‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 16 sur 233 · N ERS ES IV · texte numérisé non relu

N ERS ES IV

millénariste aboutissant à un véritable schisme, Denys se rendit sur les lieux, à un moment où Népos étaii déjà mort; il discuta avec ses partisans el fut assez heureux pour les ramener à l'unité ecclésiastique. Ce lui fut l'occasion d'écrire un ouvrage en deux livres intitulé : Sur les promesses, IIspl èna.yy£7,M\i. Il y parle de Népos, comme d'un évèque recomniandable pour sa foi, son zèle, son application aux Saintes lettres el sa « psalmodie abondante > encore en honneur, tîjç 7roXX9jç ^«XfzcpSîaç, f) [jiixP1 vùv toXXoI tcov àSsX<p<ov EÙ6o(j.oûvTai. Mais le livre où il interprétait littéralement l'Apocalypse, à rencontre des tendances allégorisantes de l'École d'Alexandrie, risquait de faire beaucoup de mal. A en croire Denys, Népos, par son exégèse, amenait les simples à penser que tous les enseignements ecclésiastiques sur l'avènement de Jésus, la résurrection des morts et ce qui s'ensuit, se l'amenaient en somme ù la promesse d'un bonheur terrestre, uixpà xal 6vy)Ta xal oïa Ta vûv. Il semble toutefois bien difficile de croire que Népos n'enseignait pas une vie éternelle à l'expiration du millénium. Gennade décrit avec plus de précision le système de Népos. D'abord aurait lieu la résurrection des justes, leur bonheur sur la terre avec le Christ, au terme du millénium la résurrection des impies. Durani le millénium il continue à subsister dans un coin de la terre des impies, qui au dernier jour viennent à l'assaut du royaume de Dieu et que le Tout-Puissant anéantit. De eccles. doç/matibus, c. lv, P. L., t. lviii, col. 994-995. On se demande où Gennade a trouvé ces détails sur Népos, dont il n'a sans doute pas eu le livre en main. Ce qu'il décrit là, c'est bien l'eschatologie de Lactance qu'il aura prêtée au vieil évèque égyptien. — Quant aux hymnes et aux travaux sur l'Écriture que Népos avait pu composer, nous ne les connaissons que par l'obscure allusion qu'y fait Denys.

La source unique semble bien être Eusèbe; ce que dit saint Jérôme dans sa notice sur Denys d'Alexandrie, De vir. ill., n. 69, dérive exclusivement de VHist. eccl., vraisemblablement aussi l'assertion de Gennade.

Tillemont, Mémoires, t. iv, p. 261-266, ne fait guère que paraphraser le texte d'Eusèbe; J. G. Schupart, Chiliasmus Nepotis, Giessen, 1724, profite de cette occasion pour attaquer Fllluminisme de Q.Kuhlmann,Jacques Bœhm et autres; CL. Feltoe, The lelters of Dionysius of A., Cambridge, 1904.

É. Amann.

1. NERSÈS IV, catholicos arménien du 17 avril 1166 au 13 août 1173, appelé aussi Glaïetsi mi Klayetsi du nom de sa résidence Hromglah (Rom- Kelah « château romain »). Son autre surnom, très usité chez les Arméniens, Chnorhali (Chenorhali), le Gracieux, lui fut appliqué par ses contemporains comme expression de son caractère affable et philanthropique, ainsi que du style éloquent et classique de ses ouvrages. Nersès Glayetsi ou Chnorhali a été, en effet, non seulement un des plus grands patriarches et docteurs de l'Église arménienne, mais encore un coryphée de la littérature haïcanienne, qu'il illustra d'épopées célèbres. Issu, en 1102, de souche pahlavounienne, arrière-petil-fds de Grégoire Magistros et frère du catholicos Grégoire III Pahlavouni (1113- 1166), il passa sa première jeunesse vaquant aux études et aux œuvres pieuses, dans le célèbre couvent de Garmir-Vankh (couvent-rouge) situé sur le Siavliarn. la « Montagne Noire », en Cilicie, en compagnie de son frère aîné Grégoire, lequel, élu patriarche d'Arménie en 1113, conféra personnellement l'ordination sacerdotale à son frère Nersès à l'âge de 18 ans en 1135, et l'éleva, peu après, à l'épiscopat. Durant le long pontificat de son frère, Grégoire III,- qui régna 53 ans, Nersès Glayetsi fut à vrai dire l'âme et le ressort de la chancellerie patriarcale, ce fut lui qui

comme coadjuteur spirituel cl conseiller-secrétaire, assista le catholicos avec le plus grand dévouement. En 1139, l'évêque Nersès accompagna Grégoire 111 au synode lai in d'Antioche. La grande et noble tâche de la réunion de l'Église arménienne à l'Église grecque, entreprise déjà par le catholicos Grégoire III, qui à cet effet avait convoqué (1165) le concile ou synode général de Hromglah, eut en Nersès un promoteur ardent. En 1166, ordonné catholicos, à un âgeavancé, il exerça cette charge pleinement après la mort de Grégoire III, survenue dans la même année 1160. Tous ses efforts convergèrent dès ce moment vers l'union des deux Églises. Nersès qui, encore du vivant de son prédécesseur, avait conféré, au cours d'un voyage en Cilicie, avec Alexis, gendre de l'empereur Manuel Ier Comnène, sur la question de l'union, fut invité par l'empereur à une conférence personnelle à Constantinople. Nersès, retenu à Hromglah par le concile qu'il présidait, fit parvenir à Manuel 1er un traité théologique exposant la foi de l'Église haïcano-grégorienne. Dans ce premier traité, Nersès Clayétsi s'applique surtout à montrer l'inanité de l'affirmation grecque, qui reprochait aux Arméniens l'hérésie monophysite, en exposant que les termes « d'une seule nature dans le Christ » étaient compris par les Arméniens, non dans le sens d'Eutychès, mais dans le sens orthodoxe représenté par saint Cyrille d'Alexandrie, à savoir celui de l'unité de personne. Les Arméniens emploient, conlinuc son exposé, le terme une seule nature pour signifier l'union indivisible du Verbe divin avec l'humanité. Si, au lieu d'employer le terme arménien antzn « la personne » ou « l'hypostase », Nersès, suivant l'usage arménien, préfère la formule basée sur l'arménien bnoulhiun «la nature », c'est tout simplement par esprit conservateur et par un certain opportunisme de chef d'Église nationale, guidé et déterminé par l'appréhension du nestorianisme. Bref, le catholicos arménien dans son traité justifiait, malgré certains termes inusités en théologie orthodoxe, l'enseignement grégorien sur l'incarnation et les autres points de dogme contestés par les Grecs. L'empereur et le patriarche, pleinement satisfaits, et préoccupés d'achever la magnifique entreprise de l'union des Églises, envoyèrent à cette fin.de Constantinople à Hromglah, pour siéger au concile, le célèbre théologien et philosophe Théorianus. Cette conférenceentre Théorianus et Nersès IV se prolongea jusqu'en 1170. Retourné à Constantinople, Théorianus présentait à l'empereur deux lettres de Nersès, une intime et une autre officielle, dans lesquelles le catholicos réitérait ses dispositions pour une union prochaine, et constatait que les Églises grecque et arménienne ne différaient pas essentiellement dans le dogme. Néanmoins, il se réservait d'en appeler auparavant au concile des évêques de son Église, avant de publier la profession de foi demandée par les Grecs.

En 1172, eut lieu une seconde conférence de Théorianus, représentant du patriarche grec, avec Nersès, en présence de prélats et docteurs arméniens et syriens, où Nersès se montra extrêmement conciliant, n'ayant qu'un but, celui de dissiper les points en litige et de concilier ses évêques avec le parti grec. Outre le dogme de la dualité des natures dans le Christ, Nersès accepta encore la correction de certains usages contraires à la pratique des Grecs (Tournebize, Hisl. pol. et religieuse de l'Arménie, p. 248). Il céda et fit des concessions jusqu'au delà de ce qui était exigible pour la réconciliation. Neuf points furent formulés comme bases et conditions de l'union. Par son esprit de modération, il avait tout préparé pour achever l'œuvre et consacrer l'union en un grand concile des évêques arméniens. Cependant le forma-

NERSÈS IV -- NERSÈS DE LAMPRON

lisme outré et l'orgueil dominateur des Grecs déjouèrent l'entreprise d'unification qui, par suite d'éternels atermoiements, dut rester inachevée. Déjà l'évèque d'Albanie et ceux d'Arménie étaient invités à se rendre au synode de la réconciliation, quand le vénérable calholicos, âgé de 75 ans, mourut à Hromglah, en 1173. Reconnu et vénéré comme saint déjà de son vivant, il fut béatifié et canonisé solennellement, bientôt après, par l'Eglise arménienne qui l'exalte comme l'une de ses plus grandes gloires.

Ses œuvres théologiques se divisent en écrits exégétiques (interprétation de l'évangile de saint Matthieu) et en traites dogmatiques exposant la foi et les usages de l'Église arménienne, généralement en forme de lettres adressées à l'empereur Manuel Ior, au patriarche grec, au patriarche syrien Michel. Son encyclique promulguée au début de son règne (1166) au peuple arménien et son mandement pastoral adressé aux prêtres de Samosate, nous fournissent un précieux tableau de la situation religieuse de l'Arménie contemporaine. L'abbé Villefroy, docte arménologue, cite Nersès Glayetsi, comme « l'un des plus éloquents Pères de l'Église arménienne ». Citons spécialement encore son célèbre livre ou formulaire de prières, contenant les oraisons pour « les 24 heures du jour et de la nuit » et divisé en 24 paragraphes, ouvrage traduit en 36 langues (Cappelletti, t. ri, p. 171 sq.: Venise, 1882).

Nersès Chnorhali ou Glayetsi est grand surtout comme poète. Son chef-d'œuvre intitulé : Yesous Orli, Jésus le fils, d'après les deux mots initiaux, est une histoire poétique ou chronique rimée de l'Écriture sainte, donnant en résumé un tableau magnifiquement combiné et coloré de l'Ancien et du Nouveau Testament, en trois parties, et en 8 000 vers, ouvrage qualifié comme épopée « vraiment divine » par le P. Jacques Villotte. Déjà, dans sa jeunesse, il avait ébauché une histoire poétique de l'Arménie, Vipasanouthiun « Épopée ». En outre nous avons de Nersès : 1. Une Élégie sur la prise d'Édesse par le sultan d'Alep, Emadeddin Zenghi, en 1144, contenant 2 090 vers, dont le titre arménien porte : Oraison-Lamenlalion, composée poétiquement selon le style d'Homère, sur la prise de la grande Édesse, dans l'an 593 de l'ère arménienne, le 23 décembre, dans la troisième heure d'un dimanche. 2. Deux homélies en vers, l'une sur la sainte Croix, l'autre sur la hiérarchie divine. 3. Une grande série de poésies sacrées relatives à différents sujets en mètres prosodiques variés.

Epistola pustoralis S. Nerselis Clajensis quam ex armenio latinitate primum donalam... edidit Joseph Cappelletti, Venise, 1829; Oghpe Edessia khaghakhi, Elégie sur la ville d'Édesse, édition originale, Madras, 1810; Élégie sur la prise d'Édesse par les musulmans, par Nersès Klaietsi patriarche d'Arménie, publiée pour la première fois, en arménien, par le Dr. .T. Zohrab, ouvrage publié par la Société asiatique, Paris, 1828; Recueil des historiens des croisades, Documents arméniens, 1. 1, p. 226-208; Élégie sur la prise d'Édesse, édité avec version française par Edouard Dulaurier; Sancli Nerselis Clajensis Armeniorum catholici opéra, nunc primum ex cu-menio in latinum conversa notisque illustrata studio et labore D. Joscphi Cappelletti, presbgteri veneti, vol. i-n, Venetiis, typis PP. Mechitharistarum in Insida S. Lazari, MDCCCXXXIII, in-8", 287 p.; Preces sancli Nierses Armeniorum patriarches, Turcice, Grœce, Latine, Italice et Gallice redditœ, Venise, Saint-Lazare, 1810; Preces Nierses Clajensis sexdccim linguis Armenice literalis, Armenice vulgaris, Grœce literalis, Grœce vulgaris. Latine, Italice, Gallice, Ilispanice, Germanice, Anglice, Ilollandice, Illyrice, Serviane, Ilungarice, Turcice cl Talarice armeniacis eharacteribus, Venise, Saint-Lazare, 1813; Preces... editœ, Ven., 1837 : Additio : Islandlce, lingua antiqua Danorum, Danice, C.roenlandice (1-13). —Preces... triginla sex linguis : .lilhiopiee, Alba.no- Gheghice, Anglice,

Arabice, Armenice, Cantabrice, Celtice, Chaldaice, Danice,

Gallice, Germanice, Grivce, Groenlandice, Hebraicc, Iliber-

nice, Hispanice, Ilollandice, Ilungarice, Iberice, Illi-

rice, etc., etc., Venise, 1882, 600 p.; Nersès Chnorhali,

œuvres poétiques [Jésus le fils, Yissous Orli (épopée

biblique), etc., etc.], Venise, 1830 (arménien); F. Nève,

Le patriarche Nersès IV, dit Schnorhali, envisagé comme

écrivain (L'Arménie chrétienne, Louvain, 1886, p. 269,

286, etc.); Fr. Tournebize, Histoire politique et religieuse

de l'Arménie, Paris, 1000, p. 239-253; Gareguin, Histoire de

la littérature arménienne, p. 621-642; Nouvelle bibliographie

arménienne, par P. Arsène Ghazikian, Venise, 1909, p. 223-

J.Karst.

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