‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 183 sur 233 · OCCAM. INFLUENCE · texte numérisé non relu

OCCAM. INFLUENCE

Universalienlehre des Franziskanererzbischofs Petrus Aureoli, dans Beitràge zur Geschichle der Philosophie des M. A., t. xi, fasc. 6, 1913, nous inclinerait à trouver dans Pierre d'Auriole le noniinalisme des universaux. 11 y a cependant un texte qui met dans les choses l'unité de l'espèce, ista unilas est in re in polenlia et inchoalive, p. 144, n. 1, et cette formule aurait été, pour Occam, digne des réalistes, dicenles quod naturel quse est aliquo modo universalis saltem in potentia et incomplète est realiter in individuo. I Sent., dist. III, q. vu, B.

L'étude de Lindner sur Thomas de Strasbourg, Die Erkennlnislehre des Thomas von Slrassburg, dans Beitrdge zur Geschichle der Philosophie des M. A., t. xxvn, fasc. 4 et 5, 1930, nous montre comment Pierre d'Auriole enseigne l'irréalité des relations, p. 113-120. Mais nous trouvons cette formule : relationes vero sunt extra in potentia, et aclus earum complelur ab anima, p. 119, n. 2. Or, à propos de la relation, Occam écrit de son côté : prseter res absolulas, scilicet subslantias et qualitales, nulla res est imaginabilis nec in actu nec in potentia. Summa totius logiese, Ia pars, cap. xi.ix.

De ces deux exemples, nous pouvons seulement conclure qu'il faut un long et subtil examen d'une doctrine pour y reconnaître le noniinalisme au sens strict que lui donne l'œuvre d'Occam. Sans préjuger de la réponse, on peut se demander si Pierre d'Auriole tient une position aussi radicale. Ce que nous devons dire de Henri de Harclay nous continuera dans cette attitude de prudence.

4° Occam et Henri de Harclay. — Henri de Harclay nous est seulement connu par l'étude et les citations qu'en donne F. Pelster, Heinrich von Harclay, Kanzler von Oxford und seine Quivstionen, dans Miscellanea Fr. Ehrlc, t. i, 1924, p. 307-355. Sur la question même des universaux, est-il réaliste ou nominaliste? On en discute, l:eberweg-Geyer, p. 528. A notre sens, le débat n'a pas lieu de s'ouvrir, puisque Occam rapporte, en une longue citation, la doctrine d'Henri de Harclay parmi les théories réalistes qu'il repousse, I Sent., dist. Il, q. vu, F. Voici le texte d'Henri de Harclay : Dico quod omnis res posita extra animam est singularis eo ipso. Et luvc res singularis nota est movere intcllectum ad concipiendum ipsam confuse et ad cvncipiendum distincte et voco conceplum confusum illum conceptum quo intellectus non distingua hanc rem ab illa. sicut Socrales movet intelleclum ad concipiendum eumesse Imminent. Et per illum conceptum non distingua intellectus nec distincte cognoscil Socratem a Platane. Modo ego dico, quod superius ad Socratem, pula homo est animal, non signi/icat rem aliam nisi rem, qun> est Socrates, ut cum concipitur confuse, id est movet intelleclum ad concipiendum ipsum modo confnso. Et sic dico quod « hic Socrates est homo » est prœdicalio superioris de inferiori, quod non est aliud nisi quod Socrates est Socrales id est Socrates absolute est Socrutes, ut tamen confuse ronceptus... Unde [in] rei verilate, « Socrales est homo, Socrales est animal et corpus et substuntia » et omnia ista in re sunt unum nec est superius nec inferius nisi in comparalionc ad intelleclum consiileranlem modo predicto. Pelster, loc. cit., p. 337; cf. Hochstelter, Sludien zur Melaphysik und Erkennlnislehre Wilhelms von Okham, Berlin, 1927, p. 98, n. 3. Au jugement d'Occam, pour être nominaliste, il ne suffit pas d'éliminer le problème de l'individuation en reconnaissant que toute chose est de soi singulière; on reste à une formule réaliste tant que l'on met à quelque degré de l'universel dans les choses singulières, omnes... conveniunt in hoc. quod universalia sunt aliquo modo a parte rei ita quod universalia sunt rcaliter in ipsis singularibus. I Sent., disl. Il, q. vu, I-'. Henri de Harclay prend à la fois la chose et le concept ; il parle de la chose en tant qu'elle est conçue; c'est le point de vue où nous placent toutes les distinctions de raison, Nominai.isme, col. 744.

Mais le noniinalisme consiste précisément à rompre cette continuité du concept av«c la chose, à faire les universaux aussi extérieurs à l'individu que les mots le sont aux choses. Les universaux sont des termes, rien que des termes : toute doctrine qui ne les prend pas ainsi, radicalement, est encore un réalisme absurde, Nominai.ismi:, col. 738.

5° Conclusion. — Nous ne nierons pas qu'Occam ait inséré dans son noniinalisme des thèses de ses prédécesseurs : il ne le nie pas lui-même. Nous savons aussi que ses précurseurs possibles et la pensée de leur époque nous sont encore très mal connus, ce qui peut réserver quelque surprise. Mais à mesure que l'occamisme et les doctrines proches commencent à sortir de l'ombre, l'originalité d'Occam paraît s'aiïirmer, telle qu'il l'affirma lui-même dans les textes que nous avons rapportés au début de cette mise au point, col. 877.

IV. Influence d'Occam. — L'influence d'Occam est encore plus difficile à préciser que son originalité. Dans une étude toute récente, Die Wege der Glaubensbegrùndung bei den Scholastikern des 14. Jahrhunderts, dans Beilrage zur Geschichle der Philosophie des M. A., t. xxx, fasc. 1-2, 1931, A. Lang observeque l'on commence à peine d'étudier l'école d'Occam, p. 139; la 11e édition du Grundriss d'Ueberweg note combien d'incertitudes il reste dans notre connaissance des xive et xve siècles, p. 587. L'intérêt des travaux de Michalski tient dans le sentiment qu'ils donnent de l'immensité des documents et de la complexité des questions. Sur le noniinalisme entre Occam et Biel, il faudrait presque se borner à une liste de noms et à une bibliographie, indiquant les travaux d'approche. Voici les principaux représentants de l'École nominaliste : Adam Wodham, Robert Holkot, Grégoire de Rimini, .lean de Mirecourt, Nicolas d'Autrecourt, Jean Buridan, Pierre d'Ailly, Marsile d'Inghen, Henri de Hainbueh, Henri Totting de Oyta; tous ces maîtres d'Angleterre, de France, d'Allemagne établissent une continuité entre Guillaume d'Occam et Gabriel Biel. Les monographies manquant, toute perspective d'ensemble risque d'être fausse. Nous n'avons pas même les listes de références, de citations, de critiques qui permettraient de saisir précisément la réalité de l'école d'Occam; aussi croyons-nous périlleux et vain un exposé d'ensemble qui donnerait l'illusion d'une connaissance que nous ne possédons point; nous préférons, à partir de l'hypothèse de travail, que nous avons établie à l'article Nominai.ismi-., formuler quelques remarques, poser quelques questions.

1° Pour définir le noniinalisme, nous avons mis en relation un certain nombre de thèses prises dans Occam et Gabriel Biel. La première question qui se pose en face d'un nominaliste est de savoir s'il tient toutes ces thèses. Et ce n'est pas une question vaine; d'après G. Ritter, on trouve chez Marsile d' Inghen une doctrine des idées et des attributs de Dieu, qui rappelle saint Thomas et contredit Occam, Sludien zur Spatscholastik, i. Marsilius von Inghen und die okhamisliche Schule in Deutschland, Heidelberg, 1921, p. 130-131. 132-133. 2° A propos du problème de la justification, nous avons dit comment, à l'intérieur du nominalisnie, Gabriel Biel, qui suit Occam, s'oppose à Grégoire de Rimini. C'est toute une conception de la nature et de la liberté humaines qui est engagée dans ce débat. Nominai.ismi;, col. 769 sq. Feckes a montré que, mise à part l'idée fondamentale de l'acceptation de potentia absoluta sans infusion de la grâce, une grande diversité régnait dans l'école nominaliste sur les problèmes de la justification, Die Rechtfertigungslehre des Gabriel Biel und ihre Stellung innerhalb der nominalislichen Schule, Munster, 1925, p. 110-138.

3° A propos de l'existence de Dieu, nous avons noté à quel point Occam limite la capacité de la raison en

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