NESTORIUS.. LE CONCILE D'ÉPHÈSE
Les événements désormais allaient se précipiter. Lecture fut donnée du symbole de Nicée, puis de la lettre de saint Cyille, KaTacpXuapoôat, ci-dessus, col. 9(5, après quoi le patriarche d'Alexandrie demanda ;:u synode ce qu'il pensait de la conformité de sa propre lettre avec l'enseignement de Nicée. Cent vingt-cinq évêques exprimèrent nominalement leur suffrage, tous d'une manière favorable à Cyrille. Comme contre-partie, on lut la lettre de Nestorius Tàç [jlèv xa0' r)(xcôv uêpetç, ci-dessus, col. 97; sur quoi Cyrille demanda : « Que pense le synode de la pièce qui vient d'être lue? lui paraît-elle aussi d'accord avec la foi définie à Nicée? » Trente-quatre évêques donnèrent leur avis en termes plus ou moins défavorables à l'archevêque (remarquer au moins le vote d'Acace de Mélitène, p. 32; col. 1172); les autres se rallièrent à ces votes; de ces réponses il résultait que les façons de parler de Nestorius étaient contraires à l'antique foi, et une première manifestation collective eut lieu : « Anathème à qui n'anathématise pas Nestorius. La vraie foi l'anathématise. Le concile l'anathématise. Tous nous anathématisons la lettre et les enseignements de Nestorius. Tous nous anathématisons l'hérétique Nestorius. » Le procèsverbal ne signale aucune voix discordante.
Ce « mouvement de séance » fut suivi de la lecture de la lettre adressée par le pape Célestin à l'archevêque de Constantinople, ci-dessus, col. 101, puis de la lettre de Cyrille, Toù Sco-rrjpoç, à laquelle étaient joints les anathématismes; il s'agissait de montrer, en somme, que l'ultimatum d'Alexandrie correspondait exactement à celui de Rome. La mentalité de l'assemblée ne lui permettait guère d'apprécier les nuances importantes qui les séparaient; nulle observation n'est enregistrée par les Actes. Plus attentif fut-on aux dépositions des apocrisiaires qui étaient aller porter l'ultimatum à Constantinople. De leurs dires, fort imprécis à la vérité, il ressortait que Nestorius, loin d'avoir modifié son enseignement, avait fait pis encore après réception de l'ultimatum (cf. ci-dessus, col. 105; ne pas oublier que le sermon de Nestorius acceptant le Théotokos nous est transmis par son adversaire Marius Mercator).
Cette déclaration amena l'évêque de Joppé à cette remarque, que ce n'était pas seulement à Constantinople que l'archevêque avait continué de tenir des propos subversifs. Ici même, à Éphèse, on lui avait entendu dire des choses non moins énormes. Deux évêques, Théodote d'Ancyre et Acace de Mélitène, vinrent rapporter des mots qui lui étaient échappés au cours de discussions récentes, où transparaissait toute son impiété : « Je n'appellerai pas Dieu, aurait-il dit, un enfant (ou peut-être un embryon) de deux ou de trois mois »; et il avait embarrassé Acace dans un dilemme, où celui-ci avait perçu les pires énormités.
Mais ces témoins à charge n'étaient rien auprès de ceux qu'avait préparés la chancellerie alexandrine. Il s'agissait d'une double série de textes, les uns empruntés aux anciens Pères, les autres recueillis dans les œuvres de Nestorius; de la confrontation devait ressortir pour le concile la certitude de l'hétérodoxie de celui-ci. Il y aurait beaucoup à dire sur cette confrontation et le Livre d'Héraclide insiste, avec quelque raison, sur ce fait que les textes authentiques des Pères rendent, à peu de chose près, le même son que les propres paroles de Nestorius. Deux textes à la vérité font exception, qui condamnent l'idée et l'expression d'homo assumplus; mais justement ce sont des faux apollinaristes, mis sous les noms vénérés des deux papes Jules et Félix, p. 41, col. 1188. Les Actes ne laissent supposer aucune discussion sur la signification et la valeur, tant des textes patristiques que des phrases alléguées comme
étant de Nestorius. Il ne dut pas y en avoir; si l'on songe que toute l'affaire a été expédiée en une seule séance, malgré les interminables lectures qui encombrent le procès-verbal, on ne voit vraiment pas où pourrait se loger une discussion. Qui donc aurait, d'ailleurs, osé élever la voix en faveur de Nestorius devant le patriarche d'Alexandrie? Le Livre d'Héraclide a une phrase cinglante sur l'attitude de Cyrille : « Je fus convoqué par Cyrille, qui a réuni le concile, par Cyrille, qui en était le chef. Qui était juge? Cyrille. Quel était l'accusateur? Cyrille. Qui était évêque de Rome? Cyrille. Cyrille était tout. » P. 117. Ce sont là évidemment propos de condamné qui dépasse très largement pour « maudire ses juges » les dilais concédés. Mais est-il interdit de regretter que, dans une affaire de telle importance, on ait procédé avec tant de précipitation? La contumace de Nestorius n'était pas il s'en faut, évidente, étant donnée la façon dont on avait convoqué le concile. Qu'on imagine les débats, se déroulant en présence des Orientaux amenés par Jean, et des soixante-dix évêques qui avaient refusé de répondre à la convocation de Cyrille, que serait-il arrivé?
Quoi qu'il en soit, les Actes mettent aussitôt après les lectures des extraits de Nestorius la sentence portée contre celui-ci (la lecture des lettres de créance du diacre de Carthage, placée ici par la Vaticana^ p. 52, doit sans doute être remise au début de la séance). Cette sentence n'est précédée d'aucune délibération. Considérant que l'archevêque avait refusé de comparoir, que, soit dans ses livres, soit dans ses lettres, soit enfin dans les sermons prêches par lui à Éphèse même, il avait, de toute évidence, pensé et enseigné de manière impie, 8oaae6coç cppovo'jvra xoct. >o)pÔTTOVTa, le concile, à sa grande douleur, se voyait contraint, par les sacrés canons et par la lettre du papa Célestin de prononcer contre lui une pénible sentence : « Rlasphémé par lui, Notre-Seigneur Jésus-Christ avait décidé, par le très saint Synode, que ledit Nestorius était désormais déchu de la dignité épiscopale et séparé du corps des évêques : àXXorptov elvai toù xe èmcjxoTtixoî) àfy.&yLCCToç, xal tcxvtoç auXXoyou Lspatixoû. » Acta, p. 54; col. 1212. Cent quatre-vingt-dixsept signatures se lisent à la suite de cette sentence : il faut comparer cette liste avec celle des présents qui se lit en tête de la session; un certain nombre d'évêques se sont évidemment ralliés après coup à la sentence du 22 juin et ont signé le protocole; et cela malgré l'adjuration de Candidien. Synod., n. 85 (10), A. C. 0., i, 4, p. 33; P. G., t. lxxxiv, col. 596-7. Le soir même, on faisait tenir communication de la sentence « à Nestorius, nouveau Judas ». Vatic, 63, p. 64, col. 1228.
3° L'arrivée de Jean d'Anlioche. Le concile des Orientaux — ■ La sentence, on l'imagine, fut accueillie par des manifestations diverses. Le populaire à qui, depuis quinze jouis, on ne cessait de représenter Nestorius comme un blasphémateur du Christ et de sa sainte mère, fit éclater bruyamment sa joie. La ville entière, écrit le lendemain Cyrille, s'illumina et ce fut à la lueur de milliers de torches, dans la fumée des encensoirs, que les évêques furent reconduits à leur caravansérail. Cyrille, Episl., xxiv, P. G., t. lxxvii, col. 137; voir aussi les lettres suivantes. « Pour les braves gens d'Éphèse, écrit L. Duchesne, le Christ avait vaincu l'hérésie, Marie avait triomphé de Nestorius. C'est sous cette forme simple que le concile d'Éphèse fut bientôt saisi par les imaginations surtout en Occident; c'est cette impression qui s'en conserva. La réalité est plus compliquée. » Hisl. anc. de l'Église, t. m, p. 352.
On pense bien que ni l'importante minorité d'évêques qui avait refusé de siéger le 22, ni le comte-