NICOLAS BOZON — NICOLAS DE CLAIRVAUX
pas un second ouvrage qui puisse nous donner une idée aussi complète de ce qu'était en Angleterre et au commencement du xive siècle, la prédication populaire. Non que le livre de Bozon soit proprement un livre de sermons; mais on peut légitimement le considérer comme formé des éléments qui faisaient le fond des sermons, prêches au peuple par les prédicateurs de l'ordre des frères mineurs.
Il existe encore un recueil de poésies, conservé dans le ms. de Cheltenliam, dans lequel tous les poèmes qu'il est permis d'attribuer à Bozon, se trouvent réunis. Ce sont : le char d'orgueil ; de la bonté des femmes ; la femme comparée à la pie; poème alligorique sur la passion; traité de « dénaturesce »; sermons en vers; prière à la Vierge; paraphrase de V Ave Maria ; proverbes de bon ense gnement et vies de saintes.
Romania, t. xm, 1881, p. 407-511 ; L. Toulmin Smith et P. Mever, Les contes moralises de Nicolas Bozon, frère mineur, publiés pour la prem'ère fois d'après les manuscrits de Londres et de Cliellenham, Paris, 1889; A. G. Little, Studies in english /ranciscan hislory, being Ihe Ford lectures delivered in Ihe uniuersity of Oxford in 1916, Manchester, 1917, p. 139; A. Zawart, The. hislory of franciscan prea':hers and of franciscan i>reaching, New-York, 1928, p. 367.
A. Teetaert.
19. NICOLAS CANTILUPE, dit ainsi Cantalup3, Cmtelupe, Ca-ntolupa et Cantilowe, théologien carme anglais de la première moitié du xve siècle. — - Natif de Bristol (Pays ,de Galles), quoique de famille normande apparentée probablement du côté miternsl à une famille galloise, Nicolas présenta toutes les caractéristiques de la race celtiqua : piété fervente, imagination vive et don de narration. Dans l'arbre généalogique qu'il présenta lors de son entrée au couvent des carmes de Bristol, il faisait remonter sa famille jusqu'aux rois des Dimetae, peuplade qui, à l'époque de l'invasion romaine dans la Grande-Bretagne, l'an 55 avant notre ère, se partageait avec trois autre; le territoire actuel du 'Pays de Galles. Il réclamait aussi une parenté assez proche avec saint Thomas de Cantilupe, pendant qu2l|ue temps chancelier d'Angleterre et finalement évêque de Hereford, mort en 1282. Nicolas fit ses études à l'université de Cambridge, où il prit le doctorat en théologie. II fut prieur des couvents de Bristol, Gloucester et Northampton, où il mourut le 27 septembre 1441. Ses œuvres sont : 1. In primum librum Sentintiarum: 2. Encomium Ordinis Bme virg. Marim der Monte Carmelo: 3. Chronicorum epitomi; 4. Historiarum appendices, commençant à partir d'Innocent III; 5. Hisloriola de antiquitate et origine iiniiK'rsitatis Canlabrigiensis (Cambridge University, ms. mm 5, 40), éditée avec la Chronica de Thomas Sprott par Thomas Hearne à Oxford en 1719, in-8°; une traduction anglaise parut aussi à Londres en 1721, in-8°. Pour donner une idée de ce dernier ouvrage de Nicolas Cantilupe, il suffira de dire que, l'université d'Oxford ayant fait l'heureuse découverte qu'elle avait été fondée par le foi Alfred le Grand (mort en 901), celle de Cambridge ne pouvait rester en arrière. Aussi Cantilupe nous apprend qu'elle fut fondée par un prince espagnol (Cantaber, Cantabrigia) juste 4321 ans après la création du monde, et qu'elle fut confirmée par une charte du roi Arthur en 531 ; lorsqu'Alfred le Grand songea à établir une institution semblable à Oxford, c'est de Cambridge qu'il tira les premiers maîtres et étudiants !
Jean 'Leland, Commentarii de scriploribus brilannicis, Oxford, 1719, t. n, cap. 517, p. 449-450; Jean Baie, Scriplorum illuslrium majoris Britanniie catalogus, Bâle, 1559, cent. VIII, cap. v, t. i, p. 585; Jean Pitseus, Rclationum historicarum de rebus anglicis tomus I, Paris, 1619, p. 634- 635; Gesner, Bibliolheca (Epilome de Simler), Zurich, 1574, p. 517; Pierre Lucius, Carmelilana bibliolheca, l-'iorence,
1593, fol. 66 r°; Possevin, Apparalus sacer, Venise, 1606, t. n, p. 481; Gérard Vossius, De historicis latinis libri très, Leyde, 1627,1.111, c. v, p. 512;Augustin Biscareti, Palmites vinex Carmeli, ms. de 1638, conservé au collège Saint- Albert à Rome, fol. 176 r°-v°, Alègre de Casanate, Paradisus carmelilici decoris, Lyon, 1639, p. 315; J.-B. de Lezana, Annales, Rome, 1645-1656, t. iv, p. 855-856, n. 3; Daniel de la Vierge-Marie, Spéculum carmelitanum, Anvers, 1680, t. n, p. 1119, n. 3948; Albert Fabricius, Bibliolheca latina Mediœ et Inftma' sEtalis, Florence, 1858, t. v, p. 103; Cosme de Villiers, Bibliolheca carmelitana, Orléans, 1732, t. n, col. 482-483, n. 14; Hurter, Nomenclalor, 3e édit., t. n, col. 853.
P. Anastase de Saint-Paul.
20. NICOLAS DE CLAIRVAUX(xirsiècle), né dans les premières années du xn« siècle, fut d'abord moine à Motiéramey (Moutier-Bamey = Aremirum) à quatre lieues de Troyes. II fit la connaissance de saint Bernard au concile de Sens, en 1141, et fut chargé de porter au pape Innocent II les écrits de l'abbé de Clairvaux relatifs à Abélard. Cf. S. Bernard, Epist., clxxxix, P. L., t. clxxxii, col. 357 A. Attiré à Clairvaux, il dut y entrer vers 1145 et, après avoir fait profession, il devint secrétaire de l'abbé. C'est lui par exemple qui écrivit les lettres cdlxviicdlxix, ibid., col. 671 sq. Mais saint Bernard ne tarda pas à s'apercevoir que Nicolas trahissait sa confiance; le secrétaire dut quitter Clairvaux (1151). Voir la lettre ccxcvni de saint Bernard au pape Eugène III, ibid., col. 500. On ne sait trop où le moine chassé se reti.ra d'abord; mais il avait de la souplesse et de l'entregent, il finit sans doute par revenir à son couvent de Motiéramey. Il avait su intéresser à ses affaires les deux papes Adrien IV et Alexandre III. Du premier de ces pontifes, deux lettres de 1157- 1159 adressées respectivement à Samson, archevêque de Beims, et à Henri, évêque de Beauvais, leur recommandent le moine Nicolas d'Aremarnm. Jaffé, n. 10491-2. Une lettre d'Alexandre III, du 6 mars 1161, remercie notre Nicolas (à moins qu'il ne s'agisse de Nicolas d'Amiens) des services rendus à la cause de l'Église, et lui annonce que le pape le recommande aux archevêques de Sens et de Beims et à Henri comte de Champagne. Jaffé, n. 10658. En fait, on voit Nicolas au service de ce dernier; mais il retourna finalement dans son monastère; la dernière lettre que l'on ait de lui est adressée de Motiéramey à Guillaume, archevêque de Beims de 1176-1202.
Écrivain fleuri et disert, Nicolas a pris soin de recueillir lui-même un certain nombre des lettres qu'il avait écrites pour son compte personnel, ou pour celui de ses confrères, lors de son séjour à Clairvaux. Elles ont quelque intérêt pour les renseignements qu'elles donnent sur les premiers commencements de la vie cistercienne, sur l'ascèse qui se pratiquait à Clairvaux. Plus intéressantes sont-elles au point de vue littéraire; elles montrent que Cîtcaux, pas plus que Cluny, ne méprisait les fleurs de la rhétorique.' — Les sermons de Nicolas, dont plusieurs ont été attribués soit à Pierre Damien, soit à saint Bernard, ressemblent de très près à ceux de l'abbé de Clairvaux; panégyriques de saints, ils ne présentent au point de vue théologique rien de bien particulier.
I. Œuvres. — Les Lettres ont été éditées pour la première fois par Jean Picard, chanoine régulier de Saint - Victor, l'éditeur de saint Bernard; édition reproduite dans la Maxima bibliotheca velerum Patrum, Lyon, 1677, t. xxn, p. 517-553; Baluze en a publié deux autres, dans les Misccllanea, t. n, 1679, p. 234-238; le tout dans P. L., t. exevi, col. 1589-1654. Les Sermons ont été rassemblés par dom Tissier au t. m, de la Bibliotheca Patrum cislerciensium,\CM), p. 193-236, au nombre de 19; comme tous ces sermons avaient été publiés sous le nom de Pierre Damien, la P. L., t. cité, col. 1653, se contente de renvoyer aux œuvres de ce