‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. Buisson (volume 3)Chapitre 228 sur 534 · PHÉNOMÈNES OPTIQUES — 1567 — PHÉNOMÈNES OPTIQUES · texte numérisé non relu

PHÉNOMÈNES OPTIQUES — 1567 — PHÉNOMÈNES OPTIQUES

teintes les plus éclatantes. Les nuages sont alors colorés comme la lumière qui les frappe. Quant au ciel lui-même, la teinte orange est d'autant plus pure qu'on la regarde plus près du soleil, et la teinte bleue d'autant plus pure aussi qu'on la regarde dans une direction plus éloignée. Le passage de l'une à l'autre a lieu par teintes mélangées verdàtres inclinant soit à l'orange, soit au bleu, soit qu'on s'approche, soit qu'on s'éloigne du levant.

Dès nue le soleil commence à s'élever au-dessus de l'horizon, l'épaisseur de la couche obliquement traversée par ses rayons diminue rapidement, ainsi que la prédominance de la teinte orangée qu'on y remarque.

Les faits sont exactement du même ordre au coucher du soleil.

Aurore boréale. — Elle n'a rien de commun avec l'aurore. Elle est exclusivement d'origine électrique.

L'aurore boréale est un phénomène essentiellement mobile et variable, suivant les climats. A Paris, les aurores boréales sont très rares, et quand elles s'y montrent, ce ne sont le plus souvent que de vastes lueurs rougeàtres simulant des incendies. Quelquefois, cependant, on y distingue nettement des rayons brillants qui dardent vivement dans le ciel en changeant de place et de couleur. L'aurore du 24 octobre 1870 est une des plus remarquables qu'on ait observées à Paris, surtout par la forme de draperie qu'elle déploya dans le ciel et par la vague lumière qu'elle laissa dans les hauteurs. A Tours, cette aurore boréale fut également très intense, mais elle ne s'y manifesta que par des jets de lumière ondoyante lancés dans des directions diverses et émanant d'un centre assez étendu de lumière jaune orangée à reflets rouges .

Les aurores boréales sont surtout complètes et très fréquentes dans les régions septentrionales voisines des régions polaires.

Un aspect pâle du ciel, dans le voisinage de l'horizon et dans ia direction du nord, précède l'apparition de l'aurore. Bientôt la couleur devient plus sombre, et l'on voit un segment circulaire plus ou moins grand entouré d'un arc lumineux d'un blanc brillant passant au bleu pâle.

Quand l'arc lumineux s'est formé, il reste souvent visible pendant plusieurs heures. Toutefois, il n'est pas immobile : dans un mouvement perpétuel, l'arc s'élève et s'abaisse, s'étend vers l'est ou l'ouest et se rompt çà et là. Ces mouvements sont surtout remarquables quand l'aurore boréale s'étend et commence à lancer des rayons. Alors l'arc lumineux devient plus brillant sur un point; il mord sur le segment obscur et une lueur brillante, semblable à celle de l'arc, monte vers le zénith. Cette lueur s'élance avec la rapidité de l'éclair jusqu'au milieu de la voûte du ciel. Tantôt l'arc s'allonge, tantôt il se raccourcit, et ne conserve presque jamais la même forme pendant plusieurs minutes, mais se meut vers l'est ou vers l'ouest et se courbe comme une draperie agitée par le vent. Il pâlit ensuite peu à peu et disparaît enfin pour faire place à d'autres rayons. Si ces rayons sont très éclatants, ils présentent quelquefois des teintes vertes ou d'un rouge foncé.

Le centre de chaque aurore boréale paraît placé, non dans la direction du nord vrai, mais dans la direction du nord magnétique. Pendant toute sa durée et môme quand l'aurore n'est pas visible en France, l'aiguille aimantée est fortement agitée. Les lignes télégraphiques, surtout celles qui sont orientées au nord-sud, sont traversées par de forts courants électriques continus ou intermittents qui empêchent les transmissions télégraphiques ou y apportent une grande gêne.

Les relations qui existent entre l'apparition des

aurores boréales et l'état général du temps sont très obscures. Il semble cependant que le phénomène coïncide généralement avec la présence ou avec le retour du courant équatorial vers les régions polaires. Survenant à la fin d'une période sèche, elles annonceraient le retour des vents humides et pluvieux. Il faut se rappeler toutefois que les aurores boréales retentissent simultanément sur tout le pourtour du pôle, s'étendant à l'Europe, à l'Asie et à l'Amérique du Nord, tandis que les vents pluvieux ont une marche plus lente et plus circonscrite.

Des phénomènes semblables aux aurores boréales s'observent au pôle austral, comme au pôle boréal. On les appelle aurores australes.

Couronnes. — Ce sont des cercles lumineux colorés qui entourent le disque du soleil et de la lune quand des nuages légers ou des brumes passent entre ce disque et notre œil. Les couronnes solaires sont assez difficiles à observer, à cause de l'éclat de l'astre difficile à supporter directement; il vaut mieux en voir l'image réfléchie par la surface d'une eau tranquille. Les couronnes lunaires sont au contraire très communément observées. Elles sont d'autant plus larges que les globules de vapeur condensée sont plus fins et plus serrés. On peut du reste les reproduire artificiellement en interceptant la vue de l'astre par une lame de verre recouverte d'une poudre très fine et très régulièrement étalée en couche mince et transparente. La fine buée qui se dépose sur les vitres produit un effet semblable.

Les couronnes sont dues à des modifications de la lumière transmise par les intervalles des grains de poussière ou de vapeur condensée, modifications que l'on nomme diffraction.

Crépuscule. — Lumière qui continue à éclairer le ciel après le coucher du soleil, ou qui l'éclairé déjà avant son lever.

Les rayons solaires tangents à la surface de la terre cessent d'arriver directement aux points de la surface terrestre placés au delà du cercle de contact; mais ces rayons n'en continuent pas moins à éclairer les couches de l'atmosphère qu'ils traversent, et à nous éclairer nous-mêmes par réverbération.

On distingue deux crépuscules. Le crépuscule civil finit quand la ligue qui sépare la portion de l'atmosphère directement éclairée de celle qui ne l'est pas, s'est élevée jusqu'au zénith. L'obscurité du ciel est alors à peu près complète pour un appartement ayant ses fenêtres à l'orient. C'est le moment où les planètes et les étoiles les plus brillantes commencent à paraître. Ce moment arrive quand le soleil est descendu de 6 degrés au-dessous de l'horizon. La durée de ce crépuscule par un ciel pur varie en France de liO à 47 minutes, selon la localité et la saison. La durée du jour, mesurée par lintervalle qui sépare le lever du coucher du soleil, doit donc être augmentée de 30 à 47 minutes le soir et d'autant le matin.

Le crépuscule astronomique prend fin quand la totalité de l'atmosphère visible cesse d'être directement éclairée. 11 est alors nuit close.

La durée du crépuscule est bien courte dans les régions équatoriales, où le soleil, après avoir passé au zénith, descend presque verticalement au-dessous de l'horizon. Elle s'allonge à mesure qu'on s'avance vers le nord, parce que le soleil suit une ligne qui s'y rapproche davantage de l'horizon : il lui faut alors plus de temps pour s'abaisser d'un même angle au-dessous de cet horizon. Il est même des régions situées au delà des cercles polaires, où le soleil ne se couche jamais en été et ne se lève jamais en hiver. Au printemps et à l'automne, le soleil ne descend que très peu au-dessous de

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Philippe

l'horizon, et. la nuit entière n'y est qu'un long crépuscule, comme les jours d'hiver.

Halos. — Ce sont des cercles et des lignes brillantes qui, dans des circonstances exceptionnellement favorables, peuvent atteindre un degré de complication difficile à décrire. Ils se distinguent de l'arc-en-ciel en ce qu'ils apparaissent entre l'observateur et le soleil. Ils sont colorés comme les couronnes, mais mieux limités, plus complexes, souvent accompagnés de cercles blancs plus ou moins pâles qui se coupent et donnent à leurs points de rencontre des images brillantes qu'on prendrait pour des images du soleil, et qu'on nomme parhélies.

Il existe des halos lunaires comme il existe des couronnes lunaires; mais, tandis que ceux-ci se montrent dans les cumulus, nuages formés de globules de vapeur condensée en eau, les premiers se montrent dans les cirrus, beaucoup plus élevés que les cumulus et composés de fines aiguilles de glace. Il n'est aucun de ces nuages qui n'en offre des traces; mais les halos complets sont très rares.

Les cercles colorés des halos dont le soleil ou la lune occupe le centre sont dus à des phénomènes de réfraction de la lumière passant au travers des prismes formés par les aiguilles de glace ; les cercles blancs qui passent par le soleil ou par la lune sont dus à des réflexions sur les faces antérieures de ces cristaux orientés par leur chute.

Mirage. — Le mirage est un phénomène de tout autre ordre, qui n'est pas rare dans nos climats et qui est très fréquent dans les pays chauds.

La lumière ne se propage en ligne droite que dans un milieu bien homogène. Dans de l'air dont la température changerait rapidement de la surface du sol jusqu'à une certaine hauteur, les rayons qui rasent obliquement la surface du sol 6e relèvent ou s'abaissent suivant le sens de la variation de la température. Si le sol est plus chaud que l'air à une certaine hauteur, ce qui est le cas pendant le jour, dans les pays chauds et secs, les rayons tendent à se relever, à s'éloigner du sol, parce que l'air est plus réfringent là où il est le moins chaud que là où il l'est le plus. Si donc un rayon de lumière parti d'un objet lointain situé près de l'horizon est lancé vers nous dans une direction à peu près horizontale, en parcourant une couche d'air de même température en ses divers points, ce rayon nous parviendra à peu près sans déviation et nous donnera la vue directe de l'objet. Si en même temps un autre rayon parti du même objet, mais plongeant un peu vers le sol, rencontri' sur son chemin des couches d'air de plus en plus chaudes et moins réfringentes, chaque couche le redressera un peu. Ce second rayon parcourra donc une sorte d'arc de cercle dont la concavité sera dirigée ..vers le haut, et il pourra venir jusqu'à l'œil en paraissant venir d'en bas; il donnera une seconde vue de l'objet analogue à celle qui serait produite par la réflexion d'une glac^ couchée sur le sol. C'est cette réflexion particulière, donnant une image renversée des objets pinces près de l'horizon, qui constitue le mirage.

Le plus ordinaire est celui que nous venons d'esquisser; il produit l'effet d'une nappe d'eau sur laquelle se réfléchissent les nuages, les arbres, les objets terrestres faisant peu de saillie sur le sol. Mais le phénomène peut être renversé quand c'est au contraire le sol ou la mer qui est plus froid que l'air. On voit alors les objets éloignés donner une imago renversée, placée au-dessus d'eux au lieu d être au-de.->sous, comme si le miroir était dans le ciel et non sur le sol. Il est enfin dei cas, sur le bord de la mer, où le mirage se pr luit latéralement comme si le miroir était veruent placé près de la mer.

A l'époque où le mirage et sa cause étaient peu

connus, ce phénomène a été rendu célèbre parles souffrances qu'il a fait endurer aux soldats pendant la campagne d'Egypte. 11 est cependant presque quotidien en France, notamment dans la plaine de la Crau. [Murie-Uavy.]

PHILIPPE. — Nom de six rois de France, et de divers souverains étrangers.

1" France.

Philippe I", — Histoire de France, VIII, — le quatrième des rois capétiens, successeurd'IIenril", régna pendant près d'un demi-siècle (10(10-1108), mais ne prit aucune part aux grands événements qui agitèrent la Franco durant cette période. Il avait treize ans, lorsque son vassal, le duc Guillaume de Normandie, conquit l'Angleterre (1000). Pendant les trente années qui suivent, on voit Philippe engagé à diverses reprises dans d'obscures guerres féodales contre les seigneurs ses voisins, guerres où souvent il avait le ûessous. Son union illégitime avec Bertrade, femme du comte d'Anjou, attira sur lui les anathèmes de l'Eglise; il était excommunié lorsque le pape Urbain II vint en Auvergne prêcher la première croisade, à laquelle le roi de France resta étranger. Vers la fin de son règne, il associa à sa couronne son fils Louis, dont l'activité et l'habileté allaient donner à la royauté une importance qu'elle n'avait pas eue jusqu'alors. Philippe Ier ajouta au domaine royal le Gàtinais, le Vexin, et la vicomte de Bourges.

Philippe II Auguste, — Histoire de France, IX, — fils et successeur de Louis VII, monta sur le trône en 1180. Ce monarque, politique astucieux et négociateur habile bien plus qu'homme de guerre, visa constamment à étendre l'autorité royale, et à s'emparer des possessions des Plantagenets en France. Pendant les dernières années du règne d'Henri II d'Angleterre, il lutta contre ce prince en s'associant à ses fils révoltés. Après la mort d'Henri II, le pape Clément III ayant prêchéune croisade, Philippe dut conclure la paix, et se rendit en Orient avec Richard Cœur-de-Lion, successeur d'Henri. Il en revint bientôt, malgré le blâme que sa défection lui attira. Profitant de l'absence et de la captivité de Richard, il essaya de lui enlever la Normandie ; mais Richard revint à son tour (119J)., et une trêve fut conclue. En 119», Philippe, ayant répudié sa femme Ingelburge de Danemark pour épouser Agnès de Méranie, vit son royaume mis en interdit par Innocent III; trop faible pour lutter contre le pape, il céda, reprit Ingelburge, et obtint son pardon. En même temps, il citait à comparaître devant lui, pour être jugé par la cour des pairs, qui se réunit alors pour la première fois, le nouveau roi d'Angleterre, Jean sans Terre, accusé d'avoir assassiné son neveu Arthur de Bretagne; sur son refus de se présenter, Philippe s'empara de la plupart des liefs que les Plantagenets possédaient en France, Normandie, Maine, Touraine, Anjou et Poitou. Cestà cette époque qu'un certain nombre do seigneurs français s'embarquaient pour la 4e croisade (V. Croisades). Philippe les laissa partir sans se joindre à eux; il était trop occupé du soin de ses prupres intérêts. Tout en agrandissant le domaine royal, il créait une milice (les ribauds), s'efforçait de se concilier la bourgeoisie en favorisant le développement des institutions municipales, protégeait l'Université de Paris et y faisait enseigner le droit romain. En 1208, Innocent III prêcha la croisade contre les Albigeois ^V. Albigeois) : Philippe-Auguste laissa les seigneurs du ;Nurd marcher conire les hérétiques du .Midi.; mais, malgré les avantages qui devaient résulter pour la royauté française de la conquête de la Provence, il ne se joignit pas aux croises. Ses démêlés avec Jean sans Terre n'étaient pas terminés; celui-c avait pour alliés l'empereur d'Allemagne Othon IV

PHILIPPE

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et plusieurs seigneurs vassaux du roi de France, entre autres le comte de Flandre. « J'ai aux flancs, écrivait Philippe au pape, deux lions grands et terribles, Otlion l'empereur et Jean d'Angleterre ; aiusi je ne puis sortir de France. » Bientôt la guerre éclata entre le roi de France et ses adversaires. Otlion, aidé des Flamands, avait réuni une puissante armée : Philippe le battit à Bouvines (1214); en même temps Jean sans Terre, défait près de Nantes, fut contraint à la paix. L'année suivante, les barons anglais, révoltés contre leur roi, offrirent la couronne au fils du roi de France, Louis. Celui-ci passa en Angleterre ; mais Jean étant mort, les barons préférèrent son fils à un souverain étranger , et l'expédition française échoua. Philippe- Auguste d'ailleurs avait désapprouvé cette tentative; il aimait mieux consolider ses premières conquêtes, se fortifier dans son propre royaume, que d'aller chercher au dehors des possessions nouvelles ou une gloire stérile. C'est ainsi qu'il refusa de participer à la cinquième croisade (i217), et qu'il refusa également d'accepter le don que voulait lui faire de la Provence Amaury, fils de Simon de Montfort : c'est à Louis VIII qu'il était réservé de prendre possession de la France méridionale. Philippe- Auguste mourut en 1223, âgé de cinquante-huit ans; sa prudence, son habileté, sa sage administration, ont fait de lui l'un des principaux fondateurs de la royauté française.

Philippe III le Hardi, — Histoire de France, X, — fils de saint Louis, prit la couronne en Afrique, à la mort de son père qu'il avait accompagné à la 8ecroisade(1270) ; il se hâta de conclure la paix avec le bey de Tunis, et de revenir en France. 11 réunit à la couronne l'héritage de son oncle, le comte de Toulouse ; puis, à la mort de Henri le Gros, comte de Champagne et roi de Navarre, qui ne laissait pour lui succéder qu'unefille, il fiança celle-ci à son fils Philippe; la Champagne se trouva ainsi réunie au domaine royal, et une expédition au delà des Pyrénées assura au roi de France l'obéissance des Navarrais (1276). A la fin de son règne, Philippe III porta de nouveau ses armes en Espagne: le roi Pierre III d'Aragon était en guerre avec Charles d'Anjou, roi de Naples et oncle de Philippe; celui-ci envahit l' Aragon avec vingt mille chevaliers : il prit Girone après un siège difficile. Mais la flotte française fut battue par les marins catalans ; l'armée de terre était épuisée par les maladies. Philippe dut battre en retraite, et mourut en arrivant à Perpignan (1285).

Ce fut sous le règne de Philippe III qu'eut lieu le premier anoblissement ; en même temps les roturieis obtinrentle droit d'acquérir des fiefs.

Philippe IV le Bel. — Histoire de France, XI. — Le roi et ses conseillers. — La personne de Philippe le Bel est peu connue; il n'y a pas eu auprès de lui un Joinville pour noter les détails de sa vie intime et rassembler les traits de sa physionomie. On ne peut guère le juger que par sa politique et par les hommes dont il aimait à s'entourer. Avec lui la royauté prit de plus en plus le caractère juridique qu'avait commencé à lui donner saint Louis. Mais saint Louis s'était servi de la justice; Philippe fit surtout usage de la chicane. Ses principaux ministres n'étaient pas des hommes d'épée ni de grands seigneurs : ils sortaient de la petite noblesse ou de la bourgeoisie. Enguerrand de Marigny, qui fut chambellan et trésorier du roi, Pierre Flotte, Nogaret, qui furent successivement chanceliers, Plasian, un de ceux que Philippe employait le plus volontiers, étaient, comme ils s'intitulaient euxmêmes, des chevaliers es luis. Leurs armes favorites étaient les textes embrouillés qu'ils commentaient toujours dans le même sens et les ruses de procédure que la violence venait au besoin soutenir.

2e Partie.

Organisation administrative. — L'organisation administrative ébauchée sous les règnes précédents se continue et se complète sous Philippele-Bel. Cette organisation est surtout judiciaire ; elle a son centre dans le parlement. Le parlement est divisé en trois parties : 1° le grand conseil, corps politique où siègent les principaux officiers de la couronne; 2° la cour des Comptes, qui surveille déjà la gestion financière; 3° le parlement proprement dit, comprenant une grand' chambre qui juge sur plaidoiries, une chambre des enquêtes et une chambre des requêtes. Dans les provinces, aux baillis et sénéchaux, prévôts et viguiers établis précédemment, s'ajoutèrent une foule de fonctionnaires nouveaux : procureurs du roi, notaires, avocats, maîtres etpeseurs des monnaies. Avec les sergents, sorte de milice qui assistait les prévôts, cette administration devenait nombreuse et compliquée.

Nouveaux be<"ins de la royauté. Caractère général de la ■politique de Philippe le Bel. — Elle était surtout coûteuse. Jusqu'alors le roi n'avait eu d'autre charge que l'entretien de sa maison, le revenu du domaine y suffisait amplement. Mais alors se produisirent des besoins nouveaux ; Philippe le Bel chercha donc à se procurer des ressources nouvelles. C'est là le véritable mobile de sa politique, le secret de son activité inquiète, de ses ruses, de ses intrigues, de ses violences. Il avait besoin d'argent, et pour s'en procurer tout moyen lui était bon. La question d'argent domina sa politique intérieure, sa politique étrangère, sa politique ecclésiastique.

Politique intérieure. Les Etats-généraux. — Sous le règne de Philippe le Bel se produit un événement considérable dans l'histoire politique de la France. Le premier, il convoque des Etats-généraux, c'est-à-dire des assemblées où figurent, à côté des nobles et du clergé, des députés des villes représentant le Tiers-Etat. Ce ne fut point pour accomplir une réforme libérale ni pour associer la îation aux affaires que Philippe le Bel se décida à cette innovation. Il convoqua les Etats quatre fois en 1302, en 1303, en 1308 et en 1314, c'est-à-dire pendant sa lutte avec Boniface VIII, pendant le procès des Templiers et au plus fort de la guerre de Flandre. Il était sûr de trouver dans ces assemblées une adhésion à ses actes et un point d'appui pour sa politique. Il comptait surtout sur elles pour se procurer des ressources. A chaque fois il arracha aux Etats des votes de subsides. Aussi était-ce un honneur peu recherché que de venir siéger aux Etats-généraux. Les députés des villes savaient bien qu'ils seraient obligés de se taxer eux-mêmes, eux et les leurs, et ils ne venaient qu'à regret.

Rapport': avec la noblesse. — A l'égard de la noblesse, Philippe le Bel poursuivit la politique de saint Louis, s'efforçant d'étendre la Qunrantainele-Roy, les cas royaux; mais là aussi sa politique eut surtout un caractère fiscal. A tout propos il prononçait des confiscations. Il exigea pour les fiefs qui passaient des mains de la noblesse dans celles de la bourgeoisie le paiement d'un droit de franc fief. Mais les propriétés qu'on mettait en vente perdaient ainsi de leur valeur, et c'était sur la noblesse que pesait en définitive le nouvel impôt. La noblesse manifesta à plusieurs reprises son mécontentement. Vers la fin du règne elle formait des ligues contre le roi.

Persécutions contre les Lombards et les Juifs. — Il y avait des classes de la population plus faciles à rançonner. Le commerce de l'argent était alors tout entier dans les mains des Lombards et des Juifs. Plus d'une fois on arrêta en masse tous les Lombards et on les obligea à acheter leur liberté. Quant aux Juifs, tantôt on leur faisait payer des tailles spéciales, tantôt on les emprisonnait pour

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les mettre à rançon. De temps en temps le roi simulait une vertueuse indignation, leur reprochait de maltraiter les chrétiens par l'usure, et les chassait du royaume. Alors il s'emparait de leurs biens, prenait" en main leurs créances et les faisait valoir pour son compte, se gardant de rien rabattre des intérêts. On pardonne à saint Louis son intolérance en laveur de sa sincérité. Philippe le Bei mérite d'être jugé plus sévèrement.

Altéra/ion des monnaies. — Dans sa Divine Cotnédi'e, Dante a dépeint le supplice du roi fauxmonnayeur. C'est de ce nom que les contemporains appelaient le roi Philippe, et ce nom était mérité. Quand il avait à payer, il augmentait la valeur des monnaies; quand il avait à recevoir, il la diminuait. Des perturbations désastreuses résultaient de ces brusques changements. Il n'y avait plus de sécurité dans les transactions. A plusieurs fois le peuple exaspéré fit des émeutes. En 1306 la maison de l'argentier Etienne Barbette fut brûlée, et le roi, vivement poursuivi, n'échappa qu'en se réfugiant dans la forteresse du Temple.

Politique étrangère. Traité de larascon. — En 1585, quand Philippe le Bel devint roi, il trouva la France engagée dans une lutte contre l'Aragon. Cette guerre avait été entreprise par Philippe III dans l'intérêt de la maison d'Anjou ; on y gagnait plus de coups que de profits. Philippe le Bel se hâta d'y mettre fin. Dès 1291 il signait le traité de Tarascon. Le roi de Naples Charles le Boiteux, prisonnier de l'Aragon, était remis en liberté. Il abandonnait la Sicile à une branche cadette de la maison d'Aragon. D'autre part, Charles de Valois, frère du roi de France, renonçait à la couronne d'Aragon que lui avait attribuée le pape et, en compensation, recevait du roi de Naples l'Anjou et le Maine.

Affaires < e Guyenne. — Philippe le Bel avait fait la paix avec l'Aragon pour avoir les mains libres. Il convoitait la riche province de Guyenne, déjà florissante par la culture de la vigne et le commerce des vins. Il aggrava à dessein une querelle insignifiante survenue entre des matelots français et des matelots gascons, sujets du roi d'Angleterre. H exigea que celui-ci vînt en personne lui donner satisfaction. Edouard I" fut très embarrassé Il était pour la Guyenne le vassal ce Philippe, et n'osait se mettre en rébellion ouverte contre son suzerain. Il avait assez à faire de soumettre dans son lie les Gallois et les Ecossais. Philippe lui proposa un accommodement : il se contenterait d'une simple formalité; son chancelier Pierre Flotte irait occuper en son nom quelques places de la Guyenne, les quitterait aussitôt et tout serait dit. Edouard accepta. Pierre Flotte alla en Guyenne, mais avec des troupes, et quand il eut les villes il les- garda. Edouard indigné commença la guerre. Mais les hostilités ne furent jamais poussées très vivement; en 1303, après un arbitrage du pape, Philippe le Bel rendit la Guyenne.

Affaires de Flandre. — Au nord de la France était un pays plus riche encore que la Guyenne. La Flandre était alors la première contrée manufacturière de l'Europe : on y fabriquait des draps, des étoffes, des dentelles, les villes étaient grandes, florissantes; la population nombreuse, active, avait conscience de sa richesse et de sa force. La féodalité pesait bien peu à côté de villes comme Bruges ou Gand. Les nécessités du commerce avaient établi des rapports intimes entre les Flamands et les Anglais. L'Angleterre, qui n'était alors qu'un pays de pâturages, fournissait les laines, matière première de l'industrie flamande.

Pour donner satisfaction à ses sujets, le comte de Flandre, Guy de Dampierre, négocia un mariage ■ntre le roi Edouard et sa fille Philippa; le roi de France, parrain de la jeune princesse, manifesta le

désir de la voir avant son départ. On la lui amena, et quand elle fut près de lui il refusa de la laisser (Bartir (1300 . Aux réclamations du comte il répondit par des menaces, et une armée entra en Flandre. Mal secondé par ses sujets, négligé par Edouard Ier. Guy de Dampierre fut battu et pris. On l'enferma au Louvre, et Philippe le Bel prit possession de la Flandre.

C'était une belle conquête, mais il fallait, savoir la garder. Philippe gâta ses affaires par trop de précipitation et d'avidité. Dans un voyage qu'il fit en Flandre, les femmes flamandes étalèrent un luxe écrasant qui fut remarqué par la reine avec dépit, mais dont le roi prit bonne note. Jacques de Châtillon, envoyé comme gouverneur, montra à la fois l'insolence d'un baron féodal et la cupidité d'un chevalier es lois. Les Flamands, si jaloux de leur indépendance, furent soumis à la tyrannie la plus violente et la plus maladroite. On établissait des impôts sur tout, on frappait d'une taxe proportionnelle le salaire des ouvriers. On employait, pour des travaux faits au compte du roi, des hommes qu'on refusait ensuite de payer. Les réclamations des notables et des chefs de métiers furent brutalement repoussées parle gouverneur. Pour montrer aux plaignants qu'ils avaient tort on les emprisonnait. Le parlement de Paris, devant qui avait été portée l'affaire, donna raison aux gens du roi. Les Flamands n'étaient pas habitués à la patience : ils se firent justice eux-mêmes. Un soulèvement éclata à Bruges : 40u0 Français périrent dans les Vêpres flaman des. Une armée entra en Flandre pouj les venger Elle rencontra les milices flamandes près de Outrai. Les Flamands n'avaient que de 1'mfantrrir, ils la rangèrent en bon ordre le long d'un cana.1. Une attaque de front était dangereuse Le connétable de Nesle et les chefs les plus expérimentés parlaient de tourner la position mais l'imprudente ardeur de Robert d'Artois entraîna tout" l'armée à un désastre. La lourde cavalerie féodale s'embourba dans le fossé qu'elle voulait franchit, et les Flamands n'eurent que la peine d'achever leurs ennemis (1302). L'année suivante ils osèrent pénétrer en France, et brûlèrent Thérouanne. Philippe le Bel en personne dirigea la campagne de 13n4. Il trouva les Flamands fortement retranchés dans leur camp de Mons-en-Puelle, et se garda bien de les attaquer. 11 resta en observa tion avec le gros de ses forces, tandis que ses troupes légères couraient la campagne et promenaient partout l'incendie. Les Flamands firent alors une brusque sortie et faillirent enlever l'armée française.Le roi montra beaucoup de sang-froid, rétablit le combat et remporta la victoire. Mais quelques jours après, une nouvelle armée de 60 000 hommes venait lui présenter la bataille. Philippe comprit qu'il lui serait difficile de venir à bout d'une telle résistance. Il fit la paix avec les Flamands, remit en liberté leur jeune comte, fils de Guy de Dampierre, et ne garda que la Flandre française avec la ville de Lille, plus une indemnité de 20(1000 livres.

Lutte de Philippe le Bel et de Boni face VIII. — La lutte de Philippe le Bel et du pape Boniface VIII, qu'on a regardée quelquefois comme la suite de la querelle des investitures, a eu en fait son origine dans une question d'argent. Il s'agissait de savoir si les papes pourraient se faire payer les expectatives, lesannates, les grâces conciliatoires, s'ils pourraient vendre des dispenses et des indulgences, lever des dîmes, ou si les rois avaient le droit, comme fondateurs ou collateurs de bénéfices, d'en prendre leur part et d'établir des impôts. Le roi et le pape se montraient pleins de sollicitude pour défendra, chacun contre son rival, les intérêts du clergé et ceux des fidèles français. Boniface VIII apporta dans la lutte toute la fougue d'un caractère violent et absolu. Philippe le Bel

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fit preuve d'opiniâtreté et de l'absence de scrupules qui lui était habituelle.

Le roi avait établi dans ses Etats uu impôt nouveau, la maltôte,dunt il exigeait le paiement même du clergé. Boniface publia la bulle Clericis Inïcos, par laquelle il défendait sous peine d'interdit à tout clerc de payer, à tout laïque de faire payer. Philippe riposta en interdisant tout envoi d'or ou d'argent à Rome. Cette fois le pape se montra conciliant. Il était engagé dans de violentes querelles avec la famille romaine des Colonna, et ne voulait pas se faire du roi de France un ennemi qu'il savait devoir être redoutable. Il autorisa la levée d'un décime et d'une année des revenus et bénéfices qui deviendraient vacants. Les deux cours parurent réconciliées.

En l'an 130fi, Boniface VIII tint à Romeun jubilé : 300,000 pèlerins y affluèrent. Le pape fut transporté de joie et d'orgueil. Il se déclara lui-même le roi des rois et le chef de tous les fidèles. En même temps il traitait rudement Philippe, lui envoyant, pour le sommer d'aller en croisade, son ennemi personnel Bernard Saisset, évêque de Pamiers. On prétendait en France que Saisset intriguait pour déterminer dans le sud-ouest une révolte contre le roi et la formation d'un royaume du Languedoc. Philippe le fit arrêter et demanda qu'il fût dégradé. Le pape lança la bulle Ausculta fili, dans laquelle il tenait le langage le plus hautain : « Dieu nous a constitué, quoique indigne, au-dessus des rois et des n 'jaunies. ■■ Il réclamait la mise en liberté de l'évêque. Pierre Flotte alla lui déclarer que Saisset resterait prisonnier et que l'or et 1 argent ne sortiraient plus de France à destination de Rome. La bulle était déjà très vive, Philippe la falsifia et publia une contrefaçon conçue dans des termes d une violence odieuse. Il fit paraître une réponse du même style et brûla la bulle. Le pape convoqua un concile, le roi réunit les Etats-généraux. Mais le concile se montrait favorable à Boniface, qui préparait une bulle d'excommunication. Le roi le prévint. Nogaret partit pour l'Italie avec la mission d'enlever le pape ; on devait l'amener à Lyon, le faire comparaître devant un concile composé avec soin, et provoquer sa déposition. Nogaret s'adjoignit Colonna, l'ennemi mortel du pape; tous deux levèrent une petite armée et surprirent Boniface dans la ville d'Anagni. Le vieux pontife plus qu'octogénaire montra une fermeté invincible. Il s'attendait à tout et il était décidé à tout supporter. Ses ennemis le trouvèrent assis, la tiare en tête, revêtu de tous ses ornements pontificaux. On lui demandait d'abdiquer. Il s'y refusa énergiquement malgré les injures, les menaces et les mauvais traitements. A la fin le peuple d'Anagni indigné chassa Nogaret et Colonna. Mais la secousse avait été trop violente pour ce vieillard de 86 ans. Il mourut un mois après (octobre 1303).

Benoit XI. Election de Clément V. — Son successeur Benoît XL homme doux et pieux, prononça une absolution générale dont il excepta le seul Nogaret. Celui-ci, furieux, affirma n'avoir agi que pour le bien de l'Eglise, et produisit contre le pape défunt des accusations infâmes. Benoît XI mourut en juillet 1304. Le saint-siège demeura vacant pendant toute une année. Le parti français et le parti italien, égaux en force dans le conclave, ne pouvaient parvenir à s'entendre. On arriva enfin à une transaction. Les cardinaux italiens désignèrent trois candidats, parmi lesquels les cardinaux français devaient (aire le choix définitif. Les Italiens ne désignèrent que des ennemis de Philippe le Bel; mais l'un de ceux qui montraient le plus d'animation, Bertrand de Goth, archevêque de Bordeaux, avait été gagné secrètement. Il lut élu sous le nom de Clément V, et se mit à la discrétion du roi de France. Il créa douze cardinaux nouveaux, tous du parti français, et transporta le siège de la

papauté à Avignon, inaugurant ainsi ce qu'on devait appeler plus tard la captivité de Baoi/lo?ie.

Destructio?i des Templiers. — Cependant le procès intenté à la mémoire de Boniface VIII durait toujours. Nogaret faisait venir d'Italie tout un cortège de faux témoins. Le pape n'obtint qu'en 1311 de faire cesser cette scandaleuse affaire ; mais pour obtenir l'assentiment du roi, il dut sacrifier les Templiers. L'ordre des Templiers, après la chute des Etats chrétiens d'Orient, s'était fixé tout entier en Europe. Là, les chevaliers vivaient paisiblement des donations qui leur avaient été faites autrefois. D'assez méchants bruits couraient sur leur compte; on les accusait de mener une vie scandaleuse, de se livrer à la débauche, et de commettre des profanations dans leurs cérémonies secrètes. Il est difficile de savoir ce qu'il y avait de fondé dans ces imputations. Philippe le Bel s'inquiéta peu de rechercher la vérité. Il avait vu un jour les richesses entassées dans la forteresse du Temple, et ce jour-là il avait songé às'en rendre maître. Il essaya d'abord de se faire recevoir parmi les Templiers, qui déclinèrent cet honneur. Il chercha un autre moyen. Le 13 octobre 1307, dans toute l'étendue du royaume les Templiers furent saisis et emprisonnés. Alors commença un procès qui est resté célèbre dans l'histoire des grandes iniquités. En 1311 le pape prononça la suppression de l'ordre. En 1313 eut lieu le supplice du grand-maître Jacques de Molay et de plusieurs chevaliers. Mais les dépouilles du Temple furent adjugées aux Hospitaliers; Philippe le Bel n'en put arracher que quelques lambeaux.

Il mourut peu après (1314). Par ses rapines, ses extorsions et ses violences il s'était rendu odieux à toutes les classes de la nation. Le peuple le comparaît à l'Ante-Christ. Cependant son règne n'avait pas été inutile. Il avait complété l'œuvre administrative de ses prédécesseurs. Au dehors, l'influence de la France s'étendait sur tous les pays environnants : l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie. Un contemporain dressait déjà le plan d'une monarchie universelle qui aurait eu pour chef le roi de France. Maurice Wahl.]

Philippe V le Long, — Histoire de France, XI, — second fils de Philipppe le Bel, devint régent du royaume à la mort de son frère Louis le Hutin, qui laissait une fille et sa femme enceinte (1316). La veuve de Louis accoucha quelque temps après d'un fils ; mais cet enfant, proclamé roi sous le nom de Jean Ier, ne vécut que cinq jours. Philippe alors invoqua la loi salique pour écarter du trône sa nièce Jeanne, et se fit donner la couronne par l'assemblée des barons (V. Guerre de Cent ans). Jeanne reçut toutefois plus tard le royaume de Navarre.

Les six années du règne de Philippe V furent utilement remplies par des mesures d'administration : organisation du conseil d'État, du parlement et de la cour des comptes, chartes données aux municipalités de l'Auvergne et du Périgord, ordonnances pour la gestion des forêts, pour l'établissement d'un système de mesures uniques pour les denrées, etc. La paix fut définitivement conclue avec les Flamands. Mais de cruelles persécutions furent exercées contre les franciscains, qui attaquaient le luxe du haut clergé, contre les juifs et les lépreux accusés d'empoisonner les fontaines. En 1320, on vit se produire dans une partie de la France un mouvement analogue à celui des pastoureaux sous Louis IX ; le peuple des campagnes se leva, disant qu'il voulait aller reconquérir la Terre Sainte, abandonnée par les rois chrétiens. Rassemblés en une armée, les pastoureaux entrèrent dans Paris, puis se dirigèrent vers le sud, ravageant le pays sur leur passage ; mais ils furent exterminés en Provence par le scnécual de Carcassonne.

PHILIPPE

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Philippe V mourut en 1822, et eut pour successeur son frère Charles IN Le BeL Philippe VI de Valois, —Histoire de France, XII, —

fils de Charles de Valois et nevu de Philippe IV, pril la couronne du consentementdes pairs etdes barons,

à la mort de Charles IV (1328); nous avons expliqué à l'article Guerre île Cent ans comment se fit ce transfert de la royauté à la branche des Valois par l'extinction de la ligne directe des Capétiens. I ne courte guerre contre les Flamands (victoire de Cassel, 1328) inaugura ce règne. Quelques années après éclata entre Edouard III d'Angleterre et le roi de France cette querelle qui devait enfanter cent années de luttes sanglantes. Les épisodes de la première période de la guerre, bataille de l'Ecluse, bataille de Crécy, prise de Calais, o it été racontés ailleurs (V. Guerre de Cent ans, p. 920). Nous n'avons donc pas à insister sur la fin du règne de Philippe VI, qui mourut en 1350.

2° Allemagne.

Philippe de Souabe. — Histoire générale, XIX, XXVII, — fils de Frédéric Barberousse et oncle de Frédéric II, fut élu empereur par le parti gibelin à la mort de son frère Henri VI (1197). Les guelfes, appuyés par le pape, lui opposèrent d'abord Berthold de Zaehringen, puis Othon de Brunswick, fils de Henri le Lion, duc de Bavière. Il finit par triompher, après une lutte de plusieurs années, des prétentions d'Othon, qui dut se réfugier en Angleterre (1206). Mais bientôt après (1208), Philippe de Souabe fut assassiné par un seigneur de son propre parti, Othon de Wittelsbach. Othon de Brunswick revint alors en Allemagne et régna sous le nom d'Othon IV.

3° Espagne.

Philippe Ier le Beau, — Histoire générale, XXII, XXIX, — fils de Maximilien I", empereur d'Alle- /nagne, hérita de sa mère Marie de Bourgogne, en 1482, la souveraineté des Pays-Bas ; épousa en 1496 Jeanne (surnommée plus tard la Folle), fille de Ferdinand V et d'Isabelle la Catholique ; et à la mort d'Isabelle en 1504, fut proclamé roi de Castille par les Cortès. Il mourut jeune, en 150t>, usé par la débauche. Son beau-père Ferdinand prit alors la régence du royaume de Castille, dont l'infant Charles (Charles-Quint), fils de Philippe, restait l'héritier présomptif.

Philippe II, — Histoire générale, XXII, XXIX, — fils de Charles-Quint, roi d'Espagne de 1556 à 1598, joua un grand rôle dans les affaires générales de l'Europe. Les événements principaux de son règne ont été mentionnés à l'article Espagne et dans plusieurs articles spéciaux [Guerres de religion, Angleterre, Pays-Bai, Italie, etc.,); nous n'aurons pas à y revenir ici. Nous rappellerons seulement que, dès 1540, Philippe était devenu duc de Milan; qu'en 1544 il avait reçu la couronne de \aples et de Sicile, et en 1545 la souveraineté des Pays-bas. Il avait en 1544 épousé la reine Marie d'Angleterre qui mourut en 1558, et après la mort de laquelle Philippe épousa Elisabeth de Valois en 1559). Philippe II se trouva ainsi le prince le plus puissant de son temps, et se constitua le défenseur de la foi catholique dans toute l'Europe. Mais toutes ses entreprises échouèrent : il perdit les Pays-Bas, vit sa puissance maritime détruite par les Anglais, fut contraint de recon- I naître Henri IV comme roi de France, et malgré : la conquête du Portugal en 1580, laissa à sa mort | l'Espagne amoindrie et déchue.

Philippe III, — Histoire générale, XXIII, XXIX, — tils et successeur de Philippe II, fut gouverné pendant presque tout son règne (1558-1621 par son premier ministre le duc de Lerme, qui conclut i

li pais avec l'Angleterre et les Pays-Bas, expulsa les Maures (1609), faisant perdre ainsi

sa plus industrieux, et maria la fille de Philippe III, Anne d'Autriche, au roi de Fiance Louis Mil ( i G 1 5 . Philippe [II, sous le gouvernement duquel l'Espagne continua a décliner, prit part à la guerre de Trente ans, comme allié de l'empereur Ferdinand II (V. Guerre de I

Philippe iv. — Histoire générale, Will -XXIV, XXIX, — fils et successeur de Philippe III. eut pour ministre de 1621 à 1 G42 le comte d'Oii qui recommença sans succès la guerre contre [es Pays-Bas, et se joignit à l'empereur dans la Lutte contre Bichelieu (V. Guerre de Trente ont . Le Portugal se souleva en 16 iO, et recouvra son Indépendance. Après la disgrâce du comte d'Olivarès, Philippe IV n'en continua pas moins la guerre contre la France ; les armées espagnoles furent battuesà Rocroi(104:i; et à L n> 1648), et, malgré le secours que leur apporta Condé, elles essuyèrent encore de nouvelles défaites à Arras 16. i et aux Dunes (1658). Naples. révoltée sous MasanieUo (1647), avait failli échapper à l'Espagne. Enfin Philippe conclut avec Mazarin la paix des Pyrénées M 659), cimentée par le mariage de l'infante Marie- Thérèse avec Louis XIV. Il mourut en 1065, laissant l'Espagne, toujours plus affaiblie, à un enfant débile et sans intelligence qui fut Charles IL

Philippe V, — Histoire générale, XXV, XXIX — duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV et second fils du dauphin Louis, lut appelé au trône d'Espagne par le testament du roi Charles H (1700 Ce fut en acceptant cet héritage pour son petit-fils que Louis XIV prononça le mot célèbre : // n'y a plus de Pyrénées. Mais l'avènement de Philippe V fut le signal d'une guerre européenne qui dura treize ans (V. Guerre de la succession d'Espngne-, et qui aboutit à la reconnaissance du prétendant français par l'Europe moyennant la cession de Naples, du Milanais, de la Sardaigne et de la Belgique à l'Autriche, de la Sicile au duc de Savoie, et de Gibraltar à l'Angleterre. Philippe V fut, comme ses prédécesseurs, constamment gouverné par des favoris : d'abord par la princesse des Ursins, puis par le cardinal Alberoni, devenu premier ministre en 1715. Celui-ci forma le projet de rendre à son maître les provinces que lui avait enlevées le traité d'Utrecht, et de lui donner en outre la couronne de France ; mais après une courte guerre, ses projets échouèrent, et il fut disgracié (V. Guerre de la quadruple alliance). Philippe V fut encore mêlé à la guerre de la succession de Pologne, qui donna à son second fils don Carlos les couronnes de Naples et de Sicile, et à celle de la succession' d'Autriche, dont il ne vit pas la fin. Il mourut en 1746, et eut pour successeur son fils Ferdinand VI. Il avait, dans la seconde partie de son règne, encouragé les sciences, le commerce et l'industrie, et fait quelques efforts pour régénérer l'Espagne. PHILOSOPHIE (Histoire de la). — Psychologie , Logique , Morale, XXI. — Toute science a son histoire qui raconte les efforts de ses fondateurs, les travaux de tous ceux qui ont contribué à l'organiser. Mais il s'en faut que l'histoire du passé offre le même intérêt pour tous les ordres de recherche scientifique. Certaines sciences, en effet, comme les sciences exactes, ont eu la bonne fortune de trouver tout de suite leur méthode définitive et d'entrer dès leur premier pas dans la voie des découvertes incontestables et incontestées. D'autres, comme la physique ou la chimie, n'ont été à l'origine qu'un tas de rêveries ridicules, de préjugés absurdes dont l'expérience des siècles suivants a fait justice. Dans le premier cas, l'histoire de la science se confond avec la science ellemême : dans le second, n'ayant guère à raconter que des erreurs, elle est nécessairement peu inté-

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ressante et peu instructive. L'histoire de la philosophie a un caractère tout autre: car d'une part la philosophie a passé par une série de tâtonnements et de vicissitudes qui semble n'être pas close encore; tandis que les axiomes de la géométrie demeuraient immuables depuis Euclide, la plupart des théories de Platon et d'Aristote vieillissaient et passaient de mode ; d'autre part la nature des conceptions philosophiques est telle que, même fausses et destinées à faire place à d'autres, elles contiennent toujours une part de vérité et constituent un fragment important de la pensée humaine.

Ainsi, à part quelques novateurs qui, comme Descartes, pour réagir plus violemment contre les préjugés du passé, feignaient de l'ignorer — Des- •cartes disait : « Je ne veux même pas savoir s'il y a eu des hommes avant moi, » — les philosophes se sont toujours complu à étudier de près les doctrines de leurs devanciers, à suivre dans les écoles de tous les temps et de tous les pays la marche et le progrès des idées vers la vérité. Outre le plaisir que trouve l'esprit à entrer en commerce intime avec les grands penseurs, avec ceux qui ont médité sincèrement, sinon résolu à fond, les grands problèmes philosophiques, il est évident que la philosophie elle-même a beaucoup de vérités partielles à recueillir éparses dans les systèmes, dont Leibnitz disait: « Les systèmes sont généralement vrais dans ce qu'ils affirment et faux dans ce qu'ils nient. »

Ce n'est pas d'ailleurs forcer les choses qu'attribuer à la philosophie un rôle considérable dans les affaires humaines, et par suite accorder une extrême importance à son histoire. La place des philosophes a été grande dans le monde. Ce sont des noms de philosophes que l'on retrouve à l'origine des lois sociales, des constitutions politiques, des grandes fondations morales. Ce sont des philosopnes encore qui ont combattu au premier rang pour la tolérance et la liberté. Ce sont aussi des doctrines philosophiques qui ont présidé aux plus mémorables entreprises de l'esprit scientifique. Sans doute nous n'irons pas jusqu'à cette exagération d'un philosophe contemporain (Alfred Fouillée; : « La Grèce du Ve siècle et du ive siècle avant J.-C. est tout entière dans Socrate, Platon et Aristote. » Ce serait faire tort aux arts, à l'industrie, aux événements militaires, à l'histoire elle-même, à l'histoire publique ou privée qui n'a aucun rapport avec la philosophie ; ce serait supprimer presque la réalité, dont la philosophie, cet idéal, n'est pas, tant s'en faut, la fidèle image. Les philosophes et la philosophie ne gouvernent pas le monde, si ce n'est dans la République de Platon : mais ils y ont leur part d'influence par l'éducation qu'ils" inspirent, par les mœurs qu'ils s'efforcent de régler, par les sciences dont ils déterminent les métnodes : de sorte que l'histoire de la philosophie est bien véritablement l'histoire d'une des parties les plus essentielles et les plus intimes de l'évolution humaine.

Les opinions philosophiques, même prises dans leurs généralités et sans entrer dans les nuances infiniment variées des doctrines, sont si nombreuses et si différentes les unes des autres, qu'il était naturel que l'on s'efforçât d'établir quelque ordre dans cette diversité, et de ramener à l'unité l'éparpillement confus de la pensée libre.

Sans parler d'autres tentatives du même genre, non- citerons seulement deux essais systématiques qui appartiennent l'un et l'autre à la philosophie française et à notre siècle, l'un à l'école spiritualiste, l'autre à l'école positiviste. D'après Victor Cousin, l'histoire de la philosophie serait une perpétuelle oscillation entre quatre systèmes qui se succéderaient selon une loi régulière et un ryihme Xatal, le sensualisme matérialiste, l'idéalisme, le

scepticisme et le mysticisme. La pensée humaine, sollicitée par les sens extérieurs et séduite par le spectacle du monde matériel, aurait d'abord incliné vers le matérialisme absolu. Puis, par une tendance inverse, se repliant sur elle-même et scrutant la conscience, elle se serait éprise de l'idéalisme, c'est-à-dire de la doctrine qui n'admet d'autre réalité que les idées immatérielles. De la contradiction de ces deux systèmes, impuissants à s'accorder, serait né le scepticisme, c'est-à-dire l'état de doute permanent qu'engendre la lassitude de l'esprit. Mais, comme la pensée ne peut se résigner à douter toujours, et qu'elle a besoin de croyance, n'importe à quel prix, le mysticisme, c'est-à dire le renoncement à toute recherche scientifique et l'adhésion aveugle, la foi non raisonnée aux suggestions du sentiment, viendrait à son tour clore le cycle où évolue la philosophie.

Pour écarter ce système plus ingénieux que juste.il suffit de consulter l'histoire: les faits démentent absolument la loi de succession que Cousin prétendait imposer aux doctrines philosophiques; le mysticisme ne parait nullement destiné à devenir la formule définitive de la pensée humaine : à mesure qu'il progresse, l'esprit aspire au contraire de plus en plus à des solutions positives et à des croyances raisonnées. Ajoutons que la multiplicité des conceptions, la variété des formes de la philosophie n'autorise pas la classification arbitraire qui les ramène de force à quatre types exclusifs.

Sans être entièrement vraie, la théorie d'Auguste Comte et de l'école positiviste est cependant plus satisfaisante. Elle distingue dans le développement intellectuel de l'humanité trois états successifs : l'âge théologique, l'âge métaphysique, enfin l'âge positiviste. La première tendance des peuples a été mythologique : avec plus d'imagination que de raison, ils voyaient partout, derrière les phénomènes physiques ou moraux, des êtres personnels, des dieux. Plus tard la réflexion a écarté les mythes, et dépeuplé la nature des mille divinités qu'une fantaisie naïve y avait installées; mais à la place des dieux détrônés, elle a admis des êtres métaphysiques, des substances, des âmes. C'est à 1ère du positivisme qu'il appartenait de congédier sans retour ces entités abstraites, ces êtres de raison, pour ne voir dans les choses que ce qui est immédiatement saisi par les sens ou par la conscience, le fait positif, le phénomène.

Telle est la « loi des trois états » : telle est la théorie que le positivisme cherche à accréditer avec d'autant plus de zèle qu'elle serait, si elle exprimait la vérité absolue, la consécration de son triomphe et le gage de son avènement définitif dans la pensée moderne. Mais tout en reconnaissant que les positivistes ont raison de distinguer et de démêler avec finesse trois tendances opposées de la pensée humaine, il est permis de contester la prééminence qu'ils réclament pour l'une d'elles. La négation de toute existence substantielle n'est peut-être pas aussi nouvelle qu'ils le croient ; et d'autre part ni la religion, ni la métaphysique ne semblent disposées à abdiquer devant un système qui interdit à l'homme toute recherche sur son origine et sur sa fin, toute croyance qui dépasse l'observation et l'expérience.

Les vues générales, les classifications esquissées à grandes lignes, fussent-elles de beaucoup supérieures en exactitude à celles de Cousin et d'Auguste Comte, ne dispenseraient pas d'ailleurs d'étudier dans leur ordre chronologique les faits particuliers de l'histoire philosophique. Il ne saurait être question ici d'entrer dans le détail et d'exposer, même succinctement, les opinions, le rôle historique des différentes écoles; nous nous contenterons d'indiquer les divisions du sujet,

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d'examiner les périodes principales avec leurs caractères les plus saillants.

C'est d'abord une question de savoir quelles sont les limites vraies de l'histoire de la philosophie. Faut-il, comme un historien allemand, Drucker, remonter par delà le déluge, et se demander sérieusement, si Adam a été philosophe ? Faut-il au contraire restreindre ses recherches dans la période classique de l'histoire de l'humanité et fixer, comme point de départ de la philosophie, les premières spéculations de la Grèce, le dixième ou le cinquième siècle avant Jésus-Christ?

A vrai dire, la philosophie étant l'usage de la raison réfléchie, il ne convient pas de comprendre dans son histoire les fables et les légendes de l'antiquité, les religions primitives, en un mot tout ce que l'école positiviste appelle l'âge mythologique. Néanmoins, jusque dans les conceptions les plus grossières de l'Inde, de la Perse, de la Chine et de l'Egypte, il y a déjà des germes de vérités philosophiques, et l'histoire de la philosophie a le devoir d'étudier soit la métaphysique panthéiste et la belle morale, par tant de côtés analogue à la morale chrétienne, du brahmanisme et du boudhisme indien, soit les doctrines de Zoroastre, le législateur de la Perse, soit la morale indépendante et exclusivement rationnelle de Confuciuset de Mencius ;600et400 avant J.-C), soit enfin les idées religieuses enveloppées dans les fables du polythéisme égyptien. De leur côte les Hébreux, avec leur déisme sévère, avec leurs doctrines individualistes, les Celtes et les Gaulois avec leur amour de la liberté personnelle, avec leur mépris de la mort et leur foi profonde à l'immortalité, réclament aussi quelques pages dans une histoire complète de la philosophie.

Avec la Grèce seulement commence la véritable philosophie, émancipée de toute théologie et exclusivement fondée sur les libres efforts de la raison. Désormais il y aura une tradition philosophique, une succession non interrompue d'écoles qui essaieront, chacune avec ses tendances propres, mais avec des méthodes communes, de déchiffrer l'énigme de la nature humaine.

La division adoptée pour l'histoire en général peut être appliquée également à l'histoire particulière de la philosophie. On aura donc à étudier tour à tour la philosophie ancienne, la philosophie du moyen âge, enfin la philosophie moderne. ^

La philosophie ancienne se subdivise elle-même en diverses périodes, à raison des contrées où elle s'est développée, ou des caractères communs qui relient entre elles plusieurs écoles.

Première période. — Elle comprend tous les philosophes antérieurs à Socrate, qui ont vécu et enseigné soit sur les côtes de l'Ionie, soit dans la Grande-Grèce, soit dans la Grèce elle-même. Les penseurs de ce temps ont cette ressemblance entre eux, que, dans leurs spéculations un peu ambitieuses, ils prétendent expliquer la nature entière et découvrir le principe des choses; mais ils be divisent sur la nature de ce principe. Les uns sont des physiciens ; leur doctrine est matérialiste : ils voient la cause et la substance du monde, ou Lien dans un élément matériel unique, l'eau, l'air, le feu (Thaïes, vers 600 ; Anaximène, .',.',7 ; Heraclite, 500), ou bien dans une multitude d'atomes corporels (les atomistes, Lcucippe et Déinocrite). Les autres sont des mathématiciens ; leur doctrine est idéaliste : ou bien ils considèrent les nombres comme les principes de toutes choses (école italique ou pythagoricienne, Pythagore, 584, Philolaiis, Archytas), ou bien ils n'admettent d'autre existence que celle de l'être abstrait, absolu, éternel (école élëate, Xénophane, 550 ; Parmônide, 500; Zenon d'Eléc, 400). Enfin, entre ces deux systèmes également affirmatifs, quoique leurs

affirmations diffèrent, se place une école de scepticisme dont la vogue fut grande au temps de Périclès (les sophistes, Protagoras, Gorgias, etc.).

Deuxième période. — C'est l'âge d'or de la philosophie grecque. Trois noms y figurent, les plus grands que la philosophie puisse citer, Socrate, Platon, Aristote. Socrate (470-400) fut avant tout un moraliste, préoccupé de rendre l'homme bon et heureux. Délaissant les recherches de ses prédécesseurs sur la nature de l'univers, il rappela l'esprit humain â l'étude de lui-même. 11 avait appris d'ailleurs, de son maître Anaxagore, que le monde est gouverné par une intelligence divine, et quoique condamné pour crime d'impiété par les fanatiques de son temps, il fut le plus sage, le plus religieux des hommes.

Disciple de Socrate, Platon agrandit encore le spiritualisme de celui-ci, et développa, quelquefois jusqu'à la chimère, la théorie des idées, essences et types éternels des choses, dont le monde matériel ne serait que l'image périssable. Après lui Aristote, son élève, dirigea dans un autre sens la pensée philosophique : à l'intuition enthousiaste et un peu arbitraire, il substitua l'expérience et l'observation, il s'astreignit aux lois d'une logique sévère qu'il a transmise à ses successeurs; enfin, génie universel et véritable encyclopédie vivante, il a légué à presque toutes les sciences des principes féconds et durables

Troisième période : écoles socratiques. — C'est une époque de décadence philosophique comme d'abaissement politique. La spéculation déserte les hautes questions de la métaphysique pour se rattacher à la morale. Un grand nombre d'écoles se produisent et définissent, chacune à sa manière, le souverain bien. Les> principales sont l'école stoïcienne et l'école épicurienne. La première, fondée par Zenon de Cittium (né vers l'an 3G2 avant J.-C.;, qui n'admet d'autre bien que l'honnête, et qui, par le mépris des passions, par le dédain des caprices de la fortune, par une haute idée dos devoirs, s'élève jusqu'au plus noble idéal de la vertu; la seconde, qui place le bien dans le plaisir, dans le plaisir délicat et raffiné d'abord, puis, avec les disciples dégénérés d'Épicure (341-270), dans le plaisir quel qu'il soit, de sorte que l'épicurisme, après avoir à ses débuts rivalisé avec lo stoïcisme en fait de sagesse et de vertu, est tombé vers la fin dans tous les excès de l'immoralité voluptueuse.

Quatrième période : philosophie latine. — Les Romains n'ont été en philosophie que les imitateurs et les copistes des Grecs. Ils ont emprunté à la Grèce, avec Lucrèce, la doctrine matérialiste et athée d Épicure, avec Cicéron et Sénèque les belles maximes morales de Zenon et des stoïciens.

Cinquième période : philosophie alexandrine. — Née dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, du mélange des traditions orientale? avec les idées platoniciennes, l'école d'Alexandrie (Plotin, 205-270 ap. J.-C, Porphyre, Jamblique, Proclus, 412-i85) est la dernière manifestation de la philosophie ancienne : elle lutte contre le christianisme, quoique profondément religieuse à sa façon ; elle confond le monde avec Dieu et aboutit au panthéisme ; elle se perd dans l'extase et sacrifie la raison à je ne sais quelle contemplation mystique.

La philosophie du moyen âge est de toutes les périodes de l'histoire de la pensée humaine la plus stérile, la moins originale. Asservis soit à la théologie chrétienne, soit à l'autorité d' Aristote, dont le nom est entouré d'un respect superstitieux, les philosophes de ce temps ne songent guère qu'à commenter les dogmes religieux, à appliquer le syllogisme à la foi. Des disputes verbales, des argumentations pédantesones remplacent les expé-

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riences fécondes et les raisonnements inventifs.- Quelques esprits originaux, comme saint Anselme (xie siècle), ou indépendants comme Abélard .'xiie siècle) viennent pourtant attester l'énergie vivace de l'esprit humain et rompre la froide monotonie de la scolastique.

La philosophie moderne s'ouvre avec la philosophie de la Renaissance, que certains historiens rattachent à tort au moyen âge, tandis qu'elle est incontestablement, par la liberté de ses allures et de ses opinions (Rabelais, Montaigne, Giordano Bruno), par ses recherches et ses découvertes scientifiques (Copernic, Galilée), le vrai commencement et comme la préface hardie de la pensée nouvelle.

A partir de cette époque, l'histoire de la philosophie exige de longs développements et comporte une multitude de détails. Les documents ne manquent plus, comme pour certaines écoles de la philosophie ancienne, et la fécondité de la pensée moderne contraste avec la stérilité de la pensée scolastique.

Pour mettre quelque ordre dans cette partie de son sujet, l'historien de la philosophie étudiera tour à tour et séparément le xvn', le xvm', le xixe siècle, dans chacun des trois grands pays qui semblent être la patrie privilégiée de la philosophie, l'Angleterre, l'Allemagne, la France.

xvne siècle. — La philosophie française a son point de départ au xvne siècle dans les travaux de Descartes (i 596-1 6.'>0j. Le cartésianisme a pour principe la distinction absolue de l'âme et du corps, l'âme étant ramenée à la pensée, le corps à l'étendue; la croyance rationnelle à un Dieu parfait et infini, distinct de l'univers qu'il a créé; enfin l'idée d'un mécanisme universel, dont les lois gouvernent le monde, après l'impulsion première donnée par Dieu. La plupart des philosophes français du siècle de Louis XIV subirent l'influence de Descartes : Bossuet, Fénelon, les solitaires de Port-Royal allient à la philosophie chrétienne la méthode cartésienne. Malebranche (lfi38-1715) mêle ses rêveries mystiques à la métaphysique de Descartes.

En Angleterre, c'est l'influence de Bacon qui domine. Bacon (1561-1G26) a surtout le mérite d'avoir le premier codifié les lois de la méthode expérimentale et inductive. Il suit en cela une voie tout opposée à celle de Descartes, qui pratique la méthode déductive. Ses successeurs Hobbes (1588-1U79) et Locke (1072-1704) aboutissent le premier à un matérialisme décidé, le second à un sensualisme empirique.

En Allemagne, la philosophie du xvne siècle n'a guère à revendiquer qu'un grand nom, celui de Leibnitz (1646-1 7 1C;, d'abord disciple de Descartes dont il se sépara plus tard. Aux substances passives du mécanisme cartésien, Leibnitz substitue, dans son système, des causes, des substances actives, qu'il appelle des monades. La matière elle-même est composée, d'après lui, de forces simples dont la nature est analogue à celle de nos âmes. L'univers n'est plus une machine, dont les ressorts inertes sont mis en mouvement par Dieu : c'est un vaste ensemble de forces agissantes, dont les rapports harmonieux ont été réglés par le Créateur.

A côté des trois pays classiques de la philosophie, la Hollande seule a le droit de figurer, avec Spinoza (1632-1677); ce philosophe part de quelques principes cartésiens et construit un système panthéiste qui confond Dieu avec le monde, qui nie la volonté libre et qui soumet toutes choses aux lois d'une nécessité absolue.

xvme siècle. — L'influence de Descartes, toutepuissante jusque-là en France, disparaît ou s'éteint dès les premières années du xvme siècle : les doctrines sensualistes et empiriques de Locke, qui

au siècle de Louis XIV n'étaient représentées que par Gassendi et quelques beaux-esprits, acquièrent une influence prépondérante. En outre, la philosophie politique et sociale, négligée de parti pris par Descartes, remplace dans les préoccupations des penseurs la philosophie spéculative. Enfin, tandis que le cartésianisme ne se servait du libre examen que pour mieux s'assurer la possession de certaines croyances essentielles, la philosophie du sensualiste Condillac f 17 1 6-1780, , des matérialistes d'Holbach et Helvétius, du naturaliste Diderot, du déiste Voltaire, est avant tout critique et négative. Rousseau seul, avec ses effusions sentimentales et son déisme oratoire, représente avec quelque éclat la tradition spiritualiste.

Par un mouvement inverse à celui qui entraîne vers l'empirisme la philosophie française du dixhuitième siècle, la philosophie anglaise du même temps échappe à l'influence de Bacon pour devenir métaphysique et morale. Dès le début du siècle, Berkeley (1685-1753) professe dans ses ouvrages un idéalisme absolu : il nie l'existence de la matière et n'admet que l'âme et Dieu. Hume, il est vrai (1711-1776), s'inspire de Locke et reprend en les exagérant encore les traditions empiriques. Mais son scepticisme positiviste n'éveille pas d'écho en Angleterre, et la fin du siècle voit se développer l'école écossaise, dont les chefs, Reid (1710-1796), Dugald-Stewart (1753-1828), sans être des métaphysiciens, soutiennent avec énergie les croyances spiritualistes en se fondant sur le sens commun et les vérités premières de la raison.

Le plus grand événement philosophique du dixhuitième siècle s'est accompli en Allemagne, par l'apparition de la philosophie de Kant (1724-18u4). L'auteur de la Critique de la Raison pure et de la Critique de la Raison pratique a ouvert une voie nouvelle à la pensée humaine, en associant à la critique spéculative la plus impitoyable le dogmatisme moral le plus sincère. Pour lui, l'esprit est incapable de connaître les choses en elles-mêmes]; enveloppé dans ses conceptions subjectives, il ne peut saisir autre chose que les phénomènes, c'està-dire les choses telles qu'elles apparaissent à nos facultés ; la métaphysique ordinaire se trompe quand elle prétend avoir l'intuition immédiate et certaine de l'âme, de la liberté, de Dieu. Mais en revanche toutes ces vérités, qui r.«= sont compro mises et rejetées que comme affirmations rationnelles, redeviennent certaines coin nu conditions de la morale. La morale exige en t fl'ei que l'âme soit libre, qu'elle soit immortelle, que Dieu existe. De sorte que si la philosophie est impuissante à établir une science métaphysique, du moins elle détermine des croyances métaphysiques fondée» sur la morale.

xixe siècle. — Il ne saurait être question ici de tracer même une esquisse rapide det diverses opinions philosophiques qui se sont succédé dans notre siècle et se partagent encore les esprits. Indiquons seulement d'un mot les principales écoles, ou tout à fait nouvelles ou renouvelées du passé, que notre siècle a vues paraître.

En France, le cartésianisme a repris crédit, avec des modifications importantes, soit dans le spiritualisme profond et religieux de Maine de Biran (1770-1824), soit dans le spiritualisme éclectique de Cousin (1792-1866) et de ses disciples. En même temps, la philosophie politiqu; et sociale du dix-huitième siècle se développe sous des formes nouvelles dans les utopies de Saint-Simon (1760-1825) et de Fourier (17 72-1837). Avec Auguste Comte (1798-1857) se fonde le positivisme, c'est-à-dire une doctrine scientifique qui, réduisant la connaissance à l'étude des faits et de leurs rapports, exclut toute spéculation métaphysique et transcendante. Enfin et sans que nous

PHONÉTIQUE

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prétendions tout embrasser dans ce court résumé, l'école critique, avec M. Rcnouvier, importe en France, avec quelques changements, les doctrines morales de Kant.

L'Angleterre continue soit l'école écossaise, avec Hamilton (17^8-1856), soit la tradition de Hume, avec Stuart Hill et les autres positivistes contemporains. D'autre part, en soutenant l'hypothèse de la transformation des espèces, M. Darwin inspire une philosophie nouvelle dont M. Herbert Spencer est le plus illustre représentant, et qui explique la nature humaine, comme l'ensemble du monde, par une évolution universelle.

En Allemagne, avec Fichte (1762-1814), Hegel (1770-1831), etSchelling ; 1775-1854) la spéculation, que la critique de Kant n'a pas découragée, se remet à l'œuvre et se perd dans les nuages d'un panthéisme optimiste ; tandis que sous l'influence des études physiologiques le matérialisme s'affirme dans les écrits de Feuerbach et de Buchner, et que le pessimisme le plus bizarre fait un nom à Schopenhauer (1788-1860).

Arrivé au terme de ses études, l'historien de la philosophie n'a pas à se prononcer sur l'avenir réservé aux efforts de plus en plus opiniâtres de la raison humaine poursuivant la vérité. Seulement, éclairé par le spectacle que lui offre le perpétuel renouvellement des systèmes, toujours les mêmes au fond, malgré les physionomies diverses qu'ils prennent à travers les siècles et où se reflètent les théories scientifiques des différents âges, il aie droit d'augurer que la lutte des opinions ne finira pas; que les grandes tendances de l'esprit humain, tendance matérialiste et tendance spiritualisle, n'abdiqueront jamais définitivement l'une vis-à-vis de l'autre ; qu'elles continueront à inspipirer des systèmes exclusifs ; qu'enfin la philosophie, tout en se transformant et en se rapprochant de plus en plus des méthodes rigoureuses de la science, ne cessera pas, malgré les objurgations du positivisme qui la condamne au silence, de proposer en sens divers des conjectures raisonnées sur la nature de l'homme, sur l'origine et la fin des choses. [Gabriel Compayré.]

PHONÉTIQUE. — Grammaire française, III.

— La phoné iqae ou mieux la phonologie est cette partie de la grammaire qui traite des sons et de leur représentation par des lettres. Il y a cette différence entre les sons et les lettres, que les sons appartiennent au langage parlé et les lettres au langage écrit : dans le mot chapeau, par exemple, il y a sept lettres et seulement quatre sons: ch-ttp-eau.

I. Les sons. — Les mots sont formés de sons articulés que l'on divise ordinairement en voyelles et en consonnes ; mais la véritable unité phonétique, ce que l'on pourrait appeler l'élément primordial ou la molécule du mot, c'est la syllabe. « La syllabe, a dit un profond linguiste, G. de Humboldt, ne se compose pas, comme nous semblons l'indiquer par notre manière d'écrire, de la réunion de plusieurs sons divers: c'est un son simple, instantané. La séparation en consonnes et voyelles est purement artificielle. En fait, la consonne et la voyelle forment une unité inséparable pour l'oreille, unité que notre écriture brise. La voyelle ne peut pas plus être prononcée seule, comme on a coutume de l'enseigner, que la consonne. Son émission est toujours nécessairement précédée, sinon d'une consonne bien déterminée, au moins d'une aspiration, quelque légère qu'elle soit, et qui n'est qu'une consonne affaiblie. Ainsi la consonne et la voyelle ne sont que dos conceptions idéales, qui n'ont aucune existence dans la réalité.» En d'autres termes, la syllabe est essentiellement formée par la voyelle, et la voyelle «lins la syllabe a toujours la consonne pour appui ou soutien. Or on distingue dans la syllabe trois propriétés

phonétiques : la nature des sons qui la composent, saouantité, et son accent; et l'on divise les voyelles, d'après leur nature, en voyelles pures, vo\ nasales et diphtongues; d'après leur quantité, en voyelles longues et voyelles brèves ; et d'après la place de l'accent, en voyelles accentuées ou toniques et voyelles inaccentuées ou atones. Quant aux consonnes, on les classe, d'après les organes articulateurs et d'après l'intensité ou le plus ou moins de force de l'articulation, en ordres 'gutturales, linguales ou dentales, et labiales), en degrés muettes ou explosives, spirantes, et liquides', et en familles (fortes et faibles). En outre les consonnes peuvent être simples ou combinées entre elles (consonnes consécutives); ces dernières sont aux premières comme les diphtongues sont aux voyelles simples (pures ou nasales). — Y. Lettres et Accentuation.

II. Les lettres. — Les sons de notre langue se représentent dans l'écriture par les lettres de l'alphabet latin. On appelle orthographe la manière reçue par l'usage de transcrire les sons au moyen des lettres, et prononciation la minière dont ces lettres doivent se faire entendre dans le langage parlé. En français l'orthographe et la prononciation ont réagi continuellement l'une sur l'autre. Si l'orthographe a subi d'un siècle à l'autre de très grands changements, la prononciation a varié aussi, comme toutes les choses de la langue. Quoiqu'on puisse soutenir avec Génin qu'en gros cette prononciation nous a été transmise traditionnellement et que les sons fondamentaux du français ancien existent dans le français moderne, il est certain aussi que la façon de prononcer les lettres s'est modifiée de diverses manières, principalement sous l'influence de l'orthographe, et il faut ici tenir compte de la tendance générale qu'on a, de nos jours, à conformer la prononciation à l'écriture. Or, comme Littré l'a fait remarquer, dans une langue comme la nôtre, il ne peut rien y avoir de plus défectueux et de plus corrupteur qu'une pareille tendance. — V. Orthographe et Prononciation.

Mais, pour bien connaître la valeur des lettres en français, il faut remonter à leur origine. Or le français est, malgré l'influence que les idiomes germaniques ont exercée sur sa formation, une langue essentiellement latine. Il s'agit donc de montrer comment les mots ont passé du latin au français, ou suivant quelles lois se sont modifiés et transformés les sons de la langue populaire (tingua roni'ina rustica) apportée en Gaule par les colons et les légionnaires romains; en d'autres termes, il faut faire Y histoire des lettres latines. Voici les traits essentiels de cette histoire, qui a été écrite pour la première fois par le célèbre Diez, le maître de la philologie romane.

Les sons de la langue ne se modifient jamais au hasard, et l'on peut ramener à un certain nombre de lois les changements qu'ils subissent. Ainsi, dans le passage du latin aux langues romanes modernes et en particulier au français, on constate leur tendance générale à la simplification '.et une disposition naturelle à éviter l'effort que nécessite l'émission de certains sons ; c'est ce qu'on a appelé le principe de la moindre action. Ce besoin d'une plus grande commodité dans la prononciation a produit l'affaiblissement général des lettres latines; par exemple le p latin s'adoucit en v: sa/ja, sère; l'affaiblissement devient tel, en certains cas, que la lettre latine disparaît entièrement: augustus, août.

Comme la langue française est, entre les idiomes romans, celui qui est a la plus grande distance géographique du latin, c'est aussi celui qui. dans i des mots, s'éloigne le plus de la forme latine. Mais, quelles que soient les modifications qui atteignent le mot latin dans son passage au

PHONÉTIQUE

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français, il conserve ses parties essentielles, qui sont la syllabe accentuée ou tonique et la lettre initiale du mot.

l.La syllabe accentuée en latin subsiste donc en français, et de plus elle conserve l'accent tonique originel ; mais comme cet accent frappe la voyelle et non pas la consonne, c'est la voyelle qui persiste et se développe même en un son plus plein, tandis que la consonne médiale, c'est-à-dire placée entre deux voyelles, si c'est une muette ou la spirante v, se dégrade, c'est-à-dire descend d'un degré l'échelle des articulations (la forte passe à la faible, et la muette à la spirante), ou tombe complètement : acutus, aiau; capillus, cheveu ; do^are, douer.

9. La partie essentielle de la syllabe initiale est la consonne et non pas la voyelle; mais on ne peut appuyer sur la consonne sans appuyer sur la voyelle ; c'est pourquoi la syllabe initiale se maintient en général trè3 ferme, mais souvent avec une modification de la voyelle : captivus, chétif.

Il s'établit ainsi dans les mots polysyllabes une espèce d'équilibre entre la syllabe accentuée, où la voix appuie sur la voyelle, et la syllabe initiale, où domine la consonne. Cette loi ^équilibre entre les éléments phonétiques du mot est la cause principale de la syncope ou chute des voyelles et des consonnes à la médiale.

De là il résulte que les mots français (simples) formés d'une manière organique ne sauraient dans la règle renfermer plus de deux syllabes; les mots à terminaison féminine peuvent avoir une syllabe de plus, mais cette syllabe, étant formée par le muet, compte à peine. Ainsi les mots latins blas/jApmare, mirmteriwm, tesft'monfwm, nau;cella, etc., deviennent en français tdûmer, métier, témoin, nacelle.

Quelle que soit la transformation que subisse une lettre, cette transformation ne s'opère que lentement et ne fait jamais qu'un pas à la fois. Une lettre ne change pas d'un seul coup d'ordre, de degré ou de famille; elle ne peut réaliser en une fois qu'un seul de ces changements : c'est cette règle qu'on a appelée principe de transition. Ainsi le latin anima n'est point venu brusquement au français moderne âme : il a passé par les formes successives anime au dixième siècle, aneme au onzième, anme au treizième.

C'est au moyen de ces intermédiaires qu'on peut faire l'histoire d'un mot et remonter à sa véritable origine, ainsi qu'au sens primitif: on ne doute plus que déluré indique celui qui ne se laisse plus tromper, quand on a sous les yeux l'ancienne forme deleurré.

Dans le passage du latin au français, le son des lettres dépend, soit de leur nature même, soit du contact de certains sons, lorsque ce contact produit un hiatus (de voyelles) ou une dissonance (de consonnes).

Si les lettres latines ne se conservent pas intactes, elles peuvent subir trois sortes de modifications :

1° Tantôt la lettre latine se maintient, mais en s'altérant en un son d'une autre nature (permutation), ou en se déplaçant pour s'associer à une autre lettre dont le son l'attire et s'harmonise mieux avec le sien {transposition).

2° Tantôt la lettre latine disparaît entièrement, soit qu'elle manque d'appui ou qu'elle soit incompatible avec une autre lettre (élùion).

3° Tantôt les deux lettres voisines se maintiennent l'une et l'autre, mais en appelant au milieu d'elles un son étranger, destiné à rendre leur choc impossible, savoir une spirante (h, y et v) pour séparer les voyelles, et une muette (linguale d et t, ou labiale b et p) pour séparer les consonnes (addition de le' très euphoniques).

Ainsi le latin crescere a donné régulièrement l'ancien français croistre : 1° par la permutation du ,

e en oi ; 2° par l'élision du e pénultième ; 3° par l'addition de la linguale t entre s etr: crois-t-re , enfin croistre a perdu le s, qui a été remplacé par l'accent circonflexe, d'où la forme moderne croître. Gloria a donné gloire par la transposition du i et la permutation du a en e muet. Scribere est devenu écrire par l'élision de la syllabe médiale be et par l'addition d'un c initial, addition qui est de règle devant se, si, sp, d'où ^sc, est, esp, dans le vieux français, et éc, et, ép, dans le français moderne, par l'élision de Vs: escrire, écrire.

A. Histoire des voyelles latines. — La langue latine n'avait que les voyelles a, e, i, o, u, que l'on peut grouper ainsi :

Les voyelles a, i, u {ou français) sont les voix primitives qui sont communes à toutes les langues; les autres, eet o, sont les voyelles accès soires, qui sont intermédiaires entre les voix primitives et en dérivent de diverses manières : e est intermédiaire entre a et i, o entre a et u.

Ces cinq voyelles ont subi en passant en français un sort bien différent, selon qu'elles étaient accentuées ou non accentuées (atones).

I. Voyelles toniques. — Les voyelles latines accentuées ou toniques persistent toujours en français, mais en se modifiant de la manière suivante :

1. Les voyelles brèves se diphtonguent toujours et prennent, ainsi un son plus ferme et plus plein • e eto brefs se diphtonguent avec les voyelles inférieures correspondantes i et u, comme prépositives, d'où ie : fèbris, fièvre, et uo qui est devenu eu, son intermédiaire entre e et o : focus, feu-, — i et u brefs se transforment d'abord en e et o longs, puis se diphtonguent avec les voyelles inférieures correspondantes i et u. comme postpositives, d'où ei, qui est devenu oi : suius, sein ; bfbere, boire, et ou: lupus, loup; — quant à Va, il se diphtongue exceptionnellement devant les liquides : manus, main.

2. Les voyelles longues par nature ne se traitent pas de la même manière. Les voyelles inférieures i et u se maintiennent intactes, bien que u ait perdu son ancienne prononciation pour prendre le son qu'il a actuellement et qui est intermédiaire entre le son i et le son ou (u latin) : amfcus, ami; acutus, aigu. Mais les voyelles longues supérieures a, e,o se comportent comme les brèves, et a long se confond presque avec a bref, e long avec i bref et o long avec o bref, de manière que a long devient e ou ai: clàvis, clé; punis, pain; — e long devient ei. d'oùoi": vena, veine; sérum, soir ; — et o long devient eu (uo italien) : sôlus, seul.

3. Les voyelles longues par position, c'est-à-dire suivies de deux consonnes dont la seconde commence une nouvelle syllabe, persistent en général, excepté les deux voyelles inférieures i, qui se change en e, ft'rmus, ferme, etu, qui devient o et plus souvent ou (u latin) : culmen, comble ; gutia, goutte.

Voici le tableau général des permutations des voyelles accentuées :

Bref.

e, ai

ie

uo =

ei, oi

ou

Long.

En position.

Les diphtongues, qui étaient peu nombreuses en latin, sont devenues en français des voyelles simples ou combinées : chose de causa, proie de praeda.

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