Poire FRÉDÉRIC DE WURTEMRERG
Synonymes. — Poires: 1 et 2. Sylvestre d'Automne et d'Hiver [des Allemands] ( Diel , Vorzùglichste Kernobstsortcn, 1821, p. 170; et Jahn, lllustrirtes Handbuch der Obstkunde, 1860, p. 101 ). — 3. Médaille d'Or (A. Royer, Annales de pomologie belge et étrangère, 1853, 1. 1, p. 91). — 4. Louis de Wurtemberg ( Thuillier-Aloux, Catalogue raisonné des poiriers qui peuvent être cultivés dans le département de la Somme, 1835, p. 41).— 5. Roi DE Wutemberg ( Jahn, lllustrirtes Handbuch der Obstkunde, 1860, p. 101 ).
Description de l'arbre. —
Bois : assez fort. — Hameaux : nom breux, étalés, gros et de longueur moyenne, gris -fauve légèrement rougeâtre, ayant les lenticelles larges et rapprochées, et les coussinets habituellement bien ressortis. — Yeux : petits ou moyens, ovoïdesarrondis, collés en partie contre le bois.
— Feuilles : abondantes , luisantes , elliptiques ou ovales faiblement arron dies, finement crénelées ou dentelées sur leurs bords, au pétiole long et fort.
Fertilité. — Satisfaisante.
Culture. — Sa vigueur est assez convenable et son développement ordinaire ; ses pyramides acquièrent une force et une beauté satisfaisantes, quel que soit le sujet qu'on lui ait donné.
Description du fruit. — Grosseur : volumineuse. — Forme : allongée, participant à lafois^de la calebasse et de la turbinée , légèrement obtuse, fort
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amincie dans sa partie supérieure et très-ventrue vers sa base. — Pédoncule : long ou de longueur moyenne, arqué, bien nourri, renflé aux extrémités, charnu, implanté obliquement ou perpendiculairement à fleur de chair, mais souvent aussi se continuant avec le fruit. — Œil : moyen, ouvert ou mi-clos, parfois contourné, placé dans une large cavité rarement bien profonde. — Peau : brillante et habituellement onctueuse, jaune d'or, marbrée et ponctuée de vert grisâtre, réticulée ou granitée de fauve, largement nuancée de rose vif sur le côté exposé au soleil, où elle est en outre, assez souvent, fouettée ou rubanée de carmin foncé. — Chair : blanche, fine, excessivement fondante, juteuse, contenant quelques pierres autour des pépins. — Eau : des plus abondantes, sucrée, vineuse, savoureusement parfumée et possédant un léger arrière-goùt musqué fort délicat.
Maturité. — Depuis la fin de septembre jusqu'aux derniers jours d'octobre, et atteignant parfois, mais très-exceptionnellement, le mois de novembre.
Qualité. — Première.
Historique. — Né chez les Belges, à Bruxelles, où Yan Mons le gagna de semis dans sa pépinière de la Fidélité, en 1812 ou 1813, affirme Poiteau [Notice sur la théorie Van Mons, 1834, p. 50, n° 29), ce précieux poirier fut longuement décrit par son obtenteur, au mois de janvier 1830, dans la Revue des Revues. De l'article qu'il lui consacra, nous n'extrairons qu'un très-court passage, le seul qui se lie étroitement à notre historique :
« Ou ne saurait méconnaître dans la Wurtemberg — écrivait Van Mons — des rapports
intimes cpii la rapprochent de la Sylvestre d'Hiver La dédicace de cette poire a été faite
à la demande expresse de feu S. M. le roi Frédéric de Wurtemberg, qui a désiré en être le patron. Une figure du fruit, peinte par le célèbre Autissier, a été dans le temps adressée à ce souverain. »
De cet extrait, il ressort bien que le roi de Wurtemberg Frédéric Ier, qui mourut en 1816, souhaita la dédicace du fruit dont nous nous occupons, mais on y voit aussi Yan Mons avouer que cette poire ressemble infiniment à la Sylvestre d'Hiver; et il eût été difficile de le nier, les deux n'en faisant qu'une. M. Jahn, pomologue allemand des plus accrédités, le constatait en 1860, page 101 de Ylllustrirtes Handbuch der Obstkunde, recueil horticole dirigé par M. Oberdieck, savant non moins distingué. « Sylvestre d'Automne et Sylvestre d'Hiver, affirme M. Jahn, sont deux « synonymes de la variété Frédéric de "Wurtemberg. » Et comme d'un autre côté le docteur Diel, de Stuttgardt, déclarait en 1821 (Vorzùglichste Keniobstsorten, p. 171 ) avoir reçu depuis longtemps déjà la Sylvestre d'Hiver, dite aussi d'Automne, du semeur Yan Mons, il faut bien admettre, alors, que ce dernier débaptisa sa poire Sylvestre pour complaire au monarque qui voulait y attacher son nom. Puis un tel changement, on le comprit aussi sans doute , devait puissamment aider à la rapide propagation de ce poirier. Frédéric de Wurtemberg brillait mieux dans un catalogue, que la modeste dénomination Sylvestre, rappelant le souvenir d'un simple secrétaire... Il est certain, au reste, que depuis longtemps cette variété princière se rencontre partout; mais son rare mérite justifie parfaitement la préférence qu'on lui accorde.
Observation». — En 1853 une poire Médaille d'Or, tirant son origine, assurait-on, de l'abbaye de Sainte-Marie d'Oignies (Hainaut), et qu'on faisait remonter • ni moins à 1750, sortit soudain des pépinières belges. Toutefois, peu d'années après il demeura prouvé que la Médaille d'Or était uniquement la Frédéric de Wurtemberg. Dès 1858 M. le professeur Decaisne, du Muséum de Paris, le certifia;
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et le Congrès pomologique de France, ainsi que nombre de pépiniéristes, le reconnurent également à diverses reprises. Le doute, maintenant, devient donc impossible. Il en fut de même pour le Beurré de Montgeron. Assez longtemps on le regarda comme identique avec cette dernière variété , mais on finit néanmoins par se convaincre qu'il en différait essentiellement. Cette erreur provint surtout de Rouen, où feu Prévost écrivit ce qui suit en 1839, dans le 3e cahier de sa Pomologie :
« Il paraît que la Frédéric de Wurtemberg a été obtenue de semis par Van Mons. Il y a bien quatorze ans que quelques pépiniéristes du Loiret ont commencé à la cultiver, et c'est vers 1833 qu'ils l'ont répandue en Normandie sous le pseudonyme Vermillon d'Espagne. » (Page 97.)
Or, ce passage eût dû s'appliquer au Beurré de Montgeron, car c'était cette poire que Prévost avait sous les yeux, au lieu de la Wurtemberg ; et non-seulement on la confondit alors à Orléans et à Rouen avec cette dernière, mais aussi à Besançon, à Lyon et à Dijon. Cela résulte des déclarations de différents membres du Congrès pomologique (session de 1861), ainsi que du recueil publié par cette Société. On lit en effet tome II, n° 95 de la Pomologie de la France, ces deux lignes : « Par erreur, « on a donné le nom de Frédéric de Wurtemberg à la poire Beurré de Montgeron.... « et Prévost a décrit ce Beurré en croyant décrire l'autre variété. » — Les noms Beurré de Saint-Quentin et Vicomte de Spoëlberg ne sont pas, comme parfois on l'a supposé , synonymes de Frédéric de Wurtemberg ; le premier se rapporte au Beurré de Montgeron ; le second est celui d'une variété bien connue, dont nous parlerons plus loin.