NICEPHORE THEOTOKIS
— Il naquit à Corfou, en 1731, étudia d'abord au gymnase local sous le maître Baradias, puis à Bologne et à Padoue. De retour dans sa ville natale, il y enseigna les sciences, et embrassa l'état monastique. Ordonné diacre, puis prêtre, il unit les deux fonctions de professeur et de prédicateur. Vers 1765, il est à Constantinople, où il reçoit la fonction de liierokéryx de la Grande-Église. 11 s'y lie d'amitié avec le prince Grégoire Alexandre Ghica, alors grand elrogman près de la Sublime-Porte (1704-1767). Ce dernier ayant perdu sa mère, Théotokis lit de la défunte un éloge funèbre qui lui attira ce blâme public du patriarche Samuel : « l'Église veut des prédicateurs et non des flatteurs. » Il elonna alors sa démission et suivit le prince à Jassy où il fut nommé directeur de l'école prineière. A cette époeme, on le trouve en Allemagne entre 1770 et 1774, où il surveille ses éditions. En 1771, il se voit offrir par la communauté grecque de Venise le poste de curé, auquel était jointe la dignité d'évèque de Philadelphie. Il refusa, espérant mieux sans doute. Invité par Eugène Bulgaris à venir prendre sa succession épiscopale, il apprend le russe, se rend à Saint-Pétersbourg, est ordonné dans cette ville, le 0 août 1779, archevêque de Slavianskij et Cherson (= Ecaterinoslav) avec résidence à Poltava. Il succède dans ce poste à Eugène Bulgaris qui abdique. Il est transféré ensuite à Astrakan le 28 novembre 1786. Il ramena durant son ministère pastoral un granel nombre de rascolniks à l'Église pravoslave officielle. Ayant un jour refusé de bénir une table chargée ele viandes un jour d'abstinence, il s'attira la colère de Potemkine qui avait ordonné le festin; il donna sa démission, et se retira le 16 avril 1792 au monastère Daniilov à Moscou. Il en est nommé archimandrite le 19 janvier 1793. C'est dans cette retraite' monastique qu'il public ses meilleurs et ses plus célèbres ou-
vrages, les Kuptaxo8p6j.ua. 11 y meurt le 30 mai 1800.
L'activité litérlaire de Nicéphore Théotokis, sans égaler celle de son compatriote Eugène Bulgaris, fut cependant considérable. Nous grouperons ses ouvrages d'après leur contenu : 1° Parénétiqus. — L Aôyoi £î? ty;v àyiav xal [leyoékT^ TsaaapaxoaTTjv y.e~i xai -riveov TiavvjYuptxôJv,èTricpcovrltxaTi.xeùv, xal sTUTacplojv, Leipzig, 1766, in-4°, 346 pages. Réimprimé à Jérusalem en 1859. Ce recueil contient des sermons pour trois carêmes. Parmi les discours qui suivent, il y en a trois pour la prise d'habit d'une moniale. — 2. Kupiaxo8p6[i.i.ov yjarot, èppi7]slp xal y.sz' aûxr;v ôpuXia elç xà xarà xuptaxyjv ... àvaytvwaxôtxevov EùayyéXLOv, Moscou 1796, in-4°, 2 volumes à pagination continue 14 + 964 pages. Ce dominical consiste dans l'explication littérale de chaque évangile immédiatement suivie d'une homélie sur un sujet qui s'y rattache. Les divers sujets ne sont indiqués qu'à la table des matières au début du t. i. Traduction russe, 1809; traduction turque( caractères grecs), Constantinople, 1816. — 3. Un autre KupiaxoSpôp-iov, semblablement composé, poulies ectures des Actes des Apôtres et des Èpîtres de saint Paul. — 4. Toù ôaiou IlaTpoç yjizoiv Taaàx èmaxôttou Niveul toù Sûpou Ta sûpeOévTa 'AaxyjTLxà, Leipzig, 1770. Édition princeps des œuvres d'Isaac le Syrien, in-4°, xiv + x(3' + 584 p. Au début, discours sur le silence et le repos à la louange de saint Isaac.
2° Controverse. ■ — 1. Contre les juifs : II6v7)u.a xp» gow ZaïJioo^X 'Pa6êl toù louSaîou èÇsXey/ov -fjjv tôjv TouSaltov TcXavTjv, traduction faite sur le latin d'un ouvrage écrit en arabe. Meyer cite une édition latine de 1538, à Cologne. — 2. Contre les incré dules : 'AttoSeiÇiç toù xopouç tcov ttjç véaç xai 7raXaiàç Ata67;xr,; piêXtcov, xai r/jç èv aÔTOtç àX-rçOeiaç ûrcepâcsmcsiç yj 'Avaaxeuv) xyjç toù BoXTÉpou @l6Xou, TÎjç xaXoup-évr,!; TeXeuTaïov SispiJ.^veoOeÎCT-/]? A(.a0r)xr,ç, Vienne, 1794, in-4», XÇ' + 653 + 85 p. C'est une traduction, enrichie de notes, de l'ouvrage contre Voltaire de Joseph-Guillaume Clémence (1717-1792), intitulé : L'authenticité des livres tant du Nouveau que de l'Ancien Testament démontrée, spécialement contre l'auteur de la «Bible enfin expliquée» par les aumôniers du roi de Prusse (1782). Le nom de Nicéphore Théotokis est absent de cette ' An68ziE,ic„ mais luimême nous apprend dans une lettre datée du 30 novembre 1795, qu'il est l'auteur de cette publication. 'ExxX. 'AXvjOeia, t. îx, p. 350. — 3. Contre les catholiques : 'A-rcôxpiaiç 'Op6o86Çou tivôç 7tp6ç tov àSeXepov ôp668o$;ov TCpl Trjç tûv KaToXlxcov (sic) 8ovacT£taç. Kai rrepi toù Tlveç ol HylaTov. xal ol S^iajxaTixoi xai ol 'Ecryiausvoi.. Kal rcepi xr]ç, Bap6api.xîjç ~kzyo\xivt]c, Oùviaç xai tcov OùvItcdv, xai 7tepl toù LTcùç 8eï toùç 'OpôoSô^ooç àraxvTÔtv Tfl twv KaToXixcov Tupavvta, Halle, 1775, in-8°, vin + 142 pages. Autres éditions : Corfou, 1851, Athènes, 1853. L'ouvrage ne porte pas de nom d'auteur. Celui-ci n'est connu que par le titre d'une adaptation en vers parue en 1890 : Toù aoçcoTocTOU... jiTjTpoTcoXtTOO KaÇavloo xopioo
N(,X7)Cp6pOU 0EOTOX7) TOÙ KepXUpaloU, ÔpOÔSoÇoÇ <X7TO-
xpienç auYYP<*9staa xai èxSoOeïaa èv XâXXy) èv stei 1775. 8tà otî/cov èx8i8oTai...Lapréfacedel"A7î6xptaiç, à moins d'artifice littéraire, est d'un auteur distinct. Le contenu de l'ouvrage est bien indiqué par le titre lui-même; on s'y plaint delà « violence » employée pour forcer les « chrétiens » à l'union, et l'on réédite les arguments traditionnels contre l'Église romaine : à souligner l'emploi fréquent du cas de Jean VIII dans la question élu Filioque — D'après Zaviras appartient aussi à notre auteur l'écrit suivant : Orienlalis Ecclesiœ responsio ad admodum Reverendi Domini Athan. Demetrievichs 1776, junii 15 ad occidentalem Ecclesiam defteientis contra se datam declaralioncm,
NICÉPHORE TIIEOTOKIS
NICERON
80 i>ujAt's. Traite <iu Saint-Esprit, de la primauté du pape et du purgatoire.
3° Autres écrits théologiques . Sous le titre Ilovr)- (iocTa lepà àvixSoTa, Sakkelion a édité entre autres deux lettres de Théotokis, l'une sur l'intercession des saints, l'autre, adressée à Néophyte Kalokalybile, sur le texte de l'apôtre saint Paul : In omnem terram exivit sonus eovum. Néophyte objectait l'Amérique découverte si tard. Théotokis répond que le passé est ici employé comme une prophétie et désigne le futur (cf. Pandora, t. iv, p. 374). — D'autres lettres sur des sujets religieux ont été également éditées : Trois lettres sur l'interprétation de l'Apocalypse dans rExxXY)OiaoTod] 'Akifieut, t. ix (1889), p. 348-350. Trois réponses, Aôaiç ^•/jtïjjj.ixtcov Tpiwv, à Éleulhêre .Miche! de (ht) Larissa, ibid.. t. xxxi, p. 261-263; 268- 272, publiées aussi par K. J. Dyobouniotès, Néa Xkcôv, (1913), t. xiii, p. 431-435,525-529, la première sur l'origine du feu sacré annuel du Samedi saint à Jérusalem, la deuxième sur l'eau sanctifiée : se corromptelle ou non? la troisième sur les espèces sacrées qui se corrompent : conservent-elles, ou non, la présence du Chris! '.'Sur le premier point, Théotokis déclare qu'il tient de personnages dignes de toi, que le feu s'obtient en frappant un silex en haut du saint Tombeau, mais qu'on esi obligé de garder vis-à-vis du peuple, qui croit à un miracle, un silence économique. Sur le second, il déclare n'avoir jamais ouï dire que l'eau sanctifiée se soit corrompue, et qu'il connaît même un cas où elle s'est conservée quarante ans sans mauvaise odeur (rappelons que l'eau bénite des Grecs ne contient point de sel). Sur le troisième, notre auteur soutient que la présence du Christ dans l'eucharistie persévère même après la corruption des espèces, par la raison qu'il faudrait autrement une nouvelle transsubstantiation. Plusieurs lettres inédites, publiées par K.J. Dyobouniotès dans 'ExxXyjCTt.aiTTi.xôçOâpoç, t. xm (1913). — 'AvéxSotoi Xoyot, xai, èmo-foXai, publiés par le même dans 'Ispôç 2uv8eau.ee;, 1915, n. 249-253, 256. De ces documents, deux s'adressent aux rascolniks et sont évidemment une traduction du russe. — A propos des rascolniks, signalons d'après le Dictionnaire encyclopédique russe : un recueil contenant : « Lettre circulaire aux rascolniks de l'éparchie de Cherson », « Réponse à la requête des rascolniks », « Réponse aux questions des rascolniks irghizes » et « Dissertation sur le saint chrême », 1800 5e édit. , 1834. — Le même Dictionnaire mentionne : Quatre discours pour une moniale (en russe), Moscou, 1809.
4° Travaux scripturaires. — Deïpa ou Chaîne de cinquante et un ccmmentaleurs sur l'Octateuque et les Livres des Rois, Leipzig, 1772 et 1773, 2 volumes in-folio, t.i, de X(ï' pages, 1676 colonnes et 22 feuillets; t. n, de x' pages, 960 col. et 12 feuillets. Cette chaîne, éditée par Nicéphore, provient de deux manuscrits du xi" et du xne siècle. Au début de chaque volume se trouvent des notices érudites sur les divers commentateurs. — Commentaire de Théophylacte de Bulgarie sur les quatre évangélistes, en grec vulgaire, Leipzig, 1761 ; autres édit., Venise, 1788, 1802. Cette traduction passe pour être l'oeuvre de Théotokis (Vrétos, t. i, p. 82).
5° Signalons enfin pour mémoire et comme signe de l'activité intellectuelle de notre personnage ses ouvrages stienti figues : Éléments de physique, Leipzig, 1766, Éléments de mathématiques, 3 volumes, Moscou, 1798-1799, et enfin pour que notre émumération ne soit pas incomplète une adresse (Hpocrcptôv7]u.oc) à l'impératrice Catherine, prononcée par Nicéphore au jour de son élévation à l'épiscopat, imprimée en russe, grec et français, Saint-Pétersbourg, 1779.
Zaviras signale plusieurs écrits inédits. Pour la
correspondance inédite, voir K. J. Dyobouniotès, NixYiçôpoç ô ©eoroxTjç, dans Néa Eicàv.t. xm (1913), p. 425-430, et aussi dans 'Ispôç Euv8ea|i.6ç, 15 septembre 1913.
Ph. Meyer, dans Protest. Realencyclopâdie; Phil. Strahl, Dca uclehrte Russhmd, Leipzig, 1828 (d'après Meyer), non utilisé; (i. I. Zaviras, Nia 'EXXàç, Athènes, 1872, p. 490, 494; A. P. Vrétos, NboeXXtivixt) «l'i/V/o-'i'a, t. i, Athènes, 1851, p. 198-200; K. N. Sathas, NeoeXXïivtxt| $tXoXo ;>.: Athènes, 18(i8, p. 383-385; A. S. StOUTza, ' A va;r< ,>.'.:, xa; Eixpve;. Evylvioc à pouXfapt; xal Nixi)f 6po{ ©eoTùxr,;, extrait traduit par K. I. SoÛriTO'.', Athènes, 1858, 54 pages, en fait 46, les 8 dernières étant étrangères au sujet ; (ioudas, Bi'oi TOXpàXXYjXtt, t. n, Athènes, 187 1, p. 11-72: A. K. Déniétracopoulos, 'OobCZiEoz 10/ s-, p. 195-196; Legrand-Pernot, Bibliographie ionienne, Paris, 1910, deux volumes (voir a l'index onomastique); Legrand-Petit-Pernot, Bibliographie hellénique du .Y )'///<■ siècle, Paris, 1928, t. n (voir à i'index onomastique); D. Thereianos, 'AîanàvTto; & Kopàvjç, Trieste, 1889, 1. i, p. 76-79; J. Rizos N'croulos, Cours de littérature grecque moderne, Genève, 1827; traduction grecque, 'Iot'.f c'a tô,v ypau,u,0Ttov uapa toïç vetorepoiç "EXXï)Tt, Athènes, 1870 (seule utilisée), p. 55-58.
L. S. Bronil<es, Btoypaçtxà T'/Ecscpcc, 2 volumes, dans le tome u (1884) (non utilisé); Anonyme, NtXY|if6po; ®t6xoxi\(, dans Pandora, t. îv, p. 371-375; S. I. Boutyras, Asïixbv iTTopia; xai ye.ioypa.<fl«.r, t. iv (1881), p. 901-902; AeÇtxbv èfxuxXoitaiccxov, Athènes, 1893, t. iv, p. 235- 236; Constantinides, Neohellenica, Londres, 1892, p. 322- 329; Beloudès, '11 'EXXk'vcov ifÊctt^tov inotxca èv BîveTia, 2e édit., revue par l'auteur, Venise, 1893, p. 101-102; Orazione funèbre di Monsignor Nieeforo Teotoehi arciiescovo di Chersona, e di Astraean, Corfou, 1802, in-4°, 9 pages; K. J. Dyobouniotès, NtXT|ç<5poç ô ®66t6xy|ç, dans Icpo; — vivêî^ [Ujç, 1" avril 1910, p. 6-10; le même, NiXT^épou ©eoTÔxr] àvéxSorat STUTToXai, ibid., 15 septembre 1913; le même, Ncxqçàpoc ô '-'soToxr,.-, dans Ns'a £iuv, t. xni (1913); Dictionnaire encyclopédique, russe, vol. xli (1897), p. 85-86 : on y trouve signalées diverses biographies de N. Théotokis, une parue dans le Moskvilianin (1845), une autre plus détaillée, parue dans les Trudy (Travaux) de l'Académie ecclésiastique de Kiev (1864) avec une liste des écrits, et une troisième dans l'ouvrage de Platon Ljubarskij, Hiérarchie de l'Église d'Aslrakan. Ces travaux russes m'ont été inaccessibles. Ajoutons enfin Pavel Stroev, Liste des évêques et des supérieurs de monastère de l'Église russe (en russe), Saint-Pétersbourg, 1877; N. D., Hiérarcliie de l'Église de toute la Russie (en russe), Moscou,