‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 13 sur 233 · V. Grumel · texte numérisé non relu

V. Grumel

NÉELSIUS Nicolas, écrit aussi NEELSSIUS, NEELS, DE NEELS. Né à Campenhout dans le Brabant, dominicain à Gand vers 1558, licencié à Louvain, docteur à Douai, il enseignait la théologie à Louvain, lorsqu'on 1577 il partit pour Gand afin d'y mener la controverse contre les calvinistes. Mais l'année suivante, les Gueux le maltraitèrent et l'expulsèrent avec les autres religieux du couvent. Il reprit sa charge de professeur à Louvain. En 1584, le couvent de Gand put être rétabli, et il fut à sa tête comme provincial de Basse-Germanie jusqu'à sa mort survenue le 21 janvier 1601. Ses travaux scripturaires, théologiques, apologétiques sur la Genèse, le Cantique des cantiques, saint Paul, l'Apocalypse, la croyance, le quatrième livre des Sentences, ses divers sermons sont demeurés manuscrits.

Quétif-Échard, Scriplores ordinis prœdicalorum t. n, p. 328-320; De Jonghe, Belgium dominicanum, p. 77.

M. -M. Gorce.

NÉERCASSEL (Jean de) (1625-1686), évêque de Castorie et vicaire apostolique en Hollande, naquit à Gorcum en 1625; il fit ses études à Sainte- Agathe et ensuite à Louvain, au collège Sùntc-Pulchérie, puis il vint à Paris; il entra à l'Oratoire en 1645 et alla étudier la théologie à Saumur. Revenu en Belgique en 1652, il fut à Malines le directeur spirituel de la maison de l'Oratoire, et il enseigna la théologie au séminaire archiépiscopal. En 1653, il fut chargé, en partie, de l'administration du diocèse d'Utrecht. Nommé évêque de Castorie et provicaire apostolique pour la Hollande, il créa le chapitre d'Utrecht par un acte du 22 avril 1664, lorsqu'il remplaça Beaudouin Catz dont il avait d'abord été le coadjuteur. En 1670, il alla à Rome pour faire connaître au pape Clément X l'état de la religion catholique en Hollande, et il souscrivit alors le Formulaire d'Alexandre VII. Cependant il resta toujours très attaché aux chefs du jansénisme et, en particulier, à Arnauld, qui, en 1679, logea chez lui, au début de son exil. Néercassel mourut à Zwoll le 6 juin 1686.

Les écrits de Néercassel exposent une morale austère, tout à fait conforme aux thèses des jansénistes qui lui furent toujours favorables. Parmi ces écrits, il faut citer : Tractalus de sanclorum ac prœcipue bealœ Mariœ virginis cullu, in-8°, Utrecht, 1665. Cet écrit fut traduit en hollandais, in-8°, Anvers, 1673, et en français par G. Le Roy, abbé de Hautefontaine, in-8°, Paris, 1679. Après avoir établi, contre les calvinistes, la légitimité du culte des saints et

NEERCASSEL (JEAN DE)

NEESEN (LAURENT'

fiO

spécialement de la sainte Vierge, l'auteur, dans les deux derniers traités, indique les sentiments intérieurs d'amour et de louange, et les marques extérieures par lesquelles on peut honorer les saints (troisième traité) et la souveraine puissance de la sainte Vierge (quatrième traité). La traduction de Le Roy porte l'approbation de Petitpied, 8 décembre 1678. — L'affermissement dans la foi et la consolation dans les persécutions, in-8°, Bruxelles 1670. -- Traclatus de leclione Scriptiirarum, in quo protesianlium eus legendi praxis refellitur. catholicorum vero stabililur; accedit dissertulio de interprète Scriptiirarum, in-12, Emmerich, 1077. L'écrit fut traduit en français par Le Roy, in-12, Cologne, 1680, et fut assez vivement atlaqué par Suivais (pseudonyme d'un jésuite, dit Ratterel), mais Néercassel répondit dans La Parole de Dieu défendue. L'évèquc de Castorie traduisit en latin le Traité de l'exposition de lu foi de Bossuet qui le remercia par une lettre du 22 mai 1678. ■ — ■ Disserlatio in qua expanditur num nobilibus callwlicis in Hollandis jus competat pro arbitrio suo designandi ac nominandi pasiores super populum calholicum, in-4°, s. 1., 1682.

L'ouvrage capital de Néercassel, celui qui souleva le plus de polémiques et dans lequel apparaissent les principes rigoristes, a pour titre : Amor psenitens, sive de divini amoris ad psenitentiam necessitate et recto clavium nsu libri duo, cum appendice in qua quorumdam theologorum doctrines de remissione peccalorwn nonnullte difficultates proponuntur eldemonslralur vera sententia S. Thomw Aquinalis de sacramenlo pivnitentiie, in-8°, Utrecht, 1682; la seconde édition, très augmentée, parut en 1685, 2 vol. in-8°, avec l'approbation d'Arnaud, évêque d'Angers, 4 octobre 1685, de Montgaillard, évêque de Saint- Pons, 20 septembre 1685, de plusieurs théologiens belges et français. Les jansénistes d'ailleurs louèrent fort cet écrit et l'abbé Guibert le traduisit en français, 3 vol. in-12, Utrecht, 1741. Le P. Quesnel en fit aussi une traduction, d'après une lettre qu'il écrivait à l'évêque de Castorie le 1er janvier 1684 (Correspondance de Quesnel, t. n, p. 34, 35). L'ouvrage commence, par une lettre dédicatoire de l'évèquc à son clergé, puis il montre la nécessité et indique les conditions de l'amour de Dieu pour obtenir le pardon des péchés; le livre deuxième examine l'usage légitime des clefs et la conduite des confesseurs et des pénitents, par rapport au sacrement de pénitence. Dans l'Appendice, Néercassel propose plusieurs difficultés touchant la contrition et le pouvoir des clefs, et donne des éclaircissements sur quelques passages de son livre ; et dans une seconde partie, il montre que les Africains commencèrent de se confesser après les festins de débauche, et que les absolutions que l'on accordait à quelques pécheurs, dès qu'ils renonçaient au péché, ne peuvent autoriser et rendre légitimes les absolutions précipitées, contre lesquelles il s'est élevé dans le second livre de V Amour pénitent. Arnauld avait collaboré probablement à ce travail, et on trouve les mêmes idées et les mêmes expressions dans les Six dissertations sur l'opinion des docteurs de Louvain louchant la rémission des péchés par les sacrements, proposées ù M. Haslé, et dans la Dissertation sur le vrai sentiment de saint Thomas (voir Gùivres d' Arnauld, t. xxvi, p. 213-237). Néercassel avait concerté avec Arnauld le plan de cet ouvrage pour prouver la nécessité de l'amour dominant, et Arnauld composa plusieurs écrits pour défendre son ami (Œuvres d'Arnauld, t. n et iv, p. 155-184). Néercassel se défendit Lui-même, en divers écrits restés manusciits, qu'il laissa à son disciple Van Heussen, celui-là même qui rédigea, plus tard, la notice si élogieuse de Néercassel dans la Batavia sacra. Ce sont : une

Lettre à M. l'évêque de Grenoble, Le Camus, sur T Amor pœnilens pour le prier d'en prendre la défense auprès du pape, 16 février 1685; Lettre apologétique à un cardinal, 2 avril 1686; Apologie de l 'Amor p&nitens où l'on répond à cent dix-sept objections; Mémorial présenté à la Congrégation; Réponse à la lettre d'un jésuite, nommé LIonoratus Faber, à un de ses amis au sujet de l'Amor pœnilens; Déclaration de M. de Castorie sur les divers points qu'on trouve à redire dans son ouvrage; Dissertation où l'on fait voir qu'il faut, pour être justifié, avoir un amour de Dieu dominant. Ces divers écrits montrent la vivacité de l'attaque: cependant Innocent XI, sans approuver l'Amor pœnilens, ne voulut point le condamner, mais son successeur, Alexandre VIII, par un décret du 20 juin 1690, le condamna jusqu'à correction <• comme favorisant ouvertement la doctrine proscrite par le concile de Trente que la crainte des peines de l'enfer est mauvaise et nous rend encore plus méchants. » Néercassel laissa encore à son disciple d'autres manuscrits, parmi lesquels il faut citer deux traités, l'un Sur l'adoration en esprit et en vérité, et l'autre Sur le sacrement de confirmation.

Néercassel entretint une correspondance active avec divers personnages; la plupart de ses lettres sont restées inédites; celles qui ont été publiées se trouvent particulièrement dans les Œuvres d'Arnauld, t. m et t. iv, et dans la Correspondance de Bossuet, éditée par Urbain et Levesque, t. i, p. 383-389. et t. n, p. 185-186, 191-192, 223-225, 231-236, 363-364, 380-389.

Michaud, Biographie universelle, t. xxx, p. 282-283; Hœfer, Nouvelle biographie générale, t. xxxvii, col. 609; Feller-Weiss, Biographie universelle, t. vi, p. 187-188; Moréri, Le grand dictionnaire historigue, 1759, t. vu, p. 956- 957; Richard et Giraud, Bibliothèque sacrée, t. xvn, p. 381- 382; Nécrologe des plus célèbres défenseurs de la vérité du XVII' siècle, in-12, 1761, p. 223-224; Batavia sacra, in-fol., Bruxelles, 1714, II» partie, p. 476-504 (très élogieux) et reproduit en partie dans les Mémoires domestiques pour servir ri l'histoire de l'Oratoire du P. Batterel, édités par Ingold et Bonnardet, 4 vol., in-8», Paris, 1904, t. m, p. 209- 239; Recueil des vies de quelques prêtres de l'Oratoire du P. Cloyseault (Bibliothèque nationale, ms. fr. n° 20 943, fol. 471-491), édité par Ingold, Bibliothèque oratorienne, t. m, p. 57-73; Dictionnaire historique ou Histoire abrégée de tous les hommes nés dans les XVIII provinces belgiques..., 2 vol., in-12, Paris, 1786, t. n, p. 102-104; Dupin, Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques du X VIIe siècle, t. m, p. 407- 419; Delvenne, Biographie du royaume des Pays-Bas, ancienne et moderne, 2 vol., in-8°, Liège, 1829, t. H, p. 174; Gœthals, Lectures relatives à l'histoire des sciences, des arts, des lettres, des mœurs et de la politique en Belgique, 4 vol., in-8°, Bruxelles, 1837-1838, 1. 1, p. 179-188; Dupac de Bellegarde, Histoire abrégée de l'Église métropolitaine d' Utrecht, principalement depuis la Révolution arrivée dans les sept Provinces-Unies des Pays-Bas, sous Philippe 11 jusqu'il l'an 1784,3* édit., in-8", Bruxelles, 1852, p. 1 63-195 ; Hurter, Nomenclator, 3e édit., t. IV, col. 414-415; Gazier, Histoire générale du mouvement janséniste, 2 vol., in-8", Paris, 1922, t. Il, p. 30, 33.

J. Carreyrk.

NEESEN Laurent, théologien belge (1612- 1679). Né à Saint-Trond (prov. de Liège) en 1612. il fit ses humanités, sa philosophie et sa théologie à Louvain où il prit la licence. Dès 1638. il est nommé président du séminaire archiépiscopal de Malines, oïl il devait en même temps enseigner la théologie. Il demeura quarante ans à la tête de cette maison, où il mourut le 22 mai 1679, laissant une réputation d'extrême charité et de grand zèle sacerdotal. Son testament léguait tous ses biens au séminaire, à condition que les professeurs y seraient toujours pris dans le' clergé séculier à l'exclusion des religieux.

Neesen a laissé une œuvre théologique considé-

NEESEN (LAURENT) — NEMESIUS D'ÉMÈSE

rable, fruit de son long enseignement; elle a paru de son vivant en traités séparés qui ont été réunis postérieurement en deux gros volumes in-folio. — En 1675, il fait paraître à Malines : Theologia moralis chrisliana de aclibus humants, ad menlem SS. Auguslini et Thomœ, continens tutiores et securiores régulas dirigendi conscicnlias, in-4°; 2'' édit., cette môme année 1675, à Malines; Cologne, 1679. — En 1676, à Malines : Theologia moralis clirisliana de sacramenlis ad menlem SS. Auguslini el Thomas, continens securiores el tutiores régulas ea adminislrandi et suscipiendi, in-4°; 2« édit., Cologne, 1682. — En 1678, à Malines, Theologia chrisliana afjcctiva de Deo uno in rssenlia, trino in personis el Verbo incarnato, in-4°; édition corrigée, Liège, 1708. — En 1678 encore, à Cologne: Theologia moralis chrisliana de tribus virtutibus theologicis, fide, spe el charilale, in-4°. — Après la mort de Neesen, Philippe Bertrand, chanoine théologal de Malines, publia, à Liège, 1684 : Traclatus 1res de justilia el jure ad snpplementum Iheologiee moralis chrisliana', in-4°.

Postérieurement on a trouvé commode de rassembler ces divers traités suivant l'ordie général de la Somme théologique de saint Thomas. On eut ainsi : Universa theologia in duos tomos divisa ad mentem SS. Auguslini el Thomœ. exposita, in-fol., Lille, 1687, contenant : 1° les questions sur Dieu un et trine, et le Verbe incarné, p. 1-148; 2° avec une nouvelle pagination les actes humains, la conscience, les vertus, les péchés, les lois, la grâce, la justification, le mérite, p. 1-279 ;3#avec une nouvelle pagination encore, et la mention t. n, la foi, l'espérance, la charité. — La même année, 1687, paraissait à Anvers en un vol. in-fol. De justilia et jure traclatus très (I. De justitia el jure; IL De conlractibus ; III. De injuriis el damnis et restitutione) et, avec une nouvelle pagination, le De sacramentis. — L'universa theologia, publiée à Anvers en 1707 en un gros volume in-fol. en deux tomes, reproduit tous les traités dans l'ordre où nous les a^ons donnés.

En théologie morale, Neesen représente, comme l'indiquent plusieurs de ses titres, la tendance opposée au laxisme : il s'exprime en termes fort sévères sur le probabilisme en général; juge avec beaucoup de rigueur la probabilité ab extrinseco,et érige en principe la thèse qu'il n'est pas permis de suivre une opinion moins probable, au détriment d'une autre qui l'est davantage : quamvis multi hoc lempore affirment, tamen altentis et bene consideralis rationibus complurium magnœ aulhoritatis theologorum cogimur in oppositam tulioremque senlenliam abire, el absolule respondere, neminem, per se loquendo, tula conscientia posse sequi senlenliam minus probabilem relicta probabiliori. De act. hum., édit. de 1707, p. 107. Cette attitude générale se traduit par un certain rigorisme dans les applications pratiques, où très souvent l'auteur se prononce pour l'existence de péché mortel là où il ne semblerait pas y avoir matière. — En théologie dogmatique, Neesen est profondément thomiste, ou plutôt augustinien. et s'inscrit en vive réaction contre le molinisme; il donne de diverses propositions de Baïus une interprétation bénigne qu'il déclare compatible avec la foi catholique. Voir même traité, p. 213 sq. Pour ce qui est de l'infaillibilité du pape, il essaie de trouver un moyen terme entre l'opinion gallicane et la doctrine ultramontaine. » Pour que le pape soit infaillible, dit-il, il faut qu'avant de prononcer en matière de foi ou de mœurs, il ait procédé à un examen soigneux de la question, discuté le pour et le contre et pris conseil de personnes savantes et pieuses. Quod tamen non ita venit intelligendum quasi infallibilitas resideal in cœlu virorum doctorum quos assumit, sed quia ille prœrequirilur lanquam conditio

sine qua Spiritus Sanctus ei deftnienti infallibililer non assislet ». De tribus virt. theol., p. 21-22.

Il n'était pas inutile de caractériser cette théologie de Neesen sur les points discutés au xvir et au xvmsiècle en dogme comme en morale. La Theologia universa, en elïet, a été classique en Belgique durant toute cette période. Quand Pierre Dens (voir ici t. iv, col. 421), un des successeurs de Neesen dans la direction du séminaire de Malines, voudra pourvoir aux besoins intellectuels nouveaux du clergé, H commencera par supplémenter la théologie de Neesen et, finalement, sa Theologia ad usum seminariorum se présentera comme une refonte de celle de Neesen, dont elle conserve le plan général et, jusqu'à un certain point, l'esprit.

Foppens, Bibliotheca belgica, t. n, p. 811; Paquot, Mémoires pour servir à l'histoire littéraire des Pays-Bas, t. xvi, p. 300-405; Biographie nationale de Belgique, t. xv, col. 560; Hurter, Nomenclator, 3e édit., t. iv, col. 49, qui ne laisse guère soupçonner l'importance de l'auteur.

É. Amann.

NÉHÉMIE, voir Esdras et Néhémie (Livres de) t. v, col. 522 sq,

NÉMÉSIUS D'ÉMÈSE. — En tête d'un traité intitulé De la nature de l'homme, IIspl (pûcreoiç àv0po>7rou, se lit dans les manuscrits qui l'ont conservé le nom de Némésius, évêque d'Émèse (aujourd'hui Homs) en Syrie. Cet évêque, auquel un des manuscrits donne le surnom d'Adamantius (,Ao'(X[i.avT«ovoç toù y.où Nefxeaîou) ne nous est pas autrement connu, et il n'y a aucune raison de l'identifier, comme on l'a fait jadis, avec un Némésius gouverneur de Cappadoce, un correspondant de Grégoire de Nazianze (cf. Epist., cxcviii-cci, et Pcem., 1. II, sect.n, n. 7, P. G., t. xxxvn, col. 324-329, col. 1551-1577). Tout ce que l'on peut dire de lui se tire exclusivement de son ouvrage qu'il y a donc lieu de présenter d'abord. Texte dans P. G., t. xl, col. 504-817.

I. Le traité de natvra ho mi xi s. — C'est un traité d'ordre philosophique sur l'homme, sa constitution, son organisation, sa destinée, le premier traité complet d'anthropologie, semble-t-il.

1° Le contenu. — L'auteur commence par situer l'homme dans le cosmos et par faire remarquer comment la Providence, en le créant, a voulu établir un trait d'union entre les deux sortes d'êtres, matériels et immatériels. Microcosme dans le macrocosme, l'homme apparaît ainsi comme le centre de l'univers qui est fait pour lui, c. i. — L'homme se composant de corps et d'âme (car il n'y a pas lieu de retenir la division trichotomique proposée par Platon et Apollinaire à sa suite), il convient d'abord de définir ce qu'est l'âme. Rejetant les doctrines matérialistes, et tout autant l'opinion d'Aristote qui fait de l'âme l'entéléchie du corps, l'auteur s'arrête à la conception platonicienne qui définit l'âme une substance incorporelle, oùoîa tEç Ècttiv ào-a>(i.aToç Y)<J;uXr);et.conséquemment immortelle. Col. 589. Et, tout en s'exprimant sur la nature de l'âme, Némésius raisonne sur son origine. Sur ce point encore, il se rallie à l'idée platonicienne de la préexistence des âmes, et repousse le créatianisme, le traducianisme aussi bien que legénératianisme. Il semblerait même au premier abord qu'il admettrait la métempsycose, au moins de la façon restreinte dont la proposait Jamblique. Mais ce n'est là qu'une impression; à une étude plus attentive des passages où il est question de la transmigration des âmes, on s'aperçoit que notre philosophe cite seulement la doctrine de la métempsycose comme une preuve de la croyance des anciens philosophes à l'immortalité de l'âme. Voir col. 581-589. Toutes ces discussions remplissent le c. n qui est fort long.

NÉMÉSIUS D'ÉMÈSE

Le c. m, épuisant la question métaphysique, est relatif à l'union de l'âme et du corps. Némésius saisit très exactement l'acuité du problème que pose l'union de deux substances en un seul composé. Il ne veut pas entendre parler de mélange, de juxtaposition: il abandonne même l'idée platonicienne du corps vêtement de l'âme, pour se rallier à une conception qu'il déclare emprunter à Ammonius Saccas, le maître de Plotin. Voir col. 593-600. Il n'en est pas, dit-il, de l'union d'une substance immatérielle (votjtoù) avec un corps comme de l'union de deux substances corporelles. Car l'être immatériel demeure distinct et incorruptible (àaûy)(OTOV xal àSiâcpOopov). L'union se fait sans qu'il en résulte de changement. L'âme est donc unie au corps, mais elle n'est pas confondue avec lui; elle peut s'isoler en quelque sorte de lui pendant le sommeil, par exemple, ou dans la contemplation (ôxav xocO' èauTTjv £7uaxÉiro)Taî ti twv voy)tgSv). Col. 597 A. De même que le soleil, par sa présence, transforme l'air en lumière, en le rendant lumineux, et qu'ainsi la lumière est unie à l'air sans se confondre avec lui, de même l'âme étant unie au corps, en demeure tout à fait distincte. Ibid. Et notre auteur de renforcer son explication en faisant appel à l'union du Verbe divin avec l'humanité, -rîj Tipbç tôv ÔcvOpcoTrov évwCTEi toû ©sou Aoyou. Dans cette union le Verbe est demeuré distinct et incirconscriptible, à.aùyyuToç xal à7TspîXy]7iToç. Col. 601 A. Il y a pourtant une différence importante entre ces deux modes d'union. L'âme est en communication de sentiments avec le corps, Soxsî GU[inâ.ay£iv toï acôjzaTi. Au contraire, le Verbe n'éprouve aucun Changement par son union avec le corps et l'âme, il ne participe point à leur faiblesse; niais, en leur communiquant sa divinité, il ne fait qu'un a\ec eux, tout en demeurant ce qu'il était avant l'union : (xeraSiSoùç aù-roïç -rrjç ÉauTOu ©eÔTijroç, yiverai aov aù-roïç ëv, uivcov èv 0i7cep 9)v xal 7cpà tîjç évwaewç. C'est donc là une sorte d'union toute nouvelle; il s'unit sans se mêler, sans se confondre, sans altération ni changement; il n'est point en communication de passion, mais seulement d'action, où cnjjzTrâtjywv, àXXà aujjOTpàTTcov [xovov,... restant ainsi immuable et distinct, npbç x£> [i.évei.v (ScxpETtTOç xal àauyxuToç, parce qu'il n'est capable d'aucune sorte de changement. Col. 601 B. Et Némésius est tout heureux de citer un texte de Porphyre exprimant clairement qu'un tel concept philosophique n'a en soi rien d'inadmissible. Le chapitre se clôt par une allufion aux doctrines d'Eunomius sur l'incarnation, et aux propos de certains hommes illustres sur le mode d'union qui serait non point par nature, mais par bienveillance. Oùx sùSoxia toîvuv ô xpôiroç tîjç évaxjscoç, côç Ttat Toiv èvSôEtov àvSpwv Soxst, àXX' yj cpùatç atxwc.

Hâtons-nous d'ajouter que cette digression théologique ne doit pas donner le change sui le caractère vrai de l'ouvrage. Descendant de ces hauteurs, l'évêque d'Émèse consacre la plus grande partie de son livre à ce que nous appelons aujourd'hui la psychologie expérimentale, et dans celle-ci même il fait une large place aux fonctions sensorielles et à leurs organes. Galien, qu'il semble avoir étudié d'assez près, lui fournit un bagage de notions anatomiques et physiologiques qui n'est nullement méprisable. L'étude des sens internes, bien qu'un peu rapidement faite, est néanmoins suffisante, et l'on trouvera sur le rôle de la mémoire et même du jugement dans la perception, des formules bien frappées. Cf. c. xm, col. 661. La théorie de la connaissance intellectuelle est moins heureuse, et l'auteur qui en traite de manière tout à fait dispersée, semble se rattacher à la doctiine de la réminiscence de Platon. Voir par ex. c. xm, col. 661 C : « Il y a une sorte de réminiscence.

àvâ[i,VT)cnç, qui n'a pas pour objet ce qui a été perçu par les sens ou l'intelligence, mais les notions natulelles, cpoatxal èvvotai. Or, nous appelons notions naturelles, celles que tout le monde a sans étude préliminaire, comme par exemple celle de l'existence de Dieu. C'est ce que Platon appelle réminiscence des idées. »

A l'étude des fonctions de connaissance fait suite celle de la vie affective, puis de la vie végétative; enfin les phénomènes de volonté sont longuement décrits, c. xxix-xli. Némésius défend l'existence du libre arbitre, tant au nom de la doctrine chrétienne que pour des raisons d'ordre moral et métaphysique. Le tout se termine par trois chapitres consaciés à la providence divine. L'ouvrage, qui semble n'avoir pas été mis définitivement au point, manque de conclusion.

2° Caractères généraux. — S'il n'est pas un chefd'œuvre, le traité en question présente à coup sûr un très vif intérêt. L'auteur se montre suffisamment renseigné sur les doctrines philosophiques émises au cours des âges. Sans doute, il ne les connaît pas toujours de première main, mais par des compendiuin, par ces placita philos ophorum qui étaient alors en circulation. 11 ne laisse pas de les comprendre de façon exacte et de les ciitiquer avec discernement. D'ordinaire, il procède sur les diverses questions par voie d'exposé des solutions, qu'il examine les unes après les autres, donnant ensuite celle qui lui paraît véritable. Il ne s'attache d'ailleurs de façon exclusive à aucune école; ses préférences générales vont sans doute au platonisme et plus encore au néoplatonisme qu'il semble assez bien connaître; Aristote ne lui agrée guère, bien qu'il lui emprunte une grande partie de la doctrine de la volonté libre. Il ne s'interdit pas de chercher dans la théologie des points d'appui pour ses démonstrations; mais il fait parfaitement le départ entre les deux sources de connaissance, révélée et naturelle. Ainsi, parlant de la Providence, il dit que la meilleure preuve qu'on en puisse donner, c'est le fait que Dieu lui-même s'est fait homme pour nous; mais il ajoute aussitôt : « Comme ce ne sont pas seulement les chrétiens que nous voulons convaincre et que nous nous adressons aussi aux gentils (Trpoç "EXXyjvaç), nous allons leur démontrer l'existence de la Providence par des arguments propres à les persuader. » C. xlii, col. 781 B.

IL Auteur et date. — Tout ceci montre que nous avons affaire non avec un philosophe profane, mais avec un chrétien fort instruit des choses religieuses.

Bien donc ne s'oppose à l'attribution faite de notre traité à un évêque, tant par les manuscrits que par quelques citations anciennes. En l'absence de toute donnée ferme, la date de la composition est plus délicate à déterminer. L'auteur écrit après la publication des ouvrages d'Apollinaire (le Jeune) et d'Eunomius qui sont expressément cités et réfutés. La doctrine christologique qu'il expose en passant, voir col. 63, est nettement opposée à celle dont Eutychès a été dès 440 le plus fameux représentant. Le fait toutefois que l'archimandrite constantinopolitain n'est pas nommé, semblerait indiquer que le traité a été écrit avant l'éclat définitif. Il n'est pas non plus question de Nestorius, et pourtant la formule christologique de l'école d'Antioche est expressément donnée, et d'ailleurs rejetée, bien qu'elle soit le fait â'hommes illustres. On a voulu voir ici une allusion à Théodore de Mopsuesle, ce qui est possible, mais à condition qu'on lui adjoigne au moins une autre illustration. Pourquoi ne serait-ce pas Nestorius ou même Théodoret? Nous voici donc ramenés non pas à la fin du iv" siècle, comme on l'a prétendu, mais à l'intervalle

NEMESIUS D'EMÈSE

GG

qui sépare le concile d'Éphèse de celui de Chalcédoine. Notre auteur, on l'aura remarqué, sans admettre la formule de l'union par bon plaisir, xoct' eùSoxîav, admet la terminologie antochienne, telle qu'elle se précise dans VEranistea de Théodoret. Il emploie avec prédilection, en parlant du Verbe incarné, les é|)ithètes d'àaùyyuTOç, d'àrpercToç, qui de l'œuvre de Théodoret passeront dans la formule du concile de 451. Il insiste avec autant de force sur l'idée que le Verbe est à7râ0r(ç, qu'il ne prend aucune part aux passions de l'humanité, oùaujxTrâaxwv, àXXà auu.7TpdcTTa>v. N'estpas encore du Théodoret? En sorte qu'on chercherait assez volontiers l'auteur parmi ces Antiochiens, qui entre 431 et 451, tout en abandonnant la personne de Nestorius, entendent bien ne rien sacrifier des affirmations dyophysites. Mais il est du nombre des prudents, de ceux qui jugent inutile de soulever les questions de personnes, à un moment surtout où le monophysisme semble pouvoir compter sur la faveur impériale. — Sans doute, on a fait valoir que la polémique contre Apollinaire et Eunomius n'est plus guère de saison vers les années 410. Mais on oublie, ce disant, que toute la polémique antimonophysite faisait valoir l'origine apollinariste de la doctrine de l'unique nature. L'on ne remarque pas non plus que d'Eunomius ce qui est rejeté, c'est moins son enseignement tri ni taire que ses théories psychologiques et christologiques. Cf. c. m, col. 605 A. — Il nous semble donc qu'ilfaut revenir sur ce point auxvues des anciens cri tiques ecclésiastiques, vues confirmées par le suffrage des historiens de la philosophie grecque, tels que Ritter et Zeller, quoi qu'en aient dit D. Bender et à sa suite O. Bardenhewer. — ■ 11 n'y a pas lieu d'attribuer à Némésius un petit traité De contemnenda morte, publié sous le nom de Démélrius Kydonès, moine du xivc siècle (cf. P. G.,t. cliv, col. 1169- 1212), et dans la petite collection Teubner (éd. H. Deckelmann, 1901). Les preuves de cette attribution qu'à prétendu fournir J. Drâseke, dans Zeitsch. fur mssensch. Théologie, 1901, t. xi.iv, p. 391-410, n'ont pas convaincu les critiques.

III. Histoire posthumk. — On ne voit pas que le traité de Némésius ait d'abord attiré l'attention. On ne le trouve cité que rarement par son nom dans la littérature grecque : un Anastase, archevêque de Nicée, de date imprécise, lui emprunte avec référence deux réponses dans les 'EpcoT^aeiç xal àTTOxpîaeiç, mises sous le nom d'Anastase le Sinaïte, voir P. G., t. lxxxix, col. 505, 515; au x* siècle, Moïse Barcépha le cite dans son De parudiso, I, xx, P. G., î. exi, col. 508 A. Mais certains auteurs ne se font pas faule de le copier sans rien dire. Saint Jean Damascène le résume longuement au 1. II de la Foi orthodoxe, c. xii-xxx, P. G., t. xciv, col. 917-969; au i.v siècle un certain Mélétios,» moine et médecin, le pille littéralement dans son traité Ilôpl -rîjç toù àvOpajreou xaTaaxeuîjç. Texte dans J. A. Cramer, Anecdola grœca Oxonens., t. m, p. 1-157.

On a reproché à Méléiios d'avoir fait cet emprunt sans le signaler. Ce n'est pas exact. En sa préface, le moine-médecin donne ses sources, parmi lesquelles il signale Grégoire de Nysse. Loc. cit., p. 1. Or c'est Némésius qu'il désigne par ce nom. Depuis quelque temps déjà, en effet, l'œuvre de l'évèque d'Émèse circulait sous le nom de celui de Nysse, comme le prouve une version arménienne du viiie siècle qui donne ce livre comme étant de Grégoire. Ce dernier, on le sait, avait composé comme suite à V Hexameron de son frère Basile un De opificio hominis, Ilepl xoexaaxeuTJç àvOpwTiou, qui, par suite de l'analogie des titres et aussi du contenu, a attiré à lui le travail de Némésius. Aussi une partie de ce dernier ouvrage figure-t-ellc encore sous le nom de Grégoire de Nysse.

D1CT. DE THÉOL; CATHOL

Voir P. G., t. xi.v, col. 188-221, et comparer avec t. XL, col. 536-608.

L'Occident en définitive sera victime de la môme erreur. Sans doute la première traduction latine qui est faite au xr siècle par le médecin Alfan de Salernc, t 1085 comme archevêque de cette ville, met le traité sous le nom de Némésius; mais celle version, d'ailleurs fort médiocre, cède bientôt la place à celle que donne, au milieu du xir siècle, Burgundio de Fisc, le grand traducteur de l'époque (cl. J. de Ghellinck, Le mouvement théoiogique du xir siècle, p. 215 sq.). Or Burgundio publie le traité sous le nom de Grégoire de Nysse; son texte, vite devenu classique, impose celte attribution à toute l'École. Albert le Grand, saint Thomas d'Aquin ne connaîtront que le Nijssenus. Il est visible que le Docteur angélique s'est inspiré continuellement, dans toute la partie de la Ia qui traite de l'homme, non seulement du Damascène, mais de Némésius sous le nom de Grégoire de Nysse. Si ce dernier est assez rarement cité de façon expresse (voir pourtant q. Lxxxr,a. 2; q. lxxxii, a. 5; q. cm, a. 6), il est incontestable que son texte est sous-jacent à celui de la Somme théologique de la q. î.xxv à la q. i.xxxiii et aussi à la q. cxvi. 11 y aurait un joli travail à faire sur les emprunts textuels que lui a faits l'Ange de l'École, sur la manière dont il a su ramener à l'orthodoxie péripatéticienne le platonisme de Némésius, sur l'influence qu'eut, en définitive, dans un monde si différent du sien, le vieil évoque d'Émèse.

1. Texte et versions. — - ln Texte grec. — Il a été publié pour la première fois par Nicaise Ellebod, Anvers, 1565; puis à Oxford (probablement par l'évèque Paul Fill) en 1671 ; le théologien protestant Chr. Fr. Matthsei en a donné une nouvelle édition à Halle en 1802; reproduite dans P. G., t. xl, col. 504-817, avec à la suite les notes de l'édition d'Oxford. Il manque une édition critique; voir ci-dessous, études sur le texte

2° Versions. — 1. Lutines. — Celle d'Alfan de Salerne, publiée d'abord par C. Holzinger, qui n'en connaissait pas l'auteur, Leipzig, 1882, l'a été, en 1917, par K. J. Burkhard dans la petite collection Teubner, Nemesi episcopi Premnon physicon, sive Hep; ç-JasoK à/6po>Tcou, liber a N. Alfano archiep. Salerni in latinum translatus. — Celle de Burgundio de Pise l'a été par le même Burkhard dans cinq programmes de gymnase, Jahresbcricht des k. k. Staals Gymnasiums ini XII. Bezirk von Wien, Vienne, 1891, 1892, 1896, 1901, 1902. La Renaissance a vu paraître les traductions de Jean Cono, Strasbourg, 1512, et de Georges Valla, Lyon,

2. Arménienne. — ■ Sur cette version ancienne, voir les travaux italiens indiqués dans l'édit. d'Alfan par Burkhard, p. x-xi; je ne saurais dire jusqu'à quel point la version arménienne publiée à Venise, 1880, s'appuie sur l'ancienne.

3. Syriaque. — Il y a eu certainement au Moyen Age une version syriaque, au moins partielle; voir J. Pràscke, Zeitschrift fur wissenschaftliche Théologie, 1003, t. xlvi, p. 506 sq.

4. Modernes. — ■ Signalons au moins la traduction française de J. B. Thibault, Paris, 1844; l'allemande d'Osterhammer, Salzbourg, 1813.

IL Travaux, — ■ 1° Sur le texte. — ■ Rien n'a été fait pour le texte grec depuis l'édition de Matthœi. Les travaux commencés par Burkhard, et publiés dans les Wiener Sludien, 1888, t. x, p. 03-135; 1889, t. xi, p. 143 sq.; 243 sq., n'ont pas abouti à l'édition qu'il voulait faire; voir aussi du même, Zur Kapitelfolge in Nemesius, dans Philologus, 1910, t. lxix, p. 35-39, et Johannes von Damaskus' Ausziige uns Nemesius, dans Wiener Eranos, Vienne, 1909, p. 89-101.

2° Sur les sources et le contenu. — ■ M. Evangelidès, Zwei Kapitel aus einer Monographie iiber Nemesius und seine Quellen (thèse), Berlin, 1882; D. Bender, Untersuchungen zu Nemesius von Emese (thèse), Leipzig, 1898; B. Dotnanski, Die Psychologie des Neniesius, dans les Beitràgc zur Gesch. der Philosophie des M. A. de Bàumker, t. m, fasc. 1, 1900, excellente étude; W. W. .Jager, Nemesios ion Emcsa, Quellenforschunaen zum Neuplatonismus und seinen Anfàngen bei Poseidonios, Berlin, 1914, fuligineux à plaisir;

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