Pomme d'API
Synonymes. — Pommes: 1. Petit-Apis (le Lectier, d'Orléans, Catalogue des arbres cultivés dans son verger et plant, 1628, p. 23). — 2. Apy nouGE (dom Claude Saiiit-Étienne , Nouvelle inslruclionpour connaître les bons fruits, 1670, p. 210). — 3. CARDINALE ou DE Caroinal (M. ibid., pp. 207 et 210). — 4. De Long-Bois (Merlet, l'Abrège' des bons fruits, 1690, p. 138). — 5. Api ordinaire (Mayer, Pomona franconica, 1776-1801,1. 111, p. 160, n" 61 ). — 6. API ROSE (Louis Dubois, Pratique du jardinage , 1821, p. 141). — 7. De Lady (P. Barry, Me Fi-uit garden, 1852, p. 291). — 8. Petit-Api rose (Eugène Forney, le Jardinier fruitier, 1862, t. I, p. 285). — 9. Api fin (Congrès pomologique, Pomologie de la France, 1867, t. IV, n" 1 ). — 10. Petit-Api rouge {Id. ibid.).
Ilescription de l'arbre. — Bois : peu fort. — Rameaux : nombreux, généralement érigés, faiblement duveteux au sommet, des plus longs et des plus coudés, assez grêles et d'un rouge clair violacé. — Lenticelles : arrondies, très-larges, assez abondantes. — Coussinets : aplatis. — Yeux : moyens, coniques, excessivement cotonneux, plaqués en partie contre le bois. — Feuilles : petites, ovales ou elliptiques , vert clair eu dessus , gris verdâtre en dessous, minces, habituellement canaliculées, ayant les bords faiblement crénelés. — Pétiole : de longueur moyenne, un peu grêle, mais roide et tenant la feuille parfaitement érigée; il est en outre légèrement cannelé, puis rosé, surtout à la base. — Stipules : très-courtes. FERTiLrrÉ. — Remarquable.
Culture. — Beau pommier, qui malgré ses rameaux grêles peut former, étant greffe au ras de terre, d'assez convenables plein-veut. Néanmoins c'est en cordon qu'on l'utili.se le plus habituellement.
Descriiitio» du iruit. — Grosseur : petite. — Forme : sphérique, toujours très-aplatie aux pôles. — Pédoncule : court ou de longueur moyenne, peu fort, mais souvent renflé à son point d'attache ; le large évasement dans lequel il est implanté, manque généralement de profondeur. — Œil : petit, mi-clos ou fermé, rarement bien enfoncé, à longues sépales, bosselé ou sensiblement [jlissé sur ses bords. — Peau : mince, à fond jaune-paille ou blanc de cire que recouvre trèsamplement, du côté de l'insolation, uue couche de carmin brillant et finement ponctuée de gris clair; parfois aussi quelques taches ou légères marbrures fauves se voient sur la partie exposée à l'ombre. — Chair : blanche, faiblement verdàti'e sous la peau, très-fine et très- serrée, ferme ou assez tendre, quoique croquante. — Eau : abondante, bien sucrée, d'un goût suave, d'une saveur rafraîchissante.
Maiurité. — Janvier-Mai.
Historitiiie. — L'ornement de nos desserts, l'Api, « Cette pomme qui veut être « mangée goulûment, sans façon, avec la peau toute entière,» — écrivait avant 1688 Jea 1 de la Quintinye, directeur des jardins potagers de Versailles (t. 1, p. 391), l'Api remonte aux dernières années du xvi'' siècle. Le Lectier, d'Urleans, fut eu 1628 celui de nos pomologues qui le premier la mentionna : « Petit Apis et Gros Apis a sont de garde, » dit-il à la page 23 du Catalogue des arbres cultivés dans son verger, Olivier de Serres avaitbien, en 1600, cité a/a i\Jelle ou pomme Apple, » ainsi appelée, lu. 3
ajoutait-il, « de Claudius Appius, qui du Péloponnèse l'apporta à Rome » [le Théâtre d'Agriculture, pp. 623-626) ; mais fout prouve qu'ici cet agronome illustre se trompa. Pline va le démontrer. Au livre XV de son Historia naturalis , ne lit-on pas : « Appius, de la famille Claude, est l'obtenteur des pommes Appiennes, qui « lui doivent leur nom. Elles ont la peau rouge, la grosseur des Scandiennes et « l'odeur du Coing. » Devant ce dernier caractère, chacun reste convaincu que l'Appienne ne saurait être l'Api, fruit fort éloigné de posséder l'odeur pénétrante du coing, puisque sa chair, puisque son eau sont complètement inodorantes, dénuées même de saveur parfumée. Olivier de Serres aura probablement désigné là l'espèce Apiuim, connue aussi do le Lectier (p. 23), et maintenant appelée, par corruption, Apion dans le Midi de la France. Elle dégage une forte odeur de coing, se rapproche du volume, de la forme de l'Api, mais en dilTère entièrement, ainsi que de l'Appienne romaine, par sa peau jaune d'or, toute parsemée de points grisroux. Du reste, comme elle est décrite ci-après, nous renvoyons à son article, pour confrontation.
L'Api, nullement identique avec les Appiennes, ne vient donc ni de Rome ni du Péloponèse. Cela reste établi par l'autorité de Pline, par celle de Ménage, déclarant en 1630 « que les Mala appiana de Pline étoient différentes de nos « pommes d'Apis » [Dictionnaire étymologique]., puis aussi par celle du savant jésuite Hardouin. En 1683, dans ses remarquables commentaires sur le célèbre naturaliste romain, cet auteur s'aperçut effectivement (t. III, p. 186, note 9) que la description de la pomme Appienne ne concernait pas l'Api, et crut alors possible de le réunir à la Petisienne, autre variété cultivée par les Romains ; supposition insoutenable, vu l'absence, chez les auteurs latins, de tout détail pouvant servir à comparer ces deux espèces. D'ailleurs, un siècle et demi auparavant (1340) Charles Estienne avait déjà parlé de cette Petisienne, et de façon bien différente, car, observait-il, a elle est probabien:ient identique avec la pomme de Paradis. » ( Seminarium , p. 33. ) Ainsi, désaccord formel sur ce point entre ces deux érudits ; et j'ajoute, désaccord qui toujours renaîtra parmi les pomologues, quand ils tenteront de rattacher nos variétés à celles mentionnées par les agronomes romains, chez lesquels, sauf de très-rares exceptions, on trouve uniquement le nom des fruits, au lieu de descriptions suffisantes pour les reconnaître. Maintes fois je l'ai constaté dans mes précédents volumes, en écrivant l'histoire du Poirier; on voit qu'à l'égard du Pommier cette indécision, ou, mieux, cette complète obscurité, se continue.
Une chose, cependant, m'étonne quant à l'origine de l'Api : c'est que l'erreur d'Olivier de Serres, faisant apporter du Péloponèse à Reme, par Appius, cette charmante pomme, ait pu se perpétuer jusqu'en 1867, date à laquelle le Congrès pomologique attribuait encore, selon l'auteur du Théâtre d'agriculture, la même provenance à ce même arbre (voir Pomologie de la France, t. IV, n° 1) ; puis, peu après, d'entendre d'autres éciivains horticoles assurer, au contraire, qu'on ignore entièrement de quel pays il est sorti. Facile était, pourtant, de produire l'état civil de ce pommier si répandu; Merlet, dans son Abrégé des bons fruits, l'avait à trois reprises enregistré. Dès 1667, il dit :
« La Pomme d'Apis est de deux sortes, le Gros et le Petit : l'une et l'autre ont beaucoup d'eau, et n'ont point d'odeur comme les autres Pommes, estant une pomme sauvage qui s'est trouvée dans la foeest d'Apis, et qui se garde très -longtemps belle et bonne. » (Pages lb4-lbb.)
Dans sa seconde édition^ parue en 1673, Merlet reproduisit mot pour mot ce
API [api BLA — ÉTÉ] 67
renseignement (p. U8), mais en sa troisième et dernière, celle de 1690, il le compléta sous divers rapports :
« L'Apis — y lit-on — est une pomme sauvage trouvée dans la forest d'Apis,
EN Bretagne... Elle se nomme en Normandie, ainsi que le Gros-Apis, la pomme de Long-Bois, qui en effet s'élève beaucoup, et charge par glanes. » (Page 138.)
Ainsi c'est d'une forêt bretonne que sortit l'Api, à l'exemple du Besid'Héric, poire j séculaire dont le berceau fut, aux environs de Nantes, la forêt d'Héric, détruite jvers 1640. Mais si je sais où cette dernière était située, j'ignore en quel lieu s'élevait celle d'Api, disparue probablement depuis un temps beaucoup plus long. Les cartes d'Ogée sur la Bretagne, gravées en 1771, m'ont seules montré près du Rheu, bourg voisin de Rennes, un petit hameau du nom d'Apigné, à l'entour duquel sont figurés quelques taillis. Serait-ce là que se voyait jadis la forêt d'Api, citée par i Merlet?... A d'autres le soin d'éclaircir ce point, encore obscur pour moi.
I Observations. — Henri Manger, pomologue allemand qui par sa Systematische
\Pomologie contribua puissamment à débrouiller les synonymes des fruits, plaçait
! en 1780, parmi ceux de l'Api, les noms Pomme de Demoiselle, pomme de Bonnc-
' Com/jagme, pris de la Quintinye, spéciflait-il (p. 32, n" 31). Ce fut là contre-sens
de traducteur, et facile à commettre dans un texte aussi souvent imagé que celui de
la Quintinye : « L'Api — voici le passage mal interprété — est véritablement une
« Pomme de Demoiselle, et de bonne compagnie;... elle fait merveilleusement bien
« son personnage dans les assemblées d'hyver, où elle n'apporte aucune odeur
a desagréable;.,, enfin elle se fait estimer partout où elle se présente... » [Instruc-
I fions pour les jardins fruitiers et potagers, 1690, t. I, p. 391.) On voit maintenant s'il
Inous est possible de reproduire, à l'exemple de quelques pomologues, les deux
synonymes mis en circulation par Manger. — Pomme Dieu est un surnom que
! parfois on accoi'de, fautivement aussi, à cette même variété, au détriment du
I Gros-Api, qui seul peut le revendiquer, car Merlet, en 1690, a formellement dit,
jet le premier : « Le Gros- Apis se nomme, par endroits, la Pomme Dieu^ ou la
; « Pomme Rose (p. 138). » — On doit cueillir l'Api le plus tard possible, l'éclaircir
\ quand il surabonde, et surtout l'effeuiller de bonne heure, c'est le moyen de lui
procurer un coloris prononcé ainsi qu'une très-longue conservation. Il peut du
reste, tellement il est bien attaché, braver sur l'arbre les grands vents de fin d'au-
: tomne. Contrairement aux poires et pommes d'hiver, on le trouve bon à manger
dès son entrée au fruitier, où souvent il demeure sain et non flétri jusqu'aux
derniers jours de mai, supportant ainsi les plus fortes gelées. Pour terminer, disons
que la Quintinye eut bien raison de recommander de consommer l'Api goulûment,
avec sa peau tout entière. La lui enlever, c'est effectivement diminuer la bonté de
ce fruit, qui lui doit son agréable saveur.
Pomme API BLANC. — Voir Gros- Api, au paragraphe Observations.