VOYAGES
La mémoire des lieux, le sens de l'espace, de l'orientabilité, a été traité par Gali d'une manière supérieure. Il a accumulé une foule de preuves puisées dans l'animalité et dans l'humanité , et il ne saurait rester aucun doute sur l'existence d'un organe destiné à cette faculté, ni sur la place que la phrénologie lui a assignée dans le cerveau. Ici, mille faits viennent en aide à la science, des faits clairs, simples , sans aucune complication.il fallait en effet que les êtres fussent constitués en rapport avec la surface du globe, pour la parcourir. Les oiseaux voyageurs ont un instinct merveilleux, qui les dirige au travers des airs. Tout le monde sait que si on emporte des pigeons a des distances considérables , dans une contrée qui leur est absolument inconnue, et qu'on les lâche ensuite, ils retournent dans leur colombier immédiatement, et par le plus court chemin. On cite les faits suivans : a Deux pigeons mâle et
femelle, de l'espèce "dite les pirouettes, dont le vol est très-rapide, furent envoyés d'une petite ville de Hollande en Islande. Le bâtiment étant presqu'arrivé au lieu de sa destination, le mâle s'échappa. Le capitaine de vaisseau, craignant qu'il ne revint pas, lâcha la femelle, dans l'espoir qu'elle attirerait et ramènerait le mâle ; mais celle-ci , après avoir volé quelques instans entre les cordages , s'éleva de même et alla joindre le mâle. Après s'être réunis ," ils s'amusèrent a planer quelque temps dans les airs ; et ensuite ils dirigèrent leur vol par la voie la plus directe vers la Hollande, avec autant de justesse que le capitaine lui-même aurait pu le faire en suivant la boussole. Il résulta des dates du journal de mer que les oiseaux arrivèrent le troisième jour sur la maison d'où ils avaient été enlevés. Ils étaient tellement épuises, qu'ils tombèrent du toit dans la cour. »
« Un jeune chien fut envoyé de Lyon à Marseille; là on l'embarqua pour Napies. Il retourna par terre a Lyon. »
Les migrations des oiseaux qui traversent les mers , viennent encore prouver l'existence d'un sens et d'un organe particuliers pour les localités.
On assure que les tortues transportées loin de la mer et fournées cent fois en tout sens , se dirigent sans hésiter vers la mer ., aussitôt qu'on leur a laissé la liberté.
Chez l'homme, la faculté déjuger les rapports de l'espace, s'étend encore a d'autres objets. Combiné avec le sens des Nombres, elle donne les moyens de calculer les distances et les mouvemens des astres. Tous les grands astronomes ont le sens des localités très-déveîoppé, Kepler, Newton, Pascal. Combiné avec le sens de la couleur , il produit les peintres paysagistes. Quand il est trèsactif , il en résulte une propension à changer de lieu, un goût pour les voyages. Dans la biographie du capitaine Cook , on remarque expressément que ce navigateur avait les bosses frontales très-saillantes. L'organe des localités donne encore l'aptitude à tracer les plans. « Un médecin de Londres , dit Gall, offre l'exemple d'une étonnante mémoire locale. Sans le secours d'aucun plan, sans compas, sans livre ou autre donnée quelconque, il dessine des plans fort exacts d'un quartier, avec toutes les rues, cours , passages ,
marchés, chapelles, tous les angles des maisons, les bornes , les arbres , etc. »
L'amour du changement, qui résulte de cette faculté, arme quelquefois jusqu'à la manie, et quelques médecins ont signalé cette aliénation partielle sous le nom de mélancolie errabonde. Un abbé de Prague, cité par Gall, a pour les voyages une passion invincible qui se manifeste souvent par un besoin urgent et instantané de changer de place. Quelquefois, en se réveillant la nuit, il ne peut s'empêcher de courir à travers champs. Il eût un semblable accès par un froid très-rigoureux; malgré tout ce que put objecter sa raison , il se leva , s'habilla dans l'obscurité, et prit sa course à l'instant même. Ce ne fut que lorsqu'il eut fait a peu près deux lieues, ayant de la neige jusqu'aux genoux, qu'il put regagner sur lui de rentrer et de se remettre au lit. Le docteur qui rapporta cette aventure a Gall et qui n'avait aucune idée de l'organologie, ajouta que la seule chose qui l'avait frappé. dans cet homme, était deux énormes proéminences du frontal, précisément au-dessus de la naissance des sourcils.
C'est en effet a la partie antérieure inférieure du lobe cérébral antérieur qu'est situé l'organe des Localités. Il touche à la ligne médiane et s'allonge en quart de cercle, de dedans en dehors et de bas en haut, au-dessous de l'Eventualité. Il correspond sur le crâne aux deux bosses inférieures du frontal, qui surmontent l'angle intérieur de l'arc sourciller. (Voyez n° 27, fig. lre.)
Ces proéminences sont indiquées au-dessus de la ligne E F, dans la figure 8.
Dans la plupart des têtes d'animaux, et dans quelques têtes d'hommes, les deux lames osseuses du crâne forment des sinus vers l'endroit où l'organe des Localités se traduit extérieurement. (Voyez sinus. ) Il faut donc une étude attentive pour ne pas confondre les proéminences produites par les sinus frontaux avec le développement de cet organe. Mais les sinus ne se rencontrent pas trèssouvent chez les hommes jusque dans un âge avancé, et il s'en trouve rarement chez les femmes. Du reste, les sinus s'étendent horizontalement au-dessus des sourcils , tandis que l'organe des Localités suit une ligne un peu oblique de bas en haut.