligne. Il en est de même de la cohésion, et l'on peut même dire que c'est de la cohésion que tout le reste dépend dans le cristal. De la cohésion dépend avant tout le clivage, cette propriété que possèdent un grand nombre de cristaux de se diviser, quand on les frappe à l'aide d'un marteau, en fragments à faces planes. Le diamant se rencontre en morceaux de forme plus ou moins régulière, mais qu'on ramène par le clivage h celle de l'octaèdre régulier. Les formes du calcaire sont extrêmement variées ; toutes par
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le clivage se réduisent à des parallélipipèdes à 6 faces inclinées l'une sur l'autre d'un angle de 10S°5' ou de son supplément.
Puisque ces caractères sont toujours d'accord les uns avec les autres, on n'a pas besoin de les observer tous à la fois ; car l'un d'entre eux permet de prévoir ceux qu'on n'a pas examinés.
Leurs connexions nous dévoilent la structure de la matière ; il importe donc de les connaître ; mais l'étude en est délicate ; elle exige une connaissance profonde de la cristallographie.
Il est d'autres propriétés qu'on envisage dans les corps pris en blocs. Telles sont la densité, la dureté, la couleur.
La densité d'une matière, c'est le quotient de son poids par celui d'un égal volume d'eau distillée prise à la température de 4 degrés.
La dureté d'un corps est sa résistance plus ou moins grande aux frottements. Le gypse et le talc sont facilement rayés avec l'ongle ; le calcaire, le phosphate de chaux cristallisé ou apatite, le sont à l'aide d'un burin. On a dressé une échelle des duretés, dont les degrés sont occupés par des matières prises comme des types auxquels on compare les autres. La plus tendre, le talc, a le premier rang ; la plus dure, le diamant, porte le n° 10.
Echelle des duretés : 1, talc ; 2, gypse; 3, calcaire ; 4, fluorine; 5, apatite; 6, feldspath; 7, quartz ; 8, topaze ; 9, corindon ; 10, diamant.
La couleur est un des caractères les plus faciles à observer, mais les plus capricieux. Lorsqu'il s'agit des pierres, elle a en général un médiocre intérêt au point de vue scientifique, bien qu'à elle seule elle donne quelquefois au contraire une valeur considérable dans le commerce à une matière qui par elle-même aurait peu de prix. Un corindon rouge dont la couleur n'est pas franche, ni homogène, est peu recherché. Mais que la couleur en soit vive, bien uniformément répandue, et la limpidité complète, il devient le rubis, estimé quelquefois plus cher que le diamant. Il ne faut pourtant que des quantités d'acide chromique bien difficiles à doser à cause de leur poids insignifiant pour produire cette métamorphose. La couleur ici est purement accidentelle . aussi la substance réduite en poudre fine paraît-elle souvent incolore. Dans les substances métalliques elle est des plus importantes et des plus caractéristiques ; elle est essentielle, propre à la matière même. Lazurite, un carbonate de cuivre hydraté, est bleue en poudre comme en masse. Le cinabre, vermillon naturel, est d'un rouge vif, même à l'état de poussière aussi fine que possible.
L'édat est aussi un caractère souvent utile à considérer. Le diamant a un éclat gras, particulier, appelé adamantin, qu'on retrouve dans les sels de plomb. Le cristal de roche a ce qu'on appelle l'éclat vitreux, celui du verre.
La cassure enfin, c'est-à-dire l'aspect des surfaces obtenues à l'aide du choc, a quelquefois une grande utilité pratique. Les substances clivables offr nt après cette opération des laces planes et lisses dans certaines directions. D'autres ont une cassure inégale, comme le cristal de roche ; certaines une cassure conchoïdale, comme le verre. La cassure dite esquilleuse ressemble à celle du bois mal raboté (agates, etc.).
Classification. — On a classé les minéraux en s'appuyant sur des principes bien différents. La composition chimique doit être évidemment consultée la première. Déjà sur ce point les uns préfèrent grouper ensemble les composés qui renferment le même métal, les autres ceux qui ont le même acide ou mieux qui contiennent le mê ne élément électro-négatif. Il est plus commode pour l'industrie de grouper ensemble les minerais du fer, ceux du cuivre, de l'argent, etc. Il est dus 2* Partik.
conforme aux relations naturelles de la composition chimique des corps et de leur forme, de leur structure, de réunir en groupes les sulfates, le3 carbonates, quel que soit le métal qu'ils contiennent. Dans ce rapide résumé, nous adopterons la classification chimique suivante : I Corps simples non métalliques. II Métaux natifs. III Sulfures. IV Oxydes. V. Chlorures et Fluorures. VI Silicates. VII Cai-boaate.s. VIII Phosphates et Azotates. IX Sulfates.
I. Corps simples non métalliques : le soufre ; le carbone et ses variétés.
Le soufre forme de petits amas, des veines, mélangés à des marnes, aux environs de Caltanisetta et de Girgenti en Sicile. Il a cristallisé dans des fentes de ces roches en octaèdres droits à base rhombique.il estd'un jaune caractéristique, et brûle à l'air en donnant lieu à la production du gaz acide sulfureux, dont l'odeur est connue de tous ceux qui ont brûlé des allumettes soufrées.
Le carbone se présente dans la nature sous deux états bien différents ; l'un est celui du graphite, qui est disséminé dans les calcaires et les gneiss en écailles luisantes, d'un gris noirâtre, dnuces et onctueuses au toucher, facilement rayables par l'ongle, ou qui constitue des masses grenues assez importantes dans le district d'Irkoutsk, en Sibérie, à Borrowdale, en Cumberland. Il sert à la fabrication des crayons, lorsqu'il peut se couper en petites baguettes : il vaut dans ce cas de 30 à 50 fr. le kilogramme. Le second état du carbone est celui qui fournit le diamant (V. Pierres). Ces deux espèces, le graphite et le diamant, ont une origine minérale. Il n'en est pas de même des matières appelées anthracite, houille ou charbon de pierre, lignite, tourbe. Celles-ci ont une origine végétale ; ce sont des plantes soumises dans le sein de la terre, après leur enfouissement dans les sables ou les argiles qui les enveloppent, à des températures élevt'es en même temps qu'à des pressions considérables. On a donné à du bois un faciès analogue à celui des charbons fossiles, en le soumettant, à l'action combinée d'une haute température et d'une haute pression, h'anihracite ne renferme guère que du carbone; il a la cassure conchoïdale; il e*t d'un noir un peu jaunâtre; il exige pour b'Uler un courant d'air très actif. La houille, d'un beau noir, contient ordinairement des proportions plus ou moins grandes d'hydrogène, qui lui donnent ses propriétés les plus importantes : 3 à 4 0/0 (houilles maigres) ; 5,2 à 5,8 0/0 (houilles à gaz). Le lignite, qui donne à la distillation beaucoup d'eau, de matières bilumineuses, d'acide pyroligneux, d'alcool, est un moins bon combustible que le précédent; il fournit la matière appelée jayet ou jais, dont on se sert pour la fabrication de parures de deuil. La tourbe n'est qu'une agglomération de végétaux, dont l'altération consiste en ce qu'ils renferment plus de carbone que le bois, environ 55 0/0.
II. Métaux natifs. — Les métaux les plus importants qu'on connaisse à l'état natif sont le cuivre, l'argent, l'or et le platine. Ils cristallisent en octaèdres réguliers. Le platine et l'or se rencontrent en petites lamelles ou en masses arrondies appelées pépites dans des alluvions, ou couches formées de sable quartzeux mêlé de fer titane. On a trouvé quelques pépites d'or d'un poids considérable. On en cite une de Californie qui pesait 60 kilogrammes. L'or est aussi répandu en filaments ou en lamelles dans des fissures qui déchirent le quartz des filons dans un assez grand nombre de régions où les roches cristallines affleurent à la surface du sol ; mais il est en général assez rare. L'argent sort en filaments plus ou moins déliés, contournés, d'autres minerais du même métal, particulière-
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ment du sulfure ; il est étalé en lames sur les parois des fentes des silex.
Le cuivre natif offre les mêmes allures; mais sur les bords du lac Supérieur, on l'extrait aussi en blocs quelquefois considérables, môle à de l'argent également natif.
Le fer natif a peu d intérêt au point de vue industriel. M. Nordenskiôld en a trouvé en blocs engagés dans le basalte d'Ovifak, île de Disko, Groenland, qui renferment du nickel et se rapprochent à s'y méprendre du fer météorique, tombé des espaces célestes.
III. Sllfires. — Ils fournissent un grand nombre des minerais métalliques. Le sulfure de plomb ou galène cristallise dans le système cubique ; il se clive en cubes ; il se présente le plus souvent en masses lamellaires ou grenues, tendres, d'un gris d'acier un peu bleuâtre, à cassure lisse et brillante. C'est le principal minerai de plomb (86,5 de plomb et 13,5 de soufre;. Il contient en général un peu d'argent, jusqu'à 3 et 4 millièmes, et quelquefois moins de 2 dix-millièmes. La lltmde (ZnS) ou sulfure de zinc cristallise aussi dans le système cubique et se clive suivant les faces du dodécaèdre rhomboidal. Elle est jaunâtre et transparente, quelquefois brune ou même noire et presque opaque par suite de mélanges avec des oxydes de fer ; elle a un peu l'aspect de la cire ; elle renferme : zinc 66,72; soufre 33,28. La cobaltine, sulfo-arséniure de cobalt (cobalt 35,47 ; soufre 19,35; arsenic 45,18) est mélangée souvent de nickel et de fer; elle cristallise en dodécaèdres pentagonaux modifiés par les faces de l'octaèdre régulier ou du cube. C est, avec la smaltine, biarséniure de nickel, la source à peu près unique du cobalt, qui joue un si grand rôle dans la fabrication du bleu d'azur ou bleu de cobalt.
Les bisulfures de fer simple (FeS2), appelés
f)yrites, sont divisés en deux espèces que distingue eur forme cristalline. Ils contiennent en poids : fer 45,74 ; soufre 54,26. L'un est cristallisé en cubes marqués souvent sur les trois faces adjacentes d'un même solide d'un seul système de stries, les stries d'une face étant perpendiculaires à celles des deux autres faces. Souvent les cristaux sont des dodécaèdres pentagonaux ou d'autres formes hémièdres, qui n'ont que la moitié des faces qu'elles devraient avoir si le cube primitif avait ses éléments remplacés par toutes les faces que comporte la symétrie du cube proprement dit. Cette pyrite, appelée pyrite ordinaire ou cubique, est d'un jaune d'or ; elle est quelquefois assez abondante en petits grains ou en petits cristaux dans les schistes argileux, les ardoises. Elle fait feu au briquet. La seconde pyrite, appelée marcassite, speerkies, est d'un jaune plus pâle; les cristaux ont pour type un prisme droit à base rhombique, modifié par les faces d'un octaèdre droit à base rectangle ; ils sont souvent rassemblés en boule, en rognons irréguliers dans les terrains secondaires ou tertiaires. On prend souvent les deux pyrites pour de l'or; mais les grains en sont bien moins lourds ; leur densité est inférieure à 5, c'est-à-dire à peu près quatre fois plus petite que celle du métal précieux.
Le sesquisulfure d'antimoine (Sb2S3), ou stibine, a une couleur analogue à celle de la galène, mais il e»t tendre an point de laisser sa trace sur le papier; les cristaux sont allongés dans une direction ; ils ont la forme de longues baguettes, quelquefois de fibres cuurbes; ils présentent une direction plane de clivage des plus faciles et des plus nettes.
Le sesquisulfure d'arsenic, orpiment, fournit l'auripigmentum ou peinture d'or employée dans la teinture en jaune des bois blancs, ou par les Orientaux dans la préparation d'un dépilatoire. Le sulfure de mercure (HgS) est nommé oinabre ;
il cristallise dans le système rhomboédrique ; il est composé en poids de mercure 86,2'J et souirc 13,71. Chauffé avec de la limaille de fer ou de la chaux, il abandonne son métal qui distille, et qu'on recueille dans des récipients convenablement refroidis. La couleur d'un rouge écarlate de ce minerai le fait employer quelquefois en peinture sous le nom de vermillon natif; mais on préfère en général fabriquer le vermillon au moyeu du soufre et du mercure, parce qu'on obtient un composé plus pur et de couleur plus nette que la combinaison naturelle.
Les sulfures de cuivre sont assez nombreux ; mais ils renferment d'autres métaux. Le principal est la chalkopi/i ite ; c'est le plus abondamment répandu ; il contient environ 35 p. 100 de cuivre, autant de soufre et 30 de fer. Il est d'un jaune verdâtre, bpillant, quelquefois varié de reflets rouges ou bleus par suite d'altérations en général superficielles; il a l'aspect métallique; la poussière en est noire. Il est soluble dans l'acide azotique, et la dissolution se colore en bleu céleste quand on y ajoute de l'ammoniaque, et laisse déposer en même temps un précipité jaunâtre de sesquioxyde de fer hydraté. A côté de ce sulfure se placent la phillipsite ou cuivre panaché; le cuivre gris, ou tétraédrile, appelé encore panabase, à cause des nombreux métaux, cuivre, fer, zinc, mercure, argent, qu'il peut. renfermer; la bour nonite, qui est comme le précédent un sulfo-antimoniure, mais qui ne renferme que du cuivre et du plomb.
Les sulfures d'argent sont en assez grand nombre aussi; celui dont la composUion est la plus simple est l'argyrose (AgS), dont la teneur en argent est de 87 %. Il est noir, il cristallise en cubes ou sous une des formes du système cubique ; mais les cristaux nets sont rares ; ce minerai forme souvent comme des enduits ou même des taches à la surface des matières que renferment les filons. Les autres minerais d'argent sont des sulfo-antimoniures. Les uns ont la poussière noire ; par exemple la psathurose et la polybasite, celle-ci contenant encore environ 7o °/0 d'argent. Les autres ont la poussière rouge : \z pyrargyrite, dont la teneur en argent est de 60 °/0; elle cristallise dans le système rhomboédrique ; la proustite, qui a les mêmes formes, et ne s'en distingue que par sa poussière qui est d'un rouge aurore, tandis que celle de la pyrargyrite est de couleur plus sombre. Chimiquement, la pyrargyrite est un sulfo-antimoniure, et la proustite un sulfo-arséniure d'argent.
IV. Groupe des oxydes. — Il fournit également un assez grand nombre de minerais. On y distingue d'abord le cuivre oxydulé (Cu20), composé de 88,78 de cuivre et 11,22 d'oxygène, cristallisé en cubes ou sous une des formes du système cubique, dont la poussière a la couleur rouge brique, soluble dans l'acide azotique qu'il colore en vert, et réductible en globule de cuivre au feu de réduction sur le charbon, lorsqu'on active la flamme au moyen du chalumeau.
Puis viennent les minerais les plus abondants du fer (V. Fer, p. 764). D'abord la magnétite, ou oxyde de fer magnétique (FeO,Fe203), renfermant 72,5 de fer et 27,5 d'oxygène. Elle a la poussière noire, elle cristallise en octaèdres réguliers, en dodécaèdres rhomboidaux; elle agit fortement sur l'aiguille aimantée ; certaines variétés, d'aspect ordinairement terreux, attirent et repoussent le même pôle d'une aiguille aimantée suivant la région de leur masse qu'on présente à l'aiguille ; elles ont le magnétisme polaire ; on les appelle pierres d'aimant (V. Magnétisme). Le fer oligiste est un sesquioxyde de fer (Fe203), qui ne contient plus que 70 p. 100 de métal. Cet oxyde cristallise en rhomboèdres modifiés par des scalénoèdres dont les faces so rencontrent suivant un hexagone ré-
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gulier ; les faces en sont assez souvent irisées ; mais la poussière en est rouge, un peu violacée ; les collections possèdent toutes des échantillons de ces masses cristallisées de l'île d'Elbe, à reflets verts, bleus, rouges ou de couleur d'or. L'oxyde appelé limonite contient de l'eau, environ 15 p. 100 ; c'est du sesquioxyde de fer hydraté ; la poussière en est d'un jaune tirant plus ou moins sur le brun. Cet oxyde colore en jaune une grande quantité d'argiles, de grès, de calcaires, de marnes, comme le précédent les colore en rouge. La limonite en forme de pois (variété pisolithique), ou de grains aussi petits que des œufs de poisson (variété oolithique), est le minerai de fer le plus répandu en France ; c'est le moins riche en métal.
Les oxydes de manganèse servent à la préparation de l'oxygène en même temps qu'à l'extraction du métal appelé manganèse, qui est employé dans la préparation de l'acier. Le plus riche en oxygène est le bioxyde (MnO2) ou pymlusite. Il a la poussière noire et se présente en fibres divergentes, en cristaux cannelés qui dérivent d'un prisme droit à base rhombe. Un oxyde qui lui ressemble beaucoup extérieurement, mais qui a la poussière brune, est Y acerdè se [Mn^O^RO).
Enfin, il est un oxyde métallique d'autant plus intéressant à mentionner que c'est le seul minerai d'étain connu; c'est la cassitérite, bioxyde d'étain ou acide stannique naturel (SnO2), qui contient théoriquement 73,62 d'étain et 21,38 d'oxygène. Il est toujours cristallisé ; les cristaux sont des prismes à base carrée combinés à des octaèdres de même section, quelquefois à des dioctaèdres ou doubles pyramides à huit faces très aiguës. Ils sont rarement incolores, ordinairement d'un jaune brunâtre, quelquefois noirs ; la poussière en est incolore. Ils se groupent souvent deux à deux, de façon à ménager entre eux un angle rentrant, une gouttière qui donne au groupe la forme d'un bec, appelé par les mineurs bec d'étain. La cassure en est inégale et l'éclat un peu résineux. Chauffés au chalumeau sur le charbon après avoir été pulvérisés, puis mélangés avec du carbonate de soude, ils donnent de l'étain métallique. Les oxydes, et particulièrement les aluminates, comprennent encore un certain nombre d'espèces minérales, dont nous Tenvoyons la description au mot Pierres, parce que leur aspect n'a rien de métallique et les fait ressembler aux substances pierreuses.
V. Groupe des chlorures, fluorures. — Les deux chlorures métalliques véritablement importants sont celui d'argent et celui de cuivre. Le chlorure d'argent, argent corné, kérargyre des minéralogistes, est incolore et transparent à l'état frais ; mais, sous l'influence de la lumière solaire, il devient gris, puis brun, enfin noir. Les cristaux très rares de cette espèce appartiennent au système cubique. Le chlorure d'argent se coupe facilement à l'aide d'un couteau, qui en détache des copeaux ayant la translucidité de la corne. Ce minerai, qui renferme argent 75,25 et chlore 24,75, se rencontr" en petites masses, en enduits, en croûtes, mêlé à des sulfures argentifères, surtout dans les mines du Pérou, du Chili et du Mexique.
Vatacamite est un oxychlorure de cuivre d'un beau vert émeraude, qui se trouve dans le désert d'Atacama en Bolivie, en masses cristallines assez considérables pour être traitées comme minerais de cuivre.
Les autres chlorures ou fluorures les plus importants sont le sel gemme et la unorine. Le set gemme, ou chlorure de sodium, cristallise en cubes, en cubooctaèdres; il se présente en masses quelquefois limpides, à clivages cubiques, ou colorées en bleu, en vert, par des matières organiques, en rouge par un oxyde de fer; il forme des dépôts souvent considérables dans le silurien des Étatstnis et dans les terrains perauens eu triasiques
du Mansfeld, du Tyrol, du versant français de la chaîne des Vosges et du versant allemand de la Forêt-Noire, dans le crétacé d'Algérie, dans le tertiaire de Wieliczka en Pologne, de Cardona en Espagne. La fluorine, fluorure de calcium (CaFl), est une substance de filon. Elle sert de gangue à beaucoup de sulfures métalliques, pyrite, galène. Elle est ou cristallisée en cubes différemment modifiés, ou en masses cristallines à clivages parallèles aux faces de l'octaèdre régulier. Elle offre à peu près toutes les couleurs du spectre. On croit que les vases murrhins si célèbres dans l'antiquité, promenés par les Romains du siècle d'Auguste et des suivants avec la plus grande pompe dans leurs triomphes, étaient faits de cette jolie matière. On en fabrique encore en Angleterre des coupes et des objets d'ornement d'un assez grand prix; les variétés violettes sont les plus employées. Quelques minéralogistes modernes pensent que les vases murrhins étaient en améthyste.
VI. Groupe des silicates. — Un petit nombre renferment assez d'oxydes métalliques pour être classés parmi les minerais; mais il se rencontrent en cristaux disséminés ou en masses de peu d'importance; en outre le traitement de la plupart d'entre eux serait difficile ou trop coûteux par rapport au prix du métal qu'on en retirerait; aussi figurent-ils plutôt parmi les objets de collection, et parmi les espèces qui intéressent les savants ou les amateurs, que parmi les matièresindustrielles. Deux silicates pourtant ont de l'importance à ce dernier point de vue : l'un est un minerai de zinc, l'autre un minerai de nickel.
Le silicate hydraté de zinc, appelé calamine, et contenant 67,5 d'oxyde de zinc, 25 de silice et 7,5 d'eau, forme des masses cristallines, fibreuses, mamelonnées ; les cristaux, dont les formes peuvent être rapportées à un prisme droit à base rhombique, portent des facettes dissemblables aux extrémités d'un même axe. Cet axe est en même temps pyroélectrique, en ce sens qu'il présente des pôles électriques de noms contraires à ses deux extrémités, lorsqu'il a été porté à une température un peu élevée.
Le silicate de nickel, utilisé pour l'extraction de ce métal, est un composé de silice, de magnésie, de nickel et d'eau, que M. Garnier a découvert à la Nouvelle-Calédonie, où le minerai est répandu en amas considérables dans des serpentines. C'est une matière tendre, facile à rayer avec la pointe d'un burin. Elle est d'un beau vert émeraude, lorsqu'elle est riche en nickel ; elle en contient alors jusqu'à 34 p. 100 ; elle est d'un vert pomme lorsqu'elle est pauvre. On en a distingué deux espèces appelées l'une gamiérite, l'autre nouméite, aussi mal définies scientifiquement l'une que l'autre. Les deux espèces proviennent des environs de Kanala, et non de Nouméa, comme pourrait le faire croire un de leurs noms.
VIL Groupe des carbonates. — Les carbonates sont solubles avec effervescence dans les acides, au moins à une température inférieure à celle de l'ébullition. Il y a dans ce groupe quelques minerais fort utiles et d'un traitement assez simple ; car il suffit de les chauffer en présence du charbon pour en extraire le métal. Plusieurs cristallisent dans le système rhomboédrique ; ils sont appelés isomorphes à cause de la double analogie de leurs formes cristallines, surtout de celle donnée par le clivage, qui est pour tous un rhomboèdre d'environ 106°, et de leur constitution chimique qu'on peut toujours ramener à la formule MOCO2 (CMQ* dans la notation atomique).
Le carbonate de fer (FeOCO-), sidérose ou fer spathique, est d'un gris clair, tirant d'ordinaire sur le jaune ou même sur le brun, lorsqu'il est altéré. Il se présente en masses cristallines, facilement clivabies, en cristaux dans les filons. Mêlé de ma-
tières argileuses, il se rencontre dans les couches du terrain liouil'er, en rognons plats, ovoïdes, qui renferment ordinairement dans leur intérieur des débris d'animaux de cette époque, de sauriens par exemple.
Le carbonate de zinc (ZnOCO2} ousmithxonite, est associé à la calamine dans les gisements de la Vieille-Montagne. Il constitue à lui seul de riches dépôts dans les mines du Laurium, en Grèce, qu>les anciens ont exploitées au temps de Périclèpour la galène argentifère qui s'y trouvait môlée. L'argent extrait de cette galène a fait la fortune des Athéniens.
Le carbonate de manganèse (MnOCO2), diallogile des minéralogistes, est fort peu abondant.
Le carbonate de plomb (PbOCO2), ce' use, a une formule chimique du même type que celle des carbonates précédents; mais il cristallise en prismedroits à base rhombique ; au chalumeau, sur le charbon, il perd son acide carbonique, son oxygène, et donne un globule de plomb métallique.
Enfin, deux carbonates de cuivre hydraté, l'un bleu appelé azurite, ou shessylithe, et cristallisé en prismes obliquesàbaserhombique; l'autre, d'un beau vert, ordinairement concrétionné ou mamelonné, qui porte le nom de malachite, tels sont les principaux carbonates qui fournissent des minerais. La malachite, à cause de sa belle couleur, est souvent employée dans l'ornementation, surtout dans les mosaïques ou en incrustations.
Nous traitons au mot Pierres des alu minâtes, silicates, carbonates, phosphates et sulfates en général, des services que rendent leurs espèces principales, du rôle qu'elles jouent dans la nature, et particulièrement dans la constitution de l'écorce solide du globe terrestre; nous y parlons également des pierres précieuses.
[Edouard Jannettaz.]
MODERNES (TEMPS). — Histoire générale, XXXIX-XL. — On fixe à l'année 145-3 le terme du moyen âge. 11 serait plus exact de prolonger le moyen âge d'un demi-siècle et de dater de l'année lôoO le commencement des temps modernes. En France, en Angleterre, en Allemagne, les grand* Etats d'alors, l'année 1453 ne termine rien; en Orient, l'Empire byzantin succombe, mais son agonie avait commencé le jour où les Ottomans mi- «rent le pied en Europe. En 15U0, au contraire, on voit poindre une révolution dans les croyances et une révolution dans les lettres ; on peut prévoir les conséquences inévitables de la double révolution déjà accomplie, dans la politique par la victoire de la royauté sur l'aristocratie, dans les relatio'is sociales et économiques par les inventions et les découvertes nouvelles. La Réforme se prépare, la Renaissance commence, la Féodalité est vaincue, l'Amérique est ouverte : voilà des événements autrement importants que le bombardement de Constantinople par Mahomet II et l'établissement d'un camp turc sur terre chrétienne.
Cette constatation faite, nous adoptons la date de 1453; elle est arbitraire, mais elle est en usage dans l'enseignement, et employée dans la langue courante.
S'il est difficile de préciser l'année exacte où commencent les temps modernes, il est plus malaisé encore de leur assigner un terme et de dire quel événement et quel jour marquent le début do ce qu'on appelle l'histoire contemporaine. Supprimons donc cette distinction vaine, et réunissons dans un récit ininterrompu les quatre siècles qui nous séparent du moyen âge ; montrons les vieilles institutions ébranlées, les vieilles opinions battues en brèche, l'ancienne unité catholique rompue, la société féodale dissoute. En Allemagne, en France, en Angleterre, la lutte est ouverte, encore incertaine dans sa marche, hésitante dans ses principes, mais fort nette dans son but, contre le système po-
litique et religieux qui a prévalu de Constantin à saint Louis. Cette- lutte, qui s'appelle la Réforme au xvi« siècle, la guerre de Trente ans ou la Révolution d'Angleterre au xvn* , la Révolution française au xviir», elle se poursuit sous nos yeux, au xix', et elle ne semble pas près de son terme. Nous allons en esquisser les traits principaux, en montrer les conséquences plus sensibles de siècle en siècle, prouver que tout a concouru depuis quatre cents ans, malgré des apparences contraires, des haltes prolongées, des pas en arrière, de cruels malheurs publics et privés, au développement de l'esprit humain, au progrès de la moralité humaine.
Dans la seconde moitié du xv« siècle une importante révolution s'accomplit en Europe : la monarchie absolue triomphe de la féodalité. Cette victoire fut chèrement disputée et la noblesse féodale ne fut pas seule vaincue; de précieuses libertés succombèrent avec elle.
Dans aucun pays le triomphe de la royauté ne fut plus complet ni plus inattendu qu'en Angleterre. A*u sortir de la guerre des Deux Roses, le roi reste seul debout sur les ruines de l'aristocratie décimée par les boucheries de Wakefield, Towton, Barnet et Tewkesbury. Un prince habile, mais sans grandeur, le cupide Henri ïudor, vainqueur de Richard III à Bosworth (1485), réconcilie par son mariage avec l'héritière d'York les deux roses rivales et règne en despote. L'aristocratie, réduite de 53 à 29 lords, perd en 1487 le droit de maintenance, en 1492 celui de substitution. Henri VII choisit ses ministres, un Epsom, un Dudley, parmi les gens de rien, comme fait Louis XI, et amasse, à force d'extorsions, un trésor de 300 millions. Son autorité en Irlande comme en Angleterre est sans bornes. Le gouvernement anglais est entré dans la voie de l'absolutisme, qu'il suivra pendant un siècle et demi; le parlement et la nation ne songeront à revendiquer leurs droits qu'à l'avènement de la dynastie impopulaire des Stuarts.
En Ecosse, la nature même du sol, sans parler des traditions d'indépendance, explique l'acharnement de la lutte entre les rois et la noblesse : les Ross, les Grampians, recèlent des tribus indomptées ; les îles n'obéissent qu'au Lord des lies. Jacques II Stuart (1437-1460; poignarde de sa main Guillaume de Douglas et organise la Cour des sessions. Jacques HI {1160-1488) est vaincu à Bannock Burn par une ligue des seigneurs et assassiné après la bataille. Jacques IV (1488-1513; établit des cours de justice royale dans le Nord et soumet les Hébrides.
En France, Charles VH et Louis XI poursuivent et atteignent le même but par des moyens bien différents.
Charles VII accepte et fait siennes [ 1445-1453) les réformes financières de 1355 et 1413, établit un budget ,1443;, met un terme au désordre judiciaire par l'ordonnance de Montils-les-Tours (1453), fait rentrer dans le devoir l'Université et ses 20,100 écoliers trop souvent déchaînés. Faible et indolent par nature, il sut se montrer vigoureux et actif contre les seigneurs; il les attaqua de front par l'établissement de la taille royale [1439), la création d'une infanterie (144s) et d'une cavalerie (1450) permanentes.
Louis XI fit le bien à coup de hache, et le mal aussi volontiers que le bien. Après les fautes de son début (traités de Conflans et Saint-Maur) il se montre plus prudent, sait avancer ou reculer à propos, signe le traité d'Ancenis, les trêves d'Amiens, de Senlis, de Soleure, enlève Commines, l'historien, à son colérique rival, Charles le Téméraire, et après les défaites du duc de Bourgogne à Grandson, à Morat, à Nancy, couronne sa lutte contre le dernier représentant de la grande féodalité par le traité d'Arras (118:). Fils dénaturé,
mauvais père, frère barbare, voisin perfide, Louis XI, s'il ne fut ni un bon roi, ni un grand roi, fut un souverain de ferme volonté et un des fondateurs de la France moderne.
Son successeur (1483), « jeune homme de peu de sens, plein de son vouloir et peu accompagné de sages gens », était faible et sans culture d'esprit ; mais l'œuvre paternelle fut continuée par madame de Beaujeu, « la moins folle femme du monde. » Chaque jour le pouvoir royal établissait plus solidement sa suprématie. Louis XII ( 1 498) justifia cet accroissement d'autorité par un gouvernement bienfaisant, d'allure moins despotique en apparence, aussi absolu au fond.
La révolution que nous étudions fit perdre à l'Espagne quelques libertés, mais surtout une prospérité, une intensité de vie que la monarchie absolue n'a pas su lui conserver, qu'elle cherche encore à travers les convulsions de son histoire contemporaine.
Ferdinand le Catholique, souple et ferme, prudent jusqu'à la méfiance, fin jusqu'à la fausseté, est le digne contemporain des Louis XI et des Borgia : il s'appuie sur la bourgeoisie contre les seigneurs, dépouille les grands de leurs terres, introduit l'étiquette qui oblige les nobles à plus de déférence, proscrit les guerres privées (1488). Isabelle, plus noble, plus fière, plus généreuse, soutient ou relève Gonzalve de Cordoue, Christophe Colomb, tous les hommes supérieurs victimes des défiances ou des jalousies de Ferdinand. L'union politique, des deux époux donne à l'Espagne l'unité territoriale, l'unité de gouvernement, l'unité religieuse assurée par l'expulsion des juifs, la prise de Grenade etrétablissementdel'inquisiuon(1478).
A la mort d Isabelle (1504), Ximénès de Cisneros, cardinal, grand inquisiteur et gouverneur de Castille, acheva d'affranchir la couronne de la tutelle des grands vassaux en « écrasant leur fierté sous ses sandales. »
A Lisbonne, le féroce Jean II (1481-1485) confisque tous les privilèges de l'aristocratie, poignarde le duc de Viseu (1 484,, « enseignant à tous les rois du monde l'art de régner, » comme dit le Camoëns. Emmanuel le Fortuné (1495-1521) traite les villes comme Jean II a traité l'aristocratie.
Dans le mouvement de concentration politique qui s'opère en Europe, l'Italie fait exception avec l'Allemagne : elle reste morcelée ; seule la tyrannie est en progrès ; dans chaque Etat le pouvoir d'un seul tend à remplacer les oligarchies oppressives ou les démocraties turbulentes. La péninsule oublie ses libertés perdues et l'invasion imminente, dans le culte des beaux-arts , dans les travaux de la pensée, dans le prestige déjà déclinant de la religion, o Les princes et la noblesse s'amusaient plus à se rendre ingénieux et sçavans que vigoreux et guerriers. » (Montaigne).
En Allemagne, les Habsbourg, qui sont remontés sur le trône en 1438, sont plus soucieux d'agrandir leur maison que de maintenir la paix publique. Frédéric III, « le souverain de la chrétienté, » ne peut empêcher Matbias Corvin d'occuper Vienne et la basse Autriche pendant cinq ans ! I 185-1490). Son successeur est le célèbre Maximilien, l'écrivain, le poète, le héros du Theuerdank, l'ami de Peutinger, le chevalier errant de l'empire, qui promène des Pays-Bas en Italie ses coudes percés, ses besoins d'argent et ses projets romanesques. Sous son règne s'achève la constitution du corps germanique par la création du conseil aulique et la division de l'Allemagne en dix cercles. Maximilien pratiqua avec succès la politique matrimoniale, établit une armée permanente (lansquenets et reitres) et chercha vainement à donner à l'empire d'Allemagne la prépondérance qu'il dut plus tard aux victoires de Charles-Quint et à l'annexion de l'Espagne.
Au nombre des pays soumis de nom à cet Empire, il faut citer l'électorat de Brandebourg, moins pour son importance au xve siècle que pour sa future grandeur; la ligue helvétique, indépendante de fait depuis cent cinquante ans ; la Bohême, tour à tour réunie à la Hongrie et à la Pologne. Cette dernière est encore la première puissance du Nord; elle vient de soumettre la Prusse et de pénétrer jusqu'à la Baltique. Les héritiers de Casimir IV (1445-1492) régneront à Varsovie, à Prague et à Pesth.
A l'extrémité orientale de l'Europe, Ivan Vasilievitch est un des premiers artisans de la grandeur russe (1462-1505). Il s'intitule « grand prince, par la grâce de Dieu souverain de la Russie ; » mais ses sujets, vêtus de peaux, vivant grossièrement dans des huttes de bois, ressemblent beaucoup plus aux soldats d'Attila qu'à leurs contemporains de Venise ou de Florence.
Les Etats Scandinaves sont plus avancés, malgré la rigueur du climat et la difficulté des communications : la prépondérance y appartient au Danemark, qui a civilisé la Suède et la Norvège, mais qui ne parviendra pas à les retenir sous sa domination.
La Turquie est alors une grande puissance. Mahomet II, maître de Constantinople, a soumis la Grèce, renversé les Comnène en Asie et fait de la Mer Noire un lac ottoman. Seules Belgrade et Rhodes lui ont résisté victorieusement. A l'intérieur il ne s'occupa que de fortifier l'armée : aucun plan ne présida à l'organisation politique des provinces conquises. Les Turcs ne cherchèrent jamais à s'incorporer les vaincus; méprisant toutes les nations, ils ne prirent pas plus leurs vices qu'ils ne communiquèrent les leurs ; ils restèrent en Europe ce qu'ils étaient en Asie, tour à tour altiers et efféminés, quelquefois cruels, plus souvent indifférents et dédaigneux.
A la fin du xve siècle la révolution religieuse était accomplie dans les principaux États de l'Europe, en France, en Angleterre, en Espagne ; la révolution littéraire était préparée par la découverte de l'imprimerie et la diffusion des livres; la révolution économique s'annonçait par les grands voyages d'exploration au delà des mers. Seule, la révolution religieuse restait à faire : ce sera l'œuvre du siècle suivant.
Voltaire compare le xvie siècle à une robe de soie et d'or ensanglantée; aucune époque, en effet, ne fut plus sanglante ni plus glorieuse ; dans tout l'Occident le xvic siècle est un âge héroïque.
L'Espagne est alors la puissance prépondérante et dangereuse. En 1516, Charles d'Autriche recueille l'héritage de Ferdinand d'Aragon. Il a appris en Flandre l'art de gouverner; il mécontente pourtant, ses nouveaux sujets dès le début et provoq ie l'insurrection des comuneros. Laissant à ses Flamands le soin de la comprimer, il va prendre possession de la couronne impériale au risque de perdre celle d'Espagne (1520). L'absence de concert entre les révoltés espagnols, l'antipathie entre les royaumes, entre les villes, entre la noblesse et la bourgeoisie, assurèrent la victoire de la royauté. De retour en Espagne, Charles se montre plus prudent; il publie une amnistie, il adopte les mœurs, le costume des Castillans, il parle leur langue et trouve parmi les rebelles repentants les plus dociles artisans de sa grandeur, de ses succès, de sa domination dans le monde entier. Dès 1540, absorbé par les affaires d'Allemagne, il laisse le gouvernement de l'Espagne à son fils Philippe, en faveur duquel il abdique en 1556; la même année il se retire au monastère de Saint-Just, où il expirera deux ans plus tard (1558).
Philippe II, génie étroit et barbare, dans un règne de quarante ans, précipita la décadence de
l'Espagne. La volonté implacable, l'orgueil inflexible, le fanatisme d'un sectaire qui ordonne le meurtre un crucifix à la main, lui tiennent lieu des dons qui ont fait la grandeur do Charles-Quint. Sa résidence préférée, l'Escurial, est moins un palais qu'un sépulcre. Il laisse le grand inquisiteur condamner à mort son fils don Carlos; son épouse Elisabeth meurt peut-ôtre empoisonnée. Ce despote est l'âme même de l'Inquisition. L'Espagne sous son règne est soumise à Un régime abrutissant : tranquille et misérable, elle prend une physionomie sinistre, monacale, qui sied bien à son appauvrissement. Philippe II fait banqueroute on 1575 et en 159G; il laissera une dette d'un milliard, le commerce nul, l'industrie anéantie. Le plus riche pays de l'Europe, le plus industrieux, le mieux cultivé, s'est comme pétrifié entre les mains sanglantes du « démon du Midi ». De toutes ses entreprises, une seule semble avoir réussi : la conquête et l'annexion du Portugal.
L'histoire de l'Espagne est souvent confondue avec celle de l'Allemagne dans la première moitié du xvie siècle. Elu empereur en 1519, couronné en 1520, Charles Quint fait élire roi des Romains, en 1531, son frère Ferdinand, déjà souverain de l'Autriche, de la Hongrie et de la Bohème : leur puissance eût menacé l'indépendance des princes et des Etats allemands, si Ferdinand n'avait eu à lutter contre les Turcs et Charles-Quint contre la Réforme. Après l'abdication de Charles-Quint (1550), Ferdinand prit la couronne impériale sans demander le consentement du pape, et mit fin ainsi à la dépendance où le Saint-Siège avait longtemps tenu l'Empire.
Maximilien II, qui essaya vainement de se faire élire roi de Pologne, fut sinon un prince remarquable, au moins un modèle de tolérance et de sagesse. Son successeur Rodolphe II (1576) ne mérite pas le même éloge ; gâté par l'influence de sa mère, sœur de Philippe II, par la déplorable éducation qu'il reçut des Jésuites en Espagne, il prit ouvertement parti dans les querelles religieuses, il fut maniaque, morose ou violent jusqu'à la frénésie : toutes les espérances de ses sujets se tournèrent vers Mathias, troisième fils de Maximilien II; Rodolphe mourut en 1 612, peu de mois après avoir subi l'humiliation d'une abdication forcée.
Dans l'histoire de l'Angleterre, le xvie siècle forme une période à part ; jamais peuple plus attaché à ses franchises n'accepta plus docilement despotisme plus sanglant, outrages plus répétés à ses convictions. C'est dans la servitude et dans les larmes que les Anglais ont fait l'apprentissage du gouvernement représentatif et de la liberté religieuse. Henri VIII (loi 9-1547), le premier de ces tyi an malfaisants, attaque sans relâche la religion et la liberté de ses sujets ; Edouard VI, enfant maladif, intelligent et bon, monte sur le trône à neuf ans et succombe à dix-sept en 1553. Jeanne Grey règne dix jours. Marie la Sanglante est la digne épouse de Philippe IL Elisabeth, qui inaugure la grande politique anglaise et donne à ses sujets un demi-siècle de gloire et de despotisme, est un vrai roi. Sous le règne de cette femme, qui mourut peut-être d'un dépit amoureux (1603), commencent toutes les institutions, toutes les fondations qui devaient assurer plus tard la puissance, la richesse, même les libertés de l'Angleterre.
Il manqua une Elisabeth à l'Ecosse pour sauvegarder son indépendance : Marie Stuart, qui excite encore aujourd'hui de nombreuses sympathies, les doit surtout à sa fin si touchante et à l'hypocrite cruauté de ses bourreaux : la noblesse de sa mort a fait trop oublier les fautes, les crimes peut-être de sa vie.
En France, ce siècle de despotisme s'ouvre par
le règne du Père du peuple. Prince chaste, sévèro et grave, Louis XII eut h' mérite peu commun de fonder un gouvernement honnête, sérieux et appliqué. Le règne do son successeur est relui du bon plaisir: le roi gentilhomme, moins occupé de ses affaires que de ses amours, tranchant du di avec leParlement.immolant les liberlésde l'Eglise gallicane, mérite comme souverain toutes les sévérités de l'histoire qu'il ne désarme que comme appréciateur délicat dos écrivains et des artistes. Henri H, « de belle prestanceetd'honnêteaccueil, » mais aussi lourd d'esprit qu'actif de corps, inférieur à son père comme politique et comme soldat, le râlant comme moralité, laissa moins de regret» encore. Le règne de François II voit comm la longue et fatale domination de Catherine de Médicis. Après la retraite du chancelier de L'Hôpital (I5G8), qui défendit quelque temps, dans une cour dissolue, la raison, le bon sens et la tolérance, Morvilliers est sans influence ; Birague est le type du magistrat de cour servile etfércC'. Le maître vaut les valets : Charles IX est un poltron effaré que la peur rend féroce; Henri III est « en certaines choses au-dessus de sa dignité, en d'autres, au-dessous même de l'enfance. » Son long duel avec Henri de Guise se termine par la double tragédie de Blois (1588) et de Saint-Cloud (1589).
Henri II avait rompu le dernier lien entre la France et l'Italie: celle-ci, dominée par l'étranger qui l'asservit, passant sans regret d'un maître à un autre, est incapable d'affirmer sa nationalité.
L'affaiblissement de l'esprit militaire fut la principale cause de l'abaissement de l'Italie : les vertus guerrières encore vivaces en Pologne maintiennent ce pays parmi les puissances prépondérantes, malgré les vices de sa constitution, l'anarchie de ses diètes, la turbulence de sa noblesse. Sigismond Ier (150C-1548) est un des héros de son siècle, au dire dePaul Jove. L'extinction desJagellonsen 1572 introduit définitivement l'élection dans la constitution polonaise ; et en 1587 une élection orageuse, en portant au pouvoir Sigismond Wa«a, met pour quatre- vingt ans la Pologne dans une quasi dépendance de la Suède.
L'alliance de la royauté et du peuple, qui aurait pu sauver la Pologne, s'est accomplie en Suède avec Gustave Wasa : elle a soustrait ce pays à la dépendance du Danemark où l'aristocratie toute puissante annule le roi.
En Russie, le règne de Vassili IV (1505-1533) est effacé entre ceux des deux terribles Ivan III, son père, et Ivan IV son fils. Ce dernier continue énergiquement la lutte de l'autocratie contre le pouvoir oligarchique des anciens princes souverains, qui ne pouvaient se résigner à n'être que des sujets. Ivan IV a une physionomie à part dans la galerie des princes du xvie siècle ; il a tous leurs vices sans leur hypocrisie : la Russie est encore un Etat oriental et son chef un barbare.
Les Ottomans aussi sont des Orientaux, mais tous leurs sultans ne sont pas des barbares : si Sélim l'Inflexible vaut Ivan IV, Soliman le Magnifique (1520-1666) peut rivaliser avec Charles- Quint. Ses crimes, communs en Orient, n'ont pas diminué sa gloire aux yeux des Turcs. Le « législateur » est resté le plus grand de leurs sultans. Son successeur Sélim II l'Ivrogne, le vaincu de Lépante (1572), ouvre la série des sultans efféminés.
Au milieu de l'Europe monarchique, la Suisse est avec Venise la seule république indépendante. Le xvic siècle n'est pas la période la plus honorable de son histoire : c'est pour de l'or que se battent désormais les vainqueurs de Grandson etdeMorat.
La Suisse, par sa constitution fédérative, échappe à la concentration du pouvoir aux mains d'un seul ; dans les grands Etats d'alors, France, Angleterre, Suède, Russie, Turquie, même en Allemagne, le pouvoir absolu s'exerce sans obstacles. Deux mo-
narchies seulement font exception, le Danemark et la Pologne : l'aristocratie y est puissante, la royauté annulée, la nation opprimée; les Danois, peuple et roi, sauront s'affranchir au xvne siècle ; les Polonais le tenteront trop tard au xvme.
Le système d'équilibre et la politique de coalition qui datent de l'année 1495 et de la bataille de Fornoue commencent avec les guerres d'Italie : ces guerres remplissent une longue période de soixante-cinq ans (1495-1559). Sous Charles VIII de brillants faits d'armes, l'initiation des Français aux merveilles de l'art et à la corruption de l'Italie sont les seuls résultats d'une déplorable expédition. Louis XII, plus déloyal que son prédécesseur, est aussi maladroit; à aucun moment de son règne il ne comprit combien les chevauchées au delà des monts étaient contraires aux intérêts de la France: Ferdinand le Catholique et Jules II n'eurent qu'à exploiter ses fautes, le premier pour agrandir sa maison, le second pour chasser les barbares de l'Italie. François Ier ne fut pas plus habile : après le grand et stérile succès de Marignan, il perd en un jour à Pavie le fruit de cinq années de guerres : le traité de Cambrai ne compense pas la déshonorante convention de Madrid ; en 153(» Charles-Quint est le maître de l'Italie et le premier souverain de l'Europe. Il triomphe des Turcs comme il a triomphé des Français; Soliman le Magnifique, en possession de Rhodes, convoite la vallée du Danube : il bat les Hongrois et pénètre jusqu'à Vienne où l'union de l'Allemagne chrétienne arrête ses conquêtes. François Ier ne sait pas profiter de l'utile alliance des Ottomans : les dernières guerres et les derniers traités de son règne laissent pourtant la France intacte. Entre Henri II et Charles-Quint, puis Philippe II, la lutte recommence avec plus d'ardeur. Allié des protestants allemands, le roi de France s'empare desTrois Évùcliés; Guise arrête la fortune de Charles- Quint à Metz, et Philippe II, malgré son alliance avec Marie Tudor, malgré sa victoire de Saint- Quentin, ne peut enlever à la France ses récentes conquêtes : mais le traité de Cateau-Cambrésis lui donne Naples, Milan et les Pays-Bas.
La propagation des doctrines de Luther et de Calvin agite tout le xvie siècle. Luther, en prêchant contre la vente des indulgences, provoque en Europe une révolution aussi importante que la révolution de 17s9. C'est d'abord l'AWemagne du nord qui se détache de Rome, puis la Suède que Gustave Wasa arrache au Danemark et entraîne dans le luthéranisme ; l'Angleterre, qui annonce dès le règne de Henri VIII son divorce avec le Saint-Siège ; la Suisse, où Zwingli meurt pour la foi nouvelle, où Calvin domine assez longtemps pour faire de Genève la Rome du protestantisme ; le Danemark, où noblesse et royauté sont d'accord pour établir le luthéranisme. Quand le peuple veut tirer les conséquences politiques et sociales des doctrines prêchées par Luther et par Calvin, réformés et catholiques sont d'accord contre les sacramentaires et les anabaptistes, mais reprennent les armes au lendemain de la bataille. La lutte entre Charles-Quint et les protestants se termine au profit de ceux-ci: l'intérim et le traité d'Augsbourg consacrent le triomphe de la Réforme en Allemagne au moment même où elle s'établit en Angleterre sous Edouard VI : le règne de Marie la Sanglante et sa réaction désespérée en faveur du catholicisme, font place au despotisme d'Elisabeth qui règle souverainement le dogme et le culte de ce que l'on a appelé l'anglicanisme. Le Saint-Siège n'est pas plus heureux que Charles-Quint: le concile de Trente réformera le catholicisme sans ramener les dissidents à l'unité catholique. Les pays bataves sont perdus comme l'Allemagne, et la France elle-même aurait peut-être échappé à Rome sans Henri IV. L'orthodoxie rencontra pourtant un
champion vigoureux. Philippe II essaya d'imposer à toute l'Europe les décrets du concile de Trente et l'Inquisition ; il fut vaincu partout : en Franc© par Henri IV, en Angleterre par Elisabeth, chez les Rataves par le prince de Nassau, Guillaume d'Orange ; sa victoire sur les Turcs à Lépante resta stérile, et son succès en Portugal augmenta ses charges sans augmenter sa puissance.
L'année même de sa mort, le traité de Vervinset l'éditde Nantes sont deux nouvelles condamnations de sa politique.
Les grandes découvertes maritimes remontent à la fin du xve siècle, la création des grands empires coloniaux ne date que du xvie. Les Portugais reconnaissent successivement Madère, les Açores, les îles du Cap -Vert, et fondent des établissements au Congo; en 1486, Barthélémy Diaz atteint le cap des Tempêtes et entrevoit la route que Vasco de Gama doit parcourir onze ans plus tard. C'est sur la côte de Malabar qu'abordèrent les trois petits navires du grand marin. Après lui, Cabrai fonde à Calicut la première des colonies européennes : une tempête qui le jette à l'ouest lui fait découvrir le Brésil. Albuquerque étend et affermit l'empire portugais, prend Socotora, Ormuz, et triomphe de Venise unie au soudan d'Egypte. Après Goa, Ceylan et Malacca Jurent occupés et donnèrent à Lisbonne la mer du Bengale : l'alliance du roi de Siam et de Pégu, le commerce avec la Chine et le Japon augmentent encore cette puissance : elle ne déclinera que par la faiblesse de la métropole, par le développement maritiroo de l'Espagne et de la Hollande.
Le Portugal avait mis plus d'un siècle à fonder cet empire. L'Espagne est maîtresse de tout un monde en moins de cinquante ans. Un Génois, Christophe Colomb, en cherchant par l'ouest la route des Indes, trouve l'Amérique le 1 1 novembre 149.' ; Nunez Balboa traverse l'isthme de Panama et aperçoit le grand Océan ; un aventurier, Fernand Cortez, découvre et occupe le Mexique avec cinq cents soldats, seize chevaux et dix canons : trois autres aventuriers, Pizarre, Almagro et Luques, envahissent le Pérou avec deux cents hommes et quelques chevaux et y inaugurent l'extermination des indigènes, politique trop fidèlement suivie par la métropole.
Charles-Quint introduit l'ordre dans ces vastes conquêtes qu'il divise en deux gouvernements, celui de Mexico et celui de Lima.
Toutes ces découvertes ouvrent une nouvelle carrière à l'activité de l'Europe et de nouveaux continents à la civilisation ; la marine et le commerce se développent, et l'E-pagne, enrichie par les métaux précieux du nouveau continent, aurait menacé l'ancien de sa redoutable prépondérance, si elle n'avait rencontré deux obstacles à sa tyrannie, la Renaissance qui éclaira les esprits, la Réforme qui les émancipa.
Malgré l'intérêt qui s'attache à l'histoire politique, religieuse et économique du xvie siècle, sa grande attraction, c'est l'histoire littéraire et artistique, c'est la Renaissance, c'est le grand mouvement scientifique qui l'accompagne.
Dans toutes les directions l'esprit humain prit un rapide essor : affranchi de la lourde domination de l'Église, il s'élança hardiment dans les voies naturelles, en politique, en littérature, dans les arts, comme les Colomb et les Gama s'élançaient sans crainte sur les Océans inconnus. — V. Siècle (Seizième), au Supplément.
Le traité d'Augsbourg, l'édit de Nantes, et la victoire d'Elisabeth sur Philippe II, semblaient avoir clos les luttes religieuses. Elles se rouvrent au xviie siècle et englobent toute l'Europe dans une guerre mémorable.
Les successeurs de Charles-Quint menaçaient
MODERNES (TEMPS
1320 — MODERNES (TEMPS
les conquêtes de li Réforme en Allemagne : les protestants, pour faire face à l'EBpagne, B la maison d'Autriche et au Saint-Siège, s'appuyèrent sur la France et sur les puissances protestantes du Nord. Du côté des catholiques, le grand rôle appartient à l'empereur Ferdinand II : il triomphe facilement du médiocre Frédéric V, électeur palatin; il bat également le roi de Danemark, Christian IV, avec l'appui de Maximilien de Bavière, de Tilly, de la Ligue catholique, et surtout d'un aventurier de génie, Walli -nstein. La Réforme semble anéantie par l'édit de restitution (1629). L'intervention de Gustave-Adolphe et de la Suède lui rend la victoire et la prépondérance : celle de Richelieu et de la France, de la Hollande et de ses grands amiraux, assurent la défaite de l'Autriche, de l'Espagne et du catholicisme : les traités de Munster et d'Osnabruck consacrent l'indépendance des Provinces-Unies et de la Suisse, l'avènement d'une nation jeune et vigoureuse, la Suède, l'agrandissement de la France et celui des princes protestants.
La lutte générale des deux religions est terminée prr le traité de Westphalie : la guerre entre elles nô dépassera plus les limites de chaque Etat.
En Angleterre, cette lutte se prolonge pendant tout le xviic siècle et aboutit à deux révolutions à la fois politiques et religieuses, en 1648 et en 1C88, qui eurent pour dernière conséquence la fondation définitive de la monarchie constitutionnelle dans ce pays, mais auxquelles l'Europe ne prit aucune part. La religion anglicane, menacée par l'Irlande catholique et par l'Ecosse presbytérienne, persécute les non-conformistes; les Stuarts prétendent exercer le pouvoir absolu des Tudors ; la foi et les libertés font cause commune, la révolution est inévitable : préparée par l'incapacité de Jacques I", hâtée par la mauvaise foi de Charles I", elle commence dès 1640. Le Long Parlement obtient la condamnation de Strafford, s'empare du pouvoir exécutif et prend la direction de la guerre. Il est d'abord soutenu par la secte des indépendants. Leur chef, Cromwell, vainqueur des troupes royales, maître de Charles Ier, le fait condamner à mort par un parlement intimidé (1649), proclame la République et dissout le Long Parlement. Après la défaite de l'Irlande catholique et de l'Ecosse presbytérienne, il prend le titre de Protecteur et sait rendre à l'Angleterre la prépondérance en Europe. Son fils Richard n'a ni le goût, ni l'ambition du pouvoir : la défection du général Monk rétablit la royauté redevenue, après vingt années de lutte, aussi absolue sous Charles II que sous Charles Ier. Les Stuarts restaurés n'ont rien appris, rien oublié : l'opposition parlementaire leur arrache le bill dhabeas corpus; la nation, menacée encore une fois dans sa religion et dans ses libertés, les chasse définitivement en 1(88, et impose à leur successeur, Guillaume d'Orange, la célèbre Déclaration des droits qui fonde la monarchie constitutionnelle au delà de la Manche.
Pendant que la liberté de conscience recevait en Angleterre une solennelle confirmation, le fanatisme étroit remportait en France une déplorable victoire : l'édit de Nantes était révoqué. Cet acte funeste était la conséquence du régime despotique inauguré au xvie siècle, poursuivi au xvne par Henri IV, par Richelieu et par Louis XIV; aiais Henri IV rachetait la tyrannie par l'esprit et la bonne humeur, Richelieu par la grandeur du but qu'il visait et qu'il atteignit; Louis XIV tendit à les briser tous les ressorts du gouvernement : à l'intérieur comme au dehors sa politique est néfaste. Son ambition, ses fautes punies par de cruels revers, ont tour à tour porté à l'apogée et mis à deux doigts de sa ruine cette monarchie absolue, sévère pour le peuple, hostile à l'étranger, appuyée sur un clergé asservi, sur la police et sur
I l'armée. Il faut oublier le roi et reporter sa prn- ; sée sur Colbirt, sur Louvois, sur Vauban, sur les , grands généraux, sur les grands artistes et les grands écrivains, pour laisser à ce siècle le nom j que l'histoire trop complaisante lui a donné. Ce n'est pas seulement en France que l'absolutisme est en progrès. En Espagne, un prince fastueux et misérable comme son royaume, Philippe III, se laisse gouverner par un favori, le duc de Lerme ; son fils Philippe IV n'a ni plus de vigueur, ni plus de volonté : Olivarez est le Richelieu de ce Louis XIII. Charles II est le dernier et indigne rejeton de Charles-Quint au delà des Pyrénées, qui vont s'abaisser devant un prince de la maison de Bourbon. L'Espagne a perdu le Portugal, reconquis par Jean de Bragance, le Roussillon, l'Artois, la Flandre et la Franche-Comté cédés à la . France victorieuse.
Dans l'autre branche de la maison d'Autriche la décadence est moins rapide : Mathias, Ferdinand II montrent encore quelque vigueur; le long règne de Léopold n'est pas sans gloire; mais la vie et la puissance ne sont plus ni à Vienne ni à Madrid, elles passent à Amsterdam, à Stockholm, à Paris et à Londres ; Moscou et Berlin ne comptent pas encore : le Grand Electeur vient de mourir et Pierre I" se révèle à peine.
Le xvne siècle, comme le xvi', brille surtout de la gloire des lettres, mais il n'a ni sa fécondité, ni son originalité Le pouvoir absolu a accompli son œuvre, discipliné les esprits et effacé les caractères. La guerre seule, qui va bien au despotisme, est en progrès : peu de noms peuvent être comparés à ceux de Wallenstein, de Turenne, de Condé, de Montecuculli. La civilisation, le goût, l'instruction générale sont plus répandues en 1700 qu'en 1600, sous Louis XIV que sous Henri IV : on n'oserait affirmer que l'esprit humain soit plus émancipé; que la sociét- européenne soit plus ] libre et plus heureuse; mais Louis X!V va mourir, l'heure approche des grandes ruines et des grandes reconstructions. — V. Siècle(Dix-seplième).
Le xvnie siècle s'ouvre par une guerre géné- ' raie : l'Espagne, qui expie par un abaissement et J une misère sans égale sa lutte contre la civilisation et la liberté des esprits, est transmise par l'arrière-petit-fils de Philippe n à un petit-fils de Louis XIV ; Charles II se donne comme successeur Philippe V. L'Espagne accepte cette dynastie nouvelle : l'Europe forme une nouvelle ligne à la Haye contre l'ambition conquérante de Louis XIV : Angleterre, Empire, Provinces-Unies, Brandebourg et Hanovre s'engagent à ne laisser au nouveau roi d'Espagne que la Péninsule. Grâce à trois hommes énergiques, Eugène de Savoie, Marlborough et Heinsius, la coalition atteint son but : après treize ans de luttes, qui ont mis la France à deux doigts du démembrement, qui la laissent ruinée pour vingt ans, le traité d'Utrecht (11 avril 1713) donne la Sicile, le Milanais et le titre de roi au duc de Savoie, la Haute-Gueldre et le titre de roi de Prusse à l'électeur de Brandebourg, Gibraltar, Minorque, la baie d'Hudson, l'Acadie, Saint-Christophe et Terre-Neuve à l'Angleterre. Les traités de Rastadt et de Bade confirment celui d'Utrecht : ils enlèvent à l'Espagne les Pays-Bas, Naples, la Sardaigne, le Milanais et les présides de Toscane. Louis XIV meurt au lendemain de ces traités (1715). Ses excès de pouvoir ont rendu un relâchement général nécessaire et certain.
De la mort de Louis XIV à la révolution française, le maintien de l'équilibre dans l'Europe centrale, assuré par la guerre de la succession de Pologne, par celle de la succession d'Autriche, et par la guerre de Sept ans, est surtout l'œuvre de l'Angleterre et tourne au profit dn sa grandeur, tandis qu'à l'Orient s'élève par l'affaissement de la
Suède et de la Turquie et par l'anéantissement de la Pologne une nouvelle et redoutable puissance, la Russie, et qu'à l'Occident, au delà des mers, se prépare et s'établit avec éclat la féconde liberté de l'Amérique.
L'histoire politique et militaire, les agitations stériles des peuples à cette époque n'offrent pas le même intérêt que l'histoire des esprits qui vont enfanter les grands renouvellements de la fin siècle. C'est surtout la France qui prépare la Révolution, c'est elle qui doit l'accomplir, comme c'est elle qui en est restée le foyer et qui en a goûté tous les fruits doux ou amers : c'est elle qu'il faut regarder pour comprendre combien cette révolution était nécessaire. Le pouvoir royal absolu, l'Eglise et] l'Etat confondus, la justice vénale, la législation compliquée et inique, la misère entretenue par les lois et châtiée comme un crime, voilà ce que les philosophes ont attaqué, voilà ce que le grand mouvement de 1789 a emporté. Les philosophes proclament que la souveraineté réside dans la nation, ils veulent que la loi protège également tous les cultes : Montesquieu, Rousseau, les Encyclopédistes, l'école des économistes, tous contribuent à l'œuvre commune; Voltaire, le vrai chef de l'armée philosophique, en affichant son prosélytisme antichrétien, ruine la domination de l'Eglise sur les esprits des hommes et sur les affaires du monde, il inspire à tous l'horreur de la persécution et le respect de la liberté de conscience. Il fut le véritable artisan de la chute des jésuites, qui privait l'Eglise de son plus ferme appui et qui commençait bien d'autres destructions.
Sans doute Voltaire et les philosophes attaquent sans ménagement la société et la religion. Sans doute ils ont précipité les esprits au delà du monde réel en les détournant violemment de ce qui existait, et préparé les biens et les maux de la révolution, sa grandeur et ses excès : cette révolution en était-elle moins légitime, moins nécessaire ? Nous n'avons qu'à comparer le passé au présent pour proclamer qu'elle fut un inestimable bienfait. — V. Siècle (Dix-huitième), au Supplément.
Résumé chronologique des principaux événements de 1789 à 1870.
révolution (1789-1799).
1789. Ouverture des Etats généraux à Versailles (5 mai). — Assemblée nationale (17 juin). — Serment du Jeu de Paume (20 juin). — Assemblée constituante (9 juillet). — Prise de la Bastille (14 juillet). — Nuit du 4 août. — Journées des 5 et 6 octobre.
En Amérique, présidence de Georges Washington. — Révolte des Pays Bas contre Joseph II.
1790. Réorganisation de la France par la Constituante. — Première fête de la Fédération (14 juillet).
Mort de Franklin aux États-Unis. — Mort de Joseph II.
1791. Mort de Mirabeau (2 avril). — Fuite du roi à Varennes (20 juin). — Massacre du Champde-Mars (17 juillet). — Congrès et déclaration de Pilnitz (27 août). — La nouvelle Constitution est sanctionnée par Louis XVI (13 septembre). — Clôture de la Constituante (30 septembre). — Ouverture de la Législative (1er octobre).
Traité de Sistova entre l'Autriche et la Turquie, et préliminaires de Galatz entre la Turquie et la Russie. — La Pologne se donne une constitution moins anarchiquc.
1792. Louis XVI déclare la guerre à François II (20 avril:. — Journée du 2ù juin. — Les Prussiens envahisssent la France (5 juillet). — Manifeste du duc de Brunswick (25 juillet). — Prise des Tuileries et renversement de la royauté (10 août). — Massacres de septembre (2, 3, 4 et
5 septembre). — Clôture de la Législative et victoire de Valmy (20 septembre). — Ouverture de la Convention et proclamation de la République (21 septembre). — Ministère Roland; domination des Girondins. — Victoire de Jemmapes (9 novembre). — Commencement du procès du roi (il décembre).
Fondation d'une capitale fédérale, Washington, aux Etats-Unis. — Paix définitive de Jassy entre la Russie et la Turquie. — Assassinat de Gustave III à Stockholm.
179-3. Exécution de Louis XVI (21 janvier). — La Convention déclare la guerre à l'Angleterre et à à la Hollande (1er février), puis à l'Espagne (7 mars).— Soulèvement de la Vendée (10 mars).
— Défaite de Dumouriez à Neerwinden ( 18 mars).
— Trahison de Dumouriez (2 avril). — Création du Comité de salut public (6 avril). — Chute des Girondins (31 mai). — Constitution de 1793 (23 juin). — Meurtre de Marat par Charlotte Corday (13 juillet). — La France est en guerre avec toute l'Europe ; la moitié des départements sont soulevés. — Décret de la levée en masse (23 août). — Commencement de la Terreur (5 septembre). — Loi des suspects (17 septembre). — Loi du maximum (29 septembre).
— Arrestation de soixante-treize Girondins (3 octobre). — Prise de Lyon (9 octobre). — Exécution de Marie-Antoinette (16 octobre). — Calendrier républicain (24 octobre). — Exécution de vingt et un Girondins (31 octobre, 10 brumaire an II). — Fête de la Raison (10 novembre, 20 brumaire). — Prise de Toulon (19 décembre, 21) frimaire). — Déroute des Vendéens au Mans (23 décembre, 3 nivôse).
En Amérique, deuxième présidence de Washington. — Second démembrement de la Pologne, au profit de la Prusse et de la Russie.
1 794. Exécution des hébertistes (24 mars, 4 germinal). — Exécution des dantonistes (5 avril, lu germinal). — Fête de l'Etre suprême (8 juin, 20 prairial). — Loi du 22 prairial (10 juin). — Victoire de Fleurus (26 juin, 8 messidor). — Chute de Robespierre ('.'7 juillet, 9 thermidor).
— Domination des thermidoriens. — Marat au Panthéon (12 septembre, 26 fructidor). — Fermeture du club des Jacobins (8 novembre, 18 brumaire an III). — Rappel des soixantetreize Girondins (8 décembre, 18 frimaire). — Abolition du maximum (23 décembre, 3 nivôse).
Agonie de la Pologne. — Défaite de Kosciusko à Macejovice (10 octobre).
1795. Pichegru entre à Amsterdam (20 janvier, 1er pluviôse). — Déportation de plusieurs membres des anciens comités révolutionnaires (1er avril, 12 germinal). — Paix avec la Prusse (25 avril, 16 germinal). — Insurrection du parti montagnard (20 mai, 1er prairial). — Mort du dauphin au Temple (8 juin, 20 prairial). — Exécution des derniers Montagnards (17 juin, 29 prairial). — Victoire de Hoche à Quiberon (17 juillet, 29 messidor). — Paix avec l'Espagne (22 juillet, 4 thermidor). — Constitution de l'an III (22 août, 5 fructidor). — Insurrection royaliste (5 octobre, 13 vendémiaire an IV). — Dernière séance de la Convention (26 octobre, 4 brumaire). — Installation du Directoire et des conseils des Cinq- Cents et des Anciens.
Partage définitif de la Pologne (8 octobre).
1796. Fin de la guerre de Vendée. — Abolition des assignats. — Glorieuse campagne de Bonaparte en Italie. — Moreau et Jourdan en Allemagne reculent devant l'archiduc Charles.
— Proclamation de la république batave; formation de la république cispadane.
En Russie, mort de Catherine II et avènement de Paul I".
1797. Fin de la campagne d'Italie. Victoire de
Rivoli (janvier). Traité de Tolentino avec le Saint-Siège (19 février). Préliminaires de Leoben (\8 avril). — Coup d'Etat du Directoire contre les royalistes des deux conseils (4 septembre, 18 fructidor an V. — Mort de Hoche (18 septembre). — Traité de Campo Formio ( 1 7 octobre). Républiques ligurienne et cisalpine. — Retour de Bonaparte en France (décembre).
Aux Etats-Unis, présidence de John Adams. — En Prusse, mort de Frédéric-Guillaume II. — A. Constantinople, essai de réformes européennes par Sélim III.
179*. République romaine (février). — Républiblique helvétique (mars). — Départ de Bonaparte pour l'Egypte (mai). —Deuxième coalition.
— Bataille des Pyramides (21 juillet). — Désastre d'Aboukir (1er août). — Etablissement de la conscription (8 septembre .
Toussaint Louverture h Haïti chasse les blancs et proclame l'île indépendante.
1799. République parthénopéenne (janvier). — Assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt (avril). —Victoire du Mont-Thabor (avril).
— Triomphe des Jacobins aux élections de l'an VII (mai). — Loi des otages (juillet). — La France perd l'Italie, sauf Gènes. — Souvaroff et Korsakoff en Suisse. — Victoires de Masséna à Zurich et de Brune à Bergen (septembre) : la coalition est repoussée. — Bonaparte revient d'Egypte (octobre). — Coup d'Etat du 18 brumaire (U novembre). — Constitution de l'an VIII : un Sénat, un Corps législatif, un Tribunat; Bonaparte premier consul.
Dans l'Inde, Tippou-Saib, allié de la France, succombe à Seringapatam. — Mort de Washington aux Etats-Unis.