HÉMOLYSE PAR LA BILE
Le pouvoir hémolytique de la bile est connu depuis HünereLp (1840). Il est dû aux acides biliaires (von Dusca, 1854). Rywoscx (1888) a déterminé la toxicité hémolytique - comparée de différents sels biliaires.
Si l’on fait la toxicité du glycocholate de soude — 1 On aura pour l’hyocholate de soude == 4 — le cholate de soude = == le choloïdmate de soude 10 #3. le taurocholate de soude 12 pi — le chénocholate de soude 14
Le pouvoir hémolytique de la bile a été étudié par Nozr (1900).
Il se caractérise, à l’inverse de celui du chlorure ammonique :
1° En ce qu’il est favorisé par une forte concentration saline du milieu. Plus la concentration saline dépasse l’isotonicité, plus vite l’hémolyse se produit dans les solutions des sels de sodium, potassium, calcium, magnésium, baryum ;
2° À égalité de concentration moléculaire, les sels de calcium, baryum, magnésium facilitent plus que les sels de potassium et de sodium l’hémolyse par la bile;
3° Les solutions sucrées se comportent comme les solutions salines (de potassium et de sodium), mais avec une intensité d’action infiniment plus faible.
Nozr attribue l’hémolyse par les sels biliaires aux molécules non dissociées, qui sont évidemment en très grosse majorité, même dans les solutions diluées. Ces molécules sont en équilibre avec les ions des molécules dissociées. Quand on ajoute à la solution d'un sel biliaire de soude un sel fortement dissocié de sodium, on augmente la concentration du cation sodium et il en résulte un déplacement de l’équilibre, qui se caractérise par la diminution de la dissociation du sel biliaire, par une plus forte concentration de ses molécules non dissociées. Ajouter beaucoup de chlorure sodique à une émulsion de globules pourvue d’une petite quantité de bile équivaut, dans cette opinion, à augmenter la concentration de l’agent actif dela bile. A cet égard, les sels des métaux alcalino-terreux agissent plus énergiquement encore que les sels alcalins, parce que la dissociation des sels biliaires alcalino-terreux est moindre que celle des sels biliaires alcalins.
L'opinion de Nozr est basée sur les particularités de l’action des sels sur l’hémolyse par la bile et sur la notion, admise par la presque unanimité des physiologistes, de l’impénétrabilité de la paroi ‘globulaire au cation sodium.
Il résulte de cette notion que pour qu'un sel de sodium puisse pénétrer le globule en quantité notable et p roduire l'hémolyse, il faut : 4° qu’il soit peu dissocié. Les seuls sels de sodium hémolytiques, actuellement connus, sont d’ailleurs tous des colloïdes; 2° que la molécule non dissociée se dissolve fablément dans le stroma et s’y concentre.
La première condition est remplie pour les sels biliaires et les savons, qui donnent
avec l’eau des solutions colloïdales. La seconde l’est tout autant, en raison des affinités de ces substances pour les lipoïdes de la paroi.
En concentration suffisante, les sels biliaires dissolvent complètement les stromas globulaires. Aussi l’hémolyse qu'ils produisent est-elle ultra-rapide. Le degré d’hémo- .lyse croît plus rapidement que le carré de la concentration du sel biliaire (ARRHENIUS).
ARRHENIUS attribue également aux molécules neutres non dissociées l’hémolyse par l’acide oléique et l’oléate de soude.
D’après Bayer, la cholestérine n’a pas d'influence sur l’action hémolytique de la bile. La lécithine et la cérébrine la diminuent considérablement sans l'empêcher com-
plètement. Les albuminoïdes du sérum exercent une action empêchante (LüDKE, ScaNDA- LIATO, BAYER). |
HÉMOLYSE PAR LES ENZYMES.
DELEZENNE à étudié l’action du suc pancréatique pur de chien, obtenu par cathétérisme de la glande, sur les globules rouges lavés de lapin. À 39°, le suc inactif laisse les hématies intactes pendant huit, dix heures ou davantage. Après ce temps, l'attaque se fait et de l’hématine se produit. Dans le suc intestinal du chien porteur d’une fistule de Try, les hémalies lavées s’agglutinent sans s’hémolyser. Mélange-t-on le suc pancréatique inactif et le suc intestinal avant d’y introduire les hématies, on constate, après avoir mis à l’étuve, une hémolyse rapide et intense, suivie de digestion.
Si l’on met des globules au contact du suc pancréatique inactif seul et qu'après les avoir lavés, on les traite par le suc intestinal, on constate une simple agglutinalion sans hémolyse. Si l’on fait l'expérience inverse, si l’on passe (après lavage) les globules du suc intestinal dans le suc pancréatique, on observe l’hémolyse.
DELEZENNE attiré l'attention sur l’analogie complète qui existe entre ces faits el l’action combinée des deüx substances actives des sérums hémolytiques.
FRIEDEMANN à pu activer par ia lécithine l’hémolysine du suc pancréatique de chien recueilli par fistule.
WouLcEmurTH constate que le suc pancréatique humain actif hémolyse le sang de l’homme et de divers animaux (l’auteur ne dit pas si les globules ont été lavés) et que cette action pouvait être renforcée dans le rapport de 1 à 20 par l’adjonction de lécithine.
NeuBERG a agité récemment la question de savoir si l’hémolyse ne se confondait pas, dans un certain nombre-de cas tout au moins, avec la lipolyse. Il à étudié l’action des sucs de fistule (suc gastrique, {suc fpancréatique) de chien, et les a reconnus hémolytiques, après neutralisation, à l'égard des globules lavés de lapin. Ces sucs sont, comme on sait, pourvus d’un ferment lipolytique. Il en est de même d’un certain nombre d’agglutinines (crotine, ricine) et d’hémolysines (venin de cobra, crotale, mocassin, abeille, sérums).
Trois explications possibles peuvent être données de ces faits : 1° le ferment lipolytique accompagne simplement l’agent hémolytique et n’a rien à faire avec l’hémolyse; 20 la lipolyse met en liberté des acides gras ou des savons qui sont énergiquement hémolytiques; 3° la lipolyse est le résultat d’une altération grave du stroma globulaire opérée par le ferment lipolytique.
Encore faudrait-il voir, dans ce dernier cas, si l’imprégnation du stroma par l’enzyme lipolytique que présuppose la lipolyse, n’est pas suffisante par elle-même à produire l’'hémolyse, avant toute lipolyse.