ADVERBES
L'adverbe étant, comme son nom l'indique, un mot qui est juxtaposé au verbe pour exprimer les différentes manières dont s'accomplit l'action, il va sans dire qu'en général il ne doit pas être séparé du verbe. Cela est non seulement vrai pour les adverbes représentés par un seul mot, mais aussi pour les locutions adverbiales. Cependant on remarque aujourd'hui, chez un assez grand nombre d'écrivains et d'imprimeurs, une fâcheuse tendance, qui consiste à isoler au moyen de deux virgules des locutions adverbiales de temps, de lieu, de manière, absolument inséparables des mots qu'elles modifient. On ne saurait trop se mettre en garde contre une pratique qui viole les lois du bon sens, aussi bien que celles de la grammaire.
Adverbes de manière ou de qualité.
Cette mode est généralement suivie.
Heureusement il y a toujours d'honnêtes gens parmi les monstres, et des gens de goût parmi les sots.
Adverbes de temps.
Hier j'étais à la campagne.
Aujourd'hui nous irons à Paris.
PONCTUATION
PONCTUATION
Alors il me dit.
Demain nous nous verrons.
Quelquefois il vous plaint, souvent même il tous vante.
Adverbes de lieu.
Là je le punirai, là je veux le surprendre.
Là l'on cogne, là l'on charpente,
Là l'on raccommode une fente.
Je l'évite partout, partout il me poursuit.
Adverbes numéraux. — L'adverbe premièrement employé seul, et signifiant en premier Heu, d'abord, "n'admet pas la virgule :
Ne parlez jamais raison aux jeunes gens, même en âge de raison, que vous ne les ayez premièrement mis en état de l'entendre.
Quand les mots premièrement, secondement,etc, annoncent les divisions d'un sujet à traiter, on les fait suivre ordinairement d'une virgule.
Nous nous occuperons aujourd'hui : premièrement, de la prose; secondement, de la lecture des vers.
Adverbes d'affirmation. — L'adverbe oui, employé fréquemment dans le dialogue, est d'ordinaire précédé ou suivi d'une virgule :
Notre sœur est folle, oui.
Oui, j'aime mieux le Tartufe et le Misanthrope que les comédies nouvelles Oui, oui, je le ferai.
Oui joint à un autre adverbe ne doit pas en être séparé par une virgule :
Oui vraiment.
Vraiment oui.
Eh mais oui.
Certes, qui signifie certainement, est placé fréquemment entre deux virgules dans les livres imprimés. C'est un abus :
Certes l'exemple est rare et digne de mémoire. En quoi certes personne ne le surpassa jamais.
Assurément. — Même règle que pour certes:
Assurément il s'est mal comporté.
Adverbe* de négation. — Les adverbes non, point, nullement, aucunement, sont soumis aux mêmes règles que les adverbes d'affirmation.
Locutions adverbiales. — Ces assemblages de mots, qui déterminent ou modifient la signification du verbe ou de l'adjectif, doivent être envisagés comme des adverbes simples et assujettis aux mêmes lois. C'est abuser de la ponctuation que d'y annexer des virgules. Cependant cet abus est presque universel :
Nous ne sommes pas comme les anciens Romains, qui étaient à la fois guerriers, jurisconsultes et philosophes.
Je voulais sur-le-champ congédier l'armée.
One vie plus douce et plus oiseuse qu'on ne la mène d'ordinaire dans le siècle.
Tout à coup elle aperçut les débris d'un navire.
En effet. — Dans son acception primitive, cette locution signifie dans la réalité, dans l'acte ; dans ce cas elle n'est pas à proprement parler une locution adverbiale :
Reine longtemps de nom, mais en effet captive.
Prise adverbialement, elle a le sens de véritablement, assurément :
Je n'aspire en effet qu'à l'honneur de vous suivre.
Placée au commencement d'une phrase, elle annonce que l'on va donner une preuve de ce qu'on vient de dire. Dans ce cas on la fait ordinairement suivre d'une virgule, afin de mieux détacher la démonstration :
Tous li=,s angles inscrits dans un même segment sont égaux. En effet, ils ont, etc.
On peut user de la même tolérance pour les locutions en résumé, en définitive, et autres analogues.
Cette tolérance a engendré des abus qu'il est bon de signaler. C'est ainsi que l'on a multiplié les virgules autour des locutions d'ailleurs, peutêtre, sans doute, et autres. Quelques exemples feront voir que ces ponctuations sont tout à fait inutiles :
Homme d'ailleurs plein de savoir.
Nestor et Philoctète, ces deux capitaines d'ailleurs si sages et si expérimentés, n'étaient pas assez secrets dans leurs entreprises.
Peut-être irons-nous.
Mais peut-être les qualités de l'esprit pourront nous distinguer du reste des hommes.
Pour la dernière fois je vous parle peut-être.
La locution sans douU, prise dans son acception littérale, signifie d'une manière certaine :
Viendrez-vous demain ? — Sans doute.
Cette tâche est pénible, sans doute, mais elle n'est pas au-dessus de vos forces.
Mais elle a dévié de cette signification première et on l'emploie fréquemment pour dire : probablement, selon toutes les apparences. C'est une raison de plus pour ne pas la mettre dans ce cas entre deux virgules :
Ce malheur n'arrivera sans doute pas.
Sans doute à nos malheurs ton cœur n'a pu survivre.
Quand on veut restituer au mot doute sa véritable signification, il est d'usage aujourd'hui de renforcer l'expression par l'adjonction du mot aucun et de dire : sans aucun doute. Ainsi modifiée, la locution ne peut que gagner en force par l'adjonction de la ponctuation.