‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 212 sur 470 · REGGIO (MARCHES. DE · texte numérisé non relu

REGGIO (MARCHES. DE

REGINALD (ANTONIN1

passages difficiles de la Bible, ainsi que ceux des leçons du bréviaire.

Cet ouvrage comprend trois parties, dont la première fournit l'explication des passages les plus difficiles de la Bible; la seconde contient un certain nombre de dissertations : de orthographia, de accenlibus, de scplem feslis legis antiquse, de vestibus sacerdotalibus, de inlerprelibus, de divinalione, de nominibus Dei apud Hebrœos, de modo exponendi sacrarn Scripluram, de qualitatibus sacrée Scripturse, de ejus dimensione et un Tractalus de quatluor synodis; la troisième donne l'exposé des livres ecclésiastiques, surtout du bréviaire et traite : de responsoriis et anliphonis, de hymnis, de legendis sanclorum, de sermonibus et homiliis de commuai sanclorum et dominicalibus. A la fin il y a une Declaratio régulée S. Francisci. Voir A. Pelzer, Codices Valic. lalini, t. h a, Codices 679-1134, Rome, 1931, p. 619-620. Cet ouvrage a eu une remarquable diffusion, attestée par le nombre considérable des manuscrits, qui sont conservés dans presque toutes les bibliothèques de l'Europe et par les nombreuses éditions, qui en ont été faites aux xv« et xvr3 siècles. On peut trouver une liste très incomplète des manuscrits dans J.-H. Sbaralea, Supplementum, t. n, p. 205. Pour les éditions cf. L. Hain, Reperl. bibliographicum, t. na, Berlin, 1925, n. 10 551-10 574, p. 333-336. D'après, J.-J. Brunet, Manuel du libraire, t. m, Berlin, 1922, col. 1352, l'édition de Mayence en 1470 devrait être considérée comme la plus ancienne, tandis que celle qui a été imprimée dans l'abbaye de Munster, en Argovie, par les soins de Helias Hélie dit de Loufîen, et qui est regardée généralement comme la première, devrait être placée à une date postérieure à 1470. D'après E. Mangenot cet ouvrage aurait été composé entre 1279 et 1312; voir Dicl. de la Bible, t. n, col. 1422.

Après B. Bonelli, Prodromus ad opéra omnia S. Bonaventurse, Bassano, 1767, col. 531, n. 6-7 et col. 532, n. 8, les éditeurs des Opéra omnia de saint Bonaventure de Quaracchi allèguent quelques indices, qui confirmeraient la thèse, d'après laquelle il faudrait attribuer le Centiloquium à Marchesinus de Reggio et non à saint Bonaventure, comme le font la plupart des auteurs. Ce Centiloquium, qui a été publié parmi les ouvrages du Docteur séraphique dans toutes les éditions anciennes des écrits de saint Bonaventure, constitue un traité qui appartient au même genre littéraire et est de même nature que le Mammotreclus. Comme ce dernier, le Centiloquium est une compilation dans laquelle l'auteur se propose d'expliquer aux jeunes clercs, peu versés dans la théologie, les thèses et les questions difficiles de cette science. On y lit en effet dans le prologue : In adminiculum ilaque parvulorum rudis rogalus a rudibus rudem tractatum rtidibus compilaui, in quo rudiutn rudilas circa generalia theologiœ saltern ruditer polerit erudiri et ex lacté infantiœ ad cibum solidum, prsevia Dei gratia, cum sensus induslria praeparari. Pour les mss., les éditions de cet ouvrage et les arguments favorables à l'attribution à Marchesinus de Reggio, voir Opéra omnia S. Bonaventurse, t. v, Quaracchi, 1891, Prolegomena, p. xlviii-xlix et lui.

Un recueil de sermons est attribué à Marchesinus dans le ms. 129 de la bibliothèque de Saint-Fortunat à Todi, sous le titre : Sermoncs fralris Marchesini super omnia fesla noslri kalendarii, id est ordinis fr. minorum. Voir Opéra omnia S. Bonavcnlurx, t. v, Proleg., p. xlix. Une autre série de sermons, qui doivent être considérés probablement comme l'œuvre de Marchesinus, est conservée dans un manuscrit de la bibliothèque de Bamberg, où ils portent comme titre : .Sermoncs Mammotrccli super dominicas a 1 ' Aducnlus ad 24<im posl Penlecoslen. Ces sermons débutent par les mots : Véniel desideratus... karissimi hodic incipimus

illud sacrum lempus et finissent : a quo ductu nos custodiat Chrislus Jésus. Voir Fr. Leitschuh, Kalalog der Handschriften der koniglichen Bibliothek zu Bamberg, t. i, Bamberg, 1895-1906, p. 739.

B. Bonelli, Prodromus, col. 692, donne encore à Marchesinus un Confessionale ou Summa confessionum, qui fut attribué quelquefois à saint Bonaventure et imprimé parmi ses écrits dans les éditions de Strasbourg, 1495, Venise, 1504 et 1564, ainsi que dans l'édition Vaticane. Contre cette assertion les éditeurs des Opéra omnia S. Bonaventurse de Quaracchi, t. x, dissert, i, p. 23, objectent que deux des plus anciens manuscrits de ce Confessionale l'attribuent à un autre auteur. Ainsi dans le ms. lat. 6023 de la Bayr. Staatsbibliothek de Munich on lit : Explicit liber Golini et dans le ms. 789 de la bibl. de Saint-Gall : Explicit libellus de simplici informalione simplicium sacerdolum in confessionibus audiendis; nomine GoHinus, conscriplus et completus a fr. Ulrico de Ahusen, sacerdole ordinis S. Johannis sacrosanclse domus hospilalis Jerosolimitanse anno dominiese incarnalionis, 1000° 300" 15°, indiclionè 13, etc. Amen. Un exemplaire de ce Confessionale est aussi conservé dans le ms. 323 de la bibl. des chanoines réguliers de Saint- Augustin de Klosterneuburg. Le prologue de cet écrit commence : In Dei labernaculo i. e. in sancta ecclesia et le texte lui-même : Sollicilus eliam sacerdos et termine : Non polesl episcopus nec aliquis alius a papa dispensare. Cum... Voir sur cet ouvrage Opéra omnia S. Bonaventurse, t. vin, Prolegomena, p. exi et t. x, p. 23; H. Pfeifîer-B. Cernik, Calalogus codicum manu scriptorum, qui in Bibl. canonic. regul. S. Auguslini Clauslroneoburgi asservanlur, t. n, Klosterneuburg, 1931, n. 323.

Il est à noter enfin que le ms. 488 de la bibl. communale d'Assise contient deux traités, qui y sont attribués à Marchesinus, à savoir un Tractalus de p. mis peccatorum diversimode nuncupalis (fol. 3-43) et un Opus de viliis (fol. 59-130). A la fin du premier on lit : Explicit utile opus de pœnis peccalorum edilum a fr. Marchesino, lectore ordinis minorum, et au début du second : Incipit opus de viliis a fr. Marchesino compositum. Tandis que le Tractalus de pœnis peccalorum débute : Pena débita peccatori nunc censelur nomine perdilionis et termine : Non parcas tue verecundie et confusioni, ut Deus parcal tue malitie et transgressioni. Amen, l'Opus de viliis commence : De superbia est loquendum quantum ad causam defectivam. Orilur enim superbia ex stoliditate intellectus. La dernière colonne de ce traité au fol. 130 est illisible. Il semble d'ailleurs qu'il n'y est pas complet.

L. Waldin<?, Scriplores ord. min., Rome, 1906, p. 166; J. H. S'iaralea. Supplem. ad script, ont. min., t. il, Rome, 1921, p. 2114-203; C. Outlin, Com-mni. do scriplor. ecctesiast., t. m. Leipzig, 1722, col. 2562-2563; H. Hurter.Norn»nc/afor, 3« éd., t. ii, col. 414-415; S. Berger, La Bible au XVI' siècle, Paris, 1879, p. 15-28; le môme. De glossariis et compendiis exegi>licis quibusdam Medii Mn, Paris, 1879; L. Oliger, De bibl. S. Ludooici episc. Tolosani, dans Antonianum, t. vu, 1932, p. 49!); A. Kleinhans, Dp studio sacr. Script, in ord. fr. min. sieculo XIII0, ibid., p. 438-439.

A. Teetaert.

REGINALD Antonin (1606-1676), dominicain, surnommé par plaisanterie « le fléau des ennemis de saint Thomas ». De son nom séculier Antoine Ravaille, né à Albi, entré dans l'ordre de Saint-Dominique à Avignon, religieux du couvent toulousain de Saint- Romain, professeur de théologie à l'université, il remplit diverses charges à l'intérieur de son ordre. — I. Polémiques et écrits. — II. Théorie de la prédétermination physique.

I. Polémiques et écrits. — Dès 1631 au couvent de Toulouse il s'était fait remarquer par ses polémiques contre les Pères jésuites. Ayant converti à son

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thomisme un étudiant de théologie qui suivait les cours de ces Pères, il lui fit faire une sorte de rétractation publique, imaginant une dispute solennelle dans la salle de théologie de l'université. Réginald y fit semblant de soutenir la cause des jésuites, se donnant le rôle d'objectant, afin de les rendre plus ridicules. A. Auguste, Les origines du jansénisme dans le diocèse de Toulouse, p. 36. Antonin Réginald refusait de considérer les membres de la Compagnie de Jésus comme des religieux véritables. Il les appelait religiosi bullati, religiosi taies quales et allait jusqu'à lire dans des salons les plus beaux passages des libelles composés contre eux. Ibid, p. 37.

Dès 1638 Antonin Réginald composa un petit ouvrage sur « le sens composé et le sens divisé » : Opusculum de vero sensu composito et diviso compositum ab uno ex studiosis scolœ tolosanœ conventus S. Thomee Aquitains ord. prsed. se i quœstio de vera et légitima intelligentia distinctionis sensus compositi et divisi juxta anliquos et recentiores philosophos ac theologos maxime vero juxta D. Thomam et ejus discipulos, Paris, 1638, in-4°, 43 p. Antonin Réginald ne devait pas changer d'avis sur ce point, puisqu'il réédita l'ouvrage à Grenoble en 1661. Déjà il s'agissait de rabrouer un théologien jésuite et déjà le P. Réginald se tenait à une distinction de points de vues qui, pour être exposée par les scolastiques d'une manière sèche et peut-être trop étroitement logique, n'en est pas moins indispensable par exemple pour exposer les libertés et dépendances de l'homme à l'égard de Dieu.

C'est en 1644, au début du carême, que le sieur Pélissier, professeur royal, doyen de la faculté de théologie de Toulouse, avait cédé sa chaire, « quant à l'exercice des lectures quotidiennes », au P. Réginald déjà uni au corps professoral universitaire à titre de docteur conventuel. Antonin Réginald commença par changer le sujet du cours qui roulait sur les sacrements. Il traita de la science moyenne, matière qu'à l'issue de la congrégation De auxiliis on avait demandé de ne traiter qu'avec la plus grande prudence, de crainte de froisser par des railleries injustes les susceptibilités des jésuites, lesquels tenaient pour l'existence d'une science moyenne, opinion inconciliable avec celle des dominicains concernant la manière dont Dieu connaît les actes futurs des hommes. Avec une verve toute méridionale, Antonin Réginald se mit à attaquer les jésuites sur ce terrain dangereux. Voir Mémoire touchant le P. Fr. Ant. Réginald, ms. 238 de la bibliothèque universitaire de Toulouse (l'auteur du Mémoire paraît être le P. Annat, jésuite). Antonin Réginald, s'il faut en croire les doléances de ses adversaires, traitait les jésuites tantôt de pélagiens, tantôt de semi-pélagiens. Il lisait publiquement des morceaux de leurs auteurs, choisis de manière à exciter l'hilarité ou l'indignation de ses auditeurs. Il avait dressé ses écoliers à siffler chaque fois qu'il prononçait le nom d'un théologien de la Compagnie de Jésus et à crier à tue-tête: «joro Molina, joro Suarez, /oro Loyola. » Cette dernière apostrophe contre un saint canonisé passait les bornes de l'inconvenance. Le cas était d'autant plus grave qu' Antonin Réginald, grâce à son entrain, avait groupé autour de lui un public si nombreux qu'on dut, pour ses leçons, agrandir la plus vaste des salles du fameux couvent des jacobins de Toulouse, lequel avait pourtant été bâti selon d'amples proportions. Ces écoliers, de plus en plus nombreux, ne manquaient pas d'insulter ceux des écoliers qui tenaient encore pour les idées des jésuites.

Le P. Annat était alors, de tous les jésuites de Toulouse, le plus capable de s'opposer à ce dénigrement systématique dont le P. Antonin Réginald se rendait coupable. Il était déjà l'un des religieux les plus marquants de sa Compagnie et un jour viendrait

où il serait le confesseur du roi Louis XIV. Pascal l'a d'ailleurs choisi comme souffre-douleur dans ses Provinciales; car, bien entendu, ce Père suivait en théologie les doctrines des siens, avec un cachet personnel de mauvaise humeur combative. Entre Annat et Antonin Réginald le conflit qui commençait doublait d'une opposition de personnes l'opposition des doctrines. Tant que la polémique resta orale, faite de lazzis ou de syllogismes, on ne peut savoir à qui imputer les premiers torts. Mais, lorsqu'elle s'échangea en des libelles écrits, le premier tort fut assurément du côté du dominicain, puisque c'est lui qui attaqua par le premier faclum. Dès cette année 1644, pendant ce carême où il abordait ses cours officiels publics de l'université, Antonin Réginald publie et répand à Toulouse une brochure anonyme de 17 pages intitulée : Quœstio theologica historica et juris pontificii : quœ fuerit mens concilii Tridentini circa gratiam efficacem et scientiam mediam juxta exemplar impressum anno ldOr. En datant de « Venise, 1607 », au lieu de « Toulouse, 1644 », non seulement le P. Réginald croyait dérouter les soupçons qui eussent pu le faire deviner comme l'auteur, mais il entendait tourner le décret de Paul V, relatif aux congrégations De auxiliis, par lequel, entre ces deux dates, il était devenu interdit d'agiter de vaines querelles sur ces matières trop contestées. Le trait du P. Antonin Réginald était donc noir. Sa ruse était d'ailleurs trop facile à percer. Sa verve dénonçait son anonymat et, comme il était question, dans ce libelle, d'ouvrages parus entre 1607 et 1640, on voyait assez qu'il était antidaté et pour quelle cause (Comte Bégouen, A propos de la sciencia média, dans Bulletin de la Société archéologique du Midi, 1913, p. 73). Le P. Réginald ne tarda pas à aggraver son cas. Trois mois après il fit imprimer son opuscule en français allant jusqu'à dire que c'était « afin que les femmes pussent le lire... ». Le P. Annat, ou plutôt son parti, attaqué avec violence répondit par un libelle intitulé Solutio quœstionis. Sans retard, Antonin Réginald répliqua par un ouvrage déjà plus considérable Thèses apologelicœ adversus solutioncm quwslionis theologicœ historicœ ac juris ponlifteis : quœ fuerit mens, etc., Paris, in-4°, 51 p. De l'officine rivale sortit un Appendix ad solutionem... Le P. Réginald polissait doucement sa riposte intitulé Vindiciœ... Mais il n'eut pas le temps de la faire paraître. En effet le P. Annat était si bien décidé à avoir le dernier mot qu'il ne lui en coûtait pour ainsi dire pas de faire passer les torts de son côté. Pour écraser Antonin Réginald avant qu'il ait eu le temps de parler à son tour, et de se défendre, toutdesuiteaprèsl'.A/)/)erK/(xadso/(i{ione/n..., le P. Annat faisait paraître un nouvel ouvrage qui n'était plus un simple appendice, mais qui amènerait l'élargissement du débat par une contre-offensive de grand style. Il avait obtenu pour cet ouvrage important l'approbation de son provincial, le P. Richard Mercier, en date du 2 janvier 1645. Le titre en est surprenant : Scientia média contra novos ejus impugnatores dejensa. Hoc est contra : Guillclmum Tuissium Calvinistam, auclorem libri de Ordine, etc., iheologum collegii Salmanticensis, Joannem a S. Thoma, propugnanle P. Francisco Annat, S. J. Ainsi étaient mis sur le même plan dans un même titre pour un volume in-4° de plus de 600 pages : le dominicain Jean de Saint-Thomas, l'anglican Wiliam Twissc (1575-1646), le jésuite dissident Claude Tiphaine (1571-1641), auteur du livre De ordine deque priori et posteriori liber, et les Salmanlicences. Cette salade de noms et de doctrines qui avait pour but de compromettre des orthodoxes avec des hérétiques — - c'est du moins ce que crurent les contemporains — allait susciter contre le P. Annat de vives représailles.

Le livre du P. Annat sur la science moyenne avait

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commencé à être vendu en librairie le 30 avril 1645. Le lendemain 1er mai, la faculté de théologie réunie au couvent des augustins prononça une censure. Certes, cette censure se faisait avec le consentement du recteur, et en tous cas avec le sceau du secrétaire-bedeau et sans vice de forme. Cependant, à un autre point de vue, il y avait seulement que le P. Antonin Réginald, encore simple suppléant dans la chaire de professeur royal, avait réuni trois professeurs conventuels et un seul professeur royal et qu'à eux seuls ils portèrent la sentence qui devait encore envenimer le débat. Pour condamner un livre de 600 pages, il fallait l'avoir lu. Les jésuites et leurs partisans se sont étonnés de ce que les théologiens leurs adversaires aient pu lire le livre du P. Annat en quelques heures. En réalité, il n'y a rien d'étonnant à ce que des gens passionnés, passant la nuit à lire, sachant d'ailleurs à peu près ce qu'ils y trouveraient, aient « dévoré » le livre en si peu de temps. Le P. Réginald disait aussi qu'il avait déjà connu quelque chose de l'ouvrage par des « maculatures » d'imprimerie qui avaient servi à envelopper des paquets.

Le premier soin d'Antonin Réginald fut de faire publier sans délai la censure hostile aux jésuites. Il fit donc imprimer des afliches portant le texte de la censure et s'apprêta à les faire apposer sur les murs de la ville. On y lisait que le livre avait paru « sans aucune permission de l'Illustrissime archevêque de Toulouse et sans l'expresse approbation des docteurs-régents de la faculté de théologie ». Sans doute le P. Annat avait dédié son ouvrage à l'archevêque Charles de- Montchal et ce dernier avait dû être pressenti pour donner son assentiment à une telle dédicace. Mais contrairement à une assertion de l'abbé A. Auguste, op. cit., p. 41, une dédicace ne saurait équivaloir à un imprimatur. Cependant l'archevêque de Toulouse, soucieux de la paix religieuse dans son diocèse, interdit qu'on placardât les affiches portant la censure des théologiens. Il en fit même remettre le paquet au recteur du collège des jésuites. Mais l'archevêque partait pour Paris sur ces entrefaites. Dès qu'il eut quitté la ville, le P. Réginald courut chez l'imprimeur, fit tirer de nouveaux exemplaires de l'affiche. On les colla partout, spécialement aux portes des personnes réputées favorables aux jésuites, aux portes des jésuites mêmes, à la porte aussi du couvent des jacobins. Là, deux religieux montèrent la garde pendant plusieurs jours, de crainte qu'on ne vînt lacérer les deux affiches apposées. Bien entendu, les jésuites goûtèrent peu le procédé. Le 17 mai ils se firent délivrer par le viguier de Toulouse : « un attestatoire en forme de notoriété », constatant « qu'en la faculté de théologie de l'université de Toulouse, on ne donne point liberté, ez questions de la grâce et connexes, de suivre la doctrine des jésuites ou répondre selon leurs principes, ains seulement selon les principes des thomistes». Selon les termes de ce papier, les jésuites, en tant que théologiens, considéraient alors leur doctrine non pas comme conciliable avec la pensée de saint Thomas, mais comme nettement inconciliable, sinon opposée. Ils en avaient parfaitement le droit, surtout étant données les circonstances de temps et de personnes.

En ces circonstances, l'attitude de ces Pères a pu néanmoins paraître un peu étrange. Comme le fait remarquer sans bienveillance Échard, Scriptores ordinis prœdicatorum, t. il, p. 662, la censure portée en 1645 par l'université de Toulouse contre François Annat réservait expressément, ainsi qu'il devait se faire, le droit du Saint-Siège de décider autrement que l'université, puisque le Saint-Siège constituait naturellement la juridiction régulière d'appel, au cas où le P. Annat et ses supérieurs n'auraient pu accepter la censure universitaire. Mais les jésuites, qui avaient agité, ou plutôt laissé agiter par le P. Annat,

en un gros ouvrage, la question «réservée» de la science moyenne, s'étaient mis par là en désaccord avec les décisions pontificales qui interdisaient de tels débats. Il faut d'ailleurs reconnaître que c'est Réginald qui les avait provoqués. Cependant Échard s'étonne de ce que la Compagnie ne sa soit pas adressée à la juridiction compétente, celle du Saint-Siège. De même que Réginald avait commis une nouvelle faute en faisant apposer des affiches cruelles, malgré la volonté de l'archevêque de Toulouse, les jésuites commirent de leur côté une action oblique. Au lieu de demander justice au pape pour le tort qui leur était porté, ils s'adressèrent au roi de France en son conseil, moins peutêtre pour échapper à Rome, que pour se prévaloir à Rome de l'appui du roi. C'est sans doute que dans les circonstances où l'on se trouvait, ils avaient pu deviner que le conseil du roi leur serait plutôt favorable. Mais, malgré tous les efforts qu'on pouvait faire pour calmer les belligérants, on ne pouvait pas espérer la paix sans quelques nouvelles et vives escarmouches. Toutes les universités du royaume se rangèrent du côté de Réginald et dé ses collègues toulousains. Cf. L. Vie, Antonin Réginald et la Scientia média, dans Bulletin de la Société archéologique du Midi, 1916, p. 318. Un mémoire des recteurs et professeurs des universités de Cahors, Orléans, Bordeaux, Reims, Caen, suppliait le roi et son conseil. Il ne fallait pas donner raison aux jésuites qui voulaient faire casser la censure des théologiens de Toulouse. Les universitaires disaient que, si le roi se montrait bienveillant pour la cause du P. Annat, « pourrait estre tiré en conséquence pour toutes les universités de vostre royaume, dont les privilèges demeureroient anéantis, si les prétentions des dicts pères jésuites triomphaient; en quoi les dicts suppliants ont un intérest commun avec la dicte université de Thoulouse et toutes les aultres ».

A l'assemblée du clergé de France, le mercredi 24 janvier 1646, après que l'archevêque de Toulouse, Montchal, eut prononcé des paroles d'apaisement, le chancelier de France donna plutôt raison aux professeurs toulousains. L'Inquisition cependant avait été alertée par le P. Annat, sans doute après que le conseil royal, à qui d'abord il avait demandé justice, eut fourni son appui pour renforcer la position du P. Annat devant les autorités romaines. La décision du Saint- Office, par décret du 16 mai 1646, ne fut d'ailleurs pas pleinement favorable à ce religieux. Elle n'approuvait l'ouvrage qu'à la condition qu'on fît subir une modification au frontispice.il fallait supprimer l'énumération des adversaires, où les thomistes étaient mêlés nommément à un hérétique. Les jésuites s'empressèrent de profiter de ce qui pouvait leur être favorable. Ils rééditèrent la Scientia média et firent disparaître de cette réédition le frontispice incriminé (Louis Vie, op. cit., p. 76. Selon le comte Bégouen, ibid., il ne s'agissait pas d'une réédition complète, mais simplement d'exemplaires où l'ancien frontispice avait été masqué par un carton). Cependant, la faculté de théologie de Toulouse demeurait très hostile au P. Annat. Le 21 novembre, elle estima insuffisants les changements opérés dans l'œuvre incriminée et prononça une seconde censure. Le 6 août 1647 le P. Réginald écrivit encore, au nom de tous les professeurs de la faculté de théologie de Toulouse, une lettre à celle de Louvain, « à l'occasion des faussetés et calomnies que les jésuites publiaient contre les Facultés de Louvain et de Douai. » Annales des soi-disants jésuites, t. IV, p. 1 79.

En 1646, pour se défendre contre le P. Annat, Réginald avait fait le voyage de Paris. Les dominicains parisiens ne furent pas enchantés de sa visite, parce qu'ils ne se souciaient pas de voir la dispute violente rebondir, clic/, eux, entre Réginald et ses adversaires jésuites. Ils prévinrent le maître général

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des dominicains, Thomas Turco, de la présence du trop bouillant thomiste dans leurs murs. On lui fit réintégrer Toulouse. P. Mortier, Histoire des maîtres généraux de l'ordre des frères prêcheurs, t. vi, p. 62.

Mais, quelques mois plus tard, Réginald se rendait officiellement au chapitre général de Valence de 1647. Selon l'usage, il devait y soutenir des thèses théologiques au nom de la province dominicaine de Toulouse dont il faisait partie. Le maître général Thomas Turco se trouvait là. Il avait pour Réginald un double sentiment : d'une part, estime, parce qu'il était bon ouvrier des doctrines thomistes, d'autre part, mécontentement, parce que, dans sa polémique contre les jésuites, il avait manqué à la plus élémentaire courtoisie. Maître Turco voulut vraisemblablement et montrer à son subordonné qu'il ne fallait pas être trop extrémiste dans les thèses de théologie, et faire briller pourtant le théologien respectable, afin de lui conférer ce grade envié de « maître en théologie », qui n'était pas d'usage dans sa province de Toulouse, mais qui lui donnerait une sorte d'investiture officielle pour parler de théologie au nom de son ordre tout entier. Turco choisit donc deux des thèses proposées par Réginald, afin de servir de base de discussion : une thèse sur la présence réelle de tous les objets créés dans la vision béatifique, et surtout la thèse « sur la manière dont Dieu connaît les futurs par ses décrets ». En ce tempslà, on reprochait à certains thomistes d'employer les expressions de prémotion, voire de prédétermination physique. Ce dernier terme pouvait faire confondre thomisme et jansénisme. En discutant contre Réginald à propos de sa thèse sur la connaissance divine dans les décrets, Thomas Turco voulait bel et bien empêcher qu'on opposât trop directement aux opinions des jésuites une notion de décret prédéterminant, physiquement opérant, à la fois créateur et moyen du savoir divin. Le terme « prédétermination physique » ne se rencontre pas dans saint Thomas. Ne suffisait-il point pour sauvegarder les thèses traditionnelles thomistes de dire, avec la lettre des écrits du Maître, que Dieu connaît les futurs dans sa science? Maître Turco disait donc à Réginald : « J'avoue que les prédéterminations physiques sont la doctrine de plusieurs thomistes. Mais, sur ce point, ils s'écartent de leur maître. Si tu me montres un texte de saint Thomas où il défend la prédétermination physique, je te crée maître en théologie, même contre les constitutions de ta province. » En cette difficile affaire, Réginald sut se comporter avec adresse. Il déclina le titre de maître en théologie et prouva, à l'aide de divers passages de saint Thomas, que la science par laquelle Dieu connaît ce qui est, n'est pas une simple science des possibles, mais une science de ce que Dieu crée, de ce qui implique la volonté de Dieu, ses décrets. Les mots prédétermination physique ne sont pas dans saint Thomas. Mais la doctrine est de lui.

L'affaire fit grand bruit. La malignité publique s'en empara, en effet, pour colporter le bruit calomnieux que le maître général des dominicains avait blâmé Réginald et réprouvé la thèse de la prédétermination physique. Cf. Percin, Monumenla conventus Tolosani F. F. prœdicatorum, 1693, p. 170-171. Le P. Réginald fut très bien défendu en l'occurrence par ses frères en religion, notamment par un théologien, son confrère à Toulouse, Vincent Baron. Réginald protestait avec véhémence contre cette calomnie intéressée qui avait pour but de jeter la suspicion sur sa thèse très chère de la prédétermination physique. Par la solennité même de ses protestations, il rendait service au général de l'ordre, maître Turco, qui se trouvait finalement atteint dans son honneur de thomiste. Aussi, Thomas Turco songea-t-il à être agréable au P. Réginald. Dans une lettre du 30 août 1648, adressée à son assis-

tant, il demande si le P. Réginald n'irait pas volontiers enseigner la théologie aux jeunes dominicains de Paris, soit au couvent du noviciat, soit à celui de Saint-Honoré, «pourvu néanmoing, ajoutait le maître général, que les jésuites ne profitent de son absence de Toulouse et qu'il y ait quelqu'un en cette absence qui leur puisse faire teste et soigner aussy à l'imprimerie de l'œuvre de Pierre de Tarentaise ». Lettre au P. Jacques Barelier, Archives générales O. P., t. iv, Rome, p. 88, 110.

Le P. Réginald préféra demeurer à Toulouse où il avait à combattre le bon combat. En cette même année 1648, il avait composé une pré/ace pour des éditions du Catéchisme du concile de Trente. La préface ne fut sans doute pas du goût de tout le monde, car son auteur prétendait y faire servir l'autorité du concile de Trente en faveur des thèses thomistes relatives à la grâce efficace. On racontait que le P. Réginald s'était fait le champion de toutes les thèses de son ordre, au point d'avoir attaqué un jour publiquement la croyance, alors de plus en plus reçue dans l'Église, de l'immaculée conception. A. Auguste, op. cit., p. 36. Comme, à la fin de 1649, avait paru à Toulouse une réimpression de l'ouvrage intitulé Opusculum de veritate conceptionis beatissimœ virginis Mariœ, hostile à l'immaculée conception et que l'archevêque condamna le 4 janvier 1650, la voix publique accusa le P. Réginald d'avoir été le fauteur de cette réédition inopportune. L'ouvrage, dont l'auteur avait été Pctrus de Vincentia, n'était lui-même qu'une reprise des anciens arguments de Vincent Bandelli. Mais, ce qui était supportable à la fin du Moyen Age ne l'était plus dans le développement des idées dogmatiques du début du règne de Louis XIV. On allait jusqu'à dire que Réginald n'avait réédité ce livre que par animosité contre des religieux qui n'appartenaient pas à son ordre. Échard, Scriptores ord. preed., t. i, p. 88, nie que Réginald ait été pour quelque chose en cette malheureuse affaire. Le retentissement en fut pourtant si fâcheux qu'il dut quitter Toulouse pour se réfugier pendant de longs mois en pleine campagne au prieuré de Prouille, annexe du monastère des dominicaines, et qui avait, à tort ou à raison, une réputation de jansénisme ou de thomisme « jansénisant ». A. Auguste, op. cit., p. 99. L'archevêque de Toulouse et surtout l'évêque de Grasse étaient favorables, au moins en secret, à la grande cause antijésuite pour laquelle le P. Réginald combattait avec une ardeur si téméraire. Ils n'étaient sans doute pas seuls dans l'épiscopat à être hostiles aux jésuites. Ils étaient surtout navrés du cas d'un certain Labadie qui, à Toulouse, s'était fait, de jésuite, janséniste puis protestant. L'évêque de Grasse rapprochant son cas de celui du P. Réginald, écrivait à l'archevêque de Toulouse : « Quels triomphes pour les bons Pères I Mais quels mauvais effets cela ne produira-t-il pas dans les esprits faibles et plus pieux que prudents, contre la bonne doctrine. C'est sans doute une grande tentation, et bienheureux qui n'y succombera point. La retraite du P. Réginald, en cette conjoncture, est assez fâcheuse, et il fallait résister davantage aux petites persécutions de la fraterie pour l'amour de la vérité, qui mérite que nous souffrions toutes choses. Il faudrait tâcher à le rajuster, si cela estoit possible et vous y pouvez beaucoup. » Aussi on conseillait à l'archevêque de passer l'éponge sur les méfaits supposés du P. Réginald relatifs au débat de l'immaculée conception. Ne fallait-il pas aider au contraire un défenseur des vraies doctrines thomistes contre les idées des jésuites concernant la science moyenne et la grâce suffisante? A. Auguste, op. cit., p. 28-29.

Il semble que l'archevêque suivit ce conseil et que Réginald reparut bientôt à Toulouse. Absoudre ainsi le

RÉGINALD (ANTONIN

P. Réginald de son crime (non prouvé) contre la thèse de l'immaculée conception, c'était, directement et à coup sûr, atteindre, mécontenter les jésuites. Ces derniers, en effet, le P. Poussines, en 1650, dans son Vincenlia uictus, plus tard le P. Ferrier, en 1662, dans sa Défense de la conception immaculée, s'attaquèrent au livre qu'on imputait à crime au P. Réginald. A. Auguste, op. cil., p. 144-145. Celui-ci se garda bien de répondre, et c'était en effet la meilleure manière de laisser ses adversaires dans l'incertitude touchant ses droits et responsabilités d'auteur ou d'éditeur.

A-t-on voulu tenir compte à Réginald de cette sagesse qui lui venait avec les années, ou bien a-t-on voulu simplement utiliser ses talents reconnus de théologien? Toujours est-il qu'en 1653 on fit appel à ses lumières dans l'affaire si discutée des cinq propositions extraites de l'Augustinus de Jansénius. Lorsque le pape Innocent X voulut alors condamner ces propositions, il ne le fit certes pas pour blâmer cette doctrine thomiste que l'on considérait trop souvent en certains milieux comme une ascendance du jansénisme. L'hérésie de Jansénius était originairement très différente du thomisme. Ce n'est que par la suite que « les disciples de saint Augustin », comme ils s'appelaient, abandonnèrent une partie de leurs positions insoutenables vis-à-vis de l'orthodoxie et se rapprochèrent du thomisme. Donc, peu de temps après l'apparition de l'Augustinus, au milieu du xvne siècle, les dominicains thomistes étaient nettement hostiles aux cinq propositions. Avant que le pape songeât, en 1653, à les condamner, le dominicain parisien Jean Nicolaï, dès 1649, avait été membre de la commission des huit docteurs de Sorbonne qui avait déjà proscrit les cinq propositions. A cette date de 1653, Nicolaï travaillait à ce que Rome condamnât à son tour le jansénisme comme l'université de Paris l'avait fait (voir l'art. Nicolaï, t. xi, col. 490-491). Le maître général des dominicains, qui était maintenant Jean- Baptiste Marinis, faisait venir à Rome, sur les instances du pape, ses meilleurs théologiens pour s'occuper de l'affaire. Antonin Réginald en fut. Il se montra catégoriquement favorable à la condamnation; ce qui n'empêcha pas un jésuite, le P. Théophile Raynaud, de déclarer qu'Antonin Réginald était si suspect d'hérésie qu'il dut se sauver de Rome en grande hâte pour éviter le bûcher ou au moins le cachot qu'on aurait réservé à son impénitence janséniste. (Voir làdessus Vincent Baron, Duo postremi apologiiv libri..., Paris, 1666). La vérité fut tout le contraire. Antonin Réginald, longtemps retenu à Rome, ne quitta la ville qu'après que le cardinal deValencey, ambassadeur de France, lui eut donné, de la part du pape, le plus vif encouragement à persévérer dans ses positions rigoureusement thomistes et augustiniennes. Il quitta la ville honoré de la plus haute charge que le maître général pouvait lui accorder; laissant de côté tout procédé d'élection, J.-B. de Marinis le nommait prieur provincial de la province dominicaine de Toulouse où il retournait. Quétif-Échard, Scriptores, t. n, p. 667. Quand il se trouvait encore à Rome pour cette affaire des cinq propositions, Réginald avait composé à l'intention du Saint-Office des Tractatuli XI in de/ensionem doctrines thomistteee seu poli us Ecclesiœ catlwlicœ de gralia Chrisli, plus tard insérés dans le Journal de Saint-Amour, 2e partie, p. 59-79. Ces pages, qui semblent expliciter certaines des idées qu'oïl se faisait au Saint-Office à propos des affaires en cours, suffiraient peut-être à révéler dans quelle intention de simple et droite orthodoxie fut faite la condamnation des cinq propositions. On aurait tort d'y voir une manifestation de la prétendue haine des jésuites contre les jansénistes ou contre le thomisme. La rumeur Infâme n'en accusa pas moins Réginald de s'être opposé à la

condamnation des cinq propositions. On allait jusqu'à mettre dans sa bouche les propos les plus frondeurs : « Le pape, aurait-il dit, ayant besoin d'argent pour la guerre qu'il avait contre les princes ligués d'Italie, avait écouté la proposition que lui firent les jésuites qu'ils donneroient une notable somme d'argent s'il vouloit faire expédier une bulle contre cet adversaire de leur doctrine. » A. Auguste, op. cit., p. 37. On l'accusait aussi d'avoir prétendu que le pape se rétracterait, ou encore d'avoir mis en doute l'authenticité de la bulle contre les cinq propositions.

Le 7 décembre 1656, le P. Réginald reçut un camouflet. Quatre professeurs de sa faculté de théologie de Toulouse, mais dont aucun naturellement n'était dominicain, donnèrent leur approbation à la Scientia média du P. Annat et, le 27 du même mois, le recteur de l'université, Dadin de Hauteserre, faisait de même. Au nouveau jugement officiel de la faculté de Toulouse, qui en somme se déjugeait, l'ouvrage du P. Annat était déclaré parfaitement conforme à l'Écriture sainte et à la doctrine des Pères de l'Église. Il y avait que l'archevêque de Toulouse avait changé et ne s'appelait plus Montchal, mais Marca. Il y avait surtout que, depuis deux ans, l'adversaire du combattit Antonin Réginald, le non moins combattit P. Annat, était devenu confesseur de Louis XIV.

Le P. Réginald songea donc à se rendre imbattable sur le terrain des principes, au-dessus des controverses où peuvent intervenir des considérations étrangères à la métaphysique. C'est certainement en cette intention qu'il rédigea, avec une précision mûrement calculée, l'ouvrage principal de sa vie, et dont une notable partie du moins vit le jour sous le titre de Doclrinœ D. Thomas Aquinatis tria principia cum suis consequentiis, in-12, 1. 1, 507 p., t. n, 476 p., t. m, 1044 p., Toulouse, chez Raimond Bosc, 1670. Deux autres volumes prévus ne purent aboutir, parce que la rédaction d'un travail aussi dense était forcément lente, et que l'auteur avait vieilli et mourrait d'ailleurs six ans après la parution des trois premiers volumes. Ces trois volumes ont été réédités en un seul, au xixe siècle, sous le titre : Doctrinse divi Thomas Aquinatis tria principia cum suis consequentiis ubi totius doctrinse compendium et connexio continelur, auctore R. P. Ant. Reginaldo, ord. prsed... editio nova diligenler emendata, utilissima synopsi ditata et percommodis distincla divisionibus a P. Fr. X. ejusdem ordinis, Paris, 1878, in-8°, 582 p.

Pour un lecteur du xx° siècle, les Tria principia d'Antonin Réginald sont d'un abord quelque peu affligeant. L'auteur y rend, avec un grand souci de liaison logique, 1713 sentences métaphysiques ou théologiques, fondées chacune, d'une part sur des textes de saint Thomas, d'autre part sur un petit raisonnement de forme strictement scolastique. On dirait que l'on a affaire à un monstrueux sorite articulé de 1713 syllogismes. Mais, à y regarder de plus près, on ne reste pas seulement impressionné par la précision de cette machine théologique, on est frappé de la netteté et de l'exactitude des termes avec lesquels sont frappées les 1713 sentences et aussi de leur apparentement par voie de conséquences avec les trois irréductibles principes dont l'auteur fait découler tout son énorme système, ou plutôt avec les deux principes dont il s'est servi pour gouverner les parties traitées de sa grande œuvre, demeurée inachevée. Ces deux principes sont d'ailleurs solidaires l'un de l'autre et concourent en effet à assurer partout la manière de voir de saint Thomas : Ens est transcendens, Dcus est aclus punis : c'est tout le problème de la répartition de l'agir.

Antonin Réginald laissera en mourant bien d'autres choses dans ses papiers. On y trouvera, par exemple, un ouvrage tout composé sur la doctrine du

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