VI. LES ORIENTAUX ET SAINT CYRILLE. L'ACCORD
de 433. ■ — En somme, toute l'Église de langue grecque était profondément divisée, divisée sur la question de la personne même de Nestorius, dont plusieurs s'obstinaient à ne pas reconnaître la déposition; divisée bien plus encore sur la question des anathématismes cyrilliens. C'est encore au gouvernement impérial que reviendra la tâche de réduire ce schisme qui devenait menaçant.
1° Premières tentatives pour reconcilier Antioche et Alexandrie. — Théodose, docile aux suggestions de Maximien, crut d'abord pouvoir recourir au procédé dont parlait la lettre du pape Célestin : amener entre saint Cyrille et Jean une entrevue dans laquelle le patriarche d'Antioche souscriiait à la déposition de Nestorius, anathématiserait ses doctrines, moyennant quoi Cyrille le recevrait à sa communion. Vaticana, n. 120, A. C. O., i, 1, 4, p. 3-5; Mansi, t. v, col. 277-280. C'était demander à Jean, sans aucune contre-partie, beaucoup plus qu'il ne pouvait accorder. Abandonner la personne de Nestorius, reconnaître même que ses imprudences de langage justifiaient sa déposition, le patriarche d'Antioche finira bien par y consentir; du moins, il exigeait que ce sacrifice considérable qu'il faisait au bien de la paix n'allât pas sans une compensation. Les imprudences de langage ne foisonnaient-elles pas dans les anathématismes? Que Cyrille condamnât, ou tout au moins retirât ceux-ci, et peut-être lui passerait-on la condamnation de Nestorius.
C'est à cette solution moyenne que l'on aboutira finalement à la suite de négociations extrêmement ardues, mais qui appartiennent davantage à l'histoire qu'à la théologie. Elles furent conduites, au nom de l'empereur, par le tribun Aristolaiis, dont le nom revient souvent dans les correspondances de ce moment. Rome, de son côté, où le pape Xyste III avait succédé à Célestin, s'y intéressait et écrivait dans un sens irénique à l'évêque d'Alexandrie, Jaffé, n. 389-390, en même temps qu'elle sollicitait le vieil Acace de Bérée de se porter comme médiateur. Synod., n. 144 (55), A. C. O., i, 4, p. 93; P. G., t. lxxxiv, col. 660.
Prié également par l'empereur, Acace, sur le conseil de Jean d'Antioche et de ses amis, transmit à saint Cyrille le texte d'une proposition tendant à prendre comme règle de foi le symbole de Nicée, complété par la lettre de saint Athanase à Épictète (voir ici, 1. 1, col. 2160); on laisserait tomber les autres documents nés de la querelle récente : quœ vero superintroducla sunt dogmala vel per epislulas vel per capitula, tanquam quœ id quod est commune lurbantia, excutimus. Ibid., n. 142 (53), p. 92-93; col 658-659. Les epistulœ et les capitula dont il est ici question sont, de toute évidence, les deux lettres « dogmatiques » de saint Cyrille et les anathématismes. On remarquera que les Anliochiens dont Acace transmettait les propositions ne parlent pas de Nestorius. Pourtant à la réunion où ce texte avait été arrêté, Théodoret avait très vivement défendu son ami et déclaré qu'il était impossible de l'abandonner. Ibid., n. 143 (54), p. 93; col. 659.
La réponse de saint Cyrille au vieil évêque de Bérée semblait, à première vue, une fin de non-recevoir. Synod., n. 145 (56), p. 94-98; col. 661-665. Retirer les anathématismes, ne serait-ce pas déclarer qu'il s'était lui-même trompé? Que diraient de cette reculade les nombreux évèques qui l'avaient soutenu à Éphèse? Les Orientaux voulaient s'en tenir exclusivement au concile de Nicée; c'était aussi ce qu'entendaient faire Cyrille et les siens, comme le
démontraient les procès-verbaux de leur assemblée; el les décisions que l'on avait prises ne visaient à rien d'autre qu'à défendre l'antique symbole contre les blasphèmes de Nestorius. Que les Orientaux consentissent à la condamnation de celui-ci, on ne leur demanderait pas autre chose, et la paix serait rétablie dans l'Église. — Toutefois, la lettre de Cyrille laissait, plus qu'il n'aurait semblé d'abord, une porte ouverte à des négociations ultérieures. Le patriarche émettait, sans l'accepter d'ailleurs, la supposition qu'il avait pu passer dans ses expressions quelques inexactitudes : ponamus quia secundum verilatem et transiit nos aliquid quod ad rectitudinem dogmulum pertinet, aut circa alios modos subjecti aliquibus culpis eramus sii>c peccatis, p. 95, 1. 20; mais surtout il faisait une profession de foi qui était de nature à satisfaire les Orientaux : Cyrille repoussait la christologie d'Arius et d'Apollinaire; les anathématismes avaient été rédigés contre Nestorius et erntre lui seul; c'est en fonction des blasphèmes de celui-ci qu'il fallait les interpréter. Du jour où les Orientaux auraient condamné l'archevêque de Constant inople, il n'y aurait nulle difficulté à les leur faire paraître blancs comme neige, tune et satis facillime quodeumque omnino eorum quœ a nobis scripta sunt... hoc excandidabitur.
Pendant quelque temps, néanmoins, les deux partis restèrent cramponnés à leur position. Dans le inonde ecclésiastique de Constantinople, on finit par trouver que Cyrille favoriserait singulièrement la cause de la paix en abandonnant les textes litigieux. Scripserunt el episcopi e Constantinopoli , écrit Libératus, quia amiciliarum modum et pacem ecclesiarum sanctarum non aliter fieri conveniret, nisi omnia quie ab eo in causa scripta sunt epistolis et lomis et libris evacuarenlur. Breviar., c. vm, P. /.., t. lxviii, col. 983 A. Il ne peut guère s'agir que de .Maximien et de ses suffragants. A la cour également, la personne de Cyrille était violemment attaquée par certains fonctionnaires en vue. Or Théodose, on l'avait vu maintes fois, était si facile à retourner ! Très alarmé des nouvelles reçues de Constantinople, qui lui avaient causé d'ailleurs une grave maladie, l'évêque d'Alexandrie n'hésita pas à recourir à des moyens qui ne laissent pas de nous surprendre. D'amples gratifications, dont la curieuse liste s'est conservée, furent distribuées aux grands personnages de la cour. Les uns devaient agir sur Pulchérie, les autres sur Jean, les autres sur les fonctionnaires. Le syncelle de Cyrille, Épiphane, de qui nous tenons ces détails, suppliait Maximien de consentir pour cela un prêt à l'Église d'Alexandrie : De tua Ecclesia pnesta avariliee quorum nosti ne Alexandrina Ecclesia contristelur. Synod., n. 293 (203), et 294, A. C. O., i, 4, p. 222-225; P. G., t. lxxxiv, col. «26-829 (le n. 294, liste des gratifications, que les éditeurs du xviic siècle avaient volontairement omis, ne figure pas dans P. G.; voir A. C. O., et Nau, Le livre d Héraclide, append., p. 367-368).
Plus encore que ces moyens, les explications, inlassablement fournies par saint Cyrille de ses anathématismes, contribuèrent peu à peu à rasséréner l'atmosphère. Jean d'Antiochc finit par prendre une initiative qui lui fait le plus grand honneur. Dans sa lettre à Acace de Bérée, Cyrille se déclarait tout prêt à fournir des explications, dès que l'on aurait, de l'autre côté, renoncé à l'esprit d'hostilité; pourquoi ne lui demanderait-on pas de se rallier à une formule qui mettrait en sûreté la doctrine dyophysile compromise, disait-on, par les anathématismes? Libératus prétend que le patriarche aurait écrit en ce sens à l'empereur : Propler illa ipsius capitula fidem meam Cyrillo dirigam, lui aurait-il dit ; quam si
suscipiens subscripscril, conununicabo ci. Breviar., c. vin; P. I,., t. i.xviii, col. 983. C'est en tout cas le sens de la lettre qu'après entente avec Acace de Bérée, il lit porter à Alexandrie par Paul, évêque d'Linèse, l'homme de confiance du vieux prélat. Texte de la lettre dans le Synod., n. 169(80), .1. C. 0.,i, 1. 1>. 115; P. G.,t. i.xxxiv, col. 689-691. Cet envoi a dû prendre place à l'automne de 132.
2° L'accord de 433. — 1, Le formulaire. - Le texte du Synodicon ne contient pas le formulaire dont l'évoque d'Antioche demandait la signature comme une explication des anathématismes, mais celui-ci a été conservé par Libératus, Breviar., c. vm, el dans les deux lettres échangées finalement par Cyrille et Jean pour constater leur accord. Il faut le citer en entier, car il est un indispensable complément des décisions prises à Éphèse.
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Ce préambule n'est pas donné par Libératus; à partir d'ici grec et latin marchent parallèlement.
'0[i.oXoyoù|jiEV xoiyapoûv xôv Kùptov Y)(xwv'lrr aoùv Xpiaxôv, xôv Tîôv xoù
0EOÙ XÔV [i.OVOy£VÎj, 0EÔV
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0Évxa xaxà xyjv 6s6xr(xa, £7r'Êa-/âxcov Se twv rjtAEpôjv xôv aùxôv ât'Y)[i.àç, xal Sià xyjv 7)ji.£xÉpav acoxr,plav, ex Maplaç xvjç LTap- Oévou xaxà xï]v àvOpcoTrô- Xïjxa- ô(iooûat.ov xo) Ilaxpl xôv aùxôv xaxà xyjv 6eô- XYjxa, xal ôjxooùaiov yj^ïv xaxà xyjv àv6pco7rôx7]xa.
Auô yàp 9ÙUEOJV evcdoiç (lat. : unitio) yéyovs • ' Siô â'va Xpiaxôv, Eva Tlôv, sva Kùpiov ôjjLoXoyoùpiEv.
Comment il faut penser et s'exprimer sur le compte de la Vierge mère de Dieu, et sur le mode de l'incarnation du Fils unique de Dieu, nous allons le dire brièvement, non dans le dessein de rien ajouter, mais dans celui d'expliquer ce que nous avons reçu et des saintes Écritures et de la tradition des Pères, sans prétendre absolument rien ajouter au symbole de foi proposé par les saints Pères de Nicée.
Car, ainsi que nous l'avons déjà dit, ce symbole suffît parfaitement à l'expose de la religion et à la réfutation de toute hérésie. Ce que nous disons, d'ailleurs, est moins pour prétendre résoudre le mystère, que pour réfuter, par la confession de notre propre faiblesse, ceux qui nous reprochent d'expliquer les questions qui dépassent notre intelligence.
Nous confessons donc (pie Xotre-Seigneur Jésus-Christ, Bis unique de Dieu, est vrai Dieu et vrai homme composé d'une âme raisonnable et d'un corps, qu'il a été engendré du Père avant tous les temps quant à la divinité, et quant à l'humanité qu'il est né de la vierge Marie à la fin des temps, pour nous et notre salut; qu'il est consubstantiel au Père selon la divinité, consubstantiel à nous selon l'humanité.
Car il s'est produit une union des deux natures, aussi ne reconnaissons- nous qu'un seul Christ, un seul Fils, un seul Seigneur.
A cause de cette union exempte de tout mélange, nous confessons que la sainte Vierge est Mère de Dieu, parce que Dieu le Verbe s'est fait chair, s'est fait homme, et s'est uni, depuis le moment de la conception, le temple qu'il a pris de celle-ci. En ce qui concerne les expressions évangéliques et apostoliques relatives au Seigneur, nous savons que les théologiens emploient les unes indistinctement, comme se rapportant à une seule personne (prosôpon), et distinguent les autres, parce qu'elles s'adressent à l'une des deux natures, celles qui conviennent à Dieu, à la divinité du Christ, celles qui marquent l'abaissement à l'humanité.
Kocrà ra«T7)v "rijv tïjç àauyjfuTOU Évwascoç ëvvotav ôixoXoY<j5(i.ev "rrjv àytav IlapGsvov ©eotôxov, Sià tô tov 0sôv Aôyov aapxtoOrjvai, xal èvav- 6pcù7rî)aai, xal iç, aÙTÎjç tt)ç ouÀXr/jiewç svâaai éauTto tov sî aÛTÎjç Xyjç- Osvtx vaév. Tàç Se sùay- YsXixàç xal àTroa-roXixàç TTcpî roG Kupîou cptovâç, l'aixsv To-jç ÔeoXôyouç av- Spaç, Tàç (xèv xoivoreoioûv- Taç, c'oç ê<p' Évôç TcpoacÔ7rou, tôcç Ss Siaipoùvraç, wç èrcl Sùo çùascov- xal ~àç fiÈv Oso-pErrsIç (lat. : di ùiniores nique altiores) xarà ttjv 0e6T»)Ta toû XptaToû, xàç Se Tarceivàç (lat. : humiliores) xaz'k tt)v àv0pa>7rô- TrjTa aÛToG TrapaSiSôvTaç.
Texte grec dans P. G., t. lxxvii, col. 172 et 176; latin dans P. L., t. lxviii, col. 983.
2. Origine et signification. ■ — Chose intéressante à signaler, et que l'auteur du Synodicon avait déjà notée, la partie essentielle de ce texte n'est pas autre chose que la profession de foi, émise à Éphèse par le concile de Jean et transmise à l'empereur. En voici le texte, dans le latin du Synodicon :
Illorum namque paucorum verborum recta? fidei (se. symboli Nicieni) confessio sufficit et omnem hsereticum errorem convincere et veritate volentes imbuere. Neque enim de his quse ad Unigeniti divinitatem pertinent, prsedicta sanctorum fides Patrum hue atque illuc ferri permisit, sed consubstantialitatem prsedicans, inconcusse intellectus fidelium praemunit, Arianam destruens ha-resim, et [de] dispensatione integerrimos terminos tradidit, inconvertibilitatem nos et immutabilitatem divinitatis Vnigeniti docens et non esse hominem purum Dominum nostrum Jesum Christum, sed rêvera Filium Dei credi pra>cipiens, consona divinis sanctisque Scripturis. Inde et nos illa sequentes, lîdei quidem confessionisque expositioni neque adjicimus quicquam neque subtrahimus, sufllciente ad omnia expositione paterna; quoniam vero, imperatores piissimi, pnecepistis post hune assensum inviolabilis fidei et de sancta et Dei genetrice virgine innotescere nos vestrae insuperabili pietati..., et hoc a Deo auxilium postulantes (ultra hominem namque est de talibus disceptare), innotescimus pietati vestra>, qua? sumus ex divinis Scripturis edocti, non quasi contra incomprehensibilia quodlibet audentes, sed confessione propria' infirmitatis his qui contra nos temptant assurgere, praxlaudentes in quibus illa qiiif sunt ultra hominem, [disceptamus].
Les considérants de ce long préambule sont encore reconnaissables dans le texte plus court de 433: outre les longueurs, on en a finalement éliminé les allusions qui auraient pu paraître désobligeantes, en particulier le rapprochement avec l'arianisme de la doctrine que l'on prêtait (de manière fort injuste d'ailleurs) à saint Cyrille. La profession de foi proprement dite recouvre très exactement celle de 433 :
Confitemur igitur Dominum nostrum Jesum C.hristum, filium Dei unigenitum, Deum perfection et hominem perfection ex anima rationali cl corpore, ante sa'cula quidem ex faire natum secundum deitatem, in fine vero dierum eundem propter nos et propter nostram salutem de Maria virgine secundum humanitatem, consubstantialem Patri eundem secundum divinitatem et consubstantialem nobis secundum humanitatem. Duarum vero naturarum unitio facta esl, propter quod unum C.hristum, unum Dominum, umim Filium confitemur. Secundum hune inconfusa- unionis intellectum confitemur sanctam Virginem Dei genetricem, propter quod Deus Verhum incarnatus est et inhumanatus et ex ipsa conceptione sibimet uniit templum quod ex
ipsa suscepit. Haec a deiloquis viris edocti, evangelistis, apostolis atque prophetis et his qui per singula tempora pia> fidei fuere doctores, nos quoque exposuimus in brevi capitulo. Synod., n. 105(17), A. C. O., i, 4, p. 56-57; P. G., t. i.xxxiv, col. 608-609.
La finale du texte de 431, comme on peut le voir aisément, a été transformés dans le document de 433, et a donné naissance à un paragraphe nouveau sur la répartition entre les deux natures du Christ des expressions scripturaires. Ce développement vise, à coup sûr, le 4e anathématisme cyrillien, qui semblait interdire de diviser entre deux hypostases (au sens de natures) les termes scripturaires relatifs aux opérations du Christ. Cette addition est de considérable importance.
Plus remarquable encore est le fait que les Orientaux aient exigé que saint Cyrille reconnût la légitimité de l'expression vaôç X'/jcpOsîç, pour désigner l'humanité assumée par le Verbe divin. Le 11" anathématisme s'était élevé contre cette manière de parler. Enfin, la reconnaissance très explicite de l'union des deux natures était aussi, de la part de Jean, une exigence d'importance et tout à fait caractéristique. Si l'on ajoute à ces considérations, tirées de l'origine et du contenu du symbole soumis à la signature de Cyrille, le fait qu'au dire de Libératus le texte en avait été délibéré dans une réunion tenue à Antioche (réunion à laquelle Théodoret ne pouvait manquer d'assister), on ne pourra qu'applaudir au sens théologique et à l'énergie dont Jean fit preuve en cette circonstance.
3. Acceptation du formulaire. — Semblablement , il faut louer sans réserve l'esprit de conciliation que montra saint Cyrille dans la discussion de ce projet de traité. Sans doute les choses n'allèrcnt-elles pas avec la belle rapidité dont parle Libératus : In quam urbem (Alexandriam) veniens Paulus, écrit-il, et gralissime a Cyrillo susceptus est, et sine difficuttate vel contenlione, ut a muftis putabatur, memoratam fuiem Orientalium suscepit episcoporum. Breviar., c. vin; P. L., t. i. xvni, col. 983 D. Retardées par une maladie de Cyrille, les négociations semblent avoir traîné, plusieurs mois et avoir obligé Paul à un voyage à Antioche. Plusieurs lettres intéressantes échangées à ce sujet entre Cyrille et Acace de Bérée, Cyrille et Jean, figurent dans la Coll. Atheniensis et ont été publiées pour la première fois par E. Sclrwartz, n. 95, 107, 108, 115, 116. Tout finit par s'arranger. Au printemps de 433. Paul d'Émèse apportait à Antioche la fameuse lettre I.œtentur cseli, rédigée par l'évêque d'Alexandrie, et qui constatait l'accord entre les deux grands sièges sur les questions de doctrine. Cyrill. epist., xxxix, P. G., t. lxxvii, col. 173-181; coll. Valicana, n. 127, A. C. O., i, 1, 4, p. 15-20; pour les diverses versions anciennes, voir p. 15.
La célèbre lettre, en effet, après quelques mots de préambule écartant les pénibles incidents des années passées, se félicitait en termes magnifiques de la paix rendue à l'Église. Transcrivant le symbole de foi envoyé par Jean d'Antioche, saint Cyrille constatait qu'il ne pensait pas différemment : tolùzoliç ôlzôjv Èvtu)(c>vts<; iode, kpatç çwvaïç, outw tc xal éauTOÙç cppovoùvTaç sùptaxovTeç, èSoÇâaafiEV... 0e6v. Col. 177 H. Pour plus d'exactitude encore, et pour couper court à certains bruits fâcheux que l'on faisait courir sur son compte, il répudiait énergiquemenl l'idée que le corps du Christ ne serait pas « consubstantiel » au nôtre. Enfin, se référant à la lettre de saint Athanase à Épictcte, dont il avait été question au début des pourparlers (voir col. 120), Cyrille, qui s'était aperçu de différences notables entre les divers exemplaires, en envoyait à Antioche une copie ant lient ique; il se ralliait ainsi implicitement à cette tessère d'orthodoxie.
Ces concessions de capitale importance n'allaient pas, il va de soi, sans une contre-partie. A la vérité la lettre Lœtenlur casli n'énonce aucune condition qui serait imposée à Jean et à ses amis; mais il est de toute évidence que Paul d'Émèse avait dû prendre, au nom de ses commettants, des engagements explicites. Il faudrait qu'à Antioche l'on reconnût la déposition de Nestorius, son hétérodoxie, la légitimité de Maximien. Tout ceci est clairement énoncé dans la lettre censée écrite par Jean pour provoquer celle de Cyrille. Cyrill. episl., xxxvim, P. G., t. lxxvii, col. 109-173; Valic, n. 123, A. G. O., i, 1, 4, p. 7-9. La première partie en est calquée sur la lettre de l'évêque d'Alexandrie. Le patriarche d'Antioche demande que, par la souscription commune du symbole proposé, la paix soit rendue à l'Église. Après quoi il ajoute : « Ce symbole ainsi accepté, il nous a plu, pour le bien de la paix, et l'éloignement de tous les scandales, de tenir pour déposé Nestorius exévêque de Constantinople. Nous anathématisons aussi ses propos vides, défectueux et profanas (dcvocOep:aTiÇo[isv T<iç <paôX<xç ocùtoù xal Pe6r)Xouç xevotpwvîaç), parce que nos Églises possèdent la foi droite et saine, la gardent ( jalousement) et la livrent (fidèlement) à leurs peuples, tout comme votre sainteté. Nous nous rallions à l'ordination de l'évêque Maximien de Constantinople, et nous sommes en communion avec tous les évêques de l'empire qui gardent et prêchent la foi droite et sans reproche. »
Quelque mitigé que fût l'anathème porté contre Nestorius, cet acte de Jean d'Antioche représentait de sa part une très grave concession. C'était beaucoup plus qu'une reconnaissance de la situation de fait créée à Constantinople par les événements des années précédentes. Pourtant il ne saurait faire de doute que Nestorius eût souscrit sans ambages au symbole délibéré à Éphèse par le concile de Jean, renouvelé à Antioche (peut-être à sa connaissance) et finalement accepté par saint Cyrille. D'ailleurs, nous ne sommes points réduits sur ce point à des conjectures; un long passage du Livre d'Héraclide, p. 257 sq., est consacré à cette démarche de Jean et à la signature par Cyrille de l'Acte d'union. Le condamné de 431 s'efforce de montrer que la doctrine de cet acte est proprement la sienne, qu'en s'y ralliant Cyrille, en fin de compte, a rétracté ses anathématismes, cause de tout le débat, que Cyrille a donc souscrit, de mauvaise grâce d'ailleurs, à la doctrine professée par Nestorius lui-même. Reste le fait que les Orientaux ont néanmoins acquiescé à la condamnation de 431, et que, par ailleurs, nulle mention n'est faite dans l'Acte d'union d'un blâme quelconque à l'endroit des anathématismes cyrilliens. A quoi Nestorius ne voit d'autre explication que la contrainte impériale, et, pour n'être pas adéquate, l'explication contient une part de vérité. Mais nous aurons à nous expliquer nous-même sur la doctrine de l'archevêque déposé, et nous verrons que le jugement, porté sur lui par son ami Jean d'Antioche, est en somme ce que l'on peut dire de plus doux sur le compte de Nestorius.
L'accord conclu entre Antioche et Alexandrie fut aussitôt porté à la connaissance de tous les ayants cause. Jean en écrivit sans retard à l'empereur. Sgnod., n. 179 (91), A. C. O., i, 4, p. 127: P. G., t. lxxxiv, col. 704. On remarquera la manière dont il parle de Nestorius : depositum sive damnatum habemns Nestorium,... anathematismo subjicientes quœcunque ab eo aliène ac peregrine dicta sunt contra apostolicam doctrinam. Mais il demandait aussi que celui-ci fût la seule victime, et que l'on rétablît sur leurs sièges les évêques qui avaient pu être déposés à l'occasion des troubles antérieurs; une pacification
générale de l'Église s'imposait. Informé par saint Cyrille et par Jean lui-même, Coll. Athen., n. 121, le pape Xystc exprimait à l'un et à l'autre toute sa joie de la paix rétablie. Jaffé, n. 391, 392; ces deux lettres dans la Vcronensis, n. 30 et 31, A. C. 0.,i,2, p. 107-108. En même temps il se réjouissait de voir Nestorius désormais seul de son sentiment, abandonné à lui-même et à ses tristes pensées.
3° Les dernières difficultés. — L'accord entre les deux chefs, Jean et Cyrille, avait été relativement facile à conclure; il ne leur serait pas aussi aisé d'amener tous leurs subordonnés à déposer les armes.
1. Difficultés de saint Cyrille avec les monophysites. — ■ Si, en Egypte, aucune résistance sérieuse n'avait chance de réussite, Cyrille allait rencontrer néanmoins chez beaucoup de ses partisans une incurable défiance. L'accord de 433 était proprement le sacrifice delà doctrine monophysite, sous la forme encore larvée qu'elle revêtait chez de nombreux cyrilliens. Affirmer l'union des deux natures, l'existence des deux opérations (telle au moins que l'impliquait la distinction des paroles évangéliques), admettre l'expression de « temple » appliquée à l'humanité assumée par le Verbe, tout cela n'était-il pas sacrifier peu ou prou au dyophysisme toujours suspect et, comme déjà on commençait à dire, au «nestorianisme »? C'est ce que de divers côtés l'on redisait au patriarche d'Alexandrie. Cf. Libératus, Breviar., c. vm; P. L., t. lxviii. col. 984 D.
Quelques-unes de ses lettres de l'époque sont des réponses à de semblables craintes. La plus importante est celle qui est adressée à Acace de Mélitène, l'un des accusateurs de Nestorius au concile d'Éphèse. Cyrill. epist., xl, P. G., t. lxxvii, col. 181-201 ; Coll. Vaticana, n. 128, A. C. O., i, 1, 4, p. 20-30; voir p. 20, l'énumération des vieilles traductions latines; quelques fragments dans Libératus. Accusé de s'être prêté trop aisément aux volontés des Orientaux, saint Cyrille y fait l'historique des négociations avec Antioche, et explique comment les concessions faites par ses adversaires, et spécialement la condamnation de Nestorius, l'ont incliné à souscrire le formulaire présenté par eux. On veut y voir des doctrines spécifiquement nestoriennes: c'est tout à fait inexact. Et l'évêque d'Alexandrie d'instituer une comparaison entre les expressions antiochiennes et diverses cita lions de Nestorius, empruntées à des écrits tombés dans le domaine public. C'est ici tout particulièrement qu'il faut s'adresser pour comprendre l'idée que saint Cyrille se faisait de la christologie de son adversaire. A dire vrai, Nestorius ne s'est pas reconnu dans le portrait ainsi tracé: un long passage du Livre d'Héraclide, p. 261-280, discute phrase par phrase les passages capitaux de la lettre à Acace, affirmant que rien ne le sépare, lui Nestorius, des Orientaux. Allant plus loin et prenant l'offensive, il prétend trouver dans cette pièce la preuve de la duplicité de Cyrille. Celui-ci ne déclare-t-il pas que la distinction des natures est purement idéale; que, dans la réalité, il n'y a qu'une seule nature, « comme si l'union des natures aboutissait à une nature unique et non à une personne unique »? P. 268. Il y a plus. Cyrille ne voudrait-il pas faire croire à son correspondant que les Orientaux n'acceptaient eux aussi la distinction des natures que comme une vue de l'esprit? — On retiendra du moins de ces critiques que la position de saint Cyrille était des plus délicates, et que son essai de faire cadrer avec la terminologie (et même avec la pensée) des anathématismes la doctrine des Antiochiens, est passablement laborieux. Les mêmes idées s'expriment dans une lettre du même Cyrille à Eulogius, son apocrisiaire à Constantinople, Episl., xliv, P. G., t. lxxvii, col. 224-228; Vaticana, n. 132
A. C. O., i, 1, 4, p. 35-37; fragments aussi dans Libératus. Voir aussi la lettre à Valérianus d'Iconium, Epist., i., col. 256-277; Vaticana, n. 119, A. C. O., î, 1, 3, p. 90-101; fragments dans Libératus; version syriaque publiée par Bedjan. Les deux lettres à Succensus, évêque de Diocésarée en Isaurie, eurent aussi, plus tard, leur célébrité. Episl., xlv et xlvi, col. 228-237, 237-245; Vaticana, n. 171-172, A. C. O., i, 1, 0, p. 151-157, 157-162. Mais il faudrait citer presque toute la correspondance de cette époque; les mêmes arguments y reviennent d'ailleurs, avec les mêmes textes scripturaires et les mêmes explications historiques.
Dans les territoires ressortissant à l'autorité de Jean d'Antioche il ne manquait pas non plus de cyrilliens outranciers, peu disposés à suivre l'esprit de conciliation de leur chef et à accepter les termes de VAcle d'union. A Antioche même, l'apollinarismc n'avait pas dit son dernier mot, et si le mal n'éclata avec toute sa virulence qu'après le concile de Chalcédoine, le monophysisme, nouvel avatar de la vieille hérésie, comptait, dans les milieux monastiques surtout, de nombreux partisans. Dès 433, un diacre, Maxime, se faisait remarquer par son intransigeance, et refusait la communion de son patriarche; un schisme était possible. Alarmé pour le succès de l'union si péniblement rétablie, Cyrille écrivit à deux reprises à Maxime pour le prier de modérer son zèle. Episl., lvii, lviii, col. 320-321.
2. Difficultés de Jean avec les partisans de Nestorius. ■ — Tandis que Cyrille s'efforçait de contenir « l'immense armée des monophysites, qui se vantait de l'avoir pour chef » (Batiffol, Littérature grecque p. 309), Jean, de son côté, était aux prises avec les résistances des amis de Nestorius.
Nombreux en effet étaient les évêques du diocèse d'Orient qui n'admettaient point, aussi aisément que leur patriarche, la déposition de l'archevêque de Constantinople. Dans leur résistance, ils étaient fortifiés et par les liens de l'amitié et par le sentiment de l'honneur et aussi par des considérations d'ordre doctrinal. A eux aussi il apparaissait, clair comme le jour, qu'il n'y avait pas de différence perceptible entre le symbole d'union et les doctrines qui avaient motivé la déposition de Nestorius à Éphèse. Ils consentaient bien à passer condamnation sur les anathématismes cyrilliens puisque au fait, « l'Égyptien », comme ils disaient, les avait suffisamment retirés en souscrivant le symbole antiochien; ils consentaient à ne pas faire état de la déposition prononcée contre Cyrille et sanctionnée par l'autorité impériale, mais ils ne comprenaient pas comment Nestorius ne bénéficiait pas de la même amnistie. Or, en exécution des promesses faites par Jean à Cyrille, ils se voyaient contraints par leur patriarche à anathématiser leur ami! Ces sentiments s'expriment au mieux dans une lettre de Théodoret à Jean d'Antioche, Synod., n. 183 (95), A. C. O., i, 4, p. 131; P. G., t. lxxxiv, col. 709. Avec un certain nombre de ses collègues, l'évêque de Cyr a pris connaissance des conditions de la paix entre Antioche et Alexandrie, il enregistre avec satisfaction les concessions doctrinales faites par Cyrille :
Quae autem nunc in cpistula (Cyrilli) continentur, clare nobilitate evangelica decoranlur. Pncdicatut namque in eis Deus et homo perlectus Dominus noster Jésus Christus et dus naturoe earumque differentia et imitio inconfusa, non quasi per liquidorum in invicem mixtionetn coagulamentumvc ferment!, sed incffabiliter et deodecenter effecta et quœ naturarum proprietates intégras conservavit, et impassibilis quidem Deus Verbum atque inconvertibilis, temi'lum vero passibile ac morti ad modicum tradition cl resuscitatum rursus uniti Dei virtute, Spiritus quoque sanctus non ex Filio aut per Filium habens subsistentiam
(allusion à l'anaih. <J), sed prodiens quidem a Pâtre, proprius vero [Filii], quod et ei consubstantialis sit nominatus.
Mais Théodoret et ses amis ont entendu parler des exigences de l'Égyptien relativement à la personne et à la doctrine de Nestorius; elles sont évidemment contradictoires avec la souscription du symbole d'union :
Quodsi id verum est, qui ha-c velut ex arce prseeipit civitatis, simile aliquid facit tanquam si quis vix tandem perductus ad consubstantialem Deo et Patri Filium confitendum, inox itAum anathemale feriat eos qui hoc a principio sapuerunt atque docuerunt. Et iste siquidem, postquam vix tandem nostris dogmatibus est adjunctus, mox eorum anathematismum conatur exigere, quasi pro ipsa rerum rectitudine pa>nitens.
Le comte Irénée a pris soin de rassembler, dans sa Tragédie, les nombreuses lettres échangées à ce sujet par Théodoret et ses amis, soit entre eux, soit avec Jean d'Antioche. Voir Synod., n. 178 (90), n. 180-193 (92-105), p. 127, 129-139; P. G., col. 704, 706-719. Tout ce dossier serait extrêmement intéressant à dépouiller.
Il fallut un certain temps au patriarche pour venir à bout de cette opposition qui finalement se tournait contre lui : plusieurs, en effet, parmi les « nestoriens » les plus excités, avaient rompu la communion avec leur chef hiérarchique. Mais toutes ces négociations laborieuses sont plus alïaire d'histoire que de théologie. Il faut pourtant citer la curieuse lettre écrite par les deux métropolitains de Tyane et de Tarse, Euthérius et Helladius, au pape Xyste III. Le bruit avait couru, dans leurs lointaines provinces, que le nouveau pape était revenu des préventions de son prédécesseur Célestin contre le malheureux Nestorius. Avec une naïve confiance, les deux évêques, après avoir fait une narration sommaire des événements qui s'étaient déroulés depuis la publication par Cyrille des anathématismes jusqu'à la signature de l'accord de 433, supplient avec larmes le pontife suprême d'intervenir, de faire une enquête sur tout ce qui s'est passé, et de prendre en conséquence des mesures de réparation. On ignore si le pape eut connaissance de cette lettre vraiment touchante. Synod., n. 205 (117), p. 145-148; P. G., col. 727-731. Harcelé par les impérieuses demandes de saint Cyrille, qui entendait bien que tous les subordonnés de Jean signeraient personnellement la condamnation de Nestorius, le patriarche d'Antioche ne vit plus de recours que dans le bras séculier.
3. Mesures de rigueur prises contre Nestorius et ses partisans. ■ — Le 12 avril 434, le remplaçant de Nestorius sur le siège de Constantinople était mort. Les partisans nombreux que l'archevêque déposé avait conservés dans la capitale s'agitaient. Coacervalœ multiludines in mullis parlibus civitatis Neslorium publica clamore reposcebant, dit une lettre synodique. Synod., n. 238 (150), p. 174; P. G., col. 766. Par les soins de la cour, qui n'entendait pas voir renaître les troubles à peine assoupis, Proclus, l'éternel candidat, fut intronisé sans retard.
Le plus urgent, après cela, était de rallier à la condamnation de Nestorius les évêques orientaux ; Jean, appuyé par l'autorité impériale, secondé par l'influence de quelques solitaires considérables, comme Siméon le Stylite, finit par amener Théodoret à une soumission telle quelle. Voir les allusions aux conditions de faveur qui lui furent faites dans une lettre postérieure que lui adresse Jean. Synod., n. 210(122), p. 153; P. G., col. 738. On espérait, et l'espoir ne fut pas entièrement trompé, que son exemple entraînerait les évêques voisins.
Mais il resta des irréductibles, dont ne purent
NESTORIUS, ÉPILOGUE DE LA CRISE
avoir raison ni les promesses, ni les menaces; il fallut procéder contre eux. Une quinzaine d'évêques orientaux furent ainsi déposés et envoyés en exil; le plus excité d'entre eux, Alexandre de Hiérapolis, fut même expédié aux mines d'Egypte. Liste de ces condamnés dans Synod., n. 279 (190), p. 203; P. G., col. 803.
N'estorius lui-même fut atteint au môme moment. Depuis la fin de 431, il continuait à résider à Antioche. Déjà le pape Célestin avait pris ombrage de son séjour dans la capitale de l'Orient; on n'avait point songé pourtant à l'éloigner, et l'archevêque déposé avait du suivre, d'un œil intéressé, l'agitation antiochienne autour des anathématismes et de l'Acte d'union. Il n'a pas dû se priver d'y intervenir, et c'est vraisemblablement dès cette époque qu'il rassemblait les diverses pièces de sa Tragédie. (Voir cidessus col. 81.) Tout cela était fort gênant pour Jean d'Antioche. Puisque l'on voulait à tout prix la pacification de l'Orient, il fallait prendre des moyens énergiques. Le patriarche se décida à demander à l'empereur l'éloignement de Nestorius. Un ordre de la cour au préfet du prétoire, Isidore, prescrivit de l'expédier à Pétra, en Arabie; en même temps l'on confisquait tout ce qui lui appartenait personnellement à Constantinople. Vaticana, n. 110, A. C. O., i, 1, 3, p. 67; Mansi, t. v, col. 256. Bientôt même on trouva cette relégation trop douce encore; un nouvel ordre impérial l'envoya au fond du désert de Lybie, à la grande Oasis. Ceci devait se passer vers 436-437.
Beaucoup plus grave encore était une loi qui figure au Code Théodosien, XVI, v, 66, sous la date du 3 août 435 (date inexacte, selon une remarque de E. Schwartz, voir Vaticana, n. 111, A. C. O., i, 1, 3, p. 68; Mansi, t. v, col. 413). « Nestorius, disait cette loi, ce chef d'un enseignement monstrueux, ayant été déjà condamné, il reste à frapper les partisans de son impiété et à les désigner d'un nom caractéristique, afin que nul ne puisse s'y tromper. Nous décidons en conséquence que les partisans de l'opinion impie de Nestorius seront désormais appelés simoniens. Car il est juste que ceux qui ont imité Simon (le Magicien) dans sa lutte contre Dieu, reçoivent une appellation, manifestant cette ressemblance, de même que les ariens, selon une loi de Constantin, ont été appelés porphyriens, en souvenir des attaques de Porphyre contre le Christ. Que personne n'ose donc posséder, lire ou transcrire les livres impies du scélérat et sacrilège Nestorius, relatifs à la sainte religion et contraires aux dogmes du synode d'Éphèse. Ces livres seront recherchés avec soin par Pautorité publique et brûlés. De cette manière, la racine de l'impiété ayant été tranchée, le peuple ne pourra plus être trompé. Dans toute discussion sur ces matières, on n'appellera plus les partisans de cette erreur que simoniens; ils n'auront droit de tenir de réunions nulle part, même à la campagne ou dans les faubourgs des villes, à peine rie confiscation de tous leurs biens. » Une ordonnance des préfets de prétoire prenait aussitôt les dispositions nécessaires pour que ces mesures fussent appliquées dans toute leur rigueur. Vaticana, n. 112, ibid., p. 69; Mansi, t. v, col. 416. Un ordre impérial s'abattait au même moment sur le comte Irénée, l'intime ami de Nestorius. « Pour s'être fait le défenseur de celui-ci, et avoir causé par là du trouble en de nombreuses provinces, il serait dépouillé de toutes ses dignités, rie tous ses biens, el exilé, lui aussi, à Pétra, avec le prêtre Photius, ut paupertate perpétua et locoruni solitudine crucienlur. » Synod., n. '277 (188), 278 (189), A C. ()., i, 4, p. 203; P. G., t. lxxxiv, col. 802.
Ce déploiement de forces contre la personne de Nestorius et ses plus ardents défenseurs devait
DICT. DE THÉOL. CATH
avoir des conséquences d'importance. Bile achevait de classer officiellement Nestorius au rang des hérétiques. Et, quant à réviser les considérants rie cette sentence, il ne faudrait bientôt plus y songer; la prescription de rechercher et de détruire les écrits de l'hérésiarque ne resta pas lettre morte.
17/. ÉPILOGUE />/•: l.A crise NE8T0R1ENNE. I.cs mesures impériales que nous venons de signaler, auraient dû marquer la fin de toutes ces agitations doctrinales. Il n'en fut rien. L'Acte d'union avait, au point de vue ecclésiastique, déterminé les contours des positions admises par tous; l'autorité de l'empereur avait éliminé la personne de Nestorius et de ses amis les plus remuants. Mais celle dernière manifestation, plus bruyante, fut celle qui frappa davantage les esprits. Beaucoup l'interprétèrent comme une victoire définitive de la christologie cyrillienne, victoire qui reléguait dans l'ombre le succès remporté en 433 parles Anliochiens. Saint Cyrille d'une part, avec ses partisans de sens orthodoxe, voulut pousser à fond ses avantages et faire condamner les anciens docteurs de l'école antiochienne. D'autre part, des gens qui interprétaient en des sens plus ou moins suspects, plus ou moins douteux, les formules cyrilliennes, n'hésitèrent pas à s'abriter sous l'autorité du patriarche alexandrin pour développer des doctrines hétérodoxes. Esquissons ce double mouvement qui forme l'épilogue de la crise nestorienne et prépare l'éclosion de la crise monophysite.
1° Lutte des cyrilliens contre les anciens docteurs anliochiens. — On a déjà fait remarquer que Nestorius ne faisait en somme que reproduire, trop souvent avec l'approximative exactitude d'un orateur, les doctrines de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsueste, les deux grands théologiens de l'école antiochienne.
Au cours même de la lutte entre saint Cyrille et Nestorius, ces deux noms ne furent pas jetés dans le débat. Il en fut autrement après l'édit impérial proscrivant les livres de Nestorius. Au dire de Libératus, qui présente de cette nouvelle campagne une narration un peu schématique mais exacte dans l'ensemble, Breviar., c. x, P. L.,\. lxviii, col. 989 sq., la proscription impériale amena la mise en circulation par un certain nombre d'Orientaux des livres composés par Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste contre Eumonius et Apollinaire. Comme ceci se passait aux confins des pays de langue arménienne et de langue syriaque, il en fut fait aussi des traductions en ces idiomes, qui passèrent les frontières de l'empire romain. Chose plus grave, continue Libératus, ces propagandistes s'efforcèrent de faire prévaloir l'opinion qu'en réalité Nestorius n'avait rien innove, mais n'avait fait que reproduire la doctrine de ces Pères, universellement vénérés.
En réalité, le phénomène de diffusion, en Arménie, rie la littérature antiochienne est d'ordre plus général que ne le pense Libératus. C'était le moment où Mesrob (voir ce nom) se mettait en tête de doter se patrie de la culture qui lui manquait, et entreprenait la traduction de nombreux ouvrages ecclésiastiques grecs. Il étail tout naturel que des œuvres aussi considérables que celles des évêques de Tarse et de Mopsueste s'imposassent à son attention.
Mais il y avait pour veiller sur cette diffusion de la littérature suspecte les deux évêques de Mélitène et d'Édesse, Acace dont nous avons déjà parlé, col. 113 et 126, et Rabbula, rallié depuis peu à la théologie cyrillienne, mais très ardent à la défendre. Ils écrivirent aux évêques d'Arménie de ne point recevoir les écrits de Théodore, un hérétique, disaient-ils, et le vrai père du nestorianisme. Un synode arménien se réunit, qui décida d'envoyer à Proclus de Constan-