REL Î
nuateurs, même Spurzheim, jusqu'à la présente société de Paris, n'ont pas compris à notre sens, la valeur métaphysique de cette faculté. Tout ce qui tient à l'observation , tout ce qui est du domaine de l'expérience a été merveilleusement analysé et expliqué par Gall et ses continuateurs: mais sitôt qu'ils arrivent à la poésie et à la religion, cette grande poésie, les hommes d'analyse et d'observation deviennent impuissans : le monde positif est l'antipode du monde intuitif. Aussi, la plupart des naturalistes, savans , médecins et phrénologistes , professent-ils un profond mépris pour les rêveurs, les métaphysiciens, les mystiques, etc. Aussi sont-ils restés dans les doctrines critiques et négatives du siècle passé. Il faut oser dire que la philosophie des phrénologistes est fort peu avancée; ils n'ont pas senti la commotion de ce nouveau courant électrique qui entraine l'humanité vers la foi et la religion. Comment auraientils pu expliquer le sentiment religieux? Gall s'imaginait que la religion est le résultat des facultés intellectuelles. Spurzheim la confond avec la vénération.
Nous croyons , quant à nous . qu'il faudrait transporter et appliquer en phrénologie les conquêtes delà philosophie spéculative. Le sentiment religieux, l'idée de Dieu, la notion de la loi supérieure, sont soumis au progrès comme toutes les notions humaines. Le mot de vénération est donc fort impropre pour la religiosité. La religiosité n'implique pas la vénération et réciproquement. Au contraire, on peut être très-religieux et ne pas vénérer les religions du passé. Certainement les premiers Chrétiens étaient plus religieux que les derniers payens qui vénéraient encore Jupiter. De même, en ce temps-ci , il nous semble que les hommes les plus religieux, ne sont pas les obstinés croyans au dogme chrétien qui se meurt. La révolution en religion est une loi éternelle , comme en toutes choses. Les religions ont suivi une progression incessante qui les a transformées et agrandies. Ceux qui croient au dieu de l'avenir sont plus religieux que ceux qui croient au dieu du passé : au seizième siècle, Luther était plus religieux que Léon X.
Qu'est-ce donc que la Religiosité prise dans le sens le plus élevé et le plus général? c'est le sentiment de l'harmonie , de Tunitéisme, de la tendance qui gouverne et emporte le monde. Qu'est-ce que
Dieu? c'est la Vie éternelle et infinie. Ceax là qui ont le sentiment de la Vie universelle ont le sentiment de Dieu.
Ce sentiment d'une puissance supérieure s'est manifesté a differens degrés dans tous les temps et par toute la terre. Il est inhérent à la nature humaine. C'est la source d'une révélation incessante que l'homme porte en soi-même. Il y a donc dans l'organisation nominale une faculté fondamentale et propre, qui l'élève à cette connaissance. Il y a aussi par conséquent un organe cérébral pour cette faculté.
L'organe de la Religiosité est situé au sommet de la tête, le long de la ligne médiane, immédiatement au-dessus de l'oreille. (Voyez n. 14, %. 1, 2, 4 et 7.)
Il correspond sur le crâne à Tangle supérieur antérieur du pariétal auprès de sa jonction avec l'os frontal. Il est borné en avant par la Bienveillance , en arrière par la fermeté5 en côté par la Merveillosité et l'Espérance.
Le caractère commun a tous les hommes religieux est dans l'élévation du vertex de la tête . Les œuvres de l'art présentent a ce sujet de nombreux documens. Presque toutes les têtes antiques sont peu élevées à la partie supérieure. Tel est le type payen chez lequel la religiosité était moins développée que dans le type chrétien. Il en faut cependant excepter les hommes qui ont manifesté un grand sentiment de Dieu et de l'unité, comme Socrate, Platon, etc. La tête du Christ reproduite par les maîtres offre une admirable conformation à la partie supérieure, soit que l'instinct ait guidé les artistes, soit que le type en ait été conservé par la tradition. Il est certain que le type de la tête du Christ est d'une très-haute antiquité. Les gnostiques du 2me siècle possédaient des images du Christ et de saint Paul. Une tradition, peut-être fondée, rapporte que saint Luc qui était peintre a laissé des portraits du Christ et delà Vierge, et je crois qu'on montre encore aujourd'hui en Italie quelques peintures attribuées a saint Luc. Sans être sûr de l'authenticité de ces images, on peut cependant admettre que le caractère de la tête du Christ n'a pas été altéré en passant par l'art de 18 siècles.
La tête de Crormvell est fort curieuse à observer. Cromwell fut très-mystique, très-religieux et très^fanatique: son masque moulé
sur nature offre tous les signes de cette disposition. M. Villemain a réuni dans l'histoire de Crornwell plusieurs pièces authentiques qui éclaircissent singulièrement le caractère du puissant Protecteur; voici , entr'autres documens , un portrait laissé par un comtemporain : « Crornwell était d'une constitution robuste; il avait près de six pieds ; sa tête était si forte que vous auriez cru quelle renfermait un vaste trésor de facultés intellectuelles ; son humeur excessivement inflammable ; mais ce feu tombait en partie de luimême , ou était bientôt apaisé par les qualités morales du Protecteur Il était compatissant pour les êtres en souffrance, même jusqu'à un degré de faiblesse. Quoique Dieu lui eût fait un cœur dans lequel il y avait peu de place pour la crainte , excepté celle qu'il inspirait lui-même, cependant il poussait jusqu'à l'excès la tendresse pour ceux qui souffraient. îî a vécu et il est mort dans une parfaite union avec Dieu , comme l'ont observé des personnes judicieuses qui étaient près de lui. » La physionomie de Crornwell justifie pleinement cette appréciation. Au milieu de cette force colossale qui domine toute la tête et lui donne le caractère d'une tête de lion, on sent dans certains traits les qualités morales les plus élevées , une sensibilité exquise dans la narine, et dans la bouche une sévère Religiosité.
M. de La Mennais, le sublime révolutionnaire du catholicisme, a la tête extrêmement élevée à l'endroit de la Religiosité ; car la Religiosité, nous le répétons , n'est pas la vénération , mais le sentiment de l'unité, l'amour de Dieu et des hommes.
Selon que cet organe coexiste avec d'autres organes également très-actifs , la Religiosité se manifeste avec diverses complications. Ces combinaisons enfantent Louis XI et Philippe II, en même temps dévots, cruels et grands politiques, Newton qui voyait le doigt de Dieu dans toute la nature ; Mallebranche qui rapportait toutes les idées à Dieu, etc.
Je connais, dit Gall , un libertin dévot qui paie les femmes publiques, en leur donnant des livres de prières ; chez cet homme, l'organe de la dévotion et celurde la propagation sont l'un et l'autre très-développés.
Ces combinaisons vont à l'infini pour l'organe delà Religiosité.