‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 2)Chapitre 41 sur 233 · II. ÉVANGÉUSATION DE L'EMPIRE l'ARTHE · texte numérisé non relu

II. ÉVANGÉUSATION DE L'EMPIRE l'ARTHE

Aucun document ne pi;; met de déterminer avec précision, quand et comment le christianisme fut introduit dans le domaine des Arsàcides. Au moment où

les apôtres s'éloignent de Jérusalem pour répandre l'évangile, la frontière entre l'empire romain et celui des Par thés est, sur l'Euphrate, simple ligne de démarcation politique. L'influence hellénique s'étend à l'est comme à l'ouest de cette ligne, s' enfonçant bien avant jusqu'au cœur de l'Asie. Les Arsàcides, affaiblis par des dissensions familiales, n'imposent à leurs peuples qu'une domination assez lâche, et, tandis que l'étendue et les ressources de leur empire leur permettraient d'être pour Home de redoutables adversaires, ils s'appliquent à vivre en paix avec elle.

Rien ne semble donc s'être opposé à une prompte pénétration en Perse de la prédication évangélique. Parmi les convertis de la première heure, à Jérusalem, le livre des Actes, h, 9, cite des pèlerins parthes et mèdes, des Élamites et des habitants de la Mésopotamie. On sait que les Juifs étaient nombreux en ces régions depuis le temps de l'exil, et s'él aient répandus très loin à l'est de la vallée du Tigre. Il se peut que certains néophytes de la Pentecôte, rentrés dans leur pays, y aient travaillé à la constitution de communautés chrétiennes. Aucune cependant des Églises mésopotamiennes n'a, dans les siècles suivants, revendiqué si ancienne origine. Bien plus, il ne s'est formé aucune vraie tradition autour du merveilleux pèlerinage des mages, adorateurs de l'Enfant-Dieu. Le patriarche nestorien, Timothée Ier, vers la fin du vme siècle, voulant, pour appuyer sa doctrine, affirmer aussi solennellement que possible l'antiquité de son Église, en place l'évangélisation à la période apostolique, dans un texte, que l'on voudrait pouvoir innocenter d'un vigoureux anachronisme : « Car nous possédions le christianisme avant que naquît Nestorius, cinq cents ans à peu près, vingt ans environ après l'ascension au ciel de Notre-Seigneur. » Ms. Boryia syriaque 81, fol. 326 sq. Lorsque le même patriarche écrit un peu plus haut : « Chez nous, il est vrai, il n'y eut jamais de rois chrétiens, si ce n'est au début, d'entre les mages », il n'y a pas d'allusion à une évangélisalion. Ce silence de la tradition relativement à une action évangélisa'.riee des mages est d'autant plus frappant, que les chrétiens de Perse les ont toujours considérés comme leurs compatriotes. Salomon de Bassorah, dans son livre intitulé L'Abeille, consacre un long paragraphe au voyage en Palestine des douze princes dont il donne les noms, quatre pour chaque don, et il ajoute qu'ils rapportèrent en souvenir un lange de l'enfant ; il ne dit pas qu'ils se soient faits les propagateurs du christianisme. E. A. W. Budge, The Book of the Bee, dans Aneedota Oxoniensia, Semitic séries, vol. i, part. 2, Oxford, 1886, p. 84 sq. Cf. inscription de Si-ngan-fou, infra, col. 199 sq.

Les prétentions de l'Église de Perse à l'apostolicité reposent sur le nom de saint Thomas. Le premier échelon de la tradition écrite est constitué par Origène, cité par Eusèbe, H. E., 1. III, c. i, 1, P. G. A. xx, col. 216 : à la dispersion des apôtres, Tnomas a reçu la Parlhie pour son lot. D'Eusèbe, ceAc donnée a passé, en s'amplifiant, dans ces textes légendaires sur l'activité et la mort des apôties, que l'on trouve en grec sous les noms d'Hippolyte, Dorothée ou Epiphane, chez les principaux chroniqueurs syriens, Michel le Grand et Barhébra?us, chez Denys bar Salibi et Salomon de Bassoiah, en Occident même dans l'œuvre encyclopédique d'un Isidore de Séville et ailleurs; cf. Th, Schermann, Propheten- und Apostellegenden... , dans Texte und Unlersuchungen, t.xxxi, Leipzig, 1907, fasc. 3. p. 272-276. Thomas y est donné comme prédicateur de l'Évangile chez les Parthes, les Mèdes, les Perses, les Hyrcaniens, les" Bact riens, les Margiens ou, dans les lexles les plus brefs, chez les Parthes et les Mèdes seulement.

Il paraît étrange après cela que les Actes de Thomas

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limitent aux Indes la prédication de l'apôtre. L'auteur

est un Syrien, qui sait reconnaître en ■ Thomas » un

surnom, to'mo, qui signifie» jumeau »; aussi a-l-il conserve le nom personnel, Judas, qui était celui de Thomas-Didyme suivant l'ancienne version syriaque, témoignant par ce détail qu'il écrivait dans un temps où l'ancienne version des évangiles n'avait pas encore été • remplacée par la PeSitto. La date des Actes n'est pas certaine, mais il est liés vraisemblable qu'ils ont été composés vers le début du nr siècle, soit à Édesse (on a proposé de les attribuer à Bardesane), soit ailleurs en Haute-Mésopotamie. Peu après, saint Éphrem, dans Bickell, Curmina Nisibena, Leipzig, 1886, carm. 42, et saint Grégoire de Nazianze, or. xxxni, n. 11, P. G., t. xxxvi.col. 228, attestent aussi que Thomas a prêché aux Indes. Entre les deux traditions, Indes et Parthie, l'opposition n'est pas aussi complète qu'il pourrait sembler. Ainsi qu'on l'a universellement reconnu depuis les observations de A. von Gutschmid, Bheinisches Muséum, Keue Folge, t. xix, 1864, p. 161-170, dans les Actes de Thomas le fond du tableau est parthe; et c'est justice, puisque des princes parthes ont régné alors, pendant plusieurs siècles, sur l'Afghanistan et le nord-ouest de l'Hindoustan. Entre l'Inde gouvernée par des princes pari lies et la Parthie elle-même, on comprend que la tradition n'ait pas su distinguer.

Quelle qu'ait pu être d'ailleurs la zone d'évangclisation parcourue par saint Thomas, aucune liste de succession épiscopale ne remonte jusqu'à lui, et ce n'est même pas à lui que se rattachent les chefs de l'Église nestorienne dans leur litulature officielle, car ils se disent « assis sur le trône de l'apôtre Thaddée ». Thaddée l'apôtre, ou mieux Addaï, l'un des soixantedouze disciples, nous ramène à un autre courant légendaire, édessénien lui aussi. Mais les Actes de Thaddée ne font aller l'apôtre que jusqu'à Amid (Diarbékir), et la Doctrine d'Aadaï arrête celui-ci à Édesse. C'est Aggaï, disciple et successeur d'Addaï, qui ordonne des évêques s pour toute la Perse des Assyriens, Arméniens, Mèdes et des contrées voisines de Babylone, pour les Huzites, les Gèles, jusqu'aux confins de l'Inde et jusqu'au pays de Gog et de Magog.» J. fixeront, Les origines de l'Église d'Édesse et la légende d'Abgar, Paris, 1888, p. 69 sq.

Dans le texte le plus développé du cycle, Acta S. Maris apostoli, édit. J.-B. Abbeloos, dans Analecta bollandiana, t. IV, 1885, p. 43-138, c'est Mari, autre disciple d'Addaï et compagnon d'Aggaï, qui parcourt pour l'évangéliser la Mésopotamie orientale. Il prêche d'abord dans le triangle situé entre le Tigre et le Petit Zab, ayant Arbèles comme centre, puis il descend par la route qui longe les contreforts du plateau de l'Iran, traverse le Beit Garmaï, descend entre la Diyala et l'Adhem, fonde le siège de Kaskar dans la Basse-Mésopotamie, remonte en Susiane, évangélise la capitale, Séleucie-Ctésiphon, où il n'avait pu d'abord pénétrer, enfin se rend à Doura d'Qoni, où il meurt après avoir désigné pour lui succéder son disciple Pâpâ. Les Actes de Mari n'ont aucune couleur historique : leur auteur paraît uniquement préoccupé de démontrer l'origine quasi-apostolique des principales Églises dépendant de Séleucie. Leur faiblesse éclate en ce qu'ils donnent pour successeur immédiat ;'i Mari ce Pâpâ, que nous trouverons sur le siège de Séleucie dans la deuxième moitié du nr siècle seulement et le premier quart du iv". Les chroniqueurs Mari, Amr et Slibâ sont plus avisés en insérant après Mari, au début de leur liste patriarcale : Abrès (90- 107), Abraham (130-152), Jacques, son fils (172-190), Ahadabûhi (205-220), §ahlûpâ (223-244), séparés, comme on le voit, par d'assez longues vacances. Mais il faut avouer que l'authenticité de ces personnages

DICT. DE THÉOL. CATH

est fortement suspecte, surtout celle des trois premiers, donnés comme parents de Notre-Seigneur par saint Joseph. M.G. West pb al, Untersuchungen ûberdie Quellen und die Glaubwùrdigkeit der Patriarchenchroniken des Mari ibn Sulaiman... l Abschnitt, Kircbhain, 1901, p. M, cité par Labourt, Le christianisme dans l'empire perse, p. 17, n. 2, conserverait les noms d'Abrès, Ahadabûhi et Sahlùpâ, sans doute parce que ce sont des noms, le premier persan, les autres syriaques, tandis qu'Abraham et Jacques sont des noms courants et communs.

Au total, il n'y a guère qu'un fait à retenir des documents relatifs aux disciples d'Addaï, c'est (pie l'évangélisatlon de l'empire parthe s'est faite à partir d'Édesse, où le christianisme était religion d'État dès avant le début du ni* siècle. Il est certain également que cette évangélisalion était commencée avant que la ruine de l'empire arsacide fût consommée par la victoire d'Ardasir I" (226). Les témoignages de Terlullien, Adversus Judœos, 1, P. L., t. u, col. 649 sq., et de Philippe, disciple de Bardesane, dans le Livre des lois des pays, Palrologia syriaca, part. I, t. h, col. 607 sq., prouvent qu'il y avait alors des chrétiens en Perse, mais nous ne pouvons savoir quel était leur degré d'organisation. M. Labourt a écrit : « Tout nous porte à croire qu'avant l'avènement de la dynastie sassanide, l'empire perse ne contenait pas de communautés chrétiennes organisées », op. cil., p. 17; mais M. A. von Harnack trouve M. Labourt trop radical, Die Mission und Ausbreilung des Chrislenlhums in den ersten drei Jarhhundcrten. 3e édit.. I. n, Leipzig, 1915, p. 148 et n. 3.

Un document, publié après le livre de M. Labourt, inclinerait à juger plus favorablement encore la question du développement du christianisme en Perse, au temps des Arsacidcs. C'est une chronique de l'Église d'Adiabène, retrouvée par M. Alphonse Mingana dans un manuscrit provenant de l'Église d'Eqrour, dans le Kourdistan. M. Mingana a publié et Iraduit en français le texte de cette chronique, mutilée aux deux extrémités, sous le nom de Msihâ-zkâ, écrit dans une marge, qui serait à identifier avec l'auteur d'une « histoire ecclésiastique » mentionnée par Ébedjésus. Sources syriaques, t. i, Mossoul, 1907, texte, p. 1-75, traduction, p. 76-168. Cette chronique a eu la bonne fortune de trouver un répondant en Europe dans la personne de M. E. Sachau, qui en a publié une traduction allemande avec une intéressante introduction et des notes, Die Chronik von Arbela. Ein Beitrag zur Kenntnis des allés (en Christenlums im Orient, dans Abhandlungen der kgl. preuss. Akademie der Wissenschaften, 1915, phil.-hist. Klasse, n. 6. Depuis lors, la plus grande autorité a été accordée à ce texte, en particulier par M. von Harnack, qui s'en est servi pour la quatrième édition de Mission und Ausbreilung des Christenlums in den ersten drei Jahrhunderten, Leipzig, t. n, 1924, p. 683-691. Le P. Peeters, cependant, étudiant le témoignage de la Chronique d' Arbèles dans les récits hagiographiques, où d'autres textes donnent des moyens de contrôle, a présenté un certain nombre d'observations, qui nous engagent à user de la plus grande prudence dans l'utilisation de ses données. Le « passionnaire d' Adiabène », dans Analecla bollandiana, t. xliii, 1925, p. 261-304, en particulier p. 263 et 303 sq.

L'auteur de la Chronique, qui aurait écrit un peu après le milieu du vr siècle, mentionne sept évêques d'Arbèles avant la chute de la dynastie arsacide, dont le premier, Pëqïdà, aurait été disciple d'Addaï, ordonné par lui au début du nc siècle, en 104, d'après la chronologie restituée par M. Mingana, en 100 exactement d'après M. Sachau, p. 13. Les Juifs étaient nombreux en Adiabène et cela facilitait sans doute la

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diffusion de la religion chrétienne; en outre, dans celle région montagneuse, il devait être assez facile de se cacher, et il se peut que la province soit devenue de bonne heure un lieu de refuge pour beaucoup de fidèles, venus des provinces orientales de l'empire romain, où la persécution sévissait à l'état endémique. Il est certain d'autre part que l'Adiabène comptait au ive siècle une forte proportion de chrétiens, mais on aura peine à croire, sur le seul témoignage de la Chronique, p. 30, trad., p. 106, Sachau, p. 61 sq., qu'il y ait eu en Perse, dès l'an 224, « plus de vingt sièges épiscopaux ». Voici les dix-sept qui sont nommés Beit-Zabdaï, Karkâ d'Beit-Slok, Kaskar, Beit-Lapat, Hormizdardasir, Përat-d'Maysân, Henaytâ, Harbagelâl, Arzon, Beit-Niqator, Sahrqart, Beit-Meskenê, Hulvvân, Beit-Qatarâyë, Beit-Hazzàyë, Beit-Daylomâyë, Siggâr. Nisibe et Séleucie-Ctésiphon sont expressément mentionnées comme n'ayant pas encore d'évêques, « par crainte des païens ».

Sur les Actis de Thomas,voir É.Amarin, art. Apocryphes du Nouveau Testament, dans Supplément au Dictionnaire de la Bible, Paris, 1928, t. i, col. 501-504, avec une abondante bibliographie, à laquelle on pourra ajouter : J. N. Farquhar, The aposile Thomas in norlh India, dans Bulletin of the John Rylands Library, 1920, t. x, p. 80-111.

Sur l'ensemble du paragraphe, Mari, p. 1-8, trad., p. 1- 6; Amr et Sliba, p. 1-13, trad., p. 1-8; J. Labourt , Le christianisme dans l'empire perse sous la dynastie sassanide, Paris, 1904, p. 9-17; W. A. Wigram, An introduction to the history o/ the assyrian Church or the Church of the Sassanid persian empire (100-640 A. D.), Londres, 1910, p. 19-39, qui donne pleine confiance à Msiha-zka et aux Acta S. Maris.

Sur la Chronique d'Arbèles : Baumstark, Geschichle..., p. 135. Les observations du P. Pecters ne semblent pas avoir ébranlé la confiance du P. Zorell, son confrère, à qui l'on doit une traduction latine, plus accessible que la traduction française de Mingana, Chronica Ecclesiœ Arbelensis, dans Orienlalia christiana, t. vni, fasc. 4, n. 31, Rome, 1927, p. 141-204. On y trouvera, p. 148, l'indication de plusieurs travaux faits d'après la Chronique sur la diffusion et l'organisation du christianisme en Orient.

III. L'Église de Perse sous la dynastie sassanide (224-632). — L'avènement d'Ardasir Ier marque pour la Perse le début d'une nouvelle ère de puissance. Bêvant de rétablir l'ancien empire des Achéménides, le Boi des rois prend immédiatement comme pivot de sa politique extérieure la guerre contre les Bomains : dès 237, il réussit à s'emparer des deux boulevards de l'Occident à la limite du désert, Nisibe et Harràn. Quelques années plus tard, son successeur, Sapor Ier, pousse ses armées jusqu'à Anlioche, assiège Édesse et réduit Valérien à une humiliante captivité, Après bien des alternatives de guerre et de paix, les dernières années de la dynastie sont remplies par le formidable raid de Chosroès II en 614 sur les territoires de l'empire byzantin, suivi de la foudroyante réplique d'Héraclius en 624. L'état de guerre presque continu entre Constanlinople et Ctésiphon a eu sur le développement du christianisme en Perse une influence considérable,

Il esl pour la même époque un autre fait à peine moins important :1a forte organisation du sacerdoce païen. Sasân, l'éponyme de la dynastie, élait prêtre du feu à Istakhr-Persépolis. Son petit-fils, Ardasir, magnifia autant qu'il le put sa religion, qui devint pour lui-même et ses successeurs une religion d'État. C. Huart, La Perse antique et la civilisation iranienne, Paris, 1925, p. 147-149. Conviction religieuse ou raison d'État, peu importe : les princes sassanides ont vu dans les mages les meilleurs auxiliaires de leur politique; en conséquence, ils ont donné dans leurs conseils une part prépondérante aux chefs du magisme, c'est le plus souvent à leur instigation qu'ils ont persécuté les chrétiens.

1° Organisation des chrétientés. — Quoi qu'il en soit de cette situation doublement défavorable, c'est sous la domination des Sassanides que l'Église chrétienne s'est développée et organisée en Perse. Les témoignages indiscutables manquent pour marquer les étapes de l'évangélisation : on devra tenir en tout cas, comme un minimum incontestable, les conclusions que M. von Harnack avait enregistrées avant la publication de la Chronique d'Arbèles, dans Die Mission, ele, 3e édit. , Leipzig, 1915, p. 149-151. Les premières communautés furent fondées probablement en 260 par des captifs transportés de Cœlésyrie, qui avaient des prêtres et des évêques avec eux. Le fait est acquis pour Gondê-sabûr ou Beit-Lapat. La Chronique de Séert dit en outre que l'arrivée des captifs syriens fut l'occasion d'une rapide diffusion du christianisme en Perse, et signale que deux églises furent édifiées alors à Bewardasir, une pour les Grecs et une pour les Syriens. Palrologia orientalis, t. IV, p. 222 [12], (texte corrigé par Seybold, Zeitschrift der deulschen morgenlândischen Gesellschaft, L lxvi, 1912, p. 745 sq.). On doit conclure en outre des actes des martyrs qu'il y avait des chrétientés avant 325 à Nisibe, Karkâ d'Beit-Slok, Arbèles, Sahrqart, Darâ, Bët-Lasom, Kaskar.

Il y avait aussi une Église constituée à Séleucie- Ctésiphon avant la fin du me siècle : la. Chronique d'Arbèles lui donne comme premier évêque Pâpâ bar Aggaï, après avoir signalé que deux évêques d'Adiabène, Sahlûpâ et Ahadabûhi, avaient pris soin auparavant de la petite chrétienté non encore pourvue d'un pasteur spécial. La donnée sur Pâpâ correspond à celle relevée ci-dessus dans les Acta S. Maris, qui font de Pâpâ le successeur immédiat du disciple d'Addaï. Il semble en outre que la Chronique d'Arbèles, mettant en connexion avec Séleucie-Ctésiphon les deux évêques Sahlûpâ et Ahadabûhi, explique la présence de leurs deux noms dans la chronique de Mari, au début de la liste patriarcale, où cependant ils se trouvent en ordre inverse.

La Chronique de Séerl ne contient rien sur l'accession de Pâpâ au siège de Séleucie. La première fois qu'elle le cite, c'est dans un texte un peu troublant, où il est associé à Sahlûpâ, comme si tous deux avaient exercé ensemble le catholicat : « Au temps de Sahlûpâ et de Pâpâ, catholicos de l'Orient, et d'Etienne, patriarche de Borne... », P. O., t. iv, p. 236 [26]. Elle dit ensuite que sous Bahram II, Pâpâ endura de grandes souffrances, p. 238 [38 ], puis elle ne contient plus qu'une allusion aux difficultés qu'il eut avec les évêques et ses ouailles, au début de la notice sur son successeur, Simon Ier bar Sabbâ'ë, p. 296 [86].

Mais l'histoire de Pâpâ ne saurait être traitée si brièvement, car il a tenu une place à part dans l'organisation de l'Église de Perse. Les diocèses, au début du ive siècle, étaient imparfaitement délimités, les élections épiscopales sans contrôle; il n'y avait pas de patriarche à proximité devant qui porter les questions discutées. Pâpâ « forma le dessein de fédérer toutes les chrétientés persanes sous l'hégémonie de l'évêque des Villes Boyales ». Labourt, op. cit., p. 20 sq. Ceci n'alla pas sans difficultés. Deux récits de la controverse sont parvenus jusqu'à nous, l'un dans les actes de saint Miles, évêque de Suse, qui semble avoir été le chef de l'opposition, Et. Évode Assémani, Acta sanclorum martyrum orientalium et occidentalium..., part. I, Borne, 1748, p. 72 sq. ; P. Bedjan, Acta martyrum et sanctorum, t. il, Paris et Leipzig, 1891, p. 266- 268; l'autre dans les actes du synode tenu par Dadiso' en 424, Synodicon orientale, p. 46-48, trad., p. 289- 292. Le premier de ces récits, comme il convient, donne raison à Miles, le second au contraire montre Pâpâ accusé injustement. Il est certain qu'un synode des

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évêques de Perse fut réuni, que Pâpâ fut frappé de paralysie au moment où il touchait le livre des saints évangiles, qu'il fut déposé et remplacé par Simon bar Sabbâ'ê, qui était probablement déjà son archidiacre. Mais cette sentence ne fut pas maintenue : Pâpâ reprit, pour autant que sa santé le lui permit, le gouvernement de son diocèse et Simon, réduit à n'être d'abord que son auxiliaire, ne devint qu'après la mort de Pâpâ le véritable titulaire du siège. La tradition attribue ce revirement à une intervention des « évêques occidentaux », par où il faut entendre des évêques appartenant à l'empire romain. Mais la plus ancienne attestation de cette intervention, qui se trouve dans les actes du synode de Dadiso' en 424, ne donne aucune précision sur l'identité des « Pères occidentaux », non plus que sur la démarche par laquelle on eut recours à eux.

Suivant la Chronique d'Arbèles, Pâpâ, discuté par les fidèles et les clercs des Villes Royales, se serait adressé à l'évêque d'Édesse, Sà'dâ, et aux autres évêques d'Occident, par crainte de l'opposition que menait son archidiacre Simon, dont la famille avait des liens particuliers avec la cour. Les évêques d'Occident auraient écrit à Constantin, en lui représentant que « de même qu'en Occident c'est-à-dire sons l'empire des Romains, il y avait plusieurs patriarches, ceux d'Antioche, de Rome, d'Alexandrie et de Constantinople, ainsi fallait-il qu'en Orient, c'est-à-dire sous l'empire des Perses, il y eût au moins un patriarche. » Éd. Mingana, p. 45, trad., p. 121-123. fl y aurait quelque vraisemblance, en effet, que l'évêque de Séleucie se soit tourné d'abord vers Édesse, d'où la tradition fait dériver l'évangélisation de tout l'Orient extra-romain, mais l'anachronisme est brutal, qui prête aux évêques antérieurs au concile de Nicée (Sâ'dâ est mort en 323 ou 324) un raisonnement en faveur de Séleucie, dont l'évêque de Constantinople eut bien du mal de tirer parti en 381, après plus d'un demi-siècle de contact avec une cour chrétienne, où son influence n'avait pas cessé de grandir. Cette donnée de la Chronique d'Arbèles sera d'autant plus justement suspectée qu'elle ignore le synode des évêques de Perse et la déposition de Pâpâ, si fortement attestés par la passion de saint Miles et les actes du synode de Dadiso'.

Quoi qu'il en soit, la soi-disant décision des Pères occidentaux a réglé, au moins à partir du ve siècle, les relations des Églises de Perse entre elles et avec les Églises du monde romain. Le document de base, ignoré des historiens grecs et dont le synode de Dadiso' ne donne qu'une exquisse, n'a pas tardé à être surchargé de toute une correspondance apocryphe, conservée en particulier dans les manuscrits du Sgnodicon, traduite en allemand et annotée par O. Braun, Das Briefwechsel des Katholikos Papa von Seleucia, dans Zeilschrifl fur kalholische Théologie, t. xvm, 1874, p. 164-182 et 546-565. Le jacobite Barhébrreus raconte que certains accusaient le catholicos Joseph Ier (f 575) d'avoir composé cette correspondance, J.-B. Abbeloos et T. J. Lamy, Gregorii Barhebrsei Chronicon ecclesiaslicum, t. ni, Paris et Louvain, 1877, p. 31, dont M. Braun voudrait sauver quelque chose. Mais la question de savoir, quand et comment le corpus de la correspondance de Pâpâ a reçu sa forme définitive, n'a aucune importance pratique, puisque la lettre des Occidentaux est demeurée sans conteste la charte du siège « patriarcal » de Séleucie-Ctésiphon, insérée sous sa forme définitive dans la collection juridique d'Ébedjésus, qui la suppose écrite la quarantième année après la mort des apôtres Pierre et Paul, 280 ans avant le concile de Nicée, traité IX, c. v, dans A. Mai, Scriplorum vêler um nova colleclio, t. x, Rome, 1838, p. 323-325, trad.,

p. 161-163; cf. l'addition de Slibà au Livre de la Tour d'Amr, sous le patriarcat d'Ahadabûhi, édit. Gismondi, p. 7-12, trad., p. 4-7.

Voir pour cette période Mari, édit. Gismondi, p. 8-16, trad., p. 7-14; Amr et Sliba, p. 13-15, trad., p. 8 sq.; Labourt, Le christianisme..., p. 15-28; W. A. Wigram, An introduction to the liistory of the assyrian C/iurc/i, p. 31-35.

2° La persécution de Sapor II. — Nonobstant ces fluctuations d'une tradition postérieure, il faut tenir que le droit du catholicos et l'organisation intérieure de l'Église de Perse sont dus à l'initiative de Pâpâ. Il était temps : tandis que le christianisme triomphait dans l'empire romain avec Constantin, l'empereur rendu victorieux par la croix, une terrible tempête allait se déchaîner sur les jeunes chrétientés soumises au Roi des rois. Loin que les chrétiens de l'empire romain aient été alors en mesure de rendre service à leurs frères d'Orient, la faveur dont ils jouissaient fut précisément une des raisons qui déclenchèrent la malveillance de Sapor II, une fois qu'il eut repris la lutte contre ses voisins de l'Ouest.

Le décret de persécution fut lancé probablement à la fin de 340; cf. P. Peeters, Le « l'assionnaire d'Adiabène », dans Analecla bollandiana, t. xlii, 1925, p. 266, n. 1. Le clergé semble avoir été particulièrement visé; parmi les premières victimes figure l'ancien auxiliaire de Pâpâ et son successeur, Simon bar Sabbâ'ê. Sapor lui avait enjoint de lever sur ses ouailles une double capitation, sans doute afin de pourvoir aux dépenses extraordinaires occasionnées par la guerre. Le catholicos ayant refusé de collaborer à une monstrueuse oppression de ses fidèles, pauvres pour la plupart, est appréhendé avec deux de ses prêtres les plus anciens, amené à la résidence royale de Karkâ d'Ledân, et introduit enchaîné devant le monarque. Simon est invité à se prosterner devant le souverain et à rendre au soleil les honneurs divins. Il refuse ; le roi le condamne, mais lui laisse avant l'exécution une nuit de répit. Le lendemain, vendredi saint, 17 avril 341, Simon est mis à mort après une centaine de captifs, ecclésiastiques de tout rang, évêques, prêtres, diacres et moines, qui attendaient leur sort dans les cachots de la ville. Le massacre se généralise, mais il prend fin dans le cours de la semaine suivante, pour devenir plus méthodique, après qu'on a trouvé parmi les victimes le cadavre d'un eunuque favori de Sapor.

Le récit de ce martyre figure en tête d'un recueil hagiographique, qui, si utilisé qu'il ait été, n'a pourtant pas été traité comme il le mérite. Les fol. 80- 219 du manuscrit Vatican syriaque 160 sont le vénérable reste d'un manuscrit de tous points semblable, comme écriture et ponctuation, au fameux Additionnai 12150 du Musée Britannique, écrit en 411. Il ne peut y avoir de doute qu'il ait été écrit dans la première moitié, sinon dans le premier quart, du ve siècle. Or cette circonstance lui donne, lorsqu'il s'agit des martyrs de la persécution de Sapor II, une importance qui ne peut être exagérée. Mais les Assémani ont déclaré que ces feuillets avaient été écrits au x° siècle, Bibliothecx Aposlolicœ Valicanœ codicum manuscriptorum calalogus, t. i, Rome, 1759, p. 324, et Etienne Évode s'est si bien arrangé pour mêler dans les Acta sanclorum marlyrum orienlalium les passions provenant de ce manuscrit unique avec celles de rédactions plus tardives, que la valeur exceptionnelle de la collection a été perdue de vue. Quel qu'ait été l'auteur des récits contenus dans le Val. syr. 160, Marouta de Maypherqat ou le catholicos Ahaï, voir Marouta de Maypherqat, t. x, col. 146 sq., ou quelque autre, l'âge du manuscrit qui les contient oblige à leur donner un traitement particulier. Voici

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donc le contenu de cette collection primitive qui, notons-le d'abord, est complète en ce qui concerne les martyrs de Perse, nonobstant la restitution impossible suggérée par M. Kmosko pour l'inscription du fol. 80 v, où il voudrait voir l'indication d'une suite. Patrologia syriaca, part. I, t. n, Paris, 1907, p. 684. Le fol. 80 actuel était le premier du manuscrit original, laissé en blanc au recto comme il est général dans les manuscrits syriaques anciens, et la passion de Simon commençait le recueil. Il n'y avait donc pas en tête les homélies que suppose Rubens Duval. La littérature Syriaque, 3e édit., Paris, 1907, p. 123. Le premier récit, fol. 80 v°-92, dans Bibliolheca hagiographica orientalis (B. H. O.), Bruxelles, 1910, n. 1117, concerne donc le catholicos, l'eunuque Gustazad, martyrisé un jour avant lui, et les prisonniers de Karkâ d'Ledân, signalés ci-dessus. La souscription du martyre, bien faite pour suppléer le titre particulier qui manquait en tête, donne une idée exacte du contenu : « Est fini ce qui concerne la mise à mort de Simon évêque et le grand massacre des saints martyrs de Dieu, qui eut lieu dans le BeitHuzzâyê. » Suit, fol. 92v°-97v°, le martyre de deux vierges sœurs de Simon, dont l'une s'appelait Tarbô, et de leur servante, B. H. O., n. 1149, en mai 341. Fol. 94v°-96, martyre de 111 membres cfu clergé et de 9 vierges consacrées à Dieu, le 6 avril 345, B. H. O., n. 718. Fol. 96v°-99, passion de l'évêque Barbasemin, avec 16 membres du clergé, martyrisés à Séleucie-Ctésiphon le 9 janvier 346, B. H. O., n. 135. Fol. 99-1 02v°, martyre, incomplet, de saint Miles, évêque de Suse, du prêtre Abrosim et du diacre Sinoï, le 13 novembre 340, B. H. O., n. 772. Fol. 103, passion, mutilée au début, du moine Barsabias et de ses compagnons, mis à mort le 17 juin 342, B. H. O., n. 146. Fol. 103, passion du prêtre Daniel et de la vierge Varda, le 25 février 344, B. H. O., n. 245! Fol. 103v°-104v°, passion de l'archimandrite Badimos le 10 avril 375, B. H. O., n. 131, dont les sept compagnons, après être restés incarcérés pendant plus de quatre ans, furent mis en liberté à la mort de Sapor II. Fol. 104v°-106v°, passion de Narsaï, évêque de Sahrqart, et de son disciple Joseph le 10 novembre 344, B. H. O., n. 806; cette passion est suivie d'une liste de martyrs appartenant à la province du Beit Garmaï, B. H. O., n. 807, sur lesquels sont données de très brèves notices. Fol. 106v°, martyre du prêtre Jacques et de sa sœur Marie, le 17 mars 347, B. H. O., n. 426. Fol. 106 v- 109 v°, passion des vierges consacrées, Thècle et ses quatre compagnes, le 9 juin 347, B. H. O., n. 1157. Fol. 109v°-126, passion des trois vieillards, l'évêque Acepsima, le prêtre Joseph et le diacre Aytallâhâ, martyrisés le 3 novembre 379, B. H. O., n. 22. Ce récit est un magnifique morceau, plein de lyrisme, dépourvu d'ailleurs de circonstances prodigieuses, où l'auteur déclare qu'il a écrit d'après les récits des compagnons de ces martyrs. C'est ainsi que finit cette collection par la souscription : « Ici se terminent les actes des martyrs qui ont rendu témoignage dans la terre d'Orient, au temps de Sapor, roi de l'Orient. » Nous avons noté ci-dessus que la persécution de Sapor II semblait avoir visé surtout les membres du clergé; Mari, édit. Gismondi, p. 21, trad. p. 18, le reconnaît expressément. Aucune des passions énumérées ne se rapporte directement à des laïcs, comme s'ils n'avaient été mis à mort qu'occasionnellement, sans être recherchés. Il n'est pas fortuit non plus que la liste des martyrs orientaux, insérée clans le manuscrit de 411, contienne uniquement dans sa partie conservée des noms d'evêques, de prêtres et de diacres; dans la partie effacée figuraient sans cloute quelques noms de laïcs, comme celui de l'eunuque Gustazad cité dans la passion de Simon bar Sabbà'ë,

mais plutôt, croyons-nous, des noms de moines et de vierges consacrées. F. Xau, Un martyrologe et douze ménologes syriaques, clans P. O., t. x, Paris, 1915, p. 23-26. On ne s'étonnera pas que les mages, toutpuissants dans les conseils de Sapor, aient cherché avant tout à se débarrasser des évêques et des prêtres : ils pensaient qu'ils amèneraient facilement à l'apostasie les simples laïcs, une fois le clergé décimé, et leur jalousie professionnelle trouvait une satisfaction particulière dans cette destruction méthodique des cadres chrétiens.

Ce témoignage indéniable de l'ancienne collection, relative aux martyrs persans, invite donc à se tenir en garde contre des appréciations sur le nombre des victimes de la persécution de Sapor, comme celle de Sozomène, qui parle de 16 000 martyrs dont les noms avaient été recueillis, H. E., II, xiv, P. G., t. lxvii, col. 969, à plus forte raison contre les chiffres de Mari qui parle de 160 000, 30 000, puis environ 100 000 et 30 000, édit. Gismondi, p. 17-21, trad., p. 16-18. De même on se tiendra sur la réserve en face des passions de rédaction plus récente, comme celle d'un Qardagh, gouverneur de province, quelque populaire qu'en soit devenu le héros, la popularité n'étant pas une garantie pour l'authenticité des actes. J.-B. Abbeloos, Acla Mar Kardaghi, Assyrise prœfecti..., dans Analecla bollandiana, t. ix, 1890, p. 5-106.

Les persécutions qui avaient troublé avant Sapor II la chrétienté persane n'avaient pas eu ce caractère méthodique, celle de Bahram II, par exemple, dans laquelle chrétiens et manichéens semblent avoir été confondus dans une même réprobation, les manichéens étant seuls visés, Chronique de Séert, dans P. O., t. iv, p. 237 sq. [27 sq.]. Il en sera de même dans les persécutions du ve siècle, sous Yazdegerd Ier et Bahram V.

La plupart des actes des martyrs persans ont été publiés d'après les manuscrits Vaticans syriaques 160 et 161 par Etienne Évode Assémani, Acla SS. marlyrum orienlalium et occidentalium in duas parles dislribula, Rome, pars I, 1748, avec traduction latine et une abondante annotation historique et géographique; P. Bedjan, Acla marlyrum el sanctorum, t. n et iv, Paris et Leipzig, 1891 et 1894, a édité une collection beaucoup plus complète, réimprimant d'ailleurs les textes d'Assémani, généralement améliorés, mais sans traduction ; I. Guidi, Indice agiografteo dtgli Acla marlyrum et sanctorum del P. Bedjan, dans Rendiconti délia B. Accademia dei Lincei, Classe di scienze morali, storiche e filologiche, ser. V, t. xxvm, Rome, 1919, p. 207-229; enfin la Bibliolheca hagiographica orientalis, dans Subsidia hagiographica, 10, Bruxelles, 1910, donne pour chaque saint l'état des textes édités.

Plusieurs textes hagiographiques ont été traduits, en particulier l'Histoire de la ville de Karka d'Beit Slok et de ses martyrs, dans G. Hoffmann, Auszùge ans syrischen Akten persischer Martyrer, ûbersetzt und durcli Untersuchungen zur hislorischtn Topographie erlàulerl, dans Abhandlungen /ùr die Kunde des Morgenlandcs, Leipzig, 1880, t. vu, fasc. 3; d'autres dans O. Braun, Ausgewàhlte Akten persischer Martyrer, mit einem Anhang : ostsyrisches Mônchsleben, dans Bibliothek der Kirclicnvâter, Kempten et Munich, 1915, t. xxn. Plusieurs passions ont été traduites anciennement en grec dans des conditions que l'étude de ces textes ne permet pas encore de préciser; treize pièces ont été publiées, dont neuf avec traduction latine par H. Delehaye, Les versions grecques des actes des martyrs persans sous Sapor II, dans P. O., Paris, 1905, t. n, fasc. 4; on trouvera dans la préface l'indication des principaux textes grecs relatifs à la persécution de Sapor.

Sur les actes des martyrs, voir W. Wright, A short liislory of syriac literature, Londres, 1894, p. 43-46; R. Duval, La littérature syriaque, 3e édit., Paris, 1907, 1>. 119-135; A. Baumstark, Geschichte..., p. 55-57; Addaï Scher, Considérations critiques sur les passions de certains martyrs perses (actes de Gubarlaha, Adurparva, Behnam, Bassus, tous quatre fils de roi martyrisés avec leur sœur), en ar.ibc dans al-Mas'riq, 1912, t. xv, p. 503-9. Description de la persécution avec critique des sources dans .1. Labourt

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) SOUS LES SASSANI

Le christianisme..., p. 51-82; M. A. Wigiam, .lu introduction to the htslorg of the assyriun Church, Londres, l'JlO, p. 56-76. Sur l'ensemble de celte période : Mari, édit. Gismondi, p. 16-28, trad., p. 14-24; Amr et Sliba, p. 15-20, trad., p. 9-12; Chronique d'Arbèles, édit. Mingana, p. 48-61, trad., p. 128-140.

3° L'influence de l'Occident : l'École des l'erses. - — La persécution de Sapor II avait ébranlé l'organisation des chrétientés de Perse; c'est grâce à l'influence de l'Occident qu'elle put se rétablir. Bien que le concile de Nicée ait eu lieu avant la rupture de l'état de paix entre Perses et Romains, les prélats d'Orient n'y avaient été que très faiblement représentés. La Chronique de Séerl dit que Pâpâ, étant trop âgé pour pouvoir vovager, y délégua ses diacres, Simon bar Sabbâ'ë et Sahdost, qui devaient être ses successeurs; mais d'autres, ajoute la même chronique, citent seulement comme assistants au concile Sahdost et Jacques de Nisibe; Élic de Merv enfin et Sahdost, évêque de Tirhan, citent comme participants orientaux au concile : Jacques de Nisibe, Georges, évêque du Sindjar, et Jean, évêque du Beit Garmaï, P. O., t. iv, p. 277 [67]. Les listes grecques ne connaissent pour la Mésopotamie qu'Aytallâhâ d'Édesse, Jacques de Nisibe, Antiochus de Resaïna, Maréas de Macédonoupolis et Jean, de Perse. H. Gelzer, H. Hilgenfeld et O. Cunls, Patrum Nicœnorum nomina..., dans Scriplores sacri et profani..., fasc. 2, Leipzig, 1898, p. lxi. Mais il faut se rappeler qu'au temps du concile les quatre villes citées, y compris Nisibe, appartenaient à l'empire romain. Il n'y avait donc qu'un évêque de Perse, Jean, «du Beit Garmaï, nommé par les listes grecques et les autorités nestoriennes tardives que cite la Chronique de Séert.

Il est constant cependant que l'Occident s'intéressait alors à la chrétienté d'Orient, témoin Arnobe, écrivant dans son Adversus Nationes, II, 12 : Enumerari enim possunt... quœ in India gesla sunt, apud Seras, Persos et Medos..., P. L., t. v, col. 828. Et, si l'authenticité de la lettre des Pères occidentaux en faveur de Pâpâ n'est pas démontrée (voir ci-dessus col. 165), il y a pour la rendre plus vraisemblable cette lettre de Constantin à Sap'or, où il lui parle des chrétiens de Perse, lettre dont malheureusement les circonstances ne sont pas connues, mais dont l'insertion par Eusèbe dans la Vita Constantini rend le témoignage irréfragable; cf. iv, 9-13, édit. I. A. Heikel, Leipzig, 1902, p. 121-2; P. G., -t. xx, col. 1157-1161. L'Orient d'ailleurs, à défaut d'une dépendance hiérarchique, ne tarda pas à rechercher la doctrine de l'Occident. Dès son retour de Nicée, dit Barhadbsabbâ 'Arbayâ, Jacques de Nisibe ouvrit une école dans sa ville épiscopale, et y appela comme interprète le jeune diacre Éphrem. Cause de la fondation des écoles, dans P. O., t. iv, fasc. 4, Paris, 1907, p. 377 [63]. Or, il semble bien que le but de cette école, ouverte à la frontière de la romanité, ait été, dès le principe, d'attirer les chrétiens de Perse désireux de s'instruire et empêchés de le faire par l'éloignement, puis par la persécution, car les Mésopotamiens de l'empire romain pouvaient sans trop de difficulté rejoindre les Syriens à Antioche. Pour tous les historiens orientaux, d'ailleurs, l'école de Nisibe est P « École des Perses »; et c'est sous ce nom qu'elle devint célèbre lorsque, Nisibe ayant été cédée à Sapor par Jovien en 363, saint Éphrem transporta son enseignement à Édesse. L'École d'Édesse est donc bien la porte de communication entre l'Occident et l'Orient, par où pénètre la doctrine grecque. Si Éphrem et les maîtres syriens ou perses qui lui succèdent à la tête de l'École ont un enseignement personnel, il n'en est pas moins vrai qu'un grand attrait pour les ouvrages grecs s'est manifesté dès lors parmi

les professeurs et élèves de l'École, et nombreuses sont les traductions faites dès le début du v« siècle : philosophie aristotélicienne, histoire, sciences profanes, surtout exégèse et théologie. Sans doute les Syriens aussi voulaient s'assimiler les auteurs grecs, et l'on sait qu'un certain nombre de traductions furent exécutées plus tard dans des couvents de la région d'Antioche, mais il semble certain que les Perses, peut-être parce que beaucoup d'entre eux étaient de race indo-européenne, étaient particulièrement friands de la sagesse grecque, si bien qu'ils ont eu dans l'exécution des traductions anciennes une part prépondérante. Cf. W. Wright, A short hislory of syriac lileralure, p. 57-65; R. Duval, La littérature syriaque, p. 246, 311; A. Baumstark, Geschichte..., passim, sous les noms des membres les plus célèbres de l'École des Perses.

Tandis qu'une jeunesse cléricale remplie d'ardeur se préparait, au delà des frontières, à former un magnifique cadre pour l'Église de Perse au lendemain de la persécution, le siège de Séleucie restait vacant pendant quarante ans environ, après le martyre de trois pasteurs successifs, Simon bar Sabbâ'ë, Sahdost et Barba'semin. Les deux noms que fournissent les chroniqueurs pour la fin du siècle, après la mort de Sapor II, Tomarsâ et Qayyumâ, n'ont laissé à peu près aucune trace dans l'histoire : d'après la Chronique de Séeit, la vacance dura de la 39e année de Sapor à l'avènement de Bahram IV (348-388), P. O., t. v, p. 305 sq. [193 sq. ]. Tomarsâ s'efforça surtout de reconstruire les églises détruites; de Qayyumâ, élu âgé, nous ne savons rien que sa démission en faveur du futur réorganisateur de la chrétienté persane, le catholicos Isaac.

Lorsqu'en 399 Yazdegerd monta sur le trône, l'empereur Arcadius lui envoya pour le féliciter une ambassade, dont le chef était l'évêque de Maypherqat, Marouta; cf. Marouta de Maypherqat, t. x, col. 142- 149. Celui-ci, comme mésopotamien, devait réussir plus facilement qu'un byzantin à la cour de Perse; en outre, il était, dit-on, habile médecin et les soins qu'il donna avec succès à Yazdegerd lui assurèrent sur l'esprit de ce monarque une influence considérable. Arcadius, en écrivant à Yazdegerd, l'avait engagé à bien traiter les chrétiens de ses États; Marouta plaida éloquemment en leur faveur et le monarque promit sa bienveillance. C'est alors qu'un synode partiel se réunit, où Qayyumâ put faire accepter sa démission en faveur dTsaac, dont Mari fait un parent de Marouta, p. 30, trad., p. 26, tandis que Barhébraeus le suppose de la famille de Tomarsâ (Barhébraeus : Tamûzâ), Chronicon ecclesiasticum, t. m, p. 47 sq.

Nous n'avons aucune information directe sur les premières années du pontificat dTsaac, mais il semble qu'il trouva, dans ses efforts pour réorganiser l'Église de Perse, une opposition analogue à celle qu'avait rencontrée Pâpâ dans la première tentative d'organisation générale. Lui aussi, sans doute, eut soin de mettre au courant de ses difficultés les évêques d'Occident, car dans l'hiver de 409-410 Marouta revenait à la cour de Perse. Cette fois, il était l'envoyé aes évêques le plus directement intéressés aux affaires des chrétiens de Perse, Porphyre, patriarche d'Antioche, Acace d'Alep, Pëqïdâ d'Édesse, Eusèbe de Telia, Acace d'Amid. Synod. orient., p. 18, trad., p. 255. Ces prélats avaient donné à Marouta des instructions écrites, en forme de lettre, l'invitant à réaliser autant que possible l'unité de doctrine et de discipline entre les Églises d'Orient et d'Occident.

Il était si avantageux pour Isaac de recevoir un code ainsi préparé, qu'il traduisit aussitôt du grec en persan la lettre des prélats de Syrie et Mésopotamie

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afin de la mettre sous les yeux du roi. Synod. orient., p. 19, trad., p. 256. On répéta pour l'empire perse ce qui avait été fait 85 ans plus tôt pour l'empire romain : Yazdegerd prenait le rôle de Constantin, et il le prit si bien que les historien persans, le trouvant trop peu favorable à la religion zoroastrienne, l'ont qualifié de « pécheur » et d" « impie ». C. Huart, La Perse antique., p. 156; Chronique de Séeri, dans P. O., t. v, p. 316 [204]. Quarante évêques furent convoqués à Séleucie par les soins des marzban ou gouverneurs de province, pour la fête de l'Epiphanie, qui était en même temps celle de la Nativité du Seigneur, 6 janvier 410. La grande session eut lieu le Ie* février, et l'on y adopta tout ce que les Occidentaux avaient suggéré : la foi de Nicée et les principaux points de aiscipline qui avaient été fixés par le premier concile œcuménique et les synodes provinciaux qui le complétèrent, surtout au sujet de l'organisation des Églises et du droit personnel des clercs. Synod. orient., p. 19- 33, trad., p. 257-272. Des mesures immédiates furent prises pour mettre fin à la compétition des sièges de Beit Lapât et Karkâ d'Ledân, qui luttaient pour la possession du titre de métropolitain en Susiane : les compétiteurs, et il y avait deux ou trois évêques pour chacun de ces sièges, furent condamnés à rester dans leurs villes épiscopale's, privés du droit d'ordination. Après quoi, le synode fixa les titres des métropoles et des évêchés avec leur préséance, donnant pour chaque siège le nom du titulaire légitime.

Cette description de l'état du christianisme en Perse au début du ve siècle, donnée dans le canon 31 et contrôlée par la liste des signataires du synode, mérite d'être reproduite ici (cf. Synod. orient., p. 33- 36, trad., p. 272-275 et note additionnelle p. 616-618). Le titulaire de Séleucie et Ctésiphon est le « grand métropolitain et le chef de tous les évêques »; il a un sulïragant, l'évêque de Kaskar, qui est locum tenens pendant la vacance. Beit Lapât, métropole du Houzistan, a quatre sufîragants : Karkâ d'Ledân, Hormizdardasir, Suster et Suse. Nisibe a cinq sufîragants : Arzon, Qardou, Beit Zabdaï, Beit Rahimaï et Beit Moksâyë. Perât d'Maysân a trois sufîragants : Karkà d'Maysân, Rima et Nahagur. Arbèles, métropole de l'Adiabène, a six sufîragants: Beit Nuhadrâ, Beit Bagas, Beit Dasen, Ramonin, Beit Mahqart et Dabarinos (?). Karkâ d'Bêt Slok, métropole du Beit Garmaï a cinq sufîragants : Sahrqart, Latom, Arewân, Radani et Harbagelâl. Mais en dehors de ces provinces organisées, il y a encore d'autres sièges épiscopaux trop distants de Séleucie pour que leurs titulaires aient pu assister au synode, dans la Perside (le Fars actuel), dans les Iles, c'est-à-dire le Beit Qatarâyê, Bahrayn et sa région, dans le Beit Madâyë ou Médie, dans le Beit Raziqâyé ou province de Ray, dans la Médie supérieurieure, dans le pays d'Abrasahr, partie du Khorassan, enfin à Ardai, Tuduru, Masmahig. Cf. au sujet de ces noms E. Sachau, Die Chronik von Arbela, p. 17-28.

Ce qui est remarquable en toute cette afîaire, c'est que le roi de Perse, de psrsécuteur, devenait tout à coup le protecteur de l'Église. Si le monarque luimême n'assista pas aux sessions du concile, il se fit rendre compte par Isaac et Marouta de la session préliminaire, et fit haranguer en son nom les évêques par deux officiers de sa maison, dont le grand vizir. Les nominations d'évêques et autres chefs de communautés seront sanctionnées par l'autorité royale, et celle-ci punira les récalcitrants. Synod. orient., p. 21 sq., trad., p. 250 sq. En retour, les évêques prescrivent des prières pour le Roi des rois. Ibid., p. 22, trad., p. 262.

Isaac vécut peu après la réunion du synode; à sa mort, survenue à la fin de 410, la Chronique de Séert dit que Marouta, avec l'assentiment des évêques et

du roi, lui donna pour successeur le moine Ahaï, disciple dé Mar 'Abdâ, P. O., t. v, p. 324 [212]. Les chroniqueurs rapportent seulement qu'il jouissait d'un grand crédit auprès du roi, et lui attribuent des récits sur les passions des martyrs de Sapor II.

Ahaï mort vers la fin de 414 après 4 ans, 7 mois et quelques jours de pontificat, ibid., p. 325 [203], Yahballàhâ, autre disciple de' Abdâ, fut élu, sur l'ordre de Yazdegerd, ibid., p. 326 [214 ]. Ainsi, l'entente entre l'Église et l'État continuait comme aussi la paix entre Perses et Romains, et l'Église servait de trait d'union entre les deux empires : Yahballàhâ Ier fut envoyé en 418, comme ambassadeur à Constantinople, tandis qu'Acace d'Amid arrivait à Séleucie à la fin de 419, comme ambassadeur de Théodose le Jeune. Cette arrivée d'un prélat romain fut l'occasion d'un synode où dix évêques et métropolitains de Perse se réunirent. On n'y prit point de décisions nouvelles, mais on insista sur la nécessité de s'en tenir aux canons sanctionnés sous Isaac, et l'on proclama d'une façon plus explicite l'acceptation des synodes mineurs : Ancyre, Néocésarée, Gangres, Laodicée. Synod. orient., p. 37-42, trad. p. 276-284. Une fois de plus, c'est en regardant vers l'Occident que l'Église de Perse cherchait à trouver sa formule d'équilibre.

Yahballàhâ mourut au commencement de 420; il prévoyait que la paix religieuse ne durerait pas — car Yazdegerd, sans doute sous la pression des mages impatients de voir le roi favorable aux chrétiens et les conversions se multiplier parmi les nobles, avait commencé à manifester des sentiments hostiles — ■ et il avait prié Dieu de lui épargner le spectacle des épreuves à venir. A peine le catholicos était-il mort, que le Roi des rois, prenant prétexte de la destruction d'un pyrée à l'instigation d'un prêtre de Hormizdardasir, nommé Osée, prescrivit de détruire les églises et d'exiler les chrétiens. C'est dans ces circonstances qu'il fallut procéder à l'élection d'un catholicos : on choisit Ma'nâ, ancien élève de l'École d'Édesse, qui était d'origine psrsane et que le roi avait appris à apprécier en le voyant auprès de Yahballàhâ. L'approbation du monarque fut obtenue grâce aux bons offices du chef de la milice, à qui l'on versa une importante somme d'argent. Mais l'espérance des chrétiens fut de courte durée : Ma'nâ reçut du roi de violents reproches et, comme un des prêtres qui l'accompagnaient s'était permis de répondre au monarque, le catholicos fut exilé en Perside et le prêtre décapité. Yazdegerd mourut peu après, mais son fils, Babram V l'Onagre, continua de persécuter. Les victimes furent nombreuses : on mit à mort des évêques et des prêtres comme 'Abdâ, évêque de l'imprudent Osée, ou Narsaï, condamné pour avoir refusé de rapporter le feu sacré à un pyrée, qui avait été installé dans une église. Mais le clergé n'était pas spécialement visé : ce sont plutôt les nobles et les fonctionnaires qui sont en butte aux manœuvres des mages, Hormisdas et Suène, Jacques I'Intercis, Jacques le notaire, etc. Beaucoup échappèrent à la mort par l'apostasie, d'autres franchirent la frontière de l'ouest. Labourt, Le christianisme.., p. 104-118.

Les Perses réclamèrent les fugitifs aux Romains; ceux-ci répondirent par la guerre. On se battit pendant un an, puis, en 422, la paix fut conclue. Une fois de plus l'Occident venait au secours des chrétiens de Perse : Bahram, sur les instances de Théodose II, promit de laisser à ses sujets la liberté de conscience, obtenant en échange que l'exercice du culte mazdéen serait toléré sur le territoire de l'empire romain. Th. Nôldeke, Geschichte der Perser und Araber zut Zeil der Sasaniden, Leyde, 1879, p. 108, n. 2.

Yazdegerd avait déposé Ma'nâ. Mari suppose que celui-ci mourut presque aussitôt, et qu'on attendit sa

NESTUR1ENNE (L'ÉGLISE) SOUS LES SASSANIDES

mort pour lui donner un successeur, p. 45, trad., p. 31. Farabokt obtint l'approbation du monarque, grâce au moyen qui avait servi pour son prédécesseur, mais il avait fait certaines promesses aux mages qui le rendaient suspect aux évoques, et ceux-ci, agissant à la cour, obtinrent sa destitution. Farabokt, ainsi que Ma'nâ, ne figurent pas dans les diptyques. La persécution durait encore quand on se réunit pour l'élection du nouveau catholicos, d'où il ressort que les mesures contre les chrétiens ne ressemblaient en rien à celles édictées par Sapor II. Bahram se laissa convaincre par Samuel, évêque de Tous, dans le Khorassan, et Dadiso' fut élu vers la fin de 421 ou tout au début de 422. Mais le nouveau catholicos rencontra une vive opposition de la part de certains évêques et fut mis en prison par ordre du roi. Il ne fut délivré qu'en 422, sur l'intervention des plénipotentiaires romains, à la signature de la paix. Excédé, le catholicos se retira au monastère de DeirQabout, qui ne semble pas connu par ailleurs, probablement en pays arabe, à couvert des entreprises du Roi des rois, ne voulant pas reprendre possession de son siège. Ce n'était pas l'affaire de l'Église de Perse : éprouvée comme elle venait de l'être par la persécution et la compétition des évêques, elle avait plus que jamais besoin d'un chef indiscuté. Trente-six évêques se réunirent, en 424, certains venus de points éloignés comme Rewardasir, Merv, Hérat, Ispahan, pour supplier le catholicos de reprendre sa charge. Ils vinrent jusqu'à Markabtâ d'Tayyâyë, lieu non identifié, mais certainement à l'ouest de Séleucie, et très probablement à l'ouest de l'Euphrate, sous la domination du prince lahmide de Hirâ, qui était alors Mundir I". G. Rothstein, Die Dynastie der Lahmiden in al-Hira, Berlin, 1889, p. 70. Mais Dadiso' exigea d'être mis à l'abri de nouvelles attaques des évêques : c'est alors qu'on rappela l'histoire de Pâpà et l'intervention des Pères occidentaux, non seulement en faveur du premier catholicos, mais aussi pour aider Isaac et Yahballâhâ dans les difficultés intérieures et extérieures de leur Église. Finalement on résolut que, père de tous, le catholicos ne pouvait être jugé et chassé par ses enfants, et que sa cause ne relèverait plus que du tribunal du Christ, Synod. orient., p. 46- 52, trad., p. 289-297; cf. J. Labourt, Le christianisme.., p. 125, n. 1, où sont émis des doutes sur l'authenticité des actes de ce synode. Mari dit que Dadiso' coula ensuite un pontificat heureux et fut enterré à Hirâ, p. 36, trad., p. 31. Mais on peut se demander si l'absence totale d'informations sur le pontificat de Dadiso' ne vient pas de ce qu'il serait resté, tout en gardant le titre de catholicos, à distance de la capitale, à peu près étranger aux affaires. Cela expliquerait bien sa sépulture en pays arabe.

Les actes des martyrs des persécutions de Yazdegcrd Ier et Bahram V sont mêlés à ceux de la persécution de Sapor II, dans les deux recueils cités à la fin du paragraphe précédent. Pour cette période, la Chronique de Séerl contient surtout des informations sur l'histoire générale de l'Église; les passages relatis à l'Église de Perse se trouvent dans P. O., t. v, p. 305-313 (193-201]; 316-9 [204-7]; 321-334 [209-222]; Mari, édit. Gismondi, p. 28-41, trad. p. 24-35; Amr et Sliba, p. 21-29, trad., p. 12-17; Labourt, Le christianisme..., p. 83-125; Wigram, An introduction io ihe hislory of the assyrian Church, p. 77-125.

4° L'Église de Perse devient nestorienne. — Le Synodicon, qui nous a fourni pour les années 410-424 de si précieuses informations, n'a plus rien jusqu'en 486; et la Chronique de Séert, comme il a été dit plus haut, manque, par suite d'une lacune du manuscrit, de 422 à 484. Pourtant c'est pendant ces soixante années que se fixe l'avenir de l'Église de Perse. A défaut de sources nestoriennes, il faudra bien nous contenter

d'interroger les historiens monophysites, mais il faut savoir qu'ils sont partiaux, voire fanatiques, comme Simon de Beit Arsam dans sa fameuse lettre sur Barsaumâ de Nisibe et la diffusion du nestorianisme dans l'Orient non romain. Texte syriaque et traduction latine dans J. S. Assémani, Bibliotheca orientons, t. i, Rome, 1719, p. 346-358.

De cet Occident, d'où l'Église de Perse avait reçu une si efficace assistance, allait venir le germe d'une séparation complète. Pendant les vingt-cinq années du pontificat de Dadiso', pour lesquelles nous ignorons tout de l'histoire intérieure des chrétientés persanes, sauf quelques épisodes de la persécution intermittente exercée par Yazdegcrd II, se jouait la tragédie de Nestorius. Les trois patriarcats orientaux de l'empire romain en furent violemment agités, et la répercussion devait en être particulièrement vive à Édcsse dans le milieu ardent de l'École des Perses.

La doctrine de. l'École était foncièrement antiochienne : les maîtres qui y faisaient autorité étaient Théodore de Mospsueste et Diodore de Tarse. Pourtant, au moment où Nestorius montait sur le siège de Constantinople, l'évêque d'Édesse, Rabboula, était mal disposé envers les partisans de 1' « Interprète », lequel l'avait contredit en public sur un point d'exégèse, lors d'une visite à la ville impériale. Barhadbsabbâ 'Arbayâ, Cause de la fondation des écoles, dans P. O., t. iv, p. 380 [66]. Ce fut peut-être la raison de son attitude à l'endroit de Nestorius, dont il devint dès le début, un adversaire acharné. R. Duval, La littérature syriaque, p. 389 sq. Quoi qu'il en soit, Ibas, qui professait alors à l'École des Perses, étant devenu le successeur de Rabboula sur le siège d'Édesse en 435, le champ resta à peu près libre aux partisans de Théodore et de Nestorius, malgré l'hostilité de quelques personnages, dont le plus connu est Philoxène, le futur évêque de Mabboug. Deux ans plus tard (437), le directeur de l'École, Qiyorë, mourut et fut remplacé par Narsaï. L'évêque d'Édesse et le directeur de l'École des Perses étant tous deux dyophysites convaincus, on comprend en quel sens s'exerçait l'influence de l'École, où le haut clergé perse continuait de se former. Même si la position de Narsaï devint plus difficile à partir de 449, après la déposition d'Ibas, il ne semble pas qu'il ait dès lors quitté Édesse. Nous avons dit ailleurs les raisons qu'il y a de reporter à 457 la fondation qu'il fit à Nisibe d'une école, qui devint bientôt la véritable École des Perses, après que l'évêque Qûrâ, d'accord avec l'empereur Zenon, eut fermé l'école d'Édesse en 489, art. Narsaï, ci-dessus col. 27.

La venue du célèbre Narsaï à Nisibe contribuait à augmenter l'influence déjà très grande de son ancien condisciple, le métropolite Barsaumâ. Évêque de la frontière, connaissant les usages de l'empire romain, auxiliaire écouté du marzban local, il était aussi apprécié à la cour et jouissait de l'amitié de Péroz, dont il devint un conseiller préféré. Chronique d'Arbèles, édit. Mingana, p. 67, trad., p. 147. Ces contacts répétés avec les .fonctionnaires importants, avec la cour, avec le souverain lui-même, laïcisèrent peu à peu la mentalité de Barsaumâ. II avait du mal de se contenir et vivait avec une moniale, Mamaï; il aurait désiré voir cette situation légitimée. Précisément, les mages se plaignaient de ce que le haut clergé chrétien était célibataire : plus d'une fois dans les persécutions, cette question avait été une source de chicane. Barsaumâ aurait aimé qu'une législation autorisant le mariage des évêques donnât un apaisement aux zoroastriens et calmât ses remords. On devine que c'en était assez pour rendre le métropolite suspect au catholicos. Celui-ci, Babowaï, qui avait remplacé Dadiso' en 457, était un converti, fervent à ce qu'il

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semble; mais, apostat de la religion nationale, il était comme tel toujours à la merci d'une dénonciation qui le rendait passible de la peine capitale. Il était donc désarmé contre son puissant sutlragant. Barsaumâ devait en outre jouir d'une grande autorité auprès des évêques, dont plusieurs avaient été ses condisciples à Édesse; il pouvait donc se flatter qu'il obtiendrait leurs suffrages si le catholicos venait à disparaître.

On a conjecturé que ces aspirations ambitieuses amenèrent la fin de Babowaï, sur laquelle nous avons la chance de posséder à la fois des témoignages monophysites et nestoriens. .Michel le Syrien, Chronique, édit. Chabot, p. 239, 425 sq., trad., t. n, p. 123, 437 sq. (le dernier passage d'après Denys de Tell-Mahré, qui cite Marouta de Takrit); Mari, p. 42, trad., p. 36 sq.; Amr et Slibâ, p. 30 sq., trad., p. 18 sq.; surtout Chronique de Séert, qui reprend au milieu de la notice sur Babowaï, P. O., t. vu, Paris, 1909, p. 99-102 [7-10]. Toutes ces sources s'accordent pour dire que l'occasion du supplice de Babowaï fut une lettre écrite par lui à l'empereur de Constantinople, et saisie à Nisibe par Barsaumâ ou ses partisans. Les historiens monophysites supposent que celte lettre était une réponse a l'invitation de se rendre à Éphèse pour un concile, qui ne pourrait être que le conciliabule monophysite de 449. Mais l'anachronisme est trop violent, car les dates de Babowaï (457-484) ne sont pas discutées : à l'époque du « Brigandage » il n'était pas encore catholicos. Les auteurs nestoriens disent plus correctement que la lettre en question fut écrite à l'empereur Zenon (Amr a par erreur Léon) pour implorer son intervention en faveur des chrétiens, que le Boi des rois recommençait à persécuter, spécialement en Iraq. Chronique de Séert, dans P. O., t. vu, p. 107 [15]. Continuant la tradition de ses prédécesseurs, le catholicos, au moment de l'épreuve, se tournait vers l'Occident.

Selon la tradition monophysite (Marouta et Michel, de qui dépend Barhébrœus, Chronicum ecclesiaslicum, t. m, col. 63-66), les moines qui portaient la lettre du catholicos, nonobstant les difficultés que celui-ci avait déjà eues avec le métropolite, en arrivant à Nisibe, se présentèrent à l'église, pour v loger, ainsi qu'il convenait. Interrogés par Barsaumâ, ils lui déclarèrent sans hésitation la mission dont ils étaient chargés; mais celui-ci, feignant de craindre pour la vie du catholicos si Péroz venait à savoir qu'ils avaient franchi la frontière, se fit donner la lettre, dont il promettait d'assurer l'acheminement ultérieur. Les sources nestoriennes, qui ne semblent guère d'ailleurs préoccupées d'innocenter Barsaumâ, ont une histoire un peu différente : la Chronique de Séerl, qui est habituellement la plus détaillée, dit seulement que le courrier de Babowaï, portant la lettre cachée dans une canne creuse, fut reconnu par les partisans de Barsaumâ, qui nterceptèrent la lettre et l'envoyèrent à Péroz, ajoutant toutefois que, selon d'autres", la saisie de la lettre aurait été le fait de Barsaumâ lui-même. Amr, qui est ici indépendant de Mari, raconte que le courrier du catholicos tomba entre les mains des soldats aux ordres de Barsaumâ, qui gardaient un carrefour. Menacé d être arrêté, le courrier se serait enfui en abandonnant la lettre, qui fut transmise à Péroz sans avoir été ouverte. Marouta reproduit un texte de lettre, dans Michel, p. 425, trad., t. n, p. 437, texte impossible qui serait une formule d'adhésion anticipée au conciliabule monophysite d'Éphèsc. Amr, au lieu d'incriminer la lettre, rend responsable de la mort du catholicos le médecin chrétien du roi, nommé Gabriel, qui, chargé de traduire la lettre en persan pour le souverain, en aurait modifié et aggravé les termes afin de l'exciter contre Babowaï, faisant

ensuite disparaître le texte, ce pour quoi il aurait et désavoué par Barsaumâ, arrivé à la cour après les événements. La Chronique de Séerl rapporte les faits avec beaucoup de vraisemblance : le catholicos aurait employé dans sa lettre les termes de la prière d'Azarias, Dan., m, 32 « tu nous a livrés... à un roi injuste, le plus mauvais de toute la terre ». Les chrétiens essayèrent d'expliquer que par « gouvernement impie » le catholicos entendait dire seulement « ennemi des chrétiens », et Babowaï protesta qu'il priait chaque jour pour le souverain. Mais celui-ci réclamait comme preuve d'amitié que le catholicos adorât le soleil. Sur son refus, il le condamna à être suspendu, jusqu'à ce que mort en advînt, par le doigt auquel il portait le sceau dont il avait cacheté la lettre incriminée. Ce martyre arriva entre le mois d'avril et le commencement de l'été de l'année 484, moment où mourut Péroz. P. O., t. vu, p. 102 [10], n. 3.

Maintenant l'influence néfaste de Barsaumâ pouvait s'exercer librement. Les auteurs monophysites prétendent qu'il aurait expliqué à Péroz l'avantage qui résulterait, pour la sécurité de ses États, d'un schisme entre les chrétiens de Perse et ceux de l'empire romain. Ayant fait de Nestorius un ami de la Perse, il prétendit qu'il avait été à cause de cette amitié persécuté par les Grecs; puis, ayant obtenu de Péroz un corps de troupe, il se mit en devoir d'obliger par la force tous les chrétiens de Perse à professer le nestorianisme. Ceci est la tradition des monophysites de Takrit, qui auraient réussi à détourner le coup qui les menaçait, et celle que l'on conservait verbalement à Mar Mattaï, le fameux couvent voisin de Mossoul, dans le Djebel Maqloub, qui aurait été incendié par le terrible métropolite. La même tradition ajoute que Barsaumâ, arrivé aux frontières d'Arménie, dut reculer devant l'attitude décidée des habitants. D'après Michel, citant une histoire en arabe, Chronique, p. 427, trad., t. n, p. 440, cette persécution par Barsaumâ aurait duré jusqu'à sa mort, étant supposé qu'il aurait été tué par les femmes d'un village des environs de Takrit, tandis qu'il essayait de les contraindre à communier de sa main dans une liturgie sacrilège. Mais, comme on l'a fait observer, toute cette histoire telle qu'elle est racontée par les monophysites est remplie d'impossibilités chronologiques.

Le coup de force de Barsaumâ en faveur du nestorianisme, pour autant qu'il peut y avoir un fondement à ces traditions, devrait avoir eu lieu immédiatement après la mort de Babowaï et avant l'élection de son successeur; encore suppose-t-on que Barsaumâ profitait de son crédit auprès de Péroz. Or, il est certain que Barsaumâ était à Beit Lapât, au mois d'avril 484, et que Péroz mourut au début de l'été. Il faut placer en ces deux mois la mort de Babowaï, dont Barsaumâ, alors dans le Houzistan, ne peut avoir saisi, personnellement la lettre à Nisibe, et le coup de force, quel qu'il soit, contre les monophysites du Beit Garmaï et de l'Adiabène.

Les évêques ne se réunirent qu'après la mort de Péroz pour élire un successeur au catholicos martyr. Barsaumâ avait perdu son protecteur. Nous ne savons pas si sa candidature fut discutée, mais les voix se réunirent sur le nom d'un de ses anciens condisciples à l'Ecole d'Édesse, cet Acace, qui lorsqu'il était étudiant était allé avec Barsaumâ et Narsaï en pèlerinage à Mopsueste pour recevoir la bénédiction de Théodule, disciple de Diodore et successeur de Théodore. Acace, toutefois, étant parent de Babowaï, s'était depuis longtemps détaché de Barsaumâ, se fixant à Séleucie où il enseignait, et il avait aidé le catholicos à se défendre contre le métropolitain de Nisibe et ses partisans.

Il semble bien que Barsaumâ tenta de s'opposer au

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nouveau catholicos. La Chronique de Séert prétend que ce dernier fut maltraité par les niâmes et emprisonné, et aussi qu'il fut accusé d'immoralité par le turbulent métropolite. P. O., t. vu, p. 113 [21]; Mari, p. 43, trad., p. 37. Mais il est vain d'imaginer, avec les auteurs jacobites, que Barsaumâ aurait contraint Acace à embrasser le ncstorianisme, en le menaçant de le faire mourir. Michel le Syrien, Chronique, p. 420, trad., t. ii, p. 439. Acace était dyopbysite de par sa formation; rien ne l'empêchait donc de s'entendre avec Barsaumâ sur le dogme. Mais il était plus diflicile d'opérer une réconciliation totale : celle-ci eut lieu cependant au village deBeit 'Edraï, en Adiabène, où un certain nombre de prélats se rencontrèrent en septembre 485, et moyennant une correspondance entre le patriarche et son sufïragant, dont nous sont parvenues six pièces. Synod. orient., p. 53, 525-531, trad., p. 299-301, 531-539. Le synode schismatique de Beit Lapât, que Barsaumâ avait tenu contre l'autorité de Babowaï, était déclaré nul et ses canons inexistants.

L'assemblée deBeit 'Edraï ayant été tenue dans un but particulier, elle fut suivie en février 486 d'un véritable synode, réuni à Séleucie. Plusieurs partisans de Barsaumâ y assistaient, mais lui-même s'était excusé. On s'occupa de mettre fin au trouble causé par des moines itinérants, qui circulaient à travers villes et villages, prêchant une christologie corrompue. Prenant donc des mesures disciplinaires pour les renvoyer dans leurs déserts, le synode propose un raccourci de l'orthodoxie en matière d'union : « Notre foi doit être, en ce qui concerne l'incarnation du Christ, dans la confession des deux natures de la divinité et de l'humanité. Nul de nous ne doit introduire le mélange, la commixtion ou la confusion entre les diversités de ces deux natures ; mais, la divinité demeurant et persistant dans ses propriétés et l'humanité dans les siennes, nous réunissons en une seule majesté et une seule adoration les divergences des natures, à cause de l'union parfaite et indissoluble de la divinité avec l'humanité. Et si quelqu'un pense ou enseigne aux autres que la passion ou le changement est inhérent à la divinité de Notre-Seigneur, et s'il ne conserve pas, relativement à l'unité de personne de Notre-Seigneur, la confession d'un Dieu parfait et d'un homme parfait, qu'il soit anathème! » Synul. orient., p. 54 sq., trad., p. 302. On y ajouta des prescriptions relatives au mariage : le mariage postérieur à l'ordination diaconale ou presbytérale était autorisé : Barsaumâ absent triomphait et l'Église de Perse se rangeait officiellement du côté « nestorien ». Aussi, Acace, ambassadeur du Boi des rois à la cour de Constantinople, en 487 (à l'époque du schisme acacien), y vit sa foi suspectée : il dut, pour être accepté à la communion, exposer sa foi et anathématiser Barsaumâ. Celui-ci demeurait d'ailleurs le suffragant indiscipliné, qu'il avait été sous Babowaï : de 491 à 497, le différend fut aigu entre Barsaumâ et Acace, qui s'accablèrent mutuellement d'anathèmes ainsi que leurs partisans. Synod., orient., p. 63, trad., p. 312.

L'entente eût été préférable, car les monophyrites s'agitaient. Ayant une forte base sur le tenitoire de l'empire romain, ils opéraient surtout aux frontières. A Nisibe, Barsaumâ ne savait comment se défendre contre eux: refoulant son désir d'indépendance, il avait imploré du catholicos, en 486, une condamnation solennelle de ces meneurs. Synod. orient., p. 528 sq., trad. p. 574-576. En territoire aiabe, ils s'organisaient sous l'administration tolérante des princes lahmides et Simon, consacié évêque avec le titre de Beit Aisam, village insignifiant des environs de Séleucie, était l'âme de ce centre d'opérations, assez puissant d'ailleurs pour obtenir une intervention de

l'empereur Anastase en faveur de ses coreligionnaires. Voir sa notice par Jean d'Asie, édit. E. \Y. Brooks, John oj Ephesus, the Unes o/ the eastern saints, dans l'. ()., t. xvii, p. 137-158. En 497, deux évêques tenaient encore pour le monophysisme : le synode de Babaï leur donne un an de répit avant une condamnation définitive, c'était Pâpâ, évêqUc de Beit Lapât, ancien condisciple de Philoxène de Mabboug, le grand organisateur à distance de la propagande raonophysite, et YazdacL, évêque de RewardaSir. Synod, orient., p. 65, trad., p. 314. Mais ces résistances individuelles ne comptent pas devant les trente-neuf signatures qui s'alignent au bas des actes; l'Eglise de Perse était bien définitivement « nestorienne ». Elle l'était avec l'agrément du Roi des rois, puisque Qawad, voulant apprécier les religions de son empire, avait donné la préiérence au traité d'Elisée, interprète à l'école de Nisibe, qui lui avait été piésenté par Acace. P. O., t. vu, p. 126 [34 ]. On le vit bien quanti le monarque fit arrêter tous les évêques et supérieurs de couvents monophvsites. P. O., t. xvn, p. 153.

Pour cette période, voir Chronique de Séert, dont l'inrormation est abondante et intéressante, dans P. O., t. vu, p. 99-127 [7-34]; Mari, p. 41-46, trad., p. 35-40; Amr et Sliba, p. 29-35, trad., p. 17-21; Barhébraeus, Chronicon ecclesiaslicum, t. ni, col. 59-80; Labourt, Le christianisme..,, p. 131-158; W. A. Wigram, An introduction..., p. 112-171; A. Seher, École de Nisibe, son origine, ses règlements ei ses hommes célèbres (en arabe), Beyrouth, 1905.

5° L'Église de Perse aux VI" cl vir siècles. — La bonne entente qui avait régné entre le pouvoir civil et Acace, nonobstant les intrigues de Barsaumâ, se poursuivit sous son successeur Babaï. Qawad, ayant soulevé l'universelle réprobation du clergé niazdéen et des nobles, en essayant d'appliquer les théories mazdakites sur la communauté des biens et des femmes, avait été déposé et remplacé par son frère Zamasp. Celui-ci fit appel au catholicos pour une saine réglementation du mariage : il fallait lutter contre les unions illégitimes. Le synode se contenta de confirmer l'autorisation donnée sous Acace à tous les membres du cleigé, « depuis le patriarche jusqu'au dernier de la hiérarchie, de contracter un chaste mariage, avec une seule femme, pour en user et engendrer des enfants. » Synod. orient., p. 63, trad., p. 312. Babaï lui-même était marié, et sa femme, dit la Chronique de Séert, l'aidait à faire le bien et à diriger les affaires ecclésiastiques. P. O., t. vu, p. 129-137 [37-45 ].

Il n'en fut pas de même pour son successeur Sila, dont la femme, aimant l'argent, devint le mauvais génie. Ibid., p. 136 [4-1 ]. Difficilement supporté par l'ensemble du clergé, il sut maintenir son crédit auprès de Qawad, grâce à l'appui de Buzaq, évêque de Suse; mais sa mort, qui arriva la trente-quatrième année de Qawad (juillet 521-juillet 522), provoqua un schisme. Sila avait fait son testament, par lequel il avait désigné pour être son successeur un médecin, nommé Elisée, qui était devenu son gendre. Buzaq avait un autre candidat, Narsaï, qui était un homme d'études, versé dans les sciences ecclésiastiques. Les évêques et le peuple se divisèrent. Buzaq essaya de faire intervenir le roi, qui était à Holwân, mais David, métropolite de Merv, avait déjà procédé au sacre d'Elisée, avant que Narsaï eût pu être consacré dans l'église cathédrale. Elisée, par 1 intervention d'un confrère, Lëroê, médecin du roi, et ijrâce à de nombreux présents, avait d'ailleurs obtenu un acte royal en sa laveur. La situation était peu claiie, si bien que le métropolite de Beit Lapât, et l'évêque de Kaskar préférèrent se tenir en dehors de la querelle. Pendant douze ans, les deux compétiteurs continuèrent la lutte au milieu

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) SOUS LES SASSANIDES

des anathèmes, des ordinations simoniaques, etc., Elisée s'appuyant sur Bèroë et brandissant des édits royaux, jusqu'à ce qu'enfin Narsai mourut. Mais lorsqu'Élisée croyait son triomphe assuré, le roi commanda de le déposeï, et Paul, archidiacre de Suse, qui était resté sur la réserve pendant tout le schisme, fut élu sur l'ordre de Khosrau Ie' Anusirvan. 11 mourut deux mois plus tard, le dimanche des Rameaux de l'année 537, d'après la Chronique de Séerl, P. O., t. vu, p. 117-153 [55-61 ], ou plutôt en 539, car il ne semble pas qu'il y ait eu une longue vacance du siège; cf. infra.

L'Église de Perse, horriblement désorganisée par ce long schisme, trouva le réformateur dont elle avait besoin dans la personne d'Abâ I" (souvent appelé Maraba dans les histoires récentes). Né dans la religion mazdéenne, entré dans l'administration et secrétaire d'un marzban, il se convertit à la suite d'un prodige, ayant été arrêté à deux reprises dans la traversée du Tigre par une tempête soudaine, après qu'il eut refusé le passage sur son embarcation à un jeune chrétien qui le lui avait demandé comme une faveur. Baptisé, il était allé à Nisibe pour s'instruire dans les sciences ecclésiastiques et y avait obtenu le titre d'interprète, puis il était parti pour l'Occident, afin d'y étudier le grec. Son biographe ie montre expulsé d'Alexandrie par les jacobites, jaloux du succès de son enseignement, puis à Constantinople, d'où il s'enfuit avec d'autres docteurs persans pour ne pas avoir à prononcer l'anathème contre Diodore, Théodore et Nestorius. De retour à Nisibe, Abâ voulait se retirer au désert, mais les évêques le contraignirent d'enseigner. 11 jouissait donc d'une réputation considérable, lorsque les suffrages unanimes l'appelèrent au siège de Séleucie. Au témoignage de la Chronique de Séert, suivie par Amr et Barhébraeus, cette élection aurait eu lieu dans la sixième année de Khosrau (537). mais d'après Elias Djauhari, métropolite de Damas, cité par ,J. S. Assémani, Bibliolheca orientalis, t. m b, p. 78. et surtout d'après les manuscrits du Synodicon, p. 73, trad. 326, cf. p. 318, n. 3, elle n'aurait eu lieu que la neuvième année, janvier 540. Avant la fin de cette même année, en octobre, dès que la paix eut été établie dans la chrétienté des Villes Royales, Abâ, accompagné de plusieurs évêques, commençait une visite des diocèses les plus troublés par le schisme : de Kaskar on se rendit à Perat d'Maysan, Hormizdardasir, Rewardasir, où l'on déposa l'évêque Acace, à Suster, où un soi-disant évêque, invalidement ordonné, fut autorisé à exercer les fonctions de l'ordre presbytéral, à Beit Lapât enfin, où un usurpateur du titre de métropolite, relaps après une première pénitence, fut destitué et excommunié. Sijnod. orient., p. 70-80, trad., p. 321-332. Ne pouvant aller jusque dans le Ségestan, Abâ et neuf évêques qui l'assistent, décident un démembrement temporaire du diocèse, afin que les deux évêques vivants en aient chacun une partie, l'unité du siège devant être rétablie en faveur du dernier survivant. Ibid., p. 85-89, trad., p. 338- 345. Quelques années plus tard, l'Église de Beit Lapât étant veuve et l'évêque de Nisibe étant persécuté per ses ouailles, Abâ empêché d'aller sur place écrit une encyclique à tous les métropolites ou évêques de sa juridiction, pour les avertir qu'il se réserve le contrôle de toute élection et ordination en faveur de. ces deux sièges. Ibid., p. 89-95, trad., p. 345-351.

Le catholicos, qui regrettait de ne pouvoir se rendre dans les diocèses qui avaient besoin de sa présence, était alors sans doute exilé dans lAzerbeidjan, où il demeura sept ans; il ne manquait pas de raisons pour le punir, puisqu'étant né mazdéen, il était légalement coupable d'apostasie aux yeux des fonctionnaires de la religion nationale Ceux-ci lui en voulaient

|en outre à cause de son zèle et de son excellente administration des affaires ecclésiastiques, laquelle devait contribuer grandement au développement du christianisme. Mis en danger par les intrigues d'un renégat, ancien évêque déposé, qui cherchait à le tuer au lieu de son exil, Abâ s'échappa avec Jean, évêque légitime de la province, et revint à Séleucie, où il demeura pendant trois ans, traité comme prisonnier. La persécution, qui s'était déclenchée en 540, au moment où Khosrau partait en guerre contre l'empire byzantin, s'était apaisée en 545, lorsque la paix avait été conclue avec Justinien. On peut s'étonner que le catholicos n'ait pas été mis à mort; il dut sans doute son salut à sa valeur personnelle, qui semble avoir fait grande impression sur le monarque. Lorsque, vers la fin de sa vie, un de ses fils, Anosazad, s'insurgea contre lui, Khosrau eut recours à l'influence du catholicos sur les chrétiens de Beit Lapât pour obtenir par eux que les portes de la ville où le rebelle s'était fortifié fussent ouvertes à ses troupes. Abâ le Grand mourut peu après dans la nuit du deuxième vendredi de carême, 29 février 552. P. O., t. vu, p. 145-170 [62-78]; O. Braun, Das Buehder Synhados, Stuttgart et Vienne, 1900, p. 93-97: vie anonyme, édit. Bedjan, dans Histoire de Mar Jabalaha, de trois autres patriarches, d'un prêtre et de deux laïques nestoriens, Paris et Leipzig, 1895, p. 206-274.

Soucieux d'éviter les troubles qui avaient suivi la mort de Sila, Abâ avait déterminé la façon dont devrait être élu le catholicos, à savoir par les évêques de la province de Séleucie-Ctésiphon et les quatre métropolitains de Beit Lapât, Perat d'Maysan, Arbèles et Beit Slok, accompagnés chacun par trois évêques. L'ordination devait se faire dans la grande église de Kokè. Synod. orient., p. 543-545, trad., p. 553-555. Pourtant Abâ eut un détestable successeur. Joseph avait vécu longtemps en Occident et y avait appris la médecine : présenté à Khosrau par le marzban de Nisibe qui l'avait pris en amitié, il soigna le monarque et dut à ses succès médicaux d'être le candidat du Roi des rois. 11 fut ordonné régulièrement en mai 552, tint à Séleucie en janvier 554 un synode, dont les prescriptions sont remplies de sagesse. Mais, après trois ans de pontificat, Joseph se mit à pratiquer la simonie et à maltraiter indignement les évêques et les prêtres, causant la mort de Simon d'Anbar, chassant l'évêque de Zâbê, qu'il remplaça par un médecin, favori de Khosrau, arrachant à l'évêque de Darabgerd le décret royal qui mettait fin à la persécution dans son diocèse, sous prétexte qu'il l'avait obtenu sans l'intervention du catholicos. P. O., t. vu, p. 176- 178 [84-6]. Les chrétiens, outrés à la vue de ses crimes, le rayèrent bientôt des dyptiques, mais il fallut plusieurs années pour qu'on obtînt du Roi des rois la permission de le remplacer, ce qui arriva grâce à l'apologue de l'éléphant donné par un roi à un pauvre, qui ne pouvant ni le faire entrer par la porte trop petite de sa maison, ni le nourrir, le ramène à son bienfaiteur. Les évêques se réunirent en février 567 pour élire un autre catholicos et tombèrent d'accord sur le nom d'Ézéchiel, le médecin devenu évêque de Zâbë. Mais des partisans de Joseph ayant protesté, Khosrau interdit de procéder à l'ordination. Ibid., p. 181 sq. [89 sq. ]. Pendant trois ans l'évêque de Kaskar demeura locum tenens.

Après la mort de Joseph, les électeurs du catholicos se réunirent à nouveau, et la majorité des suffrages avait déjà désigné un certain Isaï, lorsque plusieurs évêques déclarèrent qu'ils tenaient au candidat précédemment désigné, Ézéchiel de Zâbê. L'affaire fut soumise au roi, qui autorisa l'ordination. Encore que sa carrière antérieure promît peu, le nouveau catho licos gouverna bien : par sa bienveillance, il gagna

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) SOUS LES SASSANIDES

tous les cœurs. Il tint un synode en février 576, dont les canons supposent une Église pacifiée, où l'on s'occupe de mettre ordre à certains points d'importance secondaire. Synod. orie.nl., p. 110-129, trad., p. 368-389.

Ézéchiel étant mort, après avoir été aveugle pendant les deux dernières années de sa vie, P. O., t. vu, p. 195 [103 J, fut remplacé par Iso'yahb, évêque d'Arzon, en 582. Les évêques hésitaient entre deux noms, ce fut Hormizd IV qui décida, se rappelant avec reconnaissance que l'évêque d'Arzon lui avait donné de précieuses informations sur les mouvements des troupes romaines. Le monarque était d'ailleurs favorable aux chrétiens, ce que les mages lui reprochaient amèrement. Il semble que sous son règne l'Église nestorienne se développa et s'affermit; elle souffrit cependant de plusieurs difficultés intérieures, dont la plus importante fut le différend suscité par Hënânâ l'Adiabénien, directeur de l'École de Nisibe, de 572 à 610. Étant origéniste, il abandonnait dans son enseignement la doctrine de Théodore, et se servait du terme de ©eoroxoç, suspect à Nestorius. Cela donna lieu à divers mouvements parmi les huit cents élèves de l'école, jusqu'au jour où le métropolite Grégoire quitta Nisibe, dont les habitants soutenaient Hënânâ, tandis que trois cents élèves quittaient l'école. Les monastères, citadelles conservatrices, opposèrent une vive résistance aux nouveautés henaniennes; voir les extraits de la vie de Grégoire d'Izala, par exemple, dans Synod. orient., p. 626-629 ; puis des condamnations officielles intervinrent, mais Hënânâ jouissait d'un tel crédit auprès des autorités civiles, qu'elles demeurèrent toujours anonymes, tout à fait indirectes au synode d'Iso'yahb (585), ibid., p. 136-138, trad., p. 398- 400, à peine plus formelles sous Sabriso' , ibid., p. 196- 198, trad., p. 456 sq., 459, et sous Grégoire Ier, ibid., p. 208-210, trad., p. 474-476.

C'est probablement dans le même temps que les diocèses de la Perse méridionale se séparèrent de l'obédience de Séleucie : au synode de 585, malgré l'invitation réitérée du catholicos, on remarqua l'absence du métropolite de Rewardasir, et il apparaît par les lettres d'Iso'yahb HI que les évêques du Fars avaient cessé dès avant l'Islam de recevoir leur consécration des mains du catholicos, cf. infia. Le Synodicon orientale contient pour le pontificat d'Iso'yahb Ier, outre le récit du synode qu'il tint pendant l'été de 585, p. 130-165, trad., p. 390-424, une lettre à Jacques de Dayrin, île du Golfe Persique, lui envoyant vingt décisions ou canons, en réponse à trente-trois questions qu'il avait posées, p. 165- 192, trad., p. 424-451, et un symbole de foi, p. 192- 196, trad., p. 451-455.

Cependant Hormizd IV s'était aliéné l'armée, sur laquelle son général Bahrâm Tchobin, vainqueur des Turcs, avait un ascendant considérable : il fut mis en fuite, tandis que son fils Khosrau II Parvîz était proclamé roi, mais celui-ci eut bientôt à reconquérir lui-même son trône sur l'orgueilleux général, en demandant l'appui de troupes grecques. Il reçut de l'empereur Maurice l'aide dont il avait besoin, épousa une de ses filles, Marie, et se montra bienveillant pour les chrétiens, du moins jusqu'à la mort de Maurice. Vers la fin du pontificat d'Iso'yahb Ier, le roi deHîra, al-Nu'man, se convertit et peu après les jacobites durent abandonner ses États.

La désignation de Sabriso', évêque de Lasom, comme successeur d'Iso'yahb, fut l'œuvre du roi Khosrau, à qui il était apparu dans une vision, un peu avant sa victoire sur le rebelle Bistam. Le choix était excellent, car Sabriso' avait une grande réputation de sainteté, mais il était âgé, si bien que les évêques, d'ailleurs sur l'invitation du roi, durent lui donner un auxiliaire

en la personne de Milas, évêque de Sonna, qui fut plus tard représentant du monarque à Constantinople, où le patriarche ne pouvait aller. Les biographes de Sabriso' racontent un grand nombre de faits mer veilleux; cf. sa vie par un moine nommé Pierre, édit. Bedjan, dans Histoire de Mar-Jabalalia..., Paris et Leipzig, 1895, p. 288-331, et Chronique de Sri il, dans P. O., t. xm, p. 474-504 [154-184]. Son synode, tenu en mai 596, contient peu de prescriptions; le Synodicon orientale, qui en a conservé le compte rendu, p. 196-200, trad., p. 456-461, y joint la transcription de deux actes relatifs aux moines de Bar Qayti, dans la région du Sindjar, qui s'étaient convertis du messalianisme, p. 200-207, trad., p. 461-470.

L'assassinat de l'empereur Maurice, en 602, irrita Khosrau contre les Grecs, et il résolut de leur faire la guerre pour tirer vengeance de la mort de celui qui avait été son bienfaiteur, et mettre sur le trône Théodose, fils de la victime, qui s'était réfugié auprès de lui. Sabriso' lui prédit la victoire, lui recommanda la modération, puis mourut à Nisibe, tandis que le Roi des rois faisait le siège de Dara. Lorsque cette ville fut tombée, après neuf mois de siège, Khosrau étant rentré à Séleucie, les évêques choisirent comme catholicos, Grégoire, ancien évêque de Kaskar, puis métropolite de Nisibe, qui avait quitté cette ville après son différend avec Hënânâ, directeur de l'École des Perses. Une cabale s'étant formée contre lui parmi des chrétiens qui appartenaient à la maison du monarque, ceux-ci parvinrent avec la complicité de Sirin, son épouse chrétienne, à lui substituer un autre Grégoire, natif de Maysan, ancien élève de l'école de Séleucie. Le souverain s'aperçut de la substitution, et d'abord s'en irrita, puis il se rendit; mais on vit bientôt que le nouvel élu manquait à la justice. Khosrau le méprisa et commença à persécuter les chrétiens.

Lorsque Grégoire mourut en 609, ses biens furent confisqués par ordre royal, et il fut interdit de lui donner un successeur. L'Église de Séleucie demeura veuve jusqu'à l'élection d'Iso'yahb II en 628. Les jacobites en profitèrent : Gabriel, médecin du roi, originaire du Sindjar, qui avait été anathématisé par Sabriso' pour bigamie, les favorisait de tout son pouvoir. En outre, de nombreux négociants de Syrie, qui étaient jacobites, entrèrent en Perse à la suite des armées que Khosrau avait envoyées en territoire grec; ils se fixèrent dans diverses villes, jusque dans le Khorassan et le Ségestan. Il y avait dès lors dix sièges épiscopaux pour les jacobites de l'empire persan, dont Takrit devint la métropole, son évêque ayant le titre de mafrien, vicaire pour la Perse du patriarche jacobite d'Antioche. P. O., t.xin, p. 543-5 [223-225].

Souffrant de cette situation, humiliés de ne plus avoir un chef pour leur Église tandis que les jacobite s'organisaient, les évêques nestoriens tentèrent en 612 de modifier la décision du roi. Ils firent venir du monastère de Beit'Abé, au mont Izala, un moine nommé Georges, auparavant Mihramgusnap, dont le père avait occupé dans l'administration une position importante. Grâce aux relations que Georges s'empressa de renouer à la cour, ils furent autorisés à présenter une supplique, mais à condition d'y joindre, comme justification de leur foi, une réponse à trois questions évidemment dictées par le médecin renégat, Gabriel, que le rédacteur du Synodicon orientale qualifie avec amertume de « chef de la faction des ©eoroxo-xtroa », p. 562-580, trad., p. 580-598. Les évêques ne reçurent aucune réponse, et Georges, qui avait offensé Gabriel, ayant été dénoncé comme converti du magisme, mourut crucifié à Séleucie, après une longue détention, le 14 janvier 615. Sa vie a été publiée par Bedjan, Histoire de Mar-Jabalaha..., p. 416-571; traductio. de certains passages dans Synod. rient., p. 625-634

NESTORIENNE (L'EGLISE) SOUS LES SASSANIDES

Après trente-huit ans de règne, Khosrau II fut assassiné; son lils Siroi, qui aurait été chrétien en secret, le remplaça sur le trône. Il s'empressa de faire la paix avec Héraclius et permit aux chrétiens de se choisir un catholicos. P. O., t. xm, p. 551 [231 ]. Ancien élève de l'école de Nisibe, d'où il était sorti par aversion pour l'enseignement de Hënânâ, Iso'yahb était devenu évoque de Balad, bientôt exilé par Khosrau If. Nous ne savons rien sur les circonstances de son élection, pas même si elle fut réalisée avant la mort de Siroi. Les troubles, qui suivirent la mort de celui-ci après six ou huit mois de règne, ne lui laissèrent pas l'opportunité de réunir un synode. L'ambassade auprès d'Héraclius, dont il fut chargé par la reine Bôrân en 629, si elle eut quelque succès diplomatique et lui gagna la faveur des monarques, eut pour conséquence de lui rendre très difficile l'exercice de son pontificat. Il avait remis au basileus une confession de foi rédigée en des termes conciliants, avait été admis à la communion et avait accepté de célébrer les saints mystères avec participation du monarque, sans nommer les trois docteurs, Diodore, Théodore et Nestorius, pourvu qu'on ne l'obligeât point à mentionner Cyrille. Mais plusieurs évcques, et surtout Barsaumâ de Suse, lui reprochèrent amèrement cette tentative de rapprochement -avec les chalcédoniens. P. O., t. xm, p. 561-579 [241-2501.

Bôrân se retira peu après le retour de son ambassadeur, et les années suivantes s'écoulèrent dans une série de compétitions pour la couronne de Perse. Lorsque Yazdegerd III prit le pouvoir en 632, il était trop tard pour galvaniser l'empire et le dresser contre l'Islam, qui l'attaquait à la frontière du désert. En juillet 637, la capitale des Sassanides tombait aux mains des Arabes.

Voir sur l'ensemble de cette période : Chronique de Séert, dans P. O., t. vu, p. 128-201 [36-109 Jet t. xm, p. 437-582 [117-262]; Mari, p. 46-61, trad., p. 40-54; Amr et Sliba, p. 35-54, trad., p. 21-32; Barhébneus, Chronicon ecclesiaslicum, t. m, col. 81-128; une chronique anonyme, composée par un nestorien entre 670 et 680, a été publiée par I. Guidi, Un nuovo ieslo siriaco sulla storia degli ultimi Sassanidi, dans les Actes du huitième congrès international des orientalistes, tenu en 1889 à Stockholm et Christiania, Leyde, 1891-1893; réimprimée par le même avec traduction latine sous le titre de Chronicon anonymum, dans Corpus scriptorum christianorum orienlalium, Scriptores syri, ser. III, t. iv, p. 15-39, trad., p. 13-32; préférer la traduction allemande par Th. Nôldeke, accompagnée de notes excellentes, Die «on Guidi herausgegebene syrische Chronik, dans Sitzungsberichte der k. Akademie der Wissenschaften, phil. hist. Classe, Vienne, 1893, t. cxxvm, IX Abhandlung; J. Labourt, Le christianisme..., p. 154-246; W. A. Wigram, An introduction..., p. 172-264, 299-312. Sur les causes de la décadence de la dynastie sassanide et la situation des chrétiens dans leur empire, très bon exposé de L. Caetani : Cause délia decadenza dell'impero Sassanida et I popoli crisliani sottomessi ai Sassanidi, dans Annali dell' Islam, Milan, 1907, t. n b, p. 861-S82 et 890-912.

6° Le monaclusme en Perse. — On a vu dans les cinq paragraphes précédents les vicissitudes de l'Église officielle sous les monarques sassanides. Après la violente persécution de Sapor IL dirigée surtout contre le clergé, la chrétienté persane passa tout d'un coup, au début du ve siècle à un régime qu'on aurait pu croire concordataire, mais qui fut bientôt un régime d'asservissement. 11 avait été entendu, lors de l'ambassade de Marouta de Maypherqat, que le Roi des rois devenait le protecteur de l'Église en Perse comme l'étaient, dans l'empire romain, les successeurs de Constantin. Mais les circonstances n'étaient pas identiques : les autocrates sassanides avaient une religion officielle, et cette religion n'était pas le christianisme. Leurs prêtres ne toléraient d'ailleurs aucun syncrétisme, proscrivaient de tout

leur pouvoir les autres religions. D'autre part, les basileis, si personnels qu'ils voulussent être, étaient liés par les habitudes juridiques de Rome, tandis que rien ne venait limiter l'autorité du monarque persan, dont les édits étaient immédiatement exécutables. De là cette perpétuelle inquiétude de la chrétienté persane, la mise hors la loi de tout néophyte venu du mazdéisme, l'option souvent offerte aux chefs de l'Église entre des actes que leur conscience réprouvait et la prison, l'exil ou la mort.

On s'étonne que dans de telles conditions, avec un lias clergé marié et un haut clergé en proie à de nombreuses dissensions, le christianisme ait pu faire des progrès. Mais, de même que dans le haut Moyen Age occidental, au milieu des barbares lentement christianisés, les moines surent maintenir l'idéal de sainteté chrétienne, de même en Perse ils furent à la fois les mainteneurs du dogme et de la morale, et les missionnaires convertisseurs.

L'origine de l'institution monastique en Perse est inconnue. Au ive siècle, il y avait à côté des simples fidèles des « fils » et « filles du pacte », bnaï qiijâmâ, dont les « démonstrations » d'Aphraate et les actes des martyrs nous révèlent l'existence. Ils étaient consacrés à Dieu, vivaient dans le célibat, s'adonnaient à la prière, à la lecture, à l'étude, jeûnaient fréquemment; fils et filles du pacte ne devaient pas cohabiter. Il est impossible de déterminer exactement quelle était la place occupée par ces voués dans l'organisa Mon ecclésiastique. La distinction entre clercs et « lils du pacte » n'apparaît pas dans cei tains textes. Le premier écrivain chrétien de Perse, Aphraate ou Jacques, surnommé le Sage persan, était « fils du pacte »; or il semble avoir réuni la dignité épiscopale et les fonctions de chef de monastère. Sa sixième démonstration est une exhortation aux « lils du pacte », édit. Parisot, dans Palrologia sijriaca, part. I, t. i, col. 239-312; cf. p. xxiv, lxv.

Cette institution monastique autochtone, à côté de laquelle existaient des ascètes isolés ou ermites, auxquels la région montagneuse qui borde le plateau iranien fournissait des « déserts » en abondance, ne put guère rester sans subir l'influence de l'ascétisme égyptien, après que Marouta de Maypherqat eut essayé de fonder solidement l'unité de foi et de pratiques, entre les deux Églises grecque et perse. La tradition postérieure place à ce moment l'arrivée dans la région de Nisibe d'un Égyptien, Eugène (Awgin), originaire de Clysma, près de Suez, formé au cénobilisme pakhomien, qui aurait émigré avec soixantedix compagnons. M. Labourt a discuté avec beaucoup d'acribie, Le christianisme..., p. 302-315, les traditions nestoriennes du cycle eugénien et n'en laisse subsister à peu près rien. Il estime que le monastère de Mar Eugène, probablement monophysite avant le vuie siècle, aurait été colonisé par les nestoriens, après une période d'abandon, entre 750 et 800, la légende relative à Mar Eugène comme fondateur du monachisme oriental se développant dès lors pour atteindre son plein développement vers le commencement du xie siècle, époque à laquelle de nombreux monastères revendiquent comme fondateur un disciple immédiat de Mar Eugène.

Le fait que la Chronique de Séert connaît aussi l'histoire d'Eugène et de ses disciples, ne fournit pas d'argument à opposer à ceux de M. Labourt, puisqu'elle appartient au début du xi° siècle. Elle donne naturellement une notice sur Mar Eugène et cite parmi ses compagnons Yonan, Sari, Jean, Ahâ et Sallità, P. O., t. iv, p. 234-236 [24-6]; t. v, p. 250-252 [138150], 259 [147 ]. Elle, relate en outre d'autres fondations distribuées dans la trame du récit, selon l'ordre chronologique. C'est ainsi qu'avant la fin du iv siècle, on

NEST0R1ENNE (L'ÉGLISE) SOUS LES SASSANIDES

y trouve la fondation de Deir Qoni par 'Abdâ, et celle du couvent de Slibâ, puis une notice sur 'Abdiso', disciple de 'Abdâ, qui aurait fondé plusieurs monastères, dont un dans une île voisine de Bahraln, et un autre près de Hirâ, après avoir été sacré par le catholicos Tomarsâ évèque de Deir Mehmaq. P. O., t. v, p. 307-312 [195-200]. Les patriarches Ahai et Yahballâhâ Pr étaient moines de Deir Qoni. Ibid., p. 321 [209] et 324 [212].

La disparition de la partie de la Chronique de Séert qui contenait l'histoire des années 422 à 484, nous prive de renseignements sur les autres fondations qui peuvent avoir eu lieu dans la suite du v siècle; le premier fondateur qui apparaît ensuite est Abraham de Kaskar. La Chronique raconte son ministère à Hirâ, son voyage en Egypte, son séjour à l'école de Nisibe et en tin sa retraite au mont Izalâ. P. O., t. vu, p. 133-135 [41-43]. Son homonyme, Abraham de Netbpar, a sa notice, lui aussi, ibid., p. 172-175 [80-83 ]. Les deux Abraham, qui étaient allés visiter les monastères d'Egypte, sont donnés comme réformateurs : ils i donnèrent une forme nouvelle aux monastères et aux cellules, qui, avant eux, étaient comme ceux de Mar 'Abdâ et de ses semblables. » Ibid., p. 172 [80]. Abraham de Kaskar prescrivit la tonsure et changea le costume des moines pour les distinguer des hérétiques, monophysites ou messaliens, ibid., p. 134 sq. [12 sq. ]; il laissa d'ailleurs une règle écrite, que Job, disciple d'Abraham de Nethpar, traduisit en persan, et dont le texte syriaque a été édité avec traduction latine par J.-B. Chabot, Regulœ monaslicœ sœculo VI ab Abrahamo fundalore et Dadjesu reclore convenlus Sijrorum in monte Izla conditœ, dans Rendiconli délia R. Accademia dei Lincei, classe di scienze morali, sloriche e filologiche, ser. V, t. vu, p. 38-59. Son successeur, Dadiso', y ajouta plusieurs prescriptions. Ibid., p. 77-102. Babaï, qui gouverna ensuite le couvent surnommé le Grand-Monastère, eut une part prépondérante dans la direction des diocèses de la Mésopotamie septentrionale, pendant la longue vacance qui suivit la mort du catholicos Grégoire.

Les fondations qui se multiplient alors sont dues pour la plupart aux disciples des deux Abraham. La Chronique de Séerl ne signale pas moins de trente fondateurs pour la période suivante jusqu'à l'Islam. Plusieurs ont fait le pèlerinage des Lieux saints et d'Egypte, et leurs monastères se trouvent dans les sites les plus divers, à la limite du désert occidental ou dans les vallées retirées de la montagne, mais aussi aux portes des villages et des villes, comme ce monastère fondé grâce à la fille de Nu'mân ibn al-Mundir, Alledja, aux portes de la capitale lahmide. P. O., t. vu, p. 155 [63]. Les mêmes noms sont cités par Iso'denah, édit. J.-B. Chabot, Le livre de la chasteté composé par Jésusdenah, évèque de Baçrah, dans Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École française de Borne, 1896, t. xvi, p. 225-291 et 80 pages de texte syriaque; mais l' Iso'denah que nous connaissons, texte complet ou résumé, n'est pas la source de la Chronique de Séert, dont les notices sont généralement plus longues et contiennent des données chronologiques, à peu près totalement absentes du Li'yre de la chasteté.- Parmi les couvents issus du Grand-Monastère, le plus important fut sans doute celui de Beit 'Abë « la Maison des Pères », dont l'histoire et l'organisation nous sont particulièrement bien connues grâce à la série de notices sur ses supérieurs et moines célèbres, composées par Thomas de Marga, The book of governors, 2 vol., Londres, 1893 (texte syriaque et traduction anglaise). L'éditeur, Sir E. A. Wallis Budge, a brossé, dans son introduction, un excellent tableau du monachisme mésopotamien, t. i, p.,cxvn-c.Lvi.

Il ne servirait à rien d'instituer ici une comparaison entre la règle du monastère d'Abraham ou les usages de Beit 'Abë et la discipline égyptienne : les différences seraient sensibles. Dadiso' impose à ses moines de savoir lire, canon 7, édit. Chabot, p. 82, trad., p. 94; cette exigence est d'autant plus remarquable que les ma/.déens avaient l'habitude d'apprendre par cœur les textes religieux dont ils ignoraient la lecture, témoin le converti IsVsabran, qui refuse d'abord d'étudier les lettres sous prétexte qu'il retiendrait les psaumes après les avoir entendu réciter. Histoire de .Icsusabran écrite par Jésusijab d'Adiabène, édit. avec analyse en français par J.-B. Chabot, dans Nouvelles archives des missions scientifiques et littéraires, 1897, t. vu, p. 525, trad., p. 191.

Un autre trait caractéristique des moines nestoriens, c'est qu'ils sont très mêlés à la vie de leurs compatriotes, ainsi cet Iso'sabran, qui, après avoir vécu en anachorète itinérant, revient pour fonder un couvent auprès de son village, secourt les tidèles dans la persécution et la misère, et ('mit par mourir martyr en 020. Ces moines se sentent charge d'âmes; il est dit de Mar Eugène, après son arrivée en Mésopotamie : « Il comprit qu'il devait parcourir le pays avec ses enfants pour convertir les hommes à la vraie foi. » P. O., t. iv, p. 235 [25]. Ainsi font les moines de Deir Qoni, ainsi encore les fils spirituels d'Abraham, les témoignages abondent dans la Chronique de Séert; c'est bien des monastères que se répand sur la chrétienté persane l'instruction religieuse et la ferveur.

L'école de Nisibe, dont nous avons signalé la fondation et que nous avons reconnue comme la pépinière du haut clergé perse, col. 169, est aussi le centre d'études supérieures d'où la doctrine se répand dans les monastères, suivie de loin par d'autres écoles comme celle de Séleucie. Beaucoup de fondateurs sont passés à Nisibe et l'organisation de l'école y est toute monastique : elle est installée dans un monastère, ses membres sont appelés « frères », les écoliers vivent dans des cellules, participent aux offices monastiques; ils ne peuvent se marier sous peine d'être exclus de la congrégation; cf. J.-B. Chabot, L'école de Nisibe, son histoire, ses statuts, dans Journal asiatique, IXe série, 1896, t. vu, p. 43-93.

Cette organisation du travail intellectuel dans les monastères nestoriens fut la meilleure protection pour la chrétienté persane contre l'infiltration messalienne, dont le foyer d'origine était en territoire monophvsite aux environs d'Édesse; cf. Eucintes, t. v, col. 1454-1465, et Messaliens, t. x, col. 792-795 ; Chronique de Séert, dans P. O., t. v, p. 279 sq. [167 sq. ]. Au début du vi" siècle, les messaliens s'agitaient en Adiabène, Chronique d'Arbèles, édit. Mingana, p. 72, 75, trad., p. 153, 156; vers la fin du même siècle ils étaient surtout groupés au sud de Nisibe à proximité du Sindjar, Chronicon anonijmum, dans Corpus scriplorumchrislianorumorientalium, Scriplores suri, ser. III, t. iv, p. 18, trad., p. 17. Il fallut prendre des mesures contre ces hérétiques : en 576, au synode d'Ézéchiel, Synod. orient., p. 115 sq., trad., p. 374 sq. ; en 585, sous Iso'yahb, ibid., p. 144 sq., trad., p. 106 sq. Babaï le Grand leur fit une guerre énergique. Cf. Thomas de Marga, édit. Budge, p. 51-53, trad., p. 91-95.

Il y a de nombreuses monographies monastiques, dont plusieurs ont été éditées; cf. R. Duval, La littérature syriaque, p. 142-153, vies des saints et des ascètes, p. 205- 214, histoires particulières, p. 222-231, analyse d'Iso'denah. L'ouvrage de Thomas de Marga sur le couvent de Beit 'Abe a été réédité par P. Bedjan, Liber superiorum, seu bisloria monasliea, Leipzig et Paris, 1901, p. 1-430. Le livre d'Iso'denah se trouve réimprimé dans le mime volume, sous le titre Hisloria fundatorum monasieriorum in regno Persarum et Arabum, p. 437-517. Sir E. A. Wallis Budge a publié trois textes sur Hormizd, le fondateur du célèbre

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) SOUS LES ARABES

monastère dans la montagne d'Alkoche et Bar 'Edta, avec traduction anglaise, The historiés 0/ Rabban Hormizd the Persian and Rabban Bar-' Idta, dans Luzac's Semitic text and translation séries, Londres, 1902, t. ix-xi; cf. A. Baumstark, Die Biographie des Rabban Bar-'Itta, eine Quellenschrift zur altérai nestorianischen Kirchengeschiehle, dans Rômische Quartalschrift, 1901, t. xv, p. 115-123; I. Guidi, Gli statuti délia Scuola di Nisibi, dans Giornale délia Socielà asiatica italiana, 1892, t. iv, p. 165-195; sur les messaliens, cf. M. Kmosko, Res Messalianorum apud neslorianos geslœ, dans l'introduction à l'édition du Liber graduum, Patrologia syriaca, part. I, t. ni, p. cxxx-cxxxv. Sur le monachisme et l'école de Nisibe, Labourt, Le christianisme..., p. 28-31, 288-301, 302-324.

IV. L'Église nestorienne sous la domination arabe. — Lorsque les Villes Royales tombèrent, dans l'été de 637, aux mains des musulmans, les chrétiens de Perse avaient déjà pu faire connaissance avec ces vainqueurs, qui occupaient Hirâ depuis 633. Les sujets des Lehmides, chrétiens ou païens, étaient de race et de langue arabe : lorsqu'ils furent attaqués par les troupes de al-Mutannâ ibn Harîta, dont une partie seulement était islamisée, ils ne pouvaient s'imaginer que l'incursion dont ils étaient les témoins était le prélude d'un bouleversement radical de la situation religieuse en Orient. Dans l'intention des assaillants, pense le duc de Sermoneta, Annali dell' Islam, t. 11 b, p. 915, il s'agissait seulement d'une razzia. Hirâ, s'étant rendue, fut soumise à un tribut global sans capitation.

Pour les chrétiens de Mésopotamie, toujours exposés à l'arbitraire des fonctionnaires mazdéens et soumis à une exigeante fiscalité, ces conquérants de la principauté voisine faisaient ligure de libérateurs. Les Sassanides avaient redouté que les chrétiens de leur empire fussent les comparses et les espions des Byzantins; voici qu'ils allaient se faire, tacitement peut-être, mais spontanément, les auxiliaires des Arabes. La Chronique de Séert raconte que le catholicos, dès l'année 632, avait envoyé au Prophète, pour obtenir sa bienveillance envers les chrétiens, une ambassade dirigée par Gabriel, évêque de May San; elle ajoute que Yazdegerd s'en étant irrité, le catholicos expliqua son attitude : il sut ménager habilement les affaires de sa « nation » pendant le changement des empires. P. O., t. xni, p. 618-620 [298-300].

A Hirâ cependant, les chrétiens ne furent l'objet d'aucun traitement de faveur : la Chronique de. Séert se plaint de ce que les Arabes, avant de partir à la conquête de l'empire perse, logèrent dans les églises et les couvents, en les profanant horriblement. Ibid. p. 527 [307]. Nous ne saurions dire s'il en fut ain;i, pendant l'invasion des territoires soumis aux Sassanides : c'est une tactique assez naturelle aux conquérants, lorsqu'ils s'emparent d'une contrée divisée par des différences ethniques ou religieuses, de s'appuyer sur un parti pour réduire l'autre plus facilement. Le divide et impera fut appliqué par les Arabes, et ils tentèrent constamment, au cours de leurs premières conquêtes en pays païens, d'attirer à eux les « tenants du livre », chrétiens et Juifs. Ils se trouvaient d'ailleurs en Mésopotamie dans des conditions particulièrement favorables : les chrétiens étaient en majorité araméens, donc sémites comme eux, tandis que les mazdéens étaient plutôt des iraniens, différents par la langue et tous les caractères ethniques. Pendant plusieurs années, les Arabes ne dépassèrent pas les limites de la contrée où dominait l'élément araméen; ils s'y arrêtèrent volontiers avant de monter à l'assaut du plateau persan. Annali dell' Islam, t. 11 b, p. 912; t. m, 1910, p. 715, 767 sq.: t. v, 1912, p. 4-6.

Omar ne désirait pas développer les conquêtes des fidèles du Prophète en dehors de l'Arabie : à ses yeux la religion de Mahomet n'était pas destinée à devenir

celle du monde entier, il suffisait qu'elle fut celle des Arabes. Encore n'avait-il pas imposé aux chrétiens de Nedjràn de se convertir, il s'était contenté de les transférer en 'Iraq, leur donnant une lettre de garantie, et leur faisant attribuer des territoires en compensation de ceux qu'ils avaient abandonnés. Annali.... t. iv, 1911, p. 358 sq. Lorsque les musulmans combattaient contre les troupes régulières des Sassanides, en 636-638, certains éléments des tribus chrétiennes nomades guerroyèrent à leur côté et eurent leur part du butin. Cette collaboration ne pouvait manquer d'inlluer sur leur attitude vis-à-vis de l'Islam. La création d'un centre militaire à Koufa, l'arrivée parmi eux des premiers groupes d'émigrants, durent accélérer la compénétration et l'assimilation. Les populations chrétiennes, sédentaires et nomades, qui étaient assez nombreuses sur la rive dioite, alors bien cultivée, de l'Euphrate, semblent avoir été absorbées en quelques dizaines d'années, si l'on excepte les habitants de Hirâ et du faubourg que les Nedjiânites y occupaient. Seuls quelques couvents subsistèrent un peu plus longtemps, derniers vestiges du christianisme en cette région. Annali..., t. m, p. 758.

Mais le mouvement déclenché en Arabie par la prédication de Mahomet n'était pas de ceux que les hommes gouvernent à leur gré. Les populations qui se bousculaient, étroitement cantonnées dans la partie fertile de l'Arabie Heureuse, et celles que leur faiblesse avaient réduites jusque-là aux maigres pâturages du Xedjd, en voyant s'ouvrir devant elles des territoires nouveaux, avaient commencé de s'ébranler avec leurs troupeaux. Reprenant la vieille route des migrations, suivie déjà par les contribules d'Abraham, elles se portèrent en foule vers l'Euphrate, non plus pour une razzia, mais avec le dessein de s'installer définitivement. Cette deuxième phase de l'invasion eut lieu sous Othmân : les éléments qui arrivèrent alors en Mésopotamie étaient plus turbulents que les premiers, le nombre excessif des émigrés créa des difficultés économiques, il y eut des désillusions, du mécontentement et par conséquent des abus. Annali..., t. vu, 1914, p. 26-28. Iso'yahb II, qui faisait une visite des diocèses pour y affermir l'autorité des évêques, fut accusé de faire une collecte. Les autorités le sommèrent de livrer l'argent qu'il avait recueilli, et sur son refus on l'incarcéra. Barhébneus, Chronicon ecclesiasticum, t. m, col. 131. A Nisibe, lorsque le métropolite Cyriaque mourut, l'émir de la ville fit enlever tous les objets de valeur qui se trouvaient dans la cellule du prélat et dans le trésor de l'église, Chrcnicon anonymum, dans Corpus scriplorum christianorum orientalium, Scriptores syri, ser. III, t. iv, p. 31. trad., p. 26, trad. Nôldeke, p. 34. Toutefois, les faits de ce genre sont des exceptions : les non-musulmans constituaient la matière imposable, les bonnes administrations ne tuent pas la poule aux œufs d'or. Aussi se gardait-on bien de provoquer des conversions intempestives : pourvu que chacun payât l'impôt, on le laissait libre de pratiquer sa religion. Annali..., t. vu, p. 248.

Mais cette liberté religieuse, que l'on constate de toute évidence dans les premiers temps de l'Islam, fut-elle garantie par quelque acte officiel de la nouvelle autorité? Les annalistes chrétiens l'ont prétendu : la Clironique de Séert contient une longue charte accordée par Mahomet lui-même aux chrétiens de Nedjrân et aux autres chrétiens de toute secte. Pour mieux authentiquer son texte, le chroniqueur a soin d'en retracer l'origine : « Cette copie a été faite sur un registre qui fut retrouvé en 265 (878-879 de notre ère) à Rirmantha chez Habib le moine. Selon le témoignage de celui-ci, la copie venait de la bibliothèque de philosophie, dont il avait été le conservateur avant

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de devenir moine; le pacte était écrit sur une peau de bœuf qui avait jauni, et portait le sceau de Mohammad, que la paix soit sur lui. » P. O., t. xm, p. 601 [281 ]; cf. Barhébneus, Chronicon ecclesiaslicum, t. ni, col. 115-118. C'est trop beau pour être authentique, et ainsi en est-il du traité accordé aux chrétiens de Syrie. Annali..., t. m, p. 958. On peut même douter des lettres écrites par Omar ou Othmân en faveur des chrétiens de Nedjrân, bien qu'elles soient plus vraisemblables et permettraient d'expliquer comment on a osé forger des documents plus généraux et plus favorables aux chrétiens. Annali..., t. iv, p. 318; t. vu, p. 178 sq., 257. Iso'yahb II aurait reçu d'Omar pour les chrétiens une garantie écrite, « que l'on conserve jusqu'à ce jour », dit Mari, édit. Gismondi, p. 62, trad., p. 55; cf. Chronique de Séert, qui donne le texte de l'éciit, P. O., t. xm, p. 620-623 [300-303].

La vie intérieure de l'Eglise nestorienne paraît pendant cette période avoir été normale : Mâr'emmeh, successeur d' Iso'yahb II, fut élu sans difficultés. On disait cependant qu'une certaine pression avait été exercée en sa faveur par un chef militaire arabe, dont il avait ravitaillé les troupes dans la région de Mossoul. Les nouveaux maîtres toutefois ne relevèrent pas la tradition sassanide de l'immixtion du pouvoir civil dans les affaires ecclésiastiques. 'Alï, dit Mari, lui avait remis pour lui-même et pour ses ouailles un sauf-conduit, l'autorisant à reqvérir l'aide des autorités musulmanes, p. 62, trad., p. 55. Mais la Chronique de Séert dit expressément qu'il mourut sous le * califat d'Othmân. P. O., t. xm, p. 630 [310 ].

Iso'yahb III lui succéda, régulièrement élu à Séleucie-Ctésiphon. Il avait été élève de l'école de Nisibe, évêque de Ninive, puis métropolite d'Arbèles. Comme évêque, il avait accompagné Iso'yahb II dans son ambassade auprès d'Héraclius; mais plus heureux que lui il n'était pas devenu suspect de complaisance pour les Grecs. Il avait d'ailleurs donné des preuves évidentes de son orthodoxie dans la lutte qu'il avait engagée contre Sahdonâ, son compagnon d'alors, qui était devenu chalcédonien et s'efforçait de gagner ses compatriotes à sa nouvelle conviction, Iëô'yahb III liber epistularum, édit. Rubens Duval, dans Corpus scriptorum chrislianorum orientalium, Scriplores suri, ser. IF, t. lxiv, Paris, 1905, p. 198,202- 214, trad., p. 144, 147-155; cf. H. Goussen, Martyrius- Sahdona's Leben und Werke..., ein Beitrag zur Geschichte des Katholizismus unter den Nestorianern, Leipzig, 1897.

A cette époque, le christianisme disparut presque entièrement sur la côte occidentale du Golfe Persique, dans l'Oman, Bahraynet ses îles, et toute cette partie du littoral arabe qui s'étend en remontant jusqu'à l'embouchure de l'Euphrate, et qu'on appelait en syriaque le Beit Qatarâyë. Comme les lettres d' Iso'yahb III ne sont pas datées, il est impossible de déterminer l'année précise des événements dont il parle, mais lorsqu'en 650 il devint catholicos, l'apostasie des chrétiens de l'Oman ou Mazûnâyë était déjà un fait accompli. Ils n'avaient pas eu besoin d'être contraints par les musulmans, ils avaient renié leur foi pour sauver la moitié de leur fortune. Liber epistularum, p. 248, 251, trad., p. 179 sq., 182. Le mal s'étendait dans le Beit Qatarâyë, dont les évêques avaient envoyé spontanément une formule d'adhésion aux autorités musulmanes. Iso'yahb s'efforce de sauver cette partie de son troupeau, convoque les évêques prévaricateurs, puis, après qu'ils ont été condamnés en synode par contumace, leur écrit avec charité, bien qu'ils aient porté leurs professions de foi musulmane signées et scellées devant les tribunaux, se fermant eux-mêmes toute possibilité de résipiscence. Ibid., p. 260-262, trad., p. 188 sq. Du moins

fallait-il essayer de retenir les fidèles. Iso'yahb réussit à enrayer le mouvement en s'appuyant sur les moines, qu'il n'hésite pas à dégager de l'obéissance envers les évêques. Ibid., p. 262-283, trad., p. 189 201.

Le Fars aussi, sur la côte orientale du Golfe Persique, était vacillant : Iso'yahb écrit à Siméon, métropolite de Rewardasir, le suppliant de ne pas persister dans ces idées séparatistes qui travaillaient depuis le schisme de Narsaï et Elisée la chrétienté de Peiside. Deux métropolites et plus de vingt évêques, des deux côtés du golfe, ont négligé de venir trouver le catholicos pour recevoir de sa main la plénitude du sacerdoce. Comment pourraient-ils résister efficacement à l'ennemi, s'ils ne s'appuient pas sur celui qui est poulies pays d'Orient le successeur de Pierre? Le catholicos écrit, envoie comme visiteurs les évêques d'Hormizdardasir et de Suster. Ibid., p. 247-260, trad., p. 179-188. La chrétienté de Perside ne disparut pas toutefois, on a pu suivre ses traces jusqu'au début du xie siècle, mais il est certain qu'elle fut dès lors très réduite. E. Sachau, Vom Chrislentum in Persis, dans Sitzungsberichte der k. preuss. Akad. der Wissen., 1916, p. 973-976.

Ces régions mises à part, il semble que le christianisme ait plutôt prospéré, les mazdéens n'ayant plus rien à redouter des autorités civiles s'ils venaient à se faire baptiser. Iso'yahb plaisante ces mages, fonctionnaires q'un empire détruit, qui s'agitent contre une Église bien vivante. Liber epistularum, p. 287, trad., p. 171. Ailleurs, il déclare que les musulmans, « non seulement n'attaquent pas la religion chrétienne, mais recommandent notre foi, honorent les prêtres et les saints du Seigneur, sont les bienfaiteurs des églises et des monastères », p. 251, trad., p. 123. La situation devait être favorable surtout dans la Mésopotamie septentrionale, qui, dès 646, était passée sous le gouvernement de Mu'awiyyah et jouissait d'une bonne administration, car c'est généralement l'anarchie administrative qui a provoqué chez les Arabes les crises de fanatisme anti-chrétien, i

On peut dire que, dans l'ensemble du territoire de l'ancien empire perse, la situation des chrétiens fut dès lors ce qu'elle est restée jusqu'à nos jours en Turquie et en Perse : tolérés comme des citoyens d'une espèce inférieure, soumis par moments à des vexations plutôt qu'à de véritables persécutions, les nestoriens ont été les victimes d'un effritement perpétuel. Tant qu'il y eut des adorateurs du feu, il y eut encore des conversions, mais à partir des dernières années du vmc siècle en Mésopotamie et dans la partie occidentale de l'Iran, un peu plus tard pies de la Caspienne et vers l'Est, les chrétientés ne se sont maintenues que par le jeu des naissances. On n'a guère d'exemples d'apostasies en masse, mais, lassés par les vexations, plus accablantes à certaines époques ou dans tels cantons, tentés par des situations pécuniairement plus avantageuses, alléchés par la perspective d'un mariage avec une musulmane, nombreux au cours des siècles sont ceux qui abandonneront leurs croyances. Mais beaucoup plus nombreux, surtout dans les rudes régions de l'Adiabène, du Kurdistan, de l'Azerbeidjan, ceux qui accepteront de rester dans leurs humbles villages, exposés aux rapines et aux attaques sanglantes des Kurdes, par exemple Thomas de Marga, op. cit., p. 294, 320, trad., p. 524, 563, opprimés par les riches Arabes, qui se sont taillés de fructueux domaines, souvent par le vol et le massacre, par ex. ibid., p. 239-244, 314, trad., p. 450-457, 555, véritables martyrs de la foi chrétienne, puisqu'il suffirait pour échapper au danger de se déclarer musulman.

La vie des chrétientés nestoriennes devrait être décrite par canton, tant elle dépend de l'arbitraire de

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autorités locales, s'il s'agissait d'en établir l'histoire. Au Beit-Qatarâyê, avant la disparition définitive du christianisme qui eut lieu probablement au début du vme siècle, lors des campagnes dirigées contre l'Oman par al-Hadjadj ibn Yûsuf, on trouve en 676 un essai de réorganisation tenté par le catliolicos Georges I", qui s'y porte de sa personne, y tient un synode avec le métropolite, les évêques de Dayrin, Tirhan, Mazonâyë, Hagar, Haltâ, et reste longtemps sur place, Synod. orient., p. 215-226, trad., p. 480-490; Thomas de Marga, op. cit., p. 95, trad., p. 219.

Sous Hënâniso' II, l'Église nestorienne souffrit à nouveau d'un schisme : Barhébrseus, en bon jacobite, donne, comme raison des malheurs qui l'atteignirent alors, une maladresse que le catholicos aurait commise en saluant le calife 'Abd al-Malik ibn Marwân. Chronicon ecclesiasticum, f. ni, col. 135. Quoi qu'il en soit, le- métropolite de Nisibe, Jean le Lépreux, réussit à supplanter Hënâniso', mais pour devenir la victime, 22 mois plus tard, de la dureté d'al-Hadjâdj. Celui-ci, qui terrorisa l'Iraq, la Perse, et d'une façon générale fous les pays de récente conquête qui étaient dans la dépendance des deux centres militaires de Koufa et Bassorah, empêcha Hënâniso' de rentrer dans le territoire de son gouvernement. Le catholicos, qui vécut jusqu'en 699, ne put donc plus administrer que les diocèses du Nord, Nisibe, Mossoul et le Beit Garmaï. Séleucie resta vingt ans sans pontife, et chacun y faisait à sa guise, dit Mari, p. 64 sq., trad., p. 57. Sous al-Hadjâdj, les chrétientés de la Mésopotamie méridionale perdirent beaucoup : les Nedjrânites, qui étaient arrivés 40 000 à Hirâ, n'étaient plus que 5 000 à l'avènement d'Omar II ibn 'Abd al- 'Aziz (717). J. Périer, Vie d'al-Hadjâdj ibn Yousof d'après les sources arabes, dans Bibliothèque de l'École des Hautes-Études, fasc. 151, Paris, 1904, p. 266.

Sans cloute, tous les gouverneurs n'étaient pas comme al-Hadjâdj : le catholicos Peihion (731-740) profil a des bonnes dispositions de Khâlid ibn 'Abdallah al-Qasri, dont la mère était une byzantine. Son successeur, Abâ II, grâce à son habileté, gagna la faveur de Yûsuf ibn Omar, qui s'était d'abord déclaré ennemi des chrétiens; il résida un certain temps à Koufa. Mari, p. 66, trad., p. 58 sq.

Mais voici que le centre du monde musulman, après s'être transporté de Médine à Damas, allait se fixer pour plusieurs siècles en Mésopotamie : le gouvernement, de strictement arabe qu'il avait été depuis le début de. la conquête, allait subir d'autres influences; il allait s'iraniser, comme l'ont bien reconnu les historiens arabes, par l'emploi du mot isti'djâm, du mot 'Adjam « Perse ». C'était un événement favorable pour l'Église nestorienne; il vaut mieux, dit-on communément, avoir affaire à Dieu qu'à ses saints : les nestoriens, qui avaient souffert de plusieurs gouverneurs de l'Iraq, profitèrent du voisinage des califes abbassides. Pourtant l'avantage n'apparut pas immédiatement : al-Mansour trouva le frône patriarcal de Séleucie soumis à la compétition. Sourin s'était fait consacrer grâce à la connivence d'un gouverneur chèrement acheté, et en faisant violence au métropolite conséerateur; il poursuivait l'élu, Jacques, ancien métropolite de Beit-Lapat. Circonvenu par les partisans de Sourin, le calife fit emprisonner Jacques, le relâcha, puis ordonna d'emprisonner les deux compétiteurs, si bien que, sur dix-sept ans de pontificat, Jacques en passa sept en prison. Mari, p. 09, trad., p. (il. Mais le développement de l'administrai ion exigea bientôt que l'on eût recours aux chrétiens, plus culiivés et plus instruits que les fils du désert. Tous les médecins, aslronomcs, philosophes à la cour d'al-Mantsour ou de Haroun al-Rasid sont des chrétiens. Ct'ux-ci peuvent beaucoup pour leur commu-

nauté. Si celle-ci est divisée, les coups de l'autorite pleuvront sur le parti vaincu : les fonctionnaires musulmans concevront du mépris pour les chrétiens, il y aura de nombreuses apostasies. Mari, p. 68, trad., p. 60. Si, au contraire, les chefs de l'Église sont des hommes de valeur, l'influence des chrétiens sera grande.

Ainsi en fut-il sous le pontificat de Timothée Ier (780-823), qui se prolongea plus de quarante ans sous les puissants califes que furent al-Mahdi, Haroun al- Rasid. Al-Ma'moun, voir art. Timothée Ier, patriarche nestorien. Les débuts pourtant furent difficiles et remplis de compétitions : Timothée avait été élu, grâce à de fallacieuses promesses et avec l'appui d'un chrétien influent, Abu Nûh d'Anbar, secrétaire du gouverneur de Mossoul. Thomas de Marga, op. cit., p. 196 sq... trad., p. 382 sq.; J. Labourt,De Timotheo 1 Nestorianorum palriarcha (728-823) et Christianorum orientalium condicione sub chalifis abbasidis, Paris, 1904, p. 6-13. L'affaire alla au calife; le nouveau calholicos était instruit, habile, lenace, il finit par s'imposer en excommuniant les réfractaires, gagnant grâce à ses agenls à la cour, les médecins Jean et Gabriel Bokliso', une situation de plus en plus ferme. Il ne put cependant empêcher certains caprices des califes, tel celui de Haroun, qui, à la suite d'une infâme calomnie débitée sur les chrétiens par son favori, Hamdoun, fit raser plusieurs églises.

L'état de la chrélienfé nestorienne, vers la fin du vme siècle et le premier quart du ixc, est assez bien connue grâce à l'ouvrage souvent cité de Thomas, évèque de Marga, et aux lettres de Timolhée, dont quarante environ ont été publiées. O. Braun, Timothei Patriarchœ I epislulœ, dans Corpus scriptorum christianorum orientalium, Scriplores suri, ser. II, t. lxvii Après avoir joui sous les Sassanides, sauf une courte période, d'une situation privilégiée par rapport à celle des jacobites, les nestoriens se trouvaient, depuis l'invasion arabe, lutter à armes égales. Ce n'est plus le temps des coups de force; on négocie. En 767, l'évêque de Tirhan est autorisé à bâtir une petite église adossée au mur de Takrit, la citadelle jacobite sur le Tigre, mais après qu'il a réussi à persuader à son collègue de Nisibe de reslituer aux jacobites la grande église de Saint-Domèce qui avait été leur. Barhébneus, Chronicon ecclesiasticum, t. m, col. 155. Il y a des jacobites à Hérat, Timolhée ne songe pas à leur imposer : il se préoccupe seulement de trouver pour ce siège un évêque énergique et instruit. Epistulœ. p. 141 sq., trad., p. 96.

L'unité politique produite par l'Islam dans l'Asie antérieure provoque une recrudescence de relations avec l'Occident : un des moines dont Thomas de Marga raconte le plus longuement la vie, Rabban Cyprien, avant d'entrer au monastère, fait le pèlerinage des Lieux saints et de l'Egypte. Op. cit., p. 333-338, trad., p. 582-591. Il y a un métropolite nestorien à Damas, des évêques à Jérusalem et Alep. Timothée ordonne un évêque pour Sana'a, au Yémen. Labouit, op. cit., p. 40. D'un autre côté, le catholicos pousse l'évangélisation sur les bords de la Caspienne et dans la Transoxiane, toujours au moyen des moines, Thomas de Marga, op cit., p. 260, trad., p. 479 (voir ci-dessous), tandis que le christianisme s'affermit dans les régions incomplètement converties auparavant de Ray et de Holwân. Epistulœ, p. 131, trad., p. 88.

En même temps, Timothée s'efforce d'améliorer son clergé : il favorise de tout son pouvoir les écoles, dont beaucoup oui été fondées à cette époque. Thomas de Marga, op. cit., p. 143 sq., trad., p. 296 sq. Sa sollicitude est particulièrement vive pour l'école de Beit-Lapat, qu'il soutient pécuniairement, et pour

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) SOUS LES ARABES

laquelle il multiplie les recommandations au métropolite, son ami Serge. Epistulœ, p. 132, trad., p. 89. Il est lui-même savant , ayant étudié le grec à l'école d'Abraham : il fait chercher partout les manuscrits intéressants, et manifeste un intérêt particulier pour les traductions du grec; ses lettres, surtout celles à Serge, sont pleines de ses demandes et de ses remerciements. Les monastères continuent d'ailleurs à être des ofTicincs où l'on copie et relie des livres, non seulement pour l'usage des moines, mais pour la vente. Thomas de Marga, op. cit., p. 100, 117, 264 sq., trad., p. 226 sq., 252, 487.

Timothée choisit ses évêques avec le plus grand soin, sans peut-être toujours se conformer aux usages, qui voudraient d'abord une élection, par exemple lorsqu'il consacre Iso'yahb métropolite d'Adiabène au début de son pontificat. Ibid., p. 197, trad., p. 383. Mais ces infractions aux règles ordinaires sont justifiées par les difficultés qui se présentent si l'on n'agit pas d'autorité. Timothée voulait nommer Iso' bar Nûn au siège très important de Nisibe : pour obtenir l'agrément du calife, il s'est servi de son intermédiaire habituel Gabriel Boktiso', mais celui-ci en a parlé devant témoins. Et voici que les habitants de Nisibe ont promis de l'argent à un des familiers du souverain, s'il fait avorter le projet du catholicos; ils menacent de se faire jacobites, si celui-ci s'obstine à maintenir son choix. Epistulœ, p. 133 sq., trad., p. 89 sq. Une autre nomination, qui fut une source de nombreux déplaisirs pour le catholicos, montre la difficulté de la situation. Il s'agissait du siège de Sarbaziyah, en Gédrosie, dans une région où les prélats élaient distants de Séleucie et de longtemps peu disposés à l'obéissance. Timothée avait consacré le nouveau métropolite dans le plus grand secret,- seul à seul; il lui avait imposé de parlir de suite et de ne rien dire à personne de son élévation, jusqu'à son arrivée dans son nouveau diocèse. Il fallait agir ainsi, confie le catholicos à son ami Serge, à cause de la cruauté des habitants du Fars. Mais voici que le vaniteux élu a fait connaître sa nouvelle dignité, avant même d'avoir quitté la capitale. Bien plus, il a voulu s'assurer des moyens d'existence, a quêté un peu partout avant départir, puis s'est arrêté dans le même but à Bassorah et Huballat. Après quoi, il trouva que l'épiscopat était lourd et voulut réintégrer son monastère; il fallut que Timothée le frappât d'interdit s'il quittait le diocèse dont il lui avait confié la charge. Epistulœ, p. 107-109, trad., p. 70 sq. Il est souvent question des nominations d'évêques, surtout dans les lettres à Serge : on voit que Timothée les considérait comme la première fonction du catholicos.

Timothée eut pour successeur cet Iso' bar Nûn, qu'il avait voulu placer sur le siège de Nisibe, et qui, on ne sait pourquoi, avait écrit des libelles, tandis qu'il vivait dans son monastère, pour dénigrer le catholicos. A peine consacré, il raya le nom de Timothée des dyptiques, mais fut obligé de le rétablir devant la protestation universelle. Comment pourrait-il maltraiter celui qui lui avait personnellement donné le diaconat, et de qui tous ses électeurs avaient reçu les saints ordres, sans que cela rejaillît sur luimême? Mari, p. 75 sq., trad., p. 67.

Les deux catholicos suivants furent encore élus sans trop de troubles, choisis, semble-t-il. plus par l'influence des membres de la famille Boktiso', médecins du souverain, que par l'unanimité des suffrages. A partir d'Abraham de Marga (837), on peut dire que, pendant deux siècles, il n'y eut pas une élection qui ne fut sujette à compétitions et à marchandages. Il arriva même que, faute de pouvoir se mettre d'accord, on recourut au tirage au sort. Mari, p. 113,

DICT. DE THÉOL. CATH

trad., p. 100. Ce sont les chrétiens influents à la cour, médecins ou scribes, qui commandent; les métropolites et les é\êques n'ont qu'une ressource, si le choix se fait contre leur volonté, c'est de s'enfuir ou de se cacher pour que le quantum ne soit pas atteint. Ce n'est d'ailleurs qu'une manœuvre d'obstruction, laquelle ne peut être définitive; comme on ne peut procéder à la consécration sans un firman, le dernier mot appartient toujours à ceux qui ont l'oreille du souverain.

Le catholicos est d'ailleurs devenu un fonctionnaire, du fait que son autorité sur les chrétiens est reconnue par le gouvernement. Il ne s'agit pas d'une simple autorité religieuse s'étendant seulement aux nestoriens, le catholicos a barre aussi sur les melkiles et les jacobites dans leurs différends avec des nestoriens, au moins depuis le règne d'al-Mutawakkil. Mari, p. 165, trad., p. 110. On trouve dans ce chroniqueur, p. 133-137 et 147-150, trad., p. 116 et 126 sq. les édits rendus en faveur d'Abdiso' II (1065) et Makkikâ I" (1092), et M. A. Mingana a publié avec traduction anglaise celui d'Abdiso III (1138), A charter of protection granled to the nestorian Church in A. D. 1138, by Muktafi II, caliph of Baghdad, dans Bulletin of the John Rylands library, 1926, t. x, p. 126-133.

Voici en quels termes l'autorité y est conférée au catholicos : « La charte du suprême imamat de l'Islam (puissent ses ordres être toujours couronnés de succès) t'est conférée afin que tu sois le catholicos des chrétiens nestoriens qui habitent la « Cité de la Paix » (Bagdad) et toutes les contrées de l'Islam; tu es qualifié pour agir comme leur chef et aussi comme le chef des Grecs, jacobites ou melkites, représentés ici ou non, qui pourraient s'opposer à eux en une contrée quelconque. Tu es le seul de tes coreligionnaires qui soit autorisé à porter les insignes connus du catholicosat dans vos églises et vos lieux de réunion... Si quelqu'un... entre en litige avec toi ou te résiste, se révolte contre tes ordres, refuse d'accepter tes décisions ou trouble la paix, il sera poursuivi et puni pour sa conduite jusqu'à ce qu'il se resaisisse et renonce à son obstination, afin que les aulres soient détournés d'une semblable conduite, et que les dispositions de vos canons soient préservées dans leur intégrité. » Le calife promet ensuite la protection des chréliens, personnes et biens, moyennant le paiement d'une juste capitation et demande les prières du catholicos, et l'obéissance de tous. Comme on le voit, la situation n'est pas très différente de ce qu'elle était sous les Sassanides, avec les persécutions générales en moins.

Dans ces conditions, il était naturel que le catholicos habitât au siège du gouvernement. Déjà Timothée Ier avait abandonné Séleucie pour Bagdad. Lorsque les califes auront construit leur ville royale de Samarra, les catholicos les y suivront. Théodose en est chassé par al-Mutawakkil, et les églises de Samarra furent détruites lorsque ce prince, circon venu par les partisans d'Ibrahim ibn Nûh, se brouilla avec Boktiso', qui avait été le grand électeur de Théodose. Mais c'est un orage passager : quelques mois plus tard, ayant été bien reçu par le métropolite nestorien de Damas, le calife songe à déposer Théodose pour nommer catholicos à sa place le métropolite Serge. Son entourage lui fait comprendre que les catholicos ne sont pas des fonctionnaires ad nutum ; Théodose mort, Serge lui succède et rentre à Samarra. Les catholicos ne vont plus à leur ancien titre de Séleucie-Ctésiphon (pour les Arabes al- Madâ'in), qu'au jour de leur consécration. Ils n'y séjournent guère et rentrent à Bagdad, en faisant une courte halte au monastère de Deir Qoni, près du tombeau de l'apôtre Mari.

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) DANS L1NDE

Les troubles qui avaient accompagné les élections des catliolicos pendant la longue léthargie du califat abbasside, sous les amir-al umara bouyides ou chiites, disparurent à peu près à partir de l'entrée de Toghrulbeg à Bagdad en 1055. Les troupes de celui-ci. composées de sunnites convaincus, avaient pillé l'église principale et la résidence du catliolicos, mais les chrétiens profilèrent de l'ordre qui suivit cette intervention d'une main énergique.

A part deux périodes, pendant lesquelles les chrétiens sont contraints de porter à leurs vêtements des marques distinctives, ce qui provoque de nombreuses apostasies, Mari, p. 114, 144, trad., p. 101, 123, il semble qu'au total l'Église nestorienne ait coulé des jours tranquilles sous la dynastie abbasside. Sa hiérarchie restait nombreuse : en 31 ans de pontificat. Sahriso' V avail ordonné 75 métropolites ou évêques. Brusquement le 20 février 1258, Houlagou mit fin à cette situai ion. Mais tandis qu'il faisait mettre à mort le calife al-Musta'sim et une grande partie de la population musulmane, le terrible conquérant donnait une des demeures du calife, sur les bords du Tigre, au catliolicos Makkikâ II, qui y fondait aussitôt 1' i Église nouvelle ». Amr et Slibâ, édit. Gismondi, p. 120, trad., p. 60.

Sur l'ensemble de cette période : Mari, p. 62-109, trad., p. 55-134; Amr et Sliba, p. 55-121; trad., p. 32-90; J. Labourt, De Timolheo I ... et christianonim orientalinm eondicione sub chalifis abbasidis, Paris, 1904, p. 1-49; suites pactes de garantie donnés par les souverains musulmans, L. Cheikho, Les édiis de Mahomet et des ealifes orthodoxes en faveur des chrétiens (en arabe), dans al-Masriq, 1909, t. xn, p. 609-618, 674-682; sur Timothée I", O. Braun, Der Kalliolikos Timotheos I. und seine Briefe, dans Oriens christianus, 1901, t. i, p. 138-152; Zwei Synoden des Katholikos Timotheos I., ibid., t. m, p. 283-311 ; notice dans al-Ma.sriq (en arabe), 1923, t. xxi, p. 442; sur Sahdona : H. Goussen, Martijrins-Salidona's Leben und Werke, ein Beilrag zur Geschichle des Kathelizismus unler den Neslorianern, Leipzig, 1897. Beaucoup de détails à prendre sur la première partie de la période dans Thomas de Marga.

V. Les établissements nestoriens dans l'Inde- — 7 On a fait allusion ci-dessus, col. 161, à propos de la légende de saint Thomar, apôtre de la Perse et de l'Inde, aux relations politiques de ces deux pays sous les Part lies arsacides. Quelque difficile que soit la navigation dans le Golfe Persique, le trafic y a toujours été considérable, le long de l'une et de l'autre côte. Lorsqu'on arrive dans la mer libre, au delà du détroit d'Hormuz, l'alternance saisonnière des moussons permet de naviguer facilement et rapidement jusqu'à l'extrémité sud de l'Inde et à Ceylan. Dès avant l'ère chrétienne, il y avait un fort courant d'échanges par mer, entre Babylone et l'Extrême- Orient — produits énumérés par l'auteur du Périple de la mer Erythrée, voir notes de W. H. Sehoff, The Periplus of the Èrythrgean Sea, New-York, 1912, p. 150-288. Les Perses avaient maintenu la tradition commerciale des Babyloniens, reprise à partir du ix' siècle par les navigateurs arabes. G. Ferrand, Relations de voyages et textes géographiques arabes, persans et turks relatifs ù l'Extrême-Orient du viw au ai///' siècles, Paris, 1913, t. i, p. 2 sq.

Cette route commerciale devint, dès qu'il y eut des chrétiens en Perse, une voie d'évangélisation. La foi progressa d'abord, parmi les populations iraniennes à l'Est, sémites à l'Ouest, sur les deux côtes opposées du Golfe Persique. Si l'on en croyait la Chronique d'Arbèles, dans A. Mingana, Sources syriaques, l. i, p. 30, trad., p. 106 sq., il y aurait eu un évèque. dès 225, non seulement à Perat d'Maysan, près de l'embouchure de l'Euphrale, mais encore dans le Beil Qatarâyê, sur le littoral arabe au nord de

Bahrayn. Nous avons dit, col. 162, les raisons qu'il y a de suspecter ce témoignage. Vers 390, un monastère fut fondé dans une des îles du groupe de Bahrayn par un moine de Deir Qoni, originaire de Maysan. Chronique de Séert, dans P. O., t. v, p. 311 [199]. L'évêque des Iles, celles du groupe de Bahrayn tout au moins, est mentionné dans la liste du synode d'Isaac en 410, Synod, orient:, p. 34, trad., p. 273, et il y avait alors compétition pour le siège de Masmaliig, qui est au delà de Bahrayn. Ibid., p. 34, 36. trad., p. 273-275. Dans le même temps, le Fars était évangélisé : il avait déjà un évèque en 410, probablement à Bewardasir, qui fut élevée à la dignité de métropole, peut-être par Yahballâhâ Ier (415-420), comme le prétend Ébedjésus, Collectio canonum, tr. VIII, c. xv, dans A. Mai, Scriptorum veterum nova collectio. Borne, 1838, t. x «. p. 304, trad., p. 141, en tout cas avant 486, Synod. orient., p. 53, trad., p. 300.

A quelle date y eut-il aux Indes des chrétientés originaires de Perse? La réponse à celle question est rendue très difficile par le fait que le mot « Indes » a servi pour désigner des pays très différents : Arabie, Ethiopie. Hindoustan. C'est ainsi que David, le contemporain de Pâpâ, qui abandonna son siège de Peral d'Maysan pour aller aux Indes, où il opéra de nombreuses conversions, peut n'être allé que sur la côte méridionale de l'Arabie. Chronique de Séert, dans P. O., t. iv, ]). 230 [26]. M. Mingana a bien mis en évidence l'imprécision du lerme et le danger d'illusion qui en résulte, The early spread of chrislianity in India, dans Bulletin of Ihe John Rylands library, 1926, t. x. p. 443-446. C'est ainsi qu'il ramène sur la côte d'Oman, p. 450-454, un monastère, qui aurait été édifié à la fin du iv« siècle en l'honneur de saint Thomas par le moine Jonas, dont la vie a été publiée par P. Bedjan, Acla martyrum et sanclorum, t. i, p. 466-525 (Bibl. hag. orient., n. 527. 528). Mais la date que M. Mingana attribue à cette vie est probablement trop ancienne, car Jonas appartient au cycle de Mar Eugène, voir ci-dessus, col. 184.

Le premier texte détaillé et certain reste celui de Cosmas Indicopleustes, qui, dans sa Topographia chrisliana, enregistre des constatations faites sur place entre 520 et 525. P. G., t. lxxxviii, col. 169, 445: E. O. Winsledt, The Christian topography of Cosmas Indicopleustes ediled with geographical notes, Cambridge, 1909, p. 119, 321 sq., notes p. 344, 346, 352. Cosmas signale une chrétienté dans l'île de Socotra ou de Dioscuride, dont les habitants, dit-il, descendent des colons introduits par Plolémée et parlent grec; étant passé en vue de l'île sans y descendre, il a obtenu ses informations de quelques habitants avec lesquels il a voyagé. Or, ceux-ci lui ont dit qu'il y a dans l'île une multitude de chrétiens, dont le clergé va recevoir l'ordination en Perse. Il serait étrange que ces descendants des colons de Ptolémée ne s'adressent lias à Alexandrie, si l'île n'était devenue une possession perse, où Khosrau, d'après les géographes arabes al-Hamdânî et Yâqût, avait déporté certaines populations des pays conquis sur Byzance. J. Tkatsch. s. v. Sokotra, dans Encyclopédie de l'Islam*. livraison i, Leyde, 1927, p. 499. Comme dans le Beit Qatarâyê et l'Oman, il y a donc eu une véritable évangélisalion de la population bigarrée de l'île, Grecs, Aiabes, Hindous, etc. Socolra resta longtemps chrétienne, elle reçut un évèque de Sabriso' III (1064-1072), Mari, p. 125, trad., p. 110, et les géographes arabes la donnent encore comme chrétienne au xivc siècle. De même Marco Polo : « Et sachiés que celz de cest ysle sunt cristienz bateçés et ont arcevesque... Geste areevesque ne a que fer con le apostoille de Borne : mes vos di qu'el est sotpost a un arcevesque que demeure a Baudac (Bagdad). E cestui arcevesque de

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) DANS L'INDE

1 lis

Baudac mande ccstc arcevesque de ceste ysle; et encore mande en plosors parties dou monde aussi coin l'ait l'apostoille de Home. E tui cesli clereges et prêtais ne sunt obeisant a le yglise de Home, mes sunt tuit obeisanl a celz granl prelais de Uaudac, qu'il ont por leur pape. » II milione, édit. L. Foscolo Benedello. dans Comitato geografico nationale italiano, publicazione, n. 3, Florence, 1928, p. 203-205. Au xvii1' siècle, Socotra avait encore des chrétiens. .1. Tkatsch, op. cit., p. 502

I.a chrétienté de Ceylan paraît d'une autre nature. ('.usinas parle de Taprobane aux deux endroits cités plus haut : dans le premier il dit seulement qu'il s'y trouve une église, fidèles et clercs, mais au second il précise que c'est une église de résidents perses, avec un prêtre ordonné en Perse, un diacre et du bas clergé. Les indigènes et les rois, ajoute-t-il, sonl d'une aulre religion. 11 n'y avait donc pas à Ceylan un centre missionnaire, mais seulement un comptoir de négociants perses, établi naturellement au point où affluaient les marchandises de la Chine et de l'Insulinde. avec leur paroisse, telles aujourd'hui les colonies melkite, maronite ou syrienne dans un port comme Marseille. Cosmas ne sait pas s'il y a des chrétientés au delà de Ceylan, mais il y en a d'autres à Malë et à Quilon (KaXXtàva), où se trouve un évêque. lui aussi ordonné en Perse. Le site exact de Malë n'est pas identifié, mais c'est le centre du commerce du poivre, donc sur la côte du Malabar, ainsi que Quilon. E. O. Winstedt, op. cil., p. 354.

Les autres textes habituellement cités témoignent de l'existence de chrétientés aux Indes, mais ne contiennent pas de précisions sur le nombre, l'emplacement, l'organisation de ces colonies. Ma'nâ, dont l'activité littéraire se déploya pendant le dernier quart du ve siècle, envoyait ses traductions de Diodore, aux pays maritimes (Bahrayn) et aux Indes, Chronique de Séerl, dans P. O., t. vu, p. 117 [25], tandis que le catholicos Sabriso' I" donnait à Marouta, le futur mafricn de Takrit, des parfums et des présents qui lui venaient de l'Inde et de la Chine, offerts sans doute par des marchands chrétiens qui y étaient installés. P. O., t. xm, p. 497 [177]. Les allusions contenues dans la correspondance d'Iso'yahb III se réfèrent au séparatisme des métropolites de Rewardasir, qui par leur attitude détournaient du catholicos les évêques de l'Inde. Isoy'ahb dit que le christianisme s'est étendu non seulement jusqu'à l'Inde, mais jusqu'à Qalah, ou Qillah, sans doute la Kalah des géographes arabes, au détroit de Malacca, M. Streck, s. v. dans Encyclopédie de l'Islam, t. n, p. 710-712, nonobstant la répugnance de M. Mingana, op. cit., p. 465; cf. Iso'yahb III liber epistularum, édit. H. Duval, dans Corpus scriptorum christianorum orientalium, scriplores syri, ser. II, t. lxiv, p. 252. trad., p. 182.

Timothée déclare que, si longtemps que deux époux aient été séparés par l'absence de l'un d'eux, ils ne peuvent contracter un nouveau mariage sans s'être assurés de la mort du premier conjoint, ce qui est toujours possible, même si l'absent était aux Indes ou en Chine, par la voie ecclésiastique, catholicos, métropolites, évêques; par où l'on voit que les colonies perses devaient avoir un liber status animarum bie-n tenu: question xxxi, dans J. Labourt, De Timotheo I, p. (53 sq. Timothée luttait lui aussi contre le séparatisme du Fars, qui entraînait le schisme de l'Inde, mais, dit Barhébraeus, les évêques récalcitrants lui répondaient : « Nous sommes les disciples de l'apôtre Thomas, nous n'avons pas affaire avec le siège de Mari. Chronicon ecclesiasticum, t. m, p. 171. Comme on l'a remarqué depuis longtemps, c'est la première allusion à cette expression « chrétiens de saint Tho-

mas », qui deviendra d'usage fréquent dans les siècles suivants.

L'Inde elle-même fournit peu de renseignements sur la fondation et l'histoire ancienne de ses chrétientés. Les monuments cependant apportent un précieux témoignage : deux croix identiques, l'une trouvée en 1547 à Meilapore, sur la côte de Coronumdel, près de Madras, au lieu où l'on vénère le tombeau de saint Thomas, l'autre conservée dans une ancienne église de Kottayam, au Travancore, portent toutes deux une même inscription pehlvie, dont le caractère permet de les attribuer au vr ou auvir siècle. L'inscription ne contient aucune donnée historique; voici comment elle est interprétée par A. C. Bumell, Some Pahlavi inscriptions in south India, dans The indian antiquary, t. ni, 1874, p. 308-316, cité par G. M. Rae, The syrian Church in India, Edimbourg et Londres, 1892, p. 120 : « Par la croix, en châtiment, a souffert l'Unique, qui est le véritable Christ, Dieu supérieur et guide toujours pur. » LTne troisième croix, qui se trouve à Kottayam, dans la même église que la deuxième, porte le deuxième stique de ladite inscription pehlvie, précédé de Gai., vi, 14, en syriaque, écrit dans un caractère estranghelo du xe siècle : « Puissè-je ne me glorifier que dans la croix de Notre- Seigneur Jésus-Christ, qui est le véritable Messie, Dieu supérieur et Esprit-Saint. » Voir sur la saveur peu orthodoxe de ces inscriptions et le symbolisme de la dernière, G. M. Rae, op. cit., p. 124 sq.

La croix de Meilapore est le seul témoignage que nous ayons d'une chrétienté ancienne sur la côte du Coromandel, elle est si semblable à celle de Kottayam qu'on aurait pu être tenté de poser une question d'authenticité, si deux autres croix n'avaient été trouvées en 1921 et 1925, à Katalanam, dans le Travancore, et à Muttuchira, A. Mingana, op. cit., p. 506; rien d'ailleurs ne s'oppose à ce qu'il y ait eu de bonne heure une colonie de négociants perses chrétiens à Meilapore, car c'était un centre commercial important. .1. Dahlmann, Die Thomas -Légende..., Fribourg-en-Brisgau, 1912, 107. Erganzungshejt zu den Slimmen ans Maria-Laach, p. 170 sq. G. M. Rae pense que, si la communauté du Malabar a vécu, tandis que celle de la côte orientale a disparu, cela tient à ce qu'elle a obtenu des souverains locaux un statut politique. On connaît, en effet, deux documents ou sasanam relatifs aux privilèges concédés aux chrétiens, par les rois Vira Raghava Chakravarti et Sthanu Ravi Gupta, analogues à ceux concédés aux Juifs vers l'année 700 par le roi Bhaskara Ravi Varma. La première de ces chartes, écrite sur une plaque de cuivre en caractères tamil anciens et grantha, serait de 774 d'après A. C. Burnell, tandis que la seconde formée de six plaques serait de 824 environ, écrite partie en tamil, partie en pehlvi et arabe coufique. avec quatre signatures hébraïques. Il apparaît par ces documents que les chrétiens de Cranganore furent élevés alors, dans la hiérarchie de groupements analogues aux castes, que les dominateurs de l'époque essayaient de former parmi les populations d'origine dravidienne refoulées au sud de l'Hindoustan. La concession de privilèges politiques aux chrétiens et aux Juifs fut faite pendant une période d'invasion, en vue d'un resserrement des habitants pour la défense du pays contre une armée étrangère. G. M. Rae. op. cit., p. 155-165. LTn fort groupe d'émigrants était arrivé de Perse sous la conduite d'un marchand nommé Thomas (Knaye Thomas = Thomas le Cananéen ou le marchand) quelques années avant la charte de 774, peut-être par analogie à la migration des Parsis qui avait eu lieu une cinquantaine d'années plus tôt. D. J. Karaka, History of the Parsis, t. i , Londres, 188-4, p. 26-35, de qui dépend D. Menant, Les

NESTORIENNE (L'EGLISE) EN CHINE

Parsis, dans Annales du musée Guimet, Bibliothèque d'éludés, t. vu, Paris, 1898, p. 10-15. De même, la charte de 824 fut précédée de l'arrivée de deux évêques nestoriens, Mar Sabriso' (on a lu longtemps Mar Sapor) et Mar Peroz, qui se seraient établis près de Quilon. A. Mingana, op. cit., p. 508.

Il est certain d'autre part que les Persans installés au Malabar convertirent une partie de la population indigène : bien que le syriaque ait toujours été leur langue liturgique, les chrétiens du Malabar n'ont aucun caractère sémitique, l'analyse ethnologique montre que ce sont de purs dravidiens. G. M. Rae, op. cil., p. 166 sq. Le centre des chrétientés du Malabar semble avoir été d'abord Cranganore, où les Juifs aussi étaient nombreux; de là le christianisme s'est répandu principalement dans l'état de Cochin et le nord du Travancore. L'histoire de ces communautés jusqu'à l'arrivée des Portugais dans l'Inde, les allusions de quelques voyageurs européens mises à part, nous échappe complètement.

VI. L'expansion nestorienne vers l'Asie centrale et la Chine. — 1° La chrétienté de Si-ngan-jou sous les T'ang. — De la Perse à la Chine il y a deux routes, celle de mer et celle de terre; chacune a ses difficultés, car, d'une part les tempêtes de l'Océan Indien sont terribles, de l'autre les caravanes sur les hauts plateaux du Turkestan sont infiniment lentes, monotones et pénibles. Mais lorsqu'un intérêt commercial est en jeu, il n'est pas d'efforts que l'homme ne fasse : tôt ou tard, il arrive à vaincre la nature et passe. Le seul obstacle au commerce, c'est l'homme; la seule véritable entrave aux échanges, c'est l'insécurité, qui résulte de la guerre ou du brigandage. Ainsi, il se trouve qu'en Extrême-Orient la vie du christianisme n'a pas été soumise seulement aux vicissitudes de- la politique intérieure, comme il arrive partout, elle a été conditionnée plus encore par les événements qui ont déterminé le choix des itinéraires, ou ont rendu le voyage d'Occident à la Chine momentanément impossible.

Lorsqu'Iso'yahb III (650-7) écrivait que le christianisme avait dépassé la limite de l'Inde au delà de Kalah, il s'était déjà implanté, grâce à un homme venu de la mer, dans la capitale des T'ang, et l'empereur régnant, Kao Tsoung, allait donner ordre qu'un monastère chrétien fût construit dans chacune des préfectures de l'empire du Milieu.

Au début de 1625, peut-être quelques mois plus tôt, fut découverte par hasard dans les environs de Singan-fou une stèle couverte d'une longue inscription chinoise, complétée par quelques mots et une longue liste de noms en syriaque estranghelô. Les missionnaires jésuites au Chen-si, avertis par leurs disciples du caractère chrétien de cette stèle, sur laquelle se voyait une croix, s'en procurèrent immédiatement des estampages, allèrent l'examiner personnellement, en publièrent le texte à l'usage des indigènes, en expédièrent en Europe traductions et reproductions. Ce fut pour les historiens un événement considérable que cette révélation d'une chrétienté en Chine aux vu5 et vin» siècles. Le P. Havret a réuni, dans une exposition un peu diffuse, ce que les relations de ses confrères du XVIIe siècle contiennent de détails sur la trouvaille de la stèle et l'accueil fait en Europe à cette découverte, La stèle chrétienne de Si-ngan-fou, part. II, dans Variétés sinologiques, n. 12, Chang-Haï, 1897, p. 31-105. Athanase Kircher, dans son désir de donner plus d'importance à l'étude de la langue copte, consacra quarante pages de son Prodromus coplus sive œgyptiacus, Rome, 1636, à la nouvelle inscription, remplissant ainsi un chapitre intitulé: De colonis Ecclesiœ Copto-Aithiopicse in alias parles mundi Iraduclis, p. 46-85. Il revint sur le sujet dans sa China

monum^ntis... illustrala, Amsterdam, 1667, donnant cette fois une reproduction totale des inscriptions chinoise et syriaque, sous le titre Eclypon verum et genuinum celeberrimi istius monumenli Sinico-Syriaci quod in regno Sinarum, prope urbem Sigan/u, ma g no chrisliamv religionis (ructu et emolumento anno 1625 deteclum fuil (en face de la p. 12). Mais le magno christianœ religionis fructu et emolumento de Kircher inquiéta les incroyants : on mit en doute l'authenticité de la stèle. Voltaire, bien entendu, se divertit fort dans la quatrième des Lettres chinoises et indiennes, Œuvres complètes, Paris. 1784, t. xlvii, p. 205-211 : « Sur l'ancien christianisme qui n'a pas manqué de fleurir à la Chine. » Polémique partiale, dont les arguments font sourire, remplie d'erreurs et d'anachronismes; elle n'en dura pas moins jusqu'au milieu du dernier siècle ; cf. C. Pauthier, De la réalité et de l'authenticité de l'inscription nestorienne de Si-nganfou, relative à l'introduction de la religion chrétienne en Chine dès le VIP siècle de notre ère, Paris, 1857, extrait des Annales de philosophie chrétienne, sér. IV, t. xv, 1857, p. 43-60, 258-280, 450-465; t. xvi. 1857, p. 127- 153, 267-285. Les découvertes archéologiques des trente dernières années et l'étude des textes chinois ont donné au « monument chinois », autrefois isolé, un encadrement tel, qu'il n'y a plus lieu aujourd'hui de s'arrêter aux arguments de cette discussion.

La stèle de Si-ngan-fou, érigée en 781 dans l'enceinte du monastère fondé en 638 par ordre de l'empereur T'ai Tsoung au faubourg occidental de sa capitale, n'est pas une inscription funéraire, mais le monument commémoratif d'une réunion annuelle, tenue en 779 aux frais d'un notable chrétien, Yi-sseu, autrement Yazd-bôzêd. P. Pelliot, Chrétiens d'Asie Centrale et d'Extrême-Orient, dans T'oung Pao (Archives pour servir à l'étude... de l'Asie orientale ), 1914, t. xv, p. 624 sq. Le monument, en calcaire oolithique gris, mesurant 2 m. 36 de hauteur, 0 m. 86 de largeur et 0 m. 25 d'épaisseur, a été transporté en 1907 au Peilin ou « forêt des stèles » de Si-ngan-fou, après que M. F. V. Holm en eut fait exécuter sur place une réplique, en pierre analogue. Cette copie, après avoir été exposée comme objet prêté au Metropolitan Muséum of art de New- York, fut offerte en 1916 au pape Benoît XV, et se trouve aujourd'hui au Musée du Latran. F. V. Holm, The nestorian monument, Chicago, 1909, reproduit, avec additions, du journal The open court, janvier 1909. Son arrivée en Occident a donné un regain d'actualité à l'étude de la stèle, et a fourni l'occasion de diverses études, dont la meilleure est celle du pasteur japonais, P. Y. Saeki, The nestorian monument in China, Londres, 1916. Mais on n'oubliera pas que la réplique a été faite près de trois cents ans après que la pierre a été exposée à toutes les intempéries, elle ne rend pas inutile l'examen des estampages du xvne siècle, dont nous nous contenterons de signaler ceux qui sont conservés à la bibliothèque Vaticane sous les cotes Barberini Or. 151, 2 c. d., Borgia chinois 528 (provient de Montucci, qui le tenait de Klaproth), Raccolta générale, Oriente, III, 245 (aucun des trois n'ayant les faces latérales).

Au sommet de la stèle est sculptée une perle, tenue par deux dragons, formant un ensemble, où M. Saeki voit un symbole bouddhique, p. 12. Au-dessous, un cartouche, qui contient neuf grands caractères formant titre, est surmonté d'un fronton triangulaire, où se voit, finement dessinée au trait une croix érigée au-dessus d'un nuage, flanqué lui-même de deux fleurs de lotus. Le nuage étant le symbole du taoïsme ou de l'islamisme et les fleurs de lotus celui du bouddhisme, il semble qu'on ait voulu réunir en une les trois religions étrangères à la Chine, P. Y Saeki, op. cit., p. 14, en donnant toutefois indiscutablement

NESTORIENNE (L'EGLISE) EN CHINE

la prééminence à la religion chrétienne. Le texte a été composé par le prêtre Klng-Tslng, autrement Adam, qui est l'auteur d'une hymne baptismale à la Trinité retrouvée à Touen-Houang par M. Pelliot, et qui aurait traduit un certain nombre d'ouvrages chrétiens, dont les titres, au nombre de 35, sont enregistrés à la suite de l'hymne, P. Pelliot, Une bibliothèque médiévale au Kan-Sou, dans Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient, 1908, t. vin, p. 518-519; tract, anglaise par Saeki, op. cit., p. 66-70, reproduction du texte chinois de l'hymne, p. 272. Nous savons par ailleurs que ce même prêtre, d'origine persane, collabora après 782 à la traduction d'un texte bouddhique, du ouïgour en chinois, à la demande d'un bouddhiste indien, nommé Prajna. J. Takakusu, The name o\ o Messiah » fonnd in a buddhisi book. (lie neslorian missionary Adam, presbyter, papas oj China, translating a buddhisi sùtra, dans T'oung Bao, 1896, t. vu, p. 589 sq., reproduit par Saeki, p. 71-74, texte chinois, p. 289. Ce que nous savons sur Adam-King Tsing s'accorde donc parfaitement avec le symbolisme des représentations signalées.

La teneur de l'inscription se divise en cinq parties : 1° exposé doctrinal; 2" historique de la chrétienté de Chine, vu de la capitale, de 635 à 781 ; 3° éloge de Yi-sseu; 4° éloge poétique des empereurs cités dans la partie historique; 5° acte d'érection de la stèle. L'exposé doctrinal vaut d'être reproduit dans son entier, car il montre ce que des chrétiens habitant la Chine, dans un temps où plusieurs religions s'y coudoyaient, osaient écrire sur une pierre accessible à tous, et aussi ce qu'ils croyaient devoir omettre ou exprimer dans un langage voilé. Nous nous servirons de la traduction française du P. Havret, telle qu'elle se trouve, complétée, dans F. Nau, L'expansion ncslorienne en Asie, dans Annales du Musée Guimet, Bibliothèque de vulgarisation, t. xl, Paris, 1914, p. 347-383, de la traduction anglaise de Saeki, op. cit., p. 162-180, en tenant compte de ses notes explicatives, p. 181- 256, et des variantes à la traduction proposées par L. Giles, Noies on the nestorian monument at Sianfu, dans Bulletin o) Ihe school of Oriental studies, London Institution, t. i, part. 1, 1917, p. 93-96; part. II, 1918, p. 16-29; part, fil, 1920, p. 39-49; part. IV, p. 15-26,

Monument (commémorant) la propagation dans l'Empire du Milieu de l'illustre religion de Ta Ts'in.

Éloge (gravé) sur le monument (commémorant) la propagation de l'Illustre religion dans l'Empire du Milieu, avec préface, composé par King Tsing, prêtre du monastère de Ta Ts'in (en syriaque), Adam, prêtre et chorévêque, pafsi de Chine.

En vérité, Celui qui est pur et paisible, qui étant sans principe est l'origine des origines, incompréhensible et invisible, toujours mystérieusement existant jusqu'à toute fin, qui contrôlant l'axe caché de l'univers, a créé et développé toutes choses, donnant mystérieusement l'existence à de nombreux sages, étant le premier digne d'hommages n'est-ce pas notre Dieu (Allaha), Trinité une, substance mystérieuse, inengendré et vrai Seigneur?

Séparant en forme de croix, pour les déterminer, les quatre quartiers de l'univers, il mit en mouvement l'éther primordial et produisit le double principe. Les ténèbres et le vide furent transformés : le ciel et la terre apparurent. Le soleil et la lune tournèrent : les jours et les nuits commencèrent. Ayant projeté et accompli toutes choses, il façonna et dressa le premier homme, lui donna l'intégrité et l'harmonie, puis lui conféra la domination sur l'immensité des créatures. La nature originelle de l'homme était pure, humble et sans enflure; son esprit était libre d'aprétits et de concupiscence. Mais Satan se nia habilement des espérances de bonheur supérieures à celles de l'état de justice, et il introduisit une obscurité semblable à celle de son propre état de péché.

En conséquence, trois cent-soixante-cinq formes d'erreur se suivirent pressées et tracèrent leur sillon, tis-

sant à l'cnvi les filets de leurs fausses doctrines pour enserrer les innocents. L'une, désignant la matière comme premier principe de l'univers, l'autre supprimant la réalité de l'Être, et abolissant la dualité de nature; d'autres appelaient le bonheur par des prières et des sacrifices; d'autres enfin faisaient parade de vertu et méprisaient leurs semblables. Les pensées de la sagesse (humaine) tombèrent dans une navrante confusion; les intentions (des hommes) et leurs affections furent dans un mouvement incessant; mais leur travail était vain. L'ardeur de leurs soucis devint une flamme dévorante; aveuglés, ils augmentaient encore leurs ténèbres; égarés de leur voie, ils se perdaient et reculaient leur retour vers le droit chemin. Cependant la seconde personne de la Trinité, le Messie (Mi-chi-ho = Mêlha), qui est le brillant Seigneur de l'univers, voilant son authentique majesté, apparut sur terre comme homme. Les anges proclamèrent la bonne nouvelle : une vierge enfanta le Saint dans Ta Ts'in. Une étoile brillante annonça l'événement béni : la Perse, voyant cet éclat, vint faire hommage de ses présents. Accomplissant la Loi ancienne, qu'avait écrite les vingt-quatre sages, Il enseigna comment gouverner royaumes et familles suivant son grand plan. Fondant la nouvelle religion, ineffable, du Saint-Esprit, autre personne de la Trinité, Il donna à l'homme la capacité de bien faire par la vraie foi. Instituant la règle des huit préceptes, Il dégagea le monde de la sensualité et le rendit pur. Ouvrant largement les portes des trois vertus, Il introduisit la vie et supprima la mort. Suspendant un soleil lumineux, Il éclaira la demeure de ténèbres; ainsi toutes les ruses du démon furent déjouées. Conduisant à la rame la barque de la miséricorde, Il transporta ses occupants dans le séjour de la lumière; ainsi les âmes des défunts furent amenées au salut. Ayant ainsi accompli l'oeuvre de la Toute-puissance, Il retourna en plein midi au pays de la pureté. Il laissait les vingt-sept livres de son Écriture; les grands moyens de transformation étaient largement étendus et la porte scellée de la vie bienheureuse était ouverte.

Il a ordonné le baptême dans l'eau et l'Esprit, qui dégage des vaines pompes (du monde) et purifie jusqu'à récupération d'une parfaite blancheur. (Ses ministres) portent la croix comme un sceau, qui répand Son influence dans les quatre régions du monde et réunit tout sans distinction. Frappant le bois, ils proclament les joyeuses paroles d'amour et de charité. Ils se tournent vers l'Est, pour leurs cérémonies, ils courent dans les voies de la vie et de la gloiie. Ils laissent croître la barbe pour montrer qu'ils ont des actions extérieures, mais il se rasent le sommet de la tète, pour se rappeler à eux-mêmes qu'ils n'ont point de désirs égoïstes. Ils n'ont pas d'esclaves, hommes ou femmes, mais ils tiennent tous les hommes, nobles et communs, en égale estime. Ils n'amassent ni trésors ni richesses, mais donnent en leurs personnes un exemple de pauvreté et de renoncement. Leur pureté de coeur est obtenue parla retraite et la méditation, leur ascétisme est fortifié, par le silence et la vigilance. Ils se réunissent sept fois par jour pour adorer et louer, ils offrent leurs prières pour les vivants et les morts. Une fois chaque sept jours ils ont un sacrifice non-sanglant. Ils purifient leurs cœurs, retrouvent la pureté. Cette Voie pure et immuable est mystérieuse, difficile à dénommer, mais ses mérites éclatent si brillamment dans sa pratique, que nous sommes contraints de la nommer l'Illustre religion.

Le P. YVieger a sévèrement jugé cet exposé : « L'inscription que cette stèle nous a conservée, parle du Dieu UJn et Trine en des termes très obscurs. L'énoncé de l'Incarnation est dogmatiquement et linguistiquement défectueux. La divinité du Fils de la Vierge n'est pas énoncée. Le dogme de la Rédemption est escamoté. Pas un mot de la Passion. « Après avoir expliqué les trois vertus, inauguré la vie et éteint la mort, en plein midi le Saint (c'est-à-dire Jésus) monta Immortel. » Voilà tout. C'est peu. Et, des termes employés pour exprimer ce peu, plusieurs sont taoïstes, et durent être mal compris j,ar les lecteurs. » Hibloiie des croyances religieuses et des opinions philosophiques en Chine depuis l'origine jusqu'à nos jours, Sienshien, 1917, p. 531. C'est là du persiflage. Le texte qu'on vient de lire ne provient pas d'un catéchisme, mais d'une inscription exposée aux yeux de tous.

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) EN CHINE

M. Saeki a fait un relevé minutieux des expressions bouddhistes et taoïstes contenus dans la stèle, il y a reconnu également une citation d'un ouvrage chinois, op. cit., p. 187; cela prouve que le prêtre persan, Adam, s'était fort bien adapté au milieu où il vivait. On ne s'y prend pas de la même façon pour convertir des barbares, qui n'ont pas d'alphabet, et des peuples de vieille civilisation comme les Aryens de l'Inde et les Chinois; aux premiers on impose ses termes, on cherche d'abord à comprendre les expressions et les habitudes des derniers. Le clergé nestorien des Indes n'a converti que les représentants d'une race refoulée et déchue; en Chine, les moines qui vivaient dans la capitale ont suivi la tactique que suivra le P. de Nobili : ils sont entrés largement, trop largement peut être, dans la voie de l'adaptation et du syncrétisme. Le P. Wieger reconnaît d'ailleurs un peu plus loin, p. 543 sq., que la connaissance de la Trinité était parvenue aux taoïstes avec une précision assez remarquable, dans les mêmes années et par le moyen desdits nestoriens : c'était donc bien, à leur hérésie près, le vrai christianisme que ceux-ci prêchaient.

L'inscription donne ensuite les principales phases de l'extension chrétienne dans la Chine des T'ang : « T'ai Tsoung, l'empereur accompli, inaugurait avec gloire et splendeur son règne magnifique (627-649)... et voici qu'un homme de grande vertu, nommé O-lo-pen, du royaume de Ta Ts'in, consultant les signes du ciel bleu, décida d'apporter les Livres véritables; observant le cours des vents, il fit son chemin à travers difficultés et périls. » Le récit continue de son arrivée dans la neuvième année du roi (635) à Tehangnan, qui est Si-ngan-fou, de la réception officielle qui lui fut faite, puis de la traduction des livres avant toute prédication, enfin de l'approbation donnée deux ou trois ans plus tara par le monarque. La stèle donne ensuite le texte d'un édit en faveur de la religion chrétienne, pierre d'achoppement pour les ennemis de l'authenticité, qui en est devenu un confirmatur. depuis que le même texte a été retrouvé dans un livre chinois, le T'ang Hui-yao, composé en 982 (voir cependant l'observation de Saeki sur ce que le livre a été révisé profondément au xvine siècle et pourrait avoir été retouché d'après l'inscription, op. cit., y. 211). A la suite de ce rescrit un monastère fut construit dans la capitale, où vingt et un moines devaient être maintenus aux frais ae la couronne.

L'empereur suivant, Kao Tsoung (650-083). développe les concessions faites, en donnant l'ordre de bâtir une église chrétienne dans chaque arrondissement (tchcoa), et en conférant à O-lo-pen le titre de gardien et chef de la Grande doctrine pour tout l'empire. L'auteur de l'inscription déclare qu'en fait la religion chrétienne se développa dans les dix provinces : des monastères fuient construits dans plusieurs villes et beaucoup de familles jouirent des bienfaits de la religion. Développement trop rapide peutêtre, où les néophytes ne purent recevoir une suffisante formation chrétienne, danger pour la période troublée qui allait suivre; car en 699 au Honan, et en 713, près de Si-ngan-fou, les chrétiens eurent maille à partir avec les bouddhistes. « Mais arrivèrent alors le métropolite Abraham (Lo-han), l'évêque Cyriaque (Ki-lie) et d'autres, en même temps que. des hommes nobles ae la région de l'or (Bactriane ou Tokharestan), avec des prêtres éminents, qui avaient dédaigné les intérêts matériels. Ils coopérèrent tous dans la restauration des grands principes fondamentaux, et s'unirent pour relier les liens brisés. » 11 y eut peut-être plusieurs arrivées différentes : Ki-lie, que M. Saeki a proposé de lire Cyriaque, parvint en Chine en octobre 732, comme membre d'une ambassade venue de Perse, citée par plusieurs textes chinois, op. cit., p. 225 sq.

L'empereur Hiouen Tsoung (712-754) montra vis-àvis des chrétiens une particulière bienveillance et restaura la situation ébranlée. Sous son règne on signale encore l'arrivée d'un nouveau missionnaire nommé Chi-ho (744), en qui M. Saeki reconnaîtrait un évèque Georges (Giwargis), p. 230.

11 semble cependant que la situation du christianisme ne s'était pas rétablie partout, car Sou Tsoung (756-762) reconstruisit les monastères de Ling-wou et de quatre autres endroits. Tai Tsoung (762-779) continue aux moines la plus grande faveur, étant également bienveillant d'ailleurs pour les musulmans, les bouddhistes, les manichéens. Il envoyait de l'encens aux moines au jour anniversaire de sa naissance et leur faisait porter des mets de sa table. Saeki, op. cit., p. 232-234. Cet auteur suggère même que la fête anniversaire de la naissance de l'empereur aurait été instituée en 729, à l'instar de la fête de la Nativité de N.-S., que les Chinois voyaient célébrer par les moines. L'empereur régnant, Te Tsoung (780-805) a conféré au persan Yazb-bôzëd, devenu Yi-sseu, le.ï plus importantes dignités : quoique prêtre, du clergé blanc ou marié d'ailleurs, il a obtenu le titre de mandarin du premier rang avec l'insigne d'or et la robe pourpre, il a été nommé commandant militaire en second pour la région septentrionale de l'empire, et inspecteur des examens de la salle impériale. C'est lui, principal bienfaiteur des quatre couvents nestoriens de la capitale, qui chaque année en réunit les habitants pour une de ces fêtes, dont la stèle de Si-ngan-fou est le splendide monument commémoratif.

Après la partie poétique, où n'apparaît aucun détail nouveau, le texte, entremêlé de syriaque et de chinois, raconte les circonstances de l'érection et la liste de ceux qui avaient pris part à la fête, probablement tout le clergé de la capitale. La date est exprimée suivant le comput chinois et dans l'ère des Séleucides, 1092 qui est 781 de notre ère, mais il est dit que le catholicos était alors Hênâniso' (IL, lequel a'après Assémani, Bibliolheca orienlalis, t. m a, p. 616, serait mort à la fin du 777 ou au commencement de 778. Mais on a reconnu depuis que sa mort devait plutôt être placée en 780, et il est naturel qu'elle n'ait pas été connue de suite au milieu de la (mine. Il faut en tout cas renoncer à reporter l'érection de la stèle à l'année 779, comme l'a tenté M. Mingana, Early spread of chrislianity in Central Asia and the Fâr Easl : a new document, dans Bulletin oj the John Rylands library, 1925, t. ix, p. 331-333, se basant sur l'hésitation à propos du début de l'ère des Séleucides constatée dans le colophon d'un manuscrit nestorien écrit en Chine à cette époque, car la date chinoise ne peut être corrigée.

Yazd-bôzëd est nommé en syriaque chorévêque de Kumdan qui est Si-ngan-fou; il était, nous dit-on, fils de Miles, prêtre de Balkh, et avait un fils diacre, nommé Adam. Presque tous les personnages nommés ont un double nom, syriaque et chinois, mais les titulatures qui accompagnent ces noms ne sont pas identiques dans les deux langues, car on a écrit en syriaque les titres ecclésiastiques et en chinois ceux qui étaient à la collation de l'empereur. Des deux dignitaires chargés de vérifier l'exactitude de l'inscription, l'un Sabriso' ou Hsing t'oung, est examinateur, l'autre, examinateur en second, Gabriel ou Yeh-li, est protoprêtre du monastère, honoré de la robe pourpre, directeur du bureau impérial des cérémonies, de la musique et des sacrifices ; il est en même temps archidiacre, ayant autorité sur les Églises de Kumdan et Sarag, c'est-à-dire les deux capitales des T'ang, l'occidentale et l'orientale, Si-ngan-fou et Lo-yang. P. Pelliot, L'évêché nestorien de Khumdan et Sarag, dans T'oung pao, 1928, t. xxv, p. 91 sq.

NKSTOR1ENNE (L'ÉGLISE) KN CHINK

L'évèque Jean, dont le nom ouvre la série des 70 membres du clergé inscrits sur les faces latérales du monument, n'a pas d'autre qualificatif. Le prêtre Georges, archidiacre de Kumdan, était maqrgânâ, c'est-à-dire chargé d'enseigner à bien lire la Bible. 11 y avait encore, semble-t-il, deux chorévèques nommés tous deux Mar Serge, avec des noms chinois différents, dont le deuxième aurait été chargé de Chiang-tsoua (shiang-thsua), partie du Chen-si, d'après M. Saeki, op. ci!., p. 254-256, tandis que M. Pel liot préfère voir dans l'énigmatique Si'angisua du syriaque un titre bouddhique. T'oung pao, sér. II, t. xn, 1911, p. 6(59-690. Vingt-quatre prêtres sont désignés comme tels (qasisâ), dont quatre sont qualifiés de moines, ou plutôt solitaires (ihidâyâ), un autre « prêtre du tombeau » et un autre doyen. Il n'y a qu'un seul diacre, en plus du lils de Yazd-bôzëd, et un portier ou sacristain. Les autres noms, accompagnés en chinois d'un signe que M. Saeki rend abusivement par prêtre, devaient être des moines laïcs; leurs noms ne sont accompagnés en syriaque d'aucune qualification.

Quelle chrétienté y avait-il derrière ce clergé? Sans doute, il y avait dans les ports et dans les centres commerciaux de l'intérieur, le long des fleuves, que remontaient alors les embarcations venues de Perse; G.Ferrand, Relations de voyages et te.iles géographiques, t. i, p. 96, citant Masûdï, un certain nombre de nestoriens venus pour le négoce, mais il y avait aussi, probablement surtout dans les villes, un nombre important de chrétiens chinois : l'inscription le dit formellement. Pendant les vii« et vni« siècles, dans toute la Chine, mais surtout dans la capitale, car il était important d'obtenir l'oreille du souverain, se côtoyaient les missionnaires de plusieurs religions, faisant du prosélytisme à outrance, dans une concurrence pas toujours loyale. Les moines perses, introduits par leurs compatriotes marchands, sont accourus à cette mêlée dans le noble but de propager la religion chrétienne; ils se sont trouvés à Si-ngan-fou, ■comme ils l'étaient à Ctésiphon, près de monarques, qui n'étaient pas de leur religion, mais dont plusieurs étaient bien disposés. De même que des diacres, comme l'un des BoUtiso', étaient à Bagdad médecins •des califes, les prêtres nestoriens en Chine se prêtaient volontiers au gouvernement pour occuper des fonctions publiques; on en connaît qui, au milieu du viip siècle, étaient interprètes auprès des mercenaires ouigours, et notre Yazd-bôzëd s'était vu confier une haute dignité militaire, sans doute parce que ses connaissances linguistiques lui permettaient de coor- •donner plus facilement l'action de troupes appartenant aux races les plus diverses. Mais le clergé nestorien n'était pas seulement un clergé de cour : les monastères rayonnaient, comme rayonnaient les grands centres monastiques d'où étaient partis les premiers missionnaires, comme d'ailleurs rayonnaient aussi les monastères bouddhiques, puisque ce fut ce rayonnement qui provoqua la suppression des uns et •des autres en 845. Il n'est pas permis de mettre en doute l'esprit apostolique de ces moines, dont le patriarche Timothée Ier disait quelques années plus tard : « beaucoup traversent les mers vers l'Inde et la Chine avec un bâton et une besace seulement. » Epistulœ, dans Corpus scriplorum christianorum orientalium, Scriplores sijri, ser. II, t. i.xvn. p. 107, trad., p. 70. M. Saeki pense que le nombre des chrétiens en Chine à la fin du vnr siècle était très grand- si nous ne trouvons pas leur trace, n'est-ce pas parce que, ■dans la Chine surpeuplée, bâtiments et monuments disparaissent vite lorsqu'ils ont cessé d'être utiles, et aussi parce que les recherches archéologiques y ont «été très peu développées? Tout espoir, ne doit pas

être perdu, témoin cette croix, avec quelques mots du ps. xxiv, 6, en syriaque, trouvée en 1920 a quelque distance de Pékin. F. C. Burkitt, A new nestorian monument in China, dans The Journal of theological sliulies, 1920-1921, t. XXII, p. 269.

Qu'y avait-il comme clergé indigène pour encadrer ces chrétiens? C'est très difficile, à déterminer : les noms que les chrétiens reçoivent au baptême abolissent la marque de leur nationalité, ils reflètent tout au plus celle des missionnaires qui les ont baptisés. Les noms les plus spécifiquement syriens, IMsihâdâd ou Sabriso', peuvent avoir appartenu aux plus authentiques Chinois. Nous croirions volontiers que. dans l'importante liste de la stèle, tous ceux-là sont Chinois dont le nom chinois n'a aucune relation phonétique avec le nom syriaque. Nous aurions ainsi comme persans d'origine : Yazd-bôzëd = Yi-sseu, Gabriel = Yeh-li, évèque Jean = Yao-loun, Éphrem = Fou-lin, et d'autres, ceux en particulier dont le nom syriaque n'est pas accompagné d'un correspondant chinois, mais il faudrait retenir pour Chinois le chorévêque Mar Serge = Ling-pao, l'examinateur Sabriso' = Hsing-t'oung et beaucoup d'autres. C'est là pourtant que devait se trouver la faiblesse de l'organisation chrétienne en Chine : alors qu'il y avait 2 000 moines nestoriens et musulmans (?), Saeki, op. cit., p. 89 et note, lorsque les taoïstes obtinrent en 845 l'édit de fermeture des monastères et de proscription des religions étrangères, il n'y avait plus aucune chrétienté en Chine, lorsqu'en 980 environ le catholicos 'Abdiso' I" y envoya une mission de six moines chargés d'en reconnaître l'état. Kilâb al- Fihrist, édit. Fliigel, Leipzig, t. i, 1871, p. 349, trad. française dans G. Ferrand, Relations de voyages et textes géographiques..., p. 129. L'explication du P. Wieger est catégorique : « Branche morte de l'arbre de vie, (les nestoriens) ne furent pas une bouture chrétienne, ne poussèrent pas de racines, durèrent autant que la faveur impériale, et disparurent quand celle-ci cessa. » Histoire des croyances religieuses et des opinions philosophiques en Chine..., Sienhsien, 1917, p. 531. L'examen des circonstances historiques suggère quelques restrictions à apporter à ce jugement sommaire : l'afflux des chrétiens étrangers en Chine, et donc aussi des missionnaires, se ralentit au cours du ixe siècle, parce que, d'une part, le. commerce passa des Perses aux Arabes tous musulmans, tandis que d'autre part le voyage par mer devenait difficile, en raison de l'insécurité qui prévalait dans les mers d'Extrême-Orient. C'est alors que les bateaux partis des côtes d'Arabie cessèrent d'aller jusqu'en Chine, et commencèrent de s'arrêter à Kalah, dans le détroit de Malacca, pour y attendre les marchandises qui y arrivaient sur bateaux chinois. Sans doute, Timothée Ier (780-823) ordonna encore un métropolite pour le Beit Sinâyë,voir Thomas de Marga, The book of governors, p. 238, trad., p. 448, mais ce fut peut-être le dernier évèque envoyé pour lors en Chine. Or on sait qu'une chrétienté ne peut subsister sans évèque au delà d'une génération. M. Saeki pense que beaucoup de chrétiens passèrent à l'islamisme ou à la société secrète des Tchin-tan chiao, ou « religion de la pillule d'immortalité », dont il identifie le fondateur. Lu- Yen, avec le calligraphe de l'inscription de Singan-fou, qui était en tout cas son contemporain. Op. cit., p. 56-61. Quoi qu'il en soit, il est certain que la semence de christianisme avait été abondamment répandue sur le sol chinois; elle a laissé de nombreuses traces dans les religions qui ont pu se suffire avec les ressources locales, et ont refleuri après la crise de 845, bouddhisme et sectes apparentées, voir A. E. Gordon, Asian chrislology and the Mahâyanâ, Tokyo, 1921, p. 98-271.

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) EN ASIE CENTRALE

La stèle de Si-ngan-fou a donné lieu à de nombreuses traductions et études, dont on trouvera la liste dans H. Cordier, Bibliotheca sinica, dictionnaire bibliographique des ouvrages relatifs à l'empire chinois, Paris, 1904-1907, col. 772-781, 3121 ; Supplément, Paris, 1922-1921, col. 35G2- 35(34; ajouter H. Cordier, Histoire générale de la Chine et de ses relations avec les pays étrangers, Paris, 1920, t. i, p. 486-494. Parmi les anciens ouvrages sur le sujet, on peut noter spécialement J. S. Assémani, Bibliotheca orientalis, t. in b, p. Dxxxvm-DLii. On en trouve une reproduction dans le Dict. d'Archéologie chrétienne,, t. ni, au mot Chine.

2° La pénétration du christianisme en Asie centrale. — Tandis que la doctrine chrétienne, portée par la mousson d'été pouvait atteindre en quelques années les comptoirs perses de l'Inde et de l'Extrême-Orient, la conquête des hautes terres asiatiques par les hérauts de l'Évangile progressait nécessairement à une allure plus lente. Sur terre comme sur mer, d'ailleurs, ce sont les voies commerciales qui ont servi à l'expansion du christianisme et le rythme de celle-ci a subi largement l'influence des conditions politiques et des fluctuations dans l'intensité des échanges commerciaux. L'exploration récente, en étudiant les itinéraires des caravanes qui assuraient le transport de la soie à travers le Turkestan oriental, a retrouvé de nombreuses traces de la vie chrétienne, mêlées à celles du manichéisme .et du bouddhisme, qui ont suivi les mêmes routes pour gagner la Chine. Ces monuments ajoutent beaucoup aux données des textes.

Les chrétientés d'Asie centrale ne furent pas, en général, comme celles des côtes de l'Inde, de simples colonies de marchands, ni des communautés hybrides comme celle de Si-ngan-fou, qui unissait aux éléments chinois une forte proportion de prêtres ou de fidèles venus de Perse : mais elles furent des groupements homogènes constitués au sein des populations locales, surtout parmi les nomades ou semi-nomades appartenant à la race altaïque : Turcs, Tatars ou Mongols.

Dès que l'Église de Perse nous apparaît dans sa jeune organisation au synode de Dadiso', elle a porté ses avant-postes aux frontières septentrionale et orientale de l'empire sassanide : en 424, Ray, Nisapùr (Abrasar), Merv, Hérat, ont déjà des sièges épiscopaux. Peut-être même la prédication évangélique s'était-elle déjà étendue assez loin en dehors des limites de l'empire : la diffusion du manichéisme, dès le ine siècle, cf. Manichéisme, t. ix, col. 18(37-1872, montre avec quelle facilité les religions nouvelles pouvaient prendre pied dans des milieux dont les pratiques religieuses n'étaient pas réglées par un sacerdoce hiérarchisé. Philippe, disciple de Bardesane, dont on a vu plus haut le témoignage pour la Perse, col. 162, affirme qu'il y avait des chrétiens en Bactriane : le traducteur a écrit « apud Cuscianos » (Patrologia syriaca, part. I, t. n, col. 608), mais le sens du mot syriaque Qaysanâyë n'est pas douteux; cf. A. Mingana, Early spread of christianity in central Asia and the Far East, dans Bulletin of the John Rylands library, t. ix, 1925, p. 301 sq. Eusèbe, qui fait allusion à ce texte, l'a d'ailleurs correctement rendu, mxpà BâxTpoiç, Prœpar. evang., Vf, x, P. G., t. xxi, col. 476 B. Le texte de saint Jérôme : H uni discunl psalterium, Epist., xvn, P. L., t. xxn, col. 870 (éd. Hilberg dans Corp. script, eccles. lat., t. lv, p. 292), est moins probant pour démontrer la pénétration du christianisme en Asie centrale, parce que les Huns avaient dès lors commencé leur migration vers l'Ouest. Mais, en 498, il y avait des chrétiens parmi les Turcs, Huns des bords de l'Oxus ou Hephtalites, auprès desquels se réfugia Qawad. Chronique de Séert, dans P. O., t. vu, p. 128 [36 ]. Aux environs de 525, un évêque de Arran, Qardutsat, partit avec sept prêtres pour évan-

géliser une tribu de Huns, probablement aussi en Cisoxiane, et ils traduisirent en hunnique un certain nombre de livres religieux. Zacharie le Rhéteur, dans Land, Anecdota syriaca, t. m, Leyde, 1870, p. 337-339, trad. anglaise par F. J. Hamilton et E.W. Brooks, The syriac chronicle known asthatof Zachariah of Mitylene, Londres, 1889, p. 329-331; texte réimprimé dans Corpus script, christ, orient., ser. III, t. vi, p. 215-217, trad., p. 145 sq. L'auteur, qui est monophysite.ne dit pas que Qardutsat fût nestorien, mais Arran, bien que située à l'ouest de la mer Caspienne et au nord de l'Araxe, était dès 420 le siège d'un évêché dépendant de Séleueie-Ctésiphon. Synod. orient., p. 37, trad., p. 276.

Peu après, en 549, les Hephtalites demandaient au catholicos Abâ Ier de leur donner un évêque. Histoire de Mar A ba,éd. Bedjan, dans Histoire de Mar Jabalaha. . . , p. 266-269, cité dans Mingana, loc. cit., p. 304 sq.; cf. J. Labourt, Le christianisme..., p. 189 sq. Cela suppose que le christianisme était dès lors solidement installé chez les Ripuaires, qui habitaient au sud-ouest de l'Oxus. En 590, Nersès le Persan captura par milliers des soldats de même race, qui avaient lutté contre Chosroès II en faveur de Bahram Tchoubin et portaient une croix tatouée sur le front, véritables chrétiens ou païens attirés par les mystères chrétiens et attribuant à la croix une valeur prophylactique. L. Cahun, Introduction à l'histoire de l'Asie. Turcs et Mongols des origines à 1405, Paris, 1896, p. 107.

Au milieu du vne siècle, Élie, métropolitain de Merv, travaillait en Transoxiane à la conversion des tribus turques. Th. Nôldeke, Die von Guidi herausgegebene syrische Chronik, p. 39 sq.; cf. Corpus script, christ, orient., ser. III, t. iv, p. 34 sq., trad., p. 28 sq. Mais c'est surtout Timothée Ier qui intensifia l'évangélisation de l'Asie centrale. J. Labourt, De Timotheo /..., p. 43-45. Il se servit surtout pour la réalisation de ses desseins apostoliques des moines de Beit 'Abë, dont l'activité missionnaire tient une place importante dans l'histoire que Thomas de Marga a consacré aux hommes célèbres de son monastère. E. W. Budge, The book of governors, t. i, p. 238, 259-261, 265-270, 278-281; trad., t. n, p. 447 sq., 478-482, 488-494, 504-507.

Dès cette époque, peut-être même avant Timothée, il y eut en Asie centrale au moins un royaume chrétien. Au début du vme siècle, si la chronologie du tezkéré de Muhammad Gazâli est exacte, le prince de Kachgar était un chrétien nommé Sergianos. E. Blochet, La conquête des États nestoriens de l'Asie centrale par les Shiïles, dans Revue de l'Orient chrétien, t. xxv, 1925-1926, p. 24. Le nom, de forme grecque, empêche de reconnaître à quelle race, indo-européenne ou turque, appartenait ce souverain. Le christianisme atteignait en ces contrées des populations d'origines diverses, puisque, dans les fouilles de la région de Tourfan, on a trouvé, à côté de fragments dans la langua liturgique des églises nestoriennes, le syriaque, d'autres débris de manuscrits chrétiens en sogdien et en turc. E. Sachau, Litleralur Bruchstûeke aus Chinesisch-Turkislan, dans Sitzungsberichle der kgl. preuss. Akad. der Wiss., 1905, p. 964-973; F. W. K. Mûller, Handschriften-Resle in Estrangelo-Schrifl aus Turfan. II Teil, dans Abhandlungen der kgl. preuss. Akad. der Wiss., 1904, p. 36 sq. Mais, comme les points fouillés sont sur la route qui passe de Kachgar en Chine par le nord du désert de Taklamakan, on pourrait penser qu'il se trouvait là des passagers d'origine persane, au milieu d'une population turque.

Quoi qu'il en soit, au milieu du xne siècle, cette fois au sud du Taklamakan, les chiites se heurtaient dans leur conquête à des troupes, en grande partie chrétiennes, commandées par un gouverneur chrétien

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) EN ASIE CENTRALE

d'Aksou, vassal d'un prince chrétien de Kliotan, Noudoum khan. E. Blochet, d'après le lezkéré de Mahmùd Karâm Kabîili, loc. cit., p. 25. Ces chrétientés du bassin du Tarim devaient sans doute leur origine à des missionnaires ayant suivi les marchands sur les deux routes, septentrionale et méridionale, des caravanes de la soie; leur existence ne semble pas liée au progrès de l'évangélisation méthodique des Turcs, a laquelle s'appliquait le patriarche Timothée Ier, probablement dans le Ferghana, peut-être déjà dans la Djoungarie, puisque, dès le premier quart du vme siècle, il y avait un évoque à Samarkand, Ebedjesu... collectio canonum synodicorum, tr. VII, c. xv, dans A. Mai, Scriptorum veterum nova collectio, t. x, Rome, 1838, p. 304, trad., p. 142. Timothée, dit Mari, éd. Gismondi, p. 73, trad., p. 64, avait réussi à convertir le khâqân des Turcs et plusieurs rois; ce témoignage tardif pourrait être suspecté, mais Timothée lui-même affirme que, dans la deuxième année de son pontificat (782-3), le « roi des Turcs » se convertit au christianisme avec presque tout son peuple, et ajoute qu'il leur consacra un métropolitain. Lettre inédite aux Maronites, citée par J. Labourt, De Timotheo /..., p. 43, et A. Mingana, Early spread..., p. 306.

C'est à cette époque, ou à une date quelque peu postérieure, que M. Mingana, loc. cit., p. 349-351, voudrait rattacher un document nouveau, qu'il a édité comme faisant partie d'une lettre supposée de Philoxène de Mabboug (t après 522) au gouverneur de Hirâ pour le compte des princes lahmides, Abu 'Afr| ibid., p. 368-371, trad., p. 360-367 sq. Le texte est assez étrange pour que le P. Peeters ait pensé à y reconnaître une supercherie récente. Byzanlion, t. iv, 1927-1928, p. 569-574. Il était d'autant mieux fondé à émettre cette hypothèse que la copie utilisée par M. Mingana avait été prise, en 1909, sur un original conservé en Orient, M. Mingana ne dit pas où; mais ce dernier vient d'annoncer qu'il a trouvé le même texte dans un manuscrit en sa possession (Mingana 71, fol. 40-47), dont les caractères paléographiques correspondraient à la première moitié du xvne siècle. Bulletin of the John Rylands library, t. xiv, 1930, p. 124.

Les chrétientés turques se développèrent : dès le milieu du vmc siècle des Ouigours chrétiens servaient comme mercenaires dans les armées chinoises. P. Y. Saeki, The neslorian monument in China, p. 231 sq. En 1007, les Kéraïtes, qui habitaient en Mongolie septentrionale, devinrent chrétiens en masse, dans des circonstances qui rappellent la conversion des Francs de Clovis, après la bataille de Tolbiac; 'Abdiso', métropolitain de Merv, évaluait leur nombre à 200000. Barhébrseus, Chronicon ecclesiasiicum, t. m, p. 279 sq. C'est peut-être à la même époque, au plus tard dans le cours du xne siècle, que se convertirent les Ongùt, installés sur la grande boucle du fleuve Jaune, gardiens des passages de la Chine vers la Mongolie. Textes relatifs à ces tribus chrétiennes dans P. Pelliot, Chrétiens d'Asie centrale..., p. 627-633. Les chefs de ces groupements étaient chrétiens; c'est l'un d'eux qui donna naissance à cette fameuse légende du prêtre Jean, qui est attestée pour la première fois en 1145 par Otto de Freising, rapportant une lettre de l'évêque de Gabala au pape Eugène, III. H. Cordier, Histoire de Chine..., t. n, p. 372. La puissance des dynasties kéraïtes et ôngùt fut brisée par Gengiskhan, lorsqu'il constitua par force la confédération mongole, mais plusieurs Gengiskhanides épousèrent de leurs princesses et furent initiées par elles à la connaissance de la religion chrétienne.

Nous manquons à peu près complètement d'informations pour reconstituer l'histoire intérieure

de ces chrétientés. Pourtant la découverte en 1885 de deux cimetières, voisins de Pichpek et de Tokmak, sur le Tchou, ancienne capitale du royaume de Djoutchi, G. Devéria, Notes d'épigraphie mongole-chinoise dans Journal asiatique, sér. IX, t. vin, p. 428, n. 1, jette sur elle quelque lumière. D. Chwolson, Syrische Grabinschriflen aus Semirjetschie, dans Mémoires de l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, sér. VIII, t. xxxiv, n. 4, 1886, et Syrisch-neslorianische Grabinschriften aus Semirjetschie, ibid., t. xxxvn, n. 8, 1890. Plus de 200 inscriptions ont été publiées dès 1890, et beaucoup d'autres ont été depuis lors éditées et traduites. Ces inscriptions, dont la plupart sont datées, généralement suivant l'ère des Séleucides et le cycle duodécimal turc, s'échelonnent entre 1249 et 1345. Elles sont en un syriaque assez souvent incorrect, mélangé de mots ou de courtes phrases turques; elles appartiennent incontestablement à des chrétiens de race et langue turques; la quantité assez considérable de noms chrétiens sous une forme syriaque ne peut donner le change, car les personnages qui les portent donnent aussi bien à leurs enfants des noms turcs, et il n'est pas rare de trouver des fidèles pourvus d'un double nom, syriaque et turc, comme on a vu des chrétiens de Si-ngan-fou joindre un prénom syriaque à un nom chinois. L'organisation ecclésiastique de ces communautés était très complète, les dignitaires sont nombreux : chorévêques, périodeutes, visiteurs, prêtres. Il y a des « chefs d'église », qui sont analogues aux starostes russes ou à nos marguilliers, des maîtres d'école, des exégètes et des scolastiques, qui appartiennent aussi au corps enseignant. Il y avait des monastères : l'exégète et prêcheur Sëlihâ s'y était acquis un grand renom de science. La qualité des défunts est souvents indiquée : enfants, jeunes filles, etc. Les hommes aiment à se qualifier de « croyants ». Les pierres portent toutes une croix gravée au milieu de l'inscription : ces nestoriens ne rougissaient pas de leur foi chrétienne.

Ces inscriptions funéraires ne sont pas toujours correctes; le lapicide, médiocre artiste, était guidé par de médiocres clercs. Guillaume de Rubrouck (Rubruk ou de Rubruquis) avait noté que les prêtres nestoriens d'Asie centrale étaient embarrassés par la langue de leurs livres liturgiques : « ...Ils disent leur olfice et ont des livres sacrés en syriaque, qu'ils ne comprennent pas ; ce qui fait qu'ils chantent comme, chez nous, les moines qui ne savent rien de la grammaire. » L. de Backer, Guillaume de Rubrouck, dans Bibliothèque orientale ekévirienne, Paris, 1877, p. 128 sq. Pourtant, la tradition liturgique était assez forte pour avoir fait préférer le syriaque au ouigour. C'est ainsi qu'on voit, en plein pays ouigour, un évangéliaire syriaque — encre d'or sur fond noir! — copié en 1298 pour la reine Araou'oul, sœur du roi des Ongut (manuscrit vu par H. Pognon à l'évêché chaldéen de Diarbékir, Inscriptions sémitiques de la Syrie, de la Mésopotamie et de la région de Mossoul, Paris, 1907, p. 137 sq.).

Il n'est pas étonnant que le clergé nestorien se soit trouvé inférieur, surtout au point de vue moral, à l'idéal du zélé franciscain, qui avait quitté son pays pour porter aux Mongols la bonne nouvelle de l'Évangile, mais cela n'empêche pas qu'en face de leurs compatriotes païens ou bouddhistes les Mongols nestoriens ont été les représentants d'une civilisation, dont le caractère affiné transparaît, malgré leur brièveté, dans les formules de leuis inscriptions funéraires. Th. Nôldeke a reconnu le bien-fondé de cette observation de Chwolson, Zeitschrift der deutschen morgenlandischen Gesellschafl, t. xliv, 1890, p. 522. Ainsi s'explique l'influence considérable que ces nestoriens acquirent à la cour des grands khans, et auprès des

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) EN ASIE CENTRALE

princes de leur famille, dont ils étaient les ministres et les scribes. On comprend dès lors comment, conseillers et princesses unissant leur influence, les princes mongols furent, jusqu'au moment où ils se tournèrent vers l'Islam, à peu près toujours bienveillants poulies chrétiens et spécialement pour les nestoriens.

Guyuk était si favorable aux chrétiens que son camp, au dire de Barhébraeus, était rempli d'évêques, de prêtres et de moines; deux de ses ministres, Qadak et Cinqaï, étaient chrétiens. Mais la manière dont ce souverain parle du baptême, dans sa lettre du 11 novembre 1246 au pape Innocent IV, ne peut être le langage d'un baptisé. P. Pelliot, Les Mongols et la papauté, dans Revue de l'Orient chrétien, t. xxm, 1922- 1923, p. 18. C'est qu'au début de son court règne Guyuk n'était pas chrétien; il le devint seulement le 6 janvier 1248, par les mains de l'évêque nestorien Malachie, comme le rapportèrent les chrétiens mossouliotes, David et Marc, qui arrivèrent à Chypre en juin 1248 comme ambassadeurs des Mongols. Leur témoignage est corroboré par l'assertion de Barhébneus, qui donne Guyuk comme chrétien et par celui du musulman Rasid ad-din. Djami el-tévarikh, Histoire générale du monde..., éd. E. Blochet, t. il, Leyde, 1911, -dans E. J. W. Gibb Mémorial, t. xvm, 2, p. 247-249.

Nous avons dit déjà, col. 195, que Houlagou épargna les chrétiens lors du sac de Badgad, et favorisa le catholicos nestorien, en lui donnant un palais nouveau. Houlagou fut inspiré sans doute en cela par sa femme chrétienne, Dokouz khatoun, qui le détermina peu après à lancer une armée en Syrie et Palestine, afin de libérer les Lieux saints de la domination musulmane. L. Cahun a qualifié justement de « croisade mongole » cette expédition commandée par un général chrétien, qui échoua près de Jérusalem le 3 septembre 1260, à la bataille de 'Aïn Djalout, tandis que Houlagou avait été rappelé en Asie centrale par la mort du chef de la famille. Introduction à l'histoire de l'Asie, p. 338.

Mangou-khan (al. Mongka), frère et suzerain de Houlagou, comme lui fils d'une chrétienne, ne se montra pas moins bienveillant pour les chrétiens, encouragé sans doute par son premier ministre, Bolgaï, qui était un ôngut nestorien. P. Pelliot, Chrétiens d'Asie centrale..., p. 629. Ce khan accorda au catholicos un sceau d'or, qui lui permettait de délivrer aux fidèles de son obédience des documents, faisant foi aux yeux des autorités mongoles et servant de passeport. Le fait est raconté dans l'histoire de Yahballâhâ III, à propos de la disparition de ce sceau dans une persécution que les chrétiens subirent à Maragha en 1297. Éd. Bedjan, p. 117; J.-B. Chabot, Histoire de Mar Jabalaha III, dans Revue de l'Orient latin, t. ii, 1894, p. 240 (tiré à part, p. 120). L'information du biographe est parfaitement exacte : le sceau donné par Mangou était resté en service à la chancellerie du catholicos. Les lettres envoyées par Yahballâhâ III au souverain pontife en 1302 et 1304, dont sur les indications du P. Korolevskij j'ai retrouvé les originaux aux Archives du Vatican, A(rchivum) A(rcis), i-xvm, n. 1800, portent quatre empreintes de ce sceau, ou plutôt de celui qui fut gravé pour le remplacer après l'aventure de 1297. L'inscription rédigée en mongol, mais écrite en caractères syriaques, comprenant vingt lignes de texte distribuées, cinq par cinq en forme de croix, sera publiée par M. Pelliot dans sa série d'articles: Les Mongols et la papauté, cf. Revue de l'Orient chrétien, t. xxm, 1922-1923, p. 5. Reconnaissant envers Mangoukhan de la bienveillance qu'il avait manifestée aux chrétiens, le biographe de Yahballâhâ III fait suivre son nom du souhait habituellement réservé aux fidèles

défunts : « Que Notre-Seigneur accorde le repos à son âme et lui donne une part avec les saints! » Histoire..., trad. Chabot, loc. cit.

Les ordres des souverains mongols valaient pour tout leur domaine : leur bienveillance vis-à-vis de l'Église nestorienne lui permit de se réorganiser en Chine. Nous avons dit, col. 206, que le christianisme disparut en Chine après la proclamation de l'édit rendu en 845 par l'empereur Wou Tsoung contre les religions étrangères. H. Cordier, Histoire générale de la Chine, 1. 1, Paris, 1920, p. 512. M. Le Coq, a reconnu dans les ruines de Karakhodja, près de Tourfan, les traces du massacre des moines bouddhistes qui eut lieu en exécution de cet édit, A. Le Coq, Buried treasures of chinese Turkestan, Londres, 1928, p. 62; ce qui montre que la proscription atteignit les limites occidentales de l'empire chinois. En dehors de la mention d'un monastère au Sseu-Tchou'an, un peu après 850, M. Pelliot déclare qu'il n'y a plus aucune trace du christianisme en Chine à l'époque des T'ang. Chrétiens d'Asie centrale..., p. 626.

Au xie siècle, quelques communautés avaient dû se reformer; toutefois, nous ignorons dans quelle partie de l'empire chinois, car le témoignage de l'auteur auquel nous devons cette information est peu explicite. Il dit seulement que Georges de Kaskar, consacré par Sabriso' III (1064-1072) pour le Khorassan et le Ségestan, partit en Chine et y resta toute sa vie. Mari, éd. Gismondi, p. 125, trad.. p. 110. Mais, dès le milieu du xme siècle, avant même que la conquête de la Chine par les Mongols eût été terminée, les nestoriens, au dire de Guillaume de Rubrouck, étaient installés dans quinze villes du Cathay, avec un évêque à Segin, qui est Si-ngan-fou. Ed. de Backer, p. 128. Ils n'y étaient pas en cachette, puisque Mangou renvoyait de Karakoroum au Cathay un prêtre répréhensible, afin qu'il y fût jugé par son évêque. Ibid., p. 251. En 1264, Koubilaï-khan apporte une modification aux exemptions d'impôts, dont jouissait le clergé chrétien au même titre que les clergés bouddhiste et taoïste. G. Devéria, Notes d'épigraptie mongole-chinoise, p. 403. Quelques années plus tard, en 1282, les prêtres chrétiens étaient inscrits aux distributions de grains faites par ordre de l'empereur. Ibid., p. 408. En 1289, Koubilaï instituait un office spécial, le Tch'ong-/ou-sseu, chargé de diriger dans tout l'empire l'administration du culte chrétien, c'est-à-dire l'exécution des sacrifices que doivent offrir, dans les temples de la Croix, les mâr-hasiâ et les rabbân-erkegun, évêques et prêtres nestoriens. P. Pelliot, Chrétiens d'Asie centrale..., p. 637.

En Perse, l'ilkhan mongol avait repris les traditions sassanide et musulmane : Abagha, fils de Houlagou, approuva successivement l'élection du catholicos Denhâ et celle de son successeur Yahballâhâ III. Amr et Slibâ, éd. Gismondi, p. 121-124, trad., p. 70 sq. Dès la première année de son pontificat, ce dernier obtenait que son Église fût régulièrement subventionnée. Histoire..., trad. Chabot, dans Revue de l'Orient latin, t. i, 1893, p. 610, extrait, p. 44

J.-S. Assémani, Bibliotheca orienlalis, t. ni h, p. cicxxxviu : Kestorianurum status sub Tarlaris seu Mogulis; p. cccci.xviu-div : Christiani in Tartaria, p. nv-Dxxxvn : Christiani in Chataja et Sina. Toute l'information d'Assémani, d'après les chroniqueurs syriens et arabes, doit être sérieusement contrôlée: ses sources sont surtout Barhébraeus, .Mari, Amr et Sliha, dont les textes ont été édités postérieurement à la Bibliotheca orientalis. Les sources persanes et turques sont incomplètement publiées et encore moins traduites; leur utilisation a été entreprise surtout par W. Rarthold, dont il faut citer au moins l'étude parue en russe, dans le Zapiski vostOC"nago otdiéleniia imperatorskago russkago archeologiàeskago obséoestva, Saint-Pétersbourg, t. vin, 1893, p. 1-32, traduite

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) SOUS LES MONGOLS

on allemand par X. Stuhe sous le titre: Zur Geschichte des Christentums in Millelasicn bis zur Mongolischen Eroberung, Tubinguc ; voir aussi Turkestan down lo Ihe mongol invasion, dans E. J. W. Gibb Mémorial, nouv. sér., t. v, Londres, 1928, remaniement des articles publiés en russe dans les Zai>iski..,t. xn-xx, sous le titre Turkestan v epochu Mongolskago nuseslniia.

Les sources chinoises ont fourni passablement depuis vingt ans, elles donneront probablement beaucoup plus, il faut se contenter pour le moment de renvoyer à l'article fondamental de P. Pelliot, Cliréliens d'Asie centrale et <l' Extrême-Orient, dans T'oung Pao, t. xv, 1914, p. 623-644, en attendant que l'auteur ait repris le sujet à fond, comme il a l'intention de le faire; A. ('.. Moule et Lionel Giles, Christians at Chen-Chieng fit (chrétienté fondée en 1278), ibid., t. xvi, 1915, p. 627-686; IL Cordier, Le christianisme en Chine et en Asie centrale sous les Mongols, ibid., t. xvm, p. 19-113.

La publication de D. Chwolson, signalée ci-dessus a été complétée par la publication d'une autre série d'inscriptions, Syrich-nesiorianische Grabinschri/len ans Semirjetschie, Neue Folge, St-Pélersboiirg, 1897. De nombreux travaux ont paru à la suite de la découverte des inscriptions funéraires de Pichpek et Tokmak : S. S. Slutzkiy, Semirie-' censkiia nestorianskiia nadpisi, dans les Drevnosti Vostornyia, publiés par la société archéologique de Moscou, t. i, Moscou, 1889, p. 1-72; cf. ibid., p. 176-194; P. Kokovtsov, Christianski-siriiskiia nadgrobnyia nadpisi iz Aimalijka, dans Zapiski vosloinago otdieleniia imperalorskago russkago tircheologireskago obsccstva, t. xvi, 1906, p. 0190-0200 : publication de onze inscriptions, dont trois datées de 1367-1372, provenant d'Almaliq; F. Nau, Les pierres tombales nestorienn.es du Musée Guimet, dans Revue de l'Orient chrétien, t. xu, 1913, p. 3-35; L'expansion nestorienne en Asie, dans Annales du Musée Guimet, Bibliothègue de vulgarisation, t. XL, 1913, p. 193-388; J. Ilalévy, De l'introduction du christianisme chez les tribus turques de la Haute Asie..., dans Revue de l'histoire des religions, t. xxii, 1890, p. 289-301; P. Kokovtzov, Nieskolko novych nadgrobngch kamnei s christiansko-siriiskimi nadpisami iz Srednei Azii, dans Bulletin de l'Académie impériale des Sciences de St. Pélersbourg, 1907, p. 427-458 : inscriptions nouvelles, index onomastique des noms contenus dans les publications de D. Chwolson. Un cimetière situé en Mongolie, prés de Tchagan-nor ou Tsagan Balgasoun, est signalé comme ayant été découvert en 1890, dans Missions de Chine et du Congo, n° 28, Bruxelles, 1891, cité par G. Dévéria dans Journal asiatique, sér. IX, t. vin, p. 428 sq., note.

Il y a passablement d'informations sur les nestoriens en Asie centrale et Chine, dans les récits des missionnaires et voyageurs européens; les passages principaux ont été résumés par I. Hallberg, L'Extrême Orient dans la littérature el la cartographie, de l'Occident des XI il', XIV' et XV' siècles, s. v. Xesloriani, dans Gôleborgs kungl. Vetenskapsoch Vitlerhets-Samhàlles handlingar, t. IV, Gôteborg, 1904, p. 371-375.

Les textes franciscains, concernant l'Asie centrale et la Chine, ont été édités d'une façon critique, avec une bibliographie considérable et une bonne introduction historique, par A. van den Wyngaert, Sinica franciscana, t. i, Itinera et relationes fralrum minorum saeculi XIII el XIV, Quaracchi, 1929.

3° Uncatholicos mongol; Yahballâhâ 111 (1281-1317). — Les chrétiens de Perse avaient porté au loin leur religion; un jour vint où ils furent heureux de se donner un chef en la personne d'un homme venu de ces régions lointaines évangélisées par leurs missionnaires, l'Ongiit Marc, sacré catholicos en la grande église de Séleucie, sous le nom de Yahballâhâ, le 2 novembre 1281. J.-S. Assémani ne lui a consacré que quelques lignes : Jaballaha ex génère Turcorum in regione Calajœ nalus... Bibl. orient., t. ni a, p. 620. L'information vint de Amr, dont Yahballâhâ est le dernier nom, éd. Gismondi, p. 122-127, trad., p. 71-73. Mais en 1888, le P. Bedjan publia une biographie qui ne tarda pas à éveiller l'attentmn des orientalistes : Histoire de Mar-Jabalaha, de trois autres patriarches, d'un prêtre el de deux laïques nestoriens, Paris, 1888, 2° éd., 1895, p. 1-205, C'est l'oeuvre d'un contemporain de Yahballâhâ, qui avait sous les yeux,' pour le début

de son ouvrage, des mémoires rédigés par le moine Rabban Saumâ, dont le catholicos avait été le disciple et l'ami. L'ouvrage fut jugé tout de suite digne de créance, et il a trouvé de magnifiques confirmations, par exemple la présence du nom de Mangou sur le sceau employé par Yahballâhâ, comme il a été dit ci-dessus col. 211. Ce document, facilement accessible dans la traduction française de M. l'abbé J.-B. Chabot Hernie de l'Orient latin, t. i, 1893, p. 567-611»; t. il,

1894, p. 73-142, 235-300, 566-613, el tiré à pari, Paris,

1895, jette une vive lumière sur les conditions de l'Église nestorienne au moment de sa plus grande expansion.

Marc, fils d'un archevêque, était né à Kuoseng en 1245, et avait embrassé la vocation monastique en se plaçant sous la direction d'un moine isolé, le rabban Saumâ, lui-même fils d'un périodeute de Khanbaliq. Après plusieurs années passées dans les exercices ascétiques, Marc éprouva le désir de se rendre au centre de l'Église nestorienne pour y satisfaire sa dévotion, voulant ensuite compléter son pèlerinage par une visite aux Lieux saints. Ayant rempli avec son maître Saumâ la première partie de son programme, Marc se vit arrêté en Géorgie par l'insécurité des chemins et revint en 1280 auprès du catholicos Denhâ.qui ordonna Saumâ périodeute et Marc métropolite pour les villes de Cathay et de Wang (?). Nos deux Mongols, bloqués de nouveau par l'insécurité des routes, qui leur interdisait de rentrer en Chine, se retirèrent dans un monastère de l'Azerbeidjan. C'est de là que Yahballâhâ se rendit à Bagdad à la mort du catholicos. Il est facile de comprendre pourquoi les électeurs le choisirent. Depuis la prise de Bagdad, les Mongols étaient les maîtres : Houlagou avait fait de Maragha sa résidence préférée, et son fils Abagha partageait l'année entre le nord-ouest de la Perse et la partie voisine de la Mésopotamie, où les chrétiens étaient demeurés nombreux. Or, les musulmans, après avoir été matés par Houlagou, relevaient audacieusement la tête, cherchant à convertir à leur religion de moralité facile les princes et le peuple mongol. Il importait d'avoir un catholicos agréable au souverain. Le biographe le confesse ingénument : « Le motif de son élection fut que les rois qui tenaient les rênes du pouvoirs étaient Mongols, et il n'y avait personne en dehors de lui qui connût leurs moeurs, leurs procédés et leur langue. » Trad. Chabot, Revue de l'Orient latin, t. i, p. 605: extrait, p. 39. Est-il vrai que le nouveau catholicos était inférieur en doctrine à ses électeurs, comme son humilité lui conseilla de le déclarer? Il est certain qu'il connaissait médiocrement le syriaque et vraisemblable qu'il ne l'apprit jamais parfaitement, comme il est noté dans le Chronicon ecclesiasticum de Barhébra'us, t. ni, col. 45. 11 en savait cependant, car nous possédons quelques lignes en syriaque, correctement écrites de sa main, comme début et conclusion de chacune des deux lettres arabes qu'il envoya au pape en 1302 et 130 1, ainsi qu'en témoignent les annotations du dominicain Jacques d Arles-sur- Tech, traducteur et porteur de la lettre de 1301 : Heec supradicla scripta sunt de manu ladliqui ( - catholici) in Caldaico, et : Usée Jafylicus de manu sua in Caldaico. A. A., i-xvm, n. 1800 (3).

Yahballâhâ s'était déjà présenté à l'ilkhan Abagha, avant sa tentative de pèlerinage en Palestine, pour en obtenir des lettres en faveur du catholicos Denhâ; après avoir pris conseil de son maître Saumâ. il alla trouver le monarque, accompagné de plusieurs évêques pour demander le placet. Abagha fut enchanté de voir le haut clergé nestorien choisir pour chef un homme de sa race : non seulement il confirma la nomination faite, mais il remit à l'élu un manteau

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) SOUS LES MONGOLS

d'honneur, un petit trône, une ombrelle, signe de sa haute situation, une tablette d'or lui donnant un rang dans la hiérarchie mongole; enfin, il lui confirma l'usage du sceau dont s'étaient servis ses prédécesseurs depuis la concession de Mangou. Loc. cit., p. 607 sq., extrait, p. 11 sq. Yahballâhâ redescendit à Séleucie et y fut consacré dans la grande église le 2 novembre 1281, mais la résidence habituelle des catholicos n'était plus en Mésopotamie; ils s'étaient transportés dans la région où vivaient de préférence les ilkhans, leur siège était établi à Maragha.

La faveur d'Abagha fut de courte durée; il mourut en 1282 et la pension qu'il avait assignée au catholicos fut supprimée. Bien plus, au cour de la compétition qui eut lieu entre Arghoun, fils d'Abagha, et son oncle, Ahmed, Yahballâhâ fut accusé auprès d'Ahmed par deux évèques ambitieux, ce qui lui valut un emprisonnement de quarante jours. Arghoun l'emporta en 1284; le catholicos s'empressa d'aller le féliciter et fut bien reçu : les évèques accusateurs fuient excommuniés et déposés. L'Église nestorienne continuait à se mouvoir à l'ombre du trône. Yahballâhâ gagna peu à peu en influence; lorsque Arghoun, reprenant le dessein d'Abagha, désira entrer en relations avec les princes d'Europe pour une action commune en Palestine, il demanda au catholicos de lui donner un homme de confiance, qui pourrait lui servir d'ambassadeur. Yahballâhâ désigna son maître, Saumâ, qui, dit le biographe, était le seul à posséder les connaissances linguistiques utiles. Trad. Chabot, Reime de l'Orient latin, t. il, p. 81, extrait, p. 53. Il s'agit sans doute du persan, que Saumâ employait aisément, puisqu'il rédigea dans cette langue le récit de son voyage. Ibid., p. 121, extrait, p. 93. Peut-être aussi connaissait-il l'arabe, pour lequel il était encore plus facile de trouver des interprètes en Occident, tandis que personne n'y entendait le mongol. On se rappelait sans doute que l'ambassadeur d'Inno cent IV, Jean de Pian di Carpine, n'avait pas cru inutile d'emporter une lettre en persan, tandis qu'une lettre mongole envoyée par Abagha était demeurée incomprise, eo quod in curia Sanctitalis Vestrœ litteras sciens mogalicas nullus reneritur, disait Abagha dans une lettre latine de l'année suivante au pape Clément IV. Rrg. Val. 62, fol. cxxxvin v".

Arghoun- ne cessa pas de favoriser les chrétiens, son fils Kharbanda fut baptisé. Lorsque Arghoun mourut à la fin de 1290, son successeur, Kaïkhatou, conserva la même ligne de conduite : il comblait le catholicos de cadeaux à chacune de leurs rencontres, soit que l'ilkhan vint à Maragha, soit que le catholicos se rendît à Vordou, mais Kaïkhatou fut assassiné le 23 avril 1295, et une nouvelle ère de tribulations s'ouvrit pour les chrétiens de Perse. L'ilkhan Ghazan était avant tout mongol et disposé à continuer, malgré son adhésion à l'islam, la tolérance de tradition chez les Gengiskhanides. niais l'administration de ses Klats ayant été organisée suivant les usages des États musulmans, ses ministres persans se trouvèrent en mesure de faire payer aux chrétiens la faveur dont, ils avaient joui sous les précédents monarques. La biographie de Yahballâhâ n'est plus guère, à partir de cette date, que le récit d'une suite de persécutions, séparées par quelques accalmies, obtenues seulement lorsque le catholicos pouvait avoir audience de l'ilkhan et réussissait ensuite à faire respecter les intentions du souverain. De septembre 1295 à Pâques 1290, première période de terreur : les églises sont détruites, fidèles et clergé sont menacés de mort : tout est prétexte à extorsion d'argent et à pillage. Une visite du catholicos à l'ilkhan en juillet 1296 amène un peu de calme, mais la persécution reprend à Maragha au carême de 1297. Le christianisme a cependant

encore des partisans dans la famille régnante : c'est une princesse qui sauve le catholicos et les évèques. Trad. Chabot, loc. cit., p. 211, extrait, p. 121. Les chrétiens sont soumis à la capitation, obligés de porter un signe distinctif, (fui leur attire le mépris, les injures et les coups. Le catholicos n'y tient plus, il demande l'autorisation de rentrer dans son pays, où les Mongols, soumis a l'influence du bouddhisme sont demeurés tolérants; i! se contenterait même de pouvoir passer dans le pays des Francs, pour y terminer sa vie. Ibid., p. 248, extrait, p. 128. On voit par cette double proposition que la rupture de Ghazan avec le grand khan empêchait Yahballâhâ d'espérer une réponse favorable à la première alternative. Le catholicos ne partit pas, mais rentra en faveur auprès de Ghazan, troina le moyen de rebâtir la résidence de Maragha, voyagea pour le gouvernement de son Église et obtint même que le souverain lui fît faire un nouveau sceau, identique à celui de Mangou-khan, disparu dans le pillage de 1297. Le fait qu'il obtint cette réplique prouve qu'il continuait à être regardé comme le chef officiel de tous les chrétiens. Vers la fin de sa vie, Ghazan avait été complètement gagné par le catholicos : en 1303, il le combla d'honneurs, lui donna son propre manteau, lui envoya un cheval de prix, un vase de cristal, des émaux de valeur. Mais Ghazan mourut à la Pentecôte de 1304. Oldiaïfou, fils d'Arghoun, qui lui succéda était un fils d'une chrétienne devenu musulman. Retenu par son oncle maternel, il ne se lança pas tout de suite dans la persécution; Yahballâhâ ne put obtenir en 1306 que cessât la perception de la capitation, dont les chrétiens étaient frappés, mais en mai 1308, les ecclésiastiques en furent dispensés, et en 1309, r.près que l'ilkhan eut apprécié l'hospitalité du monastère de Maragha, l'exemption de la capitation fut acquise à tous les chrétiens d'Arbèles C'en était trop pour les musulmans; ils prirent prétexte d'une dispute entre les chrétiens de cette ville et les habitants de la montagne, pour monter une affaire qui se termina par un massacre général des chrétiens d'Arbèles, où le catholicos lui-même faillit périr.

Yahballâhâ ne devait mourir que le 13 novembre 1317. Ses dernières années furent tristes : l'affaire d'Arbèles l'avait rendu suspect à l'ilkhan, auprès de qui on l'avait représenté comme l'instigateur de l'attitude de révolte prise par les chrétiens, lorsque, prévoyant le massacre, ils s'étaient refusés à sortir de la citadelle où ils s'étaient enfermés. S'étant présenté à Vordou en 1310, Yahballâhâ ne put obtenir la conversation qu'il désirait, lui qui avait été choisi jadis comme le meilleur intermédiaire possible entre les princes régnants et l'Église nestorienne. Il était fondé à s'écrier dans son découragement : ■> Je suis las de servir les Mongols. » Loc. cit., p. 298, extrait, p. 187.

Yahballâhâ était doux et bienveillant : il entretint avec les représentants des autre Églises les meilleures relations. Barhébneus, mafrien des jacobites, fait son éloge en disant qu'il était un homme naturellement bon et craignant Dieu, et qu'il usa envers lui et les siens de la plus grande charité. Chronicon ecclesiasticunt, t. ni, col. 453. C'est ainsi qu'à la mort de Barhébraeus, laquelle arriva en 1286, au cours d'un voyage du mafrien à Maragha, Yahballâhâ régla le deuil des diverses communautés chrétiennes de la ville à l'entière satisfaction des jacobites. Ibid., col. 173-470. Cette tolérance, naturelle chez un Mongol éduqué en Chine, que Yahballâhâ étendait aux missionnaires latins, comme on le verra au paragraphe suivant, ne devait pas plaire aux évèques nestoriens. Le dominicain Ricoldo de Montecroce, qui rencontra le catholicos à Bagdad en 1290, nous

NESTORIENNE (L'ÉGLISE) SOUS LES MONGOLS

fait entrevoir quelle était la situation. Laurent, Peregrinationes Medii JEvi quatuor, Leipzig, 1864, 131. Le biographe ne signale, en vérité, aucun différend entre le catholicos et ses évoques, à part la calomnie dont il lut victime au début de son pontificat, mais les évèques ne jouent aucun rôle dans cette biographie, d'où l'on peut inférer que le catholicos les tenait à distance.

Ce n'est pas toutefois le manque de cohésion entre les prélats nestoriens, qui amena bu début du xiv" siècle le déclin de leur Église. Celle-ci fut surtout éprouvée par les vicissitudes de la politique. Dès 128(1, la rupture entre Ghazan et son suzerain, Toghon Timour, petit-fils de Koubilaï, eut pour effet de raréfier les relations entre l'Église mère et ses colonies d'Asie centrale et de Chine. Les missionnaires cessèrent d'y affluer, alors qu'ils y étaient encore nécessaires, comme le disaient à Saumà et à son disciple, partant pour l'ouest, les gouverneurs de Kuoseng : « Pourquoi abandonnez vous notre contrée et allez-vous en Occident? Nous nous donnons beaucoup de peine pour attirer ici de l'Occident des moines et des évèques, comment pouvons-nous vous laisser partir? » Revue de l'Orient latin, t. i, p. 585 sq., extrait, p. 19 sq. Pourtant la situation n'empira pas immédiatement en Chine, on le clergé continuait d'être exempt d'impôts et entretenu par l'État, où le bureau chargé de l'administration ecclésiastique fut même amplifié en 1315, pour être ramené il est vrai à son état primitif en 1320. G. Devéria, Notes d'épigraphie mongole chinoise, p. 395-399. 416 sq. En 1335, l'empereur s'oc cupe encore de fixer le rituel à suivre dans l'Église nestorienne où repose le corps de la mère des empereurs Mangou et Koubilaï, ibid., p. 419 sq. : mais en 1337, les révoltes contre la dynastie mongole s'organisent dans diverses provinces et aboutissent en 1309 à l'avènement d'une nouvelle dynastie, celle des Ming. Tout ce que les Mongols avaient introduit ou favorisés fut balayé : avant la fin du xive siècle, pour la deuxième fois. le christianisme était annihilé en Chine.

L'effritement des chrétientés d'Asie centrale se produisit dans le même temps : les inscriptions funéraires de la province de Sémiriétchié ne descendent pas au delà de 1315 : les chrétientés de Pichpek et Tokmak, éprouvées par la peste en 1338 et 1339, furent détruites par la persécution et les conversions plus ou moins forcées à l'Islam. Au cimetière d'Almaliq l'inscription la plus récente est de 1372: un évangéliaire persan, pour le rit nestorien, fut encore copié à Samarkand, en 1374. E. Blochet, Bibliothèque nationale, Catalogue des manuscrits persans, t. i, p. 8, nonobstant l'observation rapportée par F. Nau, Les pierres tombales nestoriennes du Musée Guimet, dans Revue de l'Orient chrétien, t. xvm, 1913, p. 11. Toutefois, le zèle de Tamerlan en faveur de l'Islam dut accélérer la disparition des groupes nestoriens, même là où il ne porta pas la guerre et la destruction. En Perse et en Mésopotamie, où beaucoup de nestoriens périrent alors, l'anarchie qui prévalut sous les Djelaïrides et le fanatisme chiite avaient déjà causé dans les chrétientés des pertes irréparables.

L'histoire de l'Église nestorienne au xive siècle nous échappe à peu près complètement. Nous savons tout juste comment fut élu Timothée II, successeur de Yahballâhâ III, qui fut choisi en raison de sa connaissance des langues, comme le rapporte un de ses électeurs, Ébedjésus, métropolitain de Nisibe, dans sa collection canonique, Bibliotheca orientalis, t. m, p. 569. Ébedjésus mourut en 1318 et la réunion du synode de Timothée est le dernier fait connu : après cette date s'ouvre une brèche de deux siècles, pour laquelle on ne peut proposer que sous réserves une série de catholicos, où les noms trouvés' dans les listes

sans garanties ne recouvrent pour nous aucune personnalité.

Et pourtant, au moment de sa plus grande expansion, sous Yahballâhâ III qui en trente-six ans de pontificat avait consacre 75 évoques ou métropolites, l'Église nestorienne avait compté près de trente provinces. Les noms en sont rapportés dans un ordre un peu différent par Ébedjésus, donnant l'état de l'Église à la mort de Yahballâhâ, A. Mai, Scriptorum veterum nova collectif), t. x a, p. 303 sq., trad., p. 141 sq., et par Amr, éd. Gismondi, p. 126. trad., p. 72 sq., qui donne une liste plus considérable. La première province, qu'on oublie souvent de mentionner, était celle de Séleucie, dont le catholicos était le titulaire, et qui s'étendait sur une bonne partie de la Babylonie. Après elle venaient les provinces d'ancienne création, contenues dans les limites de l'ancien empire sassanide : Gondisapor ou Élain, Nisibe, Bassorah, Mossoul, Arbèles, Beit Garmaï, Fars, Merv, Holwan, Hérat. Des provinces de la diaspora, Ébedjésus mentionne seulement : Indes, Chine, Samarqand, Arménie (Amr : Barda'a), Damas, ajoutant que quatre provinces créées par Timothée Ier avaient disparu de son temps. Amr mentionne encore : Ursam (?), Édesse, Qutruba, qui est Socotra, Ray, Tabaristan (ou Ray et Tabaristan), Daylam (province au sud de la Caspienne), Turkestan ( - pays des Turcs, à ne pas prendre dans l'acception actuelle de Turkestan russe ou chinois), Khalikh (en Hyrcanie, ou Balkh en lisant Halah), Ségestan (dans l'Afghanistan actuel), Khanbaliq et Faliq, Tangout (au nord du Thibet), Kachgar (dans le Turkestan chinois) et Nouaket (Ferghana9).

Voilà quelle a été l'Église que nous retrouverons au xvie siècle, à peu près entièrement concentrée à l'est du Tigre, entre les lacs de Van et d'Ourmiah, n'ayant conservé de son ancienne extension que la chrétienté du Malabar et quelques groupements dans des centres d'échange, Édesse, Damas ou Jérusalem.

Sur Yahballâhâ III, cf. U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du Moyen Age, Bio-bibliographie, 2e éd., t. h, Paris, 1905-1907, col. 2297, s. v. Jabalaha; R. Hilgenfeld, Jabalahœ III catholici nestoriani vita ex Slivœ Mossulani libro, qui inscribitur Turris, desumpta, Leipzig, 1896; .1. A. Montgomery, History of Jaballaha III, New- York, 1927; Sir E. A. W. Budge, The monks of Kublai khân emperor of China, Londres, 1928; J. Vosté, Memra en l'honneur de Iahballaha III, dans le Muséon, t. xi.ii, 1929, p. 168-176.

Il y a passablement à prendre pour cette période dans les relations des voyageurs occidentaux, surtout dans le récit de Marco Polo, très bon observateur, qui vécut en Chine de 1271 à 1288 et fut souvent le missus dominicus de Koubilaï, le « mouchard de confiance de Koubilaï », dit le P. Wieger, Textes historiques, t. m, s. 1. et a., p. 1962. On trouvera tous les passages de Marco Polo sur les nestoriens s. v. Cristianesimo, dans la monumentale édition de L. F. Benedetto, Marco Polo, Il Milione, dans Comilato geografico nazionale italiano, pubblicazione n. 3, Florence, 1928, p. 265. Voir à la fin du paragraphe suivant l'indication des autres relations écrites par des missionnaires.

Sur les sièges métropolitains et épiscopaux : C, E. Bonin, Noie sur les anciennes chrétientés nestoriennes de l'Asie centrale, dans Journal asiatique, sér. IX', t. xv, 1900, p. 584- 592; A. Mingana, Early spread of christianity in central Asia and the Far East, dans Bulletin of the John Rylands library, t. ix, 1925, p. 318-330.

VIL Les papes et l'Église nestorienne au Moyen Age. — Le clergé franc était entré en relations, au cours du xiie siècle, avec les représentants de toutes les Églises orientales, résidents ou pèlerins de Palestine et Syrie. Dès les premiers contacts, sur une terre où les chrétiens avaient été si durement opprimés par l'Islam, on pensa de part et d'autre à

NESTORIENNE (L'ÉGLISE), RELATIONS AVEC ROME

un rapprochement; mais la prolongation de la vie commune, avec les petits conflits journaliers, empêcha un si beau dessein de se réaliser. I.'échec définitif des croisades à la fin du siècle, la soudaine invasion des Tartares en Asie occidentale et en Europe, dans les premières années du xiu» siècle, ramenèrent l'attention de Rome sur les possibilités d'union avec les Églises séparées d'Orient, et ce, précisément au moment où la naissance simultanée des deux grands ordres, franciscain et dominicain, dotait la papauté d'une nombreuse et ardente cohorte d'ouvriers évangéliques. En un clin d'œil, les missionnaires se portèrent dans toutes les directions : Maroc, Egypte, Palestine. Russie.

Le premier de ces religieux qui semble être entré en relations avec la hiérarchie nestorienne est le dominicain Guillaume de Montferrat. Nous ignorons à quel couvent d'Orient il appartenait, mais il dépendait du provincial Philippe, prior ultramarinus, qui résidait à Jérusalem et il lui avait communiqué à plusieurs reprises, dès avant la fin de 1236, que le catholicos, alors Sabriso' V, lui avait promis de réaliser l'union : ... promiserit, quod velit obedire et redire ad gremium Ecclesiœ et veritatis. Lettre reproduite par Albéric de Trois-Fontaines, dans Monum. Germ. hist.. Script., t. xxnr, 1874,' p. 964. L'apostolat de Guillaume avait donc atteint tout de suite un résultat important, puisqu'il avait dû partir pour l'Orient au « passage » du printemps 1235, comme chef d'un groupe envoyé par Grégoire IX, suivant une formule qui reviendra souvent dans les documents pontificaux du xine siècle : ad génies quœ Jesum Chrislum Dominum non agnoscunt, et ad subversionis filins, qui sacrosanctœ romanœ Ecclesiœ non obediunl. Bullarium ordinis prœdicalorum, t. I, Rome. 1729, p. 58. Le catholicos, — Iakelinus d'Albéric est une corruption de Ja/i/licus - Diatiliq, équivalent en arabe de Mésopotamie du titre syriaque qatûliqâ — ne se convertit pas, mais Philippe reçut à l'union un archevêque nestorien de Syrie, probablement le métropolite de Damas qui était venu en pèlerinage à Jérusalem, loc. cit. Le pape répondit au prélat réconcilié par une lettre du 29 juillet 1237, dans laquelle, après avoir rappelé la promesse du Christ à Pierre, il le félicite d'avoir retrouvé en l'Église romaine l'arche qui sauve, et l'encourage à ramener au bercail ses frères encore égarés. Ibid., p. 97.

Nonobstant les difficultés de la papauté engagée dans la lutte contre l'empire, l'œuvre des missions progressait : le 22 mars 1244, Innocent IV accordait aux missionnaires des privilèges très étendus, en particulier la faculté de communiquer avec les chrétiens orientaux, nonobstant l'excommunication latœ sententiiv encourue par eux du fait de l'hérésie : in rerbis, officio et cibo secure cam eis communicare valeant. Bullarium..., t. i, p. 136. La communicatio in mu-ris était ainsi autorisée, avec une restriction seulement pour les territoires soumis aux princes francs : (7a lamen quod ipsi jratres in ecclesiis illorum sitis in terra fideiium, divina non cclebrenl. Loc. cit. Les mêmes facultés étaient concédées le 21 mars 1245 aux mineurs envoyés comme missionnaires, dont certains aussi étaient destinés à travailler chez les nestoriens. J. H. Sbaralea, Bullarium franciscanum, t. i, Rome, 1759, p. 360.

Le pape, cependant, soucieux d'arrêter dans leur œuvre de dévastation les Tartares, qui occupaient alors la Hongrie, décida en ce même printemps 1245 d'envoyer en Orient quatre missions, dont deux à but politique confiées au franciscain Jean de Pian di Carpine, remplaçant, à ce qu'il semble, Laurent de Portugal et au dominicain lombard Ascelin ou Ezzelino. Os ambassadeurs revinrent après avoir

rencontré, l'un le grand khan Guyuk, l'autre le commandant des troupes mongoles de Perse, Baycunoyan. P. Pelliot, Les Mongols et ta papauté, dans Bévue de l'Orient chrétien, t. xxm, 1923, p. 3-30 et t. xxiv, 1924, p. 262-335; extrait, p. 1-28 et 66-139. Les deux autres missions étaient plutôt de caractère ecclésiastique, le franciscain Dominique d'Aragon ayant été envoyé en Arménie et à l'Église de Byzance, E. Tisserant, La légation en Orient du franciscain Dominique d'Aragon (1245-1247); dans Bévue de l'Orient chrétien, t. xxiv, 1924, p. 336-355, tandis que le dominicain André de Longjumeau était envoyé aux prélats jacobites et nestoriens. A. Rastoul, dans Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques, t. h, col. 1677-1681. André rentra à Lyon sans avoir vu le catholicos, qui était toujours Sabriso' V, dont les bonnes dispositions étaient connues, en raison sans doute des difficultés qu'il aurait éprouvées pour passer du territoire soumis aux Mongols à celui du calife de Bagdad, où se trouvait le catholicos. Après avoir rempli sa mission auprès du patriarche jacobite à Mardin et du mafrien à Mossoul, il se rendit toutefois à Tauriz pour y rencontrer un haut personnage de l'Église nestorienne, qui, revêtu seulement du titre de périodeute, jouait un rôle considérable, parce qu'il était devenu le conseiller de Guyuk après avoir été celui de sa mère. P. Peliiot, loc. cit., p. 225-262, extrait, p. 29-66. Ce dignitaire s'appelait Rabban Simon, mais les Mongols le désignaient par le mot turc ata, qui signifie « père », d'où le nom de Rabban-ata, corrompu en Rabban-ara dans les registres pontificaux, nom sous lequel il a été connu jusqu'à ce que M. Pelliot lui ait pleinement rendu sa personnalité, loc. cit. Cet homme, que le grand khan avait envoyé avec l'armée opérant en Perse pour protéger les chrétiens contre les excès de la soldatesque, fut péniblement impressionné par l'excommunication qu'Innocent IV avait fulminée contre Frédéric II. En répondant au pape, Rahban Simon lui recommande l'indulgence et l'exhorte à l'union dans la prière; il lui envoie en plus d'un bâton pastoral en ivoire, un livre apporté par lui d'Asie centrale ou de Chine, et transmet une profession de foi signée par le métropolite de Nisibe, lso'yahb bar Malkon. deux autres métropolites et trois évêques. Cette profession avait peut-être été dictée par André de Longjumeau, elle est parfaitement orthodoxe du point de vue christologique. La lettre de Rabban Simon contient aussi une prière en faveur du métropolite nestoriende Jérusalem et des nestoriens qui habitaient à Antioche, Tripoli et Acre; ils avaient dû être molestés en quelque façon par le clergé latin ou les barons, et leur vieux compatriote demande au pape d'intervenir pour que cette fâcheuse situation prenne fin. Le patriarche jacobite avait fait une demande analogue en acceptant l'union de Rome, à savoir que la hiérarchie latine ne se superposât en aucune façon à la hiérarchie existante. André de Longjumeau, qui servit en Orient le pape et le roi de France avec une grande habileté, avait bien compris quel était le danger de conflit entre les deux hiérarchies et combien il risquait d'empêcher l'union : dès le 5 juin 1247, Innocent IV envoyait en Orient le franciscain Laurent d'Orte, avec la mission spéciale de soustraire les chrétiens orientaux, nestoriens compris, aux vexations des Latins. Bullarium franciscanum, 1. 1, p. 460 sq. On en vint cependant, peu d'années après, à envisager la création d'une hiérarchie latine dans des territoires qui n'étaient pas soumis à la domination franque, et ce, semble-t-il, sur le conseil du même André de Longjumeau. C'est lui, en effet, qui signala à saint Louis, lorsqu'il le retrouva à Césarée de Palestine, en revenant de Vordou du grand khan,

NESTORIENNE (L'ÉGLISE), RELATIONS AVEC ROME

la fâcheuse situation de nombreux chrétiens, hérétiques à ramener à la foi catholique, vivant chez les Mongols dans une pénurie à peu près complète de prêtres qui pussent leur administrer les sacrements. Guillaume de Rubrouck se laissa dire dans le même temps que les évêques nestoriens visitaient rarement la Mongolie, « peut-être une seule fois en cinquante ans ». o Alors, ajoute-t-il, on fait ordonner piètres tous les petits enfants mâles, même ceux qui sont encore au berceau, ce qui explique comment presque tous les hommes sont prêtres. » Éd. deBacker, p. 129. Quels prêtres! André de Longjumcau, qui avait insisté en 1247, n'étant allé que jusqu'à Tauriz, sur le danger d'une double hiérarchie, pensa lorsqu'il eut été plus avant en Asie centrale, que la pénurie de prêtres était un mal plus considérable. Voilà pourquoi, à la suggestion du roi de France, le pape prescrivit le 29 février 1253, par une lettre au légat Odon de Tusculum, de consacrer évêque une certaine proportion des religieux, franciscains et dominicains, que l'on enverrait dorénavant en mission dans le domaine du calife de Bagdad et au delà, donc chez les nestoriens. Raynaldi, Annales ecclesiastici..., t. xm, Rome, 1616, p. 702; cf. Pelliot, op. cit., p. 267 sq., extrait, p. 71 sq..

Il ne semble pas que cet ordre ait reçu même un commencement d'exécution. Les premiers évêques latins en Mésopotamie et Asie majeure, qui nous soient connus, appartiennent aux années 1307-1330. Les trente-trois années qui suivirent la mort d'Innocent IV (1251-1287) virent se succéder dix papes sur le trône de saint Pierre : la rapidité de cette succession ne se prêtait pas à l'accomplissement de grands desseins et les missions en souffrirent, bien que l'unité de l'empire mongol sous Mangou-khan et Koubilaï i ait été particulièrement favorable à la circulation des Occidentaux, commerçants ou missionnaires, comme on le voit, par exemple, par l'histoire des Polo, il ne faudrait pas croire d'ailleurs que rien ne fût fait : les couvents d'ancienne création, comme celui de Titlis, fondé au plus tard en 1210, continuaient d'être des centres de missionnaires itinérants, tandis que de nouveaux couvents se créaient en plein territoire nestorien, tels celui de Tauriz, avant 1280, et celui de Bagdad, avant 1290.

Les événements politiques amenèrent d'ailleurs, dans le dernier quart du siècle, un réveil de l'activité missionnaire. Les Mongols, après avoir porté au califat un coup définitif par la prise de Bagdad, se trouvaient en face de deux puissants royaumes musulmans, celui des Seldjoucides en Asie Mineure et celui des Mamelucks en Egypte. Pour les vaincre, ils songèrent à provoquer une intervention des Francs. L'alliance militaire que saint Louis avait tentée aux environs de 1250 fut désirée par Abagha d'abord, puis par son (ils et deuxième successeur, Arghoun. Or celui-ci, ayant envoyé comme ambassadeur auprès des cours européennes le périodeute Rabban Saumâ, ce dernier apporta à Rome, avec les lettres du monarque, une lettre du catholicos, Yahballâhâ III. Les cardinaux, qui reçurent Saumâ pendant la vacance du siège, dans l'été de 1287, après avoir manifesté leur étonnement de ce qu'un moine chrétien consentit à servir un prince mongol, procédèrent à un sérieux examen de la foi professée par cet ambassadeur d'une nation redoutée. Us ne firent pas d'objection à la formule christologique de Saumâ, qui était pourtant ambiguë, « deux natures, deux hypostases, une personne » (M. Chabot traduit : «deux natures et deux personnes, un personnage », Revue de l'Orient latin, t. n, p. 94, extrait, p. 66). Mais, avertis qu'ils étaient sur la question de la procession du Saint-Esprit, à cause de la controverse avec les Grecs, ils le blâmèrent et le

réfutèrent sur ce point. Il ne semble pas que Saumâ ait été autorisé à célébrer les divins mystères pendant ce premier séjour à Rome, et il ne dit pas non plus qu'il ait célébré pendant son séjour en France, tandis qu'il dit la messe devant le roi d'Angleterre, et lui donna la sainte communion. lbid.,p. 110, extrait, p. 82.

Mais lorsque l'envoyé d'Arghoun revint à Rome après l'élection de Nicolas IV, le pape l'autorisa à dire la messe en sa présence, et la curie s'intéressa à sa manière de célébrer. En outre, le dimanche des Rameaux, Saumâ fit sa communion pascale des mains du pape. Ibid., p. 115, extrait, p. 87. Il n'y a donc pas de doute qu'il fut regardé dès lors comme catholique, parce que l'on ne se rendait peut-être pas alors parfaitement compte à Rome de la foi des nestoriens, lesquels ne s'appelaient pas eux-mêmes de ce nom, préférant celui de « chrétiens orientaux ». Le symbole joint à la lettre du pape pour Yahballâhâ III est le symbole que Clément IV avait fait rédiger pour les Grecs, et que l'on appelle couramment la profession de foi de Michel Paléologue, il ne contient aucune addition relative à la doctrine christologique. Denzinger-Bannvart, Enchirid., n. 461.

Encouragé sans doute par la lettre pontificale et les présents que Saumâ lui rapporta de la part du Souverain Pontife, Yahballâhâ se montra plus que jamais bienveillant pour les missionnaires latins. C'étaient les mineurs que le pape lui recommandait dans la lettre du 13 avril 1288, mais il semble que le catholicos rencontra surtout des dominicains. Lorsqu'il descendit à Bagdad en 1290, il y trouva Ricoldo de Monte Croce, qui venait d'y arriver par le fleuve, venant de Mossoul. Ricoldo, suivant son usage, s'était mis aussitôt à prêcher dans les églises nestoriennes, et il avait été bien reçu jusqu'au moment où il avait appelé « Marie Mère de Dieu ». Ce seul mot l'avait fait expulser du temple qu'on avait aussitôt purifié par un lavage à l'eau derose. Les nestoriens lui avaient cependant concédé de célébrer dans une de leurs églises, à condition qu'il ne prêchât pas. Mais Yahballâhâ III, étant arrivé sur les entrefaites, l'invita à parler devant lui, en présence des prélats et du clergé et, lui donnant pleinement raison, déclara que personnellement il n'était pas nestorien et ne suivait pas la doctrine de Nestorius. Vainqueur des théologiens locaux dans une discussion publique à quelques jours de là, Ricoldo reçut du catholicos l'autorisation de prêcher librement. Mais, comme celui-ci ne résidait pas habituellement à Bagdad, le clergé nestorien tint bon contre le missionnaire, si bien que beaucoup lui disaient adhérer à sa foi, qui n'osaient pas la confesser publiquement par crainte de la persécution. Laurent, Peregrinaliones..., p. 130 sq.

Aussi Ricoldo semble-t-il s'être tourné dès lors plutôt vers les musulmans; pourtant, ce sont encore les chrétiens dissidents, qu'il avait en vue lorsqu'à la fin de son séjour en Mésopotamie il formulait des règles d'apostolat, dignes d'être prises pour directives, aujourd'hui encore : « 1° Il ne faut pas prêcher la foi ou discuter avec les étrangers par interprètes;... ils ne savent pas exprimer les choses de la foi. Ils n'osent pas non plus avouer leur ignorance et commettent de grandes confusions... Il faut donc que les religieux sachent bien les langues... 2° Les frères doivent être solidement instruits sur le texte des Écritures... Les chrétiens orientaux connaissent le texte de l'Ancien et du Nouveau Testament... 3° Il faut bien connaître les doctrines et les arguments des différentes sectes, et distinguer si elles errent sur des points fondamentaux. Souvent des religieux discustent inutilement les questions de rites, alors qu'il s'agit de ramener les hérétiques à l'unité de la foi

NESTORIENNE (L'ÉGLISE), RELATIONS AVEC ROME

et non à l'unité de la liturgie. La foi doit être catholique, c'est-à-dire de tous les chrétiens. et non la foi des Francs ou des Chaldéens. 4° Pour chaque secte il faut discuter avec les chefs. Les inférieurs et les simples se convertissent et ne persévèrent pas. Ils suivent au contraire facilement leurs évêques et les principaux d'entre eux. Dans l'exposition de la doctrine, il faut aussi commencer par les choses les plus faciles. Les Orientaux posent de préférence des questions sur les points ardus de notre foi. Il ne faut pas se hâter de leur répondre en ces matières. On doit aussi leur parler avec respect et humilité... Quand les nôtres s'enorgueillissent, ils nous méprisent, nous et notre doctrine. » Traduction du P. Mandonnet, Fra Ricodo de Monte-Croce, dans Revue biblique, t. il, 1893, p. 602 sq.

Cependant les relations entre le pape et le catholicos continuaient : lorsque Jean de Montecorvino repartit pour l'Orient en 1289, il portait à Yahballâhâ, dont il avait fait l'éloge au pape, une lettre de Nicolas IV. Le catholicos ne manquait pas de son côté, chaque fois que l'ilkhan envoyait des ambassadeurs en Occident, de leur confier quelque missive pour le souverain pontife. Se trouvant auprès de Ghazan, en juillet 1302, Yahballâhâ remit au chrétien Sa'ad ad-din, le Sabadinus des documents latins, une lettre de créance, qui nous est parvenue en original. Académie des Inscription et Belles-Lettres, Comptes rendus, 1922, p. 235. Le catholicos, n'ayant pas d'affaires importantes à traiter, chargea l'ambassadeur de dire de vive voix au Saint-Père tout ce qui pourrait l'intéresser; il n'y avait pas lieu dans une lettre de ce genre à grande profession de foi, mais on y voit clairement, sous l'hyperbole de mise dans le style des chancelleries orientales, crmbien sincèrement Yahballâhâ désirait l'union. Il appelle le pontife de Rome « celui en qui on a confiance au sujet des mystères théologiques »; il souhaite « que Dieu étende sur toutes les créatures l'ombre de Sa Sainteté, et qu'il réunisse les baptisés par l'abondance de ses grâces. »

La lettre de Yahballâhâ III à Benoît XI, connue en traduction latine depuis Raynaldi, Annales ecclesiastici, t. xin, Rome, 1646, an.' 1304, n. 23, et dont j'ai retrouvé l'original aux Archives du Vatican, manifeste encore mieux, par les circonstances dans lesquelles elle fut écrite, la cordialité des relations entretenues par le catholicos avec les missionnaires latins et le pontife romain. Cette lettre fut écrite le lundi de la Pentecôte, 18 mai 1304, de Maragha, où Yahballâhâ était rentré l'avant -veille. Le jour de la fête, il avait sans doute reçu après la messe, comme c'est l'usage dans toutes les églises d'Orient, ses amis empressés à le saluer. Parmi ceux-ci était venu un dominicain, peut-être le supérieur du couvent local, Jacques d'Arles-sur-Tech, qui lui avait annoncé l'élection du nouveau pape, le dominicain Nicolas Boccassini On comprend que Rabban Jacques, comme l'appelle Yahballâhâ, désirât porter à l'ancien maître général des frères prêcheurs une lettre et une profession de foi du catholicos nestorien. Il démontrerait ainsi au souverain pontife l'utilité des missions en Orient et pourrait peut-être obtenir de lui quelque nouveau privilège pour le« missionnaires.

Toutefois, cette bienveillance personnelle de Yahballâhâ ne doit point faire illusion sur les dispositions du clergé nestorien, qui ne cessa jamais de résister aux tentatives des missionnaires latins pour le gagner. Lorsque Jean de Montecorvino fut arrivé en Chine, c'est aux nestoriens qu'il s'adressa tout d'abord dans sa prédication, et il obtint quelque succès, puisqu'il convertit l'Ongtit Georges, Toi des Ouryanghéens, avec une partie de son peuple. Jean avait bien compris l'importance de la question linguistique, il prêchait

en mongol et avait traduit une partie de la sainte Écriture, tout le Nouveau Testament et le Psautier. Bien plus, il projetait d'accord avec le roi, de traduire le bréviaire afin que l'office pût être chanté dans toute l'étendue de son royaume, chose importante en face des lamaseries et bonzeries où il y avait des prières continuelles. Il célébrait déjà la messe en mongol, lorsqu'il se trouvait dans l'église que le roi converti avait fait construire : ...eo invente in ecclesia celebrabatur missa secundum rilum latinum in liltera et lingua illa (lartarica) tam verba canonis quam prœfaliones. A. C. Moule, Documents relating to the mission of the Minor Friars to China in the thirleenth and fourleenth centuries, dans The journal of the royal asiatic society, 1914, p. 551. Cela ne fit sans doute que provoquer un redoublement d'opposition de la part des prêtres nestoriens, qui célébraient dans une langue incomprise des indigènes, et tenaient d'autant plus à leurs cérémonies traditionnelles qu'ils avaient eu plus de mal à les apprendre, et qu'elles représentaient à peu près tout ce qu'ils savaient de plus que leurs fidèles en fait de religion. Lorsque Georges mourut, ses frères eurent tôt fait de ramener ses anciens sujets au nestorianisme, en l'absence de Montecorvino, qui ne pouvait quitter la cour du grand khan. A Khanbaliq même, il semble qu'il ait eu bien peu de succès aussi auprès des chrétiens dissidents, sauf une colonie de marchands alains qui étaitencore fidèle à son souvenir en 1337; le fait que Jean de Montecorvino resta onze ans, sans pouvoir se confesser, prouve qu'il n'avait converti aucun prêtre. C'est auprès des païens surtout qu'il exerça son ministère; c'est pourquoi l'envoi de sept évêques chargés de le sacrer archevêque de Khanbaliq, en devenant ses sufîragants, ne relève plus de l'histoire de l'Église nestorienne.

Yahballâhâ était mort lorsque Jean XXII, appliquant à la Perse la mesure prise en 1307 pour la Chine par Clément V, créa l'archevêché de Soultaniyeh, confié avec six sièges sufîragants à l'ordre dominicain par bulle du 1er avril 1318. Texte publié par C. Eube\,Die wahrend des 14. Jahrhunderls im Missiongebiet der Dominikaner und Franziskaner errichleten Bisthùmer, dans Festschrifl zum elfhundertjàhrigen Jubilàum des deutschen Campo Santo in Rom... hrsg. von. S. Elises, Fribourg-en-Brisgau, 1897, p. 191-195. Les évêchés en pays nestorien étaient Tauriz (évêque à partir de 1329), Maragha (1320), Diagorgana ou Djordjan (1327), Quilon, au sud de l'Inde (1329), Semiscanta, qui est Samarqand ou Meched(1329). Almaliq, au sud du lac Baïkal, eut de 1338 à 1342 un évêque franciscain, qui dépendait de Khanbaliq, Bassorah eut un évêque du même ordre en 1363. Plusieurs des titulaires de ces sièges ne prirent jamais possession : au commencement du xv siècle, il ne restait d'évêques latins qu'à Soultaniyeh et Tauriz; un nouvel évêché fut créé à Salmas en 1402; les listes de ces sièges se terminent respectivement en 1425, 1450 et 1460.

L. Cahun a écrit : « L'Église latine contribua par son zèle à la ruine du christianisme chez les Turcs. Le nestorianisme, implanté depuis des siècles, avait eu le temps de prendre racine; il tenait au sol comme une plante nationale, indigène; le catholicisme romain n'était qu'une religion d'étrangers. Le Turc chrétien converti par un missionnaire latin entrait dans le giron de l'Église universelle, mais il sortait de l'union nationale; c'était un déserteur... Le nestorianisme, abandonné à lui-même, aurait peut-être survécu; l'immixtion d'étrangers lui fut également funeste auprès des Turcs et auprès des Chinois. » Introduction à l'histoire de l'Asie, Paris, 1896, p. 408 sq. Il ne semble pas que les missionnaires latins aient à porter une

NESTORIENNE (L'EGLISE;, UNION A ROME

aussi lourde responsabilité. Le christianisme fut déraciné en Chine par haine de la dynastie des Yuan et non des Latins; il disparu! on Haute-Asie, lorsque « Timour supprimait les Mongols au nom de l'apôtre Mohammed », ibid., p. 479. Dans les régions montagneuses et pauvres où les chrétiens purent subsister sans trop attirer la cupidité des musulmans, l'Église nestorienne survécut et les missionnaires de l'Occident qui n'en disparurent guère que pendant un siècle, au moment où les Turcs prenaient Constant inople et menaçaient l'Kurope, y reparurent bientôt pour y rétablir de façon durable l'union à Rome.

Les sources de ce paragraphe se trouvent indiquées sous les différents noms de lieux et de personnes dans U. Chevalier, Répertoire des sources historiques du Moyen Age; Topo-bibliographie, Montbéliard, 1894-1903; Biobibliographie, Paris, 1903-1907. Bibliographie des sources par ordre chronologique dans R. Slreit, Bibliolheea missionum, t. IV, Asiatische Missionsliteratur, 1245-1599, Aix-la-Chapelle, 1928 (ouvrage soigné, où manque cependant l'indication des articles de la Reuue de l'Orient chrétien, qui ont ajouté beaucoup de nouveau). La plupart des lettres pontificales ont été publiées par Raynaldi, reproduites dans les bullaires franciscain et dominicain, ainsi que dans l'appendice de M. Chabot à son Histoire du patriarche Mur Jabalaha III..., dans Revue de l'Orient latin, t. ii, p. 566-640, extrait p. 185-257. La première lettre de Yahballaha se trouve avec celle de Raban-ata dans S. Giamil, Genutnse relatianes inter Sedem apostolicam et - \ ssi/riorum orientalium seu Chaldicorum Ecclesiam, Rome, 1902, p. 1-8.

Parmi les travaux récents, on peut citer : G. Golubovich, Bibliotcca bio-bibliogra/ica délia Terra sanla e dell'Oriente francescano, t. i-iv, Quaracchi, 1900-1923 (les informations qui concernent la période 1215-1345, sont éparses, sous les noms des religieux employés comme missionnaires) ; San Domenico nell'appostolato de' suoi figli in Oriente (periodo de secoli XIII e XIV), dans Miscellanea domenicana in memoriani ^'II antli sœcularis ab obilu sancti patris Dominici, Rome, 1923, p. 206-221; B. Altaner, Die Dominikanermissionen des 13. Jahrhunderts, dans Breslauer Studien zur historischen Théologie, Habelschwerdt, 1924; H. Cordier, Histoire générale de la Chine..., c. xxn, Les Mongols : Missionnaires et voyageurs étrangers, t. u, Paris, 1920, p. 368-432; L. Bréhier, L'Église et l'Orient au Moyen Age, Paris, 1907, p. 219-221, 268-286, 311-3; P. Pelliot, Mongols et papes aux XIIIe et XIV' siècles, lu dans la séance publique annuelle e?es cinq académies du mercredi 25 octobre 1922; A. van den Wyngaert, Jean de Mont- Corvin, O. F. M., premier évéque de Khanbuliq (Pe-King), Lille, 1924.

VIII. L'Église chaldéenne catholique. — 1» L'union des nestoriens de Chypre. —Chypre a joué pendant tout le Moyen Age un rôle très spécial : isolée par la mer d'un continent où se battaient des peuples qui n'étaient pas marins, Arabes, Turcs et Mongols, elle resta de 1192 à 1489 sous le gouvernement d'une dynastie d'origine française, il est vrai, mais profondément levantinisée et même orientalisée par plusieurs alliances grecques et arméniennes. Chypre fut un asile pour beaucoup de chrétiens orientaux fuyant les zones de combat, en même temps qu'une place d'armes où les Francs pouvaient se regrouper en sûreté après un échec ou avant une attaque.

Les nestoriens formaient à Nicosie une colonie, groupée autour d'un évêque, suffragant du métropolite de Tarse. Dès 1222, l'attention de Rome avait été attirée sur les chrétiens dissidents, qui résidaient en Chypre. Une bulle d'Honorius III, en date du 12 février de cette année-là, prescrit au patriarche de Jérusalem, à l'archevêque de Césarée et à l'évêque de Bethléem, ses envoyés dans l'île, de ramener les dissidents à l'obédience de l'archevêque latin de Nicosie et de ses sufîragants, en les frappant au besoin de censures. P. Pressutti, Regesla Honorii papœ III, t. u, Rome, 1895, p 35, n. 3750. L'entreprise n'eut guère de succès : les laïcs grecs et syriens firent une

DICT. DE THÉOLOGIE CATH

violente opposition aux membres du clergé, qui manifestaient une certaine propension à l'union, et les privèrent de la jouissance des revenus attachés à leurs charges. Urbain IV dut intervenir le 23 janvier 1263 par une lettre au baile de Chypre, J. Hackett A hislonj of Ihe orllwdox Churcli o/ Cyprus..., Londres, 1901, p. 531 sq. Soixante ans plus tard, comme il restait des nestoriens dans l'île, Jean XXII enjoignit au patriarche de Jérusalem, le 1" octobre 1326, d'extirper les hérésies nestorienne et jacobite, en laissant d'ailleurs à sa prudence le choix des moyens à employer. Ibid., p. 532. Nous ne savons pas ce qui fut fait, mais, en 1340, Élie, archevêque de Nicosie, ayant réuni avec les dignitaires latins de l'île les chefs des différentes Églises et des interprètes qualifiés, publia une profession de foi, dont voici les considérants et la conclusion :

Quoniam in regno Cypri, in singulis civitatibus et diœcesibus, permixti sunt populi diversarum linguarum, habentes sub una fide, sicut experimento didicimus, varios ritus et mores, qui a suis episcopis et praesulibus, juxta diversitates rituum et linguarum, verbo instituendi sunt pariter et exemplo;... decrevimus fidei professionem explicite declarare... Praescriptam igitur purissimam... fidei veritatem... ab universis et singulis regni Cypri, cujuscumque nationis existant firmiter teneri... praecipimus et mandamus, si omnipotent is Dei et sacrosanctae romanae Ecclesiae, neenon sanctissimi demini nostri domini Benedicti papse XII, cupiunt efîugere ultionem. Per hoc autem non intendimus inhibere Graecis episcopis, et eorum subditis.quin ritus suos fidei catholiese non adversos sequantur, juxta compositionem a felicis reeordationis domino Alexandro romano pontifice in regno Cypri inter Latinos et Grascos editam et diutius observatam. ilansi, Concil., t. xxvi, col. 372-375.

L'acceptation était-elle vraiment aussi spontanée que le déclare Élie : Memorati... prœmissarum aliarum nalionum majores, pro se et subditis suis,... clare et explicite recognoverunl,... et sponlanea voluntate, omni timoré semoto, et quacumque coactione cessante, humili professione confessi sunt...? Ibid., col. 375 sq.

Us devaient avoir fait jjrofession de la foi catholique, ces nestoriens qu'Etienne de Lusignan vit, encadrés par les Éthiopiens et les « jacobites » syriens, dans le cortège d'une procession du Saint -Sacrement . J. Hackett, op. cit., p. 530. Leur rite devait être reconnu, comme celui des Grecs, seul mentionné dans la constitution ci-dessus, sans toutefois que leur office ait jamais été célébré en grec, comme l'a cru le voyageur Jacques de Vérone, qui passait là en 1335. R. Rôhricht, Le pèlerinage du moine augustin Jacques de Vérone, dans Revue de l'Orient latin, t. in, 1895, p. 178.

Toutefois, c'est seulement en 1445 que l'union définitive est enregistrée dans un document officiel de l'Église romaine, la bulle promulguée par Eugène IV, après que le métropolite des nestoriens, Timothée, eut professé la foi catholique, d'abord à Chypre devant le dominicain André, archevêque de Colosses (= Rhodes), puis au Latran, dans la session conciliaire du 7 août 1445. Hefele-Leclercq, Histoire des conciles, t. vu b, p. 1106. Le pape déclare qu'on devra être dorénavant attentif à ne plus traiter d'hérétiques ces Syriens revenus du nestorianisme, auxquels sera réservé le nom de « Chaldéens » : quod nemo prœdictos Chaldœorum metropolita met Maronilarum episcopum, eorumque clericos et populos, neque ex populo et clero quempiam de cetero audeal hereticos appellare, aut Chaldœos de cetero nestorianos nominare prœsumat. [Hardouin], Acta conciliorum et epistolse décrétâtes, t. ix, Paris, 1714, col. 1043.

L'histoire de la colonie chaldéenne de Chypre à partir de cette date est peu connue. En 1450, une partie des néo-convertis était retournée à l'hérésie,

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