NICÉPHORK DE CONST A NT I NO P I, I S
second concile de Nicée (787) en qualité de secrétaire impérial. Il brillait déjà par une solide formation littéraire, une connaissance profonde des choses ecclésiastiques et une grande éloquente. Cependant il ne
tarda pas à suivre l'allrail qui le poussait vers la solitude. Il se relira dans les environs du Bosphore, sur la côte asiatique, y construisit un monastère el y vécul au milieu de ses livres, sans toutefois prendre l'habit religieux. L'empereur Constantin VI et sa mère Irène le rappelèrent dans la capitale, et lui confièrent la direction du grand hôpital de la ville. A la mort du patriarche Taraise (25 février 806), l'empereur Nicéphore I" jeta les yeux sur lui pour en faire le chef de l'Église. Le projet du souverain ne rencontra d'opposition que chez saint Platon et son neveu Théodore le Sludite, qui auraient voulu un homme déjà dans les ordres, le choix de Taraise, un autre fonctionnaire impérial, ayant déjà été un mauvais exemple. L'empereur maintint son choix. Nicéphore voulut d'abord recevoir l'habit monastique, puis gravit en peu de temps tous les degrés de la hiérarchie ecclésiastique; enfin, le jour de Pâques, 12 avril, il fut installé sur le trône patriarcal à Sainte-Sophie. Leur opposition valut à saint Platon, à saint Théodore et à quelques autres sludiles un emprisonnement de vingtquatre jours. L'empereur voulut faire payer au nouveau patriarche la faveur qu'il lui avait accordée. Il lui demanda de réhabiliter le prêtre Joseph que Taraise avait déposé et dégradé en 797, pour avoir béni le mariage illégitime de Constantin VI avec sa concubine Théodote (affaire du moechianisme). L'empereur tenait à faire plaisir à ce personnage qui venait de mettre tin à la révolte de Bardane. Le patriarche résista d'abord aux sollicitations du prince, puis il céda dans la crainte que celui-ci ne fût plus mal disposé pour l'Église. Il réunit donc un synode en 806 ou 807, et rendit à Joseph sa dignité de grand économe et tous ses droits sacerdotaux. Saint Théodore le Studite prit nettement position contre Nicéphore, qu'il accusait d'enfreindre gravement, par faiblesse, la discipline ecclésiastique. Une réunion synodale tenue en janvier 809 condamna l'higoumène et ses partisans; les studites furent durement persécutés pour leur attitude intransigeante. La réconciliation n'eut lieu que deux ans plus tard. La mort de l'empereur Nicéphore et de son fils Staurace (811) rendit en effet la paix à l'Église. Le patriarche réunit un nouveau synode qui renouvela contre Joseph la sentence de Taraise. Devant ce changement d'attitude, saint Théodore le Studite ne pouvait que se rapprocher de lui. C'est alors seulement que Nicéphore envoya au pape Léon III sa lettre synodale qui renferme une belle formule de foi catholique (P. G., t. c, col. 169- 200). Il prétend qu'elle avait été empêchée jusque-là par l'empereur, mais il est possible que sa propre conduite dans l'affaire mœchienne lui ait conseillé d'attendre un peu plus de liberté. La paix rendue à l'Église ne fut pas de longue durée. Le 10 juillet 813, le patriarche couronnait empereur Léon V l'Arménien (813-820), qui ne tarda pas à manifester sa volonté bien arrêtée de combattre à son tour le culte des images. Après diverses tentatives infructueuses pour trouver des textes plus probants que ceux qui avaient été produits au conciliabule de Hiéria (753), il demanda au patriarche, en décembre 814, d'enlever les images exposées trop bas à la vénération des fidèles. C'était le prélude de la lutte. A Noël, il baisa encore les icônes, mais il refusa d'en faire autant le jour de l'Epiphanie. Nicéphore résista et se vit abandonné de la plupart des évêques. Ceux-ci le citèrent à comparaître devant eux, et, sur son refus, interdirent de commémorer son nom dans les offices. Enfin, dans la nuit du 13 mars 815, une barque condui-
sit le patriarche à Sculari. el il fut interné dans le monastère de Saint-Théodore qu'il avait construit à quelque dislance de celle ville. Il y vécul en moine, adonné à ses éludes el soutenant les défenseurs des images par ses écrits et ses conseils. Saint Théodore le Studite alla conférer avec lui dans sa retraite I. 'avènement de Michel le Lègue (25 décembre 82n) ne justifia point les espérances des orthodoxes. Le nouvel empereur ne changea guère la politique religieuse de son prédécesseur. Ii offrit au patriarche détrôné de lui rendre son siège, s'il rejetait les divers conciles qui s'étaient tenus au sujet duculledesimages. Nicéphore refusa cl sa supplique en faveur du rétablissement des icônes n'eut aucun succès. Il termina ses jours dans le lieu de son exil, le 2 juin 829. Malgré qu'il eût été l'allié fidèle de saint Théodore pendant celte persécution, les studites lui tenaient rigueur de sa faiblesse lors de la reprise de l'affaire mœchienne. Aussi voulaient-ils s'opposer au retour de ses restes après le triomphe du culte des images. Le patriarche Méthode, mieux inspiré, leur imposa silence et déposa solennellement les reliques de saint Nicéphore dans l'église des Saints-Apôtres, le 13 mars 847. L'Église grecque donne au saint le titre de confesseur de la foi et le fête le 2 juin, anniversaire de sa mort; l'Église latine le 13 mars, anniversaire de la translation de ses reliques. Sa vie a été écrite par Ignace, diacre et skeuophylax, P. G., t. c, col. 41-160: C. de Boor, Nicephori arehiepiscopi Constantinopolitani opu.sculu historica, Leipzig, 1880, p. 139-217. Outre les récits des chroniqueurs, on a encore comme source de renseignements sur saint Nicéphore le discours sur son exil, et la translation de ses reliques par le prêtre Théophane, P. G., t. c, col. 159-168; Th. Joannou, Mv/j(xeïa àYioXoytxà, Venise, 1884, p. 115-128.
IL Œuvres. — ■ C'est surtout pendant son exil que saint Nicéphore les a composées. Il n'avait écrit jusque-là qu'un traité perdu contre les juifs, les cataphrygiens et les manichéens, et un autre au début de la seconde querelle des images, l'Apologeticus minor. Ces œuvres comprennent deux parties bien distinctes. La première, purement théologique, renferme surtout les trois livres d'Antirrhétique, contre Mamonas, c'est-à-dire Constantin Copronyme, et l'Apologeticus major. Ces deux ouvrages, écrits en 817, redressent les erreurs des iconomaques au sujet de l'incarnation du Verbe et du culte des images. On en trouve le texte dans A. Mai, Nova Patrwn bibliotheca, t. v, Rome, 1849, vol. 1, p. 1-144, vol. 2, p. 1-142, vol. 3, p. 1-271, et dans P. G., t. c, col. 201-850. Le cardinal Pitra a édité dans le Spicilegium Solesmense, t. i, p. 302-503, t. iv, p. 265-380, plusieurs autres ouvrages théologiques de saint Nicéphore : un antirrhétique sur les témoignages de Magnés, un recueil de témoignages des anciens Pères, un antirrhétique contre les iconomaques, un autre contre Eusèbe de Césarée II se proposait aussi de publier, dans le tome v de la même collection, un autre anlirrhétiquecontre le faux concile des iconomaques assemblé sous Constantin Copronyme (753), mais ce tome n'a pas vu le jour. Quant au volume spécial qu'il voulait éditer des œuvres de saint Nicéphore (cf. Anale.cla sacra el classica, t. v, Rome, 1888, p. 46), il est encore à paraître.
Les divers ouvrages théologiques de saint Nicéphore qui sont édités témoignent d'un esprit élevé, d'une connaissance approfondie de l'Écriture sainte et de la littérature palristique, d'une grande variété de points de vue et d'une dialectique subtile. Le ton est souvent vif dans ses réponses aux hérétiques, mais il s'explique par l'âpreté de la lutte autour du culte des images.
Les écrits historiques de saint Nicéphore sont au nombre de deux et ont une grande importance. Le premier, qui est le plus étendu et le plus précieux,
455 NICEPHORE DE C( ) XSTA NTI NOPLE — NICÉPHORE GREGORAS 456
est ricrxopia anJv-0|i.oç, appelée ordinairement Breviarium Nicephori, qui raconte les événements survenus depuis la mort de l'empereur Maurice jusqu'au mariage de Léon IV Khazare (1)02-7(59) : révolutions politiques, guerres, donations aux Églises, querelles religieuses, etc. Photius en fait à bon droit le plus grand éloge au point de vue de l'information et du style (Bibliotheca, cod. 60, P. G., t. cm, col. 164). Les éditions se sont succédé assez nombreuses depuis celle de Petau en 1616, mais la meilleure esl celle deC. deBoor, op. cit. : on trouve le texte grec et une traduction latine dans P. G., t. c, col. 876-994. Saint Nicéphore composa ;uiNsi une Chronique abrégée qui va d'Adam à sa propre mort (829): divers auteurs l'ont continuée jusqu'en 1 180. Elle se trouve dans P. G. A. c, col. 995- 1060, et dans !'é:lition de Boor, à la suite du Breviarium.
Saint Nicéphore a laissé des canons. Le cardinal l'ilra en a publié jusqu'à 161 dans le t. iv du Spicilegium Solesmense, p. 381-415, alors qu'on n'en connaissait qu'une soixantaine avant lui. Les canons traitent des sujets les plus divers, entre autres ceux de la discipline monastique. On attribue encore à saint Nicéphore, mais avec beaucoup d'hésitation, un Oneirocriticon ou interprétation des songes qui ligure sous son nom dans plusieurs manuscrits, entre autres dans les mss. 2494, fol. 198, et 2511, fol. 19, du fonds grec de la Nationale de Paris. H. Omont, Inventaire mammaire des manuscrits grecs de ta Bibliothèque nationale, Paris, 1898, t. n, p. 270 et 276.
R. Ceillier, Hist. des auteurs sacrés <■( ecelés., 2° édit., t. xu, p. 274-298; Fabricius, Bibliotheca grœca, 1714, t. VI, p. 153-154,295-299, 624-667; t. ix,p. 397; t. xm, p. 520; Comment. pra'i>. dans les Acla sanctorum, 3e édit., mars, t. n, col. 289-290; A. Mai, Spicilegium minimum, 1812, t. vu, p. \xx; t. x fc, p. 152; Nova Pulrum bibliotheca, 1849, t. v, 1, p. 1-114; 2, ]). 1-112; 3, p. 1-271; P. G., t. c, col. 9-1060; J.-B. Pitra, Spicilegium Solesmense, 1852, t. i, p. lxv-lxxv, 302-503; t. IV, p. 233, 265-380; K. Praechter, Zu Nikephorns XpovixôvT -jv-rofiov, dans Byzantin. Zeitschr., 1897, t. vi, p. 331-332; Surins, Vitee sanctorum, 1618, t. m, p. 171-173; K. Krumbacher, Ge schichletter byzantin. Literatur.2' édit.,
R. Janin.
5. N ICÉPHORE GREGORAS, philosophe et théologien byzantin, un des plus grands écrivains du xive siècle (1296-1 360). -- I. Vie. IL Œuvres. III. Doctrine.
I. Vie. — Né en 1296 à Héraclée du Pont, en Bithynie, Nicéphore à dix ans est orphelin. Il doit s;i première formation intellectuelle et morale à l'évêque de sa ville natale, Jean, son oncle, le favori des Paléologues. Ce prélat éclairé fait son neveu à son image, passionné d'études et d'ascèse. A vingt ans, en 1316, l'envie de parfaire ses études conduit à Byzance l'élève qui bientôt, s'autorisant du prestige dont jouit son oncle à la cour, frappe aux portes des maîtres les plus célèbres; il fréquente alors chez le patriarche Jean Glykys, un spécialiste de la grammaire et de la rhétorique ; il obtient du grand logothèse Théodore le Métochite des leçons de philosophie et d'astronomie. Cet esprit curieuxet impatient de savoir reprend par la base l'instruction reçue en province: il ne garde de sa première éducation que les graves leçons de morale chrétienne, qui le soutiendront si efflcàcemment dans les multiples infortunes de sa vieillesse. L'empressement que ces maîtres réputés mettent à satisfaire les désirs du jeune homme, l'accueil bienveillant qu'il reçoit de l'empereur lui-même, l'attachent a la dynastie des Paléologues et expliquent l'altitude antipalamite qu'il aura plus tard. Andronic II, à l'encontre de son père, se soucie peu d'expéditions militaires; pendant que les Turcs s'approchent de Byzance, une cour de
savants et de lettrés, organisée sur les bases d'une véritable académie, endort sur le Bosphore les soucis du basileus. Dans ce milieu, Grégoras règne bientôt. Le chartophylacat de la Grande-Église est aussitôt offert à son jeune talent. L'écrivain refuse l'honneur, se promettant de n'être jamais que célibataire et laïque endurci. Arrivé à la trentaine. Grégoras lit énormément, produit beaucoup et disserte plus encore. 11 entre dans la politique par la voie de la diplomatie, lors d'une légation en Serbie, mais ce n'est qu'un intermède, car l'ambassadeur retourne aussitôt à ses livres. Il a bientôt traité de tout, théologie, science, philosophie, littérature; il incarne déjà la culture encyclopédique des universités byzantines. Ses compositions hagiographiques sont adoptées par l'Église qui commande de les faire lire pendant les divins offices. Il est prié d'ouvrir des cours publics. Le nouveau professeur installe sa chaire au couvent de C.hora. à deux pas des palais impériaux (sur le programme et le fonctionnement de ce centre d'études, cf. Fr. Fuchs, Die hùheren Schulen van Konstantinopel, Berlin. 1926, p. 62-65) et mérite bientôt le titre envié de philosophe. Venu d'une lointaine région, Grégoras connaît dès lors la plus belle fortune qu'un lettré de province pût envier. Mais l'épreuve vient aussitôt: le 24 mai 1328, Andronic II abdique en faveur de son petit-fils. Cette déchéance forcée entraîne celle des ministres et des favoris; les biens des uns et des autres sont confisqués. Grégoras qui a le courage de marquer sa fidélité à ses bienfaiteurs malheureux, tombe dans le marasme; puis dégoûté de la vie de cour et d'intrigues, semble vouloir s'isoler dans des recherches scientifiques. Il commente les Harmoniques de Ptolémée et discute à l'avenant, même avec des Latins, sur des questions d'astronomie, se rapproche d' Andronic 1 1 1 et se lie jusqu'à l'intimité avec le grand domestique Jean Cantacuzène qui bientôt, sur le trône de Byzance, sera son ennemi acharné. Il est aux yeux de ses compatriotes, depuis la retraite de son maître Théodore le Métochite, le type de l'intellectuel achevé, lorsque un incident ajoute encore à sa popularité. Le moine calabrais Barlaam, féru de scolastique, le provoque à un débat public sur la philosophie. L'auditoire grec acclame l'avocat de sa nation et chasse de la capitale le contradicteur latin. Ce succès, dû à la faveur du peuple, lui permet de rouvrir son école où la clientèle alïlue vite. Il réapparaît alors au premier plan de la vie publique; il tranche d'autorité la question de la réforme du calendrier, et fait échouer les pourparlers engagés en vue de l'union des Églises: surtout, après un moment d'hésitation, il combat le palamisme.
Grégoras el la réforme du calendrier. — La question avait, au cours du xme siècle, préoccupé l'Occident, mais les esprits là-bas s'étaient bientôt lassés de fatigantes recherches. A Byzance, il n'y eut jamais de courant en faveur d'une réforme si grosse de conséquences; c'est à peine si le problème avait été agité par de rares dilettantes. Les hasards d'une séance d'académie amène Grégoras à exposer devant l'empereur, le Sénat et une docte compagnie une. solution originale qui obtient les suffrages de tous et dont chacun souhaite la prompte application. Andronic II. pour de graves raisons politiques, oppose sa volonté aux vœux de l'assemblée. Grégoras. dépilé, se console en rédigeant sur le sujet un Mémoire qu'il a consigné dans son Histoire byzantine, (P. <>'.. t. cxi.vni, col. 548-560) et en publiant un conquit pascal demeuré manuscrit. Il est difficile d'établir quels rapports existent entre les travaux de l'astronome byzantin, et les recherches qu'en 1345 Clément VI ordonnera sur le même sujet.
Grégoras et l'union des Églises. — Grégoras n'aime
NICEIMIORE G RELOUAS
pas les Latins et il on médit volontiers. Cf. Correspondance, éd. Guilland, p. 257. Sa vanité littéraire S'offusque de leur parler barbare qu'il n'entend d'ailleurs pas; sa susceptibilité patriotique se révolte contre leur puissance militaire qui retient toujours, sous le jour étranger, les plus belles portions de s;i patrie. Aussi, les tentatives de rapprochement avec l'Église de Rome lui répugnent -elles fonciérenienl ; il ne croit pas. du reste, à la possibilité d'une entente qui dans le passé a constamment échoué. En 1334, lorsque les légats du pape se présentent à l'empereur avec mission de reprendre les pourparlers, Grégoras, chargé de donner la réplique aux théologiens occidentaux, non seulement se récuse, mais persuade la cour et l'épiscopat qu'il est plus prudent de garder le silence et de laisser les Latins s'en retourner connue ils sont venus; il ne consent à parler, qu'à huis clos, devant un auditoire exclusivement orthodoxe, loin des étrangers dont il semble bien avoir craint la dialectique. Moins fanatique que plus d'un coreligionnaire, il admet cependant que les Latins sont irréprochables en bien des points; toutefois il nie, cela va sans dire, le primat du siège romain (P. G., ibid., col. 708 C), et ne voit dans toutes ces démarches de l'Occident que manœuvres ambitieuses. 11 faut, déclare-t-il, se défier de la loquacité de cette race qui cherche partout occasion de chanter victoire. Ce conseil de prudence est écouté et les conférences annoncées n'ont pas lieu. Les légats romains doivent s'en aller, comme l'avait souhaité l'orateur, les mains vides.
Grégoras et le palamisme. — Nous n'avons pas à faire ici l'histoire de la querelle hésychaste (voir Palamisme) mais à montrer le rôle prépondérant que Grégoras joua dans la dernière phase de cette célèbre affaire.
Obervation assez étonnante : dans la première période de la controverse (1340-1345), notre écrivain se tient à l'écart de la lutte, allant même jusqu'à conseiller aux partis en présence de cesser une guerre préjudiciable aux intérêts de l'Église et de l'État. Mais ce n'est là qu'une attitude factice qui ne répond pas à ses convictions personnelles. Tempérament de feu, il cherche manifestement une occasion d'entrer en scène avec autant d'honneur que d'éclat. Mais son amour-propre de Grec l'empêche d'emboîter le pas derrière le latin Barlaam. Comme pour se couvrir, il lance bientôt ses amis à l'assaut du palamisme, et attend leurs appels qui lui permettront de faire à leur tête une guerre de partisan toute à sa gloire. S'il boude encore la mêlée, il n'en prend pas moins position tout en restant chez lui : « Quand on détruit, écrit-il à un ami, les institutions de l'État et quand on est dans l'impossibilité de prêter une aide efficace, on prend son bouclier et sa lance et l'on s'assied devant sa porte. » Correspondance, éd. Guilland, p. 233. La régente Anne de Savoie l'arrache à cette feinte neutralité. Pour flatter son orgueil, elle l'établit arbitre entre les deux chefs de parti, Palamas et Akindynos (Barlaam était reparti pour l'Occident). Les préférences de la princesse vont, pour des raisons politiques, au leader hésychaste. Aussi le verdict du philosophe, promu théologien, déçoit-il l'impératrice qui, dépitée, lui enjoint de mettre par écrit les raisons de son attitude. Sur cette intimation, Grégoras s'enflamme et compose les Premiers Antirrhétiques. Akindynos célèbre en vers iambiques cet allié qui, se range à ses côtés. Les félicitations d'un nombreux parti, la joie bruyante de ses amis décident alors Grégoras à rester dans la mêlée où le caprice de la souveraine l'a jeté. Mais il débute mal. L'usurpateur Cantacuzène, persuadé que le patriarche en titre, Jean Calécas, ne supporterait pas de le voir empereur,
gagne par des promesses un parti d'évêques palamitcs, leur promettant, s'ils lui facilitaient l'accès du trône, tout son appui pour la défense de leur cause et la diffusion de leurs doctrines (ceci et ce qui suit d'après un important acte sydonal inédit). Les prélats pressentis esquissent alors une habile manœuvre, dont Anne de Savoie l'ut la victime un peu naïve. On lui représente que le seul moyen de triompher de Cantacuzène, est de s'engager à fond pour Palamas en déposant le patriarche qui l'avait condamné.
Le jeu réussit a souhait. Un grand concile se réunit au palais des Blachernes, dont l'indication et la préparation font déjà la meilleure des propagandes aux idées nouvelles. Mais < au moment même, dit notre document, où le synode se tient au palais et prononce contre le patriarche une injuste sentence, dans la même nuit, à la même heure, Cantacuzène. occupe les rempnrts de la ville, grâce à la complicité des hésychastes. » Les engagements pris par le nouveau souverain sont alors tenus; le moine Isidore monte sur le trône œcuménique et Palamas lui-même se voit promu à la métropole de Thessaloniquc. Toutefois, en tenant parole, l'usurpateur agit avec une certaine répugnance que Grégoras, tablant sur leur ancienne amitié, essaie d'exploiter. Mais la volontéimpériale qui avait besoin pour régner de ceux qui lui avaient livré la capitale, se raidit devant ses remontrances et, par un jeu contraire, cherche à gagner à ses vues son interlocuteur. Celui-ci abandonne la partie et se tourne vers la basilissa qui est bientôt confirmée dans l'orthodoxie. A l'intestigation de la princesse, une conférence contradictoire se t ient alors où Palam is, appelé à défendre ses doctrines, est confondu par l'érudition et la dialectique de Grégoras. L'emreur offre, sur ces entrefaites, au vainqueur la dignité patriarcale, pensant le convertir par les honneurs à la religion du jour. Mais le polémiste refuse avec dédain et décide de retourner à la solitude et à ses livres. Les événements préviennent cette résolution. Son amour-propre, insensible à l'appât des dignités, cède, au premier moment, aux sollicitations du parti orthodoxe, qui désemparé, se cherche un chef. Il va même tout de suite aux extrêmes, et se fait moine pour se lier au service de la religion et agir plus efficacemment sur la foule.
Mais, tandis que la détermination de Grégoras remplit de joie les antipalamites, l'empereur prend une disposition non moins radicale et s'apprête à faire canoniser par un synode les doctrines hésychastes. Grégoras, que rien n'intimide, fait face à l'orage et, le 27 mai 1351, aux acclamations du peuple, confond les novateurs réunis pour le juger, lui et les siens. A la dernière session, tenue le 9 juin suivant, il réussit à convaincre d'hérésie Palamas qui, hésitant, n'arrive pas à se défendre. Ce succès trop éclatant perd sa cause et décide Cantacuzène à un geste décisif; le basileus dépose, en effet, solennellement, sur l'autel de Sainte-Sophie le tomos qui canonise l'hérésie de Palamas et anathématise ses adversaires. Suivent les représailles corporelles, habituelles en ces circonstances. Grégoras bénéficie toutefois d'un traitement de faveur : tandis que des émissaires mènent en exil ou jettent en prison les prélats récalcitrants, il se voit consigné simplement dans sa cellule. Mais le silence eût trop pesé à cette âme ardente; gardé à vue et privé d'auditoire, le reclus écrit des libelles, réfute longuement ses adversaires et lance des appels subversifs. La faveur de Cantacuzène couvre cette campagne au grand scandale des thaborites; mais cette protection , si insolite, cesse le jour où l'écrivain conjure les Églises de Trébizonde et de Chypre de se séparer de l'Église-mère de Constantinople, tombée dans l'hérésie. La raison d'État, intéressée à ce que
NICEPHORK GREGORAS
ces terres dissidentes restent dans la mouvance spirituelle de Byzance, couvre les appels de l'amitié, et Grégoras est alors soumis au régime des criminels politiques. Tout lui est interdit, même la société de ses livres; le prince pense de la sorte venir facilement à bout de celte nature aggressive qui, lui semble-t-il. fait de la polémique par nervosité. Les sollicitations flatteuses et les odieuses intimidations dont il est l'objet irritent sa résistance et la fortifient. La surveillance devient de jour en jour plus tracassière et un nouveau patriarche, pour son coup de début, fait à nouveau excommunier le moine prisonnier.
Mais, quoi qu'on fasse, celui-ci est, en dépit d'une police soupçonneuse, renseigné sur tout; il sait ainsi que les Églises de l'obédience byzantine ont rompu avec les doctrines officielles et que ses écrits, voire ses vies de saints dont la vogue fut si grande, viennent d'être mis à l'index. Par représailles, sachant d'ailleurs qu'au loin, à Antioche, comme à Jérusalem, on a les yeux sur lui, il rédige à la hâte et avec des moyens de fortune, d'août à octobre 1352, le récit des derniers événements qui, copié à de nombreux exemplaires par des amis, est bientôt dans toutes les mains. Dans le camp adverse, c'est alors une clameur homicide; l'apparition successive des Réfutations dirigées contre le synode palamite d'août 1351, et des Seconds Antirrhétiques confirme la volonté d'en finir avec l'adversaire en lui ôtant la vie. C'eût été fait sans l'opposition de l'empereur que troublent les prédications de Grégoras. Car ce rude lutteur a un tempérament de devin. Sa réputation d'astronome est faite depuis longtemps; n'a-t il p's prédit plus d'un événement qui s'est réalisé à la lettre. Or, il déclare lire dans le ciel la ruine prochaine du palamisme et du pouvoir qui soutient la secte. Coïncidence fâcheuse : depuis que le propos a été rapporté au Palais, rien ne va au gré de l'empereur. La révolution gronde en province et la capitale nourrit une sourde agitation. Sacrifier l'homme qui semble posséder les secrets du ciel ne serait-ce pas précipiter de fâcheux augures ? D'autre part, Grégoras est informé que le monarque déchu, Jean V prépare sa revanche; aussi rejette-t-il toutes les nouvelles avances de l'empereur, persuadé que les Cantacuzènes, trop liés avec le palamisme, ne rompront jamais parfaitement avec lui. Les espoirs du détenu se réalisent bientôt; en décembre 1354, les Paléologues reconquièrent leur trône; tous les prélats hésychastes, du patriarche au simple évêque, sont déposés, toutefois sans la violence habituelle. Grégoras qui taxe de faiblesse imprudente cette clémence, apparaît aussitôt à la cour et plaide en toute liberté la cause de l'orthodoxie. Il pousse à la manière forte.
Mais le parti adverse est resté trop longtemps au pouvoir pour qu'une mesure radicale soit possible. Jean V penche d'ailleurs vers une conciliation, et croit y travailler en admettant à la cour avec les mêmes honneurs les deux chefs opposés, Palamas et Grégoras. Une conférence contradictoire, voulue de ce dernier, n'a pas lieu. la basilissa Hélène croyant prudent pour l'honneur de son père, Cantacuzène, d'éviter au chef hésychaste une défaite qu'elle croit certaine. Les deux antagonistes s'affrontent cependant bientôt devant le légat d'Innocent VI, Paul, archevêque de Smyrne. La victoire reste indécise. Le résultat le plus clair est de donner un nouvel essor à la polémique théologique sur la lumière thaborique, et la distinction de l'essence et de l'énergie en Dieu. De nombreux adversaires, Cantacuzène à qui le cloître fait des loisirs, Palamas, Nicolas Cabisilas, Jean Calothétos, l'hacrasès et bien d'autres s'acharnent sur la personne et les écrits du vieux lutteur. Mais la réputation de Grégoras
est trop solidement assise, sa verve et son éloquence trop bien venues du peuple pour que cette campagne de diffamation puissent amoindrir son prestige. Aussi, dès cette époque, rien ne brise plus la trame de cette existence agitée; le vieux chef reste chez lui, achève son Histoire et répond sans surseoir aux incessantes attaques qui lui parviennent de partout. Du moins, il est libre de ses actes et goûte sur le tard le plaisir de la lutte à armes égales, car si les pouvoirs publics n'aident en rien son elîort en faveur de l'orthodoxie, si même à certains moments ils semblent de connivence avec ses ennemis, rien ne l'empêche de rendre au grand jour les coups reçus. Les hésychastes. n'osant toucher à sa personne après avoir fait serment de le tuer, s'acharnent sur ses écrits, en falsifient plusieurs et en détruisent le grand nombre.
Cette déloyauté porte le coup plus sensible à l'arnour-propre de l'écrivain, qui doit passer ses derniers jours à établir l'authenticité des ses propres œuvres. Il meurt sur la brèche, vraisemblablement au début de 1360; son cadavre est, ainsi qu'on le lui avait prédit, jeté à la voirie. Sa mémoire est exécrée de ceux qui ont osé profaner ses restes! mais ses admirateurs, continuant son œuvre, célèbrent son exemple. L'un d'eux, Jean Cyparissiotès, peint assez bien le personnage, quoique avec une certaine pointe d'exagération, de la manière suivante : Un philosophe comme il n'y en eut pas de plus étonnant, un ascète dont aucun autre n'égalait le zèle, un lutteur qui dans les combats pour l'orthodoxie, sous des outrages de pirates, malgré les insultes, dans les prisons, montre une constance incomparable, Xicéphore Grégoras, dont les deux noms prédestinés, indiquaient que son esprit toujours en éveil et prêt à la lutte remporterait la victoire sur les ennemis de la foi. Palamilarum trangressionum liber, ex; 1>. (,.. t. ci.ii, col. 733 D, 736 A.
Une paraît pas superflu de rechercher la raison d'une constance inébranlable dans la défense de l'orthodoxie. M. L. Bréhier (Journal des Savants, janvier 1928, p. 39) en a donné une explication ingénieuse, mais qui paraît bien avoir l'inconvénient de tous les systèmes. D'après cet auteur, à travers toute l'histoire byzantine, l'humanisme des rhéteurs se serait constamment opposé aux rêveries des moines réfractaires au culte des lettres. Grégoras. pur intellectuel, aurait ainsi combattu les hésychastes, par haine du mysticisme envahisseur. Q)uoi qu'il en soit de la valeur générale de la thèse, il est difficile de l'appliquer au moine de Chora. Un chapitre manque, en effet, au beau libre de M. Guilland : Grégoras ascète et mystique, où il eût pu facilement être prouvé qu'en cette âme ardente, ouverte à toutes les séductions de la pensée et à toutes les formes du sentiment religieux, la culture classique n'a nullement gêné les mouvements affectifs de l'âme vers l'au-delà. C'est à sa première éducation reçue d'un oncle pieux et plongé en Dieu. qu'à notre avis Grégoras dut le culte fervent et inconditionné de l'orthodoxie. Ses convictions religieuses sont partie intégrante de son patrimoine intellectuel, et font corps avec sa personnalité. Par orgueil national, il s'en est prévalu contre l'étranger: aux prises avec ses coreligionnaires, il leur est resté fidèle par atavisme et par reconnaissance; mais, plus qu'aucun autre facteur psychologique, un immense amour-propre, qui affleure partout à travers son oeuvre, même dans de simples billets d'amitié, l'a contraint toute sa vie à n'avoir qu'une seule attitude. De beaux esprits qui furent un temps ses compagnons de lutte ont. sous ses yeux, passé à l'ennemi; avec dédain il a souri de leur faiblesse. Lue capitulation même partielle eût trop coûté à sa vanité, car ce professeur qui avait enseigné avec éclat n'aimait pas qu'on lui fit la leçon : Je suis resté inébranlable, a-t-il
NICÉPHORE GRKCOKAS
écrit avec fierté, pour sauvegarder mes idées et mon âme. Hist. liyz., 1. XV. c. vu. P. <;.. t. cxxvm*, col. 772. Ainsi plus qu'aucune préoccupation d'académie, l'appel simultané de la piété et d'un orgueil tyrannique triomphèrent, au premier moment, de ses répugnances pour les subtilités doctrinales, et firent dans la suite de ce beau diseur l'adversaire redoutable du palamisme et l'un des théologiens les plus féconds, sinon le plus original, du xiv1' siècle.
II. Œuvres. — Grégoras, vraie encyclopédie vivante, a écrit sur tout. Il serait hors de propos de relever ici les ouvrages de simple rhétorique ou de pure science, ainsi que les nombreux exercices de grammaire laissés par le professeur. Nous citons seulement ceux de ses écrits qui intéressent à un degré ou l'autre l'évolution de la pensée religieuse, en premier lieu les traités théologiques, puis à la suite. les compositions hagiographiques, philosophiques et poétiques. Il faut y ajouter l'Histoire byzantine et la Correspondance, précieux documents où apparaît à découvert l'âme inquiète de cette époque troublée.
1° Écrits théologiques. — 1. Six discours dogmatiques insérés par l'auteur dans son Histoire byzantine, dont ils forment les livres XXX-XXXV, P. G., t. cxlix. col. 233-442. Cette œuvre de polémique, dirigée contrel Palamas, traite uniquement de l'énergie divine et de la lumière thaborique. Il y a, d'autre part, disséminées dans cette même Histoire, de nombreuses parties doctrinales ayant le même objet, ainsi du 1. XVIII, c. m, au 1. XXI, c. ii, P. G., t. cxi.vm, col. 1140-1285 13. Plusieurs de ces Xôyoi, en particulier le récit laissé par Grégoras de la discussion qu'il eut en 1355 avec Palamas en présence de Jean V Paléologue, existent également à part dans les manuscrits.
2. Premiers antirrhétiques, composés à la fin de 1346. D'après une souscription du Vaticanus graccus 1005, fol. 9 r°, ceux-ci seraient au nombre de dix. Mais nulle part, on ne trouve une suite si nombreuse de discours. La tradition manuscrite n'en connaît que trois : les sept autres se sont donc perdus.
3. Seconds antirrhétiques, inédits, conservés au nombre de dix dans le Laurent, gr. lvi, c, 14. Il est à noter toutefois que le Scorialensis gr. vi e 22 n'en mentionne que huit. C'est contre cet ouvrage de Grégoras que sont dirigés les douze antirrhétiques du patriarche Philothée.
A la suite de Lambecius, trompé par une note marginale de Vindobon. theot. gr. 174, tous les bibliographes anciens et modernes ont attribué à Grégoras un certain nombre de traités théologiques ou «xégétiques. M. Treu, dans une brillante monographie (Matthaios Metropolit von Ephesos, Potsdam, 1901) les a restitués à qui de droit. 11 faut donc corriger à l'aide de ce travail tous les catalogues parus des œuvres de Grégoras, depuis celui qu'a compilé Boivin et qu'a reproduit Migne, P. G., t. cxlviii, col. 43-58, jusqu'à celui que donne Krumbacher. Gesch.der byzant. Lit.. 2e éd., p. 195, 201, 295, 297, 480-482. En outre, il faut signaler deux ouvrages théologiques dont l'attribution à Grégoras ne présente aucune garantie. Le premier est intitulé : Quem inilio Deus hominem creaverit, morlalem an immortalem ? Ce traité, qui forme la pièce liminaire du ms. de Vienne, a été mis sous le nom de notre auteur par un lecteur récent. D'ailleurs, tout le morceau, qui date sûrement d'avant 1324, ne répond en rien ni aux préoccupations de Grégoras à cette époque, ni surtout à son style. Il y a donc tout lieu de croire que cet opuscule, comme tous ceux du même ms., appartient au même Matthieu d'Éphèse. Le second est une profession de foi hésychaste, éditée par Papamichaïl, dans 'ExxXYjaiao-n.xôç Oàpoç, t. xi, 1913, p. 70-71 et conservée en entier,
semble-t-il, dans un ms. de 1363, l'Athon. 3728 Nous n'hésitons pas à voir dans ce factum un faux
lancé par les adversaires de Grégoras, pour le discréditer ou affaiblir la résistance de ses amis. On sail quel usage les hésychastes firent de cette méthode de polémique. Cf. R. Guilland, Essai sur Nicéphore Grégoras, Paris, 1926, p 50-52; d'autre part, à suppoposer, contre toute vraisemblance, que Grégoras se soit au dernier moment, comme l'insinue celte pièce, converti au palamisme, l'empereur n'aurait jamais permis qu'on jetât son cadavre à la rue.
A cette catégorie d'écrits se rattachent un groupe d'homélies laissées par Grégoras. Nous avons relevé : a) L'n sermon sur la Nativité et la Présentation de la sainte Vierge au temple. C'est le seul qui soit édité. Cf. Bulletin de l'Institut archéologique russe à Conslantinople, t. xi, 1906, p. 280-295. Particularité peu remarquée : cette homélie, prononcée à Chora, devant un auditoire de moines, constitue une brillante illustration des mosaïques correspondant aux sujets traités, aujourd'hui encore si miraculeusement conservées. — b) l'n sermon sur l'Annonciation, Inc. : 'Etxoi Se Ttôv Çcoypoccpcôv TroXXdcxiç, inédit dans le Yindob. hist. gr. 104, fol. 11 sq. — c) l'n sermon sur a Nativité, conservé dans le codex Hamilton 453, fol. lr°-8r°. Inc. : ... yévcç. xocl tôaTrsp z'( tiç. Le discours, comme on le voit, est mutilé du début. — d) Discours d'actions de grâces à la Vierge, Inc. : 'Ettoi Se toùç ài:ô yXa>TTY]ç que l'on trouvera dans le Mosquensis 441, fol. 334 sq.
2° Écrits hagiographiques. — 1. Vie du patriarche de Conslantinople Antoine Cauléas (883-893;. Inédite dans Angel. gr. 82, fol. 31v°-43r°. La vie latine, insérée dans les Acta sanclorum. février t. n, p. 623- 629, et reproduite dans P G., t. evi, col. 177-182, ainsi que le début de l'original grec, publié par Norden dans Die antike Prosa, t. i, p. 371-373, ne doivent pas être confondus avec cet opuscule, car ils ne sont pas de Grégoras, contrairement à ce qu'affirme R. Guilland, op. cit., p. xxv et 174. L'éloge funèbre, auquel ils se rapportent, est connu depuis longtemps. Voir le texte intégral dans A. Papadopoulcs-Kérameus, Monumenla grseca et latina ad historiam Pholii palriarchse pertinenlia, t. i, 1899, p. 1-25. L'auteur de cet opuscule, Nicéphore philosophe et rhéteur, est bien distinct de Grégoras. ■ — 2. Vie de Michel le Syncelle, éditée par Th. N. Sclimidt à la suite de son étude sur le monastère de Chora, dans le Bulletin de l'Institut archéologique russe à Conslantinople, t. xi, 1906, p. 260-279. Cf. R. Guilland, op. cit., p. 175- 177. — 3. Vie de sainte Théophano, femme de Léon'^V le Sage, éditée par Ed. Kurtz, dans les Mémoires de l'Académie impériale des sciences, t. m b, 1898, p. 25- 45. Cf. R. Guilland, op. cit.. p. 177-179. — 4. Vie de sainte Basilissa, martyre de Nicomédie, éditée par Steph. Bezdeki, d'après le seul Vatic. grsec. 1086, dans les Publications de l'Institut d'histoire générale de l'université de Cluj, t. i, 1927, p. 75-85. Pour les autres manuscrits, cf . R. Guilland, op. cit., p. xxxn. ■ — 5. Vie de Jeand'Héraclée du Pont, oncle et précepteur de Grégoras. Inédite. Pour les manuscrits : voir R. Guilland, op. cit., p. xxxm; cette vie, où l'auteur expose longuement les idées ascétiques et mystiques de son parent et maître, paraîtra incessamment dans la nouvelle Bibliothèque byzantine et néo-grecque des augustins de l'Assomption de Kadikôy. — 6. La passion de saint Codral, éditée dans les Acta sanclorum, mars, 3' éd., t. ii, p. 895-898 et reproduite dans P. G., t. cxlix, col. 503-520. Cf. R. Guilland, op. cit., p. 183, 184.- — 7. Panégyrique de saint Mercure. Inc. : Kal xopepvyjTTjç Se. Inédit. Indication des mss. dans R. Guilland, op. cit., p. xxxm et 185-187. Comparer cet éloge avec ce que l'on sait par ailleurs de ce
NICEPHORE GREGORAS
saint personnage. Voir à ce sujet, H. Delahaye, Les légendes grecques des saints militaires, Paris, 1909, p. 91 sq., 234 sq. - 8. Vie de saint Démélrius, inédit, dans VAngelic. gr. 82, fol. 43r°-51ru. Cf. R. Guilland, op. cit., p. 187-189. — 9. Éloge des saint Constantin et Hélène, publié en grande partie. Cf. Bibliothccu hugiographica grœca, p. 54. Pour les mss. voir R. Guilland, p. xxxn et 189-192. — 19. Éloge des trois martyrs Démélrius, Georges et Théodore le Stratélate, conservé dans l'unique Leicest. 91, fol. 512-
A cette catégorie se rattache un groupe de quatre oraisons funèbres, genre d'écrits où l'histoire a infiniment moins de part que l'éloge inconditionné du défunt. Toutes oui été insérées par l'auteur dans son Histoire ; on trouve à la suite. — 1. Éloge funèbre d'Andronic II, texte dans l'Histoire, 1. X, c. i, P. G., t. cxlviii, col. 661A-668C. Des fragments de cet éloge se retrouvent en de nombreux mss.; il en existe même une adaptation en dialecte ionien. — 2. Éloge funèbre du grand logothète Théodore le Mélochile, ibid.,
1. X, c. n , loc. cit., col. 672 C-677D. — 3. Éloge funèbre d'Andronic III, ibid., 1. XI, c. m, loc. cit., col. 768- 772C. — 4. Éloge funèbre de Xéné, mère d'Andronic III, ibid., 1. X, c. vi, loc. cit., col. 689 E-696.
3° Écrits philosophiques. — Ceux-ci ne sont pas aussi nombreux que le laisserait supposer l'épithète de philosophe, décernée à leur auteur par l'admiration de ses contemporains. — 1. Commentaire des songes de Synésios, conservé au moins en 21 mss. Édité en 1632 par Petau, reproduit dans P. G., t. cxlix, col 521-642. Grégoras relève surtout les théories de Synésios sur l'âme et définit, d'après cet auteur, le rôle de l'imagination, considérée comme faculté prophétique. Incrédule et sceptique en ce qui touche aux oracles, indécis devant les songes, le commentateur a un faible pour les éclipses et les comètes, et il admet volontiers que les phénomènes astronomiques révèlent sûrement l'avenir à qui sait les observer. Cf. R. Guilland, op. cit., p. 209-216. —
2. Florenlios ou de la Science, récit, sous forme de dialogue, d'une discussion publique avec le scolastique Barlaam, cf. supra, col. 456. Édité par A. Jahn, Jahrbùcher fur Philologie und Paedagogik, Supplementband, t. x, 1884, p. 485-536. Nous avons là un des épisodes les plus intéressants de la lutte entre platoniciens et aristotéliciens qui, au siècle suivant, sera l'un des facteurs de la Renaissance. Grégoras plaide pour Platon contre le Stagyrite. Ce document est surtout précieux pour la connaissance de l'histoire
ittéraire de l'époque où il fut écrit; cf. R. Guilland, op. cit., p. 165-169. — 3. Philomathès, autre dialogue, qui porte, dans le ms. de Paris, un sous-titre suggestif ïj TCpi. twv ù6piaTwv : ou des hâbleurs. Édité d'après deux mss. par Sleph. Bezdeki dans V Ephemevis Dacoromana, t. n, 1924, p. 356-364. Pour les autres mss, voir R. Guilland., op. cit., p. xxxii. Il y a là, malgré certains défauts de jeunesse, une piquante et curieuse satire des sophistes, gens qui s'instruisent à la hâte, se moquent des vrais maîtres et font de la science dans un but utilitaire. Cf. R. Guilland, op. cit., p. 163- 164. — 4. Antilogia ou Réfutation; c'est sous la même forme dialoguée, une seconde critique des sophistes. Cf. R. Guilland, op. cit., p. xxxii et 163-165. — 5. A la basilissa Hélène Paléologina solutions de questions théologiques. Inédit, conservé dans le Napolit. Miscel. xxi . Voir un échantillon dans Bezdeki., op. cit., p. 354, sous le numéro lxxx. Les huit questions dont se compose cet opuscule, sont, quant à leur objet, assez disparates; elles traitent des marques d'intelligence chez certains animaux, de la sensation, de l'âme, de la notion de relation, de questions de physique, etc. En voir la description dans R. Guilland,
op. cit., p. 218-223. — 6. Sur l'univers. Essai de cosmogonie, traite seulement de l'unité du monde et, à ce propos, des fondements de la recherche scientifique. Inédit. Cf. R. Guilland, op. cit., p. xxxm (manuscrits) et p. 204-208 (description).
4° Histoire byzantine. — C'est l'œuvre capitale de notre écrivain, racontant en 37 livres les événements politiques et religieux, survenus depuis la quatrième croisade (1204) jusqu'à la mort de l'auteur (1359). Cette chronique parut en entier d'abord en traduction latine, à Paris en 1567 et à Francfort en 1578. Les onze premiers livres du texte grec avaient été déjà édités en 1562 à Bàle; Boivin en fit imprimer 24, en 1702, que reproduisit la Byzantine de Venise (1729). Le Corpus de Bonn en donna d'abord 23 livres (1829-1830) et ajouta les 14 derniers (24-37) en 1855. Le tout a été reproduit par Migne, P. G., t. cxlviii et cxlix, col. 1-502. Toute la partie de cette histoire consacrée au xiii" siècle et aux débuts du siècle suivant (1204-1308) tient dans les six premiers livres, et n'est qu'un résumé partial et fréquemment inexact de ce que nous apprennent d'autre part les ouvrages similaires de Georges Acropolite et de Georges Pachymère. On y trouvera cependant des jugements suggestifs que l'auteur, orthodoxe décidé, porte en matière d'union des Églises et, à cette occasion, sur les privilèges de l'Église de Rome. Mais ces mémoires sont surtout à consulter par qui veut connaître la vie de l'Église grecque, à une époque des plus troublées (1320-1360), et se rendre compte comment une partie si notable de la chrétienté médiévale, ait pu officiellement adhérer à une erreur aussi grossière que le palamisme. Le théologien, d'autre part, y étudiera avec intérêt le cas de ces rhéteurs byzantins qui, sous la double emprise du sentiment chrétien et des idées païennes, expliquaient, par un curieux mélange de croyance en une Providence et de déterminisme religieux, la conduite du monde et la marche des événements. Cf. R. Guilland, op. cit., p. 228-269.
5° Correspondance. — L'enquête toute récente à laquelle s'est livré R. Guilland, nous a fait connaître 161 lettres de Grégoras; j'ai dit ailleurs (Échos d'Orient, t. xxvi, p. 351) pourquoi je ne croyais pas ce chiffre définitif, l'auteur mentionné n'ayant pas consulté tous les mss. entre, autres l'important Yindob. theol.gr. 174. Surle nombre, sept pièces seulement sont, à ce jour, complètement inédites. Les recueils les plus accessibles sont ceux de Steph. Besdeki, dans Ephemeris Dacoromana,t.u, 1924, p. 239-377, où l'on trouvera le texte grec de quatre vingt-trois lettres et de R. Guilland, Nicéphore Grégoras. Correspondance, Paris, 1927, où sont éditées et traduites en français vingt et une lettres des plus importantes, toutes les autres sont résumées sous forme de regeste. Sur ce dernier recueil, voir les critiques de H. Grégoire dans Byzantion,t. m, 1926, p. 465-478, et de . V. Laurent , dans les Échos d'Orient, t. xxvi, 1927, p. 350-361. La correspondance de Grégoras, comme, en général, toute correspondance byzantine, si décevante pour l'historien, est, au contraire, très instructive pour le mouvement des idées et l'étude psychologique de cette époque de renaissance artistique et littéraire. Plusieurs pièces nous renseignent sur les circonstances, où naquirent la plupart des ouvrages du polygraphe, et l'accueil enthousiaste que leur fit un cercle d'amis. Ainsi pour l'Éloge d'Andronic II, cf. R. Guilland, Correspondance, p. 19; sur les commentaires des Songes de Synésios, ibid, p. 249, etc. ; plusieurs nous dépeignent la situât ion intellectuelle de Byzance au xiv° siècle; deux seulement, la 151e et la 159e, laissent entrevoir la part prépondérante que l'écrivain prit à la querelle du palamisme.
Aux ouvrages de caractère purement ecclésiastique