‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 51 sur 573 · LAITERIE · texte numérisé non relu

LAITERIE

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eularisant l'école, elle ne fait qu'étendre le droit commun, et en quelque sorte les principes mômes rie notre Constitution à l'organisation de Tinstruclion nationale, c'est-à-dire au seul des services piiblics qui, jusqu'ici, par une étrange contradiction, eût conservé l'attache confessionnelle. Par conséquent, tout ce qui tendrait à rapetisser cette loi, à la présenter au pays comme une sorte de règlement de police des locaux scolaires, à en inaugurer l'application par un semblant de croisade iconoclaste, pourrait bien servir les desseins de ses adversaires, mais en altérerait la notion même et risquerait d'en faire méconnaître par les populations le véritable caractère et la haute portée. Il n'y a qu'une manière de la bien appliquer, c'est de l'appliquer dans l'esprit même où elle a été votée, dans l'esprit des déclarations réitérées du gouvernement, non comme une loi de combat dont il faut violemment enlever le succès, mais comme une de ces grandes lois organiques qui sont destinées à vivre avec le pays, n entrer dans ses mœurs, à faire partie de son patrimoine. » En conséquence le ministre trace ;:ux préfets une ligne de conduite qui se résume ainsi : « Vous n'accorderez, sous aucun prétexte, ni atermoiement, ni concession qui puisse porter atteinte au principe même de la loi ; mais quant aux mesures indifférentes en elles-mêmes, quant aux délais qui vous seront demandés, non pour éluder la loi, mais pour en mieux assurer le fonctionnement, vous êtes seul juge des ménagements à garder; et, pour en marquer la limite dans chaque espèce, vous vous rappellerez toujours que le gouvernement, plein de confiance dans le bon sens public, a la prétention, tout en faisant respecter la loi, de la faire comprendre et de la faire ainier. » — V. encore lo mot Neutralité,

LAirvÈ. — V. au Supplément.

LAITERIE (Ecoles de). — Dans les pays Scandinaves, où l'industrie laitière, la fabrication du beurre et du fromage, constitue une branche importante de la production nationale, on a créé, à côté ou en dehors des écoles d'agriculture proprement dites, des écoles spéciales de laiterie. Quelques-unes de ces écoles sont destinées aux jeunes filles : telle est l'école de laiterie de Wesebeyhof, près de la ville d'OEngeln, en Danemark. Dans cet établissement, dû à l'initiative d'un particulier, la durée du cours est de six semaines (quinze jours en mai et un mois en août) pour les jeunes tilles qui veulent se borner aux notions théoriques et à la connaissance des principales opérations ; elle est d'un an (du 1" mai au '60 avril) pour celles qui désirent acquérir en outre une certaine habileté manuelle. Ces dernières sont tenues d'exécuter tous les travaux de la laiterie, ainsi que ceux du potager et du ménage. Les unes et les autres doivent tenir un journal et un livre de laiterie où elles consignent journellement les notions acquises, les observations faites et les diverses opérations effectuées avec les résultats obtenus. Après l'achèvement de leurs études, les élèves du cours de six semaines comme celles du cours d'un an passent un examen pratique et théorique où ces livres sont revus avec soin, et qui a pour résultat l'obtention d'un certificat d'aptitude signé des professeurs et du conseil de surveillance. On compte en Danemark plusieurs établissements du môme genre, et tous sont prospères. L'école d'agriculture de Thune, dans l'île deSecland, fondée sur un domaine gratuitement cédé à l'Etat par le propriétaire, est aussi une école de laiterie.

La Suède, de son côté, a fondé, sur le modèle de l'école de Thtine, plusieurs écoles de laiterie jiour jeunes filles et jgunes garçons : on peut « iter entre autres celle de Haddorp, dans 1 OsiKigothic, et celle de Bergqvara, dans lo Snialand.

Indépendamment de ces écoles, il existe une quinzaine de laiteries modèles qui reçoivent une subvention de l'Etat ou de la province, à charge d'instruire quatre ou cinq jeunes paysannes ou jeunes garçons dans l'art de fabriquer le beurre et le fromage.

LAKANAL OU LACANAL. — Joseph Lakanal ou Lacanal, membre de la Convention nationale et du Conseil des Cinq-Cents, est né le 14 juillet 1762 ^ Serres, dans l'Ariège. Un de ses oncles était prêtre, et devint plus tard, en 1791, évêquo constitutionnel de Pamiers. Sous l'influence de cet oncle, le jeune Lakanal fut placé chez les Doctrinaires, où il se distingua comme latiniste; ses études achevées, il fut admis dans la congrégation, et professa pendant quatorze ans dans divers collèges appartenant à la Doctrine, de 1778 à 1792. Il avait trente ans, et était professeur de philosophie au collège de Moulins, lorsque le département de l'Ariège l'envoya siéger à la Convention comme un de ses représentants.

Le bruit qui s'est fait dans ces dernières années autour du nom de Lakanal, et les honneurs mérités qui ont été rendus à sa mémoire, nous imposent l'obligation de lui consacrer dans ce Dictionnaire une notice de quelque étendue, et de chercher à déterminer aussi exactement que possible la part qu'il a prise à l'œuvre d'organisation de l'instruction publique pendant la Révolution.

Le nom de famille du célèbre conventionnel s'écrivait Lacanal. Il en modifia l'orthographe et signa Lakanal à partir de la Révolution, afin de mieux se distinguer de ses trois frères qui étaient restés royalistes (Jean-Baptiste Lacanal, laîné, avocat et procureur du roi à Paris ; Jérôme Lacanal, professeur de physique expérimentale à Paris; et Jean Lacanal, chirurgien à Serres).

Nous avons dit que Lakanal appartenait à la congrégation des Doctrinaires. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, dans l'article qu'il a consacré à Lakanal (Biographie Michaud), a confondu la Doctrine avec l'Oratoire, et, par suite, a commis plusieurs erreurs qu'il importe de rectifier à cause de l'autorité qui s'attache au nom de cet écrivain.

« Le jeune Joseph, dit-il, entra de bonne heure dans un collège d'Oratoriens. Ses études terminées à dix-huit ans, la congrégation, qui désirait s'attacher un jeune homme d'aussi grande espérance, lui confia, à Lectoure, une chaire de grammaire, et bientôt, à Moissac, à Gimont, à Castelnaudary, des chaires d'un ordre plus élevé. En même temps, Lakanal, par les conseils de son oncle, se préparait à recevoir les ordres, et, lorsque le moment en fut venu, il entra au séminaire de Saint-Magloire. Comme en Daunou, qui fut alors son condisciple, on entrevit en lui un membre distingué du clergé, et les deux futurs conventionnels virent s'abréger toutes les épreuves qui les séparaient de la prêtrise. Mais on ne se hâta pas tellement que Lakanal n'eût le temps de s'interroger de nouveau sur les vraies dispositions de son esprit et de son cœur, et le résultat de ses hésitations fut l'ajournement indéfini de son ordination. En pareil cas, un ajournement n'est guère que la transition à une résolution négative ; Lakanal, en effet, n'a jamais été prêtre, et si quelques biographes nous le représentent exerçant, en 1791, de hautes fonctions ecclésiasti(|ues, ils se trompent, sans doute pour l'avoir confondu avec son oncle. Pour lui, à peine sorti du séminaire, il était rentré dans les collèges de l'Oratoire. Ses supérieurs le nommèrent successivement régent de rhétorique à Périgueux et à Bourges, où il fit en même temps partie de la Faculté des arts : il avait été reçu docteur à Angers. Un seul degré lui restait maintenant à franchir: en 1785 il passa h Moulins en qualité de professeur de philosophie. »

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Les divers collèges énumérés par Isidore Geoffroy sont bien ceux où Lakanal a enseigné: seulement ces collèges appartenaientà la Doctrine et non à l'Oratoire. Lakanal n'ajamais été le condisciple de Daunou, qui était oratorien : Daunou fut ordonné prêtre en 1787, c'est-à-dire à une époque où Lakanal était depuis deux ans professeur à Moulins. Nous doutons fort que Lakanal ait passé par le séminaire de Saint-Magloire; en tout cas, Isidore Geoffroy a raison de dire qu'il ne reçut jamais les ordres : la veuve de Lakanal, que nous avons questionnée à ce sujet en 1879, nous a affirmé que son mari n'avait pas été prêtre.

Voici ce que Lakanal lui-même a écrit au sujet de sa carrière pédagogique, dans une page consacrée au souvenir de son a excellent ami » Laromiguière :

« Comme Laromiguière, mon confrère et mon constant ami dans la Doctrine, j'ai parcouru tous les degrés de la hiérarchie scolaire : régent de cinquième, quatrième, troisième, seconde, à Lectoure, Moissac, Gimont, Gastelnaudary ; professeur de rhétorique à Périgueux, reçu docteur ès-arts à l'université d'Angers, j'ai professé trois ans la rhétorique au collège de Bourges, nouvellement confié à la Doctrine, et dont le recteur, les professeurs de philosophie et de rhétorique, ■formaient, à l'université, la faculté des arts. Nommé ensuite professeur de philosophie à Mouiins, capitale du Bourbonnais, j'occupais cette -chaire, pour la quatrième année, à l'aurore de la Révolution. J'ai trouvé à la Convention les parents de mes anciens élèves. » (Exposé sommaire des travaux de Joseph Lakanal, Paris, 1838, p. 195.)

Il serait intéressant de savoir ce qui avait pu désigner en 1792 le jeune professeur de Moulins aux suffrages de ses compatriotes de l'Ariège. Nous l'ignorons ; mais il est probable que l'influence de son oncle, l'évêque de Pamiers, ne fut pas étrangère à son élection.

Lakanal arriva à la Convention avec des opinions républicaines très arrêtées. Patriote avant tout, et ■voulant rester neutre dans la lutte des partis rivaux, il se tint à égale distance de la Gironde et de la Montagne : il alla siéger au centre, comme Daunou et Sieyès.

C'est le rôle joué par Lakanal au sein du Comité d instruction publique de la Convention qui cons'itue son titre principal devant l'histoire. Ce rôle fut considérable ; mais il faut se garder des exagérations. Si Lakanal, à deux époques différentes, iut, selon l'expression de Grégoire, la « cheville ouvrière » du célèbre Comité, il n'en fut jamais l'inspirateur. Il n'est pas exact non plus de le représenter comme ayant fait partie de ce Comité en quelque sorte à poste fixe, dès la première heure et sans interruption; c'est là une légende contredite par les faits. Il est vrai que cette légende a pour elle l'affirmation de Lakanal luimême, qui s'exprime ainsi : a J'avais l'espoir fondé que je serais connu d'un assez grand nombre de mes collègues pour être appelé au Comité d'instruction publique. Je ne fus pas déçu dans mes prévisions. J'ai été nommé et maintenu, durant toute la longue session de la Convention (trois ans), dans ce Comité, qui était réorganisé chaque mois. » {^Exposé sommaire, page 2.) Mais Lakanal, écrivant à l'âge de soixante-dix-sept ans, n'a pas toujours relaté les faits avec précision, et cède souvent à la tentation d'amplifier un peu son rôle.

Le Comité d'instruction publique fut nommé le 13 octobre 1792, et composé de vingt-quatre membres: Lakanal n'y figure pas encore.

Neuf des élus refusèrent leur nomination, et furent remplacés quelques jours après par autant de membres nouveaux -. Lakanal ne figure pas davantage parmi ceux-ci.

Les raaaorteurs du Coniitr, lors de la première

discussion qui eut lieu en décembre 1792, furent successivement M. -J. Chénier(I2 décembre,, Lanthenas (18 décembre), et Romme (20 décembre).

Au commencement de 1793, le Comité présente un projet de décret sur les livres élémentaires : c'est Arbogast qui en est le rapporteur.

Le 8 mars 1793, la Convention adopte un décret réglant la vente des biens formant la dotation des collèges : c'est Fouché qui présente le rapport au nom des Comités d'instruction publique et des finances.

La première fois qu'on entend la voix de Lakanal à la tribune de la Convention, c'est dans la fameuse séance des 16-17 janvier 1793, où fut prononcée la condamnation de Louis XVI. Le député de l'Ariège motiva son verdict de la manière suivante : « Un vrai républicain parle peu. Les motifs de ma décision sont là (mettant la main sur son cœur). Je vote pour la mort. » Il se prononça également contre l'appel au peuple, en disant: « Si le traître Bouille, si le fourbe La Fayette et les intrigants ses complices votaient sur cette question, ils diraient oui. Comme je n'ai rien de commun avec ces gens, je dis non. »

Deux mois plus tard, le nom de Lakanal apparaît de nouveau : le 9 mars, la Convention décide que quatre-vingt-deux de ses membres iront dans les départements accélérer la levée de 300000 hommes votée le 24 février; Lakanal est envoyé comme commissaire dans les départements de Seine-et-Marne et de lOise. Nous trouvons à ce sujet le renseignement suivant dans un document peu connu, dont la rédaction paraît due à Lakanal lui-même, et qui est intitulé Notice sur J. Lakanal, membre de l'Institut national rf*? Finance et de plusieurs autres sociétés savantes (imprimerie de Boulard, Petite rue Saint-Louis-Saint- Honoré, 547 ; ce document, sans date, est de l'année 1800, car Lakanal y est dit être âgé de trentehuit ans) : « C'est dans le cours de cette mission que J. Lakanal sauva de la proscription dont ils allaient être les victimes deux hommes placés aujourd'hui dans des postes éminents. Cet acte de justice, blâmé par les comités de gouvernement, attira de longues mortifications à son auteur. »

C'est au retour de cette première mission, dont il rendit compte à la Convention le 24 mars 1793, que Lakanal entra au Comité d'instruction publique : son nom est mentionné pour la première fois le 2 avril sur le registre du Comité ; le 25 avril, il est élu l'un des deux secrétaires.

Une fois membre du Comité, il se consacra spécialement à la défense des intérêts de la science et des savants. « Jo n'ignorais pas, at-il dit dans son Exposé sommaire, que les gens de lettres sont, en général, d'illustres nécessiteux, et qu'il fallait les soutenir, les aider; je n'ignorais pas que, sans cet appui et ces secours, ils iraient sur une terre étrangère où ils seraient accueillis par les gouvernements voisins, qui savent que les sciences paient leurs bienfaiteurs de l'immortalité. J'étais convaincu que cette émigration contribuerait, d'une manière fatale, à déconsidérer la Révolution. C'est avec cette ferme et profonde conviction que je suis arrivé à la Convention nationale. Voilà quel fut mon point de départ irrévocablement arrêté, voilà la mission toute spéciale que je m'étais assignée. » [Exposé sommaire, p. 1.)

En mai (la date exacte ne nous est pas connue), il prend pour la première fois la pirole comiii-' l'organe du Comité: il fait décréter (luc la loi sur le cumul des traitements ne s'applique pas aux membres de l'Académie des sciences, et qu;) ceux-ci pourront toucher à la fois leur traitement comme professeurs ou fonctionnaires, et leur indemnité comme académiciens. Une lettre de remerciements de Desfontaines, secrétaire de l'A-

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cadémie des sciences, accusant réception du décret rendu sur le rapport de Lakanal, figure dans l'Exposé sommaire (p. 8); elle est datée du 17 mai

Le 20 mal, il présente un rapport sur les moyens d'agrandissement du Jardin des plantes et du cabinet d'histoire naturelle.

Le 4 juin, il fait rendre, au nom du Comité, un décret punissant de deux ans de fers quiconque dégradera les monuments des arts dépendants des propriétés nationales. On lit ce qui suit dans le rapport qui précède le décret : « Les monuments des beaux-arts qui embellissent un grand nombre de bâtiments nationaux reçoivent, tous les jours, les outrages du vandalisme. Des chefs-d'œuvre sans prix sont brisés ou mutilés. Les arts pleurent ces pertes irréparables. Il est temps que la Convention arrête ces funestes excès: déjà, elle a adopté, sur mon rapport, une mesure de rigueur pour la conservation des morceaux précieux de sculpture qui décorent le jardin national des Tuileries. Le Comité d'instruction publique vous propose de généraliser votre décret et de l'étendre à toutes l«s propriétés nationales. » — Nous ignorons la date du rapport antérieur auquel Lakanal fait allusion.

Le 10 juin, il fait décréter la réorganisation du Jardin des plantes sous le nom de Muséum d'histoire naturelle. « Vous n'apprendrez pas sans étonnement, disait le rapporteur, que le Jardin des plantes et le cabinet d'histoire naturelle ont été près d'un siècle sans règlements fixes, sans lois précises; que des savants, égaux aux yeux de l'Europe lettrée, sont inégalement traités, qu'ils n'ont pas le droit de se choisir des coopérateurs, ou plutôt d'être l'écho de l'opinion publique pour appeler auprès d'eux les hommes les plus distingués par leurs lumières. Il suffira de vous montrer les abus pour que vous les enleviez à leurs antiques racines : l'arbre de la liberté serait-il le soûl qui ne pût être naturalisé au Jardin des plantes ? »

Il faut ajouter que le plan de réorganisation que Lakanal fit adopter à la Convention n'était pas son œuvre personnelle : il avait été préparé par Daubonton, Thouin et Desfontaines, qui lui remirent 1(^ 9 juin un mémoire rédigé en 1790 pour l'Assemblée constituante. (Isidore Geoffroy, article Lakanal.)

Le 13 juin, Lakanal lit un rapport sur le concours à ouvrir pour la composition des livres élémentaires. La question avait déjà été soulevée par Arbogast dans un rapport antérieur, à une époque où Lakanal ne faisait point partie du Comité. (V. Convention, p. 531.)

Le 1 9 juin, autre rapport sur les écoles militaires, dont il demande le maintien, u jusqu'à ce qu'elles soient utilement remplacées par l'éducation républicaine. »

Enfin, le 26 juin, c'est Lakanal qui présenté, au nom du Comité, le Projet d'éducation nationale que nous avons appelé, à l'article Convention, le projet Sieyès-Dauuou-Lakanal. On trouvera ailleurs (V. Convention, p. 531 et suiv.) le texte de ce projet, et l'indication des critiques auxquelles il donna lieu tant au club des Jacobins qu'à la Convention. Le trait caractéristique du projet était de ne mettre à la charge de la nation que l'instruction primaire, et d'abandonner à l'initiative privée ce qui concernait l'enseignement secondaire et supérieur. Le projet instituait en outre une commission centrale de l'instructior publique, dans laquelle certains jacobins crurent voir a un nouveau sommet d'aristocratie, une nouvelle Sorbonne qui dirigerait à son gré l'esprit public. » Tout un chapitre était consacré aux fêtes : il devait y avoir quinze fêtes annuelles de canton, dix fêtes annuelles de district, dix fêtes

annuelles de département, et enfin cinq fêtes natianales.

L'inspirateur principal du projet du 26 juin était Sieyès. C'était lui, en particulier, qui avait rédigé le chapitre des fêtes, comme nous l'apprend Daunou. Sieyès, taciturne par calcul, se réservait pour les travaux intérieurs des comités et évitait systématiquement de prendre part aux discussions publiques. Daunou, l'autre membre important du Comité à ce moment, professait des opinions politiques qui lui commandaient une abstention prudente : il venait de signer la protestation secrète des soixante-treize contre le 31 mai, et ne devait pas tarder à devenir suspect et à être arrêté. Lakanal, au contraire, nature exubérante et toute en dehors, ne demandait qu'à paraître : il accepta sans hésiter d'être le rapporteur d'un projet à la rédaction duquel il n'avait eu 8an& doute qu'une faible part. On sait que dans la séance du 3 juillet la Convention écarta le projet du 26 juin, et, non contente de cet échec infligé aux hommes du centre, alla jusqu'à dessaisir le Comité d'instruction publique de la question : elle décida « qu'il serait nommé six commissaires, chargés de présenter, sous huit jours, un décret sur l'instruction publique. » Lakanal,. bien qu'il eût été choisi pour l'un des membres de cette commission des six, fut blessé du décret de la Convention comme d'une injure personnelle,, et en garda un vif ressentiment : quinze mois plus tard, en brumaire an III, il exhala sa rancune dans ce passage du rapport par lequel il recommandait de nouveau à la Convention l'adoption du projet qu'elle avait repoussé en juillet 1793 : « La patrie ne serait pas alarmée sur le sort de la génération! qui nous recommence, si les principales bases du plan que nous vous présentons n'avaient pas été rejetées dans la séance du 1*' juillet dernier (il veut dire du 3 juillet 1793), sur la motion du tyran (Robespierre) que vous avez arrêté sur le bord du trône pour l'envoyer à l'échafaud. Il avait ses vues pour faire repousser ces idées régénératrices ; votre Comité, dont j'étais alors, comme aujourd'hui, l'organe près de vous, avait les siennes aussi pour les proposer. »

Sieyès, auquel le projet tenait à cœur non moins qu'à Lakanal, en présenta la défense dans une série d'articles que publia le Journal d'instruction sociale (n"» 3, 4, 5 et 6). Il avait été particulièrement afi'ecté des railleries dirigées contre son plan de fêtes publiques, auquel il attribuait la plus haute importance. Une de ces fêtes avait surtout égayé les plaisants, celle des animaux compagnons de Llxomme. Sieyès riposte par un bon mot qu'il prête à Lakanal et qu'on a souvent répété: « La fête des animaux compagnons de l'homme, dit-il, a un principe sensible et moral, et une vue politique que des législateurs ne peuvent pas dédaigner. Le rapporteur du Comité, un peu étonné des murmures que son seul énoncé occasionnait, et des reproches qu'on semblait lui adresser, a répondu à des personnes qui lui disaient : Qu'est-ce donc que la fête des animaux ? — Mes amis, c'est la vôtre. »

Daunou fit paraître de son côté, sous le titre d'Essai sur l'instruction publique, une apologie du plan du Comité.

Quant à Lakanal, il avait, dans la séance du 26 juin, fait précéder la lecture du Projet d'édu' cation nationale d'un discours préliminaire que son intention était de livrer à l'impression. Mais, tandis qu'il était occupé à le retoucher, les articles du Jownal d'instj'uction sociale tombèrent sous ses yeux ; renonçant alors à publier son propre travail, il se contenta de réimprimer celui de Sieyès, et en fit une brochure qu'il intitula : Lakanal à ses collègues, ajoutant modestement, en manière d'introduction, que « lorsqu'on a

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trouvé le bon, chercher autre cliose, ce serait chercher le mauvais ».

La commission des six, nommée le 3 juillet, se composait de Léonard Dourdon, Couppé de l'Oise, Lakanal, Robespierre, et de deux autres membres que nous ne connaissons pas. Sa majorité décida de recommander à la Convention le projet Lepelletier, dont Robespierre donna lecture à la tribune le 13 juillet. Ce projet fut discuté pendant un mois, amendé par la commission, et finalement le principe en fut adopté le 13 août. Le rôle de Lakanal, dans cette circonstance, semble avoir été purement passif : il ne parla ni pour ni contre le plan Lepelletier.

Mais durant ce temps le Comité d'instruction publique, déchargé du soin de présenter un projet d'ensemble sur l'éducation nationale, continuait à s'occuper d'autres questions, et Lakanal, qui n'avait pas cessé d'y siéger, lui servait fréquemment de rapporteur (il en reçut même la présidence pendant le mois d'août). Le 19 juillet il présente le décret garantissant la propriété littéraire et artistique. « Le décret du 19 juillet, dit Isidore Geoffroy, n'est pas son œuvre personnelle ; les principaux membres du Comité d'instruction publique y concoururent ; mais le rapport est assurément son ouvrage; son style et sa pensée y sont également reconnaissables. » Puis, toujours sur son rapport, la Convention vote successivement : le 25 juillet, le décret relatif à l'établissement du télégraphe aérien ; le 14 août, le décret invitant les membres de l'Académie des sciences à continuer à s'assembler dans le lieu habituel de leurs séances, et leur garantissant le paiement de leurs indemnités; le 31 août, le décret réorganisant l'Observatoire; le 9 septembre, le décret supprimant les écoles militaires encore existantes, à l'exception de celle d'Auxerre.

A propos du télégraphe, il est équitable de faire remarquer que l'initiative avait appartenu à un autre membre du Comité. Le projet de Chappe avait été présenté h la Législative dès le 22 mars 1792. « L'Assemblée législative envoya le projet dormir dans les cartons du Comité d'instruction publique. Ce fut là que le représentant Romme le découvrit : l'importance de cette invention le frappa, et le 4 avril 1793 il rendit un compte favorable du plan de Chappe. Sur-le-champ la Convention vota une somme de 6 000 francs pour les premières expériences. Elles se firent le 12 juillet suivant, en présence de Daunou, d'Arbogast et de Lakanal, commissaires delà Convention, et réussirent parfaitement. Sur le rapport des [commissaires (25 juillet), la Convention prescrivit la construction d'une série de postes télégraphiques entre la capitale et la frontière du Nord. » (Despois, la Va7idalisme révolutionnaire, p. 327.) Si l'on demande pourquoi Romme, qui avait le premier signalé à l'attention de la Convention le projet Chappe, ne fut pas chargé du rapport, nous rappellerons qu'il avait été envoyé en mission dans les départements de rOuest,et qu'il était depuis le 2 juin 1 ctenu prisonnier à Caen par les insurgés girondins.

La commission des six, après l'adoption du principe de l'éducation commune pour le premier degré d'instruction, s'occupa de l'organisation des autres degrés d'enseignement. Ici, ses membres se divisèrent en deux groupes qui ne purent parvenir à s'entendre. Trois membres de la commission, dont Lakanal, voulaient l'organisation immédiate de trois degrés supérieurs d'instruction; dans des conférences auxquelles prirent part plusieurs représentants illustres de la science, ils élaborèrent un projet qui reçut l'approbation de la plupart des hommes influents du moment. Les auteurs de ce projet, ne pouvant le présenter au nom de la commission des six, où il n'avait recueilli que trois voix, décidèrent de le faire soumettre à la

Convention sous la forme d'une pétition populaire. Le 15 septembre, une députation des autorités constituées du département de Paris, de la commune, des sections et des sociétés populaires, vint faire à la barre de l'assemblée la démarche convenue ; Lakanal appuya les pétitionnaires; trois membres du Comité de salut public, Jean-Bon Saint-André, Barère et Prieur de la Marne, parlèrent dans le même sens ; et la Convention vota d'enthousiasme un décret disant que a indépendamment des écoles primaires, il sera établi dans la République trois degrés progressifs d'instruction : le premier pour les connaissances indispensables aux artistes et ouvriers de tous les genres; le second, pour lea connaissances ultérieures, nécessaires à ceux qui se destinent aux autres professions de la société ; et le troisième, pour les objets d'instruction dont l'étude difficile n'est pas à la portée de tous les hommes. » C'était le retour au plan de Condorcet, abandonné en juin par Sieyès et Daunou ; ceux-ci avaient déclaré que pour les degrés supérieurs de l'enseignement, « on pouvait s'en rapporter à l'industrie particulière » (Sieyès), et que « le système qui fait supporter à l'Etat les frais de l'instruction supérieure ne sera jamais qu'une manière de faire contribuer le pauvre à rendre le riche plus savant » (Daunou) ; le peuple de Paris, au contraire, demandait que la République créât aux frais de la nation des écoles secondaires, des instituts et des lycées, et les ouvrît à tous : « Nous ne voulons plus, disait la pétition, que les avantages de l'éducation soient l'apanage exclusif de la caste trop longtemps privilégiée des riches ; nous voulons y appeler tous nos concitoyens. » Lakanal, qui avait d'abord pensé comme Sieyès et Daunou au sujet des degrés supérieurs d'enseignement, se ralliait maintenant à l'opinion opposée.

Le lendemain 16 septembre, la commission des six était transformée en commission des neuf, par l'adjonction de Guyton de Morveau, de Michel-Edme Petit et de Romme. La commission ainsi complétée allait avoir à présenter un plan d'ensemble, en s'inspirant des idées de la pétition parisienne.

Ce ne fut pas Lakanal, ce fut Romme qui servit d'organe à la commission des neuf, et qui fit voter à la Convention les décrets des 30 vendémiaire, 5, 7 et 9 brumaire an II, décrets rapportés déjà en frimaire par la majorité robespierriste qui y substitua le décret Bouquier (V. Convention^

Lakanal avait quitté Paris en octobre 1793, pour n'y revenir qu'après le 9 thermidor. La Convention l'avait envoyé en mission dans les quatre départements de la Dordogne, du Lot, du Lot-et-Garonne et du Bec-d'Ambès (Gironde). Nous ne connaissons pas le jour précis de son départ; tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'au renouvellement intégrai du Comité d'instruction publique, qui eut lieu le 7 octobre, il ne figure plus dans la liste de ses membres.

Lakanal resta absent de Paris au moins dix mois. Il y fit toutefois une courte apparition en frimaire an II : une dénonciation faite contre lui l'avait engagé à venir se justifier auprès du Comité de salut public. Voici la lettre curieuse qu'il écrivit de Paris à la Société populaire de Bergerac pour lui rendre compte de l'accueil qu'il avait reçu : « Les Comités de salut public et de sûreté générale ne veulent recevoir aucune espèce de justification de ma part que lorsque mes ennemis auront démontré qu'ils auront fait plus de bien que moi au peuple, et plus de mal aux messieurs, aux royalistes, etc. J'ai eu beaucoup de peine à obtenir indulgence pour mes accusateurs.^ a Voici «la réponse que nous allons leur faire », m'ont dit, en m embrassant, les membres du Comité de salut public; « nous soupçonnons que La Rochelle et « Rochefort ont des intelligences avec les enne

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« mis de la République, nous avons besoin d'y « envoyer un montagnard pur et patriote. Tu es « délégué pour remplir cette mission délicate. » L'arrêté qui me délègue est signé de l'unanimité des membres des deux Comités de sûreté générale et de salut public. Je serais parti, mais les douze commissaires chargés de l'épuration de la société des Jacobins viennent de me nommer pour un des épurateurs de cette société célèbre. Je suis donc encore pour quelques jours à Paris. J'ai reçu l'ordre exprès du Comité de salut public de revenir dans le département de la Dordogne et autres environnants. »

Ce document fait voir que Lakanal continuait à se laisser emporter par le courant : il est maintenant montagnard exalté et jacobin épurateur, comme il avait été modéré avec Sieyès et Daunou avant l'époque des grandes mesures révolutionnaires, comme il sera thermidorien lorsque viendra la réaction.

Au cours de sa longue mission, Lakanal fit d'abord procéder à une levée extraordinaire de cavalerie, o Les citoyens des quatre départements où vous m'avez délégué, dit-il dans une lettre lue à la Convention le 7 nivôse an II, se sont disputé l'honneur de faire des sacrifices à la patrie : tous ont consacré leurs travaux à des ouvrages utiles à l'armée. Les ouvriers ont refusé leur salaire. Les citoyens fortunés ont donné gratuitement leurs chevaux et leurs armes. Dans ces contrées la révolution est faite au fond des âmes ; on n'y fait pas beaucoup de bruit, mais on y fait beaucoup de bien. » Dans la Dordogne, il réussit, par une initiative généreuse, à obtenir l'extinction de tous les procès; voici en quels termes les citoyens de ce département écrivirent à la Convention pour lui annoncer cet heureux résultat (séance du 30 germinal an II) : « La chicane, en dévorant les habitants de nos campagnes, divisait les familles et y portait la désolation. Le représentant Lakanal, voulant détruire ce monstre sans entrailles, a fait publier que l'intention du gouvernement et la sienne était qu'à une époque déterminée tous les procès fussent terminés ou mis en arbitrage. La chicane fit semblant d'applaudir à une mesure si sage, tout en insinuant cependant que l'exécution d'un pareil arrêté était impossible; mais des commissions de citoyens probes et éclairés pris dans le sein des sociétés populaires ont levé tous les obstacles en terminant tous les procès par arbitrage ou même par des cotisations pécuniaires. Alors la haine et la discorde ont fait place à la paix et à l'union, et les seuls vieux plaideurs ont séché de douleur. Comme l'arrêté du représentant Lakanal a opéré un prodige dans ce genre, nous vous prions, citoyens représentants, d'étendre cette mesure à toute la République, pour que la terre de la liberté soit un séjour de paix. » Dans ce même département, Lakanal sut obtenir de l'enthousiasme de la population une corvée patriotique pour la réparation générale des chemins. « Les formes routinières pour la réfection des grands chemins étaient insuffisantes, racontet-iWui-môme dans sa relation à la Convention. J'ai dit aux habitants de la Dordogne : Levons-nous en famille et improvisons les grands chemins. La bêche nourricière à la main, je marcherai à votre tête. Les femmes et les enfants chargeront les brouettes ; les vieillards encourageront les travailleurs par leurs suffrages ; nous honorerons le travail, nous consacrerons l'égalité. Ici point d'exception : la patrie met en faction tou' les citoyens. J'ai été entendu... Voici le résumé général des travaux, qui m'est fourni par les quatre ingénieurs du département : pendant les trois jours de la fête de l'égalité (c'est le nom dont Lakanal avait baptisé la corvée patriotique), il a été reparé sur les grandes routes ouvertes dans le départe-

ment de la Dordogne cent soixante-quatre mille trois cent soixaiUe-six toises, estimées d'après |o prix commun la somme de 318,820 livres. » (Séance du 9 fructidor an II.) — Il avait été chargé d'établir à Bergerac une manufacture d'armes. Le 23 messidor an II, il pouvait écrire à la Conventio qu'en deux mois les bâtiments de la manufacture avaient été élevés, que dans le même temps il avait installé les machines et formé les ouvriers, et que la fabrication était montée sur le pied de vingt mille fusils par an.

Une anecdote souvent citée témoigne de la magnanimité de ce républicain, qui put se vanterj d'avoir gouverné quatre départements, dans les' temps les plus difficiles de la Révolution, sans' avoir fait couler une goutte de sang. Le Comité' de salut public avait reçu de Périgueux une dénonciation contre Lakanal. Elle fut examinée, reconnue fausse, et renvoyée à Lakanal lui-même. La lettre suivante fut sa vengeance : « Au citoyen L. . . père. — J'avais reçu la mission expresse de te faire arrêter, parce que tu avais signé une pétition calomnieuse contre moi. Mais lorsque Lakanal est juge dans sa cause, ses ennemis sont assurés de leur triomphe : il ne sait venger que les injures de la patrie. Je t'obligerai lorsque je le pourrai. C'est ainsi que les représentants du peuple repoussent les outrages. Tuas cinq enfants devant l'ennemi ; c'est une belle ofl"rande à la liberté. Je te décharge de la taxe révolutionnaire. »

Revenu à Paris après que les événements de thermidor eurent brisé la dictature de la Montagne , Lakanal fut réélu membre du Comité d'instruction publique, et celui-ci le choisit pour son président le 17 fructidor. L'organisation de l'instruction publique telle que l'avait créée le décret Bouquier du 29 frimaire an II (complété par le projet du 24 germinal an II ; V. Convention^ p. 552 et 550) fut alors abolie, et le Comité prépara un plan nouveau. Sans revenir entièrement aux idées de Condorcet et de la pétition du 15 septembre 1793, on reconnut la nécessité de créer un degré d'enseignement supérieur à l'instruction primaire, et on se préoccupa en outre d'ouvrir des établissements où pussent se former les maîtres qui manquaient. Lakanal fut chargé de présenter à la Convention les décrets relatifs à ces trois catégories d'établissements : écoles primaires, écoles centrales, écoles normales.

Le 2 brumaire an III, il lut le projet de décret concernant l'école normale de Paris et les écoles normales de département. La création de ces écoles avait déjà été décidée en principe quelques mois auparavant, sur l'initiative du Comité de salut public (rapport de Barère du 13 prairial an II), et le Comité d'instruction ne faisait que proposer les moyens d'exécution. Le décret fut voté le 9 brumaire (V. Convention^ p. 559). Le rapport lu par Lakanal, dont nous avons donné quelques extraits à l'article Convention^ n'était pas de lui : il nous apprend lui-même que la rédaction en est due à Garât, l'ancien ministre de l'intérieur [Notice sur J. Lakanal, p. 20j. — Lakanal fut nommé le 22 brumaire délégué de la Convention près l'école normale de Paris, en cora' pagnie de Sieyès (remplacé, sur son refus, pai Deleyre).

Le 7 larumaire, ce fut le tour des écoles primaires. Le Comité s'était borné à reprendre la projet du 26 juin 1793 (ancien projet Sieyès-Daiinou) ; il en avait seulement retranché les dispositions relatives aux fêtes et à la commission centrale de l'instruction publique. En soumettant à la Convention cette nouvelle édition d'un projet dont l'échec lui avait été jadis si sensible, Lakanal se laissa aller à des violences de langage qu'on regrette de rencontrer dans sa bouche: il subis-

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^nir maintenant l'influence des thermidoriens. Il 1) liésite pas îi affirmer que ceux qui rejetèrent en 1793 le plan Sieyès-Daunou pour y substituer le plan Lepelletier avaient le dessein « de vandaliser la France pour l'asservir » ; tel est l'aveuglement de l'esprit de parti. — Le projet cette lois fut adopté, et devint le décret du 27 brumaire an III (V. Convention, p. 560-564). Malheureusement ce décret ne reçut qu'un commencement d'exécution, et fut remplacé, moins d'un an après, par le décret réactionnaire du 3 brumaire an IV.

Enfin, le 26 frimaire, Lakanal présenta le rapport sur les écoles centrales, dont nous avons cité les principaux passages à l'article Convention (p. 564-565). Le décret fut voté le 7 ventôse (V. le texte à l'article Ecoles centrales).

Le système général d'instruction publique étant • enfin décrété, il fallait passer aux mesures pratiques d'organisation. Un rapport présenté par Lakanal au Comité, et imprimé en floréal an III, donne ce que l'on pourrait appeler le premier projet de budget de l'instruction publique, et contient une statistique des écoles existantes (V. Convention^ p. 506).

Pour hâter la création des écoles centrales, la Convention nomma, le 18 germinal an III, cinq commissaires qui furent chargés de parcourir les départements, et d'installer les écoles. Lakanal fut l'un des cinq commissaires désignés. Cette nouvelle mission le retint éloigné de Paris plusieurs mois : il nous apprend qu'il présida à l'organisation de dix-neuf écoles centrales {Notice surJ. Lakanal, p. 17, et Exposé sommaire, p. 203).

Avant son départ, il avait encore soumis à la Convention le projet de l'établissement do l'Ecole des langues orientales, sous le nom d'Ecole des langues vivantes, commerciales et diplomatiques, projet qui fut voté le 11 germinal an III.

Il avait également préparé le projet d'organisation du Bureau des longitudes. « Le citoyen Grégoire a bien voulu, en l'absence de J. Lakanal, faire adopter ce projet (7 messidor an III), en en développant les dispositions dans un excellent rapport. » {Notice sur J. Lakanal, p. 20.)

Lakanal revint à Paris vers la fin de l'an III. Le 29 fructidor, il remontait à la tribune pour lire un rapport relatif aux honneurs publics à décerner à J.-J. Rousseau, rapport pour la rédaction duquel il a soin de faire observer que « le citoyen Ginguené lui a fourni des notes. »

Dans l'intervalle, une nouvelle constitution, celle de l'an III, avait été élaborée par la Convention et acceptée par la majorité des électeurs. Daunou, sorti de prison en frimaire an III, en avait été le principal rédacteur : le titre X de cette constitution, relatif à l'instruction publique, consacrait l'existence des écoles primaires et des écoles centrales, et créait un Institut national chargé de recueillir les découvertes et de perfectionner les arts et les sciences. Ce fut encore Daunou qui, en sa double qualité de membre de la Commission des Onze (comité de constitution), et du Comité d'instruction publique, fut chargé de l'élaboration de la loi organique de l'instruction publique. Le projet qu'il soumit à la Convention le 27 vendémiaire an IV, et qui devint le décret du 3 brumaire an IV, portait la trace de l'esprit de réaction qui dominait alors : il eût été bien préférable que la Convention s'en fût tenue aux décrets des 27 brumaire et 7 ventôse an III, tels que les avait fait voter Lakanal.

Celui-ci d'ailleurs continuait à subir sans résistance les influences du moment. Il ne fit aucune opposition au projet Daunou, et le 4 brumaire an IV, le jour où la Convention tint sa dernière séance, on le vit reparaître à la tribune, non point pour protester contre le décret voté la veille,

mais simplement pour demander l'adoption d'un décret additionnel, stipulant que chaque école primaire serait divisée en deux sections, l'une pour les garçons, l'autre pour les filles.

On a quelquefois prétendu que Lakanal avait été le fondateur de l'Institut, Or, comme on vient de le voir, ce fut Daunou qui introduisit dans la constitution de l'an III l'article (art. 298) relatif à l'Institut, et qui rédigea le décret du 3 brumaire an IV; Daunou ne fit d'ailleurs que reprendre une idée émise déjà par Talleyrand et par Condorcet. Ce qui est vrai, c'est qu'une fois l'Institut décrété, le Comité dinstruction publique fut chargé de préparer la liste des quarante-huit premiers membres de ce corps, qui devaient élire les quatre-vingt-seize autres, a Le Comité, dit Lakanal, me chargea de dresser cette liste que je lui soumis et qu'il adopta. » {Exposé sommai' e, p. 14.) Mais, aux termes du décret du 3 brumaire an IV, c'était au Directoire exécutif qu'il appartenait de nommer ces quarante-huit membres. En conséquence» le 29 brumaire an IV, Ginguené, directeur général de l'instruction publique, écrivit à Lakanal une lettre où on lit ce qui suit : « Vous aviez dressé la liste de ces quarante huit membres, que vous aviez présentée au Comité d'instruction publique qui l'avait approuvée ; et vous deviez la proposer en son nom à la Convention nationale. Je vous prie de vouloir bien me transmettre, le plus tôt possible, cette liste, qui devient très nécessaire pour une question aussi importante. »

Le Directoire confirma les choix du Comité, et quelques jours après le tiers-électeur de l'Institut s'assembla pour élire les deux autres tiers. La candidature de Lakanal, patronnée par quelques-uns des savants auxquels il avait rendu des services, échoua après trois tours de scrutin ; mais une place vacante s'étant produite par suite du refus d'un des élus d'accepter sa nomination, Lakanal bénéficia de cette circonstance, et put recevoir un fauteuil dans la classe des sciences morales et politiques.

Durant la période du Directoire, le rôle de Lakanal fut plus efi'acé. Il avait été élu au Conseil des Cinq-Cents par cinq départements, et il fit partie de ce Conseil jusqu'au 30 floréal an V (19 mai 1197), époque où le sort le désigna comme l'un des membres qui devaient former le tiers sortant. Pendant son passage aux Cinq-Cents, il présenta un rapport sur le concours ouvert pour la composition des livres élémentaires (séance du 14 brumaire an IV) ; le texte de cet intéressant document est reproduit in extenso dans l'Exposé sommaire, pp. 35-79. Ce fut lui aussi qui servit de rapporteur (21 pluviôse an IV) à la commission chargée de l'examen du règlement intérieur de 1 Institut, que celui-ci était tenu de soumettre à l'approbation du Corps législatif.

Après sa sortie des Cinq-Cents, Lakanal disparaît un moment de la scène. Il semble avoir désiré du repos. « En l'an VI, raconte-t-il, je fus nommé au Corps législatif par le corps électoral de Seineet-Oise, et je refusai cet honneur. Je fus réélu dans la même session ; je refusai de nouveau, et je fis insérer dans le procès-verbal cette courte allocution : « Lorsque les armées ennemies « étaient aux portes de la capitale, j'ai accepté les « fonctions périlleuses de représentant du peuple; ce aujourd'hui que les Alpes, les Pyrénées sapla- « nissent sous la marche triomphale des années « françaises, je me retire à l'écart avec mes livres a et quelques amis, les seuls biens dont mon « cœur soit avide. » {Exposé sommaire, p. 197.) Il dit ailleurs : « J. Lakanal a refusé sa réélection pour vivre et méditer dans la retraite. Le résultai de ses travaux est un cours d'économie poliii(|n* en 2 volumes, d'après le système de Smiih et ai

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Stewart, et un volume de notes qui mettent les opérations de cette science à la portée de tout lecteur attentif. » (Notice sur J. Lakanal, p. 19.)

Mais dans l'été de 1799, voyant de nouveau la patrie en danger, Lakanal se mit à la disposition du Directoire : il fut envoyé en qualité de commissaire général du gouvernement dans les quatre nouveaux départements de la rive gauche du Rhin, menacés par l'approche de l'ennemi. Il s'y occupa de l'approvisionnement des places-fortes, et s'y montra, comme à Bergerac en 1794, administrateur actif et zélé, républicain enthousiaste et désintéressé. « Dans le cours de cette importante mission, où J. Lakanal a obtenu l'estime de tous les gens de bien et la haine de tous les dilapidateurs de la fortune publique, il a par son courage sauvé Mayence, le boulevard des départements cis-rhénans. Le prince Charles, à la tête de trente mille hommes, venait de débloquer Philisbourg, de prendre Manheim, et marchait sur Mayence qui se trouvait sans approvisionnements, sans troupes, sans général. Les fonctionnaires civils vinrent déclarer à J. Lakanal qu'il ne leur restait que vingt-quatre heures pour opérer leur retraite sur Deux-Ponts; J. Lakanal répondit : Les lâches peuvent fuir : mon devoir est de sauver la place. Je reste. » (Notice sur J. Lakanal, p. 19.)

Sur ces entrefaites, le 18 brumaire fit passer le pouvoir aux mains de Bonaparte, et Lakanal fut rappelé.

Beaucoup de républicains prirent à l'égard du gouvernement consulaire une attitude hostile. Lakanal ne fut pas de ceux-là. Il crut sincèrement voir dans Bonaparte le sauveur de la France. Le passage suivant de ses souvenirs témoigne de ses sentiments à cet égard : « Un des hommes les plus éclairés, les plus sages, les plus vertueux de nos assemblées nationales, l'ami intime de l'illustre Daunou, Baudin des Ardennes, est mort de satisfaction en apprenant le retour de Bonaparte de son expédition d'Egypte ; en vrai citoyen, Baudin des Ardennes pensa que le héros de l'Italie sauverait la France ; les affaires publiques étaient dans un état véritablement alarmant à cette triste époque : c'est ainsi que l'éphore Chiron meurt de joie en apprenant que son fils a remporté le prix du ceste aux jeux olympiques. » {Exposé sommaire, p. 199.) Mais s'il ne protesta pas contre la dictature de Bonaparte, ni plus tard contre l'empire, Lakanal ne figura du moins pas au nombre des courtisans du maître : il se tint à l'écart. La chaire de langues anciennes à l'école centrale de la rue Saint-Antoine était devenue vacante par la mort de l'abbé Leblanc : Lakanal la demanda et l'obtint (1800). « Ami de la retraite, ditil (Exposé sommaire, p. 203), sans adresse d'ailleurs pour me faire des preneurs et des partisans, je me suis assis sur la dernière marche, comme la plus stable en soi (Montaigne). »

En 18U4, Lakanal devint procureur-gérant (économe) du lycée Bonaparte ; en 1807, il quitta l'Université pour accepter une place d'inspecteur général des poids et mesures. En 1803, la classe des sciences morales et politiques de l'Institut, dont il faisait partie, avait été supprimée ; mais il fut replacé dans la classe d'histoire et de littérature anciennes.

La Restauration lui enleva ses fonctions d'inspecteur et son titre de membre de l'Institut. Il résolut alors de s'expatrier, et, après Waterloo, se rendit aux Eta*s-Unis. Il y vécut d'abord dans une colonie que des Français, proscrits comme lui, avaient fondée sur les bords du Tombeckee et où le Congrès de l'Union lui avait concédé une propriété ; puis, le gouvernement de la Louisiane lui ayant offert la présidence de l'université do la Nouvelle-Orléans, il se rendit dans cette ville, où il résida plusieurs années, occupé à réorganiser

l'établissement d'éducation qui lui avait été confia et qui prospéra sous sa direction. En 1825, il résigna ses fonctions pour se réunir à la colonie du Tombeckee ; mais l'ayant trouvée en ruines, il vendit sa concession et s'établit dans une terre qu'il acheta sur les rives de la baie de Mobile (Alabama), pour y vivre de l'existence paisible du colon. C'est là qu'il pensait finir ses jours, lorsque la nouvelle de la révolution de 1830 lui inspira le désir de revoir la France. « Il écrivit, dit Isidore Geoffroy, au nouveau gouvernement pour lui offrir ses services : mais on ne lui répondit même pas; bien plus, l'ordonnance du 26 octobre 1832, qui rétablit la seconde classe de l'Institut sous le nom d'Académie des sciences morales et politiques, ne mentionna pas le nom de Lakanal parmi ceux des anciens membres réintégrés dans leurs droits. » Mais cette injustice fut réparée deux ans plus tard : le 22 mars 1834, l'Académie l'appela au milieu d'elle en remplacement de Garât, qui venait de mourir. Alors Lakanal se décida à revenir dans sa patrie. Il rentra en France en 1837, après vingt-deux ans de séjour en Amérique, et se fixa à Paris. Il avait été marié une première fois avant son exil : mais il était devenu veuf, et des circonstances que nous ne connaissons pas l'avaient brouillé avec les enfants qu'il avait eus de sa première femme. Il se remaria à Paris en 1838, à l'âge de soixante-seize ans, avec une femme qui n'en avait que trente et dont il eut un fils l'année suivante. Peu de temps après son retour, il apprit que la personne à laquelle il avait laissé le soin de gérer ses intérêts en Amérique avait trahi sa confiance, et que sa petite fortune était perdue. « Ce coup, qui en eût abattu un autre que lui, ne réussit pas même à l'attrister », dit Isidore Geoffroy. Il employa ses dernières années à divers travaux littéraires. En 1838, il fît paraître le livre dont nous avons parlé à plusieurs reprises au cours de cet article : Exposé sommaire des ira' vaux de Joseph Lakanal, ex-membre de la CoU' venlion nationale et du Conseil des Cinq-Cents^ pour sauver, pendant la Révolution, les sciences, les lettres, et ceux gui les honoraient par leurs travaux ; Paris, Firmin Didot, 1 vol. in-8 de 232 pages; c'est sans doute la lecture de ce volume qui a fait dire à M. Mignet : « Ce que Lakanal avait voulu d'honnête ou accompli de généreux, il ne s'en souvenait pas sans orgueil et ne l'apprenait pas aux autres sans quelque ostentation. » Il entreprit aussi la composition d'un ouvrage sur l'Amérique, sous ce titre : Séjour d'un membre de l'Institut de France aux États-Unis pendant vingt-deux ans; cet ouvrage, qui devait former trois volumes, et dont quelques fragments furent lus par lui à l'Académie des sciences morales et politiques, n'a pas été publié : le manuscrit en a disparu à sa mort, ainsi que les notes qu'il avait rédigées sur la Révolution. Lakanal mourut le 17 février 1845, à l'âge de plus de quatre-vingtdeux ans, en pleine possession de toutes ses facultés : il était resté jeune de corps et d'esprit jusqu'au dernier moment, et n'avait pas cessé d'être invariablement attaché à ses convictions républicaines. Le jour de sa mort, parlant de la ligne de conduite qu'il avait suivie pendant la Révolution, il disait : « Je ne ferais pas autrement si j'avais à recommencer. »

La veuve de Lakanal a survécu trente-six ans à son mari. L'Etat lui avait accordé une pension de 1200 francs, qui fut réduite à 80U francs en 1857, et que M. Duruy fit rétablir en 1867 à son chiffre primitif. En 1880, M. Jules Ferry, ayant appris que M°i* Lakanal vivait encore et se trouvait dans un état voisin de la misère, s'empressa de réparer un injuste oubli en portant le chiffre de sa pension il80U francs. Mme Lakanal est morte en IvSI.

Une statue a été élevée en 1882 à Joseph Laka-

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