‹ Dictionnaire de thâeologie catholique (volume 3)Chapitre 375 sur 470 · REVELATION — REVIVISCENCE · texte numérisé non relu

REVELATION — REVIVISCENCE

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N. Iung.

REVIVISCENCE. — Le mot reviviscence signifie par lui-même la propriété que possèdent certains êtres, ayant présenté l'apparence de la mort, de reprendre l'activité de la vie dans certaines conditions déterminées. Analogiquement, le terme est employé en théologie pour désigner la réapparition dans l'âme de certains phénomènes de la vie spirituelle, alors que ces phénomènes avaient paru tout d'abord éliminés. On parle ainsi de reviviscence. I. Des sacrements. II. De la grâce et des vertus (col. 12629). III. Des mérites (col. 2C34). IV. Des péchés (col. 2014).

I. Reviviscence des sacrements. — /. LE mot et la chose. — Le mot reviviscence appliqué aux sacrements n'est peut-être pas très bien choisi. Ne peut « revivre » que ce qui a déjà vécu. Or, dans les cas où l'on parle de la reviviscence des sacrements, le sacrement n'a pas vécu, tout au moins sous l'aspect où on le dit revivre. 11 serait plus exact de parler d'influence salutaire commençant â se faire sentir en raison de meilleures dispositions du sujet. Il faut, en effet, se rappeler que certains sacrements ne produisent pas nécessairement leur effet ou tout leur effet au moment même où ils sont appliqués. Le sujet qui les reçoit peut, â ce moment-là, présenter des dispositions suffisantes pour permettre l'application valide du sacrement, sans posséder encore les dispositions requises pour une application fructueuse. Voir Fiction dans les sacrements, IL Fiction de la pari du sujet, t. v, col. 2295. Mais si le sacrement, après l'instant où il est appliqué, laisse dans l'âme un effet permanent, qui de soi appelle la grâce, et si, en raison des dispositions imparfaites du sujet, la grâce n'est pas produite immédiatement, elle pourra néanmoins l'être ultérieurement, quand l'obstacle des dispositions imparfaites disparaîtra. L'elïet de la grâce est pour ainsi dire suspendu jusqu'au moment où le sujet présentera les dispositions requises.

Bien plus, les sacrements produisent une grâce qui leur est propre, la grâce sacramentelle. Si, d'après l'opinion qui semble la plus probable, la grâce sacramentelle ne fait qu'ajouter à la grâce sanctifiante une vigueur spéciale et une exigence de secours particuliers proportionnes aux fins de chaque sacrement, il faut admettre que la perte de la grâce entraîne, pour le chrétien, la perte de la grâce sacramentelle, tout au moins dans son essence même; mais il faut admettre aussi que cette grâce renaît dans l'âme de nouveau justifiée et cela toujours en raison de l'elïet permanent laissé par le sacrement auquel elle correspond.

Dans ce dernier cas, le terme reviviscence serait employé avec plus d'exactitude. Mais les théologiens n'ont jamais envisagé le problème de la reviviscence de la grâce sacramentelle indépendamment du problème de la reviviscence du sacrement. Bien que ce ne soit pas la même chose — on vient de le voir — ■ cependant le principe est le même : la permanence d'un effet sépa-

REVIVISCENCE DES SACREMENTS

rable de la grâce permet au sacrement soit de devenir fructueux, soit de le redevenir.

//. APPLICATIONS. ■ — Il faut se garder de croire que la doctrine de la reviviscence des sacrements s'applique également à tous les sacrements et avec la même certitude. Il faut distinguer entre sacrement s et sacrements.

1° Baptême.- C'est surtout à l'occasion du baptême que la doctrine de la reviviscence sacramentelle a été exposée. Les anciens théologiens ne parlent pas de reviviscence. Ils se demandent si, » la fiction disparaissant, le baptême acquiert tout son effet ». Cf. S. Thomas, Sum. Iheol., III1, q. i.xix, a. 9; In /V""1 Sent., dist. IV, q. m, a. 2, qu. 3. La réponse affirmative est une doctrine théologiquement certaine, qui s'appuie sur le dogme de la non itération du baptême validement conféré par les hérétiques. Voir ici, t. n, col. 211» sq. Elle est unanimement professée par les théologiens depuis saint Augustin, De baplismo contra donatistas, 1. I, c. xii ; 1. III, c xin ; 1. VI, c. xxv, P. L., t. xi.in, col. 119, 146, 214. Cf. Epist.,CLxxxy,Decorreclione Donatislarum liber, c. vi, n. 23, P. L., t. xxxiii, col. 803. Même doctrine chez Fnlgencc de Ruspe, De ftde,Teg. in, n. 41, P. L., t. lxv, col. C92; l'auteur (tardif) du De vera el falsa pœnitentia, n. 11), P. L., t. xl, col. 119. Doctrine consacrée implicitement par les décisions de saint Etienne Ier, Denz.-Bannw., n. 4(i; de saint Grégoire le Grand, id., n. 219, plus explicitement par Innocent I II, Epis', majores à l'archevêque d'Arles, id., n. 411. La fiction est clairement supposée par le concile de Trente pour les sacrements en général (poncnlibus obicem), sess. vu, can. G, Denz.-Bannw., n. 819; et l'interdiction de renouveler le baptême validement reçu nonobstant la fiction implique la présente doctrine de la reviviscence du sacrement. Cf. Canones de sacramento ba[>lismi, can. 11, Denz.- Bannw., n. 867.

La raison théologique de cette doctrine peut être ainsi formulée : le péché originel et les péchés actuels commis dans l'infidélité ne peuvent être remis que par le baptême reçu en réalité ou tout au moins par le désir. Or, celui qui a reçu le baptême d'une façon valide mais non fructueuse ne peut plus le recevoir ni en fait ni en désir. Donc si le baptême déjà reçu doit être pour lui le moyen de salut, il faut que ce moyen puisse revivre quant à son effet salutaire, c'est-à-dire quant à l'infusion de la grâce. Cf. S. Thomas, Sum. Iheol., IIK q. i.xix, a. 10.

Tel est l'enseignement de la théologie quant à l'effet premier et principal du baptême, c'est-à-dire quant à la justification de l'homme. .Mais les auteurs soulèvent une question plus subtile quant aux effets secondaires, c'est-à-dire quant à l'extinction de toute peine temporelle. On peut imaginer l'hypothèse d'un adulte recevant le baptême validement mais infructueusement quant à la rémission des péchés véniels, dont il n'a pas le regret, tout en regrettant les péchés mortels qu'il a pu commettre. Cet adulte vient a mourir aussitôt après avoir été baptisé. Le baptême revivra-t-il » quant à cet effet secondaire de la rémission du péché véniel quant à la coulpe cl quant à la peine? L'opinion de saint Thomas est qu'à l'instant même qui suit immédiatement la mort cet adulte, en grâce avec Dieu, fera un acte parlait d'amour qui lui enlèvera les moindres péchés véniels auxquels il était resté at taché. L'obstacle

à l'efficacité pleine du baptême étant enlevé, il est à

croire que, même à l'égard de la peine temporelle due à ces péchés véniels, le baptême exercera son efficacité par une sorte de reviviscence, (.'est la solul ion insinuée pai- saint Thomas, De malo, q. vu, a. 11, in fine; qui est proposée plus explicitement par Billot, De sacramentis, t. I, (i° édition, p. 1 12, noie, cl par 1. épicier, Tructutus de baplismo et confirmatione, Home. 1923, p. 97. Mais la solution contraire - permanence du reatus culpte

(venialis) el peenœ ( IcmporaHs) — semble s'imposer dans l'opinion scotiste qui admet que le péché véniel peut suivre l'âme au purgatoire.

Enfin, on peut faire l'hypothèse d'un adulte qui reçoit le baptême, de bonne foi, mais avec des dispositions insuffisantes quant aux péchés mortels commis avant le baptême. Il y aurait ici « fiction » purement matérielle, mais empêchant cependant la justilication. Si cet adulte venait à mourir aussitôt après avoir été baptisé, en bonne logique, on devrait nier la possibilité de la reviviscence du baptême et condamner à l'enfer ce malheureux... Nous n'avons trouvé aucun théologien pour résoudre ce cas. Il semble que la cause du pécheur de bonne foi doive être séparée de la cause du pécheur qui reçoit validement le baptême, tout en ayant conscience de ses dispositions défectueuses. Billot écrit à propos du martyre (pic Dieu ne permettra pas qu'un véritable martyre se produise chez le pécheur qui n'aurait pas les dispositions requises pour la justification. De sacramentis, t. i, p. 248, note. Il en serait vraisemblablement de même pour l'infidèle recevant de bonne foi l'ablution baptismale et mourant aussitôt après : Dieu ne permettra pas que lui manquent les dispositions nécessaires à la justilication. Cf. Ami du clergé, 1936, p. 185.

2° Confirmation et ordre. ■ — La non-itérabilité de la confirmation et de l'ordre conduit les théologiens à admettre la reviviscence de ces deux sacrements, absolument comme pour le baptême. Sans doute, ils n'ont plus ici l'argument de la volonté salviliquc universelle et les documents du magistère relatifs à la « fiction » font défaut. Il semble toutefois que le canon 9 de la session vu du concile de Trente, Denz.-Bannw., n. 852, soit une base d'argumentation très solide. Aussi, sans affirmer que la reviviscence de la confirmation et de l'ordre soit une vérité théologiquement certaine, doit-on dire qu'elle est une vérité certaine. N'est-il pas, en effet, conforme à la bonté et à la sagesse divines que ceux qui auraient reçu en état de péché mortel ces sacrements non réitérables, puissent néanmoins retrouver, lorsqu'ils auront éliminé l'obstacle de leurs dispositions mauvaises, les grâces si utiles au soldat ou au ministre de Jésus-Christ?

3° Extrême-onction el mariage. — Une conclusion identique, d'une très grande probabilité, doit être proposée en ce qui concerne le mariage, durant la vie des deux conjoints, et l'extrême-onction, durant la maladie à l'occasion de laquelle elle a été conférée. L'argument est proportionnellement le même que dans les cas précédents. Le mariage ne peut être réitéré du vivant des deux conjoints. L'extrême-onction ne peut être renouvelée durant la même maladie. lit cependant ces deux sacrements peuvent être reçus validement et infructueusement. 11 convient donc (pue la grâce qu'ils auraient dû conférer puisse apparaître dans l'âme, quand les dispositions suffisantes seront acquises.

4° Pénitence. — La chose est discutable et discutée pour la pénitence. Nous devons nous y arrêter plus longuement, puisque l'article Pénitence, t. xii, col. 1 126, a renvoyé au présent article l'exposé des opinions. La question est celle-ci : le sacrement de pénitence peut-il être reçu d'une façon valide, mais informe. c'est-à-dire sans le fruit de la grâce justifiante, de tille sorte que la grâce sera produite (reviviscence du sacrement) seulement quand sera enlevé l'obstacle qui a rendu informe le sacrement.

1. Comment peut se poser ce cas. — ■ Des sacrements qui ont leurs éléments essentiels totalement distincts des dispositions du sujet, on conçoit facilement qu'ils puissent être conférés validement el cependant demeurer infructueux ou « informes » en raison d'un défaut ou d'une insuffisance dans les dispositions requises pour l'acquisition de la grâce. Mais le sacrement de péni-

REVIVISCENCE DES SACREMENTS

tence a pour partie essentielle ou tout au moins intégrale la contrition qui est une disposition du sujet requise à la production de la grâce : il est donc difficile de concevoir qu'il puisse être administré validement et cependant qu'il demeure informe, c'est-à-dire infructueux.

D'où viendrait l'obstacle qui le rend informe? A coup sûr, ce n'est pas du côté du ministre ou de l'absolution. Si le ministre a le pouvoir et emploie la forme requise, il rend, autant qu'il est en lui, le sacrement valide et capable de produire son effet. Ce n'est pas non plus en raison d'un manque d'intégrité dans la confession, car si la confession, matériellement incomplète, est cependant intègre formellement, elle ne peut constituer un obstacle à la production de la grâce. Ce n'est pas non plus du côté de la satisfaction, car la satisfaction, comme tille, n'est pas partie essentielle du sacrement de pénitence et son omission ne saurait empêcher le sacrement de produire son fruit essentiel. Reste donc que la fiction qui rend informe le sacrement ne peut provenir que d'une contrition, su/lisante pour assurer la validité, insuffisante pour produire l'effet de lu grdee. Ce cas est-il possible?

2. Les réponses des théologiens. — Les auteurs sont très partagés sur ce point. On peut ramener leurs réponses à quatre solutions.

Première solution : là où la contrition est insuffisante pour produire l'effet de la grâce, le sacrement est non seulement informe, mais encore invalide. — La raison invoquée est qu'il manque ici une matière absolument rjquise pour l'existence même du sacrement. Cet le matière, c'est la détestation réelle et efficace du péché commis accompagnée du ferme propos de ne plus pécher, propos absolu et universel, qui doit se rencontrer explicitement ou tout au moins implicit ement dans la disposition du pénitent. Beaucoup d'auteurs invoquent cet argument contre l'opinion que nous proposerons en quatrième lieu; mais tous n'en tirent pas une conclusion contre la possibilité, au moins spéculative, d'un sacrement de pénitenceà la fois valide et informe.

Parmi ceux qui poussent leurs conclusions jusqu'à 1 i négation de cette possibilité, citons les théologiens de Wiirtzbourg, De pœnilentia, n. 177-179; Chr. Pesch, Traclalus dogmalici, t. vu, n. 172; d'Annibale, Theol. mcralis, t. m, n. 240, note 18 ;Génicot-Salsmans, Theol. moralis, t. n, n. 272; Prùmmer, Manuede theol. moralis, t. m, n. 42; Hugon, Traclatus dogmalici, Paris, 1031, p. 525. Cappcllo, Traclatus canonico-moralis de. sacramentis, t. n, Turin, 1926, n. 153, après (laitier, De pœnilentia, Paris, 1923, n. 407, déclare que cette solution est « théoriquement plus probable », en raison des déclarations des conciles de Florence, Denz.-Banrrw., n. 699, et de Trente, id., n. 896, 914, voir ici t. xn, col. 1046, 1090, 1105. Ces conciles, en effet, ne distinguent pas entre ce qui est nécessaire à la validité du sacrement et ce qui est nécessaire à la production de la grâce ; par contrition, partie du sacrement de pénitence, ils entendent cette contrition qui exclut toute affection aux péchés passés et futurs et qui, par conséquent, supprime tout obstacle à l'infusion de la grâce.

Deuxième solution : là où la contrition est suffisante pour assurer la validité du sacrement, elle est également suffisante pour assurer la production de la grâce. — La contrition n'est suffisante pour la validité du sacrement qu'à la condition de renfermer, d'une part, le ferme propos de ne plus pécher, d'autre part, la volonté sincère de se réconcilier avec Dieu. Or, cette volonté sincère de réconciliation ne peut se concevoir sans une vraie et efficace rétractation de tout péché mortel et une volonté universelle de ne plus offenser Dieu. Telle est la position adoptée par Vasquez, De pœnilentia, q. xcn, a. 2; Palmieri, De pœnilentia, th. xxxn, n. 6; Ballerini-Palmieri, Opus morale, t. v, n. 51 sq. (quoi-

que cependant, en raison de ce que Ballerini enseigne de l'attrition existimala, n. 41,42, 45, on pourrait, à la rigueur, le placer parmi les tenants de la quatrième opinion).

Troisième solution : un seul cas, plus théorique que pratique, peut se présenter, qui rendrait le sacrement valide et informe; c'est le défaut inconscient d'universalité dans la contrition. — Un pénitent, coupable de plusieurs péchés mortels, les déteste pour des motifs particuliers. Il se trouve que l'un de ses péchés n'est pas atteint par les motifs particuliers de contrition auxquels il s'arrête. En réalité donc, quelque illusion qu'il se fasse à ce sujet, le pénitent n'a pas la contrition de ce péché qu'il n'a pu envisager dans ses motifs de regret et de détestation. Cette thèse est défendue par les auteurs qui, attaquant la solution que nous exposons en quatrième lieu, entendent la ramener à ses justes proportions. Ainsi l'ont pensé Suarez, De pœnitentia, disp. XX, sect. iv, n. 22, 24-25; sect. v, n. 7 sq. ; Gonet, Clypeustheologiœ, De psenitentia, disp. X, a. 1, n. 11-14: De Lugo, De pœnitentia, disp. XIV, sect. vi, n. 74 sq. : S. Alphonse, Depœnitentia, n. 144 : Lehmkuhl, Theol. moralis, t. II, n. 402. Cette opinion est également rapportée avec quelque faveur par Chr. Pesch, op. cit., n. 173; Génicot-Salsmans, op. cit., n. 275; N'oldin- Schmitt, De sacramentis, n. 259.

« Vraiment probable, mais presque fictive » telle est l'appréciation de 1'. Galtier, op. cit., n. 405 bis, sur cette solution. La raison pour laquelle il est difficile de rencontrer ce cas exceptionnel, c'est que les pécheurs n'ont pas l'habitude de s'exciter à la contrition pour des motifs particuliers ; c'est toujours un mol if général, s'étendant à tous les péchés, qui excite leur cœur au repentir, motif presque toujours pris dans la crainte du châtiment divin. Galtier, lue. cit.; Cappcllo, op. cit., n. 152. Génicot-Salsmans donne cependant un exemple oii le cas pourrai! facilement se vérifier, c'est le cas d'un pécheur, coupable de deux péchés mortels d'espèce très différente, vol et luxure, qui ressent une attrition très sincère de son péché de luxure en raison de la honte spéciale qui s'y attache : il oublie d'accuser le péché de vol, ou il l'accuse n'ayant de ce péché aucune contrition et cela, en raison de la honte violente qu'il a conçue de l'autre péché, avec la plus entière bonne lui. hoc. cil . Thèse reprise, en des termes presque identiques par A. I Iayual. (). P.. dans V Angelicum, 1927, p. 31 sq., et par J. (Jmberg, s. ,1.. Periodica de re morali, canonica

liturgiea, 1928, p. 17 sq.

Quatrième solution : Toute attrition estimée par le pénitent de bonne foi suffisante et quant à son universalité et quant à sa souveraineté. ENCORE QU'EN RÉALITÉ ELLE NE LE SOIT POINT, rend le sacrement valide tout cil le laissant informe. — Si l'on admet la possibilité d'un sacrement de pénitence valide et informe pour le cas accepté dans la troisième solution, pourquoi ne pas l'admettre d'une manière générale pour tous les cas ou la contrition serait estimée suffisante par le pénitent fie bonne foi"? Sous cette forme, la solution devient vraiment pratique et opérante. 11 ne s'agit plus seulement du cas. neuf fois sur dix chimérique, d'une contrition, issue d'un motif particulier, qui se croit universelle et ne l'est pas: il s'agit de toute espèce de cas où le pénitent, ayant loyalement confessé ses pêches el n'en ayant cependant conçu, d'ailleurs de bonne foi, qu'un repentir insuffisant (quelle que soit la raison de cette insuffisance), pose en réalité et sans le savoir un obstacle à la grâce, tout en présentant a l'absolution du prêtre une matière suffisante. D'où sacrement valide et cependant informe. Au premier acte de repentir suffisant, l'obstacle à la grâce disparaît, et la grâce du sacrement est conférée. Le sacrement « revit ».

Cette solution, déclarent ses défenseurs, est admissible. Car il faut distinguer, dans le pénitent, la réalité

REVIVISCENCE DES SACREMENTS

des dispositions et leur degré de perfection et, dans le degré de perfection, le degré suffisant pour la validité, insuffisant pour la « fructuosité », et le degré suffisant pour l'une et pour l'autre. Dieu seul peut connaître quand l'attrition, extérieurement manifestée, existe dans le pénitent à un degré et avec des qualités suffisantes pour rendre fructueux le sacrement. Mais, le sacrement étant signe sensible, la manifestation extérieure de l'attrition est essentielle au sacrement; toutefois, la manifestation du degré et des qualités étant impossible, il semble qu'on doive conclure que la manifestation extérieure d'une contrition intérieure, insuffisante ou suffisante, est seule de l'essence du sacrement.

« Une chose surtout milite en faveur de [cette] manière de voir; c'est que, seule, elle explique scientifiquement la pratique de l'Église dans l'administration du sacrement de la pénitence, sans qu'il soit besoin de recourir à une exception quand il s'agit de juger la matière. De même que, dans les autres sacrements, la matière doit être certaine, de même, ici, le confesseur peut et doit être certain de la douleur et du propos du pénitent — mais seulement en tant que douleur et propos contribuent à constituer le signe sensible du sacrement, et non pas en tant qu'ils sont une disposition intérieure. Le confesseur ne peut point, à son gré, absoudre ou retenir les péchés : il doit s'assurer (vidrat diliijenter, dit le Rituel romain) si le pénitent est disposé, s'il est digne de l'absolution. <• L'homme voit bien ce qui est visible, mais le Seigneur lit dans les cœurs. » (I Reg., xvi, 7.) C'est seulement d'après les marques extérieures que le confesseur peut juger prudemment si la disposition, qui est une chose intérieure, existe en réalité; et, d'ordinaire, il doit se contenter d'une probabilité prudente. Il a donc raison d'absoudre lorsqu'il juge avec motif que le pénitent soumet sincèrement et avec douleur ses péchés au pouvoir des clefs, en d'autres termes, il absout sans avoir en même temps la certitude morale que l'attrition du pénitent est absolument efficace, ce qu'il faudrait pourtant si ce degré d'attrition était non seulement la disposition prochaine, mais encore une partie essentielle de la matière sacramentelle.

En demandant poui la validité de notre sacrement une attrition moins parfaite sous le rapport du degré que pour recueillir le fruit sacramentel, Jésus-Christ a grandement facilité la tâche si délicate du confesseur. L'administration du sacrement de la pénitence serait moralement impossible si, pour donner licitement l'absolution, le confesseur devait être absolument certain mie l'attrition du pénitent est souveraine. » N. Gihr, Les sacrements, trad. fr., t. m, p. 102-103.

Pratiquement, les partisans des autres opinions sont bien obligés d'accepter cette quatrième solution, puisque tous reconnaissent qu'il ne faut pas inquiéter un pénitent de bonne foi qui peut-être n'a pas eu l'attrition souveraine ou universelle.

Spéculai ivement ils ne manquent pas d'opposer des arguments de quelque poids, Galtier et, après lui, Cappello ont bien présenté ces arguments. Galtier, De psenitenlia, n. 405; Cappello, De psenitenlia, n. 151. On trouvera une vigoureuse défense de la thèse dans Billot, Desacramenlis, t. n, th. xvi. Cet auteur prétend s'abriter derrière plus de trente autorités théologiques : pour quelques-unes, c'est inexact; d'autres, Gonet et SuareZ, par exemple, n'admettent le sacrement valide et informe qu'en un cas très spécial. Voir ci-dessus. On doil cependant reconnaître que Billot est fidèle à la pensée de saint Thomas, In IV1"" Sent., dist. XVII, q. m, a. 4, sol. 1 {Suppl., q. i\, a. 1 1, vraisemblablement d'Alberl le Grand, In M'"'", dist. XVII, a. 6 (édition de Paris, 1890, t. xix, p. 665); à coup sûr de saint Antonin, Sum. theol., pari. III, tit. xiv, c. xix (édition de Vérone, 1740, p. 77.")); de Cajétan, Qutèstiones de confessione, qusesitum ■">, opuscule publié dans l'édition léonine de la Somme théologique, après la pars III», t. xii, p. 353; de Capréolus, In IV'"". dist. XVII, q. n, concl. 3, e1 de Jean de Sain i Thomas, Cursus iheologicus, l . ix, Desacramenlis, disp. XXX 1 1 1, a. 6. Jean de Saint Thomas (f 1643), étant postérieur

au concile de Trente, on ne peut donc pas dire que cette opinion ait été abandonnée après le concile. Il est vrai que la plupart des auteurs qui l'ont enseignée depuis la deuxième moitié du xvi« siècle l'ont restreinte au seul cas de « non-universalité » de la contrition. Voir ci- dessus, 3e solution. Billot lui a rendu une vogue incontestable. Après lui, en effet, on peut citer Vermeersch, Theol. moralis, t. ni, n. 569; Van Noort- Verhaar, De sacramentis, t. n, n. 68 sq. ; Gihr, op. cil., p. 1 61-103 ; Lépieïcr, De pxnilenlia, Rome, 1924, p. 412; Paquet, De sacramenlis, part. IIa, disp. III, Québec, 1903, p. 156 sq.; A. d'Alès, De sacramenlo pœnitenliœ, Paris, 1926, p. 156-158 ; Hugueny, La pénitence, édition de la Somme théologique de la Revue des Jeunes, t. il, p. 401-464. Voir une bonne dissertation en ce sens dans l'Ami du clergé, 1920, p. 675 sq. Lépicier, op. cit., p. 414-415, montre bien qu'on ne peut raisonner sur le sacrement de pénitence comme sur les autres sacrements. En ceux-ci, une fiction, même volontaire et consciente, n'empêche pas la validité du sacrement. Dans la pénitence, la fiction consciente et volontaire deviendrait coupable et, par conséquent, constituerait un obex non seulement à la « fructuosité », mais à la validité.

5. Eucharistie. — La question se pose à peine pour l'eucharistie, ce sacrement ne laissant dans l'âme aucune trace de son application. On ne voit pas, en effet, comment la grâce pourrait revivre. La seule supposition qu'on puisse faire, c'est qu'un pécheur, communiant d'une manière nulle ou sacrilège, se repente au moment où il possède encore en lui-même la présence eucharistique. Hypothèse bien fragile, mais qui n'est pas absolument invraisemblable. Cajétan qui avait d'abord enseigné la reviviscence de l'eucharistie, Opusc. v, tr. v, q. v, s'est rétracté dans le Commentaire sur la Somme, IIIa, q. lxxix, a. 1.

///. explications. — 1° Ex opère operanlis. — Il faut signaler d'un mot cette explication bizarre qui, en réalité, détruit le concept même de « reviviscence du sacrement ». La grâce apparaîtrait dans l'âme, non en vertu du sacrement précédemment reçu, mais précisément en raison de la pénitence ■ — acte de vertu ou sacrement — éloignant l'obstacle de la fiction. Vasquez attribue cette explication à Duns Scot et la considère comme probable. In IIl&m part. Sum. theol. S. Tlwmœ, disp. CLIX, sect. i, n. 38. Que Scot ait enseigné cette doctrine, c'est là une assertion gratuite. Cf. J. Bosco, Thcologia sacramenlalis, sect. VI, n. 5 sq. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est que Duns Scot ne s'est rallié à l'explication ex opère operalo qu'après quelques hésitations. Voir ici, t. IV, col. 1911.

2° Ex opère operalo. — Si l'on veut maintenir le concept de « reviviscence », ou plus exactement cette « efficacité à retardement » des sacrements, il faut admettre que la grâce est produite, au moment où l'obstacle est enlevé, ex opère operalo, conformément au mode d'efficacité des sacrements. Voir Opus opebatum, t. xi, col. 1085-1087.

Mais une difficulté se présente immédiatement à l'esprit : comment un sacrement peut-il produire la grâce c.v opère operalo alors qu'il n'existe plus? La solution générale, par tous admise, et que nous avons déjà laissé pressentir, voir col. 2618, c'est que « le sacrement, après l'instant où il est appliqué validement, laisse dans l'âme un effet permanent qui de soi appelle la grâce ». C'est cet effet permanent qui, tant qu'il persévère, est susceptible de produire la grâce que le sacrement, en raison de la » fiction » apportée par le sujet n'a pu produire au moment où il était appliqué. L'effet durable, permanent, est ce que les théologiens appellent res et sacramenlum. A la suite des anciens, ci plus spécialement de saint Thomas, Sum. theol., 111°, q. î.xvi, a. 1, ils distinguent dans tout

REVIVISCENCE DES SACREMENTS

sacrement trois choses : l'une, sacramenlum lanlum, le rite extérieur, composé de la matière et de la forme, qui signifie et n'est pas signifié par autre chose ; l'autre, res lanlum, l'effet intérieur produit par le sacrement fructueusement reçu, c'est-à-dire la grâce que le sacrement signifie, mais qui, elle, n'est pas le signe d'une autre réalité ; enfin, la troisième réalité, pour ainsi dire intermédiaire, qui participe de ces deux premières, étant à la fois signe par rapport à la grâce et cfjet par rapport au sacrement extérieur : res et sacramenlum. C'est le res et sacramenlum qui, demeurant dans l'âme après l'application valide du sacrement, expliquerait la reviviscence de la grâce.

Les auteurs exploitent cette théorie générale en la faisant rentrer dans les cadres particuliers de leurs opinions divergentes sur la causalité des sacrements. Voir Sacrements.

1. Les partisans d'une causalité disposilive des sacrements (d'ordre physique ou intentionnel, peu importe dans la présente question) pensent trouver dans le fait de la reviviscence des sacrements l'argument convaincant en faveur de leur opinion. Pour eux le res cl sacramenlum est une disposition dans l'âme, un titre permanent qui demeure, signifié par le sacrement extérieur, signe par rapport à la grâce qu'il exige. Tant que ce titre subsiste, même s'il y a quelque obstacle à la grâce, il l'appelle néanmoins et. dès que l'obstacle est levé, le titre exerce son action et la grâce est produite. Or trois sacrements, le baptême, la confirmation et l'ordre, impriment dans l'âme un caractère indélébile. Le titre à la grâce se confond ici avec le caractère; il dure toujours comme lui : aussi la grâce de ces sacrements peut toujours revivre. Dans le mariage, le titre se confond avec le lien conjugal : tant que ce lien subsiste, c'est-à-dire tant que l'un des deux conjoints n'est pas mort, la grâce du sacrement peut revivre. Dans l'extrême-onction, le titre est la recommandation à Dieu du malade en danger : tant que dure le danger, le sacrement peut revivre. Mais si le malade revient à la santé et, de nouveau, tombe en danger de mort, on doit lui réitérer l' extrême-onction. Cf. Billo*, De sacramenlis, th. vu, § 2, édition de 1924, p. 127.

2. Les partisans de la causalité morale en disent autant. Voir De Augustinis, De re sacramentaria, t. i, th. xvm, et surtout C.hr. Pesch, De sacramenlis, pars l'.n. 165. Par le fait (pue le sacrement est validement administré, la dignité, la valeur intrinsèque du rite sacramentel persévèrent devant Dieu et dans son acceptation. Aussi, dès que l'obstacle disparaît, Dieu, en vertu du sacrement déjà reçu, confère la grâce au sujet. Une remarque ici s'impose, indépendante de celles qui pourront être formulées à l'art. Sacrement, sur le système de la causalité morale : on peut se demander comment il se fait que la dignité du sacrement de baptême demeure dans l'acceptation divine et non pas cille de l'eucharistie?

3. Les partisans de la causalité physique sont plus embarrassés, et P. Pourrat n'hésite pas à dire que ce système « paraît être en opposition avec la doctrine théologique de la reviviscence des sacrements ». La théologie sacramenlaire, Paris, 1907, p. 172. « La théorie de la causalité physique, continue le même auteur, est radicalement impuissante à expliquer ce fait, car la causalité physique exige rigoureusement la coexistence de la cause et de l'effet et, dans la reviviscence, le sacrement opère la grâce, lorsqu'il n'existe plus depuis longtemps. Vasquez, disp. CXXXII, c. iv, n. 41-44, expose triomphalement cette dilliculté dans sa vigoureuse critique du thomisme. » Ibid.

Généralement les thomistes, partisans de la causalité physique, ont une réponse toute prête en ce qui concerne les sacrements comportant l'impression d'un caractère indélébile. « Pour les sacrements qui impri-

ment un caractère, la difficulté semble écartée, puisque le caractère peut concourir physiquement à la production de la grâce. 11 est bien vrai que, selon le mode ordinaire (c'est un partisan de la causalité perfective qui parle), la grâce sacramentelle n'a pas besoin de passer par cet intermédiaire, mais quand les sacrements n'existent plus, ils peuvent encore agir par la vertu qu'ils ont laissée dans le caractère indélébile, comme la cause survit dans l'influence qui reste d'elle. Telle est la solution de saint Thomas. » Ed. Hugon, O. P., La causalité instrumentale en théologie, Paris, 1907, p. 147. Voir S. Thomas, In JVum Sent., dist. IV, q. ni, a. 2, qu. 3, et Sum. theol, IID, q. lxix, a. 10, ad lum.

L'embarras commence avec les autres sacrements. Certains thomistes s'en tirent en niant la possibilité de la reviviscence dans les sacrements n'imprimant pas de caractère. Salmanticenses, De sacramenlis, disp. IV, n. 91 sq. D'autres admettent que, pour expliquer ces cas exceptionnels, il faut, pour les trois sacrements de pénitence, d'extrême-onction et de mariage, recourir à la causalité purement morale, le mode d'opérer devant varier si les circonstances sont changées : quand les sacrements existent physiquement, leur causalité est toujours physique; quand ils n'existent que moralement, leur causalité n'est que morale. Gonet, Clgpeus, De sacramenlis, disp. III, a. 3, § 2, n. 81 ; cf. Hugon, op. cit., p. 148. D'autres, tels (pie Didace Nuno, Jean de Saint-Thomas. Billuart recourent à l'hypothèse d'une modification dans la volonté : « Pour les autres sacrements, déclare Ilugon, on répond qu'ils ont déposé dans la volonté, qui s'était déterminée à les recevoir, des impressions et des vestiges, et que Dieu peut encore s'en servir pour produire la grâce. » Op. cit., p. 148; cf. Billuart, De sacramenlis, dissert. 111, a. 2, obj. Dccsf exisienlia.

Dans une courte étude, mais trop solide' pour ne pas avoir ici une place de choix, le P. Marin-Sola, O. P., a proposé une nouvelle solution pour concilier la causalité physique des sacrements avec leur reviviscence. Proponitur noua solulio ad conciliandum causalitalem physicam sacramentorum cum eorum reviviscentia élans Divus Thomas de janvier 1925. La solution qui consiste à éliminer toute possibilité de reviviscence dans les sacrements autres que le baptême, la confirmation et l'ordre est une véritable défaite. En recourant à la causalité morale pour expliquer la reviviscence des sacrements qui ne confèrent pas de caractère, Gonet apporte un remède pire que le mal; il installe la contradiction au cœur même du système et donne au surplus satisfaction aux adversaires, trop heureux d'avoir arraché à la théorie ce premier lambeau pour se tenir tranquilles. Quant à l'hypothèse d'une modification physique dans la volonté, le P. .Marin-Sola ne la trouve guère heureuse : il faudrait, en ce cas, admettre la reviviscence de tous les sacrements, y compris l'eucharistie et la considérer, en chacun d'eux, comme pouvant être perpétuelle. On est ici d'ailleurs acculé à cette contradiction que, pour les sacrements qui impriment un caractère, la reviviscence s'explique par une modification de l'intelligence (le caractère) et, pour les autres sacrements, par une modification de la volonté.

Aussi le P. Marin-Sola propose-t-il une solution nouvelle (que d'autres auteurs ont présentée depuis avec ferveur ; cf. Fr. Connell, De sacramenlis Ecclesiœ, Bruges 1933, p. 87; Mac Kenna, dans Irish Eccles. Record, août 192(5, p. G5; Haynal, O. P., art. cité). Le caractère baptismal doit être considéré comme une puissance passive à recevoir les autres sacrements. Toute puissance passive étant modifiée par la réception de son acte, le caractère baptismal sera modifié physiquement par la réception valide d'un sacrement. C'est, d'après le P. Marin-Sola, cette modification physique du carac-

REVIVISCENCE DES SACREMENTS

tère baptismal qui serait la cause, également physique, de la reviviscence.

Cette explication était ainsi appréciée dans l'Ami du clergé, 1926, p. 84 : « Elle a, sur les précédentes, de grands avantages qu'il serait injuste de ne pas signaler d'un mot : elle repose d'abord sur une théorie solide du caractère baptismal, et des rapports de la puissance à l'acte; elle est, d'autre part, homogène en toutes ses parties, exempte des artifices que nous avons découverts dans les autres; enfin, elle peut être considérée comme une sorte de mise au point définitive des idées des anciens thomistes, sans en excepter Nufio et Jean de Saint-Thomas, qui y trouveraient mieux leur compte que dans leur propre théorie. L'avenir dira si une telle solution, engageante de tant de manières, ne présente pas quelques lacunes qui l'empêcheraient d'être encore la solution définitive. »

Mais peut-être faudrait-il ajouter une remarque. Les sacrements sont si différents les uns des autres que l'analogie de leur mode d'action doit être envisagée dans les limites aussi larges que possible. La théorie du P. Marin-Sola nous paraît se prêter facilement à cette souplesse désirable. En tous cas, gardons-nous, en matière d'efficacité sacramentelle, des catégories trop rigides que notre esprit voudrait imposer à l'action divine.

IV. conditions. — La condition générale pour que «revivent» les sacrements, c'est que l'obstacle (obex) à la production de la grâce soit enlevé. Mais l'obstacle peut être de différentes espèces. De plus, à l'obstacle primitif qui s'est opposé à la grâce lors de la réception du sacrement peut s'ajouter un nouvel obstacle, c'est-à-dire un péché mortel commis délibérément. Aussi la condition générale doit-elle être précisée pour divers cas possibles dans les règles suivantes :

1° Première règle: A la reviviscence d'un sacrement reçu avec un obstacle purement matériel suffit l'altrition, à la condition toutefois que ne survienne aucun pèche mortel. — L'obstacle est dit simplement matériel, soit parce que le sujet n'en a pas conscience, soit parce qu'il ne le considère pas comme empêchant la grâce. Celui qui reçoit un sacrement avec un obstacle purement matériel ne pèche que matériellement: mais il demeure privé de l'influence delà grâce. Or, cet obstacle purement matériel n'a pu être, en quelque sacrement que ce soit, que l'absence d'attrition vraie, souveraine et universelle. Car une telle attrition est suffisante pour la réception fructueuse des sacrements des morts et même, accidentellement, des vivants, quand celui qui les reçoit est fie bonne foi. Voir Sacrement. Donc, la seule présence d'une véritable attrition dans l'âme rendra le sacrement fructueux.

Une seule exception doit être faite, mais pour un cas à peine concevable. Si un adulte a reçu le baptême, d'une manière valide, niais sans fruit, et s'il n'a jamais péché mortellement, le sacrement deviendrait fructueux, non par l' attrition qui n'était pas nécessaire, mais par de simples actes de foi cl d'espérance. Mais, encore une fois, le cas est chimérique,

2° Deuxième règle: Pour la reviviscence il' un sacrement reçu (u<ec un obstacle purement matériel, si an péché mortel a été commis après la réception da sacrement, est requise ou la contrition parfaite ou la réception du sacremcnl île pénitence avec l'altrition. - Celle règle vaut, el pour les sacrements des vivants cl pour les sacrements des morts. D'une part, en effet, un sacrement ne peut revivre si l'âme reste en élal de péché mortel; d'autre pari, l'efficacité <\u sacrement déjà reçu ne saurait s'étendre à un péché postérieur. Aussi, pour obtenir la rémission de ce péché, faut-il recourir aux moyens ordinaires : ou la contrition parfaite ou, normalement, le sacrement de pénitence (cl, par accident, un sacrement des vivants reçu de bonne foi). Si le sacrement de

baptême doit ainsi revivre par le sacrement de pénitence, c'est par les deux sacrements agissant simultanément que la grâce est conférée à l'âme; mais, en raison du baptême, seuls les péchés commis avant la réception de ce sacrement sont remis et, en raison de la pénitence, les péchés postérieurs au baptême. Cf. S. Thomas, Sum. theol., Ifla, q. lxix, a. 10, ad 2um.

3° Troisième règle : Pour la reviviscence d'un sacrement reçu avec un obstacle formel (c'est-à-dire dont le sujet avait conscience), est requise ou la contrition parfaite ou la réception du sacrement de pénitence avec l'altrition. — En ce qui concerne la reviviscence de la pénitence elle-même, la question ne peut se poser : jamais le sacrement de pénitence ne sera valide avec un obstacle formel à sa fructuosité. En ce qui concerne les sacrements des vivants, la règle posée est d'une évidence qui se passe de commentaire : le sacrilège qui a été commis en recevant le sacrement en de si fâcheuses dispositions doit être d'abord remis avant que puisse revivre le sacrement.

Une controverse théologique concerne la rémission du sacrilège commis en recevant le baptême d'une façon valide, mais indigne. Ce péché doit-il être soumis au pouvoir des clefs et remis par la pénitence, ou bien est-il effacé en vertu du baptême, dont la reviviscence serait assurée par la simple attrition? Les deux opi nions ont leurs défenseurs. La première solution est de beaucoup la plus commune : tant de fictione quant de peccatis postea perpelralis est peenilentia imponenda, S. Bonaventure, In IVam Sent., dist. IV, part. I, a. 2, q. m; Suarez, De baplisnto, disp. XXVIII, sect. v, Dico tertio; Vasquez, op. cit., disp. CLX, c. ir, n. 18 sq. ; Salmanticenscs, De sacramcnlo pxnitentiiv, tract. VI, c. iv, n. 15 etc. Chez les auteurs contemporains : Van Noort, De sacramenlis, t. i, n. 144; Hugon, Traclalus, t. m, p. 104; Diekamp-Holïmann, Monnaie, t. iv, p. 08; De Smet, De sacramenlis in commuai, de baplisnto el confirmalione, n. 248; etc. « Communissime affirmant », dit saint Alphonse de Liguori, qui cependant considère l'opinion opposée comme probable et admissible. Thcologia moratis, 1. VI, n. 87, 427, édition Gaudé, t. m, p. 60, 422. Cf. J. Connell, op. cit., n. 80, p. 88-89.

V. UNE CONCLUSION PRATIQUE POUR L'ADMINIS- TRATION DES SACREMENTS SOUS CONDITION — Étant donné que les sacrements (sauf l'eucharistie) peuvent être à la fois valides et informes et revivre plus tard quand l'obstacle à leur fructuosité aura disparu, il faut bien se garder d'employer jamais la condition, autrefois indiquée dans nos vieux manuels de morale : si lu es dispositus, mais toujours celle-ci : si la es capax. Autre chose est la validité, autre chose la fructuosité du sacrement. La première formule, celle des dispositions, se référerait à la fructuosité, la seconde, celle de la capacité, à la validité seule. 11 faut donc, en administrant le sacrement sous condition, réserver l'avenir et laisser au sujet la possibilité de le faire revivre, si la chose est nécessaire. Le cas est pratique surtout dans l'administration du sacrement d'extrêmeonction.

Sur tous ces points on consultera les manuels théologiques au chapitre de la reviviscence des sacrements. Nous indiquons plus spécialement : Billot, Ile sacramenlis, l. I, th. VI ; Chr. I'eseh, Traclalus dogmaiici, t. vi, n. 314-316; I. épicier. De sacramenlis in commuai, q. m, a. 6, appendix in, p. 136- 139; De baptismo el confwmatione, q. v, a. 10, p. 253-260; / '<• gralia, q. cxm, dissert, specialis, S , p. 358 sq.; J. Connell, C. ss. r,.. De sacramenlis F.cclesiœ, t. i, n. 78-81 ; de Smet, Ile sacramenlis in génère, n. 86-89; 247-250; 391.

on lira également deux monographies instructives : A. 1 1 ; i > 1 1 .- 1 1 . (). 1'., De reuiviscentia sacramentorum fictione recedente, dans l'Angelicum, 1927, p. .">1 sq., 293 sq.. 382 sep; J.-B. Umberg, S. .1., De reuiviscentia sacramentorum ratione

rei etsacramenti -, dans l'eriotlica de re morali, 1928, p. 17 sq.

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