NESTORIUS
disciplinaires, l'unité dans les dogmes et reconnaître, comme le proclame l'une de leurs hymnes, que l'Eglise arménienne a été bâtie sur le fondement posé à Rome. Et puis, Léon II, par son exemple, ne l'autorise-t-il pas à garder quelques usages latins, qui •d'ailleurs n'intéressent pas la foi? Que le roi, en elïet, abandonne le premier, lui dit-il, les coutumes féodales empruntées aux Franks : « Xe tenez point la tête nue, à l'instar des princes et des rois franks; mais coiffez plutôt le charpouche (turban) de vos aïeux; laissez, comme eux, croître les cheveux et la barbe; revêtez le large et épais toura (manteau en poils de chèvres) et non le pilon (manteau de pourpre) et les habits serrés autour du corps. Montez des coursiers couverts du caparaçon (djouschan) et non des chevaux couverts de la housse franque (lehl). Prenez les litres d'émir, de hadjeb (gouverneur de ville ou chambellan), de marzban (gouverneur des provinces frontières), de spassalar (pers. sipah-salar « commandant ») et non pas les titres usités chez les Latins : sire, proximos (lieutenant, intendant), connétable, maréchal, chevalier. Rétablissez l'ancienne étiquette des Perses et des Arméniens, et nous célébrerons la messe, comme les gens de Tzoroked (en Grande Arménie orientale), avec la saccoula, le vélarium (capuchon noir de forme conique placé sur la saccoula), nous revêtirons la pelisse grossière au lieu de la longue tunique de lin prescrite à Aaron par le Seigneur. A l'imitation de ces moines et de leur ami Basile, nous boirons dans des coupes ornées de petites sonnettes et nous nous plairons à banqueter (célébrer des agapes ou sacrifices rituels) au milieu des Turcs. Mais puisque Votre Majesté ne veut pas abandonner ces habitudes raffinées de.- P'ranks, pourquoi rejetterions-nous les règles admirables que nous leur avons empruntées, pour la gloire de la sainte Église? Tel l'usage de chanter sept fois le jour, à l'église, le divin office; tel encore, l'usage de distribuer, le mercredi et le vendredi, du pain et des fèves à des centaines de pauvres. » Quant aux pratiques disciplinaires qu'il accepte, comme la séparation de la Nativité et de l'Epiphanie de N.-S. et la licéilé des troisièmes noces, il est prêt à en montrer l'accord avec les livres arméniens. « Léon II fut persuadé, semble-t-il, par ces raisons, et il imposa silence au.x détracteurs de Nersès. Mais les opposants ne fuient désarmés ni par l'ordre du roi, ni par la mort de l'évêque de Tarse. Ils continuèrent une agitation qui, en relâchant les liens des diverses parties de l'Arménie, soit entre elles, soit surtout avec le centre indestructible de la catholicité, contribuera puissamment à entraîner la ruine du petit royaume. » Fr. Tournebize, Histoire polit, et relig. de l'Arménie, p. 272 sq.
L'œuvre littéraire de Nersès comprend d'abord 1. des traductions arméniennes : a) du latin : de la règle de saint Benoît, des dialogues du pape Grégoire le Grand; en plus des lettres des papes Lucius III et Clément III, adressées au patriarche arménien Grégoire Degha et d'un formulaire du couronnement en latin, contenant les oraisons el cérémonies liturgiques adoptées pour l'onction el l'intronisation des rois arméniens Roupénides de Cilicie; b) du grec : traduction du commentaire grec de l'Apocalypse par l'archevêque André de Césarée; du traité d'Eutyehios de Constantinople (vie siècle) sur la distinction des natures dans le Christ: c) du syriaque : oraisons et homélies de saint Jacques de Saroug, en tout 10 homélies.
2. ( Vie des saints, particulièrement des saints anachorètes », tirée de sources latines, grecques et égyptiennes (coptes); Commentaires sur les Psaumes, les Livres salomoniens, sur les douze petits prophètes; un grand ouvrage liturgique : Commentaire ou expli-
cation du sacrifice de la messe, connu sous le titre arménien : Mdknouthiun pataragi; le grand Discours synodal au concile de Hromgla (1179), édité à Venise, 1784, 1812, 1865, et reconnu généralement comme son chef-d'œuvre Ihéologique. En outre, cinq autres discours ou homélies (Karékin, Hist. littéraire arménienne, p. 659).
3. Poésies : Élégie sur la mort de son oncle, le catliolicos Nersès le Gracieux, hymnes peur le temps pascal, les fêtes de saint Grégoire I'Illuminateur, etc.
Orazione sinodale di S. Nierses Lampronense arcivescovo di Tarso in Cilicia recala in lingua italiana dall' armena, ed illustrata con annolazioni dal P. Pasquale Aucher, dottore del collegio di S. Lazzaro, Venise, 1812; Discours synodal, oraisons, homélies et lettres de Mgr. Nersès Lampronatzi, édition arménienne, Venise, San-Lazzaro, 1865; Meknouihiun Pataragi (Commentaire de la messe el méditation sur la hiérarchie) Venise, 1847; Alcuni squarci del commentario di S. Nersete Lambronese sulla liturgia Armena accasali e difesi, Venise, 1851 ; Concile de Tarse, Mansi, Concil., t. xxn, p. 197-206; Hefelc-Lcclerq, Histoire des conciles, t. \ h, p. 1034 sq., Garekin, Histoire de l'ancienne littérature arménienne, 2e édit., Venise, 1897, p. 618-661; Fr. Tournebize, Histoire politique et religieuse de l'Arménie, Paris, 1900, p. 259-277; Léon le Magnifique, i>remier roi de Sissouan ou de l'Arméno-Cilicie, écrit par le P. Léonce M. Alishan, trad. par le P. G. Bayan, Venise, Saint-Lazare, 1888, passim; Nouvelle bibliographie arménienne et Encyclopédie de la vie arménienne, 1512-1905, par le P. Arsène Gliazikian, mékhitariste, Venise, 1909, article Nersès Lampronatzi, p. 212-222; Nè\'e, L'Arménie chrétienne et sa littérature, Louvain, 1887, article Nersès de L.ampron.
J. Karst.
NESSEL Nicolas, ecclésiastique belge, né à Maeseyck (I.imbourg), en 1583 ou 1584, étudia à Liège, puis à Louvain; enseigna la théologie à l'abbaye de Dileghem, aux portes de Bruxelles, puis à liruges. Il fut ensuite curé à Malines, et mourut chanoine de Saint-Paul de Liège le 1er janvier 1642. Orateur renommé, bon poète latin, il a laissé outre un Thrcsor spirituel de la leste de sainte Petronille, in-8'\ Liège, 1629, et un Theatrum œlernitatis métro reddilum, Liège, 1636, un Tractalus de avarilia, in-8", Liège, 1636, qui intéresse plus directement la théologie.
Valère André, Bibliotheca belgica, 2e édit., p. 693; Foppens, Bibl. belg., t. n, p. 316; Van der Aa, Biographisch Woordenboek, t. xm, 1868, p. 139; Biographie nationale de Belgique, t. xv, 1899, col. 617.
É. Amann.
NESTORIUS, archevêque de Constant inople de 128 à 431, condamné au concile d'Éphèse en 131, mort en exil dans la Grande Oasis vers 151. Bien qu'elle n'ait avec lui aucun rapport direct de dépen dance, l'Église persane a été qualifiée de « nestoriennne» et d'abord, semble-t-il, par les monophysites. Ce vocable lui est resté. I. Nestorius et sa doctrine, II. L'Église nestorienne.
I. NESTORIUS ET SA DOCTRINE. — I. Sources de l'histoire de Nestorius et de ses doctrines. IL La crise nestorienne (col. 90). III. La doctrine de Nestorius (col. 134).
I. Sources de l'histoire de Nestorius et de ses doctrines. — Elles sont constituées essentiellement par les reliquin; de l'œuvre littéraire de Nestorius, par les renseignements que fournissent les historiens ou contemporains, ou immédiatement postérieurs, enfin par les actes conciliaires e! les documenls annexes.
/. LES « RELIQU1 I. » OJS L'ŒUVRE LITTÉRAIRE DE NESTORIUS. - Que Nestorius ait composé el publié de son vivant un certain nombre d'écrits, c'est ce qui ressort à l'évidence d'un certain nombre de témoignages; mais L'édit de proscription rendu contre sa personne el ses ouvrages par Théodose II, en 435, a l'ait disparaître plus ou moins rapidement, plus ou
NKSTORIUS, ŒUVRES
moins complètement, les originaux. L'Église nestorienne elle-même n'a p:is su conserver dans son intégrité l'œuvre traduite en syriaque de celui dont elle porte le nom.
1" Témoignages relatifs à l'activité littéraire de Nestorius. 1. Dès les débuts de ses difficultés à Constantlnople, Nestorius avait envoyé au pape Célestin un cahier assez volumineux, contenant le texte de divers sermons prononcés par lui. Par ailleurs, au témoignage de saint Cyrille, des homélies de Nestorius circulaient dès 429 à Alexandrie, et Cyrille en lit parvenir à Home une copie. Sur le détail, voir plus loin, col. 98. Sensiblement à la même date, Marius Mercator, pour lors en résidence à Constantinople, se procurait le texte de sermons prononcés par l'archevêque et en faisait une traduction latine; au môme moment encore, le moine Cassien, à Marseille, était mis en possession d'un ensemble de textes analogues. Il n'est donc pas douteux que, dès les origines de l'afTaire nestorienne, des recueils plus ou moins identiques de sermons de l'archevêque de Constantinople n'aient été mis en circulation, soit en Orient, soit en Occident. Quelques années plus tard, l'historien Socrates pouvait encore lire les discours (ou traités) publiés par Nestorius, gyo> Se èvtux&v T°ÏÇ Ttapà Neo-Toptou Xôyoïç (èx)So0eïat., H.E., VII, xxxn, P. G., t. lxvij, col. 809 B, et se faire, par eux, une idée personnelle des doctrines professées par l'archevêque. .Enfin, vers les années 450-460, l'auteur anonyme du Conflictus Arnobii catholici et Serapionis de Deo trino et uno, pouvait citer textuellement des homélies de Nestorius qu'il avait en main. P. L., t. un, col. 285 C.
En tout ceci, il ne semble être question que d'oeuvres oratoires et non de traités proprement dits. Gennade, à la fin du v« siècle, rend un son un peu différent : Nestorius hœresiarches, écrit-il, cum in Antiochena Ecclesia presbyter in docendo insignis ex tempore declamator haberetur, composuit inftnilos tractatus diversarum hypolheseon : in quibus etiam lum subtili nequitia injudit postea proditœ impietatis venena, quœ moralis interdum occultabal suadela. Poslquam vero, eloquentia ejus et abstinentia commendante, constanlinopolitanee Ecclesim pontifleatu donalus est, apertum se hoslem Ecclesiœ quem diu celarat ostendens, scripsit librum quasi de incarnatione Domini sexaginla et duobus divinœ Scriplurœ lestimoniis pravo sensu suo constructum : in quo quid asseveraverit, in calalogo hœreticorum monslrabitur. De script, eccles., n. 53, P. L., t. Lvni, col. 1088-1089. De prime abord il semblerait que Gennade connaisse, outre un recueil d'homélies antiochiennes, un traité en forme sur l'incarnation. Mais peut-être ce Liber quasi de incarnatione Domini est-il simplement un recueil des homélies constantinopolitaines, plus ou moins analogue par son ampleur à celui qu'eut en main saint Cyrille. Sur ce texte de Gennade qui n'est pas très clair, voir B. Czapla, Gennadius als Lilerarhistoriker, Munster, 1898, p. 109, et les objections que lui a faites F. Loofs, Nestoriana, Halle, 1905, p. 89-96. Il reste, en tout état de cause, que Gennade eut de certains écrits de Nestorius une connaissance personnelle.
Or, une telle connaissance nous ne la trouvons plus, en dehors de l'Église nestorienne, que chez l'historien grec Évagre le Scolastique, qui écrit vers 595. Pour rédiger sa notice sur l'affaire de Nestorius, cet auteur a disposé d'un B16Xoç NscTopCoo qui lui est, fort heureusement, tombé entre les mains. Il s'agit d'une apologie personnelle, où le condamné d'Éphèsc se défendait contre diverses attaques, et racontait à sa manière l'histoire du concile et de ses suites immédiates jusqu'à son propre exil à l'Oasis. « Il écrivit, encore, continue Évagre, un autre traité adressé à un
Égyptien, et rédigé en forme de dialogue (?> sur son exil à l'Oasis, où il développe plus largement ce qui précède : rpâçst, Se xal 8iaXexTixâ>ç grepov X6yov 7rp6<; -riva StjOsv Aîyj7mov auyxeîjjievov 7tepî tïjç k&toû sîç "Oaatv éÇopîaç, Iv6a Ta 7repl toûtwv TrXaTÛTepov, Xéyei. » Suivant une indication d'Évagre qui vient un peu plus loin, Nestorius s'y plaignait que les « actes d'Éphèse eussent été compilés contre le droit par l'artifice de Cyrille : jxtj xaxà tô Séov xà èv 'Eçéacd auvT£07Jvai Û7to^.vr)|jiaTa, 7tavoupyîa Se xaî tivi àôéapLco xaivoxouia KuptXXou Te/vàÇov-roç. » H. E., I, vu, P. G., t. l'xxxvi 6, col. 2437 A et B. Sur les malheurs qui accablèrent l'exilé, Évagre est aussi renseigné par deux lettres de Nestorius dont il transcrit d'importants passages. Ibid., col. 2440 sq.
2. Chose singulière, l'Église perse qui, à partir du vne siècle, met Nestorius au nombre de ses docteurs, ne se montre guère mieux renseignée sur l'activité littéraire de l'archevêque de Constantinople. Sans doute faut-il faire ici la part de la grande ignorance où nous sommes encore des sources nestoriennes, et quelques découvertes récentes permettent d'espérer que le voile se lèvera peu à peu.
a) L'Histoire des saints Pères, rédigée peut-être vers la fin du vie siècle par un des maîtres de l'École de Nisibe, que M. F. Nau identifie avec Barhadbesabba 'Arbaïa (voir Patrol. Orient., [= P. O. ], t. ix, fasc. 5, Paris, 1913), cite avec référence plusieurs lettres de Nestorius, en outre six passages d'un ouvrage dont elle ne donne pas le titre, et un passage qui se retrouve textuellement dans le Livre d'Héraclide. Voir les références à la table alphabétique, p. 669. Ceci témoigne, tout au moins, que l'on possédait à Nisibe un corpus des écrits de Nestorius.
b) Mais il faut aller jusqu'à la fin du XIIIe siècle pour trouver chez les nestoriens un catalogue complet des œuvres de leur docteur. Ébedjésus, Cataloguslibrorum ecclesiaslicorum, n. 35, écrit : Nestorius patriarcha | plures exaclos libros composuit, \ quos e medio blasphemi sustulere. \ Qui autem ex illis remanserunt, hi sunl : | Liber Tragœdiee | et Liber Heraclidis \ et Epistola ad Cosmam : \ Quse tempore Pauli translata sunt, | prolixa ejusdem lilurgia,\ quam Thomas et Mar-Abas transtulere, \ et liber unus epistolarum, | et aller homiliarum et orationum. Texte dans J.-S. Assémani, Bibliotheca orientalis, t. m, 1, Rome, 1725, p. 35-36; pour le commentaire de ce texte.voir A.Baumstark, Geschichle der syrischen Lileratur, Bonn, 1922, p. 117: Loofs, Nestor., p. 86-89. Retenons seulement que, d'après Ébedjésus, le catalogue des œuvres de Nestorius est incomplet; il y manque des œuvres qui, n'ayant pas été traduites en syriaque, sont définitivement perdues; parmi celles que le syriaque a conservées, le métropolite de Soba distingue un groupe (Tragédie, Héraclide, Lettre à Cosme) qui a été traduit à l'époque du catholicos Paul (535-536), un autre groupe (Lettres et Homélies) dont la date de traduction est inconnue. Sur la liturgie attribuée à Nestorius voir plus loin, l'art. Église nestorienne.
3. De ces divers témoignages, tant occidentaux (dans le sens nestorien, c'est-à-dire latins ou grecs), qu'orientaux, il résulte qu'à divers moments il a circulé de Nestorius : des recueils de sermons ou d'homélies; des recueilsde lettres (Évagre; Ébedjésus), et plusieurs ouvrages différents des précédents (cités par Évagre, Barhadbesabba) et dont Ébedjésus nous a conservé les titres, abstraction faite de la liturgie. Que nous reste-t-il de ce bagage littéraire?
2° Les rkuqvi.-e de Nestorius. — Comme Ébedjésus le fait remarquer, la majeure partie de cette œuvre littéraire a été volontairement anéantie dans la langue originale. La décadence de l'Église nestorienne a complété le désastre, même pour les écrits qui avaient