Pomme de CHATAIGNIER
Synonymes. — Pommes : 1. De Castegnier [Registres du iabellionnage de Rouen, années 1370 à 1423, t. in, f» 57; t. V, f« 300; t. XX, f° 208 verso; publiés par M. Eobillard de Beaurepaire, archiviste de la Seine-Inférieure). — 2. De Chastignier (Charles Estienne , Seminarium et plantarium frucliferarum prœsertim arbormn quœ post hortos conseri soient, 1540, p. 55). — 3. Chas- TAiGNiER d'Hiver (Bonnefond, h Jardinier français, 1653, p. 108). — 4. De Ghatinier (Merlet,. l'Abrégé des bons fruits, 1667, p. 150). — 5. Martrange ( Claude Saint-Étienne, Nouvelle instruction pour connaître les bons fruits, 1670, p. 213; — et la Quintinye, Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, 1690, t. I, p. 393). — 6, Maltranche rougE (Louis Noisette, le Jardin />•«!%>', 1839, t. I, p. 201 ).
Description de l'arbre.
— Bois : assez fort. — Rameaux:
nombreux, étalés, gros et de longueur moyenne, très-géniculés, duveteux, marron clair lavé de gris, ayant les mérithalles des plus courts. — Leniicelles .
petites, allongées, clair-semées et d'une couleur roussâtre qui les rend peu visibles. — Coussinets : des plus saillants et formant trois arêtes dont le prolongement est très -marqué. — Yeux : légèrement écartés du bois , gros , ovoïdes -arrondis , sensiblement cotonneux, aux écailles bien soudées. — Feuilles: abondantes, petites et coriaces, arrondies, courtement acuminées, vert blanchâtre en dessus, blanc verdâtre en dessous, à bords profondément dentés. — Pétiole : court, grêle. roide, plus ou moins rosé et faiblement cannelé. — Stipules : presque toujouri étroites et de grandeur inégale.
Fertilité. — Remarquable.
Culture. — Sa place est surtout au verger, en haute tige ; mais comme il m pousse pas très- vigoureusement , on doit l'y greffer en tête sur de forts sujets Pour les formes naines, lui donner le doucin plutôt que le paradis , afin d'activei sa végétation.
Descriptiou iBu fruit. — Grosseur : moyenne. — Forme : sphérique , aplatit à la base et sensiblement plus large que haute; mais parfois, aussi, ovoïde- arrondie — Pédoncule : court, peu fort, renflé à son point d'attache, inséré profondémen
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ians un vaste bassin. — Œil : grand ou moyen, mi-clos ou fermé, à cavité unie DU quelque peu bosselée sur les bords, et rarement bien prononcée. — Peau : nince, lisse, à fond jaune verdàtre, presque entièrement lavée de rouge pâle qui, iu côté de l'insolation, passe au rouge mat foncé, sur lequel se détachent de larges ■aies carminées ; elle est en outre maculée de fauve dans la cavité pédonculaire et jonctuée de gris-roux. — Chair : blanche, faiblement nuancée de jaune auprès des oges, une, cassante et croquante. — Eau : peu abondante, assez sucrée, sans Darfum, entachée d'une âcreté plus ou moins prononcée. 1 Maturité. — Décembre- Avril.
' Qualité. — Deuxième pour le couteau; première pour les beignets, tartes, compotes, etc.
Historique. — La pomme de Châtaignier ayant été mentionnée par tous les inciens pomologues, il semble qu'alors elle devrait avoir un état-civil très- .'égulier. Le contraire seul existe, et même peu de fruits ont une histoire aussi îmbrouillée. Sur son nom , sur la contrée d'où elle est sortie , plusieurs versions se sont produites , dont l'invraisemblance laisse généralement beaucoup à critiquer. Voyons d'abord celles relatives au lieu de naissance : En 1628 le Lectier larla dans le Catalogue de son verger d'Orléans, « d'un pommier Chastignier ï tardif, de Bourgongne (p. 25 ). » En 1776 le pomologue allemand Mayer, décrivant :ette variété, la dit « originaire d'Anjou » [Pomona franconica, t. III, p. 158), sans doute d'après ce passage, écrit avant 1690 par la Quintinye : « Les pommes « de Châtaigner sont appelées Martrange, en Anjou. » [Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, t. 1, p. 393.) Ces différents écrivains n'avaient pas fouillé, :omme on l'a fait depuis, nos dépôts d'archives pour y trouver des renseignements sur l'état de l'agriculture au moyen âge, autrement ils eussent acquis la certitude que dès 1300 la pomme de Châtaignier abondait en Normandie. Ceci, constaté récemment (1865) par M. Robillard de Beaurepaire, archiviste de la Seine-Inféi'ieure, résulte du dépouillement des Registres de l'ancien iabellionnage de Rouen, lesquels citent souvent, de 1370 à 1423, ce même pommier. Ainsi l'on sait par eux qu'en cette province lesdites pommes étaient mises en vente « au pardon Saint- « Romain » [le 28 février], puis cultivées surtout dans les localités suivantes, appartenant à la Seine-Inférieure : Boisguillaume, Neuville-Chant-d'Oisel, Quevillon et Saint-Pierre-de-Manneville. Il est donc évident que la Haute-Normandie, où le pommier de Châtaignier existait au moins en 1200, possède tous les droits voulus pour le croire né chez elle; et qu'on n'en saurait dire autant de la Bourgogne ni de l'Anjou, qui nous le montrent seulement à partir du xvii° siècle ou du xv^^ — Examinons maintenant la question d'étymologie. Mayer (1776),. cité plus haut, laisse entendre que la peau , « presque couleur de châtaigne , » de ce fruit, a pu lui valoir son nom. Ici, rien d'exact, on l'a vu par notre description. Mais combien l'est moins encore cette assertion émise en 1808 par de Launay, dans le Bon-Jardinier (p. 140), et reproduite en 1821 par Louis Noisette, en son Jardin fruitier (p.' 130) : «Le pommier de Châtaignier, ainsi nommé à cause de la ressem- « blance qu'on a cru lui trouver par son port avec le châtaignier ( ! I ). » Facile était, pourtant, de retrouver la véritable origine de ce nom, puisque Ruel (1336), Charles Estienne (1340), B. Curtius (1360), Daléchamp (1386) et J. Bauhin (1613), l'avaient successivement et logiquement donnée dans leurs écrits sur les plantes , les arbres, etc. Les Pommes de Châtaignier — disaient-ils — oblongues, de moyenne grosseur, d'une âpreté marquée, ont la chair ferme comme celle de la châtaigne, d'où vient qu'on les a nommées ainsi : [« Mala Castiniana gustu
« austeriore, oblonga, mediocri magnitudine, dura, ut castaneœ cartilagine, unde « nomen sumpserunt. »] (B. Curtius, Hortorum libri trigenta, in quitus continelur Arborum Historia, chap. Pommier, n° 21.)
Oliservatioiis. — Au xvn" siècle nos jardiniers cultivaient deux pommiers de Châtaignier, l'un très-tardif, que je viens de caractériser, et l'autre assez précoce et qui portait les noms de Bayé ou Musqué. Merlet signala de la sorte ce dernier, en 1667 : « Le Chatinier Musqué est blanc et rayé, mais très-petite pomme, qui « charge bien, dure très-longtemps, et d'un suc fort sucré et relevé ; et est des plus « rares et excellentes pommes. » [L'Abrégé des bons fruits, pp. Io0-151.) J'ignore si cette variété se cache aujourd'hui sous quelqu' autre dénomination; je l'ai cherchée sans résultat dans mon département, où Pierre Leroy, mon grand -père, la possédait encore en 1790, à Angers (voir sonCatalogue, p. 26). Je serais heureux que ces quelques mots pussent aider à la retrouver. — On confond souvent ensemble les pommes Impériale ancienne et de Châtaignier, ainsi que leurs synonymes ; la similitude de leur peau , et même de leur forme , rend du reste assez facile une telle méprise ; cependant elles sont loin de se ressembler pour la bonté, la première étant de beaucoup supérieure à la seconde ; comme aussi leurs arbres n'ont pas le moindre rapport et se distinguent sans nulle hésitation. — Un pomologue allemand, Henri Blanger, a rangé en 1780 le nom Violette parmi les synonymes de cette variété; je l'ai rejeté, rien ne le justifiant et personne, depuis lors, ne l'ayant reproduit.
PoïffliE DE CHATAIGNIER D'HIVER. — Synonyme de pomme de Châtaignier. Voir ce nom.
PoMBiE DE CHATAIGNIER MUSQUÉ. — Voir pomme de Châtaignier, au paragraphe Observations.
PoBiMES DE CHATENON et CHATENOU. — Synonymes de pomme Lanterne. Voir ce nom.
Pomme de CHATINIER. — Synonyme de pomme de Châtaignier. Voir ce nom.
PosmE CHÂTRÉE. — Synonyme de Passe-Pomme d'Été. Voir ce nom.