CH? — CH CH
L’atropine est optiquement inactive, l'hyoscyamine est lévogyre, et LADENBURG admit d’abord que la première était la forme racémique de la seconde. [Essayant de réaliser avec Huxpr la combinaison de la tropine avec les acides tropiques droit et gauche, ik obtint des corps différents de l’hyoscyamine. Il émit alors l’hypothèse que l'hyoscyamine était constituée par la conjugaison de l’atropine avec l'acide tropique, mais il ne: lui fut pas possible de réaliser la préparation de tropines optiquement actives (D. Chem. (res., xu, 741; xI11, 104 ; xx11, 2590). :
Gapamer à montré que l’isomérie des bases hyoscyamine et atropine n’était due qu'à l’isomérie de l’acide tropique et que la première hypothèse de LanenBurG était seule exacte; depuis lors, AMÉNOMIYA a pu réaliser, en 1902, la synthèse de l’hyoscyamine naturelle et de son isomère optique dextrogyre, inconnu jusqu'ici (Arch. Pharm., cexx, 501).
L'hyoscyamine cristallisée dans l’alcool aqueux se présente en fines aiguilles blanches ou en tables fusibles à 108,5. Elle est lévogyre et possède, d’après GapamEer, en solution: dans l’alcool absolu, un pouvoir rotatoire [«14, 208°,9 et dans l'alcool à 20 0/0 [a], 239,0.
Elle est plus soluble dans l’eau et dans l'alcool étendu que l’atropine. Comme celle-ci, chauffée à 65° avec les anhydrides phosphorique, acétique, benzoïque, elle perd. une molécule d’eau et donne de l’apoatropine, C1? H?! AzO?.
L’hyoscyamine se transforme avec la plus grande facilité en atropine. Il suffit, d'après ” Scamipt, de la maintenir quelques heures à sa température de fusion ou de la laisser quelque temps en solution alcoolique légèrement alcaline.
L'hyoscyamine fournit un periodure qui cristallise facilement par évaporation de sa solution alcoolique. S. Vreven (Bull. Ac. Roy. de Belgique, déc. 1879) a fondé sur cette propriété une méthode d'identification. |
Elle fournit des sels cristallisant difficilement ; on a utilisé surtout le bromhydrate : d’hyoscyamine C!7 H?#% 0* Az HBr, quise présente sous forme de feuilles allongées, fusibles: à 149°-150°, solubles dans 0 p. 34 d’eau à 15° et dans 2 p. 2 d'alcool de densité 0,820 (Merck, Arch. Pharm., acxxxr,115).
Son action physiologique est analogue, sinon identique, à celle de l’atropine. — Voy. Atropine.
Quant à l’hyoscyamine amorphe, c’est un alcaloïde extrait de la jusquiame par LADEXBURG (D. Chem. Ges., xiu, 1549), qu’il a identifié à la scopolamine.
HYPAPHORINE, — Alcaloïde cristallisable, extrait par Gresnorr de l’Hypophorus subumbrans, papilionacée de Java. L'hypaphorine est extraite surtout des: graines de cet arbre. PLÜGGE en a fait une étude physiologique attentive (Ueber die: toxische Wirk. von Hypaphorin. A. A. P., xxxir, 1893, 313-320). Cet alcaloïde est inactif chez les homéothermes, même à la dose de 1 gramme, tandis qu'il provoque des convulsions (tardives) chez la grenouille, même à 08r,02. Il est inactif sur les poissons.
HYPERMÉTROPIE. — Voy. Dioptrique.
HYPNAL (C!IT?Az20,C?HCPO,H20) (ou monochloral antipyrine) (ou trichloracétyl-phényldiméthylpyrazolone). Ce corps, obtenu en 1890 par REUTER, à été étudié
HY PNOTISME. 109
par Barper comme hypuotique (Bull. de la Soc. de thérap., 1890, xvri, 43-46). Sur l’homme on a obtenu d’assez bons effets somnifères, mais sans que cependant on puisse lui accorder une action bien différente de celle qu’aurait un mélange de chloral et d’antipyrine (voy. FRENKkEL. Th. de Paris, 1890. — Souraris. Th. de Paris, 1890. — DE BLaiNvizze, Thèse de Paris, 1898). — GLey en à étudié, avec Sourakis, les propriétés pharmacodynamiques, et il a constaté que le chloral contenu dans la molécule d’hypnal est moins toxique (08,60 au lieu de 08",40) que lorsqu'il est administré pur. Les effets du chloral, comme on devait s’y attendre, prédominent sur ceux de l’antipyrine (B. B., 1890, 371-373). L’anesthésie survient à la dose de 0,30 par kilogramme. Contrairement à GLEY, ScHMipT a trouvé que le monochloral antipyrine est plus toxique que la quantité de chloral qu'il contient, de sorte qu’en présence de ces divergences on peut regarder comme assez vraisemblable que l’hypnal n’a pas une action bien différente de l'action d’un mélange de chloral et d’antipyrine (B. B., 1890, 427-429). Voy. aussi FiLEnNE (Berl. klin. Woch., 1893, 105). — Barz, Un cas d'intoxication par l’hypnal (Rev. méd. de Normandie, 1900, 145). — Marrison (Med. Rec., 1891, 8).
HYPNONE (Acétyl-benzine, acétophénone) (CSH$O — CfH5. CO. CH).
Dérivé de la benzine, bouillant à 20°, cristaux fondant à 20,°5, insoluble dans Veau. Ce corps a été recommandé par DusarpiN-BEAUMErz et BARDET comme hypnotique ; (1885), mais il paraît à peu près abandonné.
À la dose de 05,50, chez un cobaye de #00 grammes, en injection sous-cutanée, l’hypnone produit un état de torpeur profonde, précédée d’une période d’excitabilité réflexe, et cette torpeur va en s’exagérant jusqu’à amener le coma et la mort, de sorte que la dose sommifère est en même temps la dose mortelle (Lasorpe). Chez le chien la dose doit être portée à 05,05 par kilogramme, en injection intra-veineuse; à des doses inférieures on n'obtient pas le sommeil; et, quand on obtient le sommeil, généralement äl y a mort de l’animal. Il se produit un abaissement extrême de la tension artérielle, et surtout un état asphyxique général. On ne peut pas dire cependant que l’hypnone soit un poison du sang; car le pouvoir absorbant de l’hémoglobine pour l'oxygène n’est pas modifié (LaBorne et Quixquaup). De même Grasser, expérimentant sur le singe, n’a pas trouvé d'effets somnifères aux doses faibles. En injectant la substance dans la tra- Chée,"il a pu arriver à des doses somnifères, non mortelles.
D’après Poporr et Nencri, l’hypnone se dédouble dans l’organisme en C0? et acide
Pbenzoïque.
Bibliographie. — DuyarpiN-BEAUMETZ. Sur un nouvel hypnotique, l’h. (Bull. Ac. de méd., Paris, 1885, 1503). — En coll. avec Banper. Bull. gén. de thér., 1886, cxiv, 97-100). — Banner. Etudes sur l’h. (Trav. du lab. de thér. de l'hôpital Cochin, 1889,
31-39). — Grasser. Action physiol. de l'h., et action hypnotique par injection trachéale. (B. B., 1885, 750, et Sem. méd., 9 déc. 1885). — LaBorne. Act. physiol. et toxique de l'h. (B. B., 1885, 7925 et 137). — Laporpe et Quinouaun. Act. de l’h. sur le sang. (B. B., 1886, 209-210). — Maeniex (Thèse de Lyon, 1886). —- Sonüner (Thèse de Würzburg, 1886). — Rey. H. comme calmant somnifére chez les aliénés (Ann. méd. psych., 1886, 433-436). — RorTrTenwiLer. H. bei Geisterkranken. (Centr. f. Nervenheilk. 1887, 321-323). — SEIFERT (Münch. med. Woch., 1887, xxx1v, 349). — Pexsaro (Med. contemp. 1887, 359 et 403).
HYPNOSCOPE. — Aimant disposé en forme d’une bague entourant un
doigt. Il a été imaginé par J. Ocuorowicz (Note sur un critère de la sensibilité hypnotique ;
l'hypnoscope. Une nouvelle méthode de diagnostic (B. B., 1884, 325-327) (V. Hypnotisme).
HYPNOTISME et MESMERISME. — Le mot hypnotisne signifie Ætymologiquement : état analogue au sommeil (Ëxvos). Mais, d’après l'usage, il embrasse un grand nombre de faits physiologiques, que l’on provoque et supprime à volonté sans l’aide d’un agent physico-chimique, et principalement par des influences morales.
Ce mot signifie en même temps une méthode thérapeutique, qui consiste en une application de la psychologie à la médecine. Il a été proposé par James Bramn, médecin de Manchester, en 1843, dans sa Neur-Hypnology.
pote Lord -
Terminologie générale. — On confond généralement l’hypnotisme avec le magnétisme animal. Et cependant, aux points de vue historique, physiologique et logique, ces deux conceptions sont différentes. On peut admettre l’une en rejetant l’autre, et il n'y a pas de raison pour les identifier.
Généralement, dans l’histoire des progrès humains, les idées changent, ctles mots restent, souvent sans aucun inconvénient pour les recherches. L'homme tient plus aux formes qu’à la chose. quand celle-ci, — ce qui estle cas le plus fréquent, — se transforme insensiblement. Il s’accoutume aux changements graduels dans les dogmes mêmes, se contentant de garder toujours les mêmes noms. Cela tranquillise les principes conservateurs de sa nature et lui évite des émotions. Mais, dans le domaine que nous venons d'aborder, les idées nouvelles se présentèrent sous des aspects tellement révolutionnaires, que pour en accepter une partie (à la suite d’une soixantaine d'années de luttes et de discussions), il a fallu les ranger sous un nom nouveau, pour sauver les apparences d’une certaine conformité avec les. idées acquises. Les a-t-on sauvées? Non. Il était toujours par trop évident que cette demi-découverte, rebaptisée, contient encore en elle trop de menaces révolutionnaires pour être tranquillement discutée. Aussi a-t-on pris le parti de ne rien discuter ; et quarante ans se sont encore écoulés avant que l’œuvre de Brain commencât à faire des prosélytes dans les milieux officiels de la science. Peu à peu on se vit forcé d'élargir le champ des faits acquis. Le mot hypnotisme, appliqué d’abord à certains états analogues au sommeil, a dû comprendre un certain nombre d’autres états produits dans veille, c’est-à-dire en dehors du sommeil. La dénomination : sommeil « nerveux », ne disait pas grand’chose, puisque chaque sommeil est toujours un état nerveux, mais c'était en tout cas une sorte de sommeil. Avait-on le droit d'appeler « hypnotismes », les phénomènes provoqués à l’état de veille ? Dans le sens strict du mot, non. Mais fe connexion des faits est telle que cette extension pouvait encore se justifier. L’ anesthésie locale, par exemple, peut être provoquée à l’état normal, mais l'extension de cette anesthésie amène l’hypnose : on a donc le droit de la considérer, en tant que provoquée à l’état de veille, comme une « hypnose partielle », et l'adjectif «hypnotique » peut s’y appliquer quand même.
Il n’en est plus de même pour une autre catégorie de faits. Les anciens magnétiseurs usaient de certaines manœuvres, appelées passes magnétiques. Dans un grand nombre de cas ces passes, même prolongées, ne provoquent ni le sommeil, n1 aucun autre phénomène immédiat. Le sujet ne sent rien et ne change en rien son attitude. Cependant, en répétant de pareilles séances, on est forcé de reconnaître que leur action, tout en restant d’abord insaisissable, s’accumule, et provoque des changements physiologiques fort importants, changements réguliers, obéissant à certaines lois, souvent inconnues du sujet et du magnétiseur.
Il est évident que dans ce cas on ne peut plus parler d'un « état nerveux analogue au sommeil ». [! faut ou bien ne pas tenir compte de ces faits, si l’on veut garder le point de vue hypnotique, ou bien les attribuer au magnétisme, conformément à la tradition.
Avec le développement des recherches, on a été obligé d'aller plus loin. Certains auteurs admettent la possibilité de provoquer le sommeil artificiel à distance et à l’insu du sujet, et décrivent ces faits sous le nom d”’ « hypnotisme à distance ». Étrange confusion! Le mot hypnotisme ayant été créé précisément pour nier toute action à distance, toute action physique ou mentale personnelle, ce terme ne peut être qu’une contradiclion in adjecto. Il faudrait dire : « magnétisme à distance » ou rejeter le fait. On devrait également comprendre que l'admission de certains autres phénomènes d'ordre supérieur, tels que la télépathie ou vision à distance, implique l’existence d’une action intermédiaire inconnue, en dehors de l'imagination, et que par conséquence le mot phénomène hypnotique ne s’y applique plus.
Une autre confusion commune, que nous tâcherons également d'éviter, est celle qu'on établit entre la suggestion et l'hypnose. En accentuant de plus en PI l'importance de la première, on est arrivé à nier tout ce qui lui est étranger, même l'hypnose! AE certains auteurs il n’y a plus d’hypnotisme, il n’y a que la suggestion et l’état de
ggestibilité, accru par suggestion. Or, même en supposant que l'hypnose est toujan provoquée par suggestion et qu’elle présente toujours une suggestibilité plus grande,
ce qui estloin d’être prouvé, il ne faut pas oublier qu'une fois provoqué, le sommeil artificiel, surtout quand il est prolongé, exerce une influence physiologique spéciale, en dehors de la suggestion. | |
En exagérant la portée de la doctrine régnante, on est arrivé encore à une identilication de la thérapeutique suggestive avec la psychothérapie en général, ce qui prouve combien on est loin de connaître l'étendue des applications de la psychologie à la médecine. La psychothérapie est d’une conception beaucoup plus vaste. Elle comprend non seulement la suggestion, mais aussi l’action de l’attention expectante, des sensations fortes ou faibles répétées, du sommeil prolongé, des émotions curatives, des réflexes associés. des idéoplasties inconscientes, des associations idéo-organiques, du changement brusque des conditions de la vie, de la volonté qui domine le corps, en un mot toutes les influences thérapeutiques mentales, psychologiquement fort diverses.
POINT DE DÉPART HISTORIQUE DANS L’'ÉTUDE DES CONDITIONS OBJECTIVES ET DE LA THÉORIE PHYSIQUE DU MAGNÉTISME.
Le premier système, en même temps philosophique et médical, pouvant prétendre au nom, de théorie scientifique, fut créé vers 1766 par Françors-ANrToINE MEsuer, docteur en philosophie et docteur en médecine de la Faculté de Vienne. Ce système n'a pas eu de succès. Ridiculisé par les autorités médicales et scientifiques, ignoré des philosophes, incompréhensible pour le public, il a été bien vite abandonné par la majorité de ses adhérents, qui, à vrai dire, ne l'ont jamais compris qu'imparfaitement. Quant aux adversaires, qui furent légion, ils n’ont négligé aucun moyen pour refuser à ce système la moindre influence sur l'évolution des idées physiologiques. Elle fut cependant grande. Retardée, ignorée, repoussée par toutes sortes de préventions scientifiques, elle s’exerca quand même. A l’époque où j'écris ces lignes, c’est-à-dire après 442 années de proscription, elle à quelque droit à être prise en considération. Les découvertes du dernier quart de siècle, ayant ébranlé la plupart des notions fondamentales en physique, en chimie et en psychologie physiologique, l’ont rendue non seulement compréhensible, mais nécessaire.
On pourrait même dire que ce quon admet aujourd'hui dépasse quelquefois en hardiesse les vues révolutionnaires de MESER.
Après ce préambule, le lecteur ne s’étonnera peut-être pas si je commence par donner la parole au célèbre « mystique », « charlatan » et « imposteur », contrairement aux coutumes des auteurs modernes, qui l’exécutent en quelques lignes !.
4. Parmi les qualificatifs dont on a gratifié la mémoire du médecin-philosophe viennois, il y a encore celle du plagiaire. « L’hypnotisme dans ses effets, dit FER». BoTTEY, est aussi vieux que le monde. Aussi MesmEr n’avait-il rien inventé, lorsqu'il s’attribuait la découverte du prétendu magnétisme animal : bien d'autres avant lui avaient déjà édifié de nombreuses théories pour en expliquer les étranges phénomènes. » (Le « Magnétisme animal », élude critique et expérimentale sur l’hypnotisme animal ou sommeil nerveux, provoqué chez les sujets sains. Paris, 1884, p. 1). « Il n’a rien découvéft, rien inventé », répète À. CuLLÈRE dans son « Magnétisme et Hypnotisme » (Paris, 1886, p, #1). Il est certain qu'une découverte n’est jamais tout à fait neuve; et, plus elle est importante, plus elle a de précurseurs. Mais de là à prétendre que Mesmer n’a rien inventé, il y a loin. Il suffit d’embrasser d’un coup d’œil l'énorme mouvement d'idées provoqué par ses travaux et ses pratiques, en comparaison avec l’infructuosité de ses prédécesseurs, pour mettre les choses au point. À vrai dire, les idées et les observations antérieures, pour la plupart extravagantes et obscures, intimement liées avec le mysticisme religieux, ne sont devenues compréhensibles pour nous qu'à la suite des éclaircissements fournis par l'apparition du magnétisme animal, vers la fin du xvrrr* siècle.
Pour ceux qui voudraient étudierle magnétisme avant Mesmer, et l’hypnotisme avant Brain, voici les sources principales d'information : | |
Josepx ENNeNosER, Geschichte des Magnetismus. Der Mag. nach den altseitigen Beziehungen seines Wesens, seiner Erscheinungen, Anwendung und Entrathselung in einer geschichtlichen Entwickelung von allen Zeiten und bei allen Vôlkern, wissenschaftlich dargestellt. Leipzig, 1819. Ce gros livre de 781 p. est entièrement consacré aux précurseurs de MESMER et à l'étude des faits populaires se rattachant à ses découvertes.
AuBiN Gaurmier. Introduction au magnétisme, examen de son existence depuis les Indiens Jusqu'à l’époque actuelle, sa théorie, sa pratique, ses avantages, ses dangers et la nécessité de son +, va avec la médecine. Paris, 1840. Un volume de 487 p., qui contient un grand nombre des
Idées de Mesmer sur la philosophie physique. — On trouve chez MESuER l'idée fondamentale de Kant. « Nous ne connaissons pas l’objet tel qu’il est-(Ding an sich), mais uniquement l'impression et l’action qu'il produit sur nos organes. » Nous ne
citations anciennes et modernes, et un exposé complet des théories, populaires parmi les magnétiseurs. Il est déjà. fort inexact par rapport aux travaux de MESMER lui-même, qu'on ne lisait plus. | L Augix Gauraier. Histoire du somnambulisme chez tous les peuples sous les noms divers d'extase, songes, oracles et visions : examen des doctrines théorique et philosophique de l'antiquité et des temps modernes, sur ses causes, ses effels, ses abus, ses avantages et l’ulililé de son concours avec la médecine. Paris, 1842. Deux volumes, de 454 et de 438 pp., fort intéressants, tant par rapport à l’histoire ancienne, qu'à l’histoire de Mesmer et de ses continuateurs. L'auteur, animé d'une tendance à schématiser, cherche à concilier le magnétisme avec la science et Ja religion.
Carz Kiesewerrer. Franz Mesmer’s Leben und Lehre. Nebst einer Vorgeschichte des Mesmerismus, Hypnotismus und Somnambulismus. Leipzig, 1893, 180 pp. La moitié de-ce livre est consacrée aux précurseurs du magnétisme. Quant à la théorie de Mesmer lui-même, Kiesewgrrer la déclare « trop étendue et trop peu claire pour être exposée en abrégé » (p. 159 et 163). Ce qui est vraiment étonnant de la part d'un auteur qui a entrepris une étude spéciale sur ce sujet! Je tâcherai de prouver que, tout en étant réellement très étenduc et très subtile, cette théorie n'a cependant rien d’incompréhensible. L’obscurité ne découle que de la très grande brièveté de tous les écrits de Mesmer. et elle n’existe que pour ceux qui n’ont pas une pratique suffisante, des faits qui s’y rattachent. Encore faut-il connaître les théories physiques et psychologiques modernes, pour bien comprendre l’importance de ses vues profondes, hardies et modérées en méme temps. Et cependant K. considère MESMER comme un grand homme (p. 4) et on ne peut pas lui reprocher d’être partial!
Quant à la vie et au développement des idées de MEsmer, consultez encore :
Jusrinvs Kerner. Franz Anton Mesmer aus Schwaben, Entdecker d. thierischen Magnetismus, Erinnerungen an denselben nebst Nachrichlen von den letzlen Jahren seines Lebens zu Mecrseburg am Bodensee. Frankfurt am Main, 1858, 212 p.
Karz Cnarisriad WozLrarT. Mesmerismus, oder System der Wechselwirkungen, Theorie, w. Anwendung des thierischen Magnetismus als die allgemeine Heilkunde zur Erhaltung der Menschen von Dr. Friedrich Anton Mesmer, mit dem Bildniss d. Verfassers u. 6 Kupferstafeln. Berlin, 1814, 356 p.
Il est à observer que ces deux adhérents du grand novateur l’appellent différemment. Pour KERNER, il est « FRANCOIS-ANTOINE », pour WoLFART « FRÉDÉRIC-ANTOINE ». Il parait (d’après KiESEWETTER) que c’est le premier nom qui est exact :
Erxesr BEersor. Mesmer et le magnétisme animal. Paris, 1854 (2° édit. 233 p.) Ce livre n'est qu'un amas d’anecdotes. L'auteur n’a pas lui-même d’opinion et s'en réfère à la postérité.
Il faut accorder beaucoup plus de valeur au livre de ALEXANDRE BERTRAND. Du Magnétisme animal en France et des jugements qu’en ont portés les sociélés savantes. suivi de considérations sur l'apparition de l'extase dans les traitements magnétiques. Paris, 1826, 539 p. L'auteur, dont les opinions oscillent entre une conception physique et une conception purement psychologique, se place dans ce livre sur le terrain de l'imagination. En général impartial, il accable cependant Mesmer de quelques objections, qui ne sont pas tout à fait Justes, pour ne. pas s'éloigner trop des opinions classiques.
Parmi les œuvres récentes il faut citer encore : .
H. R. Paur Scaroeper. Geschichle des Lebensmagnetismus und des Hypnotismus vom Uranfang bis auf den heutigen Tag (mit Illustrationen), Leipzig, 1899. Un gros livre de 681 p. écrit à la hâte. L’auteur est magnétiseur et adversaire du l’hypnotisme qu'il ne prénd pas dans le sens historique du mot, mais comme synonyme du somnambulisme en général. Il magnétise ses malades, il ne les endort pas, ou du moins il ne cherche pas à les endormir. Telle fut la méthode: de MEsmer. Mais ScHROEDER lui attribue juste le contraire, sans preuves évidemment. MEsmMER fut « un grand homme », « un esprit créateur », mais. « il n'a rien fait ou imaginé, qui ne füt déjà fait ou imaginé par d'autres » (p. 340). Ce qui donne à son livre’une certaine valeur, ce sont de nombreux extraits et documents, les dessins originaux de MESMER, agrandis d'après WoLFART, des détails historiques sur le développement du baquet mesmérien et sur les mesméristes allemands, peu connus en France. -Sa critique des hypnotiseurs français est souvent juste, Le volume est orné de plusieurs petits portraits de magnétiseurs célèbres, MEsMER y compris, et d'un grand portrait de l’auteur. 1
Karz Kiesewerrer. Geschichte des neueren Occultismus, geheimwissenschaftliche Systeme von Agrippa bis Karl Prel. 2 stark vermehrte Auflage besorgt von Robert Blum. Leipzig, 1901. Œuvre unique dans son genre et d’une érudition étonnante, dont la publication en livraisons n’est pas encore terminée. | |
Mesmer est mort en 1815 dans sa 81° année, avec l'auto-suggestion qu'il ne dépasserait pas cette année, conformément à la prédiction d’une somnambule, Il est mort en pratiquant le magnétisme pour le soulagement de sa pauvre clientèle, et totalement oublié des savants. Par son testament . Il a légué entre autre un louis au médecin qui fera l'autopsie de sa vessie, dont il souffrait
percevons que sensations et nous ne comprenons que les relations des sensations. Tout ce que nous pouvons comprendre dans l'univers se réduit aux deux principes fondamentaux : la matière et le mouvement. La matière n’a qu’une qualité : l'étendue.
Précurseur de la théorie mécanique (kinétique) de l'énergie (A. Seccar et ses continuateurs), Mesmer! n’admet aucune vraie action à distance, aucune vraie attraction ou répulsion, aucun fluide calorique, électrique, magnétique ou lumineux. Toutes ces formes de l’énergie ne sont que des vibrations, propres aux différentes séries de la malière ; vibrations et ondes, qui se heurtent, se transmettent, se croisent enfin, sans se confondre — et la gravilation et la cohésion elle-même ne sont que des résultats de la pression mécanique du fluide universel. — « Sans être pesante, cette matière subtile détermine l'effet que nous appelons gravité; sans être élastique, elle concourt à l’élasticité ; en remplissant tous les espaces, elle opère la cohésion, sans être elle-même en cet état. » (2° Mém., p. 25.) Ceux qui sont versés dans l’histoire des théories physiques . modernes et qui en connaisssent les défauts, pourrront seuls juger la profondeur de cette conception de MEsMER, qui, même reproduite cent ans plus tard par l’écoie de Seccni, soutenue par une quantité de faits, que Mesmer ne pouvait pas connaître, n’est cependant pas libre encore aujourd’hui de cerlaines complications métaphysiques gratuites comme par exemple l'admission de l’élasticité absolue de l’éther, dont lui, Mésuer, à su cependant s’affranchir. Mais là ne se borne pas la génialité de cet homme. Il est non seulement précurseur de la théorie kinétique des forces et de l'unité chimique de la matière, rhais encore du principe de la conservation de l’énergie. « Il Y a une théorie, *., + Ricuer, qui domine la science contemporaine... C’est la
théorie de la conservatiès"î…ïe l'énergie et des forces. La force ne se détruit pas, elle se modifie sans cesse. Chaleur, électricité, action chimique, mouvement, elle a des apparences multiples; mais sa quantité est invariable. Elle se transforme : elle ne se perd, ni ne se crée. Chaleur, électricité, action chimique, mouvement : c’est toujours la même quantité de force qui circule dans l’univers ? ». Eh bien! cette idée se trouve
dans la dernière période de sa vie. Finalement la mort a été causée par une apoplexie avec hémiplégie droite.
L'exposition la plus complète de la théorie de Mesuer se trouve dans l'édition allemande de WozraRT de 1814, déjà citée, et dont ses « Erlauterungen sum Mesmerisinus.. Berlin, 1815, p. 295
avec figures. En français nous possédons ses deux Mémoires :
1. Mémoire sur la découverte du magnétisme animal par M. MEsmer, Docteur en Médecine de É Faculté de Vienne. Genève et Paris, MDCCLXXIX, 85 p.
Mémoire de F. A. MesmeRr, docteur en médecine, sur ses découvertes, nouvelle édition avec.des notes de J. L. Picner GRANcAAMPS, ancien Chirurgien en chef de l'hôpital de la Charité » Lyon, etc. Paris, 1826, 129 p.
2. La physiologie et la médecine, leçon inaugurale. Ch. Ricner, Travaux du laboratoire, Paris, 1893, 11, 5,9.
Faisons observer que l’idée de réduction de toutes les forces aux mouvements moléculaires a été dernièrement encore présentée comme neuve. Tel est l’objet des travaux de A. DEspaux
(Genèse de la malière et de l'énergie. Paris, 1900. — Cause des énergies attractives. Paris, 1902). de L. Morrez (La matière, l'éther et les forces physiques. Paris, 1904) et d’autres. Moi-mème j'avais publié en 1819 une étude intitulée : « La force comme mouvement » sans me douter que
l'idée mère de cette théorie remontait à l'inventeur du magnétisme animal! J’avais subi, moi aussi, l'influence de la suggestion générale, et je ne trouvais pas digne d’un homme sérieux la lecture des « pamphlets d’un charlatan ». 1l est vrai que les traces de cetteidée se trouvent déjà dans l'antiquité ; mais il ne faut pas oublier non plus que Sapr Carnor (1824) lui-même, tout en établissant le principe de la transformation des forces, admet les fluides impondérables, et que R. Mayer, le créateur de l'équivalent mécanique de la chaleur, la considère comme une substance. Aujourd'hui, après avoir supprimé les fluides électriques, on n’en parle pas moins de la suhstantialité et des courses extraordinaires des « électrons » dans l'univers, et l’on ne cesse pas d'attribuer une attraction mystique (amor seu amicilia des anciens) aux atomes, suspendus dans le vide. À
Pour Mssmer l'électricité n’est qu'un mouvement provoqué dans l’éther « qui se propage sur la surface des corps, c'est-à-dire entre cette surface et l’air qui l'entoure ». La différence entre les électricités positive et négative ne consiste qu'en une différence dans la direction des courants (Syst. p.. 105) et il en est de même ponr les pôles de l’aimant, qui présentent des courants, dont les directions sont inverses (p. 80-81). On sait que du temps de MesMEr on admettait des fluides spéciaux pour l'électricité et pour le magnétisme, et que leur rapprochement n'a été réalisé que dans la théorie d'AmPÈRE, quelques années après la mort de MESMER.
déjà dans Mesuer, qui dit : « La somme du mouvement imprimé primitivement à la matière de l'univers est définie et invariable. » « Lorsqu'une partie de la matière passe au repos, le mouvement qu’elle perd, augmente nécessairement la somme du mouvement de la matière environnante. » (Syst. d. Wechselw., p. 71.)
Nous verrons plus loin que Mesmer, qui range ce principe parmi les lois générales du mouvement (Allgemeine Gesetze der Bewegung), V’applique aussi à la physique physiologique. Il fut donc plus perspicace que VOLTAIRE, des qui l’idée de la quantité toujours égale du mouvement dans le monde, ne fut « qu’une ancienne chimère d’ Épt- CURE, RU NElee par DESCARTES ».
« Quelques physiciens, dit-il, sont parvenus à reconnaître l'existence d’un fluide universel; mais à peine eurent-ils fait ce premier pas, qu’entraînés au delà du vrai, ils ont prétendu caractériser ce fluide, le surcharger de propriétés et de vertus spécifiques, en lui attribuant des qualités, des tendances, des causes finales, enfin, des puissances conservatrices, productrices, destructrices, réformatrices. »
Mesmer n'attribue à ce fluide qu’une seule propriété : l’extrême mobilité de ses particules. Les ondes, et les courants qui en résultent, lui suffisent pour démontrer qu'ainsi que le son se propage dans l'air, et la lumière dans l’éther, de même des ondes plus subtiles encore se propagent dans le fluide universel et conditionnent les actions réciproques { Wechselwirkungen) de toute sorte. Ce sont ces réactions réciproques que MEsmer nomme magnétisme universel ou naturel, en prenant pour symboles les attractions et les répulsions apparentes, produites par l'aimant, c’est-à-dire par le magnétisme minéral. Le magnétisme universel n’est donc pas un fluide, mais un mouvement, une action. Il en est de même du magnétisme animal, qui représente une catégorie spéciale de ces réactions, à savoir les intimes et réciproques influences entre le corps animal et tout ce qui l'entoure. Le tissu nerveux étant le plus subtil dans l’homme, c'est lui qui est en relation avec le plus subtil des fluides. Et puisque toute action est toujours réciproque, puisque le corps humain lui-même doit être considéré comme un centre dynamique, le ton du mouvement moléculaire de l’organisme, la tension de sa vie psychique, « le physique de ses pensées » (bonne expression pour la théorie moderne du parallélisme psycho-physique) doivent nécessairement réagir sur le milieu, s’y imprimer et se reproduire même dans un organe analogue ; quoique pour la plupart ces courants restent insaisissables. (On trouve une confirmation de cette supposition théorique générale dans les découvertes modernes du téléphone, du radiophone, du radioconducteur de Branzy et du magnétophone de Paussen et, sur le lerrain psychique, dans les phénomènes de télépathie). Ge n’est que dans « le sommeil critique », provoqué ou naturel, qu’elle se manifeste avec plus de facilité. Les sens, incapables de percevoir les impressions du cinquième état de la matière, sont alors paralysés, et le cerveau, étant ainsi fermé aux sensations ordinaires, fortes, qui le gouvernent, retrouve: sa sensibilité primordiale vis-à-vis des influences faibles et subtiles. Les impressions des matières ambiantes n’agissent pas alors par des organes des sens externes, mais directement et immédiatement sur la substance même des nerfs!. Le sens interne devient le seul organe des sensations, et ces impressions deviennent sensibles, par cela même qu’elles sont seules (monoïdéisme de Brarp). « Comme la loi immuable des sensations est que la plus forte efface la plus faible, celle-ci peut être sensible dans l’absence d’une plus forte » (principe de la psychologie de HERBART). « Si l’impression des étoiles n’est pas sensible à notre vue pendant le jour, comme elle l’est pendant la nuit, quoique leur action soit la même, c’est qu’elle est alors effacée par l'impression supérieure de la présence du soleil » (2° mém., p. 80). En général, nous ne percevons que des différences dans nos états (théorie d'Uzricr développée vers 1861). toutes nos actions sont des résultats des sensations (théorie de SrecHENOrr développée
1. Cette partie de la théorie de Mesmer a été présentée comme quelque chose de tout à fait nouveau, avec moins de précision il est vrai, cent deux ans plus tard, par PROSPER DESPINE (fils) dans sa remarquable Étude scientifique sur le somnambulismé, Paris, 1880, p. 222-229. Comme de raison, l'auteur n’a pas lu Mesmer ; il lui attribue injustement une autre théorie « qui n'était point nouvelle » (oc. cit., p. 123). Donc c’est Mesmer qui fut plagiaire. P. DEsPine (fils) est l’auteur d’une Psychologie Naturelle en 3 vol. (1868,, et en général il faut le classer parmi les chercheurs sérieux et consciencieux.
vers 1870); mais il faut compléter les sensations ordinaires par les sensations du système nerveux tout entier (idée neuve encore aujourd’hui). Toute cette partie de sa doctrine, très lucide, presque conforme à la psychologie moderne, et ne dépassant pas la « saine physique » d’aujourd’hui, était cependant trop choquante ou mème incompréhensible pour la « saine physique » de son temps, d’après l’expression des Commissaires du Roi. Et certes ne devait-on pas considérer tous ces développements comme chimériques et inutiles, avant l’admission des faits tels que la photographie à travers les corps opaques ou la suggestion mentale ? C’est ainsi également que certaines actions de l’imagination humaine resteront longtemps encore une chimère pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de constater, mille fois de suite, la réalité de certains phénomènes médianimiques. Il n’y,a donc pas lieu de s'étonner que les idées physiques de MESMER n’aient trouvé aucun écho parmi les savants de son temps.
Ses idées biologiques eurent-elles plus de chance auprès des médecins? Encore moins que les autres.
Idées de Mesmer sur la philosophie physiologique et médicale. -—- Adversaire des entités métaphysiques, de tout verbiage pseudo-scientifique, et, en pratique, de toutes ces potions barbares « pour la plupart nuisibles ou inutiles », de ces remèdes désobstruants, fondants, délayants, incrassants, et invisquants, préconisés même par le grand BogrnaAvE (1668-1738), MEsMER ne pouvait être considéré par ses confrères que comme un esprit destructeur, des plus dangereux. Ses tendances antimétaphysiques sont dirigées en même temps contre la physique et contre la médecine du xvi siècle. « Je crois, dit-il, avoir ouvert une route simple et droite pour arriver à lavérité, et avoir dégagé en grande partie l’étude de la nature des illusions de la métaphysique. » ConniLcac disait que la science n’est qu’une langue bien faite. MESMER n est pas de cet avis. Il considère l'expérience comme base unique de la science et voit clairement les défauts du langage scientifique. « La langue de convention, le seul moyen dont nous nous servons pour communiquer nos idées, a, dans tous les temps, contribué à défigurer nos connaissances. Nous acquérons toutes les idées par les sens; les sens ne nous transmettent que celles des propriétés, des caractères, des accidents, des attributs; les idées de toutes ces sensations s’expriment par un adjectif ou épithète comme : chaud, léger, froid, fluide, solide, pesant, luisant, sonore, coloré, etc. On substitua à ces épithètes. pour la commodité de la langue, des substantifs; bientôt on substantifia les propriétés : on dit la chaleur, la gravité, la lumière, le son, la couleur, et voilà l’origine des abstractions métaphysiques. Ces mots représentèrent confusément des idées de substance, lorsqu'on n'eut en effet que l’idée du mot substantif; ces « qualités occultes » d'autrefois, aujourd’hui s'appellent « les propriétés des corps ». À mesure qu'on s'éloignait de l’expérience, ou plutôt avant d’avoir des moyens d’y parvenir, non seulement on multiplia ces substances, mais encore on les personnifia. Ces substances remplissaient tous les espaces; elles présidaient et dirigeaient les opérations de la nature; de là les esprits, les divinités, les démons, les génies, les archées, etc. La philosophie expérimentale en a diminué le nombre; mais il nous reste encore à faire pour arriver à la pureté de la vérité. Nous y serons, lorsque nous serons parvenus à ne reconnaître d'autre substance physique que le corps, ou la matière organisée et modifiée de telle ou telle manière. Il s’agit donc de connaître et de déterminerle mécanisme de ces modifications, et les idées qui en résulteront de ce mécanisme aperçu, seront les idées physiques les plus conformes à la vérité. C'est, en général, le but que je me propose d'atteindre par le système des influences réciproques. » (2° Mém., p. 18.) Voilà la « mystique » de Mesmer! Même point de vue dans le domaine biologique : « Le génie observateur d'HiIPPOCRATE l'avait conduit à reconnaître que les divers symptômes n'étaient que les modifications des efforts que la nature faisait contre les maladies. Après lui, lorsqu'on observa les mêmes symptômes dans les maladies chroniques, plus éloignées de la cause, isolées, sans fièvre continue, on substantifia ces accidents, on en fit autant de maladies, et on les caractérisa chacune par un nom; on étudia, on analysa ces accidents et leurs symptômes, comme des choses; on prit même pour indicateur les sensations du malade, Et voilà la source des erreurs qui désolent l'humanité depuis tant de siècles. » (2° Mém., p. 34-35.) « Il y a lieu de regretter, ajoute MEsmer, que la médecine ignore encore le développement naturel et nécessaire de la plupart des maladies
chroniques ; c’est en s’y opposant par les remèdes, qu’elle en trouble la marche, en arrête la course, et très souvent en avance le terme par une mort prématurée. » (2° Mém., p. 36.)
Comme tous les corps de la nature, l’homme est composé de deux principes : matière et mouvement. La quantité de la matière qui lui est propre peut être diminuée ou augmentée. Diminuée, elle doit être renouvelée par les aliments. Le mouvement peut également diminuer ou augmenter (Syst., p. 121). Dans le premier cas 1l est nécessaire qu'il se rétablisse, aux dépens de la somme totale du mouvement, ce qui s'effectue par un arrêt plus ou moins long des dépenses. Lorsque la machine entretient le jeu libre de tous ces arrangements, elle est en état de veille. Lorsqu'une partie de ces fonctions (à savoir les fonctions de la vie animale) sont suspendues, elle se trouve en état de sommeil; le somnambulisme est un état mixte, avec prépondérance tantôt des caractères de la veille, tantôt de ceux du sommeil: Pendant le sommeil la dépense du mouvement est arrêtée ; mais, comme la vie végétale continue à emmagasiner le mouvement, ce dernier, accumulé en excès, produit le réveil. (Syst., p. 161.) Les nerfs sont des prolongements du cerveau et de la moelle épinière, ramifiés dans tout le corps, où ils propagent la sensation et le mouvement. Les nerfs sont animés par des courants, qui ne sont pas des émanations (Absonderungen), mais qui appartiennent à une catégorie du flux et reflux du fluide universel (5° état de la matière). C’est à ce fluide, le plus subtil, qu'est due la propagation des sensations et du mouvement, propagation qui présente une analogie avec celle du feu. Comme dans la flamme, les matières capables d’être brûlées se transforment en fumée, pour propager le feu, de même le nerf, pour rester actif, doit produire une sorte de fumée vitale pour propager les excitations. Le nerf est l'organe immédiat de la vie; car c’est lui qui propage le feu vital. C’est lui, ou plutôt la « fumée » qui se produit en lui, dont il est le récipient, qui est la cause et l'effet de la chaleur animale (Ursache und Wirkung der thierischen Wärme, p. 121).
Comme une série de points constitue une ligne, une série de lignes une surface, et une série des surfaces un corps, de même une série de petites sphères primitives (Urkugelchen) produit une fibre, une série de fibres, une membrane; et une membrane recourbée sur elle-même, un tube, un canal, un vaisseau. Les contractions de ces fibres s'effectuent sous l'influence des courants cosmiques, mais elles subissent également l'influence du Sensoriun commune. Les sens retlètent les différentes séries de vibrations plus ou moins exactement, suivant le degré de leur perfection. La perception peut être viciée par un dérangement de leurs structures, par une mauvaise éducation par les erreurs, les préjugés, les passions et l'habitude (p. 135). Les différences primordiales de nos sensations et images ne dépendent que des organes terminaux, car la nature des nerfs, aussi bien de ceux qui conduisent les sensations que. de ceux qui provoquent les mouvements, est partout la même (p.124). Indépendamment des organes des sens, le tissu nerveux fout entier recoit des impressions plus faibles et d’un caractère inconnu, qui le mettent en relation intime avec l'Univers, par l'intermédiaire du fluide universel. De là là possibilité, dans certains états spéciaux, des perceptions à distance. Réciproquement, les pensées, lés émotions, les états nerveux pathologiques peuvent réagir sur les cerveaux environnants, par la même voie de ce fluide subtil. Ce dernier remplit tout et unit tout; il est en relation spéciale avec le tissu nerveux du cerveau : « le physique de la pensée » produit une vibration dans ce fluide, cette vibration se propage nécessairement tout autour, et en rencontrant un organe unalogue et des conditions analogues, elle reproduit la même pensée ou le même état nerveux (p. 139 et suiv.). Ainsi s'expliquent certains cas de contagion (Cf. Boucaur. De la contagion nerveuse et de l’imitation dans leurs rapports avec les maladies nerveuses. Paris, 1862, p. 1#), la persistance de certaines croyances et coutumes populaires, l'influence particulière de certains individus, de l'imagination, des songes, des sentiments bienveillants où malveillants (bénédictions et imprécations), surtout dans les réunions et cérémonies populaires... « Quel large champ d’études — ajoute MEsMER — s'ouvre ici à nos yeux! On pourra enfin comprendre que l’homme se trouve en relation avec toute la nature, et que l’action de cette faculté interne ne s'arrête jamais, quoique dans la
plupart des cas elle reste insaisissable, étouffée qu’elle est par les sensations ordinaires, plus nettes et plus fortes (p. 142). »
10e. 50 AS PRESS ‘D f LR
Telle est l’idée fondamentale du « Système des Réactions réciproques ». On y revient maintenant, car les dernières découvertes l’ont rendue nécessaire ; mais la plupart des savants gardent encore obstinément la conception étroite d’un organisme isolé dynamiquement de son milieu cosmique et social. Certes, ce n’est pas une théorie quelconque qui pourra nous faire connaitre dans son ensemble l’interchange des relations de l'être avec la nature ambiante ; il faut des faits, beaucoup de faits, et de faits sérieusement observés. Cette exigence est légitime ; ce qui l’est moins, c’est une sorte de néophobie qui empêche de voir et même de vouloir voir.
La physiologié, la pathologie et la thérapeutique de Mesmer se résument dans les points suivants :
1° La maladie n’est qu’un trouble de l'harmonie qui doit exister entre les parties solides et les parties liquides de l’organisme, et à ce point de vue on peut dire qu'il n’y à qu’une seule maladie. La santé consiste en une relation normale entre les fibres contractiles et les différentes circulations; la maladie présente toujours un dérangement quelconque dans ces dernières; car un défaut de contractilité et d’innervation détermine non seulement des changements quantitatifs, mais aussi des changements qualitatifs dans les liquides. Rejetant également la théorie humoriste {les quatre humeurs) et la théorie nerveuse, vitaliste ou non, animiste ou non, de ses contemporains, Mesmer les réunit, en évitant leurs exclusivités, en une théorie d’irritabilité neuro-musculaire, se rattachant un peu à HALLER et un peu à BRowN, mais s’en distinguant par une conception plus vaste et plus rapprochée de nos connaissances modernes sur les vaso-moteurs.
20 Comme il n'y a qu’une seule maladie, il n’y a en réalité qu’un seul remède. Les spécifiques sont des illusions. Ce remède unique est le même que celui qui entretient la santé, en entretenant la vie. Qu'est-ce que la vie? Est-ce une fonction du fluide vital, de la force vitale ou de l’âme ? Mesuer n’admet ni fluide, ni force vitale, et il considère l’âme comme inaccessible aux recherches. Le principe de la vie n’est pas dans l’organisme, il lui est extérieur, et, comme toujours chez MEsmer, mécanique. D'abord, il n’y a pas de limite absolue entre le monde inanimé et le monde animé : le premier présente également une sorte de vie. Les courants du fluide universel qui forment les corps en général, entretiennent aussi Les corps organisés. Le fluide universel, outre ses ondes et ses courants partiels, présente un mouvement de va-et-vient en masse, un flux et reflux (une idée ancienne) qui tantôt fortifie et tantôt affaiblit les propriétés des corps, mouvement que nous observons grossièrement dans le flux et reflux de la mer, sous l'influence des positions différentes du soleil, de la lune et de la terre. MESuER donne de ces phénomènes une théorie à peu près conforme à ce qu’on admet aujourd’hui, mais il ne les borne pas aux oscillations de l’eau dans l’océan. Cette influence embrasse nécessairement tout, et surtout les corps animés, qui profitent de cette sorte de respiration (respiration de l'univers), qui accélère ou ralentit la végétation. C’est également l’action du fluide universel qui, par l'intermédiaire des courants des nerfs, règle les contractions des vaisseaux, et par conséquent de la circulation des liquides dans l’animal, qui aimante, pour ainsi dire l’organisme, et constitue ce qu’on nomme force vitale, cette « Nature » à laquelle on attribue vaguement l’entretien de l'organisme et même les guérisons spontanées. Et comme cette influence s'appelle le magnétisme naturel ou universel , c’est par ce magnétisme que le corps vit et lutte contre les influences pathogènes. Le magnétisme animal, constituant une catégorie spéciale de ces influences, fortifiées, concentrées, et raisonnablement dirigées par la volonté de. l’homme, est le seul moyen vraiment efficace de fortifier la réaction salulaire de l’organisme, d’en augmenter la gibration vitale, de guérir et de préserver des maladies. Sous ce rapport, l'organisme est comparable à une aiguille aimantée. Une aiguille non aimantée, détournée de sa position, oscillera et s'arrêtera à une position quelconque ; tandis que l’organisme, troublé dans ses fonctions, tend à revenir à l'harmonie primitive, comme l’aiguille aimantée tend à revenir à sa position normale. Dans les deux cas, ce sant les courants extérieurs qui déterminent le retour à l'équilibre. Mais, lorsque le magnétisme de l’aiguille est devenu trop faible, le magnétisme naturel ne suffit plus, et il faut fortifier son
1. Le mot magnétisme ne signifie dans ce sens autre chose qu’une action réciproque.
aimantation. De même, le magnétisme animal peut être nécessaire à l'organisme malade pour fortifier sa tendance à conserver l’état normal de la santé. La vie est donc une sorte de mouvement, qui tend à une certaine stabilité. Lorsque ce mouvement est épuisé, il s'ensuit la mort. Cette dernière est le résultat de la solidification graduelle de l’organisme, avec rupture de la relation normale entre les solides et les liquides, puisque « arrêt du mouvement » et « solidification », ne sent qu'une seule et même chose. La santé consiste en une harmonie de tous les mouvements principaux : ceux de l'assimilation et ceux de l'élimination. Pour guérir d’une maladie il suffit de rétablir, dans les organes internes, ce double courant, centripète et centrifuge : « assimiler tout ce qui est assimilable, évacuer tout ce qui n’est pas assimilable » (Syst. d. Wechsel., p. 169)1. De cette facon, la vie de l’organisme (comme la vie du monde en général) se ramène aux deux principes fondamentaux : la matière et le mouvement. Attrayante simplicité ! Mais peut-elle être considérée comme suffisante? On doit admirer la superbe, pour son temps, réduction de tous les mouvements de la vie, au double courant d’assimilation et de désassimilation; on peut mettre sur le compte des mérites de notre auteur qu'il ne nous parle pas, à l'instar de ses concitoyens, de l’âme du monde { Weltseele) et qu’il ne s’aventure pas dans les domaines d’une âme humaine en soi, une et indivisible, ou au contraire divisible et multiple, comme dans certaines conceptions modernes allemandes (PrLüGEer). On peut enfin justifier son obstination à éliminer toute idée d'une direction vitale interne, âme, esprit ou fluide, puisque telles étaient les tendances d’un demi-siècle entier, qui a suivi ses efforts. Mais de là à conclure qu'un fluide extérieur quelconaue puisse suffire pour remplacer l’idée d’une « force vitale », et obvier aux nécessités d’un arrangement sui generis de diverses fonctions organiques, il y à encore un abîme. Les choses sont malheureusement plus compliquées, et leur explication mécanique prématurée. Cette idée de MEsmer n’a même pasle mérite de l’originalité, car une conception toute semblable avait déjà été émise par Horrmanx (1660-1742), qui admettait, il est vrai, un fluide nerveux, mais qui placait également la cause de tous les phénomènes vitaux dans un fluide extérieur, dans l’éther. MEsMEr poussa seulement son mécanicisme encore plus loin, en supprimant l’autonomie du fluide nerveux et en créant une nouvelle catégorie du fluide, au-dessus de l’éther. On peut rapprocher cette conception de l'esprit universel de MaAxwWELL.
4° « La quantité de mouvement propre à chaque organisme est définie » (Syst. d. Wechselwirkungen, p. 147). Nous avons vu que, d’après Mesmer (et c’est là une idée qui peut être considérée comme le point de départ de la théorie moderne de la conservation de l'énergie) le mouvement des corps qui passent à l’état de repos ne s’annule pas; ilse transforme seulement, en accélérant les vibrations des milieux subtils. Il en est de même pour le microcosme, pour l'organisme. La quantité de mouvement dont il dispose étant à peu près définie, il doit en user raisonnablement, car l’excès de mouvement dans un organe ne peut se manifester qu'au détriment de tous les autres organes (Principes de l’inhibition et de la dynamogénie de Brown-Séquarp, moins les obscurités de cette théorie moderne). Pareillement, au point de vue psychique, l'attention, qui n’est qu'une concentration de mouvement dans une direction donnée, s’effectue tou- Jours aux dépens des courants dans toutes les autres directions. « Il s'ensuit que, puisque le degré de nos connaissances dépend de l’usage de l’attention, l'emploi de ce mouvement doit être fait avec discernement et avec égard aux proportions rationnelles » (147-148)?°. (Cet important avertissement hygiénique n’est pas toujours écouté;
1. Cette idée ne se trouve pas dans les deux premiers Mémoires de MESMER; mais même en 1814 elle constitue encore une remarquable nouveauté; car, malgré les découvertes de Lavor- SiER (qui fut combattu par ses contemporains en même temps que Mesmer), la théorie de l'échange des matières dans l'organisme ne fut formulée qu'en 1804 par le physiologiste polonais ANDRÉ SNIADECKI dans sa Théorie des êtres organisés (Varsovie, 1804). Cet ouvrage a été traduit en allemand six ans plus tard, sous le titre : Theorie des organischen Wesen. Aus dem polnischen. Kôünigsberg. 1810, et en français vingt et un ans plus tard : A. Snrapecki, Théorie des étres organisés, etc. Traduit du polonais, par BezLarp et Dessarx. Paris, 1825 (p. xx, 283).
2. La eonception d'un « capital biologique » propre à chaque individu, vient d’être présentée dernièrement comme neuve par BURLUREAUX, dans son livre, d’ailleurs remarquable, sous le titre : Lutle pour la santé, essai de pathologie générale, Paris, 1907 (3° édition).
ceux qui, par exemple, cherchent à contre-balancer le surmenage intellectuel dans les écoles, par l’adjonction de la gymnastique, oublient que, la somme de l'énergie vitale étant assez limitée, la fatigue musculaire ne peut pas remédier à une fatigue psychique). Heureusement chaque être possède une tendance à subsister et à résister à toute action destructive. Cet effort peut présenter une grande diversité, en correspondance avec les différentes organisations. Tout changement et toute action qui relève de la destruction, est un Mal, comme, au contraire, tout ce qui relève de la conservation, est un Bien (principe de HERBERT SPENCER, développé en 1855). L'ensemble des relations qui favorisent la conservation constitue l’état d’harmonie!. Une excitation, conforme à cet état, donne la sensation du plaisir. L’ensemble des dysharmonies, dans lesquelles Les proportions normales sont supprimées, RE la douleur (p. 148). (Théorie de Nicoias GRoTE, publiée en 1880.)
Lorsqu'un sens est plus actif que les autres, la vitalité de ceux-ci diminue nécessairement, et, lorsque tous les sens sont assoupis, c’est le sens interne qui en profite. Le sommeil n’est pas un état tout à fait passif, c’est un élat actif à sa facon. Pendant le sommeil normal ce sont les fonctions végétatives qui gagnent, à la suite d’une suspension de la vie animale. Dans le somnambulisme, ce que perdent les sens extérieurs est gagné par le sens interne, c’est-à-dire par les centres nerveux. Le sens interne n’a pas d’organe à part; il n’est concentré ni dans un point, ni dans une région circonscrite. Tout le système nerveux, le cerveau, la moelle épinière, les plexus et les ganglions, lui servent d’organe. Ils recoivent des sensations, qui, à l’état normal, restent inconscientes, mais qui laissent des traces, se combinent et forment une intelligence cachée, que nous nommons l'instinct. C’est par ces sensations, pour nous inconscientes, que l'oiseau voyageur trouve son chemin dans l’atmosphère. Le système nerveux de lhomme, « plongé dans l’océan des ondes universelles » en recoit aussi des impressions, qui le mettent en contact avec toute la nature. Il peut donc percevoir des choses éloignées, et même quelquefois deviner le passé ou l’avenir, puisque les effets de ce qui fut et les causes de ce qui doit arriver, sont là. Voir le passé signifie : deviner les causes d’après les effets. Pressentir l’avenir veut dire simplement : prévoir les effets d’après les causes, conformément à l’expérience inconsciente. Les facultés de l’homme éveillé et les facultés de l’homme endormi sont tout à fait distinctes et forment, pour ainsi dire, deux personnes différentes (Syst. d. Wechs., p. 161). On y voit clairement le germe de la théorie moderne de l’Inconscient de HarTmanx, du moi-double (Doppel-ich) de Max Dessoir, et du Subliminal de Frén. Myers?. Les divers centres nerveux, lorsqu'ils perdent leur continuité avec les organes des sens, peuvent être comparés à un complexus de miroirs, différemment polis, qui reflètent l’univers à leur manière, et dont chacun est en relation spéciale avec cette série de la matière, qui lui correspond le mieux (Syst. d. Wechs., 155-7). Ce n’est pas par l’air ou par l’éther que le sens interne reçoit ses impressions, mais par un fluide universel. Si l’homme en état de somnambulisme croit quelquefois entendre ou voir quelque chose à distance, il n’entend ni ne voit en réalité : à traduit seulement, en langues connues des sens externes, les sensations inconnues du sens interne. (2° Mém., p. 82.)
MESMER distingue le bnanbiliomo proprement dit, la catalepsie et l’état tétanique (degré supérieur de la catalepsie). Il ne fait pas d’autres distinctions; car il sait que toutes les nuances sont possibles, et qu’elles dépendent non pas d’une différence de nature, mais des aptitudes et des dispositions individuelles. Il admet aussi l'influence de l’éducation, qui.en modifie les caractères. « La perfection de ce’sommei critique varie aussi par le caractère, le tempérament et les habitudes des sujets; mais singulièrement par une soïte d'éducation, qu’on peut leur donner dans cet état, et par la manière dont on dirige leurs facultés : on peut les comparer à cet égard à un télescope dont l’effet varie comme les moyens de l’ajuster. » (2° Mém., p. 81.) Le somnam bulisme est un état mixte, pouvant présenter tous les degrés de combinaisons entre
1. D'où le nom de Soctiélé de l'harmonie donné aux sociétés mesmériennes. 2. Récemment encore cette idée de MEsMER a été présentée comme nouvelle dansle gros livre
de Thomson J. Hupson sur la loi des phénomènes psychiques (trad. allem. par Édouard Her - MANN, Leipzig, 2° édit., sans date).
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720 HY PNOTISME.
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l'état de veille et celui du sommeil. Plus il se rapproche du premier, plus l’action des sens est encore confondue avec celle du sens interne, plus ses phénomènes se confondent avec ceux des rêveries. « Mais, lorsque cet état est le plus rapproché du sommeil, les assertions des somnambules étant alors les résultats des impressions recues directement par le sens interne à l’exclusion des autres, on peut les regarder comme fondées dans la proportion de ce rapprochement» (p. 80). On voit dans cette remarque les réserves de MESuER, opposées aux exagérations de PuysÉGur, le principal propagateur de la lucidité somnambulique.
MEsser ne connaît pas la théorie du somnambulisme par suggestion. Sa conception physique des phénomènes s’opposait à une étude plus complète des influences subjectives. Néanmoins on trouve des traces de cette idée lorsqu'il parle d’une sorte d’ « édu-
cation » hypnotique et énumère les moyens propres à fortifier l’action physique.
Comme nous l’avons déjà observé, dit-il, la pensée, la volonté peuvent propager l’action magnétique; on trouve aussi dans la conviction (Ueberzeugung), dans la persuasion (Ueberredung), dans une connaissance plus parfaite, dans l'habitude, etc., des moyens de la fortifier. (Syst., 114). La persuasion veut dire ici à peu près autant que notre suggestion. Mais, en somme, MesmEer ignore son importance (comme Braï d'ailleurs); s rt fait des suggestions, c’est involontairement ou mentalement; en expérimentant il ne parle pas, il observe; il ne cherche qu’à influencer ses sujets physiquement. ; Pourquoi MESMER ‘appelle-t-il le sommeil provoqué : sommeil critique? Pour le comprendre, il faut rappeler sa théorie des crises. Une crise salutaire se manifeste, lorsque les courants qui entretiennent la vie et la santé prennent le dessus sur les influences morbides. Cela peut arriver spontanément — et on aura alors une crise naturelle, causée par le « magnétisme universel » , c’est-à-dire par les courants cosmiques, ou bien elle peut être provoquée artificiellement par les courants d’un homme bien portant, c’est-à-dire par le « magnétisme animal ». Dans le premier cas, comme dans le second, la lutte entre les agents pathogènes et les agents vitaux peut prendre toutes les formes possibles, déterminées par les prédispositions innées et les dispositions momentanées du malade : fièvre, éruptions, évacuations, convulsions, etc. Parmi ces formes, il faut compter également le somnambulisme. L'organisme, fatigué par les symptômes morbides dans le sens strict du mot, c’est-à-dire par les effets directs de la cause pathogène, cherche une défense dans le changement d’état général, qui, par la suspension de la vie végétale, le rend plus résistant à la cause morbide, et en même temps plus propre aux développements des symptômes critiques, salutaires. La lutte se déroule alors sur le terrain du sommeil, qui pour cette raison s'appelle sommeil critique. En tant que provoqué par la magnétisation, il est toujours critique. En tant que spontané, il peut être ou critique ou symptomatique. Dans ce dernier cas, c’est une maladie du sommeil, maladie constituée par l’ensemble de ces symptômes, effets directs de la cause pathogène. Dans le premier, c’est un effort de la nature contre la maladie, combiné avec les effets directs de la cause pathogène, c'est-à-dire avec la maladie Dr DOTE dite. Il est de la plus haute importance que le médecin sache distinguer le sommeil maladif du sommeil critique; car dans ce dernier cas, en considérant ce dernier comme un ennemi, en s’efforçant à le combattre ou supprimer, il agira contre la nature et contre l'intérêt du malade. La crise, se présente-t-elle sous forme d’une fièvre, d’une diarrhée ou d’un sommeil profond, doit être facilitée et non combattue. L'erreur sous ce rapport est moindre si le médecin se sert de la méthode thérapeutique de Mesmer; car, en magnétisant dans les deux cas, il verra, dans la suite, que les symptômes morbides dimiuuent et que les symptômes critiques augmentent, pour ne disparaître qu'avec les premiers. S'il s’effraye de la fièvre, de la diarrhée ou du $ommeil trop profond, provoqués par la magnétisation, et qu’il l’interrompe, ignorant la loi qui l’oblige à continuer, le mal qu'il procurera ainsi au malade se réduit à une prolongation de l’état critique, plus ou moins pénible à ce dernier. Mais dans le cas où le médecin se sert des remèdes ordinaires, en combattant la fièvre, la diarrhée, ou le sommeil profond, non seulement il retarde la guérison; mais encore il abîme la santé, car il déshabitue l'organisme à à réagir raisonnablement contre les influences morbides. C’est cependant la facon d’agir la pla commune encore aujourd’hui, et c’est ainsi que s’enracinent et s’éternisent quelquefois ces états de léthargie qui font l'étonnement du public. La corde trop tendue se rompt,
et l'organisme, après avoir épuisé ses dernières ressources, n’est plus capable d’économiser ; il végète et meurt sans pouvoir revenir à la vie normale. Et il n’est même pas nécessaire de cautériser les plantes des pieds du malade ou de le faradiser à outrance, dans le but de le « réveiller », pour aboutir à ce funeste résultat ; il suffit de lui administrer une alimentation artificielle « pour soutenir ses forces », ou plutôt son état maladif. Alors l'instinct naturel est étouffé définitivement, les restes des forces s’épuisent par une digestion forcée et momentanément inutile, et l’organisme se déshabitue à vivre — qu'on me pardonne cette expression, qui rend bien compte de l’état général du malade. « Je crois avoir des raisons solides pour espérer, écrit Mesuer, que c’est à ma théorie que l'humanité devra le salut de ceux qui, à la suite d’une maladie grave ou par un autre accident violent, sont tombés dans l’état de somnambulisme persistant. Ils ne seront plus considérés comme incurables et exclus de la société humaine. » (Syst., p. 199.) Inutile d'ajouter qu’on s’est bien gardé d’écouter le grand charlatan. Jusqu'à ce moment aucun physiologiste n’a même pas essayé de soumettre ses considérations à une étude sérieuse.
Lorsqu'un organisme, épuisé par une maladie aiguë grave, ou par un choc nerveux violent, tombe en léthargie, que fait le médecin? Il s'efforce par tous les moyens de réveiller le malade, autrement dit de lui faire dépenser les restes du capital de la vie que celui-ci se propose d'économiser, par un moyen suprême. Et que faisait dans ce cas MEsuer ? MESMER, qui savait que le sommeil profond constitue un état pendant lequel «les dépenses organiques sont arrêtées » et où l’homme « accumule dans ses nerfs, comme dans un vase, la quantité du mouvement économisé, dont l’excès produit le réveil » (Syst., p. 161), Mesmer, dis-je, agissait autrement. Il se gardait bien d’exciter ; il se contentait de ranimer le mouvement vital, par l’influence contagieuse de sa propre vitalité ; il maguétisait, et abandonnait le reste à la nature. Aussi les résultats furentils différents. En voici un exemple. Un collégien de 10 ans (M. Pezcer) tombe en léthargie, à la suite d’une fièvre miliaire. DesLon décrit son état comme suit : « Toute transformation fut interceptée, la peau devint terreuse et le malade exhalait une odeur de cadavre. Les évacuations, qui n'avaient jamais été suffisantes, furent totalement supprimées. Le dégoût fut entier, les faiblesses se succédèrent, le oi d gagne successivement les mains, les pieds, les jambes, les cuisses et le ventre; nul moyen Ha les réchauffer; affaiblissement excessif. Le malade tombe dans cette espèce de léthargie, qui sert d'avant-cour eur à l’agonie. Telle était la maladie au quarante-cinquième jour. Un de mes confrères et moi avions inutilement prodigué tous nos soins pour faire prendre à la nature un cours moins funeste. Dans cet état de désespoir, j'engageai M. Mesuer à venir voir le malade. » Mesmer ne manifesta aucun espoir. « Néanmoins, il prit l'enfant par les mains, et quelques minutes après l’estomac et les mains furent couverts d’une moiteur gluante. -L’attouchement de la langue procura une chaleur intérieure et agréable ; une demi-heure après le malade urina ».« Dans la soirée,la chaleur revint,la moiteur se répandit, l'appétit se fit sentir. le sommeil fut calme : l’enfant ne se réveilla que pour demander à manger, etenfin une évacuation infecte soulagea la nature affaissée. Le reste de la cure demanda 3 à # semaines. J’ai peu vu ce jeune homme depuis, mais je l'ai vu: ilétait gras, alerte, et avait tous les signes d’une bonne santé. » (Obs. sur le Magn., p. #1). Remarquons que le malade était sans connaissance, qu’il n’avait aucune idée du magnétisme, que Mesmer ne lui fit aucune suggestion et qu'il ne croyait pas lui-même au succès, de ses efforts. Seulement il a eu le bon sens de ne pas agir contre la nature, de ne pas réveiller ou « ranimer » le malade, par des moyens artificiels, appartenant à la mème catégorie que l’action du fouet sur un cheval épuisé.
Il est rare que le sommeil spontané critique présente les caractères nets d'un état somnambulique. Le plus souvent les symptômes forment un ensemble, dans lequel le somnambulisme proprement dit est plus où moins méconnaissable, car « toutes les nuances de l'absence de l’esprit appartiennent à cette crise extraordinaire » (p. 198).
C’est ici qu'il faut mentionner une autre conception originale de MesmER, concernant les relations entre le somnambulisme et l’aliénation mentale. Pour lui la folie n’est qu'un somnambulisme désordonné, et tous les genres de l’aliénation mentale ne sont que des modifications d’un sommeil complet. (Système, p. 209.) Que penser de cette idée? Elle est ingénieuse. Les illusions, les hallucinations, les divers raisonnements
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faux suggérés, les changements de personnalité, les phobies, manies, idées fixes, exaltation, inhibitions, tout cela se rencontre dans les deux états, avec ce caractère principal en plus, que la conscience est toujours plus ou moins rétrécie. Seulement, dans le somnambulisme spontané, et surtout dans le somnambulisme provoqué, ces phénomènes sont passagers, tandis qu'ils sont stables dans l’aliénation. On pourrait donc dire que cette dernière présente une consolidation de certains phénomènes somnambuliques. On pourrait même ajouter — et ce fut probablement cette circonstance qui inspira surtout MESMER — que, dans certains cas, la production du vrai somnambulisme régulier supprime peu à peu le somnambulisme désordonné, autrement dit la folie.J’ai eu l’occasion d'observer quelques cas, dans lesquels cette conception de MESMER paraît se justifier pleinement. C’est ainsi que, dans une cure entreprise par moi en 1886 à la Salpêtrière,
dans le service de A. Voisin, nous avons pu constater comme une transformation gra-.
duelle de la folie en une hypnose raisonnable. Il s'agit d’une nommée Tier..., âgée d’une quarantaine d’années, apparemment la plus malade des deux cents aliénées de ce service, car c’est elle seule qu’on avait été obligé d’attacher à un fauteuil lourd, pour la priver de tout mouvement. Atteinte de mélancolie avec stupeur, elle présentait cependant de fréquents accès de furie, dans lesquels elle cherchait ou bien à attaquer l'entourage, sous l'influence des idées de persécution, ou bien à se suicider elle-même. Lorsque je suis arrivé sur l'invitation de Voisin, elle était au bout de ses forces, ayant refusé presque toute nourriture depuis huit jours, et ayant très peu mangé auparavant. En revanche, elle avalait ses excréments et présentait un aspect dégoûtant. Paraissant étrangère à tout ce qui se passait autour d’elle, elle ne répondait pas aux questions. À un moment donné elle se calma. Délivrée sur mon ordre de sa camisole de force, elle fut endormie pendant quelques minutes par l'imposition de ma main droite sur le front et sans suggestion exprimée. L’état de stupeur se transforma alors peu à peu en une hypnose raisonnable : elle donnait des réponses brèves, mais justes, et obéissait aux suggestions. Nous la laissèmes dans cet état presque sans interruption pendant un mois, car, toutes les fois qu’on la réveillait, elle retombait dans sa folie. Pendant ce temps l’aliénation devenait de plus en plus calme, et l'hypnose de plus en plus raisonnable, à quelques exceptions près (crises). Enfin elle déclara, en somnambulisme, que demain elle sera tout à fait guérie. Conformément à la suggestion, par laquelle je fortifiais seulement ses propres prévisions, elle dormit bien toute la nuit et se réveilla guérie. J'arrive, et la voyant avantageusement changée et travaillant à la couture, je lui demande comment elle va. Elle me regarde avec étonnement, puis elle dit : — « Pardon, Monsieur, mais je ne vous connais pas... » J'avais oublié, en lui posant ma question, qu’en effet jusqu’à ce moment elle ne m'avait connu que dans deux états également inconscients : celui de la folie et celui de l’hypnose, qui se remplaçaient alternativement.
Il est donc des cas où l’idée de Meswer paraît se confirmer. Mais ce sont des cas rares, et, tout ingénieuse qu'elle soit, la conception de la folie comme d’une
hypnose désordonnée ne peut pas être généralisée. D'abord, parce que tous les aliénés .
ne sont pas hypnotisables, et ensuite parce que ceux qui le sont, ne présentent pas toujours cette liaison intime entre la folie et l'hypnose. Les folies d’origine organique par exemple, restent complètement en dehors de ce rapprochement. Je dois ajouter, pour
être juste, que peut-être Mesuer lui-même ne prêtait pas à sa conception une généralité.
absolue, car je trouve dans pD’Escon, son disciple immédiat, la phrase suivante : « M. Mesuer est dans l'opinion, et je le crois comme lui, que la plupart des folies ne sont que des crises imparfaites de maladies. » (Observations sur le magnétisme animal. Londres et Paris, 1780, p. 36.)
« Crises imparfaites » veut dire : crises auxquelles le manque de force du sujet n’a pas permis d'aboutir à une guérison. Elles se sont consolidées en maladies chroniques, au lieu de se terminer comme une maladie aiguë.
Quoi qu'il en soit de cette conception ingénieuse de MEsuer, nous ne la retrouvons plus dans la liérature hypnotique moderne. En revanche, nous y trouvons une identi-
1. À. VoisiN communiqua cette observation au congrès de Nancy en 1886. Voir aussi mon livre « De la Suggestion mentale », p. 366, 2° édition. Paris, 1889.
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fication inverse, privée de toute ingéniosité : de l'hypnose régulière considérée comme un état pathologique. On ne dit plus : l’aliénation est une hypnose désordonnée et consolidée, on dit : l'hypnose est une névrose expérimentale ou provoquée. Il est vrai que les hypnotiseurs modernes ont tellement défiguré les caractères primitifs du sommeil magnétique qu'il a pris réellement une apparence pathologique. Mais il ne faut pas oublier que, dans les-origines du magnétisme, dans les travaux de MEsmer, de PuyséGur, de DELEUZE, le somnambulisme provoqué se distingue essentiellement de L by bnose moderne !.
Méthode expérimentale de Mesmer.— L'infortuné réformateur, dont nous retracons ici les mérites, dune façon à peine suffisante pour en donner une idée exacte, expérimenta pendant neuf ans, avant de faire son appel aux sociétés savantes et douze ans, avant la publication de son premier mémoire. Ce fut un travailleur infatigable, qui observa beaucoup, parla peu et écrivit encore moins. — Juste le contraire de ses détracteurs d'aujourd'hui. — Cet étrange charlatan ne livra à la publicité les cures qu'il avait opérées qu'après qu'elles eurent été taxées d’imposture; et les quelques opuscules qu'il publia furent imprimés à un petit nombre d'exemplaires, destinés aux amis. Pour les détails de ses innombrables expériences il attendit toujours qu’une Académie quelconque daignât lui permettre d’en faire une démonstration. Il s’en est suivi, que, si nous avons des volumes concernant les banales innovations de ses imitateurs, nous savons très peu des premiers travaux du promoteur. Mais à ceux qui, comme
oi, après longues années d'expériences et d’hésitations, sont arrivés à des constatations analogues, ‘ce peu suffit, pour donner une idée de l’étendue de son travail. En effet, vers la fin de cette première période de son œuvre, période dans laquelle il étudia d’abord l’action de l'électricité statique, ensuite celle de l’aimant et enfin celle du « magnétisme animal », nous le voyons déjà maitre de son savoir, et surtout maître du mécanisme naturel des guérisons, conçu d’une facon assurément personnelle, mais qui tout de même se rapproche beaucoup plus de la réalité que les théories de ses plus heureux concurrents et antagonistes. Sans faire de suggestion, il prévoit, il annonce ce qui doit arriver, et ce qu'il annonce se réalise.
Pour bien comprendre la méthode expérimentale de Mesuer, il ne faut pas oublier que, dans son idée, juste ou injuste, il a fait une découverte physique, qu’il appliqua directement à la physiologie. Cette découverte physique, il l’a déduite de l’action des pointes en électricité et de l’action des pôles en magnétisme minéral. Ayant constaté d’abord que l’aimant peut remplacer les pointes chargées électriquement, et ensuite que le doigt de la main, droite ou gauche, peut remplacer l’aimant dans son action Sn older, etmême le remplacer avantageusement, il en conclut qu’il doit y avoir un autre agent, qui n’est ni électrique, ni magnétique en lui-même, et qui tantôt s’adjoint à l’action électrique des pointes, tantôl à l’action magnétique de l’aimant, et tantôt
1. Certains auteurs contemporains, inspirés par leur ressentiment contre les vrais créateurs de cette nouvelle science, se donnent le plaisir d’insister sur le caractère pathologique de fous les phénomènes de l'hypnose. Et, comme selon eux il n’y a que les hystériques qui se laissent hypnotiser, l'hypnose ne serait qu’un état névropathique artificiel, provoqué chez des névropathes, naturels. MEyNeRT va encore plus loin. Pour lui l'hypnose est « une imbécillité, provoquée artiftciellement ». « Il aurait été plus près de la vérité, observe Forez, en remplaçant le mot « imbécillité » (Blüdsinn) par «aliénation » (Wahnsinn),» mais en somme, Forez considère cette définition de MeyNerT, comme « une affirmation gratuite d’un savant à idées préconçues, qui n’a pas étudié la question personnellement, et quine veut pas l’étudier » (Der Hypnotismus, Stuttgart, 1898, 432). Comme on sait, Meyer fut un histologiste éminent, dont les recherches, suivant l’expression de Wuxpr, ont fait époque, en prouvant (vers 1886) l’uniformité des couches corticales du cerveau (Gründzüge d. physiol. Psychologie, Leipzig, 1908, Le 274). Dans un autre passage de ce volumineux compendium, Wunpr développe (, P- 387) Le principe général de l’uniformité essentielle de tous les nerfs, sous le nom du principe de l'indifférence primitive des fonctions nerveuses. D’après ce principe il n’y a pas de différence de nature entre les nerfs en général, ct leurs énergies spécifiques apparentes dépendent uniquement de la diversité des organes terminaux. Or telle fut déjà l'opinion de MESMER, qui dit expressément : « In allen Theilen des Kürpers ist die Natur der Nerveneine und dieselbe. » (Syst. d. Wechselwirkungen, p.124.) Ce qui n'empêche pas que non seulement MEYNERT, qui « a fait époque » en confirmant cette idée de MESMER, mais aussi Wuonpr, l’'admirateur de MEYNERT, qui la généralise, et aussi que FoREL, antagoniste de Meynerr, sont d'accord pour déclarer que MESMER ne fut qu'un charlatan.
enfin à l’action du corps humain et du « physique de la pensée ». C'était son fluide universel véhicule de toutes les actions réciproques, plus ou moins subtiles, cinquième état de la matière. MEsuer avait-il le droit de tirer de ses études cette conclusion surprenante? Nous l’examinerons ailleurs, en parlant de l'état actuel des recherches. Pour le moment qu’il nous suffise de dire que sa croyance à un agent physique nouveau na pas été concue à la légère. MEsmer a eu la chance de tomber, dès le début de ses recherches, sur quelques sujets très sensibles et fort rares, avec lesquels réussissent les différentes actions à distance. Aussi a-t-1l été confirmé dans! ses vues purement physiques, exprimées déjà dans sa dissertation doctorale de 1766. Comme physicien expérimenteur, il commit l’erreur de se fier aux réactifs animés, comme s'il s'agissait d'instruments de physique. Il ignora ce fait (mis en relief seulement par l’école de Nancy) qu'avec un sujet très sensible, on oblient tout ce qu’on désire. Même erreur, dans laquelle sont tombés, cent ans plus tard, CHaArcoT, HeipenHaiN, Luys, DuxonTPALLIER, et tant d’autres. Même erreur, mais quelle différence de méthode!
Nous donnerons ici quelques expériences typiques de MEsuer.
Première expérience. — Elle remonte à 1775. MesMEr se trouvait alors en Hongrie à Rohow dans le château du baron Horerzxy, dont il commença le traitement, d’abord sans résultat. Les malades pauvres affluaient des environs, et furent traités par MESsMER avec plus de succès. Mais parmi la noblesse du château le doute persistait, MESMER ayant déjà eu le temps d’attirer sur son nom l'accusation de charlatanisme. S'il était venu à Rohow, c’est uniquement parce que les médecins de Vienne, vAN SWIETEN et VAN HAEN, après plusieurs années de soins, ayant abandonné tout espoir de guérison, VAN HAEN, pour se débarrasser d’un malade récalcitrant conseilla au baron de se faire magnéti= ser par MEsuer, tout en déclarant, que quant à lui, il n’attache aucune importance à ce nouveau genre de traitement. La disposition des habitants et des hôtes du château fut donc peu favorable au novateur, et parmi eux, le précepteur du jeune baron HoreTzxy, M. SeirerT, apparlenait aux plus sceptiques. C’est lui qui nous raconte les faits. Il servit d’interprète entre Mesmer et les paysans slovaques des environs; et, considérant le premier comme un farceur, ne demaudait pas mieux que de pouvoir le démasquer. Un jour il trouve dans son journal la description d’une expérience, dans laquelle Mesuer avait, paraît-il, réussi à influencer trois malades, une Jeune fille et deux hommes, en se placant à leur insu dans une chambre voisine et en dirigeant son doigt dansleur direction. On lit l’article incriminé à haute voix, et Mesmer est prié de renouveler l'expérience. Il s’y oppose d’abord, ce qui fortifie les soupçons de Seirert. Mais enfin il consent à faire l'essai. Dans une grande salle voisine les malades entouraient «le baquet, » qui à cette époque consistait encore en un assemblage d’aimants et d’une machine statique. Les malades, se tenant par les mains, furent influencés en outre par les attouchements de MEsMER et par l'approche de son doigt. Après avoir choisi un de ces malades, un jeune juif, qu'il considérait comme le plus sensible, Mesuer le place sous la muraille, le dos contre celle-ci, et passe dans l’autre pièce. Il se tient debout à trois pas environs de la muraille, épaisse de 2 pieds et demi, derrière laquelle se trouve le sujet. Une porte à deux battants, qui sépare cette pièce de la salle des malades, est occupée par M. Seirerr, de telle facon que personne d'autre ne peut rien voir à travers le battant un peu entr'ouvert, ni d’un côté ni de l’autre, tandis que lui, SEIrERT, est en état d'observer en même temps et l’expérimentateur et son sujet. Après quelques moments de silence, Mesuer fit plusieurs mouvements de travers, avec le doigt indicateur de son bras droit, à droite ei à gauche, horizontalement et dans la direction du malade. Ce dernier commença à se plaindre et à gémir, en plaçant ses mains sur ses côtés. Ne se contentant pas de cette apparence d’une action, SEirERT lui demande ce qu’il ressent. — «Je me sens mal », dit le sujet. — « Précisez vos sensations », insiste SEIRERT. — « Tout remue en moi de travers, à droile et à gauche. » Pour ne plus continuer les questions à chaque nouveau: essai, SEIFERT enjJoint au sujet, une fois pour toules, d'annoncer, spontanément et avec exactitude, chaque changement dans ses sensations, aussitôt qu'il se produit, et sans attendre les questions. Bientôt après Mesmer croisa les bras. Environ huit secondes plus tard le sujet déclare de lui-même : « Maintenant, je ne sens plus rien. » Lorsque Mesurer recommenca l’action, en dessinant avec son
doigt dans l’espace des figures oyales, le sujet se contracta de nouveau en disant : « Maintenant tout marche en moi en cercle, en remontant et en descendant, » A peine Mesuer a-t-il pris l’attitude du repos que le sujet déclara de lui-même : « Maintenant je ne sens plus rien. » L’expérimentateur continua, en changeant la forme de son action, qui fut toujours indiquée exactement par le sujet, aussi bien que les moments de repos, que Mesuer faisait tantôt courts, et tantôt longs. « Une entente préalable ou une autre tricherie quelconque étant complèlement exclues, écrit Serrerr, il n’est guère possible de supposer que l'imagination seule puisse expliquer tant de concordances exactes, aussi bien par rapport à la nature des changements, que quant à la durée de l’action ou celle du repos. »
En effet, que peut-on reprocher à cette expérience? Telle qu’elle est décrite, d'une facon détaillée et très consciencieuse par SEIrFERT, elle ne laisse subsister qu’un seul doute : elle peut prouver une action mentale, mais non une action physique. Cependant, au point de vue de la réalité des phénomènes, et même au point de vue de la théorie de MEesmer, ce détail n’a pas d'importance, car suivant lui l’action physique est inséparable de l’aclion mentale. Le sujet s'attendait, il est vrai, à quelque chose : il subissait donc l’intluence de l'attention expectante, qui le rendait plus sensible, mais, comme c'élait une première expérience, et comme MEesuer ne disait rien, une coincidence si souvent répétée n’est guère admissible.
Je me rappelle qu’en 1885 DuMoNTPALLIER a voulu me montrer une expérience analogue. Nous étions dans une grande salle de la Charité, pleine de malades. DumonrtPaL- LIER ordonne à M!ie Marie endormie, de se lever de son lit et d’aller se placer au fond de la salle, en nous tournant le dos. Aussitôt après 1l commença à faire des mouvements attractifs avec ses deux bras, en secouant ses manchettes, au milieu d’un silence général. Mie Marie, se relourna, mais ne bougea pas. Les malades dans leurs lits se communiquaient leurs observations. Le sujet resta quelques secondes immobile, puis s’avança vers nous. Évidemment dans ces conditions l'expérience, qui d’ailleurs avait déjà été faite auparavant, ne prouvait rien.
Deuxième expérience. — Un autre jour MEsmer essaya l’action électro-statique à distance. SEIFERT, qui le suivait partout avec méfiance, raconte ce qui suit. En passant par la salle des malades, il rencontra un paysan slovaque, aiteint d’un « endurcissement » dans la région de l'estomac, qui le faisait beaucoup souffrir. Assis à part et se tordant dans sa douleur, il énoncçait les plus grossières imprécations contre Mesmer. Questionné sur la cause de ces injures, le malade répond qu’il recoit en ce moment les plus fortes secousses, et que personne d'autre ne peut en être la cause, que ce diable de médecin allemand. Seirert alla dans la chambre voisine, où il trouva MEsmer faisant jaillir les étincelles d’une machine statique, en les soutirant à l’aide de ses doigts. Placé au seuil de la porte, SEIFERT a pu constater que les secousses douloureuses du malade coïncidaient avec la soustraction des étincelles, et il ajoute qu'il a vu « un effet semblable sur le même sujet, par l'action du magnétisme de MEswer à l’aide d’un mi-roir, ou bien médiatement par l’intermédiaire Au son ».
Nous décrirons plus loin une expérience de ce genre. Pour le moment remarquons que l’action des étincelles à travers un mur doit être attribuée aux ondes hertziennes. Dans une étude spéciale de cette matière, faile par moi il y a deux ans au laboratoire de l’Institut général psychologique, en me servant d'un radioconducteur Branzy et d’un petit récepteur télécraphique BREGUET, j'ai pu constater que, dans ces conditions, une petite étincelle, tirée d’un des pôles d’une machine WiusaursT, suffit pour actionner le récepteur à une distance de plusieurs mètres, et que de très grandes étincelles, passant directement d’un pôle de la machine à l’autre, sans l'intermédiaire du corps humain, restent inefficaces. J’attribue ce résultat à ce que le corps humain joue alors le rôle d’une antenne, et à quelques autres conditions, qu’il serait trop long d’exposer ici. Le phénomène avec un récepteur vivant et sensitif se complique encore d’une sorte de transmission de sensation (voir lés expériences de Prerre JANET et autres dans ma Suggestion mentale). Les sensitifs hypnotiques sout généralement très sensibles aux changements du potentiel électrique dans l’atmosphère. Quant aux ondes hertziennes, mes expériences prouvent qu’elles peuvent parfois naître sous l'influence d'étincelles tellement faibles qu’elles restent invisibles. Mais, même dans des conditions où 1l est impos-
sible d’invoquer les ondes proprement dites, il y a quelquefois une action éloignée sur les sensiüfs. C’est ainsi que déjà vers 1815 SnrAneckt, NIEszKOWSkI et BERGMANN ont pu constater sur la femme de ce dernier, cataleptique, l’action excitante d’une simple friction de la cire à cacheter, à travers trois chambres!
Troisième expérience. — MEsmer a découvert que le son, en dehors de son action acoustique, peut être modifié par l'influence personnelle du magnétiseur. Chez le baron Horerzxy deux musiciens jouaient de temps en temps du cor de chasse, dans un pavillon du jardin. Les malades de MEsmer écoutaient cette musique avec plaisir. Cependant un jour, SEIFERT remarqua qu’au moment de la production de ce petit concert les malades commencèrent à s’en plaindre, ou même à prononcer des imprécations, et quelques-uns eurent des attaques de nerfs. SerrerT alla chercher MESMER, et, après avoir traversé deux salles, dont les portes étaient fermées, il le trouva auprès des musiciens, touchant le bord du cor de chasse, avec sa main droite. Il lui raconta que les malades sont inquiets, on ne sait pas pourquoi. Mesuer sourit; il tint encore le cor de chasse pendant la production d’un morceau suivant, puis il retira la main droite et toucha l’instrument avec sa main. gauche. Enfin il le lâcha complètement, en disant : « Maintenant, ou dans un moment, les malades vont se calmer ». Ce qui arriva réellement. Une autre fois il essaya une semblable influence par l'intermédiaire d’un corps vivant : une chanteuse se faisait entendre pour la société du château. Dans la salle des malades on entendit le chant faiblement ; cependant, lorsque MEsMEr, sans prévenir personne, prit la main droite de la chanteuse dans la sienne droite, les mêmes phénomènes se reproduisirent, et peu de temps après, la chanteuse elle-même a été obligée de cesser à cause d’un malaise à la gorge. Alors MEsmer lâcha la main et approcha de là gorge de la chanteuse l'index de sa main gauche. Son mal disparut bientôt.
Quatrième expérience. — « L'action de mesmérisme — raconte SEIrERT — à l’aide d’un miroir ne fut pas moins efficace. Un jour MEsuer causa avec quelques visiteurs et habitués de la maison, dans une salle voisine de celle des malades. La porte qui les séparait était ouverte, mais la position était telle que nous ne pouvions pas voir les malades, et les malades ne pouvaient pas nous voir. Subitement, MEsuer indiqua du doigt à ses compagnons, dans une glace qui ornait la salle, l’image d’un de ses malades, assis dans le cercle du baquet et nous tournant le dos. Il dirigea sur cette image réfléchie l'index de sa main droite. Le sujet n’était pas en état de le voir. Malgré cela il manifesta des secousses, et les autres malades, liés avec lui par la chaîne des mains, : s’agitèrent également, chacun à sa façon. Cet état continua jusqu'au moment où Mes- MER, toujours à l’insu des malades, au lieu de l’index droit, dirigea le doigt de’sa main gauche. L'expérience fut répétée plusieurs fois, à l’improviste, et non sans succès. » (KoërNer, l. c., p. 43.) On y voit la prétention de MEsuer de rester toujours dans le domaine physique de la polarité, dont nous dirons quelques mots plus loin.
Les glaces peuvent-elles réfléchir l’action magnétique, comme elles réfléchissent les ondes hertziennes? Je ne peux pas me prononcer sur cette question, n'ayant pas fait d'expériences suivies sur ce sujet. Une étude semblable me paraît d’ailleurs fort difficile, les expériences réussies étant loujours compliquées par la possibilité d’une action mentale. Il faudrait se contenter du plus ou moins, lorsque l’effet est ou n’est pas favorisé par les glaces. Mais pourquoi MEsuer dirigeait-il toujours un seul doigt et non la main tout entière? Cela tenait à sa conviction sur l’action des pointes. Cette conviction avait-elle une base quelconque? Oui. Les pointes agissent autrement que les surfaces, aussi bien dans les phénomènes électriques que dans les soi-disant phénomènes magnétiques du corps humain. Sans parler des choses connues, décrites dans les manuels de physique, on peut vérifier qu'avec une machine électro-statique, lorsque les étincelles grandes, directes, passant d’un pôle à l’autre, restent inefficaces, on les rend efficaces, c’est-à-dire capables de produire les ondes hertziennes, en introduisant entre les pôles une surface métallique, qui double les étincelles, les coupe en deux, pour ainsi dire. En revanche, lorsque les étincelles tirées à l’aide d’un conducteur quelconque, touchant rapidement un des pôles, sont actives, on les paralyse par l'approche d’une pointe. Chez un certain nombre de sujets hypnotisés, une pointe métallique, approchée à leur insu et sans contact, produit une excitation, une secousse, une sensation de froid, un réflexe de répulsion, qu’elle soit tenue par le magnétiseur, ou simplement posée à
côté sur une chaise, à l'insu du sujet. Chez plusieurs personnes hypnotisées, ou endormies du sommeil normal, un doigt présenté à petite distance agit de même ; tandis que lecreux de la main, dans les mêmes conditions, produit plutôt une sensation de chaleur ou une attraction, quelquefois tout à fait inconsciente, même en dehors de la sensation calorique. Il est regrettable que MEsuer ne nous ait pas laissé les détails de ses recherches sur les pointes; mais sa persistance à employer un doigt ou une baguette pointue, comme moyen d'excitation, nous prouve qu'il a dû faire des constatations analogues.
Ce moyen d’excitation, il l’employa aussi comme moyen de diagnostic, dévoilant les symptômes pathologiques latents et les nodi minoris resistentiæ. En voici quelques exemples : a) Un Juif hongrois, voulant se moquer de MEsuer, lui affirma qu’il souffrait horriblement de ja tête. Le doigt de MEsmer lui procura nne telle migraine, qu'il se roula par terre de douleur. Son mal calmé, il n’a plus voulu revenir, disant « qu’il ne faut pas plaisanter avec le magnétisme ». b) De la même façon, MESMER provoqua des convulsions chez trois malades qui se croyaient guéris par les exorcismes de GAssnEr (preuve que leur maladie restait latente; car, dans les guérisons complètes, le doigt ne provoque plus rien).c) Le baron p’ANDELON était assez fréquemment tourmenté d’attaques d'asthme. « Fannonçai, dit Mesmer, que je ne le toucherais pas, afin de prouver que le contact immédiat n’est pas nécessaire à l’action du magnétisme animal. 4 à 5 pas plus loin, je dirigeai la verge de fer, que je tenais en main, vers sa poitrine et lui ôtai la respiration. Il serait tombé en défaillance, si je ne m'étais arrêté à sa prière. Au surplus, il assura sentir si distinctement les courants opposés que j’opérais en lui, qu'il s’engagea à désigner, les yeux fermés, chaque mouvement de mon fer. Cette dernière expérience eut lieu; mais on y fit peu attention... » d) M! ne BErLaxcourr de Beauvais, paralytique de la moitié du corps, souffrait en outre, de temps en temps, d’une terrible douleur au front. « Je dirigeai, raconte également Mesmer, mon fer vers son front. La douleur qu'elle y ressentit fut prompte : je la laissai se calmer. Dans l'intervalle, j'offris de prouver que le foyer du mal n’était pas dans la tête, mais bien dans les hypocondres. En conséquence, je dirigeai mon fer vers l’hypocondre droit : la douleur fut plus subite et plus vive que la première fois; je laissai se calmer encore la malade, et, augurant que le vrai principe du mal était dans la rate, j'annonçai qu’on allait apercevoir la différence de mes effets. À peine eus-je dirigé mon fer vers ce viscère, que la demoiselle pe BERLANcOURT chancela, et tomba, les membres palpilants, dans des douleurs excessives. Je la fis emporter fout de suite, ne jugeant pas à propos de pousser plus loin des expériences, que déjà plus d’un lecteur accuse peut-être de barbarie. » [1 s'agissait d’une expérience, et non d’une cure. Dans une cure, MEsuer aurait continué son action de temps en temps, jusqu'au moment où les symptômes provoqués, devenant de plus en plus faibles, auraient complètement disparu. (aurait été la méthode excitante de traitement magnétique, employée exclusivement par Mesmer dans la première moitié de sa carrière. C’est elle qui détermine de la part des commissaires du Roi la dénomination ironique du magnétisme comme « l’art de provoquer les convulsions ». Plus tard, il préféra une méthode plus douce, ressemblant à celle de Puyséeur, avec cette différence qu'il ne s’efforçait jamais de produire le sommeil. Mais, dans le second cas comme dans le premier, les phénomènes morbides latents doivent toujours réapparaître, en s'épuisant ; autrement il n’y a pas de guérison radicale. On peut d’ailleurs assez souvent supprimer le symptôme latent provoqué, sinon avec profit pour le but définitif de guérison, du moins pour la satisfaction momentanée du malade. e) « Le chevalier ne CRuss0L, m'avait prié de le toucher, et je lui avais occasionné dans le côté une douleur, accompagnée de chaleur si sensible, qu’il avait engagé la compagnie à s’en assurer, en y portant la main. Cette douleur ne lui était pas inconnue. Elle servait assez fréquemment d’avant-coureur aux accès de mal de tête, M. ne CrussoL, désirant servir de sujet à une dernière expérience, me laissa ignorer ces particularités, et me demanda si je ne pourrais pas essayer de lui faire ressentir ses douleurs habituelles, sans être prévenu de leur genre. Je me prêtai à en faire l’essai : il fut heureux, c'est-à-dire que M. pe CrussoL y gagna un violent mal de tête. Alors il réfléchit que je lui avais fait un fort mauvais présent, et me pria de le reprendre, si la chose était possible; elle l'était, et je trouvai juste de lui ôter son mal, avant de le laisser sortr de
chez moi. » f) « Lorsque Mesuer touche un malade pour la première fois, raconte sow antagoniste, le D' Taourer, il le touche au plus grand point de réunion d’influences vitales « au creux de l’estomac ». Alors a lieu la communication électrique. Cela fait, il se retire, étend le doigt, et il se forme alors entre le sujet et lui une traînée de fluide, par laquelle se conserve la communication établie. L'influence de Mesuer dure plusieurs jours, et pendant ce temps-là, si la personne est susceptible, il peut opérer sur elle ‘des effets sensibles, sans la toucher de nouveau, de loin et sans autre intermédiaire que le fluide même.
« MEsMER, se trouvant un jour avec MM. C... et »'E... auprès du grand bassin de Meudon, leur proposa de passer alternativement de l’autre côté du bassin, tandis qu’il resterait à sa place. Il leur fit plonger une canne dans l’eau et y plongea la sienne. A cette distance M. C..… ressentit une attaque d’asthme, et M. »'E... la douleur au foie, à laquelle il était sujet. On à vu des personnes ne pouvoir soutenir cette expérience et tomber en défaillance. — Un autre jour MEsuer se promenait dans les bois d’une terre au delà d'Orléans. Deux demoiselles, protitant de la liberté de la campagne, devancèrent la compagnie, pour courir gaiement après lui. Il se mit à fuir; mais bientôt, revenant sur ses pas, il leur présenta le bout de sa canne, en leur défendant d’aller plus loin. Aussitôt leurs genoux ployèrent, il leur fut impossible d'avancer. »
J'ai cilé ces faits comme caractéristiques, mais il est évident qu'il n’est pas nécessaire d'attribuer au fluide ou à l’action des pointes ce qui peut s'expliquer par la suggestion, par la cataplexie ou par l'attention expectante. L'action est compliquée dans plusieurs expériences, celles, par exemple, où MEsmer, par la direction de son doigt, faisait descendre ou monter une douleur, apparaître ou disparaître une enflure…. Ses contemporains se sont contentés à ce sujet de quelques caricatures humoristiques, qui ont définitivement ridiculisé le Mesmérisme. Mais cela n'empêche pas que ces faits étaient vrais, que ces découvertes étaient de première importance, et que cette importance n’est pas encore bien comprise aujourd’hui.
Cinquième expérience. — Elle a été faite en présence du physicien anglais INGExnousz, sur Mile OESTERLINE : « J'invitai M. INGENHOUSZ à se rendre chez moi. Il y vint, accompagné d’un jeune médecin. La malade était alors en syncope avec des convulsions. Je le prévins que c’était l’occasion la plus favorable pour se convaincre par lurmême de l’existence du principe que j’annoncçais, et de la propriété qu'il avait de se communiquer. Je le fis approcher de la malade, dont je m'éloignai, en lui disant de la toucher. Elle ne fit aucun mouvement. Je le rappelai près de moi ef lui communiquai le magnétisme animal en le prenant par les mains : je le fis ensuite rapprocher de la malade, me tenant toujours éloigné, et lui dis de la toucher une seconde fois; il en résulla des. mouvements convulsifs. Je lui fis répéter plusieurs fois ces attouchements, qu'il faisait du bout du doigt, dont il variait chaque fois la direction, et toujours, à son grand étonnement il opérait un effet convulsif dans la partie qu'il touchait. Cette opération terminée, 1l me dit qu’il était convaincu. Je lui proposai une seconde épreuve:.. » |
« Nous nous éloignâmes de la malade — continue MEsuer — de manière à n’en pas être aperçus, quand même elle aurait eu sa connaissance. J’offris à M. INGENHoUsz six tasses de porcelaine, et le priai de m'indiquer celle à laquelle il voulait que je communiquasse la vertu magnétique. Je la touchai d’après son choix : je fis ensuite appliquer successivemént les six tasses sur la main de la malade; lorsqu'on parvint à celle: que j'avais touchée, la main fit un mouvement et donna des marques de douleur. M. INGENHoUsz, ayant fait repasser les six tasses, obtint le même effet. Je fis alors rap— porter ces tasses dans le lieu où elles avaient été prises; et après un certain intervalle, fui tenant une main, je lui dis de toucher, avec l’autre, celle de ces tasses qu'il voudrait; ce qu'il fit : ces tasses rapprochées de la malade, comme précédemment, il en: résultait le même effet. La communicabilité du principe étant bien établie aux yeux de M. Ixcenuousz, je lui proposai une troisième expérience, pour lui faire connaître son: action dans l'éloignement, et sa vertu pénétrante. Je dirigeai mon doigt vers la malade à la distance de huit pas : un instant après, son corps fut en convulsion, au point de se soulever sur son lit, avec les apparences de la douleur. Je continuai, dans la même position, à diriger mon doigt vers la malade, en plaçant M. Ixcexuousz entre elle et moi : elle éprouva les mêmes sensations. Ces épreuves répétées au gré de M. INGEN-
HOUSZ, je lui demandai s’il en était satisfait, et s’il était convaincu des propriélés merveilleuses que je lui avais annoncées, lui offrant, dans le cas contraire, de répéter nos procédés. La réponse fut qu’il n’avait plus rien à désirer et qu'il était convaincu; mais qu'il m'invitait, par l'attachement qu'il avait pour moi, à ne rien communiquer au public sur cette matière, afin de ne pas m’exposer à son incrédulité... » (1, Mém., p.28.)
La dernière expérience que je citerai encore a trait à l’action thérapeutique. Elle est intéressante à plusieurs points de vue et mériterait d’être lue dans l'original de Sei- FERT, à cause de la Simplicité de son récit à la fois naïf et exact. Je l’abrège un peu, en supprimant les détails descriptifs, inutiles pour notre but.
Sixième expérience. — MEsuer est arrivé à Rohow, pour soigner le baron Horerzxy, sujet depuis des années à des crampes à la gorge, dont la nature nous est inconnue. Les cinq premiers jours, il n’y a eu aucun changement, et le baron ne sentit rien. Il simpatientait, et le soir du cinquième jour il s’en plaignit à MEsmER. « Si vous ne sentez rien, répondit ce dernier, cela prouve que votre maladie n’est pas de nature nerveuse. » Telle était, alors son opinion, mais elle n’était pas tout à fait juste. [Il n'y a pas de relation nécessaire entre la sensibilité hypnotique et la nature organique ou fonctionnelle de la maladie. Celui qui ne ressent rien peut cependant être atteint d’une maladie nerveuse, et celui qui ressent beaucoup peut avoir une maladie organique. Nous en préciserons plus loin les conditions. Pour le moment je dirai seulement qu'à cette époque MEsuer considérait le magnétisme comme un spécifique nerveux et il partageait l'erreur de nos médecins contemporains pour qui l’hypnotisme n’est applicable qu'aux troubles de nature fonctionnelle. Au fur et à mesure que son expérience s’élargissait, il changea d’avis, mais la phrase soulignée : « le magnétisme animal guérit directement les maladies nerveuses et médiatement les autres » ne se trouve pas dans la première édition de ses aphorismes. Il est donc probable qu’en répondant au baron il ne croyait pas à la possibilité de le guérir, et il s’excusait, pour ainsi dire, de son échec, en attribuant à la maladie une cause non nerveuse. SEIFERT raconte que MESMER renvoyait généralement les malades non nerveux à d’autres médecins. « Le lendemain soir, c’est-à-dire le sixième jour du traitement, en tàtaut comme d'habitude le pouls du baron, pendant la magnétisation, MEsuer à dû apercevoir quelque changement (accélération du pouls), car il dit au malade : « Patience, vous allez bientôt sentir quelque chose! » Mais le jour suivant sembla contredire cette prédiction. Le palient n'éprouva toujoursrien. Cependant, à une heure tardive, Mesuer est allé voir la baronne, et 1l la prévint, en présence de plusieurs témoins, que le jour suivant sera très grave pour le malade, mais qu’elle ne doit pas s’en effrayer. La baronne ne sembla pas faire grand cas de cette prémonition. Vers 8 heures du matin, pendant la séance de magnétisation habituelle, le baron parut être en danger de vie. La baronne envoya immédiatement chercher le D' UnGéruorrer. En entrant dans la chambre du malade, SEIFERT vit ce dernier couché sur son lit et grelottant de froid, malgré l'épaisse fourrure dont il était recouvert. Il poussait des cris et divaguait comme dans une fièvre chaude. Assis devant son lit, Mesmer lui tenait la main droite avec sa main gauche, tandis que son pied droit déchaussé reposait dans un baquet rempli d’eau. Dans le même baquet s’enfonçait une canne en bambou ferré, tenue par une autre personne, le violoniste KoLow- RATEK, obligé par Mesuer de frotter continuellement cette canne avec sa main droite, de haut en bas. Le baron paraissait souffrir énormément et demanda à plusieurs reprises qu'on le tuât. Mesuer restait calme et pensif. Enfin, il lâcha la main du malade et saisit seulement son pouce. Il s’en est suivi une accalmie: mais, après quelques moments de repos, MEsuER saisit de nouveaula main, et les mêmes phénomènes se manifestèrent. Ii répéta ce changement plusieurs fois, avec le même résultat (probablement avec affaiblissement des accès). Lorsque la baronne, affolée par les plaintes du malade, faisait des reproches à Mrsmer, celui-ci répondit tranquillement : « Ne vous ai-je pas prévenue, Madame? Votre mari sera bientôt sain el sauf. » Et il continua ses manœuvres. Enfin il cessa tout, et ordonna au baron de se lever. Il Le fit, et à son grand étonnement et à la stupéfaction des assistants, il se sentit fort et gai. Seulement, sur ses lèvres, son menton et ses joues il se forma une éruption vésiculaire. Il prit son violon, joua et sursauta gaiemént. À ce moment entra le Dr Uncernorrer, tout ébahi de voir son patient dans cét élat. On lui raconta ce qui s’est passé. Il tâta le pouls, secoua la tête, et dit : « Celte:
fièvre, il ne faudrait pas la laisser venir une seconde fois, elle a été par trop forte. » Mesuer protesta, en disant qu'il avait cette fièvre dans sa main, qu'il l'avait annoncée, etc. Mais le D' UnGEeruorrEer mit tout en doute, en déclaraut qu’il a en ce moment dans sa clientèle des cas de fièvre tout à fait semblables où les malades se plaignaient de douleurs excessives aux membres. Mesuer objecta que cette fièvre n’est pas venue d’ellemême, mais qu’elle fut provoquée par la magnétisation, qu’il pouvait la calmer ou la fortifier à volonté ; et, pour prouver son dire, il assura qu'elle ne se manifestera plus avant une seconde magnétisation. Et la dispute continua, sans résultat. — Elle est très caractéristique, et elle se répète encore aujourd’hui entre médecins et magnétiseurs, tellement les crises de cette nature sont peu connues de la science.— MESMER n'a pas magnétisé le baron pendant les deux jours suivants, et la fièvre ne revint pas. Le 3° ou 4° jour, il avait voulu recommencer les séances, mais le malade s’y opposait. Il consentit enfin, persuadé par MEesmer, La séance commenca à une autre heure, environ trois heures plus tard qu'auparavant. Les mêmes manifestations eurent lieu, quoique plus faibles ; mais le patient n’a pas voulu continuer, et, au bout de quelques minutes, avant d'avoir perdu connaissance, il sauta du lit, et déclara à MEsmer qu’il aimait mieux garder ses spasmes, plutôt que de supporter encore une fois de semblables souffrances. Rien ny fit. Mesuer se fâcha et partit. Il déclara que, sile baron avait continué son traitement, les accès auraient été de plus en plus faibles, pour disparaître enfin définitivement; mais, comme il a interrompu le traitement trop tôt, un accès semblable se manifestera encore dans le temps. » Telle est réellement la marche naturelle des crises provoquées par des magnétisations réitérées, et sa connaissance permet souvent de pronostiquer, avec une précision mathématique. Nous ne savons pas si le dernier point de la prédiction de MEes- NER se réalisa, mais SEIFERT assure que, pendant les quelques mois que dura encore son séjour à Rohow, le baron n’a eu ni spasmes ni fièvre. Ce qui répond également à la règle.
Cette expérience est encore instructive au point de vue historique. Elle montre les origines du « baquet mesmérien », qui probablement naquit de l’idée d’une combinaison de l’électricité avec le magnétisme. Il se peut aussi que la participation d’une seconde personne dans cette séance de Meswer avait pour but de doubler les effets magnétiques, car dans l’histoire primitive du mesmérisme on cite entre autres le fait de l’hypnotisation d’un cheval par quatre magnétiseurs à la fois! Le baquet mesmérien, et en général le traitement collectif de plusieurs malades, ont été vite abandonnés, et il faut avouer que l'étude des phénomènes physiologiques, qui ont eu lieu dans ces traitements, à part les quelques observations très superficielles des Commissaires du Roi et quelques expériences intéressantes de Kieser, n’a jamais été faite d'une façon méthodique. Il y a là cependant quelques détails curieux à constater, et il est probable que l'observation plus attentive des phénomènes médianimiques, qui paraît proche, et les recherches sur la psychologie des foules remettront cette question à l'étude.
ÉTAT ACTUEL DES RECHERCHES SUR LES CONDITIONS SUBJEC- TIVES ET LA THÉORIE PSYCHO-PHYSIOLOGIQUE DE L'HYPNOTISME.
L'histoire du mouvement d'idées provoqué par Mesmer présente une longue série d’oscillations entre la conception physique des phénomènes et leur conception psycho-physiologique. Autrement dit, elle présente une série de luttes entre les sentiments révolutionnaires de quelques novateurs, trop empressés à admettre des forces nouvelles, et les sentiments conservateurs de la plupart des savants, qui veulent à tout prix faire entrer une partie des phénomènes dans les cadres connus, en niant simplement le reste. La complexité du sujet est telle, que non seulement elle entretint pendant plus d’un siècle l'existence de deux camps opposés, mais encore qu’elle détermina, de temps en temps, des oscillations inattendues, à droite et à gauche, dans l'esprit du même chercheur. C’est ainsi que déjà DEsLon, excommunié par la Faculté, tout ën restant un fervent adepte de Mesmer, lança cette phrase, désormais célèbre : « #i la médecine d’imagination est la meilleure, pourquoi ne ferions-nous pas de la médecine d’imagination? » (Observ. p. 46.) C’est ainsi que plus tard A. BERTRAND, convaincu par le général Noïzer, passa de l’école fluidiste à la théorie subjective, landis que l’apôtre lui-même se convertit ensuite au fluide. C’est ainsi que le principal
propagateur de la doctrine suggestive, LiéBeaucr, publia à un moment donné son « Zoomagnétisme », pour revenir ensuite de nouveau, sous la pression de ses confrères, à ses conceptions primitives. C’est ainsi enfin que Brai ! lui-même, après avoir « porté un coup décisif au magnétisme animal », déclara cependant, qu'un certain nombre de faits ne s'expliquent pas par sa théorie de fatigue subjective. « Pendant longtemps — dit-il —, je crus à l'identité des phénomènes BTE par ma facon d'opérer et par celle des partisans du mesmérisme; d’après les constatations actuelles, je crois tout au moins à l’analogie des actions exercées sur le système nerveux. Toutefois, et à en juger d’après ce que les magnétiseurs déclarent produire dans certains cas, il semble y avoir assez de différence, pour considérer l’hypnotisme et le mesmérisme comme deux agents distincts. » Ce qui est tout à fait juste. |
Nous n’entrerons pas dans les détails de cette double évolution. On les trouvera facilement dans les nombreux ouvragos, en partie déjà cités. Mais nous avons cru nécessaire de séparer nettement ces deux domaines, ces deux catégories des phénomènes, afin d'éviter entre eux une fâcheuse confusion et d’en faciliter l'étude méthodique.
Lorsqu'on se trouve en présence d’un fait nouveau, d’un groupe de faits nouveaux, que doit-on faire? — Les vérifier d’abord, évidemment. Et cela se fait, si les phénomènes rentrent plus ou moins dans les cadres connus. Mais, dès qu'ils s’en éloignent trop, dès qu'ils paraissent « contredire » les vérités négatives acquises (les vérités positives ne peuvent pas se contredire), on ne les étudie plus, on les néglige. C’est ainsi qu'on procéda dans le domaine qui nous occupe. Dans toutes les autres branches de la physiologie, il n’était guère admissible de traiter une question, sans connaître son histoire, sauf pour le « magnétisme animal ». Le plus impartial des physiologistes qui se sont occupés de la question, CnarLes RicHer, écrivit en 1880, après avoir cité les études superficielles de HerpeNHAIN et autres : « Quant aux élucubrations des magnétiseurs de profession, je.ne les indique pas, et pour cause... » On comprend dès lors pourquoi les études de Mesuer, de PuyséGur, de DELEuzE, de Durorer, sont restées inconnues. Heureusement les derniers bouleversements scientifiques ont un peu ouvert les yeux des savants sur la relativité de l’impossible, et l’éloge de la méthode impartiale n'est plus à faire, du moins en théorie.
L’hypnotisme est né d’une négation du mesmérisme, d'une aversion pour le mesmérisme. Et cette aversion, tout en étant anti-scientifique, a conduit.à des résultats fort importants, à la découverte d’un champ nouveau, immense et fécond : les influences subjectives. Au temps de MEsuer, lorsque CABAnIs écrivit son remarquable ouvrage sur les Rapports du physique et du moral de l’homme, il consacra presque deux volumes entiers à l'influence du physique sur le moral, et à peine une trentaine de pages à l’action du moral, sur le physique. Telle était la mode scientifique de son temps. Elle s’accentua encore davantage avec le règne du matérialisme allemand et de la pathologie cellulaire. La bactériologie, qui caractérise l’époque actuelle, ne favorise pas non plus l'étude des influences morales.
Mais voilà l’hypnotisme qui, en évoluant au milieu de ces tendances mécanicochimiques, détermine peu à peu un revirement complet. Il est acquis, reconnu, et son champ s’élargit toujours.
Après avoir vérifié l'existence des faits nouveaux, que faut-il faire pour les introduire dans le domaine de la science? — Il faut les décrire. Une bonne description suffit quelquefois pour faire un autre pas en avant, pour classer les phénomènes nouveaux dans les cadres anciens. Mais il arrive que le fait, étant par trop nouveau, ne rime avec rien, n'entre dans aucun tiroir étiqueté. Il paraît inexplicable. On nous dit par exemple que sous un timbre-poste la vésication se produit par suggestion et qu’elle ne se produit pas, également par suggestion, sous un vésicatoire! où. nous dit (LIÉBEAULT) que, par le même moyen, on peut faire sortir de l’oreille une boule de verre, inaccessible aux pinces chirurgicales? Où placer des faits pareils? Comment les expliquer ?
Pour expliquer, il faut connaître la cause du phénomène, et la cause n’est jamais simple : elle se compose d’un agrégat de conditions nécessaires et suffisantes.
1. JAMES Brain. Neurypnology: trad. par le D' Simon, avec préface de BRoOwN-SÉQUARD, Paris, 1883, p, 271.
Trouvons-les, déterminons les, par des observations précises et par des expériences vérificatives, réitérées : une fois que le fait nouveau sera devenu vérifiable, il restera acquis pour la science. Ilne faut pas demander davantage. L'avenir se chargera du reste.
Appliquons maintenant ces notions de méthode générale à la question de l’hypnotisme. | |
Nombre des personnes hypnotisables. —- Les phénomènes hypnotiques sont-ils rares ou communs? — S'ils étaient très communs, on ne les aurait pas niés si longtemps. On peut donc s’étonner de trouver, dans les livres récents, qu'il y a des proportions énormes de succès obtenus par des moyens d’une extrême simplicité.
Après que Liéseaucr eut publié que sur 1 012 malades il n'avait eu que 27 insuccès, ce qui signifie que presque tous les malades sont hypnotisables, ses imitateurs ont cru devoir obtenir à peu près autant. Van RENTERGHEM a eu seulement 9 insuccès sur 178 cas, WETTERSTRAND, 17sur 718; ForeL, d’abord 11 sur #1, mais ensuite seulement 3 sur 29. Tuc- KEY hypnotise 80 p. 100; ScnReNck-NoTzinc, 94 p. 100 ; RINGER, 95 p.100; VELANDER, 98 p. 100. Mozz à Berlin, Van EEDEN à Amsterdam, BRamweLL à Goule, KinsBurG à Blackpool, CRUISE à Dublin, etc. obtiennent à peu près les mêmes chiffres : de sorte que Les preuves statistiques de l’universalité de l'hypnose paraissent complètement établies.
Comment expliquer ces énormes proportions qu'aucun expérimentateur moins célèbre ne saura atteindre, quoique, suivant l’école de Nancy, à laquelle appartiennent tous ces médecins, et en général suivant les principes de l’hypnotisme, la personnalité de l’hypnotiseur n’y joue aucun rôle?
Avant de répondre à cette question, écoutons encore le principal représentant de l’école, BERNHEIM. l
Après avoir exposé sa méthode (célle de Liéseaurr, créée par l’abbé Farra?, un magnéliseur original, ridiculisé par les médecins) il ajoute : «Il est rare qu'une ou deux minutes se passent, sans que l'hypnose soit arrivée. » « Les quatre cinquièmes au moins de nos sujets tombent dans un sommeil profond avec amnésie au réveil. » « On n'est pas hypnotiseur quand on a hypnotisé deux ou trois sujets qui s’hypnotisent tout seuls. On l’est, quand, dans un service d'hôpital, où l’on a de l’autorité sur les malades, on influence huit à neuf sujets sur dix. Tant que ce résultat n’est pas obtenu, on doit être réservé dans ses appréciations, et se dire que son éducation sur le sujet n’est pas achevée » (E:c., p.89, 90).
Dans ce passage Berne se sert du mot vague : «influencer » au lieu du mot précis : « hypnotiser ». Cependant ce détail n’a pas d'importance, puisqu'il assure positivement pouvoir provoquer chez 4/5 un sommeil profond avec amnésie, et puisqu'il explique dans son livre classique « De la suggestion » (2° édit. préface) qu’il appelle « somnambules les personnes qui tombent en sommeil profond, sans souvenir au réveil » c’est donc, bien « au moins » 4/5 somnambules (80 p. 100) qu'il obtient; sans parler de ceux qui présentent seulement une somnolence », une « catalepsie suggestive », une contracture suggestive » ou « l’obéissance automatique », suivant sa classification détaillée, dans laquelle l’amnésié au réveil ne se manifeste qu’au 7° degré de l'hypnose. |
Les anciens magnétiseurs furent plus modestes. « Tous les praticiens s’accordent à déclarer, dit FerpiNanD BARREAU #, que, sur 12 personnes soumises à l’action magnétique, une seule devient somnambule. » La différence est énorme; car cela répond à un
1. Il va sans dire que c’est un principe inexact, énoncé et propagé seulement pour contredire les anciens magnétiseurs. Mais voilà qu’on tombe maintenant dans l'extrême opposé : « Les résultats du traitement hypnotique, dit Bonsour, de Lausanne, dépendent beaucoup plus des qualités du médecin que de la suggestibilité du malade. » (Revue de l’hypnotisme, 1901, 310.) Les résultats du traitement magnétique, oui; mais, dans l’hypnotisme, ne prétend-on pas pouvoir éliminer complètement la personnalité du médecin ? BerNHEIM n'a-t-il pas dit: « Il n'existe pas de magnétiseur. Ni Donaro, ni HANSEN n'ont des vertus hypnotisantes spéciales. L'hypnose ne dépend pas de l'hypnotiseur, mais du sujet. »
2. « L'abbé Farta mourut avec la plus belle réputation de charlatan qu'homme du monde ait jamais eue et surtout mieux méritée. » disent BouRNEvILLE et REeGNarp. Or BERNHEIM démontre que Bounnevizce et REGNARD ont employé en grande partie la méthode de FaARïA. (Hypnotisme, Suggestion, Psychothérapie, études nouvelles, Paris, 1891, t. 82.)