RELIQUES. LITURGIE MODERNE
pensée. Donc : 1. Si l'on prend la relique au sens le plus formel, c'est-à-dire in actu exercilo, dans son office actuel de relique, qui est de conserver quelque chose du saint et d'en tenir lieu, sous cet aspect tout à fait formel de conserver matériellement, elle ne se distingue du martyr vivant et mourant que par le mode d'être mort et immobile, comme d'ailleurs l'image diffère de son prototype par la matière et la couleur. Ainsi la relique, reduplicalive ul reliquiœ, est une même chose avec le saint qui nous l'a laissée après soi: elle forme avec lui, objectivement et sans aucun travail d'imagination de notre part, un seul objet total, un seul terme de vénération. Qui dit relique dit restes d'un saint; quand on pense au vêtement du roi on honore le roi. Notre culte est donc le même pour le saint et pour la relique; mais il atteint le saint in recto, primario et propler se, et la relique in obliqua, secundario et propler sanctum; ainsi le culte du saint est un culte de dulie absolu, et celui de la relique est bien un culte de dulie mais relatif, et, pour cette raison, inférieur au culte donné à la personne du saint. Et même, comme le fait remarquer Billuart à propos des saintes images, le culte de dulie ainsi accordé à la relique, par le fait qu'il est indivisiblement le même que la vénération donnée au saint, ne tient cependant pas de la relique même cette dignité, mais bien du prototype; tout ainsi que le même acte de vision béat i tique qui embrasse Dieu et les créatures, n'est pas formellement béatifique du fait qu'il se termine aussi aux créatures, de même l'acte qui englobe la relique dans le culte du saint est un acte de dulie malerialiler lantum seu speci- [icaiive. 2. Mais on peut aussi considérer la relique •> d'une façon intermédiaire »; comme s'exprime Billuart, et cette fois en elle-même, et pour sa propre excellence, non pas matériellement certes, comme un ossement vulgaire ou un morceau de toile, mais formellement déjà, comme un objet sacré destiné à honorer le saint dont elle nous vient, et apte à en conserver quelque trace jusqu'à nous : la relique est bien considérée formellement dans son rôle de conservation, mais non in actu evercilo, sed in actu signalo, non pas comme une dépendance actuelle du corps vivant du saint — cet ossement desséché en est si différent! — mai* comme une chose sainte qui a été jadis unie avec la personne du saint si c'est une relique réelle, comme un objet sacré qui a touché son tombeau, s'il s'agit d'une relique représentative. De ce contact ou de cette union, il est permis de croire que la relique a reçu et détient une certaine sanctification immanente. De plus elle a reçu les hommages de l'Église et est restée durant des siècles affectée à son culte. Tout cela fait que la relique peut être honorée pour elle même: beaucoup plus facilement que pour l'image, nous pouvons regarder la relique dans sa dignité propre. Sans doute nous disons-nous que cet objet, parfois minuscule, doit toute cette dignité au fait qu'il a été en relation réelle avec un saint; mais enfin nous le vénérons en luimême, comme détenant une consécration particulière, dérivée originairement de la personne du saint. Dès lors la relique est honorée d'un culte inférieur à celui du saint, et qui ne peut être appelé dulie que par analogie. Ainsi l'honneur donné à l'uniforme du roi, quand le roi est absent, est-il très différent de celui qu'on donne à sa personne présente. Par cette distinction dans les points de vue, Billuart explique assez bien les deux opinions qui divisaient les anciens scolastiques et les nouveaux théologiens, contemporains du concile de Trente, comme Sanderus, Catharin et Bellarmin. Il rend compte également des attitudes diverses des Pères de l'Église, les uns passant, pour ainsi dire, directement de la relique au saint qu'elle personnifiait, et les autres s'arrêtant à considérer en eux-mêmes ces restes sanglants. Nous avons dépassé largement l'épo-
que du concile de Trente. Mais il fallait réunir tous ces théologiens spéculatifs et nous avons entendu avec Billuart un bon résumé de l'enseignement de l'École.
VIII. Les saintes reliques a l'époque moderne. — 1° La liturgie. — Ni le missel, ni le bréviaire romains dans leur état présent n'ont d'office spécial pour les saintes reliques; mais les divers diocèses ont fait place dans leur calendrier à une fête destinée à célébrer ensemble les diverses reliques conservées dans la circonscription diocésaine. L'ordre bénédictin, qui la place le 13 mai, au temps pascal, utilise simplement l'office des saints martyrs lemport paschali; la congrégation de France a maintenu à son propre cinq antiennes, dont deux tirées de l'Écriture, Cuslodit Dominus, Ps. xxxm, 21, et Corpora sanctorum, Eccli., xliv, 15; deux autres reproduisent des textes patristiques : Isti vero nobis jamiliares sunt, nobis autem commorantur, cf. Maxime de Turin, ci-dessus, col 2341, et Sanctorum per orbem in cincribus portio seminalur ; manel lumen intégra in virtulibus plenitudo, cf. Théodoret, ci-dessus, col. 2342.
Les Églises qui fêtent les reliques en novembre ou du moins aux alentours de la Toussaint ont des pièces propres beaucoup plus nombreuses : à Paris et dans les diocèses de France, les répons du 1er nocturne utilisent au sens mystique Gen., iv, 10; Ex., xm, 19, et II Reg., xm, 21 ; les suivants, au sens historique Act., v, 15 et xix,12etausensfiguréDan.,xn,3:Ez.,xxxvii, 12.
La collecte de la messe, colligée au xixe siècle : Auge in nobis resurrectionis [idem, tout en faisant état des « merveilles opérées par les reliques », fait appel à la foi : foi bien établie dans la résurrection glorieuse « des cendres vénérées », foi destinée à affermir chez les fidèles l'espérance de leur propre résurrection.
Les deux hymnes 0 vos unanimes et Adesle, sancti, plurimo, toutes deux de Santeuil, sont plus dignes d'attention. La première est un bon résumé de la doctrine catholique, la première strophe donnant les noms poétiques de ces reliques, la deuxième expliquant que les saints ont mérité aussi par leurs corps, pwnarum sociis ossibus, la troisième marquant la protection de Dieu sur les reliques, et la quatrième l'honneur que leur fait l'Église en disant sur elles la messe, la dernière rappelant les fruits de ce culte. La seconde hymne marque le contraste entre l'humilité des restes sacrés et les hommages qu'ils reçoivent des fidèles et la vertu que Dieu leur assure pour guérir les malades et chasser les démons.
Un des derniers spécimens de la littérature liturgique, c'est l'hymne de Santeuil Ad sanclos cineres, que l'Église de Paris utilise pour les matines de la fête de saint Denys. Rien de bien neuf dans cette autre composition : la première strophe s'adresse aux martyrs prédicateurs de la foi, la seconde rappelle les hommages des rois à leurs tombeaux, la suivante leur adjoint les confesseurs, quos sensere bonos rébus in arduis, et la dernière résume les miracles, sceau de Dieu en leur faveur: Hic quoi prodigiis se Deus asseril! L'autre hymne de la même fête : O inuidenda Marlyrum, applique aux reliques mêmes et à contre-sens le mot de Tertullien : semen est sanguis christianorum. « Les ossements sont confiés à la terre, et arrosés des larmes des fidèles, ils deviennent une bonne semence, qui donnera en son temps une ample moisson! »
Mais il ne faut pas oublier que la liturgie romaine, par sa fixité, joue dans l'Église le rôle d'un régulateur : ainsi l'ancien rituel de la dédicace est toujours officiel, et que les antiennes en l'honneur des corps saints et le transfert solennel des reliques est toujours la partie essentielle de la consécration de l'autel et de l'église. Le culte des saintes reliques, qui languit un peu dans le peuple chrétien, et même dans le clergé, n'a pas de guide plus sûr que ces pages du Pontifical.