TÈTE
Les anciens naturalistes ont avancé beaucoup d'assertions contradictoires sur la tête humaine : Aristote, se. fondant sur cette étrange raison que plus le centre de conception est grand, plus il doit être incomplet, Aristote dit que ceux qui ont la tête trop développée sont lourds et endormis [somniculosos ) ; et Albert-le- Grand ajoute qu'une tête qui penche sur les épaules, à cause de sa grosseur, annonce le manque de sens et de courage ; qu'une tête immense annonce un homme slupide et très- difficile. Il y a apparence qu'ils entendaient parler des anomalies ; car cette pesanteur d'intelligence est un signe d'hydrocéphale. Albert-îe-Grand ajoute encore, ce que Polemon et Adamantins ont reproduit, qua la grosseur de la tête indique plutôt l'abondance de la matière que l excellence de la qualité ; que les enfans, avec une forte tête, ont une intelligence médiocre ; assertion qui peut être contestée; que les ânes et les oiseaux de nuit ont la tête énorme ; la tête, non pas le cerveau. Puis il cite Viteîlius : mais où est le développement de la tête de Viteîlius? à la base du cerveau, à l'endroit des instincts; et Viteîlius n'a pas fait mentir son organisation sensuelle.
Cependant Albert-le-Grand dit ailleurs : ceux qui ont la tête un peu plus forte que la mesure ordinaire, sont doués d'un sens droit et d'un esprit vif, de courage et de magnanimité.
Nous trouvons encore dans les naturalistes, qui se sont occupés de la tête humaine, ces citations historiques : Attila avait la tête trèsgrosse: Hippocrate dont la taille était petite , était remarquable par le développement extraordinaire de sa tête.
Nous savons aussi , pour prendre des exemples dans l'époque modarne . que lorsque Mirabeau vint au inonde , la grosseur surhu-
maine de sa tête mit la vie de sa mère en danger. On rapporte l'anecdote suivante qui concerne Napoléon. Un jour tous les généraux réunis dans l'antichambre de l'empereur trouvèrent son petit chapeau sur une console : chacun l'essaya a son tour. Mais sur toutes ces épaules de colosses, il n'y eut pas une tête qui put remplir le petit chapeau.
Ce préjuge sur la grosseur de la tête explique les erreurs qu'ont souvent commises les artistes. Les poètes Athéniens se moquaient delà tête de Périclès, parce qu'ils la trouvaient trop disproportionnée avec son corps. Même dans les beaux temps de la Grèce, les sculpteurs le représentaient couvert d'un casque afin de dissimuler la grosseur de sa tête. J'ai vu, dit Gall , commettre la même faute par nos artistes modernes : ils laissaient la tête de Napoléon dans sa proportion naturelle : mais pour établir un équilibre conforme à leurs idées , ils la plaçaient sur un corps colossal.
Examinons donc sur les individus les divers degrés de développement de la tête, c'est-à-dire du cerveau.
En mesurant les têtes des idiots les plus dégradés, immédiatement au-dessus de l'arc supérieur de l'orbite et au-dessus de la partie la plus proéminente de l'occipital, on trouve une périphérie de onze à treize pouces ; en les mesurant de la racine du nez au bord postérieur de l'occipital , on trouve huit à neuf pouces ; elles contiennent par conséquent autant de cerveau que la tête d'un enfant nouveau-né , c'est-à-dire un quart , un cinquième ou un sixième de la masse eérébrale d'un adulte jouissant de toutes se* facultés.
Les idiots de second degré sont compris a peu près entre quatorze et dix-sept pouces de périphérie. Avec ces dimensions, on rencontre plus ou moins de stupidité, une incapacité plus ou moins complète de fixer son attention sur un objet déterminé , des senti mens vagues, des affections passagères, des phrases hachées par substantifs ou par verbes, comme manger, marcher, etc., des instincts aveugles et déréglés ou presque nuls.
Les têtes de dix-huit pouces à dix-huit pouces et demi , sont encore de petites têtes, quoiqu'elles permettent un exercice régulier des facultés intellectuelles: elles comportent une triste médiocrité,
un esprit servilement imitateur , la crédulité , la superstition , ee genre de sensibilité qui , pour un rien, est au comble de la joie ou dans les larmes , un jugement peu sûr , une extrême diiFiculté de saisir le rapport de cause et d'effet, le défaut d'empire sur soimême, et souvent, ce qui est fort heureux, peu de besoins.
Avec ce degré de développement, il peut cependant exister déjà des qualités ou des facultés distinguées, parce que plusieurs organes particuliers peuvent être développés à un haut degré , ainsi que cela se rencontre quelquefois chez des enfans en bas âge, de l'un et de l'autre sexe. Ce sont là de ces personnes cbez lesquelles Ton remarque le contraste frappant entre une faculté saillante et une inconcevable médiocrité de toutes les autres.
Mais à mesure que nous nous rapprochons des cerveaux plus considérables, nous voyons prendre aux facultés intellectuelles plus d'étendue, jusqu'à ce que nous soyons parvenus aux têtes de vingt-un à vingt-deux pouces de périphérie, terme où l'homme a atteint toute la portée de son intelligence.
Les deux dimensions ci-dessus ne déterminent pas encore exactement la masse du cerveau; car, en s'en tenant à ces mesures, on néglige les parties cérébrales placées h la base du crâne, au haut du front , et à la partie latérale supérieure de la tête.
Et plus loin, Gall , auquel nous empruntons une partie de ces observations, ajoute :
« Que Ton ne croie pas que ce n'est qu'accidentellement, qu'une tête de dimensions considérables coïncide avec un génie distingué. Quoi que Tamour-propre puisse objecter , la loi est générale. Je n'ai rencontré, ni dans l'antiquité, ni dans les temps modernes, aucun homme d'un génie vaste, dont la tête ne dût être rangée dans la dernière classe que je viens d'établir, surtout si l'on fait attention au grand développement du front. Que l'on considère les bustes et les gravures d'Homère, de Socrate, de Platon , de Démosthènes , de Pline, de Bacon, de Sully , de Galilée, de Montaigne, de Corneille, de Racine, de Bossuet, de Newton, de Leibnitz , de Locke, de Pascal, de Bcerhave. de lïaller. de Montesquieu , de Voltaire , de J.-J. Rousseau , de Franklin , de Diderot, de Kant . de Schiller . etc.