—= de RINGER
HÉMORRACIE. 193
Nous savons en effet que les vaisseaux sanguins, grâce à l’élasticité de leur paroi, peuvent avoir une contenance variable.
Le volume du sang pourrait donc à un moment donné augmenter par les liquides qu’il reçoit du dehors ou diminuer par le passage de son plasma dans les tissus.
A l’état normal, ces deux ordres de phénomènes se font équilibre, et il faut admettre que la masse sanguine varie entre des limites assez restreintes.
L’'hémorragie détruit cet équilibre, en diminuant le volume du sang.
Si la perte sanguine n’est pas trop forte, les vaisseaux peuvent s’accommoder à ce nouveau régime, et la pression artérielle monte rapidement. Mais l'équilibre ne sera rélabli qu’en apparence jusqu’au retour du volume sanguin à son chiffre normal, C’est pour cela que tous les liquides épars dans l’organisme, liquides de l’appareil digestif, plasma interstitiel, etc., affluent vers le sang. Tout se passe comme si, les vaisseaux s'affaissant après la saignée, la pression sanguine tombait, et comme si les liquides du dehors se trouvaient aspirés à l’intérieur. Le sang se trouve ainsi dilué, et les globules répartis dans toute sa masse.
Si maintenant, par l’une ou l’autre des méthodes mentionnées plus haut, on veut évaluer la richesse de ce sang en globules, il faut s'assurer au préalable que le sang a récupéré son volume normal; et c’est là la plus grosse difficulté, car nous ne connaissons aucun moyen de déterminer le moment précis où l'appareil circulatoire a retrouvé sa capacité première. Toute numération de globules faite auparavant ne nous donnera pas le maximum d’hypoglobulie.
Les chiffres donnés par Lyox, Orro, ANrOkoNENKo, Wuite, BAUMANN, etc., montrent que ce maximum est atteint trois ou quatre jours après la saignée. Peut-on en déduire que le volume total du sang est resté pendant tout ce temps inférieur à son chiffre normal, ou faut-il chercher un fait nouveau du côté des globules rouges eux-mêmes?
Dawson (1900) a résolu le problème en injectant dans les vaisseaux, immédiatement après la saignée, un liquide isotonique au plasma sanguin, el en quantité rigoureusement égale à celle du sang extrait. Le volume du sang à été ainsi immédiatement ramené à sa valeur normale, et on peut espérer que la numération des globules, faite peu de temps après, donnera le maximum d’hypoglobulie. En procédant ainsi, Dawson a trouvé que le nombre de globules rouges continue à diminuer jusqu’au quatrième jour. Ce supplément d’hypoglobulie post-hémorragique serait dû à ce qu’un grand nombre d'hématies, les jeunes surtout qui sont moins résistantes, sont détruites dans le sang même. S'il en était ainsi, l’hémoglobine passerait dans le plasma, et, de là, dans l'urine. Or INAGakr n’a pas trouvé l’hémoglobine dans ces liquides après la saignée. — Cet auteur attribue, comme Lesser, l’hypoglobulie post-hémorragique à la dilufion du sang par le plasma interstiliel qui pénètre dans les vaisseaux, après la saignée, en quantité plus grande que celle du sang perdu. — Cette pénétration se produit, même si l’on remplace ce sang par un volume égal d’une solution saline isotonique. D'ailleurs les recherches de SaerriNGron et Copemann sur le poids spécifique du sang ont montré que la solution saline ne reste pas longtemps dans les vaisseaux. Ce fait se trouve appuyé par la constatation d’INaGaki, suivant laquelle la dilution du sang resté dans les vaisseaux après une saignée de 30 cc. est plus forte et dure plus longtemps que celle occasionnée par l'injection de 90 cc. d’eau.
Nous avons réuni, dans le tableau II, les résultats donnés par les différents auteurs sur l’hypoglobulie post-hémorragique, qu'il y ait eu ou non transfusion immédiate d’une solution saline quelconque. Il semble ressortir de ce tableau que l’hypoglobulie n’est pas rigoureusement proportionnelle à la perte de sang qui en est cause. On voit par exemple que, pour une saignée de 4,5 p.100 du poids du corps, la perte en globules est de 20 p. 100 de leur nombre initial, tandis que, pour une saignée de 3,8 p. 100 du poids du corps, ou 50 p. 400 de la masse sanguine totale, l’hypoglobulie n’est que de 28 p. 100 du nombre total des globules. Cela n’a rien de surprenant après ce que nous venons de dire plus haut sur l’exactitude de la méthode employée pour connaître la richesse du sang en globules. Nous sommes donc amenés à considérer la valeur de l'hypoglobulie comme très relative, et à nous expliquer pourquoi on ne trouve pas de proportionnalité entre l’intensité de la saignée et celle de l’hypoglobulie.
Le diamètre des globules rouges semble aussi être influencé par lhémorragie. Pour
s’en rendre un compte exact, il est nécessaire de déterminer au préalable le diamètre normal moyen des globules du sujet en expérience. On sait en effet que ces éléments n’ont pas tous le même diamètre. Dans le sang du lapin, WILLEBRAND à trouvé trois grandeurs principales : 5,75 y, 5,90 u, et 8,05 pu.
La proportion de ces différentes sortes de globules est très instable; elle varie dans une même espèce d’un individu à l’autre, ce qui nous impose de déterminer au préalable sur le sujet en expérience dans quelle proportion se trouvent mélangés ces trois sortes d'éléments. Si par exemple nous prenons la moyenne des nombres trouvés par WILLEBRAND au cours de sa première expérience sur le lapin, nous voyons que sur 100 globules, il y a :
3,6 p. 100 dé 5,75 pr DRE 216,900 85:58 Don
Cette proportion peut varier entre des limites assez étendues chez d’autres lapins. Mais, quelles que soient les différences individuelles, on observe toujours que l’hémorragie fait varier les proportions de ces trois grandeurs différentes de globules rouges. pe gros (8,5 u) deviennent plus abondants, 50 au lieu de 35 p. 100 qu’ils étaient avant la saignée. De plus on trouve des globules plus gros qu’à l’état normal; ils ont un diamètre de 9,2 u, et on les trouve dans la proportion de 0,5 p. 100 en moyenne. De toutes ces expériences WiLLEBRAND conclut que le diamètre moyen des globules rouges subit une augmentation après la saignée, L'augmentation serait 0,46 & chez le lapin et de 0,22 w chez le chien.
Comment expliquer ce phénomène ?
ManasseiN croit que les globules restés dans l’appareil circulatoire se gonflent en absorbant l’eau du plasma interstitiel qui afflue vers le sang après l'hémorragie. Cela impliquerait une diminution du coefficient isotonique de ce plasma, ce qui n’a pas lieu, comme nous l’avons vu plus haut. Ce qui vient encore infirmer cette théorie, c’est que, dans les cas d’anémie occasionnée par le bothryocéphale (Scæaumann) et dans la chlorose (WILLEBRAND), on constate la même augmentation du diamètre des globules rouges, alors qu'on ne voit aucun afflux du plasma interstitiel. Une autre objection tout aussi importante soulevée par GRawiTz est que le nombre maximum de globules rouges ne se voit pas dans les premiers temps qui suivent l’hémorragie, alors que la dilution du plasma à ce moment est la plus forte, mais bien plus tard, durant la phase de réparation du sang. Aussi WiLLEBRAND a-t-il rapproché ces deux phénomènes et admis que les globules rouges à grand diamètre sont des éléments de nouvelle formation. Les petits seraient au contraire des globules en voie de dégénérescence, voire même des débris, provenant de la destruction des éléments sanguins. Nous verrons plus loin que, pour Hayem, l'inverse aura lieu; et les petits Ste seraient des éléments Jeunes.
. La résistance des globules rouges, évaluée d’après leur pouvoir de conserver leur hémoglobine, semble diminuer par l’hémorragie. Ainsi Smirx a pratiqué une série de mesures de la pression osmotique des hématies, sur des chevaux destinés à la préparation du sérum antidiphtérique, opération qui comporte des saignées plus ou moins abondantes. Il à trouvé que, pour les globules pris avant la saignée, une solution de chlorure de sodium à 0,4-0,6 p. 100 était isotonique. Après la saignée, cette solution devient hypotonique, et pour conserver les globules rouges, il Et augmenter sa concentration saline (0,9 p. 100).
Si tous les expérimentateurs s'accordent à reconnaître dans la résistance des hématies une diminution consécutive à l’hémorragie, il n’en est pas de même en ce ant concerne l'explication du phénomène.
Vioca et Joue ont vu un parallélisme entre la diminution de l’alcalinité du sang et la diminution de la résistance des globules rouges. Ce seraient ces mêmes produits acides, entrés dans le sang avec la lymphe interstitielle, qui, agissant sur les globules rouges, les rendraient pl us altérables..A l’appui de cette opinion viendrait aussi l’expérience de HAMBURGER, qui montre que l'addition d’un acide au sang défibriné ou non fait baisser la résistance des globules rouges.
Mais tel n’est pas l’avis de Dawson pour qui cet abaissement serait dû à l’arrivée d’un plus grand nombre de jeunes hématies, dont la résistance serait moindre que celle des globules mûrs.
La constitution intime des globules rouges semble modifiée par la saignée. Foa et CEsaris, expérimentant sur ke lapin, ont trouvé que le nombre de globules rouges à granulations colorables par le rouge neutre peut monter à 18 p. 100, alors que FEU le sang normal ces globules ne dépassent guère la proportion de 0,8 p. 100.
On rencontre aussi des globules rouges ponctués, avec un grain de chromatine au milieu (Jozcy). Le nombre des hématies nucléées augmente sensiblement après l’hémorragie. Nous reviendrons sur cette question quand nous traiterons de la régénération du sang.
Hémoglobine. — La teneur du sang en hémoglobine diminue avec le nombre de globules rouges, dans une hémorragie. Toutefois la perte en hémoglobine peut quelquefois dépasser la perte en hématies. Tout se passe alors comme si ce qui reste de ces dernières perdait une parlie de son hémoglobine. A l’appui de cette hypothèse, RENAUT apporte l'expérience suivante : on saigne à blanc une grenouille; si l’on applique un système convenable de sutures, l’animal peut survivre plusieurs jours. Si l’on examine ensuite au microscope le sang resté dans les vaisseaux de l’animal, on s’apercoit que les deux tiers au moins des globules rouges perdent leur hémoglobine {Ce seraient surtout les jeunes hématies de petite dimension et à noyau aisément colorable qui seraient le plus atteintes.
Les recherches de Orro, de Baumanx et de Kigrer, etc., faites sur les mammifères (homme, chien, chat, lapin), viennent corroborer les résultats obtenus par RENAUT, comme le prouvent les tableaux ci-joints.
Cette absence de proportionnalité entre l’hypoglobulie et la perte en hémoglobine est moins prononcée dans les expériences de Dawson qui a injecté dans les vaisseaux, aussitôt après la saignée, différentes solutions isotoniques !,
Dans les cas observés l’hémoglobine a baissé tantôt plus, tantôt moins que les hématies. Cependant INaGaxi a trouvé dans la plupart de ses expériences que la diminution de l’hémoglobine dépassait celle des globules rouges malgré le remplacement du sang perdu par un volume égal de solution NaCI. Puisque l’hémoglobine ne se trouve ni dans le plasma ni dans l’urine, il faut rejeter l'opinion suivant laquelle les globules restés dans l'appareil circulatoire, après l’hémorragie, perdaient leur matière colorante. En dosant le fer et l’hématine, INaGaxr n’a pas trouvé un parallélisme entre la diminution de ces substances et celle de l’hémoglobine, dont la perte est toujours plus forte.
Ce parallélisme se maintient au contraire avec le nombre des globules rouges. L’explication de ce fait doit être cherchée, d’après Inacaxr, dans le procédé de dosage de l’hémoglobine. Par la colorimétrie on mesure non pas la quantité absolue d'hémoglobine, mais son pouvoir colorant, et celui-ci serait fonction de la tension de l'oxygène dans les globules rouges (HALbAnE et Sir). Donc les résultats concernant la ‘quantité d’hémoglobine après la saignée ne peuvent être considérés comme définitifs vu l’imperfection des méthodes de dosage.
Gaz du sang. — Il résulte des expériences de SPALLITTA que la teneur en oxygène du sang artériel du chien peut baisser après l’hémorragie à 1/3 et même à 1/4 de la valeur normale sans que la dyspnée apparaisse.
L’acide carbonique garderait, au contraire, à peu près ses nt normales, de sorte que le quotient respiratoire interne se trouve augmenté à cause de la diminution de l'oxygène. Cependant, en prenant les chiffres de Spacnirra ét en cherchant