SOCRATE
Un jour le plus ancien de tous les physionomistes dont la tradition nous ait conservé le souvenir , Zopyre, ayant examiné la tête et le visage de Socrate , formula son diagnostic de la façon suivante : a Cet homme est porté a l'ivrognerie, à la violence et à toutes les passions grossières et brutales. » Et comme les assistans se récriaient contre Zopyre et la science physionomique, Socrate avoua qu'en effet il avait toujours senti, au fond de sa nature, les penchans les plus infimes , mais qu'il les avait dominés par la philosophie.
Zopyre n'avait compris que la moitié inférieure de la puissante figure de Socrate, car le haut du visage et de la tête porte le signe de l'intelligence et de la moralité. Le bas du masque appartient aux penchans sensuels, comme il arrive assez ordinairement; ce lourd menton, ces mâchoires carrées . dénotent une fougue indomptable ; il y a du satyre dans ces lèvres grossières, du sensualisme dans ce nez large et aplati : mais il se mêle a tout cela de la bienveillance et de la bonhomie ; puis, à mesure que vous vous élevez, les traits se reposent; le calme succède au heurtement des lignes. Les yeux sont magnétiques et pénétrans. On trouve encore à Feudroit des sourcils quelque trace de la lutte entre les divers élémens de cette magnifique organisation, mais le haut du front rayonne d'une placidité divine. Cette ligne harmonieuse de la partie supérieure antérieure de la tête est très-rare dans le type antique. Il n'y a peut-être que Platon , l'élève et le continuateur de Socrate, qui présente cette conformation à un degré à peu près égal.