ORATOIRE. ECRIVAINS SPIRITUELS
sans être saisi d'enthousiasme, c'est l'homme du xvii0 siècle qui a exercé la plus grande influence sur la religion, depuis son temps jusqu'à nos jours.
5° En particulier chez les écrivains de l'Oratoire, disciples moins grands qui, «divinement conduits font à leur tour progresser la religion du monde, mais d'un tel progrès que depuis trois siècles, nous ne les avons pas dépassés. » Bremond, t. ni, p. 94. « Sans manquer au respect qui leur est dû (aux autres congrégations), l'on peut dire qu'il n'y en a peut-être pas qui, dans son commencement, ait eu de plus grands hommes que la congrégation de l'Oratoire. » Gloyseault, op. cit., préface, p. xlvii. Aucune branche des connaissances humaines, sacrées surtout, profanes même n'était négligée. Le P. Ingold y compte 366 auteurs en moins de deux siècles : « Eu égard, écrit Adry (f 1818), au nombre de ses établissements, il n'y a aucun corps ecclésiastique qui puisse lui disputer l'honneur d'avoir produit un aussi grand nombre d'écrivains célèbres. » Essai de bibliographie oratorfenne, p. 3.
Les auteurs spirituels y tiennent une place de choix : « Les richesses que l'on découvre quand on se met à feuilleter ce glorieux passé sont merveilleuses. » Houssaye, op. cit., t. m, p. 405. Il faut y noter deux caractères principaux : 1. Une dévotion particulière au Verbe incarné que l'Oratoire a chèrement gardée jusqu'au dernier jour, sans s'écarter de la tradition nettement formulée par Bérulle et ses premiers disciples. Batterel, peu mystique lui-même, s'émeut presque quand il parle du désir qu'il trouve chez ses auteurs « d'unir à Jésus-Christ les âmes », de les faire prier « par les mérites d'une telle et telle action de sa vie ». Mémoires domestiques, t. n, p. 140-141. Il dit cela à propos d'un livre du P. Foucault dont il est obligé de critiquer le titre et le style comme entachés de mauvais goût : « Le pain cuit sous la cendre apporté par un ange au saint prophète Élie pour conforter les moribonds et les aider à gagner le mont Oreb. » Orléans, 1621. 2. Une tendance plutôt pessimiste qu'optimiste, assez habituelle dans la spiritualité du xvne siècle et même du xvme, peu portée à l'indulgence envers la nature humaine telle qu'elle est depuis la chute originelle, tendance qui s'explique par la nécessité d'avoir prise sur les esprits plus ou moins imprégnés de rigorisme.
Parmi les auteurs, il faut citer d'abord Bourgoing dont la Préface aux Œuvres du P. de Bérulle, 1644, et les xxiv Avis préliminaires aux méditations sur Vérités et excellences de J.-C. N.S., sont d'une importance capitale pour la connaissance de la doctrine. Amelote, dont la Vie du P. Charles de Condren, 1643, reste une des plus belles biographies psychologiques que nous ayons encore. Gibieuf, qui prépara l'édition des oeuvres de son fondateur et composa La vie et les Grandeurs de la T. S. V. Marie, 2 vol., in-8°, Paris, 1637, Catéchèse de la vie parfaite à laquelle les chrétiens sont appelés, in-12, Paris, 1653.
Le P. Metezeau, un des premiers compagnons du P. de Bérulle, (t en 1632, à 50 ans) écrit Exercice intérieur de l'homme chrétien, Paris, 1627, livre excellent où il indique pour chaque jour de la semaine un des attributs divins à contempler, une des demandes de l'oraison dominicale à méditer; Traité de la vie parfaite par imitation et ressemblance de J.-C, in-8°, Paris, 1627; surtout, sur le conseil du P. Gibieuf, De sancto sacerdolio ejus dignilate et funclionibus sacris... in-8°, de 1200 pages, Paris, 1631. « La doctrine, dit Batterel, en est excellente, sublime, exacte, pleine d'onction, et partout l'expression fidèle des mœurs de celui qui la débite... il dit ce qu'il fait et fait précisément ce qu'il dit. » Mémoires..., t. I, p. 80.
Hugues Qua'rré(1590-1656), un des plus lucides parmi jes premiers oratoriens, qui succéda à Bourgoing dans
les Flandres, était un homme de grande valeur. Outre un Traité de la pénitence chrétienne, in-12, Paris, 1648, il composa un ouvrage qui eut beaucoup de succès, Trésor spirituel contenant les obligations que nous avons d'être à Dieu el les vertus qui nous sont nécessaires pour vivre en chrétien parfait, in-8°, Paris, 1631, 7e édition, 1660, livre qui respire un grand amour de Jésus-Christ et un vif désir de le faire connaître et imiter en tout : « Nous devons nous anéantir devant lui, et nous abaisser jusqu'au fond de notre âme, nous soumettant volontiers à tout ce qu'il est. » P. 506. Il donne en 1654, Direction spirituelle pour les âmes qui veulent se renouveler en la piété, avec des méditations, in-8°, Paris. En 1648, il avait écrit, La vie de la B. Angèle, première fondatrice de la Compagnie de Sainte Ursule, in-12, Paris.
Le P. François de Saint-Pé (1599-1678), gentilhomme converti en 1627 par le P. de Condren, un des oratoriens les plus représentatifs, écrit Dialogue sur le baptême ou la vie de Jésus communiquée aux chrétiens dans ce sacrement..., Paris, 1667, livre qui remet en honneur ce qu'on peut appeler la dévotion au sacrement du baptême ; Le Nouvel Adam, 1661, longue paraphrase du Félix Culpa de la liturgie, n'est fait, dit Cloyseault, « que des abrégés ou des recueils des conférences du P. de Condren ». Vies..., t. 1, p. 256.
Le P. Seguenot (1596-1675), qui paraît aussi avoir mis à contribution quelques manuscrits de Condren, compose, Conduite d'oraison pour les âmes qui n'y ont point facilité, in-18, Paris, 1634, où il s'efforce de montrer que « moins nous y avons de part et mieux nous faisons oraison, » parce que c'est l'Esprit-Saint qui la fait en nous » ; Élévations à J.-C. N.-S. au très saint Sacrement contenant divers usages de grâces sur ses perfections divines, 1635, ouvrage dressé par articles et sous les mêmes titres que le Chapelet secret du Saint- Sacrement. Son commentaire du traité de saint Augustin sur La sainte virginité, 1638, fut censuré, l'auteur enfermé à la Bastille; mais il désavoua les idées émises et le P. de Condren le maintint dans la congrégation où il exerça des charges importantes. Voir Bremond, t. vii, p. 112 sq.
Pour J.-B. Noulleau (1604-1672), un grand oublié (voir son article), la religion consiste toute dans l'Arforalion de Dieu selon l'Esprit de J.-C. L'admirable Thomassin (1619-1695), quitte un moment ses in-folio pour écrire Méthode d'étudier... les poètes... les philosophes... la grammaire... l'histoire..., où il s'efforce de montrer « que la même sagesse éternelle qui a dicté l'Évangile, avait déjà dicté la loi naturelle dans le fond des âmes raisonnables; » Traité de l'office divin... de sa liaison avec l'oraison mentale que l'Esprit-Saint produit en nous, puisqu'il est lui-même cette charité qui habite en nous.
François de Clugny (1637-1694), « encore un des fils, dit Bremond, op. cit., t. vu, p. 279, de ce prodigieux, de ce prodigue et inépuisable Oratoire », n'a pu, raconte Cloyseault, op. cit., t. ni, p. 191, achever les sujets d'oraison sur les évangiles et les mystères qu'il s'était engagé de donner au public, il ne publia que La dévotion des pécheurs, par un pécheur, 1685 ; Le manuel des pécheurs par un pécheur, 1686; De l'oraison des pécheurs par un pécheur, 1689 et les trois premiers volumes des Sujets d'oraison pour les pécheurs sur les saints et les saintes les plus remarquables, Lyon, 1696. La première partie du quatrième, jusqu'à la page 223, est encore de lui, mais ce volume ne parut qu'après sa mort par les soins du 1'. Bourrée qui le compléta et en composa un cinquième. Sa doctrine est très mortifiante : il veut que l'on adore « non pas tant par des actes intérieurs... que par une disposition intime qui, étant dans le fond de l'âme, la tient dans un étal d'adoration, d'anéantissement et d'oblalion. » Quand donc