NESTORIUS, LES AN AT HÉM AT1S M ES CYRILLIENS
pensée, bref que, s'il convenait de se montrer intraitable en matière de dogme, la modération s'imposait à coup sûr dans les tractations personnelles. Inler Cyrill. epist., xv, /'. G., t. i.xxvii, col. 100; A. C. O., i, 1, 1, p. 99.
2° L'ultimatum ù Conslantinople. — Acace et Jean raisonnaient tous deux dans l'ignorance du contenu exact du formulaire adressé à Constantinople. Que serait la réaction de Nestorius quand il le connaîtrait?
Elle fut moins violente qu'on aurait pu l'attendre. Le courrier d'Alexandrie était arrivé dans la capitale le 30 novembre. Le G décembre, l'archevêque montait en chaire 1 1 prononçait un long sermon dogmatique dont Marius Mercator a conservé la traduction latine. Coll. Palatina, n. 23, A. C. O., i, 5, p. 38-45; Nestor., p. 297-313. Les allusions y sont transparentes à la tyrannie égyptienne, aux mauvais procédés dont Alexandrie a toujours usé à l'endroit de ses rivaux. Du moins, sur le point en litige, Nestorius donne les satisfactions qu'on pouvait attendre de lui. Sans doute, dit-il, le mot The'otokos a été de fait employé parles hérétiques, et dans un sens fâcheux. Il est susceptible néanmoins d'une interprétation orthodoxe quand on y ajoute, en parlant de Marie, le terme d'anlhropolokos; le terme de Christotokos, proposé antérieurement, avait l'avantage de réunir en une seule appellation les deux idées qu'expriment respectivement le Théotokos et Vanlhropotokos. 11 coupait court aux erreurs de Paul de Samosate et de Photin, dont Cyrille d'ailleurs se représentait très inexactement les idées. Et cette petite leçon d'histoire terminée, l'orateur ds reprendre pour son compte l'exégèse du Verbum caro jactum est, ce fameux texte dont on avait prétendu l'accabler; avec précision il déclarait ne croire qu'en un seul Fils : « Non oixi alterum fîlium aut alterum Deum Verbum, sed dixi Deum Yerbum naluralilcr et iemplum naturaliler aliud, fîlium conjunctione unum : Je n'ai pas dit : autre est le fils, autre est le Verbe divin, mais bien par nature le Verbe est une réalité et par nature le temple en est une autre; mais il n'y a qu'un Fils par l'union des deux. » Nestor., p. 308, 1. 8. Il ne se dissimulait pas d'ailleurs les inconvénients de ces discussions théologiques, et terminait, comme il avait commencé, par un appel au Dieu de paix.
Le lendemain, après une conversation fort animée avec ses clercs dont fait mention une curieuse note du Sunodicon, il revenait sur la question et faisait une déclaration encore plus explicite (deux textes latins, notablement divergents, l'un dans Marius Mercator, l'autre dans le Synodicon, A. C. O., i, 5, p. 45-46, et i, 4, p. 6-7; reproduits sur deux col. dans Nestor., p. 314-321). Le dogme essentiel, disait l'archevêque, le voici : affirmation de la Trinité consubstantielle, incarnation du Monogène, union inelïable de la nature divine avec la nôtre au sein de la Vierge, considération des deux natures dans un Fils unique : Consubslanlialis deiloquium trinitatis, unigenili inhumanutio et divinœ naturœ ad naturam nostram in utero virginali unilio ineflabilh, duarumque in uno ftlio conlemplalio naturarum (texte du Snnod., d'après Schwartz, p. G, 1. 20). Le nom de Christ étant significatif des deux natures, quand nous appelons .Marie Christotokos, nous disons à la fois qu'elle est The'otokos et unthropolokos. « Mais, puisque d'aucuns exigent une affirmation plus explicite, et qu'ils le font en fils de l'Église, exprimons-nous donc plus nettement encore; ce que tout à l'heure en un seul mot (Christotokos) nous prêchions de la sainte et bienheureuse Vierge, disons-le donc maintenant en nous servant de noms plus clairs. Oui, la sainte Vierge est mère de Dieu et mère de l'homme; mère de Dieu parce que le temple qui a été créé en elle par le Saint-Esprit, était uni
à la divinité, mère de l'homme parce que Dieu a pris d'elle les prémices de notre nature : Dei genelriz ideo quiu illud Iemplum quod in ea ex Spiritu Sunclo creatum est, deitati erat unitum; hominis vero genelrix eo quod noslrse naturœ primitias assumpserit Drus. . IbitL, p. 7, 1. 2-0. Comparer la première expression avec celle qu'emploie le Tome ù Flavien, ci-dessous, col. 133.
11 nous parait difficile ne de pas voir, en ces paroles, une réponse nelle à l'ultimatum même de Home. Que demandait Célestin? Des précisions sur le uirgineus partus, sur la réalité de l'union en Jésus des deux natures divine cl humaine. Ces précisions sur la foi sont données; à la vérité elles s'expriment en une terminologie fort différente tic celle que prétendait imposer saint Cyrille, mais où Célestin se serait à coup sûr reconnu, que Cassien avait employée, que le fameux Tome de Léon reprendra partiellement. A la véri;é encore, elles ne sont pas données par écrit, comme l'exigeait Célestin, et cette question de procédure a pu avoir une grande importance. Pourquoi Nestorius n'a-t-il pas adressé directement à Rome l'expression de sa foi? Peut-être estimait-il que la question relevait désormais du concile dont la convocalion était décidée. Le fait que Rome n'a pas été prévenue de sa démarche de décembre 430 semble établi, mais quels problèmes tout cela soulève!
Même note apaisée dans la réponse de l'archevêque à Jean d'Antioche, dont le post-scriptum tout au moins a été écrit après le deuxième sermon, Sxjnod., n. 78(3), A. C. 0.,\, l,p. 4; P. G., t. lxxxiv, col. 576. Nestorius mande à son ami, qu'il est parvenu à rallier à la doctrine exprimée dans le sermon dont il lui envoie copie, le clergé, le peuple, la cour. A peine dans le corps de la lettre une allusion à la « présomption égyptienne ». Aussi bien quelques mots indiquaient-ils que les choses prenaient une tournure fort différente de celle qu'escomptait Cyrille. Il est question d'un concile où Nestorius et Jean auront l'occasion de se rencontrer, où toutes les affaires religieuses seront ventilées, et Nestorius se réjouit par avance du succès de ce plan : post paululum, si Deus volueril, laudabilur circa istud quoque concilium !
3° L'idée du concile. — Pour comprendre tout ceci, il est nécessaire de remonter à quelque mois en arrière, c'est-à-dire au moment où parvint à la cour impériale le volumineux dossier expédié par saint Cyrille. Voir col. 98.
L'effet avait été tout autre que ne l'attendait le patriarche d'Alexandrie, et sans doute Nestorius n'avait-il pas été étranger au revirement qui se constate. Menacé d'un procès pour raisons administratives devant le juridiction impériale (qui déférerait la cause, suivant les termes de la loi, à un tribunal d'évêques), Cyrille avait paru vouloir détourner le coup qui le menaçait par une diversion doctrinale. D'accusé il s'était transformé en accusateur. Nestorius dut faire remarquer que c'était là procédé courant de la part d'Alexandrie, que le moyen d'empêcher un nouveau « Synode du Chêne » c'était, prenant toutes les précautions nécessaires, de réunir un grand concile, où seraient étudiés et les questions de personnes et les problèmes dogmatiques qui y avaient été si malencontreusement rattachés.
Des mauvaises dispositions de Théodose à l'endroit de Cyrille témoigne une lettre impériale conservée dans les collections conciliaires. Vatic, n. 8, A. C. O., i, 1, 1, p. 73; Mansi, t. iv, col. 1109. On y rendait le patriarche responsable de l'agitation ecclésiastique qui régnait à Constantinople; on y dénonçait les manoeuvres employées par lui, et l'on voyait une preuve de son caractère intrigant dans la manière
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même dont il s'était adressé séparément à l'empereur et à Pulchérie, comme s'il avait voulu mettre la brouille dans la famille impériale. Un concile allait se rassembler où les questions théologiques seraient examinées, et il était bien entendu que les juges ne seraient pas seulement Cyrille et les siens, xpiTaç TTpoxaôiaat 8eï toùç TTJç i.Tcot.'vza.'/oû TrposaTÛTaç lspocrov7)ç, et que l'évêque d'Alexandrie, de gré ou de force, devrait en accepter les décisions. Des lettres ultérieures en régleraient le détail.
Mêmes idées dans une lettre de Nestorius au pape Célestin qui doit être du même moment, été de 430. L'archevêque, ignorant encore tout ce qui se passait pour lors en Italie, établissait à sa manière la liaison entre les querelles théologiques soulevées par Cyrille et le procès personnel dont celui-ci était menacé. Tout ceci, et d'autres questions ecclésiastiques encore, serait ventilé en un concile œcuménique. Placuit vero, Deo adjuvante, etiam synodum inexcusabiliter lolius orbis lerrarum indicere propler inquisitionem aliarum rerum ecelesiasdcarum. Col. Palatina, n. 55, A. C. O., i, 5, p. 182; Nestor., p. 181-182 (faussement attribuée à Mercator).
Le 19 novembre 430, antérieurement donc à l'arrivée à Constantinople de l'ultimatum cyrillien, une sacra (Geïov yp°'fjl-!i-a) étaitexpédiée à tous les métropolitains, les convoquant pour la Pentecôte de l'année suivante (7 juin 431) dans la ville d'Éphèse : chaque métropolite emmènerait un petit nombre de ses suffragants qu'il choisirait lui-même, ôXtyouç oûç âv Soxifi.aaet.ev. Le but du concile n'était pas nettement indiqué : apaiser selon les canons ecclésiastiques le trouble survenu à la suite de contestations, rectifier ce qui n'avait pas été fait selon les règles. Il importait, avant la réunion, d'éviter toute décision nouvelle, préjugeant de la sentence définitive de l'assemblée, |i.7]8e[i,iàç 7rpô ttjç àyi.coTâT7)ç ctuvoSou jcocl toû [iiXXovroç mxp' aù-rrjç xotvîj tJ^W ètp' arocai SîSoaOat, tûttou xaivoTojxîaç tSîa 7rapâ -uvcov Yivo[iiv7;ç. Vatic., n. 25, A. C. O., i, 1,1, p. 112; Mansi, t. iv, col. 1112.
Cette prescription impériale explique au mieux l'apparente tranquillité avec laquelle Nestorius reçut en décembre l'ultimatum envoyé par Cyrille au nom de Rome et au sien propre. La sentence portée était, pensait-il, de par la lettre impériale, frappée de nullité; toutes choses étaient remises in integrum jusqu'aux décisions conciliaires. L'acceptation par Rome de la convocation impériale n'allait pas tarder, d'ailleurs, à arranger toutes choses. Puisque le pape Célestin se faisait représenter au concile, c'est donc qu'il se rangeait à la décision prise à Constantinople. Canoniquemenl la situation de Nestorius demeurait intacte. Par ailleurs, la démarche qu'il faisait le 7 décembre en donnant publiquement au pape Célestin les satisfactions demandées, ne pouvait que rassurer l'archevêque. Cette incontestable preuve de bonne volonté ne devait-elle pas montrer à l'évidence son désir de la paix?
4e La campagne des Orientaux. — Aussi bien l'imprudence, avec laquelle Cyrille s'était découvert, semblait devoir ménager à Nestorius un triomphe plus complet encore.
A peine connus en effet, les anathématismes allaient susciter de la part des Orientaux (c'est-à-dire des ressortissants d'Antioche) la plus vive réaction. Le patriarche Jean en exprimait sa stupeur à Firmus de Césarée en Cappadoce; il voulait encore penser, pour le bon renom de Cyrille, que ces capitula n'étaient pas authentiques : « Ils sont d'accord, écrivait-il, que dis-je, ils sont identiques à ceux pour lesquels Apollinaire a été excommunié, a été jugé hérétique par les anciens synodes. Comme il est facile de le voir à première lecture, ils entendent dire que le corps pris
par le Verbe divin de la sainte Vierge est de la même nature que la divinité, alors que la divinité n'est point sujette au changement. Proclamer l'union, la conjonction absolue, c'est chose pieuse, mais il est gravement illicite de parler d'identité de nature. Les apollinaristes eux-mêmes, bien que dans le fond ils fussent de cet avis, n'osaient point énoncer une telle perfidie. Aujourd'hui voici que des gens se trouvent pour enseigner cela tranquillement, en déclarant qu'unique est la nature de la divinité et de l'humaninité. » Il fallait y mettre bon ordre; Firmus s'y appliquerait dans le diocèse (civil) du Pont, et liguerait contre ces capitula tous les évêques, sans en désigner l'auteur, innominato auctore seu pâtre verborum quem neque novimus neque credimus, si discamus. Stjnod., n.79(4), A. C. 0.,i, 1, p. 7; P. G., t. lxxxiv, coi. 579. Noter la remarque finale : « Le même Jean écrivit en termes semblables à de nombreux archevêques. »
En même temps le patriarche d'Antioche demandait à deux de ses suffragants de répondre aux anathématismes. Libératus les nomme; il s'agit d'André, évêque de Samosate, et de Théodoret, évêque de Cyr. Breoiar., iv, P. L., t. lxviii, col. 976 R. La réfutation d'André s'est conservée dans la réponse que lui opposa saint Cyrille : Apologeticus pro duodecim capitibus adversus orientales episcopos, qui figure dans la Colleclio Alhen., n. 24; Mansi, t. v, col. 20 sq.; P. G., t. lxxvi, col. 316-385. Laissant de côté les anathèmes, 2, 5, 6, André prenait à partie les autres, avec cette idée clairement exprimée que Cyrille ne s'attaquait pas seulement à Nestorius, mais à toute la théologie orientale. L'évêque de Samosate justifiait ainsi bon nombre des phrases que l'évêque d'Alexandrie avait condamnées dans Nestorius, constatait que Cyrille n'était pas toujours d'accord avec lui-même, opposait les anathématismes à VÉpitre aux solitaires, et à la dix-septième Homélie sur la Pâque du même Cyrille. Il s'attardait plus longuement sur le 4e, relatif à la division des paroles évangéliques, et au 12e sur le Deus passus. Œuvre un peu rapide, la réfutation d'André présentait bien des défauts : du moins montrait-elle que ni la terminologie ni la théologie cyrilliennes n'avaient l'audience de l'Orient.
On en dira tout autant de l'œuvre de Théodoret, sensiblement parallèle à celle d'André, mais qui discute tous les anathèmes cyrilliens. Texte conservé comme le précédent dans la réfutation de Cyrille, Vaticana, n. 167-169, A. C. O., i, 1, 6, p. 107-146; P. G., t. lxxvi, col. 385-452. Remarquer au moins la lettre d'envoi à Jean d'Antioche qui accuse licitement Cyrille (s'il est l'auteur de ces chapitres) d'apollinarisme, P. G., col. 389; le rejet formel de l'expression d'union hypostatique, col. 400 A (tyjv oè xa8' ÔTrôoTOcaiv evcoaiv 7TavTà7iaaiv àYvooôfX.ev, <î)ç £év7]v xai àXXoçuXov tôv 0eîœv ypa9Ûv xai tûv TOoiTOtç ^p[47]veux6Ta>v IlaTépcûv), surtout si on veut lui faire signifier xpâcnç aapxèç xai Ocottjtoç, auquel cas elle est un blasphème; la défense que prend Théodoret du mot aovâtpet.a, pour signifier l'union des natures, col. 401 D; la réfutation des anath. 7 el 9 sur les opérations humaines du Christ, avec les textes scripturaires à l'appui, col. 429 D; les critiques de l'anath. 11, où Théodoret, non sans quelque perfidie, fait observer que Cyrille parle bien souvent de la chair du Christ, jamais de son âme, jamais non plus de l'homme parfait assumé par le Verbe : oùSajjioù aapxoç voepàç e(i.v7)u.6v£uaev, outs àv0pco7TOv tÉXeoov tov àvaXyjçOévTa wijioXôyyjaEv col. 445 D.
Ces insinuations, d'autres encore, sont injustes; à bien des reproches qui lui sont faits par André et Théodoret, Cyrille, dans les réponses qu'il composa