‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 32 sur 233 · NESTORIUS, JUGEMENTS PORTÉS SIR LUI · texte numérisé non relu

NESTORIUS, JUGEMENTS PORTÉS SIR LUI

donné par Marcien d'adoucir la captivité de l'exilé. Il avait beaucoup souffert dans les années précédentes, ballotté d'exil en exil, de Pélra à l'Oasis, de l'Oasis à Panopolis (Akmin), après une incursion des barbares du désert, de Panopolis à Éléphantine, puis de nouveau à Panopolis. C'est dans le désert en arrière de cette dernière ville, qu'arriva enfin l'ordre impérial qui le rappelait dans le monde civilisé; mais il était trop tard, l'exilé avait cessé de vivre. Voir la préface de Nau au Livre d'Héruclide, p. ix-xi.

Etait-ce avant, était-ce après Chalcédoine, il est impossible de le dire. Les dernières lignes du Livre d'Héraclide ont été rédigées, en tout cas, avant que Nestorius ait eu exacte connaissance des Actes du concile. Il aurait pu y apprendre que son nom, une fois de plus, y avait été anathématisé. En enregistrant comme canoniques les deux lettres de saint Cyrille à Nestorius d'une part et aux Orientaux de l'autre {Acte d'union), le concile ajoutait qu'elles étaient parfaitement convenables pour réfuter les erreurs de Nestorius : àp^ioStouç o<jaaç èSé^a-ro, elç sXeyxov fiiv t% NEaToptou cpp£vo6Xa6staç. Act. v, Mansi, Coneil., t. vu, col. 113. Et, dans une séance ultérieure, Théodoret, déposé par le Brigandage d'Éphèse, n'avait pu être reçu qu'après avoir explicitement condamné Nestorius et sa doctrine : « Anathème à Nestorius, avait-il été obligé de dire, anathème à Nestorius et à qui ne dit pas que la sainte vierge Marie est Mère de Dieu, et à qui divise en deux fils l'unique monogène. » Act. vm, col. 189. Et de même Ibas, quelques jours plus tard, s'exprimait ainsi sur l'ordre du concile : « J'ai déjà anathématisé par écrit Nestorius et sa doctrine (xod t6 Sôyfzoc ocùtou); à présent j.' l'anathématise des milliers de fois (poipiâxiç). On n'a pas de peine à répéter indéfiniment ce que l'on a dit une fois en toute persuasion, to yàp aîra^ (i.£-rà TrXrjpocpopiaç ysvo[Z£vov, xqcv (xupidbaç ysyév7)-ai., où Xu7teï. » Act. x, ibid., col. 268.

De cette condamnation Nestorius avait à l'avance pris son parti. On lui avait conseillé d'écrire à saint Léon, pour lui présenter une exacte narration des faits, un véritable exposé de sa doctrine; il s'y était refusé, même après lecture du Tome à Flavien, non par orgueil, ajoutait-il, mais pour ne pas créer d'embarras à la doctrine même que Léon affirmait : « Mon plus cher désir, c'est que Dieu soit béni au ciel et sur la terre. Quant à Nestorius, qu'il demeure anathème! Dieu veuille qu'en me maudissant les hommes se réconcilient à lui... .J'ai accepté de souffrir ce dont on m'accusait, afin que les hommes pussent recevoir sans encombre, l'enseignement des Pères, tandis que j'étais ainsi accusé. » Et puis il entonnait son Kunc dimittis. La vérité était maintenant en marche; elle allait triompher : » Voici qu'approche pour moi maintenant le temps de ma mort, et chaque jour je prie Dieu de me délivrer, moi dont les yeux ont vu le salut de Dieu. » Héraclide, p. 330-331.

III. La pensée de Nestorius. — C'est de tous les éléments contenus dans la longue histoire qui précède qu'il est indispensable de tenir compte, si l'on veut essayer la rapide synthèse de ce qu'enseignait, de ce que pensait Nestorius. Nulle part, peut-être, l'histoire n'est un guide plus nécessaire. Nulle part la simple dialectique ne se montre plus insuffisante. D'autant plus décevante serait-elle qu'elle aurait toujours la tentation de confronter les expressions de l'archevêque de Consfantinople, avec la théologie qui n'a été définitivement élaborée qu'assez longtemps après sa mort. A la vérité, celle comparaison s'impose à un moment ou à l'autre, mais, en toute justice, elle doit venir à la fin d'une élude de ce genre, et elle doit s'imposer aussi aux concepts, aux expressions contre quoi bataillait Nestorius.

Cette remarque préliminaire était indispensable, car il est peu de questions qui aient été aussi embrouillées que celle-ci; il en est peu qui soient plus difficiles à résoudre. Il est des chefs de secte dont la pensée s'exprime avec une redoutable clarté; sur l'idée de fond d'un Arius, d'un Luther, il ne saurait y avoir d'hésitation : Habemus confilentem réuni. C'est tout le contraire qui se passe ici; pour tenter de découvrir la vérité, nous devrons entendre d'abord les témoins qui s'expriment sur le compte de l'accusé. Nous pourrons ensuite confronter ces dépositions avec ce que celui-ci a exprimé lui-même: cette audition terminée, nous aurons à nous demander ce que l'Église a entendu condamner dans Nestorius. Nous nous limiterons d'ailleurs, en tout ceci, à la question christologique.

/. APPRÉCIATIONS MVERQENTES PORTÉES SUR LA CHRISTOLOOIE DE ifESTORIUS — Écoutons successivement les adversaires de Nestorius, puis ceux qui, après s'être déclarés ses amis, ont fini par l'abandonner et même par l'anathématiser.

1° Les adversaires de Nestorius. — Ils sont à chercher dans deux camps divers, d'une part chez les orthodoxes qui ont vu une opposition plus ou moins profonde entre les expressions de l'archevêque de Constantinople et les principes fondamentaux du christianisme, d'autre part chez les monophysites qui, chose étrange, unissent Nestorius et les catholiques dans une même condamnation.

1. Parmi les orthodoxes. — Dès les débuts du ministère de Nestorius à Constantinople, Eusèbe (le futur évêque de Dorylée) a porté contre celui-ci la plus grave accusation, en établissant un redoutable parallélisme entre certaines des propositions de l'archevêque et les propositions condamnées en 268 chez Paul de Samosate. Voir col. 93. On notera qu'Eusèbe ne peut être suspecté de monophysisme, comme le montre la vigoureuse action menée par lui vingt ans plus tard contre Eutychès. Col. 133. Son témoignage est donc à retenir, tout au moins comme l'expression du trouble qu'a pu causer, dans certaines âmes de bonne foi, l'application systématique de Nestorius à distinguer dans la personne du Sauveur ce qui revenait à l'homme, ce qui revenait au Dieu. Le rapprochement avec Paul de Samosate, d'ailleurs, n'éclaire pas de manière suffisante la christologie de Nestorius; on est trop mal renseigné (et sans doute ne l'était-on guère mieux au début du v siècle) sur ce qu'a été, très au juste, la doctrine trinitaire eî christologique du Samosatéen. Voir art. Paul de Samosate.

Contemporaines de celles d'Eusèbe de Dorylée, les accusations portées par saint Cyrille n'ont pas tout à fait le même caractère. Ces accusations, il faut les chercher dans tous les t raités cyrilliens occasionnés par la controverse; plus spécialement dans les deux premières lettres adressées à Nestorius, col. 96, et aussi dans la lellre à Acace de Mélitène, col. 126. Cette dernière est particulièrement importante, puisque saint Cyrille s'y efforce de tracer une démarcation profonde entre la christologie de Y Acte d'union, col. 122. et l'hérésie de Nestorius. Ce que le patriarche d'Alexandrie voit dans les textes de son adversaire qui ont passé sous ses yeux, c'est le renouvellement de la doctrine des deux Fils, des deux Christs, qui avait déjà été condamnée à la fin du iv siècle, soii en Orient, soit par le pape Damase: c'est l'idée de l'association simplement morale de deux individus (de deux personnes) entièrement distincts, dont l'un est simplement mû par l'autre, un peu à la manière dont les prophètes étaient mus par l'Esprit de Dieu. En d'autres termes, le témoignage de Cyrille rejoint à peu près, mais à peu près seulement, celui

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