RÉSURRECTION. LA THÉOLOGIE JUIVE
de Baruch, estimant que xxx, 1-2 est une interpolation qui ne cadre guère avec le reste de la vision; mais il affirme que le sujet est abondamment traité dans les autres perspectives, II Bar., xlix-li, cf. xxi, 23; xxm, 5; xlii, 6 sq., parce que, « dans le système religieux du rédacteur dernier, la résurrection tenait une place plus considérable que dans les documents messianiques qu'il a insérés ». Op. cil., p. 470, note 10. « Ces constatations, ajoute le même auteur, permettent les conclusions suivantes : aux alentours de l'ère chrétienne la pensée de la résurrection ne s'est pas encore emparée des esprits comme elle le fera plus tard; elle n'est pas encore un point invariable et familier des horizons eschatologiques: elle s'efface quelque peu derrière l'attente du grand jugement, qui fera prévaloir la justice, et derrière l'espérance de la vie éternelle. » Op. cit., p. 471.
Sur les preuves apologétiques de la résurrection, preuves scripturaires et arguments de raison, invoquées par les rabbins contre les hérétiques sadducéens, voir Bonsirven, p. 471-474.
2° Notion de la résurrection chez les Juifs. — Les termes traditionnels qui désignent chez les Juifs la résurrection se trouvent condensés dans Is., xxvi, 19 : « Vos morts vivront, mes cadavres ressusciteront (se lèveront); réveillez- vous et chantez, vous qui êtes couchés dans la poussière. » Voir col. 2506. Deux catégories de formules doivent être surtout retenues, répondant chacune à une conception dilïérente :
Tout d'abord, « ressusciter » signifie surgir soit du sommeil, soit du tombeau. C'est là l'idée et le mot qui reviennent le plus souvent dans l'Écriture et dans les apocryphes. Cf. Dan., xn, 2; Ps., lxxxviii, 11; II Mac, xn, 43, 44; vu, 9, 14. Dans les apocryphes, Hen., xci, 10; xx, 8; xxn, 13 (éthiopien); Test. pair. (Siméon), vi, 7; Ps. Sal., ni, 16. On trouve la même idée sous des expressions analogues : surgir de son sommeil, Hen.. xci, 10; cf. Is., xxvi, 19; les morts montant du Seol, Midraë Babba, Gen., édit. Theodor- Albeck, 12, 10, p. 109; Talmud, Berakhoth, 15 b et Sanhédrin, 92 a; Hen., li, 1; les réceptacles des âmes rendant leur dépôt, Hen., li, 1; lxi, 5; Test. (Levi), îv, 1 ; IV Esd., vu, 32; Baruch (édit. syriaque, P. S., t. n), xxi, 23; xxx, 2.
Ensuite, « ressusciter » signifie vivifier les morts. On trouve l'expression dans la Bible, Os., vi, 3 ; Is. , xvi, 1 9 ; Ez., xxxvn, 1-14; Dan., xn, 2; dans les apocryphes, IV Esd., v, 45; Bar. (éd. syr.), xxm, 5; xlii, 7; xlix, 2. Elle abonde chez les rabbins : pour eux, la résurrection est la vivification des morts, Deut., xxxn, 2, cité d'après l'éd. Friedmann, Vienne, 1864, p. 132 a; Talmud, Sanh., x (xi), 1; Ros ha-sana, 17 a, et Dieu est celui qui donne (ou rend) la vie aux morts, Sanh., 90 b. L'expression « vivre » devient ainsi, pour les morts, l'équivalent de ressusciter. Ceux qui ne ressuscitent pas, ne vivent pas, Sanh., x, 2 sq. De là la maxime de Rabbi Éléazar Haqqapar : « tous les morts doivent revivre, (ressusciter) et tous les vivants (les ressuscites) doivent être jugés ». Aboth, iv, 22.
3° Bénéficiaires de la résurrection. — Il est impossible de donner à cette question une réponse nette. Dans la théologie juive du temps de Jésus-Christ, il y a, touchant les problèmes de la vie future, tant de doutes et d'obscurités qu'une solution unique ne pourrait rallier tous les suffrages.
La notion commence à s'introduire d'une survie et d'une rétribution immédiatement consécutive à la mort : à quoi bon imaginer, se produisant après de nombreux siècles, un nouveau jugement précédé de la résurrection, lequel jugement ne pourrait que replacer les ressuscites dans l'état où ils se trouvent déjà? Beaucoup croient également que certains impies sont anéantis au moins après quelques mois de
torture dans la géhenne. La résurrection, elle-même, n'est pas encore généralement admise et, de plus, comment la concevoir : comme une mesure générale destinée à réunir tous les hommes pour le dernier jugement? ou simplement comme la mise en possession de la vie éternelle? Ne soyons donc pas étonnés de rencontrer sur ce point des opinions divergentes et n'essayons pas de les réduire à l'unité. Ne crions pas non plus à l'incohérence : la cohérence logique suppose des idées nettes et universellement reconnues. (J. Bonsirven, op. cit., t. i, p. 475-476.)
Un certain nombre de textes affirment Y universalité, de la résurrection, s'inspirant en cela de Dan., n, 2. Nous avons déjà cité la phrase du rabbin Éléazar Haqqapar : « Ceux qui naissent sont pour mourir; et les morts pour être vivifiés et les vivants (les ressuscites) pour être jugés ». De Deut., xxxm, 39 : « C'est moi qui fais mourir et c'est moi qui fais vivre », on déduit que c'est Dieu qui envoie au même et la mort et la vie (la résurrection), édit. citée, p. 139 b. De même, la croyance que le Seol et les réceptacles des âmes rendront à l'ave nir leur dépôt implique une résurrection universelle. Cf. Test. (Levi), iv, 1 ; IV£srf., vu, 32; Bar. (édit. citée). xxi, 23; xxx, 2; xi.ii, 7; l, 2: Talmud, Sanh., 92 a: Berakhoth, 15b; MidrasRabba, Gen. (édit. citée), 12, 10, p. 109. Sans qu'on puisse se prononcer sur la signification exacte d'autres textes, il semble cependant vraisemblable « que la plupart des docteurs des premiers siècles ont cru à l'universalité de la résurrection ». Bonsirven, op. cit., p. 477. La résurrection semblait être la condition préalable du jugement universel.
Toutefois, pendant assez longtemps, plusieurs docteurs n'accordèrent qu'aux seuls justes le privilège, de la résurrection. La résurrection était l'accès à la récompense éternelle. C'est la doctrine de Josophe, qu'il attribue aux pharisiens, sinon à Moïse lui-même. Antiq. XV III, I, 3 (14); cf. Cont. Apionem, n, 30 (218). (Les chiffres entre parenthèses reproduisent les paragraphes rétablis par l'édition Niese, Berlin, 1887.) C'est toutefois en un autre corps que passent les âmes des justes, Debello, II, vin, 14(163); III, vin, 5 (374). Telle paraît bien être aussi la pensée des jeunes martyrs dans II Mac, vin, 14; cf. 17, 19, 35, 36, encore cependant qu'ils menacent du jugement et de châtiments leur juge persécuteur : ils semblent donc admettre aussi une résurrection, mais non pour la vie. N'est-ce pas là aussi la doctrine de II Mac, xn, 39-46 et spécialement 44? Voir art. Purgatoire, col. 1166. La première partie du livre d'Henoch incline en ce sens, puisqu'elle affirme qu'une catégorie de pécheurs ne sortira pas de son lieu de supplices, Hen., xxn, 13; les ressuscites seront des justes confiés à l'archange Remeiel, xx, 8. Dans le livre des Paraboles, il semble bien que la résurrection soit universelle, terre, Seol et enfers rendant leurs proies, et cependant seuls les justes paraissent en bénéficier. Hen., li, 2; lxi, 5. La cinquième partie ne reconnaît expressément que la résurrection des justes. Hen., xci, 10; cf. c. 5. De même les Psaumes de Salomon promettent aux justes la résurrection pour la vie éternelle et aux pécheurs • la perdition sans rémission et sans résurrection pour la vie éternelle ». Viteau, Les psaumes de Salomon, Paris, 1911, p. 59. Cf. Ps. Sal., m, 11-16; xv, 14 sq.; xiv, 2-4, 6. L'Apocalypse de Moïse est moins précise : la résurrection y est présentée, tantôt comme universelle, tantôt comme réservée aux seuls justes. Apoc. Mos., xxvm, 4; xli, 3. en sens universaliste ; xm, 3, restriction au seul c peuple saint ». Seuls les justes en ont le privilège, d'après l'Apocalypse de Baruch, édit. syr., xxi, 23: xlix-li; xxiii, 5, dont la tendance universaliste est corrigée par xxx, 1, 2; et peut-être xlii, 7, 8, dans le sens indiqué. C'est que la résurrection apparaît liée à la vie éternelle. Mêmes indications dans les Testaments, Benjamin, x, 8, (cf. Dan., xn, 2): Juda, xxv, 1; Zabulon, x, 2, 3; Benjamin, x, 6. 7.
Cette double tendance, universalisme, restriction aux seuls justes, trouve une explication plausible, que confirme la littérature rabbinique plus récente, dans l'universalisme de la résurrection en ce qui concerne les fils d'Israël, tous étant considérés comme appartenant au peuple saint et juste. Les gentils sont envoyés à la géhenne, soit pour un temps après lequel ils sont réduits à néant, soit « pour les générations des générations ». Cf. Bonsirven, op. cil., p. 479-480 :
Nous discernons dans la littérature rabbinique, écrit Bonsirven, une tendance qui ne nous surprendra pas : assurer à tous les Israélites le bénéfice de la résurrection; tendance qui se manifeste de plusieurs manières. D'abord par la discussion sur l'âge que doivent avoir les enfants israélites pour pouvoir revivre : nous assistons à une surenchère caractéristique : R. Meïr admet à ressusciter ceux qui répondent amen à la synagogue (Is., xxvi, 2); R. Siméon ben Rabbi, ceux qui commencent à parler (Ps., xxn, 31); les rabbins de Babylone, tous les circoncis (Ps., lxxxviii, 1(>); les rabbins palestiniens et R. Hiia ben Abba, tous les enfants déjà nés (Ps., xlix, 6); et enfin R. Éléazar, même les avortons (Is., xlix, 6). Op. cit., p. 480.
Être enseveli en terre d'Israël est un gage de résurrection parmi les justes. Les autresterres sont impures; y être enseveli, c'est mourir deux fois, ce qui prive de la résurrection. Aussi les Juifs mourant hors de Palestine y faisaient-ils transporter leurs corps, ou tout au moins le faisaient-ils ensevelir au bord de la mer, afin qu'au jour de la résurrection, Dieu creusât des souterrains, par lesquels les corps des justes, inhumés hors de Palestine, rouleraient comme des outres jusqu'en Israël, où Dieu leur rendrait leur àme et leur vie. Voir les textes dans Bonsirven, p. 481. Toutefois la moralité ne perd pas absolument ses droits ; si la résurrection est, en principe, le privilège des fils d'Israël, elle est cependant refusée à certains pécheurs d'Israël. Mais ces restrictions ne font guère que confirmer le principe : tous les Israélites retourneront à la vie.
Il semble bien d'ailleurs que cette résurrection, universelle pour Israël, ne soit qu'un acte du règne messianique futur. Elle apparaît bien comme l'acte initial de ce règne, permettant à tous les Juifs, morts avant la venue du Messie, de participer aux félicités de la restauration nationale. Si cette note messianique n'est explicite que dans quelques apocryphes, notamment dans lien., li, 1 ; lxi, 5 ; Test. Juda, xxv, 1 ; Zabulon, x, 2, 3 ; Benjamin, x, 6, 7 ; et s'affirme quelque peu dans IV Esd., vu, 32, elle est sous-jacente implicitement dans les autres textes où s'affirme une note universaliste. Quoi qu'il en soit, il ne semble pas qu'on puisse admettre, dans la littérature juive, l'idée d'une double résurrection, la première introduisant les seuls justes aux félicités messianiques, la seconde faisant comparaître tous les hommes jusqu'au jugement dernier. Cf. Castelli, // Messia secondo gli ebrei, Florence, 1874, p. 283; H. Strack et P. Billerbeck, Kommcntar zum Neuen Testament aus Talmud und Misdrasch, Munich, 1922-1928, t. m, p. 827.
4° Mode de la résurrection. — Pour les Juifs, contemporains des premiers chrétiens, les modalités de la résurrection posaient de multiples problèmes.
Problème de l'auteur. Cet auteur est Dieu, vivificateur des morts, comme l'appellent les prières les plus anciennes de la recension palestinienne et de la recension babylonienne. Semonc esre, 2; cf. Talmud, Sanh., 113 a. Dieu seul, en clïet, détient la clef des sépulcres et ne la livre à personne. Id., Ta'anil, 2 a: Midras Tanhuma, recension éditée par Buber, Wilna, 1913, Wayésé, 10, i, p. 155; Midras sur les psaumes, ps., lxxviii, 5, édit. de Buber, Wilna, 1891, p. 346; MidraëRabba,Gen.,73,3, édit. citée, p. 848 : l >eut.,7,6. A Dieu sont attribuées toutes les actions qui concourent à la résurrection : Dieu vivifie, IV Esd., v, 45; il formera de nouveau, Stjbil., iv, 181 ; il commande,
Bar. (édit. syr), xxi, 23; l; cf. Ps. Sal., m, 16; Talmud, Berakhoth, 00 b; Sanhédrin, 108 a; Pesiqla Rabbathi, édit. Friedmann, Vienne, 1880, 3 b; Midras Rabba, Gen., 26, p. 250. « Je te ressusciterai », dit Dieu dans l'Apoc. Mos.. xli, 3.
Problème des intermédiaires. Élie a détenu un moment la clef des sépulcres. Sanh., 113 a; Midras sur les psaumes, ps., lxxviii, 5. Aussi aura-t-il encore quelque part dans la îésurrection dernière : Talmud, Sota, ix, 15. Quant au Messie, aucun texte authentique ne lui accorde d'intervention dans la résurrection des morts. Les textes suspects sont : MidraS sur Prov., vin, 9 et xix, 21 (édit. Buber, Wilna, 1893), et Pirqè de Rabbi Éliézer, édit. de Varsovie, 1879, 32.
Problème des modalités. La résurrection se fera, non en secret, mais ouvertement. MidraS Rabba, sur Eccl., vu, 1. Elle se fera au son de la trompette. Id., Levit., 24, 4 ; Targum de Jonathan, Ex., xx, 15. Cette trompette, dont il est question dans Matth., xxiv, 31; I Cor., xv, 32, 52; I Thess., iv, 16, tient une place considérable dans la littérature postérieure. Cf. F. Weber, Jùdischc Théologie auf Grund des Talmud und verwandler Schrijlen, Leipzig, 1897, 2e édit., p. 369.
Problème de la réunion de l'âme et du corps. D'une part, les tombeaux et la terre rendront les restes humains; d'autre part, les réceptacles des âmes restitueront leur dépôt. Doctrine commune tant aux apocryphes qu'aux écrits rabbiniques. H en., li, 1 ; Bar. (édit. citée), l, 2; xlii, 7; xxx, 2; xxi, 23; IV Esd., vu, 32; Test. (Levi), iv, 1 ; Talmud, Sanh., 92 a; Targums de Jérusalem, i et il, sur Ex., xv, 12; Berakhoth, 15b; Midras Rabba, Eccl., v, 10; Pesiqla Rabbalhi, édit. cit., 109 b; Midras R., Gen. (édit. cit., 12, 9, p. 109, etc.». D'autre part, Dieu rend l'âme au corps ou restitue l'esprit retourné vers lui après la mort. Talmud. Berakhoth, 60 b; Sanh., 108 a; Pesiq. R., 3 b; Midras R., Gen., 26, p. 250; cf. 14, 7, p. 131; Sanh., x, 3. 29 bc. Dans ce dernier texte « rendre l'esprit • signifie produire la résurrection. Nous laissons de côté certaines imaginations bizarres selon lesquelles Dieu ressusciterait les morts au moyen d'une rosée spéciale ou en faisant germer l'homme d'un os de la colonne vertébrale. Voir Bonsirven, p. 484.
Problème des ressemblances du corps ressuscité avec le corps actuel. — Le pseudo-Baruch professe une ressemblance complète : « La terre restituera les morts qu'elle a maintenant reçus pour les garder, ne changeant rien à leur ligure; comme elle les a reçus, elle les rendra... » Toutefois, après le jugement, « sera changée la ressemblance de ceux qui ont péché et aussi la gloire de ceux qui sont justifiés •. Les premiers en pire ; les second en mieux : « les uns seront changés en la splendeur des anges, les autres en visions effrayantes et en formes apparentes. » Bar. (édit. syr), xlix-li, 5. Doctrine similaire chez les rabbins, avec cependant des raffinements de subtilités. Les morts ressusciteront tels qu'ils étaient au moment de leur sépulture, afin de pouvoir être reconnus; ils ressusciteront avec leurs vêtements; c'est folie de demander s'ils seront purs ou si l'on devra se purifier après les avoir touchés. Voir Midras R., Gen., 95, 1, édit. citée, p. 1185 sq., Talmud, Semaholh, îx, fin : Sanh., 90 b; Midras R., Eccl., v, 10; Talmud, Nidda, 70 b. Cf. W. Bâcher, Die Agada der Tannaiten, i, Strasbourg, 1890, p. 179 sq.
///. LE nouveau testament. — 1° L'enseignement du Clirist. — 1. Dans les synoptiques. — Les sadducéens niaient la résurrection future des corps; ils vinrent même trouver Jésus pour lui poser à ce sujet une question embarrassante : si une femme se marie successivement à sept frères, de qui sera-t-elle femme au jour de la résurrection? Matth., xxn, 23-28: cf. Marc, xn, 18-23; Luc., xx, 27-33. Sur la négation sadducéenne, voir aussi Act., xxm, 8; Josèphe, De
Il ÉSURRECTION. L'E VA NGILE
bcllo jud., II, vin, 14; Anliq.jud., XVIII, i, 4. D'un mol, Jésus écarte le côté négatif de la thèse sadducéenne. A la résurrection, le mariage n'aura plus de raison d'être : neqae nubent, neque nubentur. Matth., xxn, 30; Marc, xii, 25; Luc, xx, 35. Les ressuscites auront des corps en quelque sorte spiritualisés, comme les anges de Dieu. Cet aspect négatif de la question une fois éliminé, Jésus-Christ passe au côté positif de la doctrine de la résurrection.
L'objection des sadducéens vient, d'après le Sauveur, de ce qu'ils ne comprennent pas la puissance de Dieu, capable de créer un ordre différent de celui qu'ils ont sous les yeux, et de ce qu'ils n'ont pas assez pénétré les Écritures. Et Jésus d'apporter aux Sadducéens un argument tiré de l'Exode; «à l'endroit du buisson», spécifient Marc et Luc. Pourquoi ce choix d'un livre du Pentateuque, alors que tant d'autres passages de l'Ancien Testament auraient pu fournir des arguments plus directs? Plusieurs Pères, y compris Origène, l'auteur des Philosophumena, saint Jérôme, ont affirmé que les sadducéens n'admettaient pas d'autres livres sacrés. Cette opinion est vraisemblablement trop absolue, mais il est probable cependant que les sadducéens n'admettaient comme strictement canonique que le Pentateuque. Cf. Schùrer, Geschichle des jiïdischen Volkes, t. ii, 4e édit., p. 481. Jésus argumente donc du livre de l'Exode, « livre de Moïse » par excellence, et oppose aux sadducéens cette vérité fondamentale : « Le Dieu d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, qui s'est révélé à Moïse près du buisson ardent, n'est pas le Dieu de morts, mais de vivants. »
Dans l'Exode, quand Dieu se révèle à Moïse comme le Dieu des patriarches, le sens est qu'il est ce même Dieu qu'ils ont adoré durant leur vie, sans aucune allusion à leur état présent. Mais Jésus suppose, ainsi que tous ceux qui recevaient l'Écriture comme inspirée, qu'elle contient, en plus du sens littéral historique, un sens plus profond. Ce sens a été très bien reconnu par Loisy : « Quel que soit le sens réel du passage de l'Exode auquel se rattache le raisonnement, on peut dire en parlant de la croyance à un Dieu personnel, que ce Dieu ne peut pas avoir cessé d'être le Dieu de ceux qui l'ont servi, qui l'ont aimé, de ceux qu'il a lui-même honorés de sa faveur. Ceux qui ont vécu pour Dieu ne peuvent jamais être morts pour lui. » (Évangiles synoptiques, t. Il, p. 342). C'est sur cette union à Dieu que le psalmiste appuyait son espérance d'immortalité. Ps., xvi, 8 sq.; xlix, 15 sq.; lxxiii, 23 sq.; cf. Revue biblique, 1905, p. 188 sq. Dieu n'abandonne pas les siens à la mort; Abraham, Isaac et Jacob étaient donc encore vivants. Or, les Hébreux n'imaginaient pas la mort comme une délivrance de l'âme qui lui permettrait de remonter vers les idées à la façon platonicienne. Les morts étaient dans le Seol où ils vivaient d'une vie imparfaite; si vraiment Dieu est le Dieu des vivants, il fera sortir un jour d'entre les morts ceux qui avaient été et qui demeuraient ses amis pour reprendre avec eux une société plus intime.
L'argument conclut donc, à la condition de faire état des données de la foi juive. Dans le sens rationnel, on le développerait en disant par exemple avec Victor : n -;ap ti to (rwaiiçÔTspov £<7tcv èv avijpaiTToi;, /.ai rj Çwf) xotvrj, xaî £v.aT£pa>v ôît Ttpo; tô tï)V éx Bavàrou Ç»Y|V JtâXtv cWTijvat. L'union substantielle de l'âme et du corps exige, si l'homme doit vraiment vivre pleinement de Dieu, que le corps soit associé à cette vie. Mais Jésus ne raisonnait pas en philosophe, ni avec des gentils; après avoir affirmé que Dieu peut donner aux siens une vie plus parfaite et divine, il montrait comment le Pentateuque lui-même insinuait (Luc, È(irjrvae <) qu'elle serait un jour leur partage. L'erreur des sadducéens était grande, Jésus le leur dit sévèrement : que devient la religion si elle est réduite au culte de Dieu, pendant une existence terminée absolument par la mort? » J.-M. Lagrange, Évangile selon saint Marc, Paris, 1920, p. 298-299.
Sans parler explicitement de la résurrection des corps, la scène du jugement dernier, évoquée par le Christ, suppose que tous les hommes seront présents à ce jugement, en corps et en âme. Les élus, en effet, seront rassemblés des quatre vents, des hauteurs des
cieux à leurs extrêmes limites. Matth., xxv, 31 ; Marc, xm, 27. Mais ce ne sera pas le fait des seuls élus, puisque, au jugement même, les bons seront placés à la droite du juge, les méchants à sa gauche et que sur ces derniers tombera la sentence de réprobation. Ce sont « toutes les nations » qui seront réunies. Matth., xxv, 32, 33, 41. Toutefois, en raison de la béatitude qui suivra, la « résurrection des justes » est proposée par le Christ comme le plan premier sur lequel doit se dérouler leur glorification.
2. Devis saint Jean. -- Mais c'est dans saint Jean que l'enseignement du Christ sur la résurrection apparaît le plus complet et le plus net. Le Sauveur déclare que son Père lui a donné, comme Fils de l'homme, le pouvoir de juger tous les hommes. Joa., v, 2<S. S adressant aux Juifs, il ajoute : « Ne vous étonnez pas de ceci, car l'heure vient où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront sa voix, et ils sortiront : ceux qui auront fait le bien pour une résurrection de vie, ceux qui auront pratique le mal pour une résurrection de jugement. » Joa., v, 28-29. Il n'y a ici aucune antinomie entre deux résurrections, l'une purement spirituelle, celle des justes, l'autre physique, celle qui correspond à noire concept de la résurrection des corps. En fait, la résurrection de vie suppose et complète la résurrection physique, celle qui fait sortir des tombeaux tous lès hommes entendant la VOIX du juge. La vie spirituelle du croyant est déjà sans doute le commencement de la vie éternelle, mais elle n'empêche pas la mort du corps ; et donc il est nécessaire qu'à la fin des temps le corps ressuscite pour être associé à cette vie. Tous ressusciteront . justes et pécheurs, mais les justes ne sont pas, a proprement parler, soumis au jugement : ils sont destinés et vont à la vie. Seuls, les pécheurs ressuscitent pour être ju^és.
Gel te résurrection au dernier jour, Jésus la promet à quiconque croit en lui, car cette foi fait déjà posséder la vie éternelle. Joa., vi, 39, 40. Continuant son enseignement, malgré les murmures des Juifs, Jésus assure qu'il ressuscitera au dernier jour celui qui vieni à lui, attiré par le Père. Joa., vi, 44. Et, précisant sa pensée, en même temps qu'il révèle l'eucharistie future, le Sauveur affirme (pie quiconque mange 'de ce pain, vivra à jamais... ; celui qui mange ma chair et boit mon sang possède la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour. » Joa., vi, 53-54.
Ce fait de la résurrection, en même temps (pie ce pouvoir du Chiist sur la résurrection des hommes, est affirmé en traits saisissants dans l'histoire de la résurrection de Lazare. Lazare était mort, et Jésus, se présentant à Marthe, en reçoit cet affectueux reproche : « Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort; maintenant encore je sais que tout ce (pie tu demanderas a Dieu, Dieu te l'accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Joa., xi, 20-23. Cette réponse, encore vague, du Maître, pouvait être entendue de la résurrection générale, dogme reconnu des Juifs orthodoxes et auquel Marthe montre immédiatement (f . 24) qu'elle n'est pas étrangère : « Je sais, dit-elle, qu'il ressuscitera lors de la résurrection, au dernier jour. » Mais Jésus insiste sur un point que les Juifs ignoraient, la part prise par le Messie à la résurrection, voir ci-dessus, col. 25 12. Jésus demande à Marthe de croire, non seulement qu'il est le .Messie, mais qu'il est « la résurrection et la vie ». « Celui qui croit en moi, ajoute-t-il, fùt-il mort, vivra et quiconque vil et ci oit en moi ne mourra pas pour toujours. Le crois-tu? » L'acte de foi de Marthe reçoit sa récompense dans fa résurrection immédiate de son frère.
2° L'enseignement de saint Paul. — 1 . Le fait de lu résurrection. — Saint Paul fait de la résurrection d'entre les morts un dogme fondamental pour les chrétiens. Et il en rattache intimement la vérité à la vérité de la